Avant de commencer
Le cours 4 en trois cases
(IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Deux résultats de ce cours reviennent partout en soudage. 1. Le facteur 3 de la formule de vérification des cordons d'angle, √(σ⊥² + 3(τ⊥² + τ∥²)) (cours 2), vient directement du critère de von Mises. 2. La loi de Hooke en 3D, avec la dilatation thermique, est la base de tout calcul de contraintes résiduelles de soudage.
Le plan du cours
- 1La loi de Hooke en 3D
Des contraintes vers les déformations : chaque contrainte agit, et Poisson s'en mêle.
- 2La loi de Lamé et les coefficients
Dans l'autre sens, et comment passer de E, ν à λ, μ.
- 3Pourquoi un critère, et celui de Tresca
Transformer un état 3D en un seul nombre ; le critère du cisaillement maximal.
- 4Le critère de von Mises
Le critère le plus utilisé, et l'origine du facteur 3 des soudures.
- 5Vérifier une pièce
La méthode complète, du chargement jusqu'au coefficient de sécurité.
- 6La fatigue
Quand la charge se répète : la courbe de Wöhler, et pourquoi les soudures y sont si sensibles.
La loi de Hooke en 3D
Des contraintes vers les déformations
Au cours 1, une traction σ selon x donnait un allongement σ/E selon x, et deux rétrécissements −νσ/E selon y et z (Poisson). En 3D, trois tractions peuvent agir en même temps. En élasticité linéaire, leurs effets s'additionnent simplement (c'est le principe de superposition) : chaque contrainte fait sa part, et on fait la somme.
Selon x, par exemple : σxx allonge de σxx/E ; σyy et σzz, par effet Poisson, raccourcissent de ν·σyy/E et ν·σzz/E. D'où :
εxy = 1 + νE·τxy = τxy2G et de même pour xz et yz
un cisaillement ne provoque qu'une distorsion, sans allongement ; le 2G répare le γ/2 du cours 3
Manipulation 1 : le cube élastique
Règle les contraintes et le matériau. À gauche, la face (x, y) du cube déformée (très exagérée) ; à droite, l'épaisseur selon z. En dessous, la contribution de chaque contrainte à εxx, et la matrice ℇ complète.
Les six équations tiennent en une seule ligne, celle de la page 13 du polycopié (loi de Hooke) :
trace(σ) = σxx + σyy + σzz ; 𝕀 : la matrice identité
Vérification sur la diagonale : εxx = (1 + ν)σxx/E − ν(σxx + σyy + σzz)/E = [σxx − ν(σyy + σzz)]/E ✅. Hors diagonale : le terme en 𝕀 ne contribue pas, il reste εxy = (1 + ν)τxy/E = τxy/(2G), puisque G = E/(2(1 + ν)) (cours 1).
La variation de volume (la trace de ℇ, cours 1) : en prenant la trace des deux membres, on trouve
K = E/(3(1 − 2ν)) : le module de compressibilité, qui résiste aux changements de volume
Pour ν = 0,5, 1 − 2ν = 0 : le volume ne change jamais, K est infini. C'est la limite physique du cours 1 (ν ≤ 0,5).
La loi de Lamé et les coefficients
Des déformations vers les contraintes
En pratique, on mesure souvent des déformations (avec des jauges, cours 3) et on veut les contraintes. Il faut donc inverser la loi de Hooke. Le résultat s'appelle la loi de Lamé (du nom de Gabriel Lamé, rencontré au cours 2 avec son ellipse), page 13 du polycopié :
λ (« lambda ») et μ (« mu ») sont les deux coefficients de Lamé du matériau, en MPa
Elle se lit en deux morceaux : 2μ·ℇ, une contrainte proportionnelle à la déformation elle-même, direction par direction (μ n'est autre que le module de cisaillement G) ; et λ·trace(ℇ)·𝕀, un supplément identique dans les trois directions, proportionnel au changement de volume trace(ℇ). Attention, la résistance au changement de volume fait intervenir les deux coefficients : c'est le module de compressibilité K = λ + 2μ/3. Deux coefficients suffisent toujours pour décrire un matériau isotrope : (E, ν) ou (λ, μ), c'est le même matériau décrit dans deux langues.
les quatre formules de la page 13 du polycopié ; pour l'acier (210 GPa ; 0,3) : μ = 80,8 GPa et λ = 121,2 GPa
Manipulation 2 : le dictionnaire E, ν ⇄ λ, μ
Choisis E et ν : les coefficients de Lamé et le module de compressibilité K se calculent, puis on refait le chemin inverse pour vérifier. Le graphique montre ce que valent λ, μ et K rapportés à E quand ν varie : regarde ce qui se passe vers 0,5.
Contrainte plane (σzz = 0 : tôle mince, surface libre). En écrivant εxx et εyy avec Hooke et en résolvant pour σxx, σyy :
c'est la formule de dépouillement des rosettes du cours 3, enfin démontrée ; et εzz = −ν(σxx + σyy)/E
Déformation plane (εzz = 0 : pièce longue bloquée selon z). La troisième équation de Hooke donne 0 = σzz − ν(σxx + σyy), donc σzz = ν(σxx + σyy) : une contrainte apparaît selon z, justement pour empêcher la déformation. Les deux cas « plans » ne sont décidément pas les mêmes (cours 3).
Pourquoi un critère, et celui de Tresca
Transformer un état 3D en un seul nombre
L'essai de traction (cours 1) fournit un seul nombre : la limite d'élasticité Rₑ, mesurée en traction simple. Or une vraie pièce subit un état 3D, avec trois contraintes principales. Comment savoir si elle plastifie ? Il faut un critère : une règle qui traduit l'état 3D en une contrainte équivalente σéq, un seul nombre, à comparer à Rₑ :
L'idée de Tresca (Henri Tresca, ingénieur français, 1864, à partir de ses essais d'écoulement des métaux sous poinçon) : c'est le cisaillement maximal qui décide. On sait aujourd'hui pourquoi : les métaux plastifient par glissement de plans cristallins, grâce aux dislocations du cours 1, et ce glissement est piloté par le cisaillement. En traction simple, la plasticité démarre à σ = Rₑ, où τmax = Rₑ/2 (le résultat du cours 1, à 45°). Tresca en déduit la règle : quel que soit l'état 3D, la pièce reste élastique tant que
σTresca : la contrainte équivalente de Tresca, c'est-à-dire le diamètre du grand cercle de Mohr
Manipulation 3 : le tricercle sous le plafond de Tresca
Règle les trois contraintes principales (rangées automatiquement) et la limite d'élasticité. Les deux droites horizontales en pointillés sont le plafond de Tresca, à τ = ±Rₑ/2. Le grand cercle doit rester dessous.
La pression hydrostatique ne compte pas. Ajouter la même valeur p aux trois contraintes principales déplace le tricercle en bloc, sans changer sa taille : σI − σIII ne bouge pas. Un métal sous 300 MPa de pression uniforme ne plastifie pas, ce que l'expérience confirme pour la plasticité des métaux.
Le cas d'un état plan (σzz = 0, principales du plan σ1 et σ2) : il faut ranger 0 avec les deux autres. Si σ1 et σ2 sont de même signe, σTresca = max(|σ1|, |σ2|) ; s'ils sont de signes opposés, σTresca = |σ1 − σ2|.
Traction + cisaillement (le cas d'un arbre en flexion et torsion, ou d'une section de poutre) : σ et τ dans le plan, σzz = 0. Les principales du plan sont σ/2 ± √((σ/2)² + τ²), de signes opposés, d'où
en cisaillement pur (σ = 0) : σTresca = 2τ, donc la limite de cisaillement selon Tresca vaut τ = Rₑ/2
Le critère de von Mises
Le plus utilisé, et l'origine du facteur 3 des soudures
Tresca ne regarde que le plus grand des trois cercles. Von Mises (Richard von Mises, mathématicien, 1913) tient compte des trois : il fait une sorte de moyenne quadratique des trois écarts entre contraintes principales :
en traction simple (σ, 0, 0) : σVM = √(½(σ² + 0 + σ²)) = σ, le critère redonne bien Rₑ
Physiquement, von Mises mesure l'énergie élastique stockée en changeant la forme de la matière (sa distorsion), en ignorant celle qui change seulement son volume. C'est le critère le plus utilisé en calcul de structures et dans les logiciels, car il colle très bien aux essais sur les métaux ductiles.
Le cas qui sert partout : une contrainte normale σ et un cisaillement τ dans le même plan (poutres, arbres, soudures) :
en cisaillement pur : σVM = √3·τ, donc la limite de cisaillement vaut τ = Rₑ/√3 ≈ 0,58 Rₑ
1. Le facteur 3 des cordons d'angle. La formule de l'Eurocode du cours 2, √(σ⊥² + 3(τ⊥² + τ∥²)), c'est exactement √(σ² + 3τ²) appliqué à la section de gorge, avec les deux cisaillements τ⊥ et τ∥. C'est un von Mises (simplifié : il néglige σ∥, la contrainte le long du cordon).
2. La « résistance au glissement » du cours 1, Reg ≈ 0,5 à 0,6 Rₑ : 0,5 est la valeur de Tresca (Rₑ/2), 0,58 celle de von Mises (Rₑ/√3).
Manipulation 4 : l'hexagone et l'ellipse
État de contrainte plane (σzz = 0) : chaque point du plan (σ1 ; σ2) est un état, avec σ1 et σ2 les deux contraintes principales du plan. L'hexagone est la limite de Tresca, l'ellipse celle de von Mises. Le point doit rester à l'intérieur ; la droite pointillée montre jusqu'où on peut multiplier le chargement.
En composantes, sans passer par les contraintes principales (pratique quand la matrice est donnée dans un repère quelconque) :
avec σzz = 0 et un seul cisaillement : σVM² = σxx² + σyy² − σxxσyy + 3τxy²
Lien avec le défi du cours 2 : σVM = (3/√2)·τoct, où τoct est le cisaillement sur la facette octaédrique. Et comme pour Tresca, une pression hydrostatique ne change rien : seuls les écarts entre contraintes principales interviennent.
Tresca ou von Mises ? On a toujours σVM ≤ σTresca ≤ 1,155·σVM (1,155 = 2/√3). Tresca est donc plus prudent (sur la figure, l'hexagone est à l'intérieur de l'ellipse), d'au plus 15,5 %. Cet écart maximal est atteint quand la contrainte principale intermédiaire est exactement au milieu des deux autres : en cisaillement pur (τ ; 0 ; −τ), mais aussi pour une paroi de réservoir (σ ; σ/2 ; 0). Les deux coïncident en traction simple et en traction égale dans deux directions.
La forme du polycopié : le déviateur (p. 16)
Le polycopié écrit von Mises avec le déviateur des contraintes, la partie de [σ] qui change la forme :
σD : σD (« contraction double ») est la somme des carrés des 9 termes de σD ; on retrouve exactement les formules ci-dessus
On retire à [σ] sa partie hydrostatique (la contrainte moyenne sur la diagonale) : il ne reste que ce qui déforme sans changer le volume. D'où la propriété déjà vue : une pression uniforme ne compte pas. Et l'énergie de distorsion dont parle le polycopié est proportionnelle à σD : εD.
Les figures 7 à 10 du polycopié. En contrainte plane, on retrouve l'hexagone de Tresca inscrit dans l'ellipse de von Mises (manipulation 4). En 3D, les deux critères sont des cylindres d'axe σ1 = σ2 = σ3 (l'axe hydrostatique) : un prisme à base hexagonale pour Tresca, un cylindre à base circulaire pour von Mises. Vus dans l'axe (figure 10), l'hexagone est inscrit dans le cercle. Qu'ils soient infinis le long de cet axe traduit encore une fois que la pression uniforme ne fait pas plastifier.
Vérifier une pièce
La méthode complète, du chargement au coefficient de sécurité
1. L'état de contrainte au point le plus chargé : la matrice [σ] (donnée par l'énoncé, calculée par la RDM, ou déduite de déformations mesurées grâce à la loi de Lamé).
2. Les contraintes principales (cours 4) : cercle de Mohr pour un bloc plan, équation caractéristique sinon.
3. La contrainte équivalente : σTresca = σI − σIII et/ou σVM.
4. Le coefficient de sécurité : s = Rₑ/σéq.
5. Le verdict : comparer s à la valeur exigée (ou σéq à Rₑ/s).
La manipulation fait les cinq étapes pour toi, sur n'importe quelle matrice : utilise-la pour vérifier les exercices, pas pour les remplacer.
Manipulation 5 : le vérificateur de pièce
Entre une matrice des contraintes (MPa), le matériau et le coefficient de sécurité exigé. Les barres comparent les contraintes équivalentes à Rₑ et à Rₑ/s ; les déformations sont calculées avec la loi de Hooke.
Exemple type : un arbre en acier S235 est soumis, en un point de sa surface, à σ = 120 MPa (flexion) et τ = 60 MPa (torsion). Coefficient de sécurité exigé : 1,5.
« Surface libre : contrainte plane. Contraintes principales du plan : 60 ± √(60² + 60²) = 144,9 et −24,9 MPa ; avec σzz = 0 : σI = 144,9 ; σII = 0 ; σIII = −24,9 MPa. Tresca : σT = 144,9 + 24,9 = 169,7 MPa (= √(σ² + 4τ²)) ; s = 235/169,7 = 1,38. Von Mises : σVM = √(120² + 3 × 60²) = 158,7 MPa ; s = 235/158,7 = 1,48. Conclusion : pas de plasticité (s > 1), mais le coefficient exigé de 1,5 n'est atteint ni avec Tresca, ni (de justesse) avec von Mises : la pièce est à redimensionner. »
La fatigue
Quand la charge se répète des milliers de fois
Plie un trombone une fois : il tient. Plie-le et déplie-le trente fois : il casse. Pourtant, tu n'as jamais forcé davantage. C'est la fatigue (polycopié, p. 18) : sous une charge variable, répétée un grand nombre de fois, une pièce peut rompre à une contrainte bien inférieure à Rₑ. Une petite fissure naît en un point faible (une rayure, un angle vif, le pied d'un cordon de soudure) et progresse un peu à chaque cycle.
L'essai de fatigue consiste à faire subir à des éprouvettes une contrainte alternée d'amplitude σa, et à compter le nombre de cycles N avant rupture. On obtient la courbe de Wöhler (du nom de l'ingénieur allemand August Wöhler, qui étudiait les ruptures d'essieux de train vers 1860) : plus l'amplitude est forte, plus la vie est courte.
Pour beaucoup d'aciers, la courbe devient horizontale : en dessous d'une amplitude appelée limite d'endurance, notée σD par le polycopié, la pièce supporte un nombre illimité de cycles. Le polycopié en tire la règle de dimensionnement : on remplace Rₑ par σD dans le critère de résistance.
Manipulation 6 : la courbe de Wöhler
Deux courbes schématiques, en échelles logarithmiques : une éprouvette d'acier S355 lisse et polie, et un assemblage soudé typique (cordon d'angle transversal). Règle l'amplitude de contrainte σa : la durée de vie de chacun s'affiche. Valeurs indicatives, pour comprendre les ordres de grandeur.
Ordres de grandeur pour un acier lisse : la limite d'endurance vaut typiquement 0,4 à 0,5 fois Rₘ (la résistance à la traction, cours 1), et elle est atteinte vers 10⁶ à 10⁷ cycles (la figure du polycopié, graduée jusqu'à 10⁵, est schématique). Elle diminue fortement avec l'état de surface, la taille de la pièce et les concentrations de contrainte.
La contrainte moyenne compte aussi. Si la contrainte oscille autour d'une valeur moyenne σm non nulle, une moyenne de traction réduit l'amplitude supportable (diagrammes de Haigh, droite de Goodman), une moyenne de compression l'augmente.
1. Le pied du cordon est une entaille géométrique, avec de petits défauts de raccordement : la fissure y démarre très tôt. 2. Les contraintes résiduelles y sont proches de Rₑ en traction (cours 3) : quelle que soit la charge appliquée, le métal travaille en réalité autour d'une forte traction moyenne. On caractérise donc la fatigue des soudures par l'étendue de contrainte Δσ = σmax − σmin, et non par la moyenne. 3. Conséquence remarquable : la résistance en fatigue d'un assemblage soudé dépend très peu de la nuance d'acier. Un S690 soudé n'est guère meilleur en fatigue qu'un S235 soudé.
Les codes (Eurocode 3 partie 1-9, recommandations de l'IIW, International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure) classent les détails soudés par catégorie (notée FAT dans les documents de l'IIW) : l'étendue de contrainte supportée pendant 2 millions de cycles, par exemple FAT 71 pour certains cordons d'angle transversaux. Les courbes suivent la loi N ∝ Δσ−m avec un exposant m = 3 : doubler l'étendue divise la durée de vie par 2³ = 8. Les techniques d'amélioration (meulage du pied de cordon, martelage, refusion TIG, c'est-à-dire la refonte superficielle du pied de cordon avec une torche TIG, Tungsten Inert Gas, à électrode de tungstène sous gaz inerte) visent précisément cette zone.
Exercices corrigés
De la loi de Hooke au dimensionnement
Essaie chaque question de tête 2 à 3 minutes, puis regarde la fiche mémoire, puis le chapitre. Sauf mention contraire, acier : E = 210 GPa, ν = 0,3. Les manipulations 1, 2 et 5 permettent de vérifier tes résultats.
Exercice 1 : les déformations d'une paroi de réservoir N1 · chapitre 1
Sur la surface extérieure d'un réservoir en acier : σθθ = 100 MPa (x), σzz = 50 MPa (y), σrr = 0 (z).
a) Calcule les trois allongements relatifs.
b) Calcule la variation relative de volume de deux façons.
c) Compare avec l'exercice 6 du cours 3.
Voir la correction
a) εx = (100 − 0,3 × 50)/210 000 = 405 µε ; εy = (50 − 0,3 × 100)/210 000 = 95 µε ; εz = (0 − 0,3 × 150)/210 000 = −214 µε.
b) Somme : 405 + 95 − 214 = 286 µε. Formule : (1 − 2ν)/E × trace(σ) = 0,4 × 150/210 000 = 286 µε ✅.
c) Ce sont exactement les déformations de l'exercice 6 du cours 3 : les lectures de la rosette selon θ et z (405 et 95 µε), et εzz = −214 µε. On vient de faire le chemin inverse, des contraintes vers les déformations.
Exercice 2 : les coefficients de l'acier N1 · chapitre 2
a) Calcule μ, λ et K pour l'acier.
b) Retrouve E et ν à partir de λ et μ avec les formules du polycopié.
Voir la correction
a) μ = 210 000/2,6 = 80 770 MPa (c'est G) ; λ = 0,3 × 210 000/(1,3 × 0,4) = 121 150 MPa ; K = 210 000/(3 × 0,4) = 175 000 MPa.
b) E = μ(2μ + 3λ)/(λ + μ) = 80 770 × 525 000/201 920 = 210 000 MPa ✅ et ν = λ/(2(λ + μ)) = 121 150/403 840 = 0,30 ✅.
Exercice 3 : la déformation plane N2 · chapitres 1 et 2
Une pièce longue, bloquée selon z (εzz = 0), subit σxx = 100 MPa et σyy = 0.
a) Quelle contrainte σzz apparaît ?
b) Calcule εxx et εyy, et compare avec une traction simple.
Voir la correction
a) 0 = σzz − ν(σxx + σyy), donc σzz = 0,3 × 100 = 30 MPa : le blocage crée une traction selon z.
b) εxx = (100 − 0,3 × 30)/210 000 = 433 µε et εyy = (0 − 0,3 × 130)/210 000 = −186 µε. En traction simple, on aurait 476 et −143 µε : le blocage rend la pièce plus raide selon x (433 < 476) et accentue le rétrécissement selon y.
Exercice 4 : l'arbre en flexion et torsion N1 · chapitres 3 à 5
En un point de la surface d'un arbre en S235 (Rₑ = 235 MPa) : σ = 120 MPa, τ = 60 MPa.
a) Calcule les trois contraintes principales.
b) Calcule σTresca et σVM, puis les coefficients de sécurité.
c) Le coefficient exigé est 1,5 : conclus.
Voir la correction
a) C = 60, R = √(60² + 60²) = 84,9 : 144,9 et −24,9 MPa, et 0 selon z (surface libre). σI = 144,9 ; σII = 0 ; σIII = −24,9 MPa.
b) σT = 144,9 + 24,9 = 169,7 MPa (= √(120² + 4 × 60²)), s = 235/169,7 = 1,38. σVM = √(120² + 3 × 60²) = 158,7 MPa, s = 1,48.
c) Aucune plastification, mais le coefficient 1,5 n'est pas atteint : il faut augmenter le diamètre de l'arbre.
Exercice 5 : la limite en cisaillement pur N2 · chapitres 3 et 4
Pour un acier de Rₑ = 235 MPa soumis à un cisaillement pur τ :
a) Quelle est la limite de τ selon Tresca ? Selon von Mises ?
b) Relie ces valeurs à la résistance au glissement Reg du cours 1 et au facteur 3 de la formule des cordons du cours 2.
Voir la correction
a) Principales : τ, 0, −τ. Tresca : 2τ ≤ Rₑ, soit τ ≤ 117,5 MPa (0,5 Rₑ). Von Mises : √3·τ ≤ Rₑ, soit τ ≤ 135,7 MPa (0,577 Rₑ).
b) C'est l'encadrement Reg ≈ 0,5 à 0,6 Rₑ du cours 1. Et le « 3 » devant les cisaillements dans √(σ⊥² + 3(τ⊥² + τ∥²)) vient de von Mises : un cisaillement τ équivaut à une traction de √3·τ.
Exercice 6 : dimensionner un réservoir N2 · chapitres 3 à 5
Réservoir cylindrique en S235 : rayon R = 500 mm, pression p = 2 MPa, coefficient de sécurité 1,5.
a) Donne les contraintes principales en fonction de l'épaisseur e (cours 2).
b) Calcule l'épaisseur minimale avec Tresca, puis avec von Mises.
c) Laquelle retenir ?
Voir la correction
a) σI = pR/e, σII = pR/(2e), σIII ≈ 0 (surface extérieure).
b) Contrainte admissible : 235/1,5 = 156,7 MPa. Tresca : σI − σIII = pR/e ≤ 156,7, donc e ≥ 1 000/156,7 = 6,4 mm. Von Mises : σVM = (pR/e)·√(½(¼ + ¼ + 1)) = 0,866·pR/e ≤ 156,7, donc e ≥ 866/156,7 = 5,5 mm.
c) Tresca, plus prudent, conduit à 7 mm (épaisseur commerciale au-dessus) ; von Mises à 6 mm. En pratique, c'est le code de construction applicable qui fixe le critère, les coefficients et le coefficient de joint soudé (cours 2).
Défi : la soudure que les critères jugent « saine » N2 · chapitres 3 et 4
Au cœur d'une soudure épaisse en S355, les contraintes principales résiduelles valent 180, 150 et 120 MPa. Calcule σTresca, σVM et le taux de triaxialité η = σm/σVM (σm : la contrainte moyenne), et commente.
Voir la correction
σT = 180 − 120 = 60 MPa ; σVM = √(½(30² + 30² + 60²)) = 52 MPa : les deux critères sont très loin de Rₑ = 355 MPa, alors que la plus grande traction vaut 180 MPa. σm = 150 MPa, donc η = 150/52 = 2,9, contre 1/3 en traction simple. La partie hydrostatique, énorme, est invisible pour les critères de plasticité. Commentaire : les critères de Tresca et de von Mises disent « pas de plasticité », et c'est vrai ; mais ils ne disent rien du risque de rupture fragile, qui augmente justement avec la triaxialité. C'est pourquoi les assemblages soudés épais font aussi l'objet d'exigences de ténacité et, souvent, d'un détensionnement.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 5
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Hooke 3D
L'éponge : εxx = [σxx − ν(σyy + σzz)]/E ; εxy = τxy/(2G).
Lamé
μ = G = E/2(1 + ν) ; λ = νE/((1 + ν)(1 − 2ν)). Acier : 80,8 et 121,2 GPa.
Volume
K = E/(3(1 − 2ν)) ; ν = 0,5 : incompressible.
Contrainte plane
La formule des rosettes. Déformation plane : σzz = ν(σxx + σyy).
Le critère
Le traducteur : un état 3D devient un seul nombre, comparé à l'essai de traction.
Tresca
Plafond τ = Rₑ/2 sur le tricercle. σ + τ : √(σ² + 4τ²).
Von Mises
L'ellipse autour de l'hexagone. σ + τ : √(σ² + 3τ²). Tresca plus prudent, d'au plus 15,5 %.
Soudure
Le facteur 3 vient de von Mises. Cisaillement pur : Rₑ/2 (Tresca) ou Rₑ/√3 (von Mises).
Ce que les critères ignorent
La pression hydrostatique ne fait pas plastifier. Mais la triaxialité favorise la rupture fragile.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles nouveaux de ce cours
Les termes des cours précédents sont dans leurs propres glossaires.
- Catégorie de détail (FAT)
- Classe de résistance en fatigue d'un détail soudé : l'étendue de contrainte (en MPa) supportée pendant 2 millions de cycles.
- Coefficient de sécurité s
- Rapport Rₑ/σéq : de combien on pourrait multiplier le chargement avant la plasticité.
- Contrainte équivalente σéq
- Un seul nombre, calculé à partir d'un état 3D par un critère, et comparable à la limite d'élasticité mesurée en traction simple.
- Contrainte moyenne σm
- Moyenne des trois contraintes principales : trace(σ)/3. C'est la partie « hydrostatique » de l'état de contrainte.
- Critère de résistance
- Règle qui dit si un état de contrainte 3D provoque la plasticité (ou la rupture) du matériau.
- Courbe de Wöhler
- Courbe amplitude de contrainte / nombre de cycles à rupture, obtenue par des essais de fatigue.
- Critère de Tresca
- La plasticité démarre quand le cisaillement maximal atteint Rₑ/2 : σI − σIII ≤ Rₑ.
- Critère de von Mises
- La plasticité démarre quand l'énergie de distorsion atteint celle de la traction simple à Rₑ : σVM ≤ Rₑ.
- Déformation plane
- εzz = 0 ; conséquence avec Hooke : σzz = ν(σxx + σyy).
- Énergie de distorsion
- Part de l'énergie élastique stockée en changeant la forme de la matière, sans changer son volume. Base du critère de von Mises.
- K (module de compressibilité)
- K = E/(3(1 − 2ν)) : résistance d'un matériau aux changements de volume.
- λ, μ (coefficients de Lamé)
- « Lambda » et « mu » : les deux constantes élastiques de la loi de Lamé. μ = G ; λ = νE/((1 + ν)(1 − 2ν)).
- Loi de Hooke en 3D
- ℇ = (1 + ν)σ/E − ν trace(σ)𝕀/E : les déformations à partir des contraintes.
- Loi de Lamé
- σ = 2μℇ + λ trace(ℇ)𝕀 : les contraintes à partir des déformations.
- Matériau ductile, fragile
- Ductile : se déforme beaucoup avant de rompre (acier doux). Fragile : rompt sans déformation notable (fonte, céramique). Les critères de Tresca et von Mises concernent les ductiles.
- Principe de superposition
- En élasticité linéaire, l'effet de plusieurs charges est la somme des effets de chaque charge prise seule.
- Rₑ/s
- Contrainte admissible : la limite d'élasticité divisée par le coefficient de sécurité.
- σTresca, σVM
- Contraintes équivalentes de Tresca (σI − σIII) et de von Mises.
- Déviateur σD
- Partie de [σ] qui change la forme : σD = σ − (trace σ/3)𝕀. Von Mises : σVM = √(3/2 σD : σD).
- Étendue de contrainte Δσ
- Écart entre la contrainte maximale et la contrainte minimale d'un cycle ; grandeur de référence pour la fatigue des soudures.
- Fatigue
- Rupture progressive sous une charge variable répétée, à une contrainte inférieure à Rₑ.
- Limite d'endurance σD
- Amplitude de contrainte en dessous de laquelle la pièce supporte un nombre illimité de cycles (même symbole que le déviateur dans le polycopié).
- Rpe
- Résistance pratique à l'extension : Rₑ/s, la contrainte admissible utilisée dans les critères du polycopié.
- Taux de triaxialité η
- Rapport σm/σVM : 1/3 en traction simple, beaucoup plus au cœur des pièces épaisses bridées.
- tr (trace)
- Somme des termes diagonaux d'une matrice.
Check-list : ai-je bouclé la série ?
Coche seulement ce que tu sais faire de tête. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.