Avant de commencer
Le cours 1 en trois cases
| Chapitre du cours | Ce qu'il apporte à l'IWE |
|---|---|
| 1 Qu'est-ce que la dureté ? | principe des essais de pénétration, lien avec la plasticité et la limite d'élasticité |
| 2 Brinell : la bille | essai sur produits bruts et matériaux hétérogènes ; calcul, choix de la charge, validité |
| 3 Vickers : la pyramide | l'essai de référence des soudures (HV10, HV5) et de la microdureté ; précision de lecture |
| 4 Rockwell : la profondeur | essai rapide d'atelier, échelles, limites |
| 5 Convertir et relier | passage d'une échelle à l'autre, estimation de Rm, limites des conversions |
| 6 La dureté en soudage | filiation de dureté (ISO 9015-1), seuils de qualification (ISO 15614-1) et de service en milieu H₂S, remèdes |
- ISO 6506-1 : essai de dureté Brinell ; ISO 6507-1 : essai de dureté Vickers ; ISO 6508-1 : essai de dureté Rockwell ; ISO 4545-1 : essai de dureté Knoop ; ISO 14577-1 : essai de pénétration instrumenté ; ISO 16859-1 : dureté Leeb (par rebond, portable).
- ISO 18265 et ASTM E140 : tables de conversion des duretés et estimation de la résistance à la traction.
- ISO 9015-1 : essai de dureté des assemblages soudés à l'arc ; ISO 9015-2 : microdureté des assemblages soudés ; ISO 15614-1 : qualification d'un mode opératoire de soudage (QMOS) des aciers ; ISO/TR 15608 : groupes de matériaux ; ISO 15156-2 (NACE MR0175) : aciers pour les milieux contenant du sulfure d'hydrogène H₂S ; EN 1011-2 : soudage des aciers ferritiques, préchauffage et temps de refroidissement.
- HBW, HV, HRC, HRBW : symboles des duretés Brinell (bille en carbure de tungstène, W), Vickers, Rockwell C et Rockwell B à bille en carbure ; kgf : kilogramme-force, 9,806 65 N ; CE : carbone équivalent de l'IIW ; t8/5 : temps de refroidissement entre 800 et 500 °C ; PWHT (post-weld heat treatment) : traitement thermique après soudage ; ZAT : zone affectée thermiquement.
Le soudage chauffe, puis refroidit très vite, une bande de métal de base large de quelques millimètres. Si l'acier est trempant, cette zone affectée peut devenir aussi dure que de l'acier à outils, et fissurer quelques heures plus tard sous l'effet de l'hydrogène. Aucun essai de traction ne le verra : l'éprouvette casse ailleurs, dans le métal le plus faible. La ligne d'empreintes Vickers qui traverse la soudure, elle, trouve le pic de dureté. C'est pourquoi les qualifications de modes opératoires, les codes d'appareils à pression et les spécifications pétrolières fixent une dureté maximale.
La série en trois cours
Le plan du cours
- 1Qu'est-ce que la dureté ?
Une empreinte permanente, une pression environ trois fois la contrainte d'écoulement.
- 2Brinell : la bille
Une grosse empreinte qui fait la moyenne, et la règle du rapport F/D².
- 3Vickers : la pyramide
Un losange qu'on mesure au microscope, de la charge de 10 kgf à la microdureté.
- 4Rockwell : la profondeur
Un cadran qui lit l'enfoncement, sans microscope.
- 5Convertir et relier
Passer de HV à HB, HRC ou Rm, et savoir quand c'est interdit.
- 6La dureté en soudage
La filiation, le pic de la zone affectée, les seuils, les remèdes.
Qu'est-ce que la dureté ?
Une empreinte permanente, une pression environ trois fois la contrainte d'écoulement
Appuie le pouce sur une boule de pâte à modeler : il laisse une trace. Sur une pâte bien froide, la trace est petite ; sur une pâte tiède, elle est grande. Tu viens de faire un essai de dureté : la dureté d'un métal est sa résistance à la pénétration permanente d'un objet plus dur que lui.
Tous les essais industriels suivent le même principe. On enfonce un pénétrateur (une bille d'acier ou de carbure, une pyramide ou un cône de diamant) avec une force F connue, pendant quelques secondes, puis on mesure la trace qu'il laisse : sa largeur (Brinell, Vickers) ou sa profondeur (Rockwell). Plus la trace est petite, plus le métal est dur.
Pourquoi la trace reste-t-elle ? Sous la pointe, le métal subit une forte pression : il coule plastiquement (chapitre 2 du cours 1) et s'écarte. Le pénétrateur s'enfonce jusqu'à ce que la pression moyenne qu'il exerce redescende à un niveau que le métal supporte. Or ce métal est retenu de tous côtés par le métal voisin, qui ne cède pas : pour le faire couler, il faut environ trois fois sa contrainte d'écoulement. La dureté est donc une mesure déguisée de la résistance à la déformation plastique, ce qui explique qu'elle suive la limite d'élasticité et la résistance à la traction.
Ses atouts sont considérables : l'essai dure quelques secondes, l'empreinte est minuscule (souvent moins d'un millimètre), la pièce reste utilisable dans bien des cas, et l'on peut viser une zone précise, par exemple la zone affectée d'une soudure.
Manipulation 1 : le pouce dans la pâte
Un pénétrateur s'enfonce dans un métal sous la force F. Le métal coule sous la pointe jusqu'à ce que la pression moyenne p (la force divisée par l'aire de l'empreinte vue de dessus) tombe à environ trois fois sa contrainte d'écoulement. Choisis le métal et le pénétrateur, puis augmente la force (échelle logarithmique). À gauche, la coupe : l'empreinte et, en bleu-vert, la zone plastique ; à droite, la pression moyenne selon la force. Modèle de Tabor, pédagogique.
La pression moyenne et la relation de Tabor
La pression moyenne sous un pénétrateur est la force divisée par l'aire projetée de l'empreinte (l'aire vue de dessus) ; on l'appelle aussi dureté de Meyer. D. Tabor a montré que, une fois l'empreinte pleinement plastique, elle vaut environ trois fois la contrainte d'écoulement du métal, prise à une déformation représentative de l'essai :
p : pression moyenne (MPa) ; Aproj : aire projetée de l'empreinte (mm²) ; C : facteur de contrainte, de 2,8 à 3 selon le pénétrateur ; σ(εr) : contrainte d'écoulement à la déformation représentative εr ; d : diamètre de l'empreinte ; D : diamètre de la bille
Le facteur 3 vient du confinement : le métal sous la pointe ne peut couler qu'en repoussant le métal qui l'entoure, resté élastique. Exemple : pour un acier S355 qui, dans le modèle, coule à 567 MPa à 8 % de déformation, la pression sous une pyramide Vickers vaut p ≈ 3 × 567 ≈ 1 700 MPa, soit environ 161 HV (chapitre 3).
La similitude géométrique. Une pyramide ou un cône s'enfonce en gardant la même forme d'empreinte : la déformation représentative ne change pas avec la force, et la dureté non plus. Une bille, au contraire, fait une empreinte d'autant plus « profonde » relativement que d/D est grand : la déformation représentative grandit avec la force, et la dureté d'un métal qui s'écrouit avec. C'est pourquoi l'essai Brinell impose de garder le même rapport F/D² (chapitre 2).
Les familles d'essais
| Famille | Principe | Exemples |
|---|---|---|
| Pénétration statique, mesure optique | on mesure la taille de l'empreinte après retrait de la charge | Brinell, Vickers, Knoop |
| Pénétration statique, mesure de profondeur | on lit l'enfoncement entre deux niveaux de charge | Rockwell |
| Pénétration instrumentée | on enregistre la force et la profondeur pendant tout le cycle | dureté Martens, module d'élasticité local (ISO 14577) |
| Dynamique, par rebond | une masse frappe la surface ; on mesure sa vitesse de rebond | Leeb (appareils portables) |
| Rayure | un matériau raye ceux qui sont moins durs que lui | échelle de Mohs des minéralogistes |
On parle de macrodureté pour des charges de quelques kilogrammes-force et plus (empreintes de quelques dixièmes de millimètre et plus), de microdureté pour des charges de moins de 200 grammes-force (empreintes de quelques dizaines de micromètres, qui visent une phase ou un grain), de nanodureté en dessous. Le kilogramme-force (kgf) vaut 9,806 65 N ; les symboles des essais gardent sa trace (HV10 : 10 kgf, soit 98,07 N).
La dureté réagit à tout ce qui change la microstructure : trempe, revenu, écrouissage, soudage. C'est le contrôle le plus rapide de l'efficacité d'un traitement thermique après soudage : quelques empreintes avant et après le four disent si la zone affectée a bien été revenue. Sur chantier, des appareils portables (par rebond ou par impédance ultrasonore) le font sans découpe, avec une précision moindre qu'au laboratoire.
Brinell : la bille
Une grosse empreinte qui fait la moyenne, et la règle du rapport F/D²
L'essai Brinell (du nom de l'ingénieur suédois Johan August Brinell, qui le présenta en 1900) enfonce une bille de carbure de tungstène, de diamètre D (10 mm, 5 mm, 2,5 mm ou 1 mm), sous une force F qui peut atteindre 29,42 kN (3 000 kgf), maintenue 10 à 15 secondes. On mesure ensuite le diamètre d du cratère, dans deux directions perpendiculaires, à l'aide d'une loupe graduée ou d'une caméra.
La dureté Brinell est la force divisée par la surface du cratère, une calotte sphérique. Grosse empreinte, gros avantage : elle fait la moyenne sur de nombreux grains et phases. C'est l'essai des pièces brutes, des pièces moulées, des fontes au graphite grossier, des grosses pièces forgées.
Grosse empreinte, gros défaut aussi : impossible de viser une zone de quelques millimètres comme la zone affectée d'une soudure, ni de tester une tôle mince. Et la bille elle-même se déforme sur les métaux très durs : au-delà de 650 HBW, l'essai n'est plus valable.
Enfin, une bille ne s'enfonce pas comme une pyramide : plus elle s'enfonce, plus l'empreinte est « profonde » par rapport à sa taille, et plus le métal sous elle s'est écroui. Pour que deux essais soient comparables, on garde le même rapport entre la force et le carré du diamètre de la bille, F/D², choisi selon la famille de métal.
Manipulation 2 : le cratère de la bille
Choisis le métal, le diamètre de bille D et le rapport F/D² (en kgf/mm² : la force vaut F/D² × D² kilogrammes-force), puis l'épaisseur de la pièce. À gauche, le cratère vu de dessus, avec en vert la bande des diamètres valables (de 0,24·D à 0,6·D) ; à droite, la coupe, avec la profondeur h et l'épaisseur minimale de 8·h. Même modèle d'empreinte que la manipulation 1.
F : force (N) ; D : diamètre de la bille (mm) ; d : diamètre moyen de l'empreinte (mm) ; h : profondeur de la calotte (mm). Le facteur 0,102 = 1/9,806 65 convertit les newtons en kilogrammes-force : HBW s'exprime de fait en kgf/mm², sans unité écrite. W rappelle la bille en carbure de tungstène
Exemple. Bille de 10 mm, 29,42 kN (3 000 kgf), diamètres lus 3,95 et 4,05 mm, soit d = 4,00 mm. √(100 − 16) = 9,165, D − 9,165 = 0,835 mm, et HBW = 0,102 × 2 × 29 420/(π × 10 × 0,835) ≈ 229. Désignation : 229 HBW 10/3000 (bille de 10 mm, 3 000 kgf ; la durée s'ajoute si elle sort de 10 à 15 s, par exemple 229 HBW 10/3000/30).
Choisir la charge : le rapport F/D²
| Métal (repères d'après l'ISO 6506-1) | F/D² (kgf/mm²) |
|---|---|
| Aciers, alliages de nickel et de titane | 30 |
| Fontes | 10 (moins de 140 HBW) ou 30 |
| Cuivre et alliages de cuivre | 5, 10 ou 30 selon la dureté |
| Métaux légers et leurs alliages | 2,5 à 15 selon la dureté |
| Plomb, étain | 1 |
Avec D = 10 mm, F/D² = 30 donne 3 000 kgf ; avec D = 2,5 mm, 187,5 kgf (1,839 kN). À F/D² égal, une petite bille et une grosse donnent la même dureté sur le même métal : c'est la loi de similitude des empreintes sphériques.
Les conditions de validité
- Le diamètre de l'empreinte doit rester entre 0,24·D et 0,6·D : trop petite, elle est mal mesurée et peu représentative ; trop grande, la bille s'enfonce trop et le résultat n'est plus comparable. Sinon, on change de rapport F/D².
- L'épaisseur de la pièce doit valoir au moins 8 fois la profondeur h, et l'envers ne doit pas montrer de trace.
- Le centre de l'empreinte doit être à au moins 2,5·d du bord, et à au moins 3·d du centre d'une empreinte voisine.
- La bille en carbure limite l'essai à 650 HBW. Au-delà, on passe au Vickers ou au Rockwell C.
Les certificats de pièces forgées, de pièces moulées et de produits épais donnent souvent une dureté Brinell, mesurée sur la surface après enlèvement de la peau décarburée. Pour une soudure, le Brinell ne convient qu'aux zones larges ; la norme des essais de dureté des soudures privilégie le Vickers et n'admet le Brinell qu'avec de petites billes (HBW 2,5/15,625 ou 1/2,5).
Vickers : la pyramide
Un losange qu'on mesure au microscope, de 10 kgf à la microdureté
L'essai Vickers (mis au point dans les années 1920 au sein de la société britannique Vickers) enfonce une pyramide de diamant à base carrée, dont les faces opposées font un angle de 136°. Elle laisse un petit carré creux, qui apparaît au microscope comme un losange. On en mesure les deux diagonales d₁ et d₂, et la dureté est la force divisée par la surface des quatre faces de l'empreinte.
Grâce à la pyramide, l'empreinte garde la même forme quelle que soit la charge : petite charge, petit losange ; grosse charge, grand losange ; même dureté. Une seule échelle couvre ainsi tous les métaux, du plomb au carbure, et toutes les tailles d'empreinte :
- HV10 ou HV5 (10 ou 5 kgf) : l'essai de référence des soudures, empreintes de 0,2 à 0,4 mm environ ;
- HV1, HV0,5 : faibles charges, pour les couches minces ou les petites zones ;
- HV0,1 et moins : la microdureté, qui vise un grain ou une phase précise, avec des losanges de quelques dizaines de micromètres.
Le prix à payer : il faut une surface plane et polie, et un microscope. Et plus le losange est petit, plus une même erreur de lecture pèse lourd sur le résultat.
Manipulation 3 : le losange au microscope
Une empreinte Vickers vue au microscope. Choisis la charge et la phase visée : le grossissement s'adapte à la taille du losange. Les curseurs déplacent les traits du réticule par rapport aux vrais sommets : c'est ton erreur de pointé sur chaque diagonale, en micromètres (µm). Observe ce qu'une même erreur de 1 µm fait à la dureté d'un grand losange (HV10) et d'un petit (HV0,1).
F : force (N) ; d : moyenne des deux diagonales (mm). L'aire des quatre faces vaut d²/(2·sin 68°) ; avec F en kgf, on retrouve la forme ancienne HV = 1,854 4·F/d²
Exemple. Essai HV10 (F = 98,07 N) : d₁ = 0,248 mm et d₂ = 0,252 mm, soit d = 0,250 mm. HV = 0,189 1 × 98,07/0,250² = 18,55/0,0625 ≈ 297. Désignation : 297 HV10 (la durée de maintien s'ajoute si elle sort de 10 à 15 s, par exemple 297 HV10/30).
| Gamme (ISO 6507-1) | Symboles | Force |
|---|---|---|
| Essai Vickers | HV5 à HV100 | 49,03 N à 980,7 N |
| Vickers sous faible charge | HV0,2 à moins de HV5 | 1,961 N à moins de 49,03 N |
| Microdureté Vickers | HV0,01 à moins de HV0,2 | 0,098 07 N à moins de 1,961 N |
Les règles de l'essai
- Surface plane, polie, sans écrouissage ni échauffement de préparation (cours 3) ; diagonales mesurables entre 0,020 et 1,400 mm.
- Épaisseur d'au moins 1,5·d, sans trace visible à l'envers.
- Distances : du centre au bord, au moins 2,5·d pour l'acier et le cuivre (3·d pour les métaux légers) ; entre centres d'empreintes voisines, au moins 3·d pour l'acier et le cuivre (6·d pour les métaux légers). L'empreinte déforme le métal autour d'elle : trop proche, la suivante tomberait dans une zone écrouie.
La précision de lecture. HV varie comme 1/d² : une erreur relative sur d compte double sur HV. Une erreur de 1 µm sur un losange de 250 µm (HV10) fausse HV de 0,8 % ; sur un losange de 25 µm (HV0,1, même métal), de 7,5 %. La microdureté sert à comparer des phases, pas à vérifier un seuil au pour cent près. Aux très faibles charges, la dureté mesurée a aussi tendance à augmenter un peu (effet de taille d'empreinte).
Le Knoop (ISO 4545-1) emploie une pyramide très allongée, qui laisse un losange sept fois plus long que large, peu profond : il convient aux couches minces et aux matériaux fragiles.
Les qualifications de modes opératoires et les normes d'essais des soudures font leurs filiations en HV10 (parfois HV5). Les empreintes sont assez grandes pour une mesure fiable, et assez petites pour suivre la zone affectée, large de quelques millimètres. La microdureté (ISO 9015-2) sert à l'expertise : dureté d'une bande de martensite, d'une ségrégation, d'une zone de dilution.
Rockwell : la profondeur
Un cadran qui lit l'enfoncement, sans microscope
Mesurer un losange au microscope prend du temps. L'essai Rockwell mesure autre chose : la profondeur dont le pénétrateur s'enfonce. Plus besoin de microscope, la machine affiche directement le résultat. C'est l'essai rapide de l'atelier de traitement thermique et du contrôle en série.
Le cycle se déroule en quatre temps :
- une précharge F₀ (98 N, soit 10 kgf) pose le pénétrateur et traverse les petites irrégularités de surface ; le comparateur est remis à zéro ;
- une charge additionnelle F₁ enfonce la pointe ;
- on la maintient quelques secondes ;
- on la retire en gardant la précharge : le métal rend sa part élastique, et l'on lit l'enfoncement rémanent h par rapport au zéro.
Chaque échelle associe un pénétrateur et une charge : HRC (cône de diamant, 150 kgf au total) pour les aciers trempés, HRBW (bille de 1/16 de pouce, 100 kgf) pour les métaux plus doux. Le chiffre est construit pour croître avec la dureté : un enfoncement plus faible donne un nombre plus grand. Chaque échelle n'est valable que dans sa plage : HRC de 20 à 70, HRBW jusqu'à 100. En dehors, on change d'échelle.
Manipulation 4 : le comparateur du Rockwell
Un cycle Rockwell complet. Choisis l'échelle et le métal, puis lance le cycle : précharge F₀ (remise à zéro), charge additionnelle F₁, maintien, retrait de F₁. La dureté se lit sur l'enfoncement rémanent h, sous la précharge. À gauche, la pointe dans le métal (profondeurs très agrandies) ; à droite, l'enfoncement au cours du cycle. Valeurs de dureté tirées des tables de conversion ; part élastique pédagogique.
h : enfoncement rémanent (mm), mesuré sous la précharge après retrait de la charge additionnelle ; S : valeur d'une unité Rockwell (2 µm) ; N : constante de l'échelle. Échelles superficielles (15N, 30N, 45N…) : N = 100, S = 0,001 mm, précharge 29,42 N
| Échelle | Pénétrateur | Précharge | Charge totale | Usage |
|---|---|---|---|---|
| HRC | cône de diamant à 120°, pointe arrondie | 98,07 N | 1 471 N (150 kgf) | aciers trempés, trempés-revenus (20 à 70 HRC) |
| HRA | cône de diamant | 98,07 N | 588,4 N (60 kgf) | carbures, aciers minces très durs |
| HRBW | bille de carbure de 1,587 5 mm (1/16 de pouce) | 98,07 N | 980,7 N (100 kgf) | aciers doux, laitons, alliages d'aluminium (jusqu'à 100 HRBW) |
Exemples. Échelle C, enfoncement rémanent 0,080 mm : HRC = 100 − 0,080/0,002 = 60, noté 60 HRC. Échelle B, 0,090 mm : HRBW = 130 − 45 = 85, noté 85 HRBW. Un acier S355 testé en C donnerait un enfoncement d'environ 0,196 mm, soit 2 HRC : hors de la plage, le résultat n'a pas de sens ; on passe en B ou en Vickers.
Les limites de l'essai
- Épaisseur : au moins 10 fois l'enfoncement avec le cône, 15 fois avec la bille (0,8 mm pour une pièce à 60 HRC).
- Surface : propre et plane ; sur une pièce cylindrique convexe, la norme donne des corrections ; la pièce ne doit pas bouger sous la charge.
- Distances : plusieurs diamètres d'empreinte entre deux mesures et jusqu'au bord, selon les règles de la norme.
- Lecture : la profondeur inclut tout ce qui s'enfonce, y compris un support qui fléchit ou une peau écrouie : l'essai est rapide mais moins discriminant qu'une mesure optique, et inadapté à une zone étroite comme la zone affectée d'une soudure.
Le Rockwell contrôle en quelques secondes la dureté d'une pièce traitée, d'un outil, d'une vis. Pour une soudure, il ne suffit pas : sa pointe et sa charge visent mal une bande de deux ou trois millimètres, et l'échelle C n'existe pas en dessous de 20 HRC. Les spécifications de soudage expriment donc leurs limites en HV10, et convertissent parfois en HRC pour le contrôle de produits (248 HV correspond à 22 HRC, chapitre 5).
Convertir et relier
Passer de HV à HB, HRC ou Rm, et savoir quand c'est interdit
Un certificat donne une dureté Brinell, le plan exige une dureté Rockwell C, la qualification parle en Vickers, et l'on voudrait une idée de Rm. Il faut traduire. Les tables de conversion (ISO 18265, ASTM E140) ont été établies en mesurant, sur un grand nombre d'échantillons d'une même famille de métaux, plusieurs duretés à la fois. Elles donnent donc des équivalences moyennes, pas des égalités physiques.
Comme toute traduction, elles ont leurs limites. Chaque essai déforme le métal différemment (empreinte sphérique, pyramidale ou conique, mesure de taille ou de profondeur) : deux métaux qui ont la même dureté Vickers peuvent ne pas avoir la même dureté Rockwell s'ils s'écrouissent différemment. Une table établie pour les aciers non alliés ne s'applique donc pas à un acier inoxydable austénitique ni à un alliage d'aluminium.
Pour les aciers courants, deux repères suffisent souvent : HB ≈ 0,95·HV jusque vers 450 HV, et Rm ≈ 3,2·HV (en MPa). Ce dernier découle de la relation de Tabor du chapitre 1 : la pression sous la pointe vaut environ trois fois la contrainte d'écoulement. C'est aussi la conversion la moins précise de toutes.
Manipulation 5 : l'interprète
Règle une dureté Vickers et lis ses équivalents sur les échelles alignées : Brinell (HBW), Rockwell C et B, résistance à la traction Rm. Valeurs interpolées dans une table de conversion pour les aciers non alliés et faiblement alliés, du type de celles de l'ISO 18265 et de l'ASTM E140. En pointillé, les zones où l'échelle n'est plus valable. Change de famille de métal pour voir quand la table ne s'applique plus.
| HV | HBW | HRC | HRBW | Rm (MPa) | Repère |
|---|---|---|---|---|---|
| 165 | ≈ 160 | — | ≈ 83 | ≈ 540 | acier S355 de base |
| 200 | ≈ 193 | — | ≈ 92 | ≈ 655 | métal fondu C-Mn courant |
| 248 | ≈ 234 | 22 | ≈ 99 | ≈ 793 | limite des milieux H₂S |
| 302 | ≈ 286 | 30 | — | ≈ 965 | acier trempé-revenu |
| 380 | ≈ 360 | ≈ 39 | — | ≈ 1 215 | limite de QMOS des aciers des groupes 1 et 2 |
| 513 | ≈ 481 | 50 | — | ≈ 1 607 | martensite à environ 0,25 % C |
| 697 | (hors domaine) | 60 | — | ≈ 2 206 | acier à outils trempé |
Valeurs tirées d'une table de conversion pour aciers non alliés (du type ASTM E140) ; un tiret marque une échelle hors de sa plage. On écrit une valeur convertie avec son origine, par exemple « 22 HRC (converti de 248 HV10 selon l'ISO 18265) ».
Les règles d'usage
- Même famille de métal : l'ISO 18265 donne plusieurs tables (aciers non alliés et faiblement alliés, aciers de traitement thermique, aciers à outils, métaux non ferreux…). On choisit celle du métal testé ; s'il n'y en a pas, on ne convertit pas.
- Pas de conversion à l'aveugle d'une microdureté : une valeur HV0,1 sur une phase isolée ne se convertit pas en HRC de la pièce.
- Rm n'est qu'une estimation : utile pour trier ou vérifier une cohérence, jamais pour remplacer un essai de traction exigé par une spécification.
- Les seuils se vérifient dans l'échelle où ils sont écrits : une limite en HV10 se contrôle en HV10.
La limite de dureté pour le service en présence de sulfure d'hydrogène (ISO 15156-2, NACE MR0175) s'écrit 22 HRC pour les produits et 248 HV10 pour les zones affectées des soudures : c'est la même limite, traduite. Les spécifications de pipelines et d'appareils à pression parlent ainsi tantôt en HRC, tantôt en HV10 : le coordinateur vérifie que la conversion a été faite avec la bonne table, et que la mesure a été faite dans l'échelle exigée.
La dureté en soudage
La filiation, le pic de la zone affectée, les seuils, les remèdes
Pendant le soudage, le métal de base voisin du cordon est chauffé au-delà de 1 000 °C, puis refroidi en quelques secondes. Si l'acier contient assez de carbone et d'éléments d'alliage (on le mesure par son carbone équivalent CE), et si le refroidissement est rapide (temps t8/5 court, voir Métallurgie, cours 3), la zone affectée la plus proche de la ligne de fusion se transforme en martensite : très dure, peu ductile. Associée à l'hydrogène apporté par le soudage et aux contraintes de bridage, elle peut fissurer à froid, parfois des heures plus tard.
Pour le vérifier, on découpe une coupe transversale de la soudure, on la polit, on l'attaque pour voir les zones, puis on trace une filiation : une ligne d'empreintes Vickers HV10 qui part du métal de base, traverse la zone affectée, le métal fondu, puis l'autre zone affectée, jusqu'au métal de base opposé. Le profil obtenu ressemble à une randonnée : plat dans le métal de base, un col dans chaque zone affectée, un plateau dans le métal fondu. On compare le sommet aux seuils :
- 380 HV10 pour les aciers de construction des groupes 1 et 2 bruts de soudage, 320 HV10 après traitement thermique (qualification de mode opératoire, ISO 15614-1) ;
- 248 HV10 (22 HRC) pour les installations en présence de sulfure d'hydrogène, très sensibles à la fissuration sous contrainte.
Trop dur ? On ralentit le refroidissement (préchauffage, énergie de soudage plus élevée), on choisit un acier à plus faible carbone équivalent, ou l'on fait un traitement thermique après soudage, qui revient la martensite.
Manipulation 6 : le profil de randonnée
Coupe d'une soudure bout à bout et filiation HV10 à 2 mm sous la surface : empreintes espacées de 1 mm dans la zone affectée, dont une à 0,4 mm de chaque ligne de fusion, plus espacées ailleurs. Choisis l'acier (teneur en carbone C et carbone équivalent CE), le temps de refroidissement t8/5, l'état (brut de soudage ou après traitement thermique) et le seuil à respecter. Les empreintes au-dessus du seuil passent en violet. Modèle pédagogique : dureté de la martensite d'après la formule de Yurioka, part de martensite selon CE et t8/5.
La filiation selon l'ISO 9015-1
- Essai Vickers HV10 ou HV5 sur une coupe transversale de l'assemblage, découpée mécaniquement, préparée sans échauffement et, de préférence, attaquée pour repérer les zones ; à (23 ± 5) °C.
- Mesures en lignes d'empreintes (R) ou en empreintes isolées (E). Pour un acier, les lignes passent près des faces de la soudure (côté endroit et côté racine), avec des positions définies par des figures types selon le joint.
- Dans la zone affectée, distance recommandée entre centres : 1 mm en HV10, 0,7 mm en HV5 (aciers ferritiques) ; jamais moins que la distance minimale de l'ISO 6507-1.
- Pour un métal qui durcit dans la zone affectée, deux empreintes supplémentaires à 0,5 mm au plus de la ligne de fusion (au moins une pour les empreintes isolées) : c'est là que se trouve le pic.
- Assez d'empreintes dans le métal de base pour atteindre une zone non affectée ; les valeurs sont reportées en fonction de leur position. La norme ne s'applique pas aux aciers austénitiques.
D'où vient le pic
La dureté de la martensite dépend surtout de sa teneur en carbone. La formule empirique de Yurioka, déjà rencontrée en Métallurgie, la donne :
HVM : dureté d'une zone entièrement martensitique ; C : teneur en carbone (% en masse). C = 0,18 % : ≈ 452 HV ; C = 0,10 % : ≈ 382 HV
La part de martensite dépend, elle, de la trempabilité de l'acier (son carbone équivalent) et de la vitesse de refroidissement (t8/5). D'où deux leviers : un acier thermomécanique à bas carbone (S460 de l'exemple, C = 0,10 %) plafonne bas même refroidi vite ; un acier plus allié (S690 trempé-revenu) devient martensitique même refroidi lentement, mais sa zone affectée externe peut s'adoucir, ce que la filiation montre aussi.
Agir sur le refroidissement
Pour une pièce épaisse (écoulement de chaleur en trois dimensions), l'EN 1011-2 donne t8/5 = (6 700 − 5·T0)·Q·[1/(500 − T0) − 1/(800 − T0)]·F3, avec T0 la température initiale (préchauffage, °C), Q l'apport de chaleur (kJ/mm) et F3 un facteur de forme du joint (1 pour une passe sur tôle). À 20 °C, t8/5 ≈ 5,3·Q ; préchauffée à 150 °C, la même passe donne t8/5 ≈ 7,8·Q. Préchauffer allonge le refroidissement sans changer l'énergie.
Quand la qualification exige des duretés, l'ISO 15614-1 limite en production l'apport de chaleur à au moins 75 % de celui de l'essai (−25 %) : souder plus « froid » que l'essai risquerait de dépasser la dureté qualifiée. Avec exigence de résilience, c'est la borne haute (+25 %) qui s'applique.
Une QMOS en S355 soudée sans préchauffage donne 395 HV10 à 0,4 mm de la ligne de fusion côté endroit : refusée. Trois pistes : préchauffer (le t8/5 s'allonge à énergie égale), augmenter l'apport de chaleur de la dernière passe, ou ajouter une passe de revenu qui ne touche que la zone affectée de la précédente. On re-soude un assemblage d'essai avec le nouveau mode opératoire, puis on refait la filiation : une dureté ne se « corrige » pas par le calcul.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, de l'empreinte à la qualification
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les conversions viennent de la table de la manipulation 5 (aciers non alliés) ; les duretés de soudure, du modèle de la manipulation 6, où le défi se rejoue.
Exercice 1 : de la pression à la contrainte N1 · chapitre 1
Un acier S355 donne 161 HV. Pour un essai Vickers, la pression moyenne vaut environ p = HV × 9,807/0,927 MPa (passage des kgf/mm² aux MPa, et de l'aire des faces à l'aire projetée).
a) Calcule la pression moyenne sous la pyramide.
b) Déduis-en la contrainte d'écoulement du métal. Compare-la à Re = 355 MPa et Rm = 540 MPa.
c) Pourquoi la pression vaut-elle environ trois fois la contrainte d'écoulement, et non une fois ?
d) Pourquoi la dureté Vickers ne dépend-elle presque pas de la charge, alors que la dureté Brinell en dépend ?
Voir la correction
a) p = 161 × 9,807/0,927 ≈ 1 703 MPa.
b) σ ≈ p/3 ≈ 568 MPa. C'est la contrainte d'écoulement à environ 8 % de déformation : au-dessus de Re (le métal s'est écroui), du même ordre que Rm. D'où les relations entre dureté et résistance.
c) Le métal sous la pointe ne peut couler qu'en repoussant le métal qui l'entoure, resté élastique : il est confiné, et il faut une pression bien supérieure à sa contrainte d'écoulement pour le faire couler.
d) La pyramide laisse des empreintes géométriquement semblables, quelle que soit la charge : même déformation représentative, même dureté. La bille déforme d'autant plus le métal que d/D est grand : la dureté d'un métal qui s'écrouit augmente avec la charge, d'où la règle d'un rapport F/D² constant.
Exercice 2 : le certificat Brinell N1 et N2 · chapitre 2 et 5
Bille de 10 mm, force 29,42 kN (3 000 kgf), diamètres lus 3,95 mm et 4,05 mm, sur une pièce forgée en acier.
a) Calcule la dureté Brinell et écris sa désignation.
b) L'essai est-il valable du point de vue du diamètre ?
c) Calcule la profondeur de l'empreinte et l'épaisseur minimale de la pièce.
d) À quelle distance du bord et d'une empreinte voisine doit-on se tenir ?
e) Estime Rm avec la table de conversion (229 HBW ≈ 244 HV).
Voir la correction
a) d = (3,95 + 4,05)/2 = 4,00 mm ; √(100 − 16) = 9,165 ; HBW = 0,102 × 2 × 29 420/(π × 10 × 0,835) ≈ 229, soit 229 HBW 10/3000.
b) d/D = 0,40, entre 0,24 et 0,6 : valable.
c) h = (10 − 9,165)/2 ≈ 0,42 mm ; épaisseur d'au moins 8 × 0,42 ≈ 3,3 mm.
d) Centre de l'empreinte à au moins 2,5 × 4,00 = 10 mm du bord, et à au moins 3 × 4,00 = 12 mm du centre d'une empreinte voisine.
e) 244 HV correspondent à environ 775 MPa dans la table (3,2 × 244 ≈ 780 MPa) : une estimation, pas une valeur de certificat.
Exercice 3 : le losange et sa lecture N2 · chapitre 3
Essai HV10 (98,07 N) : d₁ = 0,248 mm, d₂ = 0,252 mm. La manipulation 3 permet de rejouer la question c).
a) Calcule la dureté et écris sa désignation.
b) Quelle épaisseur minimale, quelle distance au bord et entre empreintes faut-il respecter ?
c) On mesure le même métal en HV0,1 (0,980 7 N). Quelle diagonale attend-on ? Que devient la dureté lue si l'on surestime d de 1 µm ? Et en HV10 ?
Voir la correction
a) d = 0,250 mm ; HV = 0,189 1 × 98,07/0,250² ≈ 297, soit 297 HV10.
b) Épaisseur ≥ 1,5·d = 0,375 mm ; centre à au moins 2,5·d ≈ 0,63 mm du bord ; au moins 3·d = 0,75 mm entre centres.
c) d varie comme √F : d = 0,250 × √(0,1/10) = 0,025 mm = 25 µm. Avec 26 µm : HV = 297 × (25/26)² ≈ 274, soit −7,5 %. En HV10, 251 µm au lieu de 250 µm ne change HV que de −0,8 %.
Exercice 4 : le cadran du Rockwell N1 · chapitre 4
a) Échelle C, enfoncement rémanent 0,080 mm : dureté ?
b) Échelle B, enfoncement rémanent 0,090 mm : dureté ?
c) Un acier S355 testé en échelle C donne un enfoncement de 0,196 mm. Quel résultat ? Que faire ?
d) Quelle épaisseur minimale pour la pièce du a) ?
e) À quoi sert la précharge F₀ ?
Voir la correction
a) HRC = 100 − 0,080/0,002 = 60, soit 60 HRC.
b) HRBW = 130 − 0,090/0,002 = 85, soit 85 HRBW.
c) 100 − 98 = 2 HRC : hors de la plage 20 à 70, le résultat n'a pas de sens. On mesure en échelle B (environ 83 HRBW) ou en Vickers (environ 165 HV).
d) 10 × 0,080 = 0,8 mm au moins avec le cône.
e) Elle pose le pénétrateur et traverse les petites irrégularités et la couche superficielle ; le zéro est pris sous précharge, ce qui rend la mesure de profondeur reproductible.
Exercice 5 : l'interprète N2 · chapitre 5
Utilise la manipulation 5 (aciers non alliés) pour les questions a) et b).
a) Convertis 380 HV en HBW, HRC et Rm. Compare Rm au repère 3,2·HV.
b) Une spécification pétrolière limite les produits à 22 HRC. Quelle dureté Vickers cela représente-t-il ?
c) Un certificat d'acier de construction donne Rm = 540 MPa et 230 HV mesurés en surface. Ces deux valeurs sont-elles cohérentes ? Que soupçonner ?
d) Un dépôt d'inox austénitique mesure 220 HV. Peut-on annoncer son Rm avec la même table ?
Voir la correction
a) Environ 360 HBW, 39 HRC et 1 215 MPa ; le repère donne 3,2 × 380 = 1 216 MPa, très proche ici.
b) 22 HRC correspondent à 248 HV : c'est la même limite que les 248 HV10 imposés aux zones affectées des soudures en milieu H₂S.
c) 230 HV correspondent à environ 730 MPa, pas à 540 MPa (qui correspondrait à environ 165 HV). Incohérent : la surface est peut-être écrouie (grenaillage, dressage à froid), l'essai mal fait, ou le certificat erroné. On mesure la dureté à cœur sur une coupe et l'on vérifie les données.
d) Non : la table vaut pour les aciers non alliés et faiblement alliés. L'austénite s'écrouit beaucoup plus ; sa dureté ne se traduit pas en Rm avec cette table. On donne la dureté mesurée, et l'on fait un essai de traction si Rm est exigée.
Exercice 6 : la filiation de la QMOS N2 · chapitre 6
QMOS d'un joint bout à bout en S355 (groupe 1), brut de soudage. Filiation HV10 côté endroit, de gauche à droite : 168, 166, 171, 352, 391, 290, 232, 224, 219, 226, 238, 301, 385, 344, 170, 165 (les valeurs 391 et 385 sont à 0,4 mm des lignes de fusion). L'essai a été soudé avec un apport de chaleur de 1,2 kJ/mm.
a) Repère les zones et la dureté maximale. La filiation est-elle conforme ?
b) Pourquoi les deux empreintes à 0,4 mm de la ligne de fusion sont-elles indispensables ?
c) Propose trois remèdes.
d) Une QMOS conforme a été soudée à 1,2 kJ/mm avec exigence de dureté. Quel apport de chaleur minimal sera autorisé en production ?
e) Pour une pièce épaisse (F3 = 1), calcule t8/5 à 1,2 kJ/mm sans préchauffage (T0 = 20 °C), puis avec un préchauffage à 150 °C.
Voir la correction
a) Métal de base : 165 à 171 HV ; zones affectées : 290 à 391 HV ; métal fondu : 219 à 238 HV. Maximum 391 HV10 à 0,4 mm de la ligne de fusion gauche, au-dessus des 380 HV10 admis : non conforme.
b) La bande la plus dure, à gros grains et martensitique, ne fait qu'un millimètre environ : une filiation à pas plus large pourrait l'enjamber et la déclarer conforme. L'ISO 9015-1 impose donc deux empreintes à 0,5 mm au plus de la ligne de fusion.
c) Préchauffer (le t8/5 s'allonge à énergie égale) ; augmenter l'apport de chaleur de la passe concernée (dans les limites de la résilience) ; choisir un acier à plus faible carbone équivalent ; ou faire un traitement thermique après soudage (le seuil devient alors 320 HV10).
d) Avec exigence de dureté, l'apport de chaleur ne doit pas descendre sous 75 % de celui de l'essai : Q ≥ 0,75 × 1,2 = 0,90 kJ/mm.
e) À 20 °C : t8/5 = 6 600 × 1,2 × (1/480 − 1/780) ≈ 5,29 × 1,2 ≈ 6,3 s. À 150 °C : (6 700 − 750) × 1,2 × (1/350 − 1/650) ≈ 7,85 × 1,2 ≈ 9,4 s.
🏆 Défi : la platine qui doit aller en milieu H₂S N2 · chapitre 6, à rejouer dans la manipulation 6
Une platine en S355 (C = 0,18 %, CE = 0,43) est soudée en une passe, avec t8/5 = 4 s. Choisis S355 dans la manipulation 6.
a) Brut de soudage, quel pic de dureté lit-on ? Respecte-t-il le seuil de qualification de 380 HV10 ?
b) En augmentant t8/5 par pas de 0,5 s, à partir de quelle valeur passe-t-on sous 380 HV10 ? Quel apport de chaleur cela demande-t-il sans préchauffage (t8/5 ≈ 5,29·Q) ?
c) On garde l'apport de chaleur du départ (t8/5 = 4 s à 20 °C) mais on préchauffe à 150 °C (t8/5 ≈ 7,85·Q). Que devient t8/5, et la dureté ?
d) La pièce part en milieu H₂S (248 HV10). Brut de soudage, quel t8/5 faudrait-il ? Est-ce réaliste en une passe ?
e) Que donne un traitement thermique après soudage, avec t8/5 = 4 s ? Conclus.
Voir la correction
a) Environ 407 HV10 (77 % de martensite dans le modèle) : au-dessus de 380, non conforme.
b) À 5,0 s, encore 384 HV10 ; à 5,5 s, 373 HV10 : conforme. Il faut Q ≈ 5,5/5,29 ≈ 1,04 kJ/mm, contre 4/5,29 ≈ 0,76 kJ/mm au départ.
c) Q = 0,76 kJ/mm ; t8/5 ≈ 7,85 × 0,76 ≈ 5,9 s, soit environ 6 s dans la manipulation : pic d'environ 362 HV10, conforme sans changer l'énergie.
d) Il faut descendre sous 248 HV10 : à 22 s, on est encore à 248 ; vers 22,5 s (247 HV10). Soit Q ≈ 22,5/5,29 ≈ 4,3 kJ/mm sans préchauffage : un apport de chaleur énorme pour une passe, qui dégraderait la ténacité. Irréaliste.
e) Après traitement thermique, le pic tombe vers 238 HV10 (la martensite est revenue) : conforme au seuil de 248 HV10. Pour le service en H₂S, le préchauffage règle la qualification, mais c'est le traitement thermique après soudage, ou un acier à plus faible carbone, qui règle la dureté de service.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 2
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
La pâte
La dureté mesure la résistance à la pénétration permanente : une plasticité confinée.
La bille
HBW = 0,102·2F/(πD(D − √(D² − d²))) ; F/D² = 30 pour l'acier ; au plus 650 HBW.
Le losange
Même dureté à toute charge ; HV10 pour les soudures ; l'erreur sur d compte double.
Le comparateur
N = 100 (cône, HRC 20 à 70), 130 (bille, HRBW jusqu'à 100) ; lecture sous précharge.
L'interprète
Une table par famille de métal (ISO 18265) ; Rm converti n'est qu'une estimation.
Les distances
Vickers : épaisseur, entre centres, au bord (acier). Brinell : épaisseur ≥ 8·h.
La filiation
ISO 9015-1 : pas de 1 mm en zone affectée, deux empreintes à 0,5 mm au plus de la ligne de fusion.
Les seuils
QMOS des groupes 1 et 2, brut ou traité ; milieu H₂S (22 HRC).
Les remèdes
Préchauffer, augmenter l'énergie, changer d'acier, revenir. Q ≥ 0,75·Qessai si dureté exigée.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- Aproj, p
- Aire de l'empreinte vue de dessus (mm²) ; pression moyenne sous le pénétrateur, F/Aproj (MPa), aussi appelée dureté de Meyer.
- Calotte sphérique
- Portion de sphère découpée par un plan ; aire π·D·h.
- CE
- Carbone équivalent de l'IIW : C + Mn/6 + (Cr + Mo + V)/5 + (Ni + Cu)/15 (%), mesure de la trempabilité.
- Confinement
- Retenue du métal plastifié sous la pointe par le métal voisin resté élastique ; il explique le facteur 3 entre pression et contrainte d'écoulement.
- D, d, d₁, d₂, h
- Diamètre de la bille ; diamètre ou diagonale moyenne de l'empreinte ; diagonales mesurées ; profondeur (mm ou µm).
- Dureté
- Résistance d'un matériau à la pénétration permanente d'un corps plus dur ; elle n'a de sens qu'avec le nom de l'essai.
- Échelle Rockwell (A, B, C, N, T)
- Combinaison d'un pénétrateur et d'une charge ; C : cône de diamant, 1 471 N ; B : bille de 1,587 5 mm, 980,7 N ; N et T : échelles superficielles.
- Enfoncement rémanent h
- Augmentation permanente de profondeur, mesurée sous précharge, qui donne la dureté Rockwell.
- εr, σ(εr), C
- Déformation représentative d'un essai de pénétration (≈ 8 % pour la pyramide, 0,2·d/D pour la bille) ; contrainte d'écoulement à cette déformation ; facteur de contrainte (2,8 à 3).
- F, F₀, F₁
- Force d'essai (N) ; précharge Rockwell (98,07 N) ; charge additionnelle.
- F/D²
- Rapport entre la force (kgf) et le carré du diamètre de la bille (mm²), maintenu constant en Brinell pour une même famille de métal.
- Filiation de dureté
- Ligne d'empreintes régulièrement espacées qui traverse une soudure du métal de base au métal de base.
- Groupes ISO/TR 15608
- Classement des matériaux pour le soudage ; groupe 1 : aciers de limite d'élasticité minimale spécifiée jusqu'à 460 MPa ; groupe 2 : aciers à grains fins traités thermomécaniquement et aciers moulés de limite d'élasticité supérieure à 360 MPa.
- H₂S
- Sulfure d'hydrogène, présent dans le pétrole et le gaz « acides » ; il provoque la fissuration sous contrainte des aciers trop durs.
- HBW
- Dureté Brinell, bille en carbure de tungstène (W) ; désignation : valeur HBW D/F(kgf), par exemple 229 HBW 10/3000.
- HV, HV10, HV0,1
- Dureté Vickers ; sous 10 kgf (98,07 N) ; microdureté sous 0,1 kgf (0,980 7 N).
- HRC, HRBW, HRA
- Duretés Rockwell C (cône), B (bille de carbure), A (cône, 60 kgf).
- ISO 6506-1, 6507-1, 6508-1
- Normes des essais Brinell, Vickers et Rockwell.
- ISO 4545-1, ISO 14577-1, ISO 16859-1
- Essai Knoop ; essai de pénétration instrumenté ; dureté Leeb par rebond.
- ISO 18265, ASTM E140
- Tables de conversion des duretés et d'estimation de Rm.
- ISO 9015-1, ISO 9015-2
- Essais de dureté des assemblages soudés à l'arc ; microdureté des assemblages soudés.
- ISO 15614-1, QMOS
- Qualification d'un mode opératoire de soudage des aciers par un essai.
- ISO 15156-2, NACE MR0175
- Exigences pour les aciers utilisés en présence de H₂S, dont 22 HRC (248 HV10) au plus.
- EN 1011-2, t8/5, T0, Q, F3
- Norme du soudage des aciers ferritiques ; temps de refroidissement de 800 à 500 °C (s) ; température initiale ou de préchauffage (°C) ; apport de chaleur (kJ/mm) ; facteur de forme du joint.
- kgf
- Kilogramme-force, 9,806 65 N ; le facteur 0,102 = 1/9,806 65 convertit les newtons en kgf.
- Knoop
- Essai à pyramide très allongée, pour couches minces et matériaux fragiles.
- Leeb
- Dureté dynamique par rebond d'une masse, mesurée par appareil portable.
- Macrodureté, microdureté
- Essais sous charges de quelques kgf et plus ; essais sous moins de 0,2 kgf, qui visent un grain ou une phase.
- Martensite (M)
- Phase dure et peu ductile formée par refroidissement rapide de l'austénite ; sa dureté croît avec le carbone.
- µm
- Micromètre, millième de millimètre.
- N, S (Rockwell)
- Constante de l'échelle (100 ou 130) ; valeur d'une unité Rockwell (0,002 mm, 0,001 mm en superficiel).
- Pénétrateur
- Objet dur qu'on enfonce : bille, pyramide ou cône de diamant.
- PWHT
- Traitement thermique après soudage (post-weld heat treatment), qui revient la martensite et relaxe les contraintes.
- Réticule
- Traits de visée qu'on amène sur les bords ou les sommets de l'empreinte.
- Revenu
- Chauffage sous la température de transformation qui adoucit la martensite.
- Similitude géométrique
- Propriété d'une pyramide ou d'un cône : l'empreinte garde la même forme à toute charge, donc la même dureté.
- Tabor (relation de)
- p ≈ 3·σ(εr) : la pression moyenne vaut environ trois fois la contrainte d'écoulement.
- Yurioka (formule de)
- HVM ≈ 884·C·(1 − 0,3·C²) + 294 : dureté d'une zone entièrement martensitique.
- ZAT, métal fondu
- Zone affectée thermiquement, métal de base transformé par la chaleur ; métal du cordon, fondu puis solidifié.
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