Avant de commencer
Les bases à avoir en tête, en trois cases
Ce premier cours de la série s'appuie sur la série « Résistance des matériaux ».
| Chapitre du cours | Polycopié |
|---|---|
| 1 Qu'est-ce que la fatigue ? | p. 1, définition et nombre d'« alternances » |
| 2 Du chargement réel au cycle d'essai | p. 1, figure 1 ; p. 2, choix des sollicitations sinusoïdales |
| 3 Les six grandeurs du cycle | p. 2, figure 2 |
| 4 Les familles de cycles | p. 2, figure 3 |
| 5 Traction, flexion, torsion | p. 1 et 2, sollicitations-types et concentrations de contraintes |
| 6 Le film d'une rupture | p. 1, les six phases de l'endommagement ; p. 1 et 2, les deux connaissances nécessaires |
1. Amplitude ou étendue ? Le polycopié appelle σa la « composante alternative » et Δσ l'« amplitude totale » (p. 2). Dans beaucoup d'ouvrages et dans les normes, le mot « amplitude » désigne σa, et Δσ s'appelle l'« étendue de contrainte » (en anglais : stress amplitude pour σa, stress range pour Δσ). Ce cours dit amplitude σa et étendue Δσ, avec Δσ = 2σa.
2. La figure 3 ne montre que des contraintes moyennes positives ou nulles. Le chapitre 4 la complète avec les cycles où domine la compression.
3. La lettre R. Dans tout ce cours, R = σmin/σmax est le rapport de charge. Rien à voir avec Re et Rm, ni avec la « courbe-R » citée page 7 du polycopié (cours 4).
4. La lettre N. En RDM, N désigne l'effort normal ; en fatigue, N est un nombre de cycles. Ici, l'effort axial s'appelle donc F.
(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Les structures soudées travaillent presque toujours sous des charges variables : ponts, ponts roulants, grues, plateformes en mer, mâts d'éoliennes, véhicules ferroviaires. Leur calcul en fatigue, selon l'Eurocode 3 partie 1-9 (norme EN 1993-1-9) ou selon les recommandations de l'IIW (International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure), s'écrit entièrement avec le vocabulaire de ce cours : étendue de contrainte Δσ, nombre de cycles N, rapport R, cycles comptés par la méthode rainflow. Et le raccordement d'un cordon avec la tôle, le pied de cordon, est par nature une zone de concentration de contrainte (chapitre 5).
La série en quatre cours
Le plan du cours
- 1Qu'est-ce que la fatigue ?
Casser sans jamais dépasser Rm ; compter les cycles d'une vie.
- 2Du chargement réel au cycle d'essai
Le signal aléatoire, la sinusoïde du laboratoire, et le comptage des cycles.
- 3Les six grandeurs du cycle
σmax, σmin, σm, σa, Δσ et R, et toutes leurs relations.
- 4Les familles de cycles
Une seule règle graduée, R, pour ranger tous les cycles, compression comprise.
- 5Traction, flexion, torsion : où ça travaille
La surface en première ligne, l'arbre qui tourne et le trou qui concentre.
- 6Le film d'une rupture
Les six phases de l'endommagement, de la première trace à la cassure.
Qu'est-ce que la fatigue ?
Casser sans jamais dépasser Rm
Reprends le trombone. En tirant dessus, tu ne le casses pas : il faudrait atteindre sa résistance Rm, et tes doigts n'y arrivent pas. En le pliant puis en le dépliant, tu déformes un peu le métal au niveau du pli, de façon permanente. Chaque pliage laisse une petite blessure qui ne se répare pas ; les blessures s'additionnent. Au bout d'une quinzaine d'allers-retours, une fissure apparaît, traverse le fil, et il casse.
Pense à un sentier dans l'herbe : un seul passage ne laisse aucune trace visible, mille passages tracent un chemin. En fatigue, chaque cycle de chargement laisse une trace microscopique, invisible à l'œil nu, et c'est leur accumulation qui finit par rompre la pièce.
Dans une machine ou une structure, les contraintes sont bien plus faibles que dans le trombone, souvent inférieures à Re : chaque cycle abîme beaucoup moins. Mais les cycles se comptent alors en millions, voire en milliards. Le polycopié le dit ainsi : le nombre d'« alternances » va de quelques unités à plusieurs centaines de millions.
| Pièce | Ce qui fait un cycle | Cycles sur une vie (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| Trombone plié à la main | un pliage aller-retour | 10 à 20 |
| Fuselage d'avion de ligne | une pressurisation par vol | 10⁴ à 10⁵ |
| Pont routier | le passage d'un camion | ≈ 4 × 10⁷ (1 000 camions/jour, 100 ans) |
| Essieu ferroviaire | un tour de roue | ≈ 3,5 × 10⁸ par million de km |
| Pale d'éolienne | un tour de rotor (poids propre) | ≈ 1,6 × 10⁸ (15 tr/min, 20 ans) |
| Vilebrequin d'automobile | un tour moteur | 10⁸ à 10⁹ |
La notation 10⁸ (« dix puissance huit ») veut dire 1 suivi de 8 zéros : 100 000 000, cent millions. Le symbole ≈ se lit « environ égal à ».
Manipulation 1 : statique contre cyclique
Deux éprouvettes identiques en acier. À gauche, une contrainte σ constante ; à droite, la même valeur appliquée en alternance : +σ, puis −σ, puis +σ… Règle le niveau en pourcentage de Rm, puis lance l'essai. Le compteur de cycles accélère en échelle logarithmique (chaque graduation vaut dix fois la précédente).
Courbe illustrative d'un acier, détaillée au cours 2 : rupture en 10³ cycles à 90 % de Rm, en 10⁶ cycles à 50 %, et plus du tout en dessous. Fréquence d'essai supposée : 10 Hz (dix cycles par seconde).
Les contraintes cycliques peuvent être de traction, de compression, de traction-compression, de cisaillement, de torsion, de flexion ou, dans le cas général, triaxiales : les trois contraintes principales sont alors non nulles (série RDM, cours 4). La situation est aggravée par les concentrations de contraintes et les défauts (chapitre 5).
Des cycles au temps
Une pièce sollicitée à une fréquence constante subit un nombre de cycles proportionnel au temps :
⟺ se lit « équivaut à »
- N
- nombre de cycles, sans unité
- f
- fréquence des cycles, en hertz (Hz) : 1 Hz = un cycle par seconde
- t
- durée, en secondes (s)
Exemple. Un essai de fatigue de 10⁷ cycles sur une machine à 50 Hz dure t = 10⁷/50 = 2 × 10⁵ s ≈ 55,6 h ≈ 2,3 jours. Les essais de fatigue sont longs : c'est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas tout tester.
Pourquoi la fatigue est-elle si dangereuse ?
Elle agit sans dépasser Rm (le calcul statique dit « ça tient »), sans déformation visible de la pièce (la fissure reste longtemps minuscule), et sans prévenir : la rupture finale est brutale, même dans un métal ductile qui, en traction simple, se serait allongé et aminci avant de casser.
Du chargement réel au cycle d'essai
Le vacarme, la note pure et la goutte de pluie
En service, la contrainte dans une pièce ne varie presque jamais de façon régulière. La suspension d'une voiture encaisse des nids-de-poule, une éolienne des rafales, une plateforme pétrolière des vagues de toutes tailles, un pont roulant des charges différentes à chaque levage. Le signal ressemble à la figure 1 du polycopié : de grandes oscillations, de petites ondulations par-dessus, des moments calmes. On parle de chargement aléatoire.
Impossible de tester en laboratoire chaque histoire de chargement possible. Alors on simplifie : on soumet des éprouvettes à des cycles sinusoïdaux bien réglés, toujours les mêmes, comme un diapason qui donne une note pure au lieu du vacarme de la rue. Le polycopié le dit : on « simule » les conditions réelles par des essais simplifiés.
Reste à faire le chemin inverse : pour utiliser les résultats du laboratoire, il faut découper le signal réel en cycles. C'est comme compter les vagues depuis la plage : il y a les grosses vagues, et les petites rides qui courent dessus. Deux remarques simplifient tout :
- seuls comptent les extremums du signal, c'est-à-dire ses pics (maximums locaux) et ses vallées (minimums locaux) ;
- pour un métal à température ambiante, la forme exacte du signal entre deux extremums, et le temps mis pour aller de l'un à l'autre, comptent peu en première approximation.
Manipulation 2 : le compteur de gouttes
Un signal aléatoire, réduit à ses extremums (les points). Avance pas à pas : la méthode rainflow lit les points un par un et extrait les cycles. Les cycles complets apparaissent en trait plein rouge, les demi-cycles en pointillés. Le bouton « Exemple du cours » charge la séquence du niveau 2.
La méthode rainflow (« écoulement de la pluie »), proposée par les Japonais Matsuishi et Endo en 1968, est la méthode de référence pour découper un signal en cycles. Son nom vient d'une image : tourne le graphique d'un quart de tour, le temps vers le bas ; le signal ressemble alors à une série de toits de pagode, et on imagine l'eau de pluie qui ruisselle d'un toit à l'autre. Elle est décrite dans la norme américaine ASTM E1049 (ASTM : American Society for Testing and Materials, organisme de normalisation). Voici sa version « trois points », la plus simple à appliquer à la main.
0. Réduis le signal à la suite de ses extremums (pic, vallée, pic…).
1. Lis le point suivant et empile-le. Tant qu'il y a au moins trois points dans la pile, appelle X l'étendue entre les deux derniers points et Y l'étendue précédente.
2. Si X < Y : retourne à l'étape 1.
3. Si X ≥ Y et que Y contient le premier point de la pile : compte Y comme un demi-cycle, retire ce premier point, retourne à l'étape 1.
4. Si X ≥ Y et que Y ne contient pas le premier point : compte Y comme un cycle complet, retire ses deux points, puis refais la comparaison avec les points qui restent (étape 2, s'il y en a au moins trois ; sinon étape 1).
5. Quand il n'y a plus de point à lire, chaque étendue restante dans la pile compte pour un demi-cycle.
Chaque cycle extrait est décrit par son étendue Δσ (l'écart entre ses deux extremums) et par sa moyenne σm (la demi-somme de ses deux extremums), deux grandeurs définies proprement au chapitre 3.
Exemple du cours
Extremums successifs, en MPa : A = −40, B = 20, C = −60, D = 100, E = −20, F = 60, G = −80, H = 80, I = −40. (C'est l'exemple de la norme ASTM E1049, multiplié par 20.)
| Lecture | Pile | Comparaison | Décision |
|---|---|---|---|
| A, B, C | A B C | X = 80 ≥ Y = 60 | Y contient A, le premier point : demi-cycle A-B de 60 MPa, on retire A |
| D | B C D | X = 160 ≥ Y = 80 | Y contient B, premier point : demi-cycle B-C de 80 MPa, on retire B |
| E | C D E | X = 120 < Y = 160 | on continue |
| F | C D E F | X = 80 < Y = 120 | on continue |
| G | C D E F G | X = 140 ≥ Y = 80 | cycle complet E-F de 80 MPa (moyenne 20 MPa), on retire E et F |
| C D G | X = 180 ≥ Y = 160 | Y contient C, premier point : demi-cycle C-D de 160 MPa, on retire C | |
| H | D G H | X = 160 < Y = 180 | on continue |
| I | D G H I | X = 120 < Y = 160 | on continue |
| fin | D G H I | demi-cycles résiduels D-G (180), G-H (160), H-I (120) |
Bilan : un cycle complet de 80 MPa, et des demi-cycles de 60, 80, 160, 180, 160 et 120 MPa. En regroupant : 0,5 cycle à 60 MPa, 1,5 cycle à 80 MPa, 0,5 à 120, 1 à 160 et 0,5 à 180 MPa, soit 4 cycles au total.
Le résultat du comptage, rangé par classes d'étendue, s'appelle un spectre de chargement (ou histogramme). Plus loin dans le polycopié, chaque classe sera comparée à la courbe de Wöhler et les dommages seront additionnés (règle de Miner).
L'EN 1993-1-9 (annexe A) et les recommandations IIW demandent de compter les cycles d'un chargement variable par la méthode rainflow ou par sa cousine, la méthode du réservoir, pour obtenir le spectre des étendues Δσ appliquées à chaque détail soudé. Les jauges de déformation collées près d'un cordon, puis un logiciel de comptage rainflow, sont l'outil de base des mesures de fatigue sur site.
Les six grandeurs du cycle
σmax, σmin, σm, σa, Δσ et R
Assieds-toi au bout d'un ponton et regarde la mer. Le niveau moyen de l'eau, autour duquel tout oscille, c'est la contrainte moyenne σm. Une crête monte au-dessus de ce niveau d'une hauteur σa, l'amplitude ; un creux descend d'autant au-dessous. La crête, c'est σmax ; le creux, σmin.
Un surfeur, lui, mesure sa vague du creux à la crête : c'est l'étendue Δσ (Δ, la lettre grecque « delta », désigne un écart). Elle vaut deux fois l'amplitude.
Quand la marée monte, le niveau moyen s'élève mais les vagues gardent la même hauteur : σm change, σa ne change pas. Ces deux grandeurs sont indépendantes ; il en faut deux pour décrire un cycle, et les quatre autres s'en déduisent.
Enfin, le rapport de charge R compare le creux à la crête : R = σmin/σmax. Un seul nombre, sans unité, qui dit à quoi ressemble le cycle (chapitre 4).
Manipulation 3 : le générateur de cycle
Règle le cycle avec deux curseurs : les quatre autres grandeurs se calculent en direct. Lance la lecture pour voir l'éprouvette s'allonger (traction) et se raccourcir (compression) au rythme du cycle. Déformations très exagérées.
Le cycle sinusoïdal du polycopié (figure 2) s'écrit :
sin : la fonction sinus, qui oscille entre −1 et +1 ; π ≈ 3,1416 ; f en Hz, t en s
| Symbole | Nom | Définition |
|---|---|---|
| σmax MPa | contrainte maximale | la plus grande valeur du cycle (la crête) |
| σmin MPa | contrainte minimale | la plus petite valeur du cycle (le creux), avec son signe |
| σm MPa | contrainte moyenne | le niveau autour duquel on oscille |
| σa MPa | amplitude (polycopié : « composante alternative ») | l'écart entre la moyenne et la crête, toujours ≥ 0 |
| Δσ MPa | étendue (polycopié : « amplitude totale ») | l'écart entre le creux et la crête, toujours ≥ 0 |
| R sans unité | rapport de charge | le quotient σmin/σmax |
les six grandeurs du cycle (polycopié, p. 2, figure 2)
Deux nombres suffisent
Un cycle sinusoïdal est entièrement fixé par deux grandeurs indépendantes (plus sa fréquence) : (σm, σa), ou (σmax, σmin), ou (σmax, R), ou encore (Δσ, R). Les essais et les normes utilisent surtout les deux derniers couples. Les conversions se démontrent en remplaçant σmin par R·σmax :
exemple : σm = (σmax + Rσmax)/2 = σmax(1 + R)/2
Et, dans l'autre sens, à partir de la moyenne et de l'amplitude :
Exemple complet. Un cycle va de σmax = 250 MPa à σmin = −50 MPa (le réglage initial de la manipulation 3 en mode σmax/σmin).
- σm = (250 + (−50))/2 = 200/2 = 100 MPa
- σa = (250 − (−50))/2 = 300/2 = 150 MPa
- Δσ = 250 − (−50) = 300 MPa = 2 × 150 ✅
- R = −50/250 = −0,2 ; contrôle : (100 − 150)/(100 + 150) = −50/250 = −0,2 ✅
Ordres de grandeur. Sur un détail soudé de charpente, les étendues Δσ dues au trafic vont de quelques dizaines de MPa à environ 150 MPa. Sur un arbre de machine en acier traité, les amplitudes σa atteignent couramment 100 à 300 MPa.
Au voisinage d'un cordon brut de soudage, le refroidissement laisse des contraintes résiduelles de traction qui atteignent souvent Re. Quand on ajoute un cycle de chargement, la matière plastifie localement au premier passage, et le cycle local se « cale » juste sous Re : il va de Re à Re − Δσ, quelle que soit la contrainte moyenne nominale. Seule l'étendue Δσ reste inchangée.
C'est pourquoi l'EN 1993-1-9 et les recommandations IIW expriment la résistance en fatigue des assemblages soudés en étendue de contrainte Δσ, en général sans correction de σm. Chaque détail soudé reçoit une classe FAT : le nombre qui suit FAT est l'étendue Δσ, en MPa, que le détail supporte (valeur caractéristique) pendant 2 millions de cycles. Un détail FAT 71 supporte Δσ = 71 MPa à 2 × 10⁶ cycles (cours 2).
Les familles de cycles
Une seule règle graduée : R
La figure 3 du polycopié range les cycles en quatre familles, selon la position de la moyenne par rapport à l'amplitude. Associe à chacune une image :
- (a) La balançoire, R = −1 : contrainte alternée symétrique. σm = 0 : autant de traction que de compression, comme une balançoire qui monte aussi haut devant que derrière. Exemple : un essieu qui tourne.
- (b) Le plongeoir, −1 < R < 0 : contrainte alternée asymétrique. 0 < σm < σa : la planche plie fort sous le plongeur, puis rebondit un peu dans l'autre sens. On passe en compression, mais moins qu'en traction.
- (c) Le crochet de grue, R = 0 : contrainte répétée. σm = σa, donc σmin = 0 : on charge, on décharge jusqu'à zéro, on recommence.
- (d) La corde de guitare, 0 < R < 1 : contrainte ondulée. σm > σa : la corde est toujours tendue et vibre autour de sa tension. Exemple : un boulon serré qui encaisse de petites variations.
La figure ne montre pas les cycles où domine la compression. Ils existent pourtant : une bielle de moteur poussée très fort puis tirée un peu, un appui de pont écrasé un peu plus à chaque camion. Et tout en haut de la règle, R = 1 : σmin = σmax, plus rien ne varie, c'est le chargement statique.
Manipulation 4 : la règle de R
Le curseur règle le rapport x = σm/σa (la marée divisée par la vague). La courbe donne R = (x − 1)/(x + 1) et le petit graphique dessine le cycle correspondant. Les bandes colorées sont les familles.
| Famille | Condition sur σm | Rapport R | Exemple |
|---|---|---|---|
| Statique | σa = 0 | R = 1 | poids posé |
| (d) ondulée de traction | σm > σa | 0 < R < 1 | boulon précontraint, câble tendu |
| (c) répétée de traction | σm = σa | R = 0 | crochet de grue, pied de dent d'engrenage |
| (b) alternée asymétrique | 0 < σm < σa | −1 < R < 0 | arbre qui tourne et qui est tiré |
| (a) alternée symétrique | σm = 0 | R = −1 | essieu en flexion rotative |
| alternée, dominante de compression | −σa < σm < 0 | R < −1 | bielle de moteur |
| répétée de compression | σm = −σa | σmax = 0 : R non défini (« infini ») | butée écrasée puis relâchée |
| ondulée de compression | σm < −σa | R > 1 | appui de pont sous le trafic |
Démonstration : pourquoi −1 < R < 0 pour la famille (b)
On part de R = (σm − σa)/(σm + σa) avec 0 < σm < σa. Le numérateur σm − σa est négatif, le dénominateur σm + σa est positif : R < 0. Et la valeur absolue du numérateur, σa − σm, est plus petite que le dénominateur σa + σm (on enlève σm au lieu de l'ajouter) : |R| < 1. Donc −1 < R < 0. Le même raisonnement donne 0 < R < 1 pour la famille (d).
Le lien entre x = σm/σa et R
on obtient la première en divisant haut et bas de R = (σm − σa)/(σm + σa) par σa
La courbe de la manipulation 4 est une hyperbole : quand x s'approche de −1 (σmax → 0), R part vers l'infini. Toute la droite des réels est parcourue : R peut valoir n'importe quel nombre, sauf exactement 1 pour un cycle qui varie.
Les essais de fatigue d'éprouvettes soudées se font souvent à R = 0,1 (traction ondulée) : l'éprouvette reste toujours tendue, ce qui évite le flambement et le jeu dans les mors de la machine. Les recommandations IIW accordent un bonus de résistance pour les cycles à R faible ou négatif (jusqu'à 1,6 fois), mais seulement si les contraintes résiduelles sont faibles : élément détensionné (traité thermiquement pour relâcher ses contraintes) ou petite pièce simple. Pour une structure soudée brute et complexe, aucun bonus : on revient au Δσ seul du chapitre 3.
Traction, flexion, torsion : où ça travaille
La surface en première ligne
Pour mesurer la résistance en fatigue, le polycopié cite des sollicitations-types : traction-compression, flexion, torsion, cisaillement. Elles ne font pas travailler la matière de la même façon :
- en traction-compression, toute la section porte la même contrainte ;
- en flexion, comme une baguette qu'on plie, la contrainte est nulle au centre (sur l'axe neutre) et maximale à la surface : un côté s'étire, l'autre s'écrase ;
- en torsion, comme une serviette qu'on essore, le cisaillement est nul au centre et maximal à la surface.
La machine historique de Wöhler utilise la flexion rotative : on plie un arbre qui tourne. Le côté tendu et le côté comprimé restent fixes dans l'espace, mais la matière tourne : chaque point de la surface passe par le côté tendu, puis par le côté comprimé, à chaque tour. Résultat : un cycle alterné symétrique (R = −1) par tour, sans aucun mécanisme compliqué.
Ajoute maintenant un trou dans une plaque tendue. Les « lignes de force » qui transmettent l'effort doivent le contourner, comme l'eau d'une rivière autour de la pile d'un pont : elles se resserrent sur les bords du trou, et la contrainte y monte. C'est une concentration de contrainte. Un trou rond triple la contrainte locale ; une entaille fine, une rayure ou le pied d'un cordon de soudure font de même, parfois pire.
Bilan : en flexion et en torsion, la contrainte est maximale en surface ; les entailles, les rayures d'usinage et les pieds de cordon sont en surface ; l'air humide et les agents corrosifs attaquent la surface. Les fissures de fatigue naissent donc presque toujours en surface. (Le cours 3 ajoutera une raison métallurgique : les grains de surface sont moins tenus par leurs voisins.)
Manipulation 5 : l'arbre qui tourne
Un arbre rond plein est plié par un moment Mf constant (le côté tendu est en haut) et, si tu le veux, tiré par un effort axial F. Suis le point P pendant que l'arbre tourne : sa contrainte trace une sinusoïde. Le curseur « position de P » le rapproche du centre.
Rappels de la série RDM, pour un rond plein de diamètre d :
- S = πd²/4
- aire de la section (mm²)
- IGz = πd⁴/64
- moment quadratique par rapport à un diamètre (mm⁴) : la « rigidité de forme » en flexion
- W = πd³/32
- module de flexion, W = IGz/(d/2) (mm³)
- IG = πd⁴/32
- moment polaire (mm⁴), pour la torsion
La flexion rotative
Repère le point P par sa distance au centre ρ (lettre grecque « rhô », 0 ≤ ρ ≤ d/2) et par l'angle θ (« thêta ») dont l'arbre a tourné depuis que P était sur l'axe neutre. La distance de P à l'axe neutre vaut alors ρ·sin θ, et la contrainte de flexion est proportionnelle à cette distance :
la traction F/S fixe la moyenne σm ; la flexion fixe l'amplitude σa
un tour de l'arbre = un cycle, donc f = n/60 avec n en tours par minute (tr/min)
Exemple numérique (réglage initial de la manipulation) : d = 40 mm, Mf = 400 N·m = 400 000 N·mm, F = 0.
- W = π × 40³/32 = π × 64 000/32 = 6 283 mm³
- σa = 400 000/6 283 = 63,7 MPa, et σm = 0 : R = −1
- à n = 1 500 tr/min : f = 1 500/60 = 25 Hz, soit 25 × 3 600 = 90 000 cycles par heure
La torsion
Un arbre qui transmet un couple Mt (moment de torsion) subit un cisaillement τ (lettre grecque « tau ») : une contrainte qui fait glisser les tranches de matière les unes sur les autres. Il vaut τ = Mt·r/IG à la distance r du centre, et il est maximal en surface : τmax = 16Mt/(πd³). Un couple qui varie (moteur à explosion, éolienne en rafales) crée donc lui aussi des cycles, de cisaillement cette fois.
Le coefficient de concentration de contrainte Kt
trou rond dans une plaque large tendue : Kt = 3
Pour un trou elliptique dans une plaque large, de demi-axe a perpendiculaire à l'effort et de demi-axe b parallèle à l'effort, la formule d'Inglis (1913) donne :
cercle : a = b, Kt = 3 ; fente perpendiculaire à l'effort : a ≫ b, Kt énorme (≫ : « très grand devant »)
Quand l'ellipse s'aplatit jusqu'à devenir une fissure, Kt tend vers l'infini : le coefficient Kt n'a plus de sens, et la mécanique de la rupture le remplace par le facteur d'intensité de contrainte K (chapitre 6 et cours 4).
Manipulation 5 bis : le trou qui concentre
Une plaque large tirée horizontalement à σnom = 100 MPa. Change la forme du trou : les lignes de force se resserrent, et les zones rouges aux bords du trou montrent où la contrainte locale est maximale.
Exemple. Une plaque large percée d'un trou rond, tirée à σnom = 80 MPa : σmax,loc = 3 × 80 = 240 MPa au bord du trou. Si la plaque est en acier S235 (Re = 235 MPa), le bord du trou plastifie déjà alors que le calcul nominal semblait très rassurant.
Le pied de cordon cumule les trois facteurs : une géométrie qui concentre la contrainte (un raccordement brusque entre le cordon et la tôle, Kt souvent de l'ordre de 2 à 3, davantage si l'angle est raide), des contraintes résiduelles de traction proches de Re (chapitre 3), et de petits défauts : micro-inclusions de laitier, caniveaux (sillons creusés dans la tôle le long du pied par la fusion, et non comblés).
D'où les techniques d'amélioration des soudures sollicitées en fatigue : le meulage du pied de cordon (adoucir le raccordement et enlever les défauts), la refusion TIG (refondre le pied avec une torche TIG, Tungsten Inert Gas : électrode de tungstène sous gaz inerte, sans métal d'apport) et le martelage (marteler le pied pour y créer des contraintes résiduelles de compression).
Le film d'une rupture par fatigue
Six scènes, de la première trace à la cassure
Le polycopié (p. 1) découpe la vie d'une pièce fatiguée en six phases, plus ou moins distinctes. Imagine une pellicule de film en six images ; à chaque image, on change de grossissement :
| Scène | Ce qui se passe | Échelle | Cours |
|---|---|---|---|
| 1 La trace | des changements irréversibles dans la matière, par déformation plastique très localisée | quelques grains | 3 |
| 2 La graine | nucléation (apparition) en surface de défauts microscopiques : marches, creux et saillies | µm | 3 |
| 3 La fêlure | formation de microfissures superficielles à partir de ces microdéfauts | taille d'un grain, 10 à 100 µm | 3 |
| 4 La fissure | une microfissure devient une macrofissure, décelable en CND | ≈ 0,1 à 1 mm | 3 et 4 |
| 5 La croissance | propagation lente de la macrofissure, un peu à chaque cycle | du mm au cm | 4 |
| 6 La chute | rupture brutale quand la fissure atteint une taille critique | toute la section | 4 |
µm : micromètre (micron), un millième de millimètre. Un cheveu mesure environ 70 µm d'épaisseur. CND : contrôle non destructif (voir le niveau 2).
On regroupe ces scènes en deux actes : l'amorçage (scènes 1 à 4 : naître) et la propagation (scènes 5 et 6 : grandir puis casser). La part de chaque acte dans la vie de la pièce dépend énormément de la pièce : c'est ce que montre la manipulation.
Manipulation 6 : le film
Choisis la pièce, puis fais défiler sa vie avec le curseur ou la lecture. En haut, la barre de vie (amorçage clair, propagation foncée) ; au milieu, la vue au microscope ; en bas, la longueur de fissure en échelle logarithmique. Durées indicatives.
durée de vie Nr (cycles à rupture) = cycles d'amorçage Na + cycles de propagation Np
Selon le polycopié (p. 7), l'amorçage peut représenter une part négligeable ou au contraire prépondérante de la durée de vie, selon le matériau, les concentrations de contrainte, le chargement et l'état de surface. Ordres de grandeur indicatifs : la plus grande partie de la vie pour une éprouvette lisse et polie peu chargée, environ la moitié pour une pièce entaillée, très peu pour un assemblage soudé.
La taille critique (simple rappel de mécanique de la rupture)
La fissure de longueur a est caractérisée par le facteur d'intensité de contrainte KI, qui mesure la sévérité de la contrainte à sa pointe (l'indice I désigne le mode I, l'ouverture de la fissure par traction perpendiculaire à ses lèvres). La pièce casse brutalement quand KI atteint la ténacité KIC du matériau, sa résistance à la propagation brutale d'une fissure. Avec la notation du polycopié :
K en MPa·√m, σ en MPa, a en m ; Y : facteur géométrique sans unité (dans la convention du polycopié, il contient le √π que d'autres ouvrages écrivent à part)
Exemple. Acier de ténacité KIC = 50 MPa·√m, fissure débouchante en surface (Y ≈ 1,12√π ≈ 2), σmax = 200 MPa : ac = (50/(2 × 200))² = (0,125)² = 0,0156 m ≈ 16 mm. Une fissure de 1 mm est donc détectable bien avant d'être dangereuse : c'est tout l'enjeu des inspections.
Deux métiers, deux connaissances
Le polycopié (p. 1 et 2) conclut que, pour prévoir la tenue en fatigue d'une pièce réelle, il faut connaître les conditions réelles de chargement (le travail du mécanicien : mesurer, compter et décrire les cycles, objet de ce cours) et connaître la réponse du matériau et son endommagement selon le niveau de contrainte, le nombre et l'amplitude des cycles (le travail du métallurgiste : cours 2 à 4).
Un pied de cordon contient dès la fabrication de petits défauts (micro-inclusions de laitier, caniveaux, manques de fusion) de l'ordre de 0,1 mm, dans une zone de concentration de contrainte et de contraintes résiduelles de traction. La phase d'amorçage y est donc très courte : la durée de vie d'un assemblage soudé est presque entièrement une durée de propagation.
Deux conséquences pratiques : améliorer l'acier (un acier plus résistant amorce plus tard, mais propage presque aussi vite) n'augmente guère la tenue en fatigue d'une soudure brute ; et la pente des courbes de fatigue des soudures (exposant 3, cours 2) vient directement de la loi de propagation de Paris (cours 4). C'est aussi pour cela que les grandes structures soudées (ponts, avions, plateformes) sont inspectées à intervalles réguliers : on laisse une fissure exister, à condition de la trouver avant qu'elle n'atteigne ac. C'est le principe de la tolérance aux dommages.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, du trombone à la poutre soudée
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris toujours la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Les manipulations 3, 4 et 5 permettent de vérifier tes résultats.
Exercice 1 : l'essieu qui compte ses tours N1 · chapitres 1 et 5
Une roue de train a un diamètre D = 0,92 m. L'essieu tourne avec elle et il est plié par le poids du wagon : à chaque tour, un point de sa surface passe une fois du côté tendu et une fois du côté comprimé.
a) Combien de tours la roue fait-elle par kilomètre ?
b) Combien de cycles un point de l'essieu subit-il en un million de kilomètres ?
c) À 300 km/h, quelle est la fréquence de ces cycles ?
d) Que vaut le rapport de charge R de ce cycle ?
Voir la correction
a) Périmètre de la roue : p = π·D = π × 0,92 = 2,890 m. Nombre de tours par kilomètre : 1 000 m / 2,890 m = 346 tours.
b) Un tour = un cycle : N = 346 × 10⁶ ≈ 3,5 × 10⁸ cycles. Plus de trois cents millions de cycles : un essieu doit pouvoir durer « indéfiniment » (endurance illimitée, cours 2).
c) Vitesse : v = 300/3,6 = 83,3 m/s. Fréquence : f = v/p = 83,3/2,890 = 28,8 Hz, soit près de 29 cycles par seconde.
d) Flexion rotative sans autre effort : la contrainte va de +σa à −σa, σm = 0, donc R = −σa/σa = −1 : contrainte alternée symétrique.
Exercice 2 : trois pièces, trois familles N1 · chapitres 3 et 4
Pour chaque pièce, calcule σmax, σmin, σm, σa, Δσ et R, puis nomme la famille du cycle.
a) Un crochet de grue, assimilé à une barre tendue de section utile S = 400 mm², soulève une charge de 50 kN puis la repose complètement.
b) Un boulon précontraint voit sa contrainte osciller entre 360 et 400 MPa.
c) Une tige de vérin travaille entre +90 MPa (traction) et −90 MPa (compression).
Voir la correction
a) σmax = F/S = 50 000 N / 400 mm² = 125 MPa ; σmin = 0 (charge reposée). σm = (125 + 0)/2 = 62,5 MPa ; σa = (125 − 0)/2 = 62,5 MPa ; Δσ = 125 MPa ; R = 0/125 = 0. σm = σa : contrainte répétée (famille c).
b) σm = (400 + 360)/2 = 380 MPa ; σa = (400 − 360)/2 = 20 MPa ; Δσ = 40 MPa ; R = 360/400 = 0,9. σm ≫ σa : contrainte ondulée (famille d). Le boulon est très chargé, mais il varie peu : c'est l'intérêt de la précontrainte.
c) σm = (90 + (−90))/2 = 0 ; σa = 90 MPa ; Δσ = 180 MPa ; R = −90/90 = −1 : contrainte alternée symétrique (famille a).
Exercice 3 : jongler avec R N2 · chapitres 3 et 4
a) σmax = 200 MPa et R = 0,1. Calcule σmin, σm, σa et Δσ.
b) Δσ = 160 MPa et R = −1. Calcule σa, σmax et σmin.
c) Montre que σmax = Δσ/(1 − R), puis calcule σmax, σmin et σm pour Δσ = 100 MPa et R = 0,5.
d) Démontre que σm/σa = (1 + R)/(1 − R), et vérifie-le sur le cas a).
Voir la correction
a) σmin = R·σmax = 0,1 × 200 = 20 MPa ; σm = (200 + 20)/2 = 110 MPa ; σa = (200 − 20)/2 = 90 MPa ; Δσ = 180 MPa.
b) σa = Δσ/2 = 80 MPa. R = −1 signifie σmin = −σmax, donc σm = 0 : σmax = 80 MPa, σmin = −80 MPa.
c) Δσ = σmax − σmin = σmax − R·σmax = σmax(1 − R), d'où σmax = Δσ/(1 − R). Application : σmax = 100/(1 − 0,5) = 200 MPa ; σmin = 0,5 × 200 = 100 MPa ; σm = 150 MPa (et σa = 50 MPa).
d) σm = σmax(1 + R)/2 et σa = σmax(1 − R)/2 ; en divisant, σmax et le 2 disparaissent : σm/σa = (1 + R)/(1 − R). Vérification sur a) : 110/90 = 1,222 et (1 + 0,1)/(1 − 0,1) = 1,1/0,9 = 1,222 ✅.
Exercice 4 : l'arbre tendu qui tourne N2 · chapitres 3, 4 et 5
Un arbre rond plein de diamètre d = 40 mm tourne à n = 1 500 tr/min. Il est plié par un moment constant Mf = 400 N·m et tiré par un effort axial constant F = 50 kN.
a) Calcule le module de flexion W et l'amplitude σa en surface.
b) Calcule la section S et la contrainte moyenne σm.
c) Déduis σmax, σmin, R et la famille du cycle en surface.
d) Quelle est la fréquence des cycles ? Combien de cycles en une journée de travail de 8 h ?
e) Reprends c) pour un point situé à mi-rayon. Que remarques-tu ?
Voir la correction
a) W = πd³/32 = π × 40³/32 = 6 283 mm³. Mf = 400 N·m = 400 000 N·mm, donc σa = Mf/W = 400 000/6 283 = 63,7 MPa.
b) S = πd²/4 = π × 40²/4 = 1 256,6 mm² ; σm = F/S = 50 000/1 256,6 = 39,8 MPa.
c) σmax = 39,8 + 63,7 = 103,5 MPa ; σmin = 39,8 − 63,7 = −23,9 MPa ; R = −23,9/103,5 = −0,23. Comme 0 < σm < σa : alternée asymétrique (famille b).
d) f = n/60 = 1 500/60 = 25 Hz ; N = f·t = 25 × 8 × 3 600 = 720 000 cycles (7,2 × 10⁵) par journée.
e) La flexion est proportionnelle à la distance au centre : à mi-rayon, σa = 63,7/2 = 31,8 MPa. La traction est uniforme : σm = 39,8 MPa. Donc σmax = 71,6 MPa, σmin = 8,0 MPa, R = 8,0/71,6 = 0,11 : σm > σa, le cycle est devenu ondulé (famille d). Dans un même arbre, la famille du cycle change avec la profondeur ; et la surface reste le point le plus sollicité.
Exercice 5 : compter à la goutte de pluie N2 · chapitre 2
Une jauge collée près d'un cordon a enregistré la suite d'extremums suivante (en MPa) :
A = 20, B = 140, C = 40, D = 100, E = −60, F = 80, G = 0, H = 160, I = 20
a) Vérifie que cette suite alterne bien pics et vallées. Combien de cycles doit-on trouver au total ?
b) Applique la méthode rainflow pas à pas.
c) Dresse la liste des cycles et demi-cycles avec leur étendue Δσ et leur moyenne σm.
d) Quel est le plus grand cycle ? Vérifie la règle du maximum et du minimum absolus.
Voir la correction
a) 20 ↗ 140 ↘ 40 ↗ 100 ↘ −60 ↗ 80 ↘ 0 ↗ 160 ↘ 20 : les sens alternent, ce sont bien des extremums. 9 points font 8 alternances, donc 4 cycles au total.
b) Pile A B C : X = 100 < Y = 120, on continue. Lecture de D : pile A B C D, X = 60 < Y = 100, on continue. Lecture de E : X = |−60 − 100| = 160 ≥ Y = 60, et Y (C-D) ne contient pas le premier point : cycle complet C-D, on retire C et D. Pile A B E : X = 200 ≥ Y = 120, Y contient A : demi-cycle A-B, on retire A. Pile B E ; lecture de F : X = 140 < Y = 200. Lecture de G : X = 80 < Y = 140. Lecture de H : X = 160 ≥ Y = 80 : cycle complet F-G, on retire F et G. Pile B E H : X = 220 ≥ Y = 200, Y contient B : demi-cycle B-E, on retire B. Pile E H ; lecture de I : X = 140 < Y = 220. Fin : demi-cycles résiduels E-H et H-I.
c)
| Cycle | Type | Δσ (MPa) | σm (MPa) |
|---|---|---|---|
| C-D | complet | 60 | (40 + 100)/2 = 70 |
| F-G | complet | 80 | (80 + 0)/2 = 40 |
| A-B | demi | 120 | 80 |
| B-E | demi | 200 | 40 |
| E-H | demi | 220 | 50 |
| H-I | demi | 140 | 90 |
Total : 2 cycles complets + 4 demi-cycles = 4 cycles ✅.
d) Le plus grand est le demi-cycle E-H, de 220 MPa : il relie le minimum absolu (E = −60) au maximum absolu (H = 160) ✅. En comptant naïvement les oscillations, on ne l'aurait jamais vu entier : il est « coupé » par la petite oscillation F-G.
Exercice 6 : grande ou petite fissure ? N1 et N2 · chapitre 6
Un acier a une ténacité KIC = 60 MPa·√m. Une fissure débouchante en surface a un facteur géométrique Y = 2 (convention du polycopié). La contrainte maximale du cycle vaut σmax = 150 MPa.
a) Calcule la longueur critique ac.
b) Les CND détectent les fissures à partir de 2 mm. Y a-t-il une marge entre la détection et la rupture ?
c) Que devient ac si σmax double ?
d) Pourquoi, dans un assemblage soudé, la propagation représente-t-elle presque toute la durée de vie ?
Voir la correction
a) Rupture quand σmax·Y·√ac = KIC, d'où ac = (KIC/(Y·σmax))² = (60/(2 × 150))² = (0,2)² = 0,04 m = 40 mm. Unités : (MPa·√m / MPa)² = (√m)² = m ✅.
b) Oui : la fissure est détectable à 2 mm et ne devient critique qu'à 40 mm, vingt fois plus. Il reste à savoir combien de cycles elle met pour passer de 2 à 40 mm : c'est ce que donnera la loi de Paris (cours 4), et c'est ce qui fixe l'intervalle entre deux inspections.
c) ac = (60/(2 × 300))² = (0,1)² = 0,01 m = 10 mm : quatre fois plus petite, car ac varie comme 1/σmax².
d) Le pied de cordon contient dès la fabrication de petits défauts (≈ 0,1 mm : inclusions, caniveaux), placés dans une zone de concentration de contrainte et de contraintes résiduelles de traction. La fissure n'a presque pas besoin de « naître » : l'amorçage est très court et toute la vie se passe à propager.
🏆 Défi : la poutre de roulement soudée N2 · chapitres 1 à 6
Un pont roulant (une grue d'atelier qui roule sur des rails) circule sur une poutre soudée en acier S355 (Re = 355 MPa). À chaque passage, la contrainte nominale au droit d'un raidisseur soudé varie de 20 à 80 MPa. Le pont roulant passe 40 fois par heure, 16 h par jour, 250 jours par an, pendant 25 ans. On suppose que ce détail relève de la classe FAT 80.
a) Calcule σm, σa, Δσ et R nominaux. Quelle est la famille du cycle ?
b) Au pied du cordon, les contraintes résiduelles atteignent environ Re. Estime σmax, σmin et R du cycle local après le premier passage (on néglige la concentration de contrainte). Quelle grandeur n'a pas changé ?
c) Combien de cycles le détail subit-il sur sa vie ? Compare à 2 × 10⁶.
d) Avant-goût du cours 2 : la courbe FAT 80 suit la loi Δσ³·N = constante, et passe par Δσ = 80 MPa à N = 2 × 10⁶ cycles. Quelle étendue le détail supporte-t-il à N = 4 × 10⁶ cycles ? Conclus, sans coefficient de sécurité.
Voir la correction
a) σm = (80 + 20)/2 = 50 MPa ; σa = (80 − 20)/2 = 30 MPa ; Δσ = 60 MPa ; R = 20/80 = 0,25 : contrainte ondulée de traction (famille d).
b) Au premier passage, contrainte résiduelle et contrainte appliquée s'ajoutent et dépassent Re : la matière plastifie localement, puis le cycle se cale sous Re. σmax,loc ≈ 355 MPa, σmin,loc ≈ 355 − 60 = 295 MPa, Rloc = 295/355 ≈ 0,83. La moyenne et R ont complètement changé ; seule l'étendue Δσ = 60 MPa est conservée.
c) N = 40 × 16 × 250 × 25 = 4 × 10⁶ cycles : deux fois la référence des classes FAT.
d) ΔσR³ × 4 × 10⁶ = 80³ × 2 × 10⁶, d'où ΔσR = 80 × (2/4)1/3 = 80 × 0,794 = 63,5 MPa. L'étendue appliquée (60 MPa) est juste inférieure : le détail tient, de justesse. Une vraie vérification ajoute des coefficients partiels de sécurité, qui peuvent faire basculer la conclusion (cours 2).
Morale : la note de calcul ne retient que Δσ et N, parce que les contraintes résiduelles effacent l'influence de la contrainte moyenne nominale.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 1
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Le trombone
La répétition casse ce que la charge seule ne casserait pas. Durée : t = N/f.
Le diapason
Au laboratoire, une note pure remplace le vacarme du chargement réel.
La goutte de pluie
Le rainflow découpe un signal réel en cycles (Δσ, σm). Le plus grand relie le maximum au minimum absolus.
La houle
m comme marée, a comme vague : deux grandeurs indépendantes suffisent.
Le surfeur
Du creux à la crête : l'étendue, double de l'amplitude. Les soudures se calculent en Δσ.
La règle de R
−1 balançoire, 0 crochet, entre 0 et 1 corde tendue, 1 statique ; au-delà de 1 ou sous −1, la compression domine.
La baguette
La surface travaille le plus. En flexion rotative, R = −1 à chaque tour ; f = n/60.
Le trou
Trou rond : Kt = 3 ; ellipse : 1 + 2a/b. En fatigue, la ductilité ne protège pas.
La pellicule
Six scènes, amorçage puis propagation. ac = (KIC/(Yσmax))². Dans une soudure, presque tout est propagation.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- a, ac
- Longueur d'une fissure (en m) ; ac : longueur critique, à laquelle la pièce casse brutalement.
- Alternance
- Montée ou descente entre deux extremums successifs, soit un demi-cycle. Le polycopié emploie aussi le mot au sens de « répétition ».
- Amorçage
- Phases 1 à 4 de la vie en fatigue : de la première déformation plastique locale jusqu'à une fissure détectable.
- Amplitude σa
- Écart entre la contrainte moyenne et la contrainte maximale d'un cycle ; « composante alternative » dans le polycopié.
- ASTM
- American Society for Testing and Materials : organisme de normalisation américain (norme E1049 pour le comptage des cycles).
- Axe neutre
- Ligne de la section où la contrainte de flexion est nulle ; la contrainte croît en s'en éloignant.
- Caniveau
- Défaut de soudage : sillon creusé dans la tôle le long du pied de cordon par la fusion, et non comblé.
- CND
- Contrôles non destructifs : ressuage, magnétoscopie, ultrasons, radiographie, courants de Foucault…
- Concentration de contrainte
- Augmentation locale de la contrainte autour d'un trou, d'une entaille, d'un changement de section ou d'un pied de cordon.
- Contrainte σ
- Force par unité de surface, en MPa ; positive en traction, négative en compression.
- Contraintes résiduelles
- Contraintes qui restent dans une pièce sans aucune charge extérieure, par exemple après le refroidissement d'une soudure.
- Cycle
- Aller-retour complet de la contrainte : deux alternances.
- d
- Diamètre d'un arbre rond, en mm.
- Δσ (étendue)
- « Delta sigma » : écart entre σmax et σmin, égal à 2σa ; « amplitude totale » dans le polycopié, stress range en anglais.
- Détensionnement
- Traitement thermique qui relâche les contraintes résiduelles d'une pièce soudée.
- EN 1993-1-9
- Eurocode 3, partie 1-9 : la norme européenne de calcul en fatigue des structures en acier.
- Endommagement
- Dégradation progressive et irréversible de la matière sous l'effet des cycles.
- Extremum (pic, vallée)
- Point où le signal change de sens : maximum local (pic) ou minimum local (vallée).
- f, Hz
- Fréquence des cycles, en hertz : 1 Hz = un cycle par seconde.
- F
- Effort axial (force), en N ou kN.
- FAT (classe)
- Catégorie de détail soudé : le nombre qui suit FAT est l'étendue Δσ, en MPa, supportée pendant 2 × 10⁶ cycles.
- Fatigue
- Endommagement, fissuration puis rupture sous chargement cyclique, avec des contraintes inférieures à Rm.
- Fatigue oligocyclique
- Fatigue à contraintes supérieures à Re, avec rupture en peu de cycles (moins d'environ 10⁴).
- Flexion rotative
- Essai ou situation où un arbre plié tourne : chaque point de la surface subit un cycle alterné symétrique par tour.
- Fluage
- Déformation lente et continue sous charge constante, surtout à haute température. Ne pas confondre avec la fatigue.
- IGz, IG
- Moment quadratique (flexion, πd⁴/64 pour un rond plein) et moment polaire (torsion, πd⁴/32), en mm⁴.
- IIW, IWE
- International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure ; International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.
- KI, KIC
- Facteur d'intensité de contrainte en mode I (ouverture), KI = σY√a ; ténacité, sa valeur critique. En MPa·√m.
- Kt, Kf
- Coefficient de concentration de contrainte (géométrique, σmax,loc/σnom) ; Kf : son effet réel en fatigue, un peu plus faible (cours 2).
- Macrofissure, microfissure
- Fissure assez grande pour être détectée (de l'ordre du mm) ; fissure à l'échelle d'un grain (quelques dizaines de µm).
- Mf, Mt
- Moment fléchissant et moment de torsion (couple), en N·m ou N·mm.
- MPa
- Mégapascal : 1 MPa = 10⁶ Pa = 1 N/mm².
- µm
- Micromètre (micron) : un millième de millimètre.
- N, Nr, Na, Np
- Nombre de cycles ; à rupture (durée de vie) ; d'amorçage ; de propagation. Ici N n'est pas l'effort normal de la RDM.
- n, tr/min
- Vitesse de rotation en tours par minute ; f = n/60.
- Pied de cordon
- Ligne de raccordement entre la surface d'un cordon de soudure et la tôle.
- π
- « Pi » : rapport du périmètre d'un cercle à son diamètre, ≈ 3,1416.
- Propagation
- Phases 5 et 6 : croissance de la fissure, cycle après cycle, jusqu'à la rupture brutale.
- Quasi statique
- Chargement assez lent pour que la vitesse n'ait pas d'effet (essai de traction).
- R
- Rapport de charge σmin/σmax, sans unité. À distinguer de Re, Rm et de la « courbe-R ».
- Re, Rm
- Limite d'élasticité et résistance à la traction, en MPa.
- Rainflow
- « Écoulement de la pluie » : méthode de comptage des cycles d'un signal aléatoire (Matsuishi et Endo, 1968 ; norme ASTM E1049).
- ρ, θ
- « Rhô » : distance d'un point au centre de l'arbre ; « thêta » : angle de rotation de l'arbre.
- S
- Aire d'une section, en mm².
- σmax, σmin, σm
- Contraintes maximale, minimale et moyenne d'un cycle, en MPa.
- sin
- Fonction sinus : elle oscille régulièrement entre −1 et +1.
- Spectre de chargement
- Résultat d'un comptage : nombre de cycles par classe d'étendue Δσ.
- t
- Temps, en s.
- τ
- « Tau » : contrainte de cisaillement (torsion), en MPa.
- TIG
- Tungsten Inert Gas : procédé de soudage à électrode de tungstène sous gaz inerte ; la refusion TIG améliore un pied de cordon.
- Tolérance aux dommages
- Principe de conception qui admet des fissures, à condition de les détecter par inspection avant qu'elles n'atteignent ac.
- Triaxial
- État de contrainte où les trois contraintes principales sont non nulles.
- W
- Module de flexion, en mm³ : W = IGz/v ; πd³/32 pour un rond plein.
- x
- Dans ce cours, le rapport σm/σa = (1 + R)/(1 − R).
- Y
- Facteur géométrique de la fissure, sans unité ; dans la convention du polycopié, il contient √π.
- ≈, ≫, ⟺
- « Environ égal à » ; « très grand devant » ; « équivaut à ».
Suis-je prêt pour la suite ?
Dix points à cocher de tête
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