Fatigue des métaux, série 1 : la vie d'une fissure

Le cycle : parler la langue de la fatigue

Cours1 sur 4 : le chargement cyclique et ses paramètres
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequisσ = F/S, Re et Rm, et la flexion |σ|max = |Mf|/W (série RDM)
À la fin tu saisdécrire n'importe quel cycle par σm, σa, Δσ et R, et raconter la vie d'une fissure

Essaie de casser un trombone en tirant dessus : impossible, il faudrait dépasser sa résistance. Plie-le et déplie-le une quinzaine de fois : il casse net. C'est la fatigue : une charge trop faible pour casser une pièce d'un seul coup finit par la casser à force d'être répétée. Essieux, arbres de transmission, ailes d'avion, ponts, éoliennes et, surtout, assemblages soudés : une grande partie des ruptures de pièces en service sont des ruptures de fatigue. Avant d'étudier comment une fissure naît puis grandit (cours 2 à 4), il faut savoir décrire exactement ce qui se répète. C'est le vocabulaire du cycle, l'objet de ce cours.

Le code couleur de la série

Orange : les actions extérieures, forces F et moments Mf, Mt.
Noir : les vecteurs et la géométrie dessinée (axes, contours).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers le soudage.

Avant de commencer

Les bases à avoir en tête, en trois cases

Ce premier cours de la série s'appuie sur la série « Résistance des matériaux ».

σ = F/S
La contrainte normale σ (lettre grecque « sigma ») : une force F par unité de surface S. Elle s'exprime en MPa (mégapascal) : 1 MPa = 1 N/mm². Convention : σ > 0 en traction, σ < 0 en compression.
Re < Rm
L'essai de traction donne Re, la limite d'élasticité (au-delà, la déformation devient permanente), et Rm, la résistance à la traction (la contrainte maximale supportée). Acier de construction : Re ≈ 235 à 355 MPa, Rm ≈ 360 à 630 MPa.
|σ|max = |Mf|/W
En flexion, la contrainte est maximale sur les fibres les plus éloignées de l'axe neutre. Mf est le moment fléchissant, W le module de flexion ; pour un rond plein de diamètre d, W = πd³/32.
📘 Correspondance avec le polycopié de référence (Partie II : Fatigue). Ce cours couvre le § A « Principe et définitions », pages 1 et 2, figures 1 à 3 :
Chapitre du coursPolycopié
1 Qu'est-ce que la fatigue ?p. 1, définition et nombre d'« alternances »
2 Du chargement réel au cycle d'essaip. 1, figure 1 ; p. 2, choix des sollicitations sinusoïdales
3 Les six grandeurs du cyclep. 2, figure 2
4 Les familles de cyclesp. 2, figure 3
5 Traction, flexion, torsionp. 1 et 2, sollicitations-types et concentrations de contraintes
6 Le film d'une rupturep. 1, les six phases de l'endommagement ; p. 1 et 2, les deux connaissances nécessaires
Les compléments qui ne figurent pas dans le polycopié portent l'étiquette hors poly : le comptage des cycles « rainflow », les formules de la flexion rotative, le coefficient de concentration de contrainte et l'approche des soudures en étendue de contrainte.
🔎 Quatre remarques de lecture

1. Amplitude ou étendue ? Le polycopié appelle σa la « composante alternative » et Δσ l'« amplitude totale » (p. 2). Dans beaucoup d'ouvrages et dans les normes, le mot « amplitude » désigne σa, et Δσ s'appelle l'« étendue de contrainte » (en anglais : stress amplitude pour σa, stress range pour Δσ). Ce cours dit amplitude σa et étendue Δσ, avec Δσ = 2σa.

2. La figure 3 ne montre que des contraintes moyennes positives ou nulles. Le chapitre 4 la complète avec les cycles où domine la compression.

3. La lettre R. Dans tout ce cours, R = σmin/σmax est le rapport de charge. Rien à voir avec Re et Rm, ni avec la « courbe-R » citée page 7 du polycopié (cours 4).

4. La lettre N. En RDM, N désigne l'effort normal ; en fatigue, N est un nombre de cycles. Ici, l'effort axial s'appelle donc F.

🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Les structures soudées travaillent presque toujours sous des charges variables : ponts, ponts roulants, grues, plateformes en mer, mâts d'éoliennes, véhicules ferroviaires. Leur calcul en fatigue, selon l'Eurocode 3 partie 1-9 (norme EN 1993-1-9) ou selon les recommandations de l'IIW (International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure), s'écrit entièrement avec le vocabulaire de ce cours : étendue de contrainte Δσ, nombre de cycles N, rapport R, cycles comptés par la méthode rainflow. Et le raccordement d'un cordon avec la tôle, le pied de cordon, est par nature une zone de concentration de contrainte (chapitre 5).

La série en quatre cours

1 Le cycleLe décor : décrire ce qui se répète.
2 WöhlerL'espérance de vie d'une pièce, et les classes FAT des soudures.
3 L'amorçageLa naissance d'une fissure, grain par grain.
4 ParisLa croissance de la fissure jusqu'à la rupture.

Le plan du cours

  1. 1Qu'est-ce que la fatigue ?

    Casser sans jamais dépasser Rm ; compter les cycles d'une vie.

  2. 2Du chargement réel au cycle d'essai

    Le signal aléatoire, la sinusoïde du laboratoire, et le comptage des cycles.

  3. 3Les six grandeurs du cycle

    σmax, σmin, σm, σa, Δσ et R, et toutes leurs relations.

  4. 4Les familles de cycles

    Une seule règle graduée, R, pour ranger tous les cycles, compression comprise.

  5. 5Traction, flexion, torsion : où ça travaille

    La surface en première ligne, l'arbre qui tourne et le trou qui concentre.

  6. 6Le film d'une rupture

    Les six phases de l'endommagement, de la première trace à la cassure.

1

Qu'est-ce que la fatigue ?

Casser sans jamais dépasser Rm

📎Image à retenirLe trombone : impossible à casser en tirant, il cède après une quinzaine de pliages
👁 Niveau 1 : voir le trombone et le sentier

Reprends le trombone. En tirant dessus, tu ne le casses pas : il faudrait atteindre sa résistance Rm, et tes doigts n'y arrivent pas. En le pliant puis en le dépliant, tu déformes un peu le métal au niveau du pli, de façon permanente. Chaque pliage laisse une petite blessure qui ne se répare pas ; les blessures s'additionnent. Au bout d'une quinzaine d'allers-retours, une fissure apparaît, traverse le fil, et il casse.

Pense à un sentier dans l'herbe : un seul passage ne laisse aucune trace visible, mille passages tracent un chemin. En fatigue, chaque cycle de chargement laisse une trace microscopique, invisible à l'œil nu, et c'est leur accumulation qui finit par rompre la pièce.

Dans une machine ou une structure, les contraintes sont bien plus faibles que dans le trombone, souvent inférieures à Re : chaque cycle abîme beaucoup moins. Mais les cycles se comptent alors en millions, voire en milliards. Le polycopié le dit ainsi : le nombre d'« alternances » va de quelques unités à plusieurs centaines de millions.

PièceCe qui fait un cycleCycles sur une vie (ordre de grandeur)
Trombone plié à la mainun pliage aller-retour10 à 20
Fuselage d'avion de ligneune pressurisation par vol10⁴ à 10⁵
Pont routierle passage d'un camion≈ 4 × 10⁷ (1 000 camions/jour, 100 ans)
Essieu ferroviaireun tour de roue≈ 3,5 × 10⁸ par million de km
Pale d'éolienneun tour de rotor (poids propre)≈ 1,6 × 10⁸ (15 tr/min, 20 ans)
Vilebrequin d'automobileun tour moteur10⁸ à 10⁹

La notation 10⁸ (« dix puissance huit ») veut dire 1 suivi de 8 zéros : 100 000 000, cent millions. Le symbole ≈ se lit « environ égal à ».

Manipulation 1 : statique contre cyclique

Deux éprouvettes identiques en acier. À gauche, une contrainte σ constante ; à droite, la même valeur appliquée en alternance : +σ, puis −σ, puis +σ… Règle le niveau en pourcentage de Rm, puis lance l'essai. Le compteur de cycles accélère en échelle logarithmique (chaque graduation vaut dix fois la précédente).

70 %

Courbe illustrative d'un acier, détaillée au cours 2 : rupture en 10³ cycles à 90 % de Rm, en 10⁶ cycles à 50 %, et plus du tout en dessous. Fréquence d'essai supposée : 10 Hz (dix cycles par seconde).

🎓 Niveau 2 : maîtriser la définition et ses conséquences
📖 Fatigue (polycopié, p. 1) : ensemble des mécanismes qui conduisent à l'endommagement, à la fissuration puis à la rupture d'un matériau sous l'effet d'un chargement mécanique cyclique, avec des contraintes inférieures à la contrainte de rupture mesurée en conditions quasi statiques.
📖 Quasi statique : se dit d'un chargement appliqué assez lentement pour que la vitesse n'ait aucun effet, comme dans un essai de traction. La « contrainte de rupture en conditions quasi statiques » est donc Rm.
📖 Endommagement : dégradation progressive et irréversible de la matière (déformations permanentes locales, puis microfissures), qui diminue sa capacité à résister.

Les contraintes cycliques peuvent être de traction, de compression, de traction-compression, de cisaillement, de torsion, de flexion ou, dans le cas général, triaxiales : les trois contraintes principales sont alors non nulles (série RDM, cours 4). La situation est aggravée par les concentrations de contraintes et les défauts (chapitre 5).

Des cycles au temps

Une pièce sollicitée à une fréquence constante subit un nombre de cycles proportionnel au temps :

N = f · t  ⟺  t = Nf

⟺ se lit « équivaut à »

N
nombre de cycles, sans unité
f
fréquence des cycles, en hertz (Hz) : 1 Hz = un cycle par seconde
t
durée, en secondes (s)

Exemple. Un essai de fatigue de 10⁷ cycles sur une machine à 50 Hz dure t = 10⁷/50 = 2 × 10⁵ s ≈ 55,6 h ≈ 2,3 jours. Les essais de fatigue sont longs : c'est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas tout tester.

Pourquoi la fatigue est-elle si dangereuse ?

Elle agit sans dépasser Rm (le calcul statique dit « ça tient »), sans déformation visible de la pièce (la fissure reste longtemps minuscule), et sans prévenir : la rupture finale est brutale, même dans un métal ductile qui, en traction simple, se serait allongé et aminci avant de casser.

⚠️ Piège : fatigue, usure, fluage, corrosion. La fatigue vient de la variation de la charge. L'usure est une perte de matière par frottement. Le fluage est une déformation lente sous charge constante, surtout à haute température. La corrosion est une attaque chimique. Ces phénomènes peuvent se combiner (on parle de fatigue-corrosion), mais ils ne se confondent pas.
⚠️ Piège : « sous Rm » ne veut pas dire « sous Re ». La définition exige seulement σmax < Rm. Au-dessus de Re, chaque cycle déforme plastiquement toute la section et la rupture arrive en peu de cycles : c'est la fatigue oligocyclique (du grec oligos, « peu »), comme pour le trombone (cours 2).
🧠 Mnémotechnique : la fatigue, c'est le goutte-à-goutte. Chaque goutte est inoffensive, la somme ne l'est pas. Et comme pour l'eau qui creuse la pierre, on ne voit rien pendant très longtemps.
🔥 Trois accidents qui ont fait la fatigue
1842
Meudon. Le 8 mai, l'essieu de la locomotive de tête d'un train Versailles-Paris casse ; le train déraille et prend feu, faisant plusieurs dizaines de morts. Les ingénieurs ferroviaires comprennent qu'un essieu peut casser sous une charge qu'il supporte sans peine en statique. Dans les années 1850 et 1860, l'ingénieur allemand August Wöhler teste systématiquement des essieux : sa courbe est le sujet du cours 2.
1954
Comet. Le premier avion de ligne à réaction, le de Havilland Comet, subit deux accidents en vol. Un fuselage complet, immergé dans une cuve et pressurisé des milliers de fois, révèle la cause : une fissure de fatigue partie du coin d'une découpe du fuselage, là où la contrainte est concentrée. Depuis, les ouvertures des avions ont des coins arrondis.
1980
Alexander L. Kielland. Le 27 mars, cette plateforme d'hébergement chavire en mer du Nord : 123 morts. Une entretoise s'est rompue par fatigue, à partir d'une soudure d'angle de mauvaise qualité qui fixait un support d'instrument. Un détail soudé « secondaire » a suffi.
2

Du chargement réel au cycle d'essai

Le vacarme, la note pure et la goutte de pluie

🎵Image à retenirLe diapason : au laboratoire, on remplace le vacarme de la route par une note pure
👁 Niveau 1 : voir compter les vagues

En service, la contrainte dans une pièce ne varie presque jamais de façon régulière. La suspension d'une voiture encaisse des nids-de-poule, une éolienne des rafales, une plateforme pétrolière des vagues de toutes tailles, un pont roulant des charges différentes à chaque levage. Le signal ressemble à la figure 1 du polycopié : de grandes oscillations, de petites ondulations par-dessus, des moments calmes. On parle de chargement aléatoire.

Impossible de tester en laboratoire chaque histoire de chargement possible. Alors on simplifie : on soumet des éprouvettes à des cycles sinusoïdaux bien réglés, toujours les mêmes, comme un diapason qui donne une note pure au lieu du vacarme de la rue. Le polycopié le dit : on « simule » les conditions réelles par des essais simplifiés.

Reste à faire le chemin inverse : pour utiliser les résultats du laboratoire, il faut découper le signal réel en cycles. C'est comme compter les vagues depuis la plage : il y a les grosses vagues, et les petites rides qui courent dessus. Deux remarques simplifient tout :

  • seuls comptent les extremums du signal, c'est-à-dire ses pics (maximums locaux) et ses vallées (minimums locaux) ;
  • pour un métal à température ambiante, la forme exacte du signal entre deux extremums, et le temps mis pour aller de l'un à l'autre, comptent peu en première approximation.
📖 Alternance et cycle. Une alternance est une montée ou une descente entre deux extremums successifs (une demi-oscillation). Un cycle est un aller-retour complet : deux alternances. Le polycopié emploie « alternances » au sens large de « répétitions ».

Manipulation 2 : le compteur de gouttes

Un signal aléatoire, réduit à ses extremums (les points). Avance pas à pas : la méthode rainflow lit les points un par un et extrait les cycles. Les cycles complets apparaissent en trait plein rouge, les demi-cycles en pointillés. Le bouton « Exemple du cours » charge la séquence du niveau 2.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la méthode rainflow hors poly

La méthode rainflow (« écoulement de la pluie »), proposée par les Japonais Matsuishi et Endo en 1968, est la méthode de référence pour découper un signal en cycles. Son nom vient d'une image : tourne le graphique d'un quart de tour, le temps vers le bas ; le signal ressemble alors à une série de toits de pagode, et on imagine l'eau de pluie qui ruisselle d'un toit à l'autre. Elle est décrite dans la norme américaine ASTM E1049 (ASTM : American Society for Testing and Materials, organisme de normalisation). Voici sa version « trois points », la plus simple à appliquer à la main.

0. Réduis le signal à la suite de ses extremums (pic, vallée, pic…).

1. Lis le point suivant et empile-le. Tant qu'il y a au moins trois points dans la pile, appelle X l'étendue entre les deux derniers points et Y l'étendue précédente.

2. Si X < Y : retourne à l'étape 1.

3. Si X ≥ Y et que Y contient le premier point de la pile : compte Y comme un demi-cycle, retire ce premier point, retourne à l'étape 1.

4. Si X ≥ Y et que Y ne contient pas le premier point : compte Y comme un cycle complet, retire ses deux points, puis refais la comparaison avec les points qui restent (étape 2, s'il y en a au moins trois ; sinon étape 1).

5. Quand il n'y a plus de point à lire, chaque étendue restante dans la pile compte pour un demi-cycle.

Chaque cycle extrait est décrit par son étendue Δσ (l'écart entre ses deux extremums) et par sa moyenne σm (la demi-somme de ses deux extremums), deux grandeurs définies proprement au chapitre 3.

Exemple du cours

Extremums successifs, en MPa : A = −40, B = 20, C = −60, D = 100, E = −20, F = 60, G = −80, H = 80, I = −40. (C'est l'exemple de la norme ASTM E1049, multiplié par 20.)

LecturePileComparaisonDécision
A, B, CA B CX = 80 ≥ Y = 60Y contient A, le premier point : demi-cycle A-B de 60 MPa, on retire A
DB C DX = 160 ≥ Y = 80Y contient B, premier point : demi-cycle B-C de 80 MPa, on retire B
EC D EX = 120 < Y = 160on continue
FC D E FX = 80 < Y = 120on continue
GC D E F GX = 140 ≥ Y = 80cycle complet E-F de 80 MPa (moyenne 20 MPa), on retire E et F
C D GX = 180 ≥ Y = 160Y contient C, premier point : demi-cycle C-D de 160 MPa, on retire C
HD G HX = 160 < Y = 180on continue
ID G H IX = 120 < Y = 160on continue
finD G H Idemi-cycles résiduels D-G (180), G-H (160), H-I (120)

Bilan : un cycle complet de 80 MPa, et des demi-cycles de 60, 80, 160, 180, 160 et 120 MPa. En regroupant : 0,5 cycle à 60 MPa, 1,5 cycle à 80 MPa, 0,5 à 120, 1 à 160 et 0,5 à 180 MPa, soit 4 cycles au total.

💡 Deux vérifications express. 1. Le signal compte 8 alternances (9 extremums) : il doit donner 8/2 = 4 cycles. 2. Le plus grand cycle relie toujours le maximum absolu (D = 100) au minimum absolu (G = −80) : ici le demi-cycle de 180 MPa.
⚠️ Piège : compter seulement les « bosses » une par une sous-estime les grands cycles. Dans l'exemple, la grande excursion D-G (180 MPa) est interrompue par la petite oscillation E-F. La méthode rainflow « met de côté » la petite oscillation et rend à la grande son étendue complète. Or ce sont les grands cycles qui font le plus de dégâts.

Le résultat du comptage, rangé par classes d'étendue, s'appelle un spectre de chargement (ou histogramme). Plus loin dans le polycopié, chaque classe sera comparée à la courbe de Wöhler et les dommages seront additionnés (règle de Miner).

🔥 En bureau d'études soudage

L'EN 1993-1-9 (annexe A) et les recommandations IIW demandent de compter les cycles d'un chargement variable par la méthode rainflow ou par sa cousine, la méthode du réservoir, pour obtenir le spectre des étendues Δσ appliquées à chaque détail soudé. Les jauges de déformation collées près d'un cordon, puis un logiciel de comptage rainflow, sont l'outil de base des mesures de fatigue sur site.

3

Les six grandeurs du cycle

σmax, σmin, σm, σa, Δσ et R

🌊Image à retenirLa houle au ponton : le niveau moyen de la mer, c'est σm ; la hauteur d'une crête au-dessus, c'est σa
👁 Niveau 1 : voir la houle au ponton

Assieds-toi au bout d'un ponton et regarde la mer. Le niveau moyen de l'eau, autour duquel tout oscille, c'est la contrainte moyenne σm. Une crête monte au-dessus de ce niveau d'une hauteur σa, l'amplitude ; un creux descend d'autant au-dessous. La crête, c'est σmax ; le creux, σmin.

Un surfeur, lui, mesure sa vague du creux à la crête : c'est l'étendue Δσ (Δ, la lettre grecque « delta », désigne un écart). Elle vaut deux fois l'amplitude.

Quand la marée monte, le niveau moyen s'élève mais les vagues gardent la même hauteur : σm change, σa ne change pas. Ces deux grandeurs sont indépendantes ; il en faut deux pour décrire un cycle, et les quatre autres s'en déduisent.

Enfin, le rapport de charge R compare le creux à la crête : R = σmin/σmax. Un seul nombre, sans unité, qui dit à quoi ressemble le cycle (chapitre 4).

Manipulation 3 : le générateur de cycle

Règle le cycle avec deux curseurs : les quatre autres grandeurs se calculent en direct. Lance la lecture pour voir l'éprouvette s'allonger (traction) et se raccourcir (compression) au rythme du cycle. Déformations très exagérées.

🎓 Niveau 2 : maîtriser définitions et relations

Le cycle sinusoïdal du polycopié (figure 2) s'écrit :

σ(t) = σm + σa · sin(2πft)

sin : la fonction sinus, qui oscille entre −1 et +1 ; π ≈ 3,1416 ; f en Hz, t en s

SymboleNomDéfinition
σmax
MPa
contrainte maximalela plus grande valeur du cycle (la crête)
σmin
MPa
contrainte minimalela plus petite valeur du cycle (le creux), avec son signe
σm
MPa
contrainte moyennele niveau autour duquel on oscille
σa
MPa
amplitude (polycopié : « composante alternative »)l'écart entre la moyenne et la crête, toujours ≥ 0
Δσ
MPa
étendue (polycopié : « amplitude totale »)l'écart entre le creux et la crête, toujours ≥ 0
R
sans unité
rapport de chargele quotient σmin/σmax
σmax = σm + σa σmin = σm − σa
σm = σmax + σmin2 σa = σmax − σmin2
Δσ = σmax − σmin = 2σa R = σminσmax

les six grandeurs du cycle (polycopié, p. 2, figure 2)

Deux nombres suffisent

Un cycle sinusoïdal est entièrement fixé par deux grandeurs indépendantes (plus sa fréquence) : (σm, σa), ou (σmax, σmin), ou (σmax, R), ou encore (Δσ, R). Les essais et les normes utilisent surtout les deux derniers couples. Les conversions se démontrent en remplaçant σmin par R·σmax :

σmin = R·σmax σm = σmax·1 + R2 σa = σmax·1 − R2 Δσ = σmax(1 − R)

exemple : σm = (σmax + Rσmax)/2 = σmax(1 + R)/2

Et, dans l'autre sens, à partir de la moyenne et de l'amplitude :

R = σm − σaσm + σa

Exemple complet. Un cycle va de σmax = 250 MPa à σmin = −50 MPa (le réglage initial de la manipulation 3 en mode σmax/σmin).

  • σm = (250 + (−50))/2 = 200/2 = 100 MPa
  • σa = (250 − (−50))/2 = 300/2 = 150 MPa
  • Δσ = 250 − (−50) = 300 MPa = 2 × 150 ✅
  • R = −50/250 = −0,2 ; contrôle : (100 − 150)/(100 + 150) = −50/250 = −0,2 ✅

Ordres de grandeur. Sur un détail soudé de charpente, les étendues Δσ dues au trafic vont de quelques dizaines de MPa à environ 150 MPa. Sur un arbre de machine en acier traité, les amplitudes σa atteignent couramment 100 à 300 MPa.

⚠️ Piège n° 1 : le facteur 2. σa va de la moyenne à la crête, Δσ du creux à la crête. Avant d'utiliser une courbe ou une formule, vérifie toujours laquelle des deux elle emploie : les courbes des soudures sont en Δσ, beaucoup de courbes d'éprouvettes lisses en σa.
⚠️ Piège n° 2 : les signes. σmin se met avec son signe (−50, pas 50). σa et Δσ sont toujours positives ou nulles. Et R n'est pas défini quand σmax = 0 (division par zéro) : c'est le cas d'un cycle qui va de 0 à une compression (chapitre 4).
💡 Le rapport d'amplitude A. Certains ouvrages utilisent aussi A = σa/σm = (1 − R)/(1 + R). Ce n'est qu'une autre façon de dire la même chose ; le polycopié emploie R.
🧠 Mnémotechnique : « m comme marée, a comme vague ». La marée fixe σm, la vague fixe σa, et le surfeur mesure Δσ du creux à la crête.
🔥 Pourquoi les soudures se calculent en Δσ

Au voisinage d'un cordon brut de soudage, le refroidissement laisse des contraintes résiduelles de traction qui atteignent souvent Re. Quand on ajoute un cycle de chargement, la matière plastifie localement au premier passage, et le cycle local se « cale » juste sous Re : il va de Re à Re − Δσ, quelle que soit la contrainte moyenne nominale. Seule l'étendue Δσ reste inchangée.

C'est pourquoi l'EN 1993-1-9 et les recommandations IIW expriment la résistance en fatigue des assemblages soudés en étendue de contrainte Δσ, en général sans correction de σm. Chaque détail soudé reçoit une classe FAT : le nombre qui suit FAT est l'étendue Δσ, en MPa, que le détail supporte (valeur caractéristique) pendant 2 millions de cycles. Un détail FAT 71 supporte Δσ = 71 MPa à 2 × 10⁶ cycles (cours 2).

4

Les familles de cycles

Une seule règle graduée : R

📏Image à retenirLa règle de R : la balançoire à −1, le crochet de grue à 0, la corde de guitare entre 0 et 1, le poids posé à 1
👁 Niveau 1 : voir quatre images du quotidien

La figure 3 du polycopié range les cycles en quatre familles, selon la position de la moyenne par rapport à l'amplitude. Associe à chacune une image :

  • (a) La balançoire, R = −1 : contrainte alternée symétrique. σm = 0 : autant de traction que de compression, comme une balançoire qui monte aussi haut devant que derrière. Exemple : un essieu qui tourne.
  • (b) Le plongeoir, −1 < R < 0 : contrainte alternée asymétrique. 0 < σm < σa : la planche plie fort sous le plongeur, puis rebondit un peu dans l'autre sens. On passe en compression, mais moins qu'en traction.
  • (c) Le crochet de grue, R = 0 : contrainte répétée. σm = σa, donc σmin = 0 : on charge, on décharge jusqu'à zéro, on recommence.
  • (d) La corde de guitare, 0 < R < 1 : contrainte ondulée. σm > σa : la corde est toujours tendue et vibre autour de sa tension. Exemple : un boulon serré qui encaisse de petites variations.

La figure ne montre pas les cycles où domine la compression. Ils existent pourtant : une bielle de moteur poussée très fort puis tirée un peu, un appui de pont écrasé un peu plus à chaque camion. Et tout en haut de la règle, R = 1 : σmin = σmax, plus rien ne varie, c'est le chargement statique.

Manipulation 4 : la règle de R

Le curseur règle le rapport x = σm/σa (la marée divisée par la vague). La courbe donne R = (x − 1)/(x + 1) et le petit graphique dessine le cycle correspondant. Les bandes colorées sont les familles.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la carte complète des familles
FamilleCondition sur σmRapport RExemple
Statiqueσa = 0R = 1poids posé
(d) ondulée de tractionσm > σa0 < R < 1boulon précontraint, câble tendu
(c) répétée de tractionσm = σaR = 0crochet de grue, pied de dent d'engrenage
(b) alternée asymétrique0 < σm < σa−1 < R < 0arbre qui tourne et qui est tiré
(a) alternée symétriqueσm = 0R = −1essieu en flexion rotative
alternée, dominante de compression−σa < σm < 0R < −1bielle de moteur
répétée de compressionσm = −σaσmax = 0 : R non défini (« infini »)butée écrasée puis relâchée
ondulée de compressionσm < −σaR > 1appui de pont sous le trafic

Démonstration : pourquoi −1 < R < 0 pour la famille (b)

On part de R = (σm − σa)/(σm + σa) avec 0 < σm < σa. Le numérateur σm − σa est négatif, le dénominateur σm + σa est positif : R < 0. Et la valeur absolue du numérateur, σa − σm, est plus petite que le dénominateur σa + σm (on enlève σm au lieu de l'ajouter) : |R| < 1. Donc −1 < R < 0. Le même raisonnement donne 0 < R < 1 pour la famille (d).

Le lien entre x = σm/σa et R

R = x − 1x + 1x = σmσa = 1 + R1 − R

on obtient la première en divisant haut et bas de R = (σm − σa)/(σm + σa) par σa

La courbe de la manipulation 4 est une hyperbole : quand x s'approche de −1 (σmax → 0), R part vers l'infini. Toute la droite des réels est parcourue : R peut valoir n'importe quel nombre, sauf exactement 1 pour un cycle qui varie.

⚠️ Piège : R ne dit pas tout. R décrit la forme du cycle, pas son intensité. Les cycles 50 → 100 MPa et 200 → 400 MPa ont tous les deux R = 0,5, mais le second est bien plus sévère. Pour décrire un cycle, il faut R et un niveau (σmax ou Δσ).
⚠️ Piège : « R négatif » ne veut pas dire « compression ». Entre −1 et 0, la traction domine. C'est en dessous de −1 que la compression domine, et au-dessus de 1 que tout est en compression.
💡 Pourquoi la compression est moins grave. Une fissure se referme en compression : ses lèvres se touchent et la compression ne la fait pas avancer. C'est la traction qui l'ouvre et la propage (cours 4). À amplitude égale, un cycle à σm > 0 est donc plus nocif qu'un cycle à σm < 0, et σm joue bien le rôle d'un « aggravant » (couleur violette).
🧠 Mnémotechnique : monte la règle de bas en haut : balançoire (−1), plongeoir, crochet (0), corde, poids posé (1). Au-delà de 1, ou en dessous de −1, on est passé côté compression.
🔥 R en laboratoire et dans les recommandations IIW

Les essais de fatigue d'éprouvettes soudées se font souvent à R = 0,1 (traction ondulée) : l'éprouvette reste toujours tendue, ce qui évite le flambement et le jeu dans les mors de la machine. Les recommandations IIW accordent un bonus de résistance pour les cycles à R faible ou négatif (jusqu'à 1,6 fois), mais seulement si les contraintes résiduelles sont faibles : élément détensionné (traité thermiquement pour relâcher ses contraintes) ou petite pièce simple. Pour une structure soudée brute et complexe, aucun bonus : on revient au Δσ seul du chapitre 3.

5

Traction, flexion, torsion : où ça travaille

La surface en première ligne

🥖Image à retenirLa baguette pliée : elle craque toujours côté extérieur, là où la croûte est le plus étirée
👁 Niveau 1 : voir la baguette et l'eau autour de la pile du pont

Pour mesurer la résistance en fatigue, le polycopié cite des sollicitations-types : traction-compression, flexion, torsion, cisaillement. Elles ne font pas travailler la matière de la même façon :

  • en traction-compression, toute la section porte la même contrainte ;
  • en flexion, comme une baguette qu'on plie, la contrainte est nulle au centre (sur l'axe neutre) et maximale à la surface : un côté s'étire, l'autre s'écrase ;
  • en torsion, comme une serviette qu'on essore, le cisaillement est nul au centre et maximal à la surface.

La machine historique de Wöhler utilise la flexion rotative : on plie un arbre qui tourne. Le côté tendu et le côté comprimé restent fixes dans l'espace, mais la matière tourne : chaque point de la surface passe par le côté tendu, puis par le côté comprimé, à chaque tour. Résultat : un cycle alterné symétrique (R = −1) par tour, sans aucun mécanisme compliqué.

Ajoute maintenant un trou dans une plaque tendue. Les « lignes de force » qui transmettent l'effort doivent le contourner, comme l'eau d'une rivière autour de la pile d'un pont : elles se resserrent sur les bords du trou, et la contrainte y monte. C'est une concentration de contrainte. Un trou rond triple la contrainte locale ; une entaille fine, une rayure ou le pied d'un cordon de soudure font de même, parfois pire.

Bilan : en flexion et en torsion, la contrainte est maximale en surface ; les entailles, les rayures d'usinage et les pieds de cordon sont en surface ; l'air humide et les agents corrosifs attaquent la surface. Les fissures de fatigue naissent donc presque toujours en surface. (Le cours 3 ajoutera une raison métallurgique : les grains de surface sont moins tenus par leurs voisins.)

Manipulation 5 : l'arbre qui tourne

Un arbre rond plein est plié par un moment Mf constant (le côté tendu est en haut) et, si tu le veux, tiré par un effort axial F. Suis le point P pendant que l'arbre tourne : sa contrainte trace une sinusoïde. Le curseur « position de P » le rapproche du centre.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les formules de l'arbre hors poly

Rappels de la série RDM, pour un rond plein de diamètre d :

S = πd²/4
aire de la section (mm²)
IGz = πd⁴/64
moment quadratique par rapport à un diamètre (mm⁴) : la « rigidité de forme » en flexion
W = πd³/32
module de flexion, W = IGz/(d/2) (mm³)
IG = πd⁴/32
moment polaire (mm⁴), pour la torsion

La flexion rotative

Repère le point P par sa distance au centre ρ (lettre grecque « rhô », 0 ≤ ρ ≤ d/2) et par l'angle θ (« thêta ») dont l'arbre a tourné depuis que P était sur l'axe neutre. La distance de P à l'axe neutre vaut alors ρ·sin θ, et la contrainte de flexion est proportionnelle à cette distance :

σ(θ) = FS + |Mf|·ρIGz · sin θ

la traction F/S fixe la moyenne σm ; la flexion fixe l'amplitude σa

σm = 4Fπd²σa (surface) = |Mf|W = 32|Mf|πd³

un tour de l'arbre = un cycle, donc f = n/60 avec n en tours par minute (tr/min)

Exemple numérique (réglage initial de la manipulation) : d = 40 mm, Mf = 400 N·m = 400 000 N·mm, F = 0.

  • W = π × 40³/32 = π × 64 000/32 = 6 283 mm³
  • σa = 400 000/6 283 = 63,7 MPa, et σm = 0 : R = −1
  • à n = 1 500 tr/min : f = 1 500/60 = 25 Hz, soit 25 × 3 600 = 90 000 cycles par heure
⚠️ Piège des unités : un moment en N·m se convertit en N·mm en multipliant par 1 000. Avec des forces en N et des longueurs en mm, les contraintes sortent directement en MPa (N/mm²).

La torsion

Un arbre qui transmet un couple Mt (moment de torsion) subit un cisaillement τ (lettre grecque « tau ») : une contrainte qui fait glisser les tranches de matière les unes sur les autres. Il vaut τ = Mt·r/IG à la distance r du centre, et il est maximal en surface : τmax = 16Mt/(πd³). Un couple qui varie (moteur à explosion, éolienne en rafales) crée donc lui aussi des cycles, de cisaillement cette fois.

Le coefficient de concentration de contrainte Kt

📖 Kt : rapport entre la contrainte maximale locale, au fond de l'entaille, et la contrainte nominale (celle qu'on calculerait sans l'entaille). Sans unité, toujours ≥ 1 ; il ne dépend que de la géométrie.
σmax,loc = Kt · σnom

trou rond dans une plaque large tendue : Kt = 3

Pour un trou elliptique dans une plaque large, de demi-axe a perpendiculaire à l'effort et de demi-axe b parallèle à l'effort, la formule d'Inglis (1913) donne :

Kt = 1 + 2ab

cercle : a = b, Kt = 3 ; fente perpendiculaire à l'effort : a ≫ b, Kt énorme (≫ : « très grand devant »)

Quand l'ellipse s'aplatit jusqu'à devenir une fissure, Kt tend vers l'infini : le coefficient Kt n'a plus de sens, et la mécanique de la rupture le remplace par le facteur d'intensité de contrainte K (chapitre 6 et cours 4).

Manipulation 5 bis : le trou qui concentre

Une plaque large tirée horizontalement à σnom = 100 MPa. Change la forme du trou : les lignes de force se resserrent, et les zones rouges aux bords du trou montrent où la contrainte locale est maximale.

🎓 Niveau 2, suite la concentration en fatigue

Exemple. Une plaque large percée d'un trou rond, tirée à σnom = 80 MPa : σmax,loc = 3 × 80 = 240 MPa au bord du trou. Si la plaque est en acier S235 (Re = 235 MPa), le bord du trou plastifie déjà alors que le calcul nominal semblait très rassurant.

⚠️ Piège : la ductilité ne protège pas en fatigue. En statique, un acier ductile « pardonne » un trou : le bord plastifie, la contrainte se redistribue, et la pièce casse à peu près à la charge prévue sans le trou. En fatigue, c'est la pointe locale qui amorce la fissure, cycle après cycle : la concentration compte presque pleinement. (L'effet réel en fatigue, noté Kf, est un peu plus faible que Kt ; cours 2.)
🧠 Mnémotechnique : « la fissure naît là où la contrainte est la plus haute et la surface la plus abîmée » : surface d'un arbre plié, bord d'un trou, fond d'une gorge, pied d'un cordon.
🔥 Le pied de cordon, triple point faible

Le pied de cordon cumule les trois facteurs : une géométrie qui concentre la contrainte (un raccordement brusque entre le cordon et la tôle, Kt souvent de l'ordre de 2 à 3, davantage si l'angle est raide), des contraintes résiduelles de traction proches de Re (chapitre 3), et de petits défauts : micro-inclusions de laitier, caniveaux (sillons creusés dans la tôle le long du pied par la fusion, et non comblés).

D'où les techniques d'amélioration des soudures sollicitées en fatigue : le meulage du pied de cordon (adoucir le raccordement et enlever les défauts), la refusion TIG (refondre le pied avec une torche TIG, Tungsten Inert Gas : électrode de tungstène sous gaz inerte, sans métal d'apport) et le martelage (marteler le pied pour y créer des contraintes résiduelles de compression).

6

Le film d'une rupture par fatigue

Six scènes, de la première trace à la cassure

🎬Image à retenirLa pellicule en six images : la trace, la graine, la fêlure, la fissure, la croissance, la chute
👁 Niveau 1 : voir la biographie d'une fissure

Le polycopié (p. 1) découpe la vie d'une pièce fatiguée en six phases, plus ou moins distinctes. Imagine une pellicule de film en six images ; à chaque image, on change de grossissement :

ScèneCe qui se passeÉchelleCours
1 La tracedes changements irréversibles dans la matière, par déformation plastique très localiséequelques grains3
2 La grainenucléation (apparition) en surface de défauts microscopiques : marches, creux et sailliesµm3
3 La fêlureformation de microfissures superficielles à partir de ces microdéfautstaille d'un grain, 10 à 100 µm3
4 La fissureune microfissure devient une macrofissure, décelable en CND≈ 0,1 à 1 mm3 et 4
5 La croissancepropagation lente de la macrofissure, un peu à chaque cycledu mm au cm4
6 La chuterupture brutale quand la fissure atteint une taille critiquetoute la section4

µm : micromètre (micron), un millième de millimètre. Un cheveu mesure environ 70 µm d'épaisseur. CND : contrôle non destructif (voir le niveau 2).

On regroupe ces scènes en deux actes : l'amorçage (scènes 1 à 4 : naître) et la propagation (scènes 5 et 6 : grandir puis casser). La part de chaque acte dans la vie de la pièce dépend énormément de la pièce : c'est ce que montre la manipulation.

Manipulation 6 : le film

Choisis la pièce, puis fais défiler sa vie avec le curseur ou la lecture. En haut, la barre de vie (amorçage clair, propagation foncée) ; au milieu, la vue au microscope ; en bas, la longueur de fissure en échelle logarithmique. Durées indicatives.

🎓 Niveau 2 : maîtriser amorçage, propagation, taille critique
📖 Amorçage : ensemble des phases qui mènent à une fissure « d'ingénieur », c'est-à-dire assez grande pour être détectée et traitée par la mécanique de la rupture (de l'ordre de 0,1 à 1 mm selon les auteurs : la frontière est une convention). Propagation : croissance de cette fissure jusqu'à la rupture.
Nr = Na + Np

durée de vie Nr (cycles à rupture) = cycles d'amorçage Na + cycles de propagation Np

Selon le polycopié (p. 7), l'amorçage peut représenter une part négligeable ou au contraire prépondérante de la durée de vie, selon le matériau, les concentrations de contrainte, le chargement et l'état de surface. Ordres de grandeur indicatifs : la plus grande partie de la vie pour une éprouvette lisse et polie peu chargée, environ la moitié pour une pièce entaillée, très peu pour un assemblage soudé.

La taille critique (simple rappel de mécanique de la rupture)

La fissure de longueur a est caractérisée par le facteur d'intensité de contrainte KI, qui mesure la sévérité de la contrainte à sa pointe (l'indice I désigne le mode I, l'ouverture de la fissure par traction perpendiculaire à ses lèvres). La pièce casse brutalement quand KI atteint la ténacité KIC du matériau, sa résistance à la propagation brutale d'une fissure. Avec la notation du polycopié :

KI = σ·Y·√aac = (KICY·σmax)²

K en MPa·√m, σ en MPa, a en m ; Y : facteur géométrique sans unité (dans la convention du polycopié, il contient le √π que d'autres ouvrages écrivent à part)

Exemple. Acier de ténacité KIC = 50 MPa·√m, fissure débouchante en surface (Y ≈ 1,12√π ≈ 2), σmax = 200 MPa : ac = (50/(2 × 200))² = (0,125)² = 0,0156 m ≈ 16 mm. Une fissure de 1 mm est donc détectable bien avant d'être dangereuse : c'est tout l'enjeu des inspections.

⚠️ Piège : ac varie comme 1/σmax². Doubler la contrainte maximale divise la taille critique par quatre. Et c'est σmax qui compte ici, pas σa : la rupture finale se produit au sommet d'un cycle.
📖 CND (contrôles non destructifs) : méthodes qui détectent les défauts sans abîmer la pièce. Les principales : le ressuage (un liquide coloré pénètre dans les fissures débouchantes), la magnétoscopie (une poudre magnétique révèle les fissures des aciers), les ultrasons, la radiographie et les courants de Foucault. Leur seuil de détection pratique est de l'ordre du millimètre, parfois moins.

Deux métiers, deux connaissances

Le polycopié (p. 1 et 2) conclut que, pour prévoir la tenue en fatigue d'une pièce réelle, il faut connaître les conditions réelles de chargement (le travail du mécanicien : mesurer, compter et décrire les cycles, objet de ce cours) et connaître la réponse du matériau et son endommagement selon le niveau de contrainte, le nombre et l'amplitude des cycles (le travail du métallurgiste : cours 2 à 4).

🧠 Mnémotechnique : « Trace, graine, fêlure, fissure, croissance, chute ». Les quatre premières font l'amorçage, les deux dernières la propagation.
🔥 Dans une soudure, presque tout est propagation

Un pied de cordon contient dès la fabrication de petits défauts (micro-inclusions de laitier, caniveaux, manques de fusion) de l'ordre de 0,1 mm, dans une zone de concentration de contrainte et de contraintes résiduelles de traction. La phase d'amorçage y est donc très courte : la durée de vie d'un assemblage soudé est presque entièrement une durée de propagation.

Deux conséquences pratiques : améliorer l'acier (un acier plus résistant amorce plus tard, mais propage presque aussi vite) n'augmente guère la tenue en fatigue d'une soudure brute ; et la pente des courbes de fatigue des soudures (exposant 3, cours 2) vient directement de la loi de propagation de Paris (cours 4). C'est aussi pour cela que les grandes structures soudées (ponts, avions, plateformes) sont inspectées à intervalles réguliers : on laisse une fissure exister, à condition de la trouver avant qu'elle n'atteigne ac. C'est le principe de la tolérance aux dommages.

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, du trombone à la poutre soudée

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi de tête, puis la fiche, puis le cours

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris toujours la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Les manipulations 3, 4 et 5 permettent de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : l'essieu qui compte ses tours N1 · chapitres 1 et 5

Une roue de train a un diamètre D = 0,92 m. L'essieu tourne avec elle et il est plié par le poids du wagon : à chaque tour, un point de sa surface passe une fois du côté tendu et une fois du côté comprimé.

a) Combien de tours la roue fait-elle par kilomètre ?

b) Combien de cycles un point de l'essieu subit-il en un million de kilomètres ?

c) À 300 km/h, quelle est la fréquence de ces cycles ?

d) Que vaut le rapport de charge R de ce cycle ?

Voir la correction

a) Périmètre de la roue : p = π·D = π × 0,92 = 2,890 m. Nombre de tours par kilomètre : 1 000 m / 2,890 m = 346 tours.

b) Un tour = un cycle : N = 346 × 10⁶ ≈ 3,5 × 10⁸ cycles. Plus de trois cents millions de cycles : un essieu doit pouvoir durer « indéfiniment » (endurance illimitée, cours 2).

c) Vitesse : v = 300/3,6 = 83,3 m/s. Fréquence : f = v/p = 83,3/2,890 = 28,8 Hz, soit près de 29 cycles par seconde.

d) Flexion rotative sans autre effort : la contrainte va de +σa à −σa, σm = 0, donc R = −σa/σa = −1 : contrainte alternée symétrique.

Exercice 2 : trois pièces, trois familles N1 · chapitres 3 et 4

Pour chaque pièce, calcule σmax, σmin, σm, σa, Δσ et R, puis nomme la famille du cycle.

a) Un crochet de grue, assimilé à une barre tendue de section utile S = 400 mm², soulève une charge de 50 kN puis la repose complètement.

b) Un boulon précontraint voit sa contrainte osciller entre 360 et 400 MPa.

c) Une tige de vérin travaille entre +90 MPa (traction) et −90 MPa (compression).

Voir la correction

a) σmax = F/S = 50 000 N / 400 mm² = 125 MPa ; σmin = 0 (charge reposée). σm = (125 + 0)/2 = 62,5 MPa ; σa = (125 − 0)/2 = 62,5 MPa ; Δσ = 125 MPa ; R = 0/125 = 0. σm = σa : contrainte répétée (famille c).

b) σm = (400 + 360)/2 = 380 MPa ; σa = (400 − 360)/2 = 20 MPa ; Δσ = 40 MPa ; R = 360/400 = 0,9. σm ≫ σa : contrainte ondulée (famille d). Le boulon est très chargé, mais il varie peu : c'est l'intérêt de la précontrainte.

c) σm = (90 + (−90))/2 = 0 ; σa = 90 MPa ; Δσ = 180 MPa ; R = −90/90 = −1 : contrainte alternée symétrique (famille a).

Exercice 3 : jongler avec R N2 · chapitres 3 et 4

a) σmax = 200 MPa et R = 0,1. Calcule σmin, σm, σa et Δσ.

b) Δσ = 160 MPa et R = −1. Calcule σa, σmax et σmin.

c) Montre que σmax = Δσ/(1 − R), puis calcule σmax, σmin et σm pour Δσ = 100 MPa et R = 0,5.

d) Démontre que σm/σa = (1 + R)/(1 − R), et vérifie-le sur le cas a).

Voir la correction

a) σmin = R·σmax = 0,1 × 200 = 20 MPa ; σm = (200 + 20)/2 = 110 MPa ; σa = (200 − 20)/2 = 90 MPa ; Δσ = 180 MPa.

b) σa = Δσ/2 = 80 MPa. R = −1 signifie σmin = −σmax, donc σm = 0 : σmax = 80 MPa, σmin = −80 MPa.

c) Δσ = σmax − σmin = σmax − R·σmax = σmax(1 − R), d'où σmax = Δσ/(1 − R). Application : σmax = 100/(1 − 0,5) = 200 MPa ; σmin = 0,5 × 200 = 100 MPa ; σm = 150 MPa (et σa = 50 MPa).

d) σm = σmax(1 + R)/2 et σa = σmax(1 − R)/2 ; en divisant, σmax et le 2 disparaissent : σm/σa = (1 + R)/(1 − R). Vérification sur a) : 110/90 = 1,222 et (1 + 0,1)/(1 − 0,1) = 1,1/0,9 = 1,222 ✅.

Exercice 4 : l'arbre tendu qui tourne N2 · chapitres 3, 4 et 5

Un arbre rond plein de diamètre d = 40 mm tourne à n = 1 500 tr/min. Il est plié par un moment constant Mf = 400 N·m et tiré par un effort axial constant F = 50 kN.

a) Calcule le module de flexion W et l'amplitude σa en surface.

b) Calcule la section S et la contrainte moyenne σm.

c) Déduis σmax, σmin, R et la famille du cycle en surface.

d) Quelle est la fréquence des cycles ? Combien de cycles en une journée de travail de 8 h ?

e) Reprends c) pour un point situé à mi-rayon. Que remarques-tu ?

Voir la correction

a) W = πd³/32 = π × 40³/32 = 6 283 mm³. Mf = 400 N·m = 400 000 N·mm, donc σa = Mf/W = 400 000/6 283 = 63,7 MPa.

b) S = πd²/4 = π × 40²/4 = 1 256,6 mm² ; σm = F/S = 50 000/1 256,6 = 39,8 MPa.

c) σmax = 39,8 + 63,7 = 103,5 MPa ; σmin = 39,8 − 63,7 = −23,9 MPa ; R = −23,9/103,5 = −0,23. Comme 0 < σm < σa : alternée asymétrique (famille b).

d) f = n/60 = 1 500/60 = 25 Hz ; N = f·t = 25 × 8 × 3 600 = 720 000 cycles (7,2 × 10⁵) par journée.

e) La flexion est proportionnelle à la distance au centre : à mi-rayon, σa = 63,7/2 = 31,8 MPa. La traction est uniforme : σm = 39,8 MPa. Donc σmax = 71,6 MPa, σmin = 8,0 MPa, R = 8,0/71,6 = 0,11 : σm > σa, le cycle est devenu ondulé (famille d). Dans un même arbre, la famille du cycle change avec la profondeur ; et la surface reste le point le plus sollicité.

Exercice 5 : compter à la goutte de pluie N2 · chapitre 2

Une jauge collée près d'un cordon a enregistré la suite d'extremums suivante (en MPa) :

A = 20, B = 140, C = 40, D = 100, E = −60, F = 80, G = 0, H = 160, I = 20

a) Vérifie que cette suite alterne bien pics et vallées. Combien de cycles doit-on trouver au total ?

b) Applique la méthode rainflow pas à pas.

c) Dresse la liste des cycles et demi-cycles avec leur étendue Δσ et leur moyenne σm.

d) Quel est le plus grand cycle ? Vérifie la règle du maximum et du minimum absolus.

Voir la correction

a) 20 ↗ 140 ↘ 40 ↗ 100 ↘ −60 ↗ 80 ↘ 0 ↗ 160 ↘ 20 : les sens alternent, ce sont bien des extremums. 9 points font 8 alternances, donc 4 cycles au total.

b) Pile A B C : X = 100 < Y = 120, on continue. Lecture de D : pile A B C D, X = 60 < Y = 100, on continue. Lecture de E : X = |−60 − 100| = 160 ≥ Y = 60, et Y (C-D) ne contient pas le premier point : cycle complet C-D, on retire C et D. Pile A B E : X = 200 ≥ Y = 120, Y contient A : demi-cycle A-B, on retire A. Pile B E ; lecture de F : X = 140 < Y = 200. Lecture de G : X = 80 < Y = 140. Lecture de H : X = 160 ≥ Y = 80 : cycle complet F-G, on retire F et G. Pile B E H : X = 220 ≥ Y = 200, Y contient B : demi-cycle B-E, on retire B. Pile E H ; lecture de I : X = 140 < Y = 220. Fin : demi-cycles résiduels E-H et H-I.

c)

CycleTypeΔσ (MPa)σm (MPa)
C-Dcomplet60(40 + 100)/2 = 70
F-Gcomplet80(80 + 0)/2 = 40
A-Bdemi12080
B-Edemi20040
E-Hdemi22050
H-Idemi14090

Total : 2 cycles complets + 4 demi-cycles = 4 cycles ✅.

d) Le plus grand est le demi-cycle E-H, de 220 MPa : il relie le minimum absolu (E = −60) au maximum absolu (H = 160) ✅. En comptant naïvement les oscillations, on ne l'aurait jamais vu entier : il est « coupé » par la petite oscillation F-G.

Exercice 6 : grande ou petite fissure ? N1 et N2 · chapitre 6

Un acier a une ténacité KIC = 60 MPa·√m. Une fissure débouchante en surface a un facteur géométrique Y = 2 (convention du polycopié). La contrainte maximale du cycle vaut σmax = 150 MPa.

a) Calcule la longueur critique ac.

b) Les CND détectent les fissures à partir de 2 mm. Y a-t-il une marge entre la détection et la rupture ?

c) Que devient ac si σmax double ?

d) Pourquoi, dans un assemblage soudé, la propagation représente-t-elle presque toute la durée de vie ?

Voir la correction

a) Rupture quand σmax·Y·√ac = KIC, d'où ac = (KIC/(Y·σmax))² = (60/(2 × 150))² = (0,2)² = 0,04 m = 40 mm. Unités : (MPa·√m / MPa)² = (√m)² = m ✅.

b) Oui : la fissure est détectable à 2 mm et ne devient critique qu'à 40 mm, vingt fois plus. Il reste à savoir combien de cycles elle met pour passer de 2 à 40 mm : c'est ce que donnera la loi de Paris (cours 4), et c'est ce qui fixe l'intervalle entre deux inspections.

c) ac = (60/(2 × 300))² = (0,1)² = 0,01 m = 10 mm : quatre fois plus petite, car ac varie comme 1/σmax².

d) Le pied de cordon contient dès la fabrication de petits défauts (≈ 0,1 mm : inclusions, caniveaux), placés dans une zone de concentration de contrainte et de contraintes résiduelles de traction. La fissure n'a presque pas besoin de « naître » : l'amorçage est très court et toute la vie se passe à propager.

🏆 Défi : la poutre de roulement soudée N2 · chapitres 1 à 6

Un pont roulant (une grue d'atelier qui roule sur des rails) circule sur une poutre soudée en acier S355 (Re = 355 MPa). À chaque passage, la contrainte nominale au droit d'un raidisseur soudé varie de 20 à 80 MPa. Le pont roulant passe 40 fois par heure, 16 h par jour, 250 jours par an, pendant 25 ans. On suppose que ce détail relève de la classe FAT 80.

a) Calcule σm, σa, Δσ et R nominaux. Quelle est la famille du cycle ?

b) Au pied du cordon, les contraintes résiduelles atteignent environ Re. Estime σmax, σmin et R du cycle local après le premier passage (on néglige la concentration de contrainte). Quelle grandeur n'a pas changé ?

c) Combien de cycles le détail subit-il sur sa vie ? Compare à 2 × 10⁶.

d) Avant-goût du cours 2 : la courbe FAT 80 suit la loi Δσ³·N = constante, et passe par Δσ = 80 MPa à N = 2 × 10⁶ cycles. Quelle étendue le détail supporte-t-il à N = 4 × 10⁶ cycles ? Conclus, sans coefficient de sécurité.

Voir la correction

a) σm = (80 + 20)/2 = 50 MPa ; σa = (80 − 20)/2 = 30 MPa ; Δσ = 60 MPa ; R = 20/80 = 0,25 : contrainte ondulée de traction (famille d).

b) Au premier passage, contrainte résiduelle et contrainte appliquée s'ajoutent et dépassent Re : la matière plastifie localement, puis le cycle se cale sous Re. σmax,loc ≈ 355 MPa, σmin,loc ≈ 355 − 60 = 295 MPa, Rloc = 295/355 ≈ 0,83. La moyenne et R ont complètement changé ; seule l'étendue Δσ = 60 MPa est conservée.

c) N = 40 × 16 × 250 × 25 = 4 × 10⁶ cycles : deux fois la référence des classes FAT.

d) ΔσR³ × 4 × 10⁶ = 80³ × 2 × 10⁶, d'où ΔσR = 80 × (2/4)1/3 = 80 × 0,794 = 63,5 MPa. L'étendue appliquée (60 MPa) est juste inférieure : le détail tient, de justesse. Une vraie vérification ajoute des coefficients partiels de sécurité, qui peuvent faire basculer la conclusion (cours 2).

Morale : la note de calcul ne retient que Δσ et N, parce que les contraintes résiduelles effacent l'influence de la contrainte moyenne nominale.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 1

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée de la fatigue, salle 1
📎

Le trombone

σ < Rm, mais N fois

La répétition casse ce que la charge seule ne casserait pas. Durée : t = N/f.

🎵

Le diapason

σ(t) = σm + σa·sin(2πft)

Au laboratoire, une note pure remplace le vacarme du chargement réel.

🌧️

La goutte de pluie

X ≥ Y ⇒ on compte Y

Le rainflow découpe un signal réel en cycles (Δσ, σm). Le plus grand relie le maximum au minimum absolus.

🌊

La houle

σmax = σm + σa ; σmin = σm − σa

m comme marée, a comme vague : deux grandeurs indépendantes suffisent.

🏄

Le surfeur

Δσ = σmax − σmin = 2σa

Du creux à la crête : l'étendue, double de l'amplitude. Les soudures se calculent en Δσ.

📏

La règle de R

R = σmin/σmax

−1 balançoire, 0 crochet, entre 0 et 1 corde tendue, 1 statique ; au-delà de 1 ou sous −1, la compression domine.

🥖

La baguette

σa = |Mf|/W, W = πd³/32

La surface travaille le plus. En flexion rotative, R = −1 à chaque tour ; f = n/60.

🕳️

Le trou

σloc = Kt·σnom

Trou rond : Kt = 3 ; ellipse : 1 + 2a/b. En fatigue, la ductilité ne protège pas.

🎬

La pellicule

Nr = Na + Np

Six scènes, amorçage puis propagation. ac = (KIC/(Yσmax))². Dans une soudure, presque tout est propagation.

🏛 La visite du musée, salle 1 (2 minutes, les yeux fermés) : à l'entrée, un gardien plie et déplie un trombone 📎 au rythme d'un diapason 🎵 posé sur son bureau. Dehors, il pleut : une goutte de pluie 🌧️ ruisselle de toit en toit sur une pagode et tombe dans un grand aquarium où la houle 🌊 soulève un minuscule surfeur 🏄. Arrivé sur la plage, le surfeur mesure sa vague du creux à la crête avec une règle 📏, puis la pose sur une baguette 🥖 que le gardien plie : elle craque côté extérieur, juste au bord d'un trou 🕳️. Par ce trou, on voit défiler une pellicule 🎬 de six images, de la première trace à la cassure.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
a, ac
Longueur d'une fissure (en m) ; ac : longueur critique, à laquelle la pièce casse brutalement.
Alternance
Montée ou descente entre deux extremums successifs, soit un demi-cycle. Le polycopié emploie aussi le mot au sens de « répétition ».
Amorçage
Phases 1 à 4 de la vie en fatigue : de la première déformation plastique locale jusqu'à une fissure détectable.
Amplitude σa
Écart entre la contrainte moyenne et la contrainte maximale d'un cycle ; « composante alternative » dans le polycopié.
ASTM
American Society for Testing and Materials : organisme de normalisation américain (norme E1049 pour le comptage des cycles).
Axe neutre
Ligne de la section où la contrainte de flexion est nulle ; la contrainte croît en s'en éloignant.
Caniveau
Défaut de soudage : sillon creusé dans la tôle le long du pied de cordon par la fusion, et non comblé.
CND
Contrôles non destructifs : ressuage, magnétoscopie, ultrasons, radiographie, courants de Foucault…
Concentration de contrainte
Augmentation locale de la contrainte autour d'un trou, d'une entaille, d'un changement de section ou d'un pied de cordon.
Contrainte σ
Force par unité de surface, en MPa ; positive en traction, négative en compression.
Contraintes résiduelles
Contraintes qui restent dans une pièce sans aucune charge extérieure, par exemple après le refroidissement d'une soudure.
Cycle
Aller-retour complet de la contrainte : deux alternances.
d
Diamètre d'un arbre rond, en mm.
Δσ (étendue)
« Delta sigma » : écart entre σmax et σmin, égal à 2σa ; « amplitude totale » dans le polycopié, stress range en anglais.
Détensionnement
Traitement thermique qui relâche les contraintes résiduelles d'une pièce soudée.
EN 1993-1-9
Eurocode 3, partie 1-9 : la norme européenne de calcul en fatigue des structures en acier.
Endommagement
Dégradation progressive et irréversible de la matière sous l'effet des cycles.
Extremum (pic, vallée)
Point où le signal change de sens : maximum local (pic) ou minimum local (vallée).
f, Hz
Fréquence des cycles, en hertz : 1 Hz = un cycle par seconde.
F
Effort axial (force), en N ou kN.
FAT (classe)
Catégorie de détail soudé : le nombre qui suit FAT est l'étendue Δσ, en MPa, supportée pendant 2 × 10⁶ cycles.
Fatigue
Endommagement, fissuration puis rupture sous chargement cyclique, avec des contraintes inférieures à Rm.
Fatigue oligocyclique
Fatigue à contraintes supérieures à Re, avec rupture en peu de cycles (moins d'environ 10⁴).
Flexion rotative
Essai ou situation où un arbre plié tourne : chaque point de la surface subit un cycle alterné symétrique par tour.
Fluage
Déformation lente et continue sous charge constante, surtout à haute température. Ne pas confondre avec la fatigue.
IGz, IG
Moment quadratique (flexion, πd⁴/64 pour un rond plein) et moment polaire (torsion, πd⁴/32), en mm⁴.
IIW, IWE
International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure ; International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.
KI, KIC
Facteur d'intensité de contrainte en mode I (ouverture), KI = σY√a ; ténacité, sa valeur critique. En MPa·√m.
Kt, Kf
Coefficient de concentration de contrainte (géométrique, σmax,loc/σnom) ; Kf : son effet réel en fatigue, un peu plus faible (cours 2).
Macrofissure, microfissure
Fissure assez grande pour être détectée (de l'ordre du mm) ; fissure à l'échelle d'un grain (quelques dizaines de µm).
Mf, Mt
Moment fléchissant et moment de torsion (couple), en N·m ou N·mm.
MPa
Mégapascal : 1 MPa = 10⁶ Pa = 1 N/mm².
µm
Micromètre (micron) : un millième de millimètre.
N, Nr, Na, Np
Nombre de cycles ; à rupture (durée de vie) ; d'amorçage ; de propagation. Ici N n'est pas l'effort normal de la RDM.
n, tr/min
Vitesse de rotation en tours par minute ; f = n/60.
Pied de cordon
Ligne de raccordement entre la surface d'un cordon de soudure et la tôle.
π
« Pi » : rapport du périmètre d'un cercle à son diamètre, ≈ 3,1416.
Propagation
Phases 5 et 6 : croissance de la fissure, cycle après cycle, jusqu'à la rupture brutale.
Quasi statique
Chargement assez lent pour que la vitesse n'ait pas d'effet (essai de traction).
R
Rapport de charge σmin/σmax, sans unité. À distinguer de Re, Rm et de la « courbe-R ».
Re, Rm
Limite d'élasticité et résistance à la traction, en MPa.
Rainflow
« Écoulement de la pluie » : méthode de comptage des cycles d'un signal aléatoire (Matsuishi et Endo, 1968 ; norme ASTM E1049).
ρ, θ
« Rhô » : distance d'un point au centre de l'arbre ; « thêta » : angle de rotation de l'arbre.
S
Aire d'une section, en mm².
σmax, σmin, σm
Contraintes maximale, minimale et moyenne d'un cycle, en MPa.
sin
Fonction sinus : elle oscille régulièrement entre −1 et +1.
Spectre de chargement
Résultat d'un comptage : nombre de cycles par classe d'étendue Δσ.
t
Temps, en s.
τ
« Tau » : contrainte de cisaillement (torsion), en MPa.
TIG
Tungsten Inert Gas : procédé de soudage à électrode de tungstène sous gaz inerte ; la refusion TIG améliore un pied de cordon.
Tolérance aux dommages
Principe de conception qui admet des fissures, à condition de les détecter par inspection avant qu'elles n'atteignent ac.
Triaxial
État de contrainte où les trois contraintes principales sont non nulles.
W
Module de flexion, en mm³ : W = IGz/v ; πd³/32 pour un rond plein.
x
Dans ce cours, le rapport σm/σa = (1 + R)/(1 − R).
Y
Facteur géométrique de la fissure, sans unité ; dans la convention du polycopié, il contient √π.
≈, ≫, ⟺
« Environ égal à » ; « très grand devant » ; « équivaut à ».
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧳Image à retenirLa valise bouclée avant le départ pour le cours 2

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Au prochain épisode, cours 2 : la courbe de Wöhler. On place une éprouvette sur une machine, on la fait osciller à σa constant jusqu'à la rupture, et on recommence à d'autres niveaux. En reportant σa en fonction du nombre de cycles à rupture Nr, on obtient la courbe d'endurance (polycopié, p. 3, figure 4). On y lira trois domaines (fatigue oligocyclique, endurance limitée, endurance illimitée), la limite d'endurance σD, la loi de Basquin qui met la courbe en équation, la dispersion des essais, et les courbes de fatigue des soudures avec leurs classes FAT.