Fatigue des métaux, série 1 : la vie d'une fissure

L'amorçage : la naissance d'une fissure

Cours3 sur 4 : l'amorçage des fissures de fatigue
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 et 2 ; le cercle de Mohr, Tresca et von Mises (série RDM)
À la fin tu saisexpliquer comment une fissure naît sous Re, et estimer si elle naîtra, puis si elle grandira

Comment une pièce qui ne dépasse jamais sa limite d'élasticité peut-elle se fissurer ? La réponse est cachée à l'échelle du grain, le petit cristal dont le métal est fait. Sous une contrainte moyenne modeste, quelques grains mal placés glissent quand même, un peu, à chaque cycle. Ces glissements ne reviennent pas tout à fait en arrière : ils sculptent la surface de creux et de saillies, puis l'un des creux s'ouvre en microfissure. Ce cours suit cette naissance pas à pas (polycopié, p. 4 à 7), puis montre comment on la prévoit par le calcul.

Le code couleur de la série

Orange : les actions extérieures, forces et moments.
Noir : les vecteurs et la géométrie dessinée (grains, contours).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers le soudage.

Avant de commencer

Le cours 2 en trois cases

palier · pente · plage
La courbe de Wöhler donne l'amplitude σa en fonction du nombre de cycles à rupture Nr : fatigue oligocyclique (σa > Re), endurance limitée, puis endurance illimitée sous la limite d'endurance σD.
σak·N = C
La loi de Basquin : une droite sur papier log-log. Multiplier la contrainte par λ divise la durée de vie par λk (k ≈ 10 pour l'acier lisse, 3 pour les soudures).
Kf = 1 + q(Kt − 1)
Une entaille divise la limite d'endurance par Kf. Un détail soudé se vérifie avec sa classe FAT : γFf·Δσ ≤ ΔσR(N)/γMf.
📘 Correspondance avec le polycopié de référence (Partie II : Fatigue). Ce cours couvre le § B « Amorçage des fissures de fatigue », pages 4 à 7, figures 5 à 10 :
Chapitre du coursPolycopié
1 Plastifier sous Rep. 4, § B.1, premier paragraphe
2 Pourquoi 45°p. 4, bandes de glissement, figure 5
3 Intrusions et extrusionsp. 4 et 5, figures 6 et 7
4 La fissure qui tournep. 5, figure 8 ; amorçage sur défauts internes
5 Wöhler à l'amorçage et fissures dormantesp. 6, § B.2.a, figures 9 et 10 ; hors poly diagramme de Kitagawa
6 Les critères d'amorçagep. 7, § B.2.b ; hors poly formules de von Mises et de Crossland
🔎 Quatre remarques de lecture

1. « À 45° de la contrainte » (p. 4). Le cisaillement est maximal à 45° de l'effort, mais chaque grain ne peut glisser que sur ses propres plans cristallins. Ce sont donc les grains dont les plans sont proches de 45° qui glissent les premiers (loi de Schmid, chapitre 2) : le 45° est une tendance statistique, pas un angle exact dans chaque grain.

2. Écrouissage, adoucissement, relaxation (p. 4) : ces trois mots sont définis au chapitre 1. Ils décrivent la façon dont les propriétés de surface changent sous les cycles.

3. Les fissures « dormantes » (p. 6, figure 10). Le polycopié en donne les causes physiques. Le diagramme de Kitagawa, hors polycopié, en donne une explication chiffrée (chapitre 5), en s'appuyant sur le seuil de propagation ΔKS du cours 4.

4. Des critères « basés sur la déformation plastique » (p. 7). Tresca, von Mises, Dang Van et Crossland s'écrivent en contraintes (cisaillement, pression hydrostatique) ; c'est leur justification physique qui repose sur le glissement plastique. Le polycopié les expose plus loin ; ce cours n'en donne qu'un aperçu chiffré.

🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(IWE : International Welding Engineer.) On a vu qu'une soudure brute ne passe presque pas de temps à « naître » : le pied de cordon contient déjà des défauts plus gros que la fissure qu'un métal lisse met des millions de cycles à fabriquer. Ce cours explique pourquoi, et il éclaire toutes les techniques d'amélioration des soudures (meulage, refusion TIG, martelage) : elles cherchent à rendre au pied de cordon une vraie phase d'amorçage, en supprimant les défauts ou en les mettant en compression.

La série en quatre cours

1 Le cycleLe décor : décrire ce qui se répète.
2 WöhlerL'espérance de vie d'une pièce, et les classes FAT.
3 L'amorçageLa naissance d'une fissure, grain par grain.
4 ParisLa croissance de la fissure jusqu'à la rupture.

Le plan du cours

  1. 1Plastifier sous Re

    Les microglissements de quelques grains, surtout en surface.

  2. 2Pourquoi 45°

    Le cisaillement maximal, la loi de Schmid et les bandes de glissement.

  3. 3Intrusions et extrusions

    Quand le glissement ne revient pas : la surface se sculpte.

  4. 4La fissure qui tourne

    Du stade I à 45° au stade II perpendiculaire ; l'amorçage sur défauts.

  5. 5Wöhler à l'amorçage et fissures dormantes

    Les domaines 1 à 4, et le diagramme de Kitagawa.

  6. 6Les critères d'amorçage

    Trouver le point critique, puis vérifier avec von Mises ou Crossland.

1

Plastifier sous Re

Les microglissements de quelques grains

🚇Image à retenirLe métro bondé : sous la même secousse, seuls quelques voyageurs mal placés trébuchent, surtout près des portes
👁 Niveau 1 : voir le métro bondé

Un métal n'est pas un bloc uniforme : c'est un assemblage de petits cristaux, les grains, de 10 à 100 µm environ (µm : micromètre, un millième de millimètre). Dans chaque grain, les atomes sont rangés en plans réguliers, et chaque grain a sa propre orientation, comme des voyageurs tournés dans tous les sens.

Pour déformer un grain de façon permanente, il faut faire glisser ses plans d'atomes les uns sur les autres, comme les cartes d'un jeu qu'on pousse. Ce glissement se fait grâce à des défauts mobiles du cristal, les dislocations : comme une ride qu'on fait courir dans un tapis pour le déplacer sans le soulever d'un coup.

La limite d'élasticité Re mesurée en traction est une moyenne : c'est la contrainte à laquelle la plupart des grains glissent. Mais dans la foule, certains grains sont tournés exactement comme il faut pour glisser facilement : ils commencent bien avant. Comme dans un métro bondé où, sous la même secousse, seuls quelques voyageurs mal placés trébuchent.

Où sont ces grains ? Surtout près de la surface, pour deux raisons données par le polycopié :

  • la surface est souvent le lieu des contraintes maximales (flexion, torsion, entailles : cours 1) ;
  • un grain de surface n'a de voisins que d'un côté : il est moins tenu, moins « confiné », et se déforme plus librement. Comme le voyageur près des portes, qui n'a personne pour le retenir.

Ces microglissements se produisent à l'échelle de quelques grains. Vus de loin, ils sont réversibles et invisibles : la pièce ne change pas de forme. Mais ils modifient déjà les propriétés de la surface.

Manipulation 1 : la carte des grains

Une coupe de métal tirée horizontalement, la surface en haut. Les traits fins dans chaque grain montrent l'orientation de ses plans de glissement. Augmente l'amplitude : les grains qui glissent se colorent. Ici Re = 400 MPa et σD = 270 MPa.

🎓 Niveau 2 : maîtriser le vocabulaire de la plasticité
📖 Polycristal, grain, joint de grains : un métal courant est un polycristal, assemblage de cristaux appelés grains, chacun avec sa propre orientation ; la frontière entre deux grains est un joint de grains.
📖 Dislocation : défaut linéaire du cristal, une rangée d'atomes « en trop » ou décalée, dont le déplacement fait glisser un plan d'atomes sur son voisin. La déformation plastique est le résultat du mouvement de milliards de dislocations.
📖 Système de glissement : couple formé d'un plan de glissement (un plan dense d'atomes) et d'une direction de glissement dans ce plan. Un grain ne peut glisser que sur ses propres systèmes.
📖 Microglissements (polycopié, p. 4) : petite déformation plastique localisée dans certains grains, alors que la contrainte macroscopique (celle que calcule la RDM, résistance des matériaux) reste inférieure à Re.

Le polycopié note que ces microglissements modifient les propriétés macroscopiques de la surface. Trois mots à connaître :

  • écrouissage cyclique : la matière durcit au fil des cycles (les dislocations s'enchevêtrent et se gênent) ; c'est le cas des métaux recuits, initialement mous ;
  • adoucissement cyclique : la matière s'affaiblit au fil des cycles (les obstacles aux dislocations se réarrangent) ; c'est le cas de métaux déjà durcis, écrouis à froid ou trempés ;
  • relaxation des contraintes résiduelles : les contraintes résiduelles (celles qui existent sans charge extérieure) diminuent, parce que la petite plastification locale les « consomme ».
💡 Ordres de grandeur. Taille de grain : 10 à 50 µm pour un acier de construction, plus dans une zone fondue de soudure ou un métal moulé. Un cheveu mesure environ 70 µm. Les microglissements de fatigue touchent donc une épaisseur comparable à celle d'un cheveu.
⚠️ Piège : « sous Re, donc élastique partout ». C'est vrai pour la pièce dans son ensemble, faux pour chaque grain. La fatigue en endurance limitée est justement une affaire de plasticité locale sous une contrainte globale élastique.
🧠 Mnémotechnique : « Re est une moyenne, la fatigue est une exception ». La moyenne décide de la forme de la pièce ; l'exception, de sa durée de vie.
🔥 Relaxation et améliorations des soudures

Le martelage ou le grenaillage d'un pied de cordon y créent des contraintes résiduelles de compression, qui retardent l'amorçage. Mais sous de fortes charges, la plastification locale peut les relaxer, et le gain disparaît. C'est pourquoi les recommandations IIW (International Institute of Welding) n'accordent ces bonus que sous conditions, notamment de niveau de contrainte maximale.

2

Pourquoi 45°

Cisaillement maximal, loi de Schmid, bandes de glissement

📐Image à retenirL'équerre à 45° : dans une barre tendue, c'est le plan en biais qui est le plus cisaillé
👁 Niveau 1 : voir la coupe en biais

Coupe en pensée une barre tendue par un plan perpendiculaire à l'effort : sur ce plan, la contrainte est purement normale, elle tend à écarter les deux morceaux. Incline maintenant le plan : une partie de l'effort tend à faire glisser un morceau sur l'autre. C'est le cisaillement τ (« tau »). Il est nul pour le plan droit, nul pour un plan parallèle à l'effort, et maximal pour le plan à 45°, où il vaut la moitié de la contrainte de traction.

Or un glissement plastique a besoin de cisaillement. En traction-compression, les grains glissent donc préférentiellement sur des plans proches de 45° de l'effort (polycopié, p. 4). Chaque grain a ses propres plans : ceux qui sont bien orientés glissent, les autres attendent.

Après quelques milliers de cycles, ces glissements laissent des traces sur la surface polie : de fines lignes parallèles, les bandes de glissement (figure 5 du polycopié : un acier observé au microscope à force atomique, un superalliage base nickel au microscope électronique à balayage).

Manipulation 2 : le plan qui tourne

Une barre tendue à σ = 240 MPa. Fais tourner le plan de coupe : la contrainte normale σn et le cisaillement τ sur ce plan changent. Le cercle de Mohr montre les mêmes valeurs.

🎓 Niveau 2 : maîtriser contraintes sur un plan et loi de Schmid

Barre en traction simple σ ; un plan dont la normale fait l'angle θ avec l'axe de l'effort porte :

σn = σ·cos²θτ = σ·sin θ·cos θ = σ2·sin 2θ

τ est maximal pour sin 2θ = 1, soit θ = 45° : τmax = σ/2

Ces valeurs se lisent sur le cercle de Mohr (série RDM, cours 4) : centre σ/2, rayon σ/2 ; le point du plan d'angle θ est vu sous l'angle 2θ depuis le centre. Le sommet du cercle donne τmax = σ/2.

La loi de Schmid hors poly

Dans un grain, ce qui compte est le cisaillement résolu sur son système de glissement : la part de τ qui agit sur son plan, dans sa direction.

τr = σ·cos φ·cos λ = mS·σ

φ (« phi ») : angle entre l'effort et la normale au plan de glissement ; λ (« lambda ») : angle entre l'effort et la direction de glissement

Le facteur de Schmid mS = cos φ·cos λ vaut au plus 0,5, atteint pour φ = λ = 45°. Le grain glisse dès que τr atteint sa scission critique τc, une propriété du cristal. Les grains de mS proche de 0,5 glissent donc les premiers.

Exemple. σ = 200 MPa ; un grain à φ = λ = 45° (mS = 0,5) voit τr = 100 MPa ; un grain dont le plan est presque parallèle à l'effort (φ = 80°, λ = 10°, mS = 0,171) ne voit que 34 MPa.

Et en torsion ?

En torsion pure, le cisaillement maximal agit sur les plans transversaux et longitudinaux de l'arbre, et la contrainte normale maximale sur les plans à 45°. Les premiers glissements (et les microfissures de stade I) suivent donc l'axe ou la section droite ; la fissure qui grandit ensuite s'oriente à 45°, en hélice (chapitre 4).

⚠️ Piège : quel angle ? Certains ouvrages repèrent le plan par sa normale (comme ici), d'autres par sa trace. Pour le cisaillement maximal, cela ne change rien (45° dans les deux cas) ; pour σn, si : vérifie toujours la définition de l'angle.
💡 Microscopes : le microscope à force atomique (AFM) palpe la surface avec une pointe très fine et en donne le relief en 3D, à l'échelle du nanomètre ; le microscope électronique à balayage (MEB) balaie la surface avec un faisceau d'électrons et en donne une image très grossie, avec un grand relief apparent.
🧠 Mnémotechnique : « la moitié à mi-chemin » : à mi-chemin entre 0° et 90°, le cisaillement vaut la moitié de la traction.
🔥 Le pied de cordon, un état multiaxial

Au pied d'un cordon, l'effort nominal se combine à la géométrie et aux contraintes résiduelles : les contraintes y sont multiaxiales, et les plans les plus cisaillés ne sont pas forcément à 45° de la tôle. Les fissures de pied de cordon démarrent pourtant presque toujours le long du pied, puis plongent perpendiculairement à la contrainte principale de traction.

3

Intrusions et extrusions

Quand le glissement ne revient pas

🃏Image à retenirLe jeu de cartes poussé d'avant en arrière : certaines cartes ne reviennent pas et dépassent, d'autres se creusent
👁 Niveau 1 : voir le jeu de cartes

Pose un jeu de cartes incliné sur la table et pousse-le d'avant en arrière. Si toutes les cartes reviennent exactement à leur place, le jeu redevient parfaitement net : c'est le cas réversible (figure 6a du polycopié). En traction, des lamelles de métal glissent vers l'extérieur ; en compression, les mêmes lamelles reviennent par le même chemin, et la surface redevient plane.

Dans la réalité, le retour ne se fait pas tout à fait par le même chemin : une carte revient un peu moins loin, sa voisine un peu plus. Au fil des cycles, des lamelles sortent de la surface et d'autres s'y enfoncent : ce sont les extrusions et les intrusions (figure 6b, et figure 7 sur une éprouvette de cuivre). C'est le cas irréversible.

Une intrusion, c'est une entaille microscopique : un sillon étroit et profond de quelques micromètres. Et une entaille concentre la contrainte (cours 1). Au fond de l'intrusion, la contrainte locale devient assez forte pour ouvrir une microfissure (figure 6b).

Manipulation 3 : les cartes qui glissent

Une coupe près de la surface : les lamelles inclinées à 45° sont des plans de glissement actifs. Lance les cycles en mode réversible, puis irréversible, et regarde le profil de la surface.

🎓 Niveau 2 : maîtriser irréversibilité et concentration
📖 Extrusion, intrusion : relief de surface créé par l'accumulation de glissements irréversibles ; une extrusion est une lamelle de métal qui dépasse de la surface, une intrusion un sillon qui s'y enfonce. Hauteurs typiques : de quelques dixièmes à quelques micromètres.
📖 Bande de glissement persistante hors poly (en anglais persistent slip band, PSB) : bande étroite d'un grain où le glissement se concentre cycle après cycle. Si on polit la surface pour effacer les traces puis qu'on reprend les cycles, les bandes réapparaissent au même endroit : d'où le mot « persistante ». C'est le siège des intrusions et des extrusions.

Pourquoi le glissement ne revient-il pas ? Plusieurs raisons s'ajoutent : les dislocations s'accrochent les unes aux autres et ne repartent pas toutes par le même plan ; certaines changent de plan (glissement dévié) ; et la marche fraîchement créée en surface s'oxyde aussitôt à l'air, ce qui l'empêche de se refermer exactement. Sous vide, les durées de vie en fatigue sont d'ailleurs souvent plus longues qu'à l'air.

L'intrusion, une entaille

Pour une entaille de profondeur a et de rayon à fond d'entaille ρ, la formule d'Inglis du cours 1 (Kt = 1 + 2a/b, ellipse de demi-axes a et b) se réécrit avec ρ = b²/a :

Kt = 1 + 2√a√ρ

plus l'entaille est profonde et aiguë, plus la concentration est forte

Exemple. Intrusion de 3 µm de profondeur et de 0,5 µm de rayon : Kt = 1 + 2√(3/0,5) = 1 + 2 × 2,45 ≈ 5,9. Sous σ = 150 MPa, la contrainte locale atteint environ 885 MPa : bien au-delà de Re, une microfissure peut s'ouvrir.

💡 Le poli miroir. Polir une surface supprime les rayures d'usinage, qui jouent le même rôle que des intrusions toutes faites. C'est pourquoi les éprouvettes de laboratoire sont polies, et pourquoi le coefficient d'état de surface du cours 2 vaut 1 pour une surface polie et environ 0,8 pour une surface usinée.
⚠️ Piège : « réversible à l'échelle de la pièce » ne veut pas dire « réversible à l'échelle du grain ». La pièce reprend sa forme à chaque cycle, mais les marches de surface, elles, s'accumulent.
🧠 Mnémotechnique : « EXtrusion vers l'EXtérieur, INtrusion vers l'INtérieur ».
🔥 Le pied de cordon a déjà ses intrusions

Un pied de cordon brut présente des micro-entailles de laitier, des ondulations et parfois des caniveaux (sillons creusés le long du pied par la fusion), de 0,05 à quelques dixièmes de millimètre : bien plus profonds que les intrusions qu'un métal poli met des millions de cycles à creuser. Le meulage (fraise ou meule le long du pied) et la refusion TIG (Tungsten Inert Gas : on refond le pied avec une électrode de tungstène sous gaz inerte, sans métal d'apport) visent justement à effacer ces entailles et à adoucir le raccordement.

4

La fissure qui tourne

De la microfissure à 45° à la macrofissure perpendiculaire

↪️Image à retenirLe randonneur : il suit d'abord un sentier en biais, puis coupe tout droit dans la pente
👁 Niveau 1 : voir le sentier en biais, puis la ligne droite

La microfissure née au fond d'une intrusion suit d'abord le chemin le plus facile : le plan de glissement, incliné à environ 45° de l'effort (polycopié, p. 5). Elle reste à l'échelle d'un ou deux grains ; chaque joint de grains, où l'orientation change, la freine ou la dévie.

En traction-compression, la fissure finit par tourner et devenir perpendiculaire à la surface, c'est-à-dire perpendiculaire à la contrainte qui l'ouvre (figure 8 du polycopié, sur une éprouvette d'aluminium grossie 300 fois). Elle traverse alors les grains en ligne presque droite. C'est le passage de la microfissure, à l'échelle du grain, à la macrofissure, qui obéira à la mécanique de la rupture (cours 4).

Toutes les fissures ne partent pas de la surface. Elles peuvent aussi naître dans le volume, autour de défauts préexistants : pores (petites bulles de gaz), inclusions (particules étrangères : oxydes, sulfures, laitier), interfaces diverses (entre deux phases, sous un revêtement). Autour de ces défauts, une déformation plastique très localisée joue le même rôle que les bandes de glissement en surface.

Manipulation 4 : le chemin de la fissure

Choisis l'origine de la fissure puis fais-la grandir. L'effort est horizontal. Observe le changement de direction au premier joint de grains.

🎓 Niveau 2 : maîtriser stades I et II, modes de fissuration
📖 Stade I et stade II hors poly (vocabulaire introduit par P. J. E. Forsyth, 1961) : le stade I est la propagation de la microfissure le long des plans de glissement, à environ 45° de l'effort, sur un à quelques grains ; le stade II est la propagation perpendiculaire à la contrainte principale de traction, à travers les grains.
📖 Les trois modes de fissuration : mode I, ouverture (les lèvres s'écartent, sous une traction perpendiculaire au plan de fissure) ; mode II, glissement plan (les lèvres glissent l'une sur l'autre dans la direction de propagation) ; mode III, glissement anti-plan (les lèvres glissent parallèlement au front, comme des ciseaux). Le stade I est dominé par le cisaillement (modes II et III), le stade II par le mode I.
📖 Transgranulaire, intergranulaire : une fissure transgranulaire traverse les grains ; une fissure intergranulaire suit les joints de grains. En fatigue des métaux, la propagation est essentiellement transgranulaire (polycopié, p. 7).

Pourquoi la fissure tourne-t-elle ? Tant qu'elle est plus petite qu'un grain, sa pointe « voit » la cristallographie : elle avance là où le glissement est facile. Quand elle devient longue, la concentration de contrainte à sa pointe domine : elle avance là où sa pointe est le plus ouverte, c'est-à-dire perpendiculairement à la contrainte principale maximale. Le stade I occupe souvent une grande part de la durée de vie d'une éprouvette lisse, même s'il ne couvre que quelques dizaines de micromètres.

Surface ou volume ? En endurance classique, l'amorçage se fait presque toujours en surface. Il passe dans le volume quand la surface a été renforcée (grenaillage, cémentation, nitruration) ou aux très grands nombres de cycles : c'est l'« œil de poisson » autour d'une inclusion, vu au cours 2.

⚠️ Piège : la direction d'une fissure renseigne sur l'effort. Une macrofissure de fatigue est perpendiculaire à la contrainte principale de traction : une fissure transversale sur un arbre trahit de la flexion, une fissure en hélice à 45° de la torsion. C'est la base de l'expertise des ruptures.
🧠 Mnémotechnique : « I comme Incliné ; II comme deux piquets bien droits » : le stade I suit la pente à 45°, le stade II plonge à angle droit de l'effort.
🔥 Les défauts de soudage, des amorces toutes prêtes

Porosités, inclusions de laitier, manques de fusion, caniveaux, fissures à froid : chacun de ces défauts est un site d'amorçage interne ou de surface. Les fissures de fatigue des assemblages soudés partent surtout du pied de cordon et, pour les soudures à pénétration partielle, de la racine. La norme de qualité des soudures ISO 5817 contient une annexe pour les assemblages sollicités en fatigue, qui relie les niveaux de qualité exigés aux classes FAT visées.

5

Wöhler à l'amorçage et fissures dormantes

Quatre domaines, et une fissure qui s'endort

😴Image à retenirLa graine sur un rocher : elle germe, pousse un peu, puis s'arrête faute de terre
👁 Niveau 1 : voir deux courbes au lieu d'une

Il est possible, mais difficile, de repérer l'apparition des premières microfissures pendant un essai (microscope, répliques de la surface). On peut alors tracer une seconde courbe de Wöhler, la courbe à l'amorçage, à côté de la courbe à rupture (figure 9 du polycopié). Elle est forcément à gauche : on se fissure toujours avant de casser. Elle partage le diagramme en trois domaines :

  • domaine 1, à gauche de la courbe d'amorçage : non fissuré ;
  • domaine 2, entre les deux courbes : fissuré, pas encore rompu ;
  • domaine 3, à droite de la courbe de rupture : rompu.

Plus surprenant : on observe parfois que la courbe d'amorçage passe aussi en dessous de la courbe de rupture (figure 10), avec une limite d'endurance à l'amorçage σDi plus basse que σD. Entre les deux apparaît un domaine 4 : la pièce est microfissurée, parfois sur plusieurs centaines de micromètres, mais les fissures deviennent dormantes et ne conduiront jamais à la rupture. Comme une graine tombée sur un rocher : elle germe, pousse un peu, puis s'arrête faute de terre.

Le polycopié cite trois situations où cela arrive : des contraintes résiduelles de surface (une compression qui « serre » la fissure), un matériau aux propriétés différentes en surface et à cœur (surface traitée), et des géométries complexes à fortes concentrations de contraintes (la fissure naît au fond d'une entaille aiguë, puis sort de la zone surchargée).

Manipulation 5 : les quatre domaines

Place un point (σa, N) avec les deux curseurs : le domaine où il tombe s'affiche. Bascule entre la figure 9 et la figure 10 du polycopié.

🎓 Niveau 2 : maîtriser le diagramme de Kitagawa hors poly

Pourquoi une fissure s'endort-elle ? Une fissure longue se propage si son étendue du facteur d'intensité de contrainte dépasse un seuil (simple rappel ; le cours 4 détaille tout) :

ΔK = Δσ·Y·√a ≥ ΔKS

ΔK en MPa·√m ; a, longueur de fissure, en m ; Y, facteur géométrique sans unité (≈ 2 pour une petite fissure de surface, dans la convention du polycopié qui y inclut √π) ; ΔKS : seuil de fissuration

Une fissure très courte, elle, n'est arrêtée que si l'étendue de contrainte reste sous la limite d'endurance ΔσD = 2σD. En 1976, Kitagawa et Takahashi ont réuni les deux conditions sur un même diagramme (log Δσ en fonction de log a) : la frontière est une horizontale à ΔσD pour les fissures courtes, puis la droite Δσ = ΔKS/(Y√a) pour les fissures longues. Les deux se croisent pour la longueur caractéristique :

a0 = (ΔKSY·ΔσD)²

souvent de l'ordre de la taille de grain, quelques dizaines à quelques centaines de µm

Exemple. Acier avec ΔKS = 7 MPa·√m et ΔσD = 380 MPa (à R = 0), Y = 2 : a0 = (7/(2 × 380))² = (0,00921)² = 8,5 × 10⁻⁵ m ≈ 85 µm. Une fissure de 0,5 mm ne se propage que si Δσ ≥ 7/(2 × √0,0005) ≈ 157 MPa.

Lecture des fissures dormantes. Au fond d'une entaille aiguë, la contrainte locale Kt·Δσ dépasse ΔσD : une fissure s'amorce (on a quitté le domaine 1). Mais en grandissant, elle sort de la petite zone surchargée ; son ΔK, calculé avec la contrainte nominale, reste sous ΔKS : elle s'arrête. Le point de fonctionnement est sous la frontière de Kitagawa : c'est le domaine 4.

Manipulation 5 bis : le diagramme de Kitagawa

Règle la longueur de la fissure et l'étendue de contrainte : sous la frontière, la fissure dort ; au-dessus, elle se propage. La courbe en tirets est la version lissée d'El Haddad, plus proche des essais près de a0.

🎓 Niveau 2, suite pièges et métier
⚠️ Piège : « dormante » ne veut pas dire « inoffensive pour toujours ». Une surcharge, une corrosion qui creuse la fissure, ou une relaxation des contraintes résiduelles peuvent la réveiller. On ne compte sur des fissures dormantes en conception qu'avec une justification solide.
⚠️ Piège : la courbe d'amorçage dépend de ce qu'on appelle « fissure ». Un amorçage détecté à 10 µm et un amorçage détecté à 0,5 mm ne donnent pas la même courbe. Toujours préciser la taille de détection.
💡 Petites fissures. Sous a0, les fissures « courtes » se propagent parfois plus vite que ne le prédit ΔK, puis ralentissent aux joints de grains : leur comportement est irrégulier, dominé par la microstructure. C'est une zone de recherche active.
🧠 Mnémotechnique : « courte, c'est σ qui décide ; longue, c'est K qui décide ». La frontière passe à a0.
🔥 Un défaut de soudure plus grand que a0

Un caniveau ou une inclusion de laitier de 0,1 à 0,3 mm au pied d'un cordon dépasse largement a0. Le défaut se comporte d'emblée comme une fissure longue, régie par ΔK : pas de phase d'amorçage, et une durée de vie qui ne dépend presque pas de la limite d'endurance de l'acier. Pour qu'un défaut s'endorme, il faut réduire Δσ, réduire sa taille (meulage) ou le mettre en compression (martelage).

6

Les critères d'amorçage

Trouver le point critique, puis le vérifier

🗺️Image à retenirLa carte au trésor : on calcule les contraintes partout, puis on cherche la croix où le critère est le plus près d'être atteint
👁 Niveau 1 : voir la carte au trésor

Quand on connaît les sollicitations subies par une pièce, on peut chercher où et quand elle va s'amorcer (polycopié, p. 7). La démarche est toujours la même :

  1. calculer les contraintes en tout point de la pièce : par la RDM (résistance des matériaux), la MMC (mécanique des milieux continus) ou les éléments finis (calcul numérique qui découpe la pièce en milliers de petits morceaux) ;
  2. en chaque point, calculer la valeur d'un critère d'amorçage : un nombre qui résume l'état de contrainte cyclique ;
  3. chercher les points critiques, là où ce critère est le plus grand ;
  4. comparer à un seuil mesuré par l'expérience : en dessous, l'amorçage est impossible (c'est la limite d'endurance à l'amorçage) ; au-dessus, il se produira au bout d'un certain nombre de cycles (10⁴, 10⁵, 10⁶…).

Puisque l'amorçage naît de glissements plastiques, les critères s'inspirent de la plasticité : Tresca et von Mises (que tu connais pour la limite d'élasticité), et deux critères conçus pour la fatigue, Crossland et Dang Van. Ces deux derniers ajoutent un ingrédient : la pression hydrostatique, la partie de la contrainte qui « gonfle » ou « comprime » la matière sans la cisailler. Une traction qui ouvre les microfissures aggrave la fatigue ; une compression la soulage.

Enfin, selon le matériau, les concentrations de contrainte, le chargement et l'état de surface, l'amorçage représente une part plus ou moins grande de la vie totale : négligeable ou au contraire prépondérante.

Manipulation 6 : von Mises et Crossland sur un arbre

Un point de la surface d'un arbre subit une flexion alternée σa (avec une moyenne σm) et une torsion alternée τa, en phase. Acier : limite en flexion alternée f−1 = 270 MPa, en torsion alternée t−1 = 170 MPa. À gauche, le plan de Crossland ; à droite, les amplitudes admissibles.

🎓 Niveau 2 : maîtriser deux critères en pratique hors poly

L'amplitude équivalente de von Mises

Pour une contrainte normale σa et un cisaillement τa alternés et en phase (moyennes nulles), on se ramène à une contrainte uniaxiale équivalente, comparée à la limite d'endurance en flexion f−1 (l'indice −1 rappelle R = −1) :

σeq,a = √(σa² + 3τa²) ≤ f−1

Tresca donne √(σa² + 4τa²), plus prudent

Le critère de Crossland

Il combine l'amplitude de cisaillement « moyen » de l'état de contrainte, √J2,a, et la pression hydrostatique maximale du cycle, Pmax :

√J2,a + α·Pmax ≤ β

α = 3t−1/f−1 − √3 ; β = t−1 (deux essais suffisent pour régler le critère)

√J2,a
amplitude du second invariant du déviateur (J2 mesure la part « cisaillante » de l'état de contrainte, celle qu'utilise von Mises). Pour σ et τ en phase : √J2,a = √(σa²/3 + τa²)
Pmax
pression hydrostatique maximale : moyenne des trois contraintes normales, P = (σ1 + σ2 + σ3)/3 ; pour une flexion : Pmax = (σm + σa)/3

D'où viennent α et β ? En torsion alternée pure à la limite (τa = t−1, P = 0) : √J2,a = t−1, donc β = t−1. En flexion alternée pure à la limite (σa = f−1) : √J2,a = f−1/√3 et Pmax = f−1/3 ; en écrivant f−1/√3 + α·f−1/3 = t−1, on trouve α.

Exemple (réglage initial de la manipulation, proche de l'exercice 5) : f−1 = 270, t−1 = 170 MPa, donc α = 3 × 170/270 − 1,732 = 0,157 et β = 170 MPa. Avec σa = 150 et τa = 55 MPa : √J2,a = √(7 500 + 3 025) = 102,6 MPa, Pmax = 50 MPa, critère 102,6 + 0,157 × 50 = 110,4 ≤ 170 ✅ : coefficient de sécurité 170/110,4 ≈ 1,54. Von Mises : √(150² + 3 × 55²) = 177,7 MPa ≤ 270 ✅ (1,52).

💡 Dang Van, en une phrase : il vérifie à chaque instant du cycle que le cisaillement à l'échelle des grains τ(t), ajouté à a·p(t) (p : pression hydrostatique instantanée, a : constante), reste sous une limite b. Il est très utilisé dans l'automobile et le ferroviaire, avec les éléments finis.
⚠️ Piège : la phase. Les formules simples ci-dessus supposent σ et τ en phase. Si la flexion et la torsion sont décalées dans le temps (chargement déphasé), les plans les plus sollicités tournent pendant le cycle : il faut les critères complets.
⚠️ Piège : un critère d'amorçage ne dit rien de la propagation. Il répond à « une fissure va-t-elle naître ? ». Pour une pièce soudée ou déjà fissurée, la question pertinente est « va-t-elle grandir, et à quelle vitesse ? » : c'est le cours 4.
🧠 Mnémotechnique : « Crossland, c'est von Mises plus la pression » : le cisaillement fait glisser, la pression de traction aide à ouvrir.
🔥 La méthode de la contrainte d'entaille effective (IIW)

Pour les soudures, on peut aussi calculer la contrainte locale au pied ou à la racine du cordon par éléments finis, en arrondissant fictivement le raccordement avec un rayon de 1 mm, puis la comparer à une courbe unique (FAT 225 pour l'acier, en contrainte principale). Cette méthode, décrite dans les recommandations IIW, transpose l'idée du « point critique » aux assemblages soudés de géométrie complexe.

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, du grain au pied de cordon

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi papier, crayon, calculatrice

Cherche chaque question avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Les manipulations 2, 5 bis et 6 permettent de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : quels grains glissent ? N1 · chapitres 1 et 2

Une éprouvette est tendue à σ = 200 MPa. Quatre grains ont leur plan de glissement orienté de sorte que l'angle φ entre l'effort et la normale au plan vaut 30°, 45°, 60° et 80° ; la direction de glissement est dans le plan de la figure, donc λ = 90° − φ. La scission critique vaut τc = 90 MPa.

a) Calcule le facteur de Schmid mS de chaque grain.

b) Calcule le cisaillement résolu τr dans chaque grain.

c) Quels grains glissent ?

d) Quelle contrainte faudrait-il pour faire glisser le grain à 80° ? Conclus.

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a) Avec λ = 90° − φ, cos λ = sin φ, donc mS = cos φ·sin φ = sin 2φ/2. φ = 30° : 0,433 ; 45° : 0,500 ; 60° : 0,433 ; 80° : 0,171.

b) τr = mS·σ : 86,6 ; 100 ; 86,6 ; 34,2 MPa.

c) Seul le grain à 45° atteint τc = 90 MPa (100 ≥ 90). Les grains à 30° et 60° sont proches (86,6 MPa) : ils glisseraient à peine plus haut, à σ = 90/0,433 ≈ 208 MPa.

d) σ = τc/mS = 90/0,171 ≈ 526 MPa, bien au-delà de Re = 400 MPa : en endurance, ce grain ne glissera jamais. La fatigue est l'affaire des grains bien orientés.

Exercice 2 : la barre coupée en biais N1 · chapitre 2

Une barre est tendue à σ = 240 MPa.

a) Calcule σn et τ sur les plans dont la normale fait θ = 0°, 30°, 45°, 60° et 90° avec l'effort.

b) Où le cisaillement est-il maximal, et combien vaut-il ?

c) Donne le centre et le rayon du cercle de Mohr.

d) En torsion pure, où agissent le cisaillement maximal et la contrainte normale maximale ? Quelle orientation attendre pour une macrofissure ?

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a) σn = σ cos²θ, τ = σ sin θ cos θ :

θ0°30°45°60°90°
σn (MPa)240180120600
τ (MPa)0103,9120103,90

b) À θ = 45° : τmax = σ/2 = 120 MPa.

c) Centre σ/2 = 120 MPa, rayon σ/2 = 120 MPa : le cercle passe par 0 et par 240 MPa.

d) En torsion, le cisaillement maximal agit sur les plans transversaux et longitudinaux ; la contrainte normale maximale (égale à τ) sur les plans à 45°. Les premiers glissements suivent l'axe ou la section ; la macrofissure, perpendiculaire à la contrainte principale de traction, prend une forme d'hélice à 45°.

Exercice 3 : l'intrusion et la rayure N1 · chapitre 3

a) Une intrusion a 3 µm de profondeur et un rayon de fond de 0,5 µm. Calcule son Kt.

b) Quelle contrainte locale atteint-on pour σ = 150 MPa ? Compare à Re = 400 MPa.

c) Après polissage, il ne reste que des rayures de 0,5 µm de profondeur et de 1 µm de rayon. Reprends a) et b).

d) Pourquoi le polissage n'empêche-t-il pas la fatigue, mais la retarde-t-il ?

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a) Kt = 1 + 2√(a/ρ) = 1 + 2√(3/0,5) = 1 + 2 × 2,449 ≈ 5,9.

b) σloc ≈ 5,9 × 150 ≈ 885 MPa, plus de deux fois Re : la matière plastifie au fond de l'intrusion à chaque cycle, une microfissure peut s'y ouvrir.

c) Kt = 1 + 2√(0,5/1) = 1 + 1,414 ≈ 2,4 ; σloc ≈ 2,4 × 150 ≈ 362 MPa, sous Re.

d) Le polissage supprime les entailles toutes faites, mais les cycles en recréent : les bandes de glissement creusent leurs propres intrusions. Il faut alors des milliers de cycles supplémentaires pour fabriquer ces entailles : la phase d'amorçage s'allonge.

Exercice 4 : dormir ou grandir N2 · chapitre 5

Un acier a un seuil de fissuration ΔKS = 7 MPa·√m et une limite d'endurance en étendue ΔσD = 380 MPa (à R = 0). On prend Y = 2 (petite fissure de surface, convention du polycopié).

a) Calcule la longueur caractéristique a0 de Kitagawa.

b) Une fissure de 30 µm subit Δσ = 350 MPa. Se propage-t-elle ?

c) Une fissure de 0,5 mm subit Δσ = 200 MPa. Se propage-t-elle ?

d) Sous Δσ = 200 MPa, quelle est la plus grande fissure qui reste dormante ?

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a) a0 = (ΔKS/(Y·ΔσD))² = (7/(2 × 380))² = (0,00921)² ≈ 8,5 × 10⁻⁵ m ≈ 85 µm.

b) a = 30 µm < a0 : c'est une fissure courte, la frontière est ΔσD = 380 MPa. Comme 350 < 380, elle ne se propage pas : elle dort.

c) a = 0,5 mm > a0 : fissure longue, la frontière vaut ΔKS/(Y√a) = 7/(2 × √0,0005) = 7/(2 × 0,02236) ≈ 157 MPa. Comme 200 > 157, elle se propage. Contrôle : ΔK = 200 × 2 × 0,02236 ≈ 8,9 MPa·√m > 7 ✅.

d) a = (ΔKS/(Y·Δσ))² = (7/(2 × 200))² = (0,0175)² ≈ 3,1 × 10⁻⁴ m ≈ 0,31 mm.

Exercice 5 : flexion et torsion combinées N2 · chapitre 6

Sur un banc d'essai, un arbre rond plein de diamètre d = 30 mm, qui ne tourne pas, subit un moment de flexion alterné d'amplitude Mfa = 400 N·m et un couple de torsion alterné d'amplitude Mta = 300 N·m, en phase. L'acier a f−1 = 270 MPa et t−1 = 170 MPa.

a) Calcule σa et τa en surface (W = πd³/32, Wp = πd³/16).

b) Calcule l'amplitude équivalente de von Mises et le coefficient de sécurité.

c) Applique le critère de Crossland et calcule le coefficient de sécurité.

d) Que donne Tresca ? Classe les trois critères du plus prudent au moins prudent.

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a) W = π × 30³/32 = 2 651 mm³ ; σa = 400 000/2 651 = 150,9 MPa. Wp = π × 30³/16 = 5 301 mm³ ; τa = 300 000/5 301 = 56,6 MPa.

b) σeq,a = √(150,9² + 3 × 56,6²) = √(22 771 + 9 611) = 179,9 MPa ; coefficient 270/179,9 = 1,50.

c) α = 3 × 170/270 − √3 = 1,889 − 1,732 = 0,157 ; β = 170 MPa. √J2,a = √(150,9²/3 + 56,6²) = √(7 590 + 3 204) = 103,9 MPa ; Pmax = 150,9/3 = 50,3 MPa. Critère : 103,9 + 0,157 × 50,3 = 111,8 MPa ≤ 170 ✅ ; coefficient 170/111,8 = 1,52.

d) Tresca : √(150,9² + 4 × 56,6²) = 188,6 MPa, coefficient 270/188,6 = 1,43. Du plus prudent au moins prudent : Tresca (1,43), von Mises (1,50), Crossland (1,52). Ici, avec une moyenne nulle, les trois sont proches ; Crossland se distingue quand il y a une contrainte moyenne.

Exercice 6 : le point critique d'une plaque percée N2 · chapitre 6 et cours 2

Une plaque usinée, percée d'un trou rond (Kt = 3, sensibilité q = 0,9), est tirée en traction alternée. L'acier a σD = 270 MPa sur éprouvette polie ; le coefficient d'état de surface usiné vaut 0,8.

a) Où se trouve le point critique, et quelle sera l'orientation de la fissure ?

b) Calcule Kf, puis l'amplitude nominale maximale sans amorçage.

c) La plaque subit σa,nom = 90 MPa. Que prévoir ?

d) Peut-on espérer que la fissure s'endorme ? Compare avec une entaille très aiguë.

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a) Aux deux points du bord du trou situés sur le diamètre perpendiculaire à l'effort, là où les lignes de force se resserrent (cours 1). La fissure partira de là, perpendiculairement à l'effort.

b) Kf = 1 + 0,9 × (3 − 1) = 2,8 ; σa,nom,max = σD × 0,8/Kf = 270 × 0,8/2,8 ≈ 77 MPa.

c) 90 > 77 MPa : un amorçage est attendu au bord du trou, au bout d'un nombre de cycles fini.

d) Peu probable : un trou rond a un grand rayon, la zone surchargée est étendue, et la fissure garde un ΔK élevé en grandissant. Les fissures dormantes s'observent plutôt au fond d'entailles très aiguës : la contrainte y est énorme mais sur une toute petite zone, que la fissure quitte vite.

🏆 Défi : le caniveau qui ne dort pas N2 · chapitres 3 à 6

Un pied de cordon présente un caniveau assimilé à une fissure de surface de profondeur a = 0,3 mm (Y = 2). Les contraintes résiduelles y imposent un rapport R local élevé ; on retient le seuil prudent des recommandations IIW pour l'acier, ΔKS = 2 MPa·√m. L'étendue de contrainte au pied vaut Δσ = 120 MPa.

a) Quelle étendue de contrainte ce caniveau peut-il supporter sans se propager ?

b) Sous Δσ = 120 MPa, se propage-t-il ? Y a-t-il une phase d'amorçage ?

c) Jusqu'à quelle profondeur faudrait-il réduire le défaut pour qu'il s'endorme sous 120 MPa ?

d) Explique, avec ce résultat, pourquoi un acier à haute limite d'élasticité n'améliore pas la tenue en fatigue d'une soudure brute, et ce que changent le meulage et le martelage.

Voir la correction

a) Δσseuil = ΔKS/(Y√a) = 2/(2 × √0,0003) = 2/(2 × 0,01732) ≈ 58 MPa.

b) 120 > 58 MPa : le défaut se propage dès les premiers cycles. Il n'y a pas de phase d'amorçage : le caniveau est déjà une fissure longue (0,3 mm, bien plus que a0).

c) a = (ΔKS/(Y·Δσ))² = (2/(2 × 120))² = (0,00833)² ≈ 6,9 × 10⁻⁵ m ≈ 0,07 mm : il faudrait des défauts de moins de 70 µm.

d) La durée de vie se joue entre ΔKS et la vitesse de propagation, deux grandeurs qui varient peu d'un acier à l'autre : augmenter Re ou σD ne change ni le défaut ni ΔK. Le meulage enlève le caniveau et adoucit le raccordement (a et Kt diminuent) ; le martelage met le pied en compression, ce qui referme les petits défauts et abaisse l'étendue efficace qui les ouvre. Les deux recréent une vraie phase d'amorçage.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 3

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée de la fatigue, salle 3
🚇

Le métro bondé

σ < Re partout, glissement local

Quelques grains bien orientés glissent, surtout en surface (contrainte maximale, grains moins confinés).

📐

L'équerre à 45°

τ = (σ/2)·sin 2θ

Cisaillement maximal σ/2 sur le plan à 45° de l'effort : le cercle de Mohr en donne le sommet.

🧭

La boussole des grains

τr = mS·σ, mS ≤ 0,5

Loi de Schmid : un grain glisse quand τr atteint sa scission critique τc.

🃏

Le jeu de cartes

réversible → plat ; irréversible → relief

EXtrusion vers l'EXtérieur, INtrusion vers l'INtérieur. Bandes de glissement persistantes.

🔺

L'entaille microscopique

Kt = 1 + 2√(a/ρ)

Une intrusion de 3 µm et de rayon 0,5 µm concentre la contrainte d'un facteur 6.

↪️

Le randonneur

stade I à 45° → stade II ⟂ (mode I)

D'abord le long des plans de glissement, puis perpendiculaire à la contrainte qui ouvre la fissure.

🫧

La bulle

pores, inclusions, interfaces

Amorçage interne autour des défauts ; en soudage : laitier, porosités, caniveaux, manques de fusion.

😴

La graine sur le rocher

a0 = (ΔKS/(YΔσD))²

Domaine 4 : fissuré mais dormant. Courte, σ décide ; longue, K décide.

🗺️

La carte au trésor

√J2,a + αPmax ≤ β

Calculer partout, trouver le point critique, comparer au seuil. Crossland = von Mises + pression.

🏛 La visite du musée, salle 3 (2 minutes, les yeux fermés) : la salle est un wagon de métro 🚇 bondé ; à chaque secousse, seuls les voyageurs près des portes trébuchent. L'un d'eux tient une équerre 📐 à 45° et une boussole 🧭 qui pointe vers les grains bien orientés. Il fait tomber un jeu de cartes 🃏 : certaines cartes dépassent du paquet, d'autres s'y enfoncent en formant une petite entaille 🔺. Au fond de l'entaille, un minuscule randonneur ↪️ descend en biais, puis coupe tout droit dans la pente, jusqu'à une bulle 🫧 prise dans le métal. Sur la bulle a germé une graine 😴 qui s'est endormie faute de terre. Pour la retrouver, le gardien consulte une carte au trésor 🗺️.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
a, a0
Longueur (profondeur) d'une fissure ou d'une entaille ; a0 : longueur caractéristique de Kitagawa, frontière entre fissures courtes et longues.
Adoucissement cyclique
Diminution de la résistance de la matière au fil des cycles (métaux préalablement durcis).
AFM, MEB
Microscope à force atomique (relief 3D au nanomètre près) ; microscope électronique à balayage (image très grossie par faisceau d'électrons).
α, β
« Alpha », « bêta » : constantes du critère de Crossland, α = 3t−1/f−1 − √3 et β = t−1.
Amorçage
Naissance d'une fissure de fatigue, jusqu'à une taille détectable.
Bande de glissement (persistante, PSB)
Zone d'un grain où le glissement se concentre ; persistante quand elle réapparaît au même endroit après polissage. PSB : persistent slip band.
Caniveau
Sillon creusé dans la tôle le long du pied de cordon par la fusion, non comblé.
Critère d'amorçage
Grandeur calculée à partir de l'état de contrainte cyclique, comparée à un seuil pour prédire l'amorçage.
Crossland, Dang Van
Critères de fatigue multiaxiale qui combinent un cisaillement et la pression hydrostatique.
ΔK, ΔKS
Étendue du facteur d'intensité de contrainte, ΔK = ΔσY√a (MPa·√m) ; seuil de fissuration en dessous duquel une fissure longue ne se propage pas (cours 4).
ΔσD
Limite d'endurance exprimée en étendue (2σD à R = −1).
Dislocation
Défaut linéaire du cristal dont le mouvement produit le glissement plastique.
Écrouissage cyclique
Durcissement de la matière au fil des cycles (métaux recuits).
Éléments finis (EF)
Méthode de calcul numérique qui découpe la pièce en petits éléments pour calculer les contraintes partout.
Extrusion, intrusion
Lamelle qui sort de la surface ; sillon qui s'y enfonce. Créées par les glissements irréversibles.
f−1, t−1
Limites d'endurance en flexion alternée et en torsion alternée (R = −1).
Facteur de Schmid mS
mS = cos φ·cos λ ≤ 0,5 : fraction de la contrainte appliquée qui cisaille un système de glissement.
φ, λ, θ
« Phi », « lambda », « thêta » : angles entre l'effort et la normale au plan de glissement, la direction de glissement, la normale à un plan de coupe.
Fissure dormante
Fissure amorcée qui cesse de se propager (domaine 4 de la figure 10).
Grain, joint de grains, polycristal
Cristal élémentaire d'un métal ; frontière entre deux grains ; assemblage de grains.
J2, √J2,a
Second invariant du déviateur des contraintes, mesure de la part cisaillante ; amplitude de sa racine au cours du cycle.
Kt
Coefficient de concentration de contrainte : 1 + 2√(a/ρ) pour une entaille de profondeur a et de rayon ρ.
Kitagawa (diagramme de)
Diagramme log Δσ en fonction de log a séparant fissures qui se propagent et fissures dormantes.
Microglissements
Petites déformations plastiques localisées dans certains grains sous une contrainte macroscopique inférieure à Re.
MMC, RdM
Mécanique des milieux continus ; résistance des matériaux.
Modes I, II, III
Ouverture ; glissement plan ; glissement anti-plan des lèvres d'une fissure.
P, Pmax
Pression hydrostatique, moyenne des trois contraintes principales ; sa valeur maximale au cours du cycle.
Pore, inclusion, interface
Cavité de gaz ; particule étrangère (oxyde, sulfure, laitier) ; frontière entre deux phases ou sous un revêtement.
ρ
« Rhô » : rayon à fond d'entaille.
Relaxation
Diminution des contraintes résiduelles sous l'effet de la plastification locale.
σDi
Limite d'endurance à l'amorçage (sous laquelle aucune fissure ne naît).
σn, τ, τr, τc
Contrainte normale sur un plan ; cisaillement ; cisaillement résolu sur un système de glissement ; scission critique.
Stade I, stade II
Propagation le long des plans de glissement (≈ 45°, à l'échelle du grain) ; propagation perpendiculaire à la contrainte principale (mode I).
Système de glissement
Couple plan de glissement et direction de glissement d'un cristal.
TIG
Tungsten Inert Gas : soudage à électrode de tungstène sous gaz inerte ; la refusion TIG améliore un pied de cordon.
Transgranulaire
Qui traverse les grains (contraire : intergranulaire, le long des joints).
Y
Facteur géométrique de la fissure, sans unité (≈ 2 pour une petite fissure de surface dans la convention du polycopié).
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧳Image à retenirLa valise bouclée avant le départ pour le cours 4

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Au prochain épisode, cours 4 : propagation et loi de Paris. La fissure est née ; on la suit cycle par cycle jusqu'à la rupture (polycopié, p. 7 à 9) : le mécanisme d'émoussement et d'affûtage de sa pointe, les stries et les lignes d'arrêt qu'elle laisse sur la cassure, le diagramme da/dN–ΔK et ses trois domaines, le seuil ΔKS, la loi de Paris da/dN = C(ΔK)m, et son intégration pour calculer la durée de propagation, le chiffre qui fixe l'intervalle entre deux inspections.