Avant de commencer
Les bases à avoir en tête, en trois cases
Ce premier cours de la série s'appuie sur les séries « Résistance des matériaux », « Mécanique de la rupture » et « Métallurgie ».
| Chapitre du cours | Polycopié |
|---|---|
| 1 Le métal qui coule | p. 1, chapitre A (définition, relaxation, seuil de 0,4 Tf, vitesses de déformation) |
| 2 Les trois stades | p. 1 et 2, chapitre A, figure 1 |
| 3 Chaleur et contrainte : la loi de Norton | p. 2 (équation de Norton) ; p. 4 (lois du glissement thermiquement activé) |
| 4 Le fluage-dislocations | p. 2 et 3, chapitre B, figures 2 et 3 ; p. 4, chapitre C |
| 5 Le fluage-diffusion | p. 3, chapitre B ; p. 5, chapitre D, figure 5 |
| 6 La carte des mécanismes | p. 3, figure 4 ; leviers de conception et aciers hors poly |
Sujets du planning de la formation. Ce cours relève du sujet 2.7 « Ruptures et différents types de rupture » : le polycopié de référence, commun aux modules 2.7 et 3.11, y range le fluage parmi les modes de rupture. Il prépare aussi le sujet 2.12 « Acier résistant au fluage », dont il pose les bases physiques (chapitres 4 et 6).
1. k ou R ? Pages 2, 4 et 5, les lois s'écrivent avec exp(−Q/kT), où k = 1,381 × 10⁻²³ J/K est la constante de Boltzmann : Q est alors une énergie par atome, en joules. Pages 10 et 11 (cours 2), elles s'écrivent avec exp(−Q/RT), où R = 8,314 J/(mol·K) est la constante des gaz parfaits : Q est alors une énergie par mole. C'est la même physique, puisque R = NA·k (NA = 6,022 × 10²³ mol⁻¹, le nombre d'Avogadro). Ce cours chiffre surtout avec R et des kJ/mol, l'usage des données sur les aciers.
2. La lettre b. Page 4, b est le vecteur de Burgers de la dislocation ; page 5, dans les lois du fluage-diffusion, b est appelé « paramètre de maille ». Dans ces formules, b³ représente en fait le volume d'un atome (souvent noté Ω, « oméga »). Dans les métaux, distance entre atomes, vecteur de Burgers et paramètre de maille valent tous environ 0,25 à 0,4 nm, d'où l'usage d'une même lettre.
3. n ≈ 3 (p. 4). C'est la valeur que donnent les modèles simples de montée des dislocations pour les métaux purs. Les mesures donnent souvent n ≈ 4 à 5 ; les alliages à phase dispersée vont bien au-delà (chapitre 4).
4. Un stade « qui ne peut pas exister » (p. 1). Le polycopié précise qu'on peut montrer que le stade secondaire ne peut pas exister physiquement. Il faut comprendre : une vitesse rigoureusement constante supposerait une matière figée ; en réalité la vitesse passe par un minimum très plat, d'où son nom de vitesse minimale. Le stade secondaire désigne ce plateau apparent.
5. Nabarro ou Nabarro-Herring ? Le fluage-diffusion en volume, appelé « fluage de Nabarro » page 5, est le plus souvent nommé fluage de Nabarro-Herring, d'après les deux physiciens qui l'ont proposé. C'est le même mécanisme.
6. Le signe de r (p. 4). Avec la définition du polycopié, la restauration r est négative (elle fait baisser la contrainte interne au cours du temps) : la vitesse ε̇ = −r/h est donc bien positive. Certains ouvrages comptent r positivement et écrivent ε̇ = r/h (relation de Bailey-Orowan) : c'est la même relation.
(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Les chaudières et les tuyauteries des centrales, les fours et les réacteurs de la pétrochimie, les turbines travaillent entre 400 et 650 °C pour les aciers, bien plus haut pour les alliages de nickel. C'est le domaine des aciers résistant au fluage (sujet 2.12 de la formation) : 16Mo3, 13CrMo4-5, 10CrMo9-10, X10CrMoVNb9-1 (le « P91 »), aciers inoxydables austénitiques. Leurs soudures sont souvent le maillon faible : la zone affectée thermiquement (ZAT) peut fluer et se fissurer bien avant le métal de base (cours 2). Et le fluage travaille aussi pour le soudeur : le détensionnement, traitement thermique après soudage, fait chuter les contraintes résiduelles par relaxation, c'est-à-dire par fluage (chapitre 1). Comprendre les mécanismes, c'est comprendre les choix de nuances, de modes opératoires et de traitements thermiques des équipements chauds.
La série en deux cours
Le plan du cours
- 1Le métal qui coule
Le fluage, la relaxation, et la règle des 0,4 Tf, en kelvins.
- 2Les trois stades
L'essai de fluage : primaire, secondaire, tertiaire, et les grandeurs qu'on en tire.
- 3Chaleur et contrainte : la loi de Norton
L'activation thermique, l'exposant n et l'énergie d'activation Q.
- 4Le fluage-dislocations
Glisser, monter, se restaurer : le bras de fer qui fixe la vitesse.
- 5Le fluage-diffusion
Quand les atomes déménagent : Nabarro, Coble et la taille de grain.
- 6La carte des mécanismes
Qui gagne, et où ? Et comment concevoir un matériau qui résiste.
Le métal qui coule
Fluage, relaxation, et la règle des 0,4 Tf
Retourne un pot de miel sorti du réfrigérateur : il ne coule presque pas. Laisse-le tiédir : il s'écoule, lentement, sans qu'on le pousse davantage. Un métal chaud et chargé se comporte un peu de la même façon, en infiniment plus lent. Il ne casse pas d'un coup, il ne plie pas d'un coup : il s'allonge jour après jour sous une charge pourtant constante et modérée. C'est le fluage.
le fluage : une déformation plastique qui continue tant que la charge reste appliquée
L'exemple-type du polycopié (p. 1) est l'aube de turbine à gaz : la force centrifuge la tire en permanence, à très haute température, et elle s'allonge lentement pendant toute sa vie. On en croise beaucoup d'autres :
- les tuyauteries de vapeur et les tubes de chaudière, qui gonflent sous la pression interne ;
- les gouttières et toitures en plomb des vieilles églises, qui s'affaissent en un siècle… à température ambiante ;
- les soudures étain-plomb des cartes électroniques, qui fluent dès qu'elles tiédissent ;
- les glaciers, de la glace qui flue à quelques degrés sous sa température de fusion.
Mais « chaud », c'est chaud par rapport à quoi ? Par rapport à la température de fusion du matériau, comptée en kelvins : le polycopié situe le fluage au-dessus d'environ 0,4 fois la température de fusion. Le plomb fond à 327 °C, soit 600 K : à 20 °C (293 K), il est déjà à 0,49 de sa fusion, aussi « chaud » qu'un acier à 600 °C. Le tungstène des filaments de lampe, lui, ne flue qu'au-delà de 1 200 °C.
Le fluage a un jumeau, la relaxation. Serre un boulon sur une bride chaude : son allongement est bloqué par les pièces serrées. Au fil des heures, une partie de sa déformation élastique se transforme en déformation de fluage : la tension du boulon baisse, et le serrage se perd. Fluage : on impose la force, l'allongement grandit. Relaxation : on impose l'allongement, la force baisse. Ce sont les mêmes mécanismes physiques (p. 1).
Manipulation 1 : le thermomètre du fluage
Premier mode : choisis un matériau et une température, et compare tous les matériaux à cette même température ; la barre violette indique la règle des 0,4 Tf. Second mode : à même contrainte de départ et même température, compare un tirant chargé par un poids (fluage) et un boulon serré (relaxation).
La température homologue
On appelle température homologue le rapport T/Tf entre la température de travail T et la température de fusion Tf, toutes deux en kelvins (K) :
le signe ≳ se lit « supérieur ou de l'ordre de » : le seuil n'est pas une frontière nette, mais une zone où le fluage devient sensible à l'échelle d'une vie de service
| Matériau | Tf (°C) | Tf (K) | 0,4 Tf (°C) |
|---|---|---|---|
| Étain-plomb eutectique (soudure) | 183 | 456 | −91 |
| Plomb | 327 | 601 | −33 |
| Aluminium | 660 | 933 | 100 |
| Cuivre | 1 085 | 1 358 | 270 |
| Nickel | 1 455 | 1 728 | 418 |
| Fer (aciers : 1 450 à 1 530 °C) | 1 538 | 1 811 | 451 |
| Tungstène | 3 422 | 3 695 | 1 205 |
Pour un acier, le fluage devient donc une préoccupation vers 400 à 450 °C : c'est là que les codes de construction des appareils à pression passent d'un dimensionnement sur la limite d'élasticité à un dimensionnement sur les propriétés de fluage hors poly.
Pourquoi T/Tf ? Parce que la diffusion ne regarde que lui hors poly
Le fluage a besoin que les atomes bougent : c'est la diffusion, dont le coefficient D (en m²/s) suit la loi d'Arrhenius D = D0·exp(−Q/RT), où exp désigne la fonction exponentielle, Q l'énergie d'activation (J/mol) et R = 8,314 J/(mol·K). Or, pour les métaux, l'énergie d'activation de l'autodiffusion (la diffusion des atomes du métal dans leur propre réseau) vaut à peu près Q ≈ 18·R·Tf (corrélation empirique). D'où :
avec D0 ≈ 10⁻⁴ m²/s : la diffusion ne dépend (en ordre de grandeur) que de la température homologue
La distance parcourue par diffusion en un temps t vaut environ √(D·t). Sur un an (t ≈ 3,16 × 10⁷ s) : à 0,3 Tf, environ 0,005 nm, soit bien moins qu'un saut atomique ; à 0,4 Tf, environ 10 nm, une quarantaine de distances atomiques ; à 0,5 Tf, environ 1 µm ; à 0,6 Tf, environ 20 µm. Le seuil de 0,4 Tf est celui où les atomes commencent à se déplacer de quelques dizaines de rangs par an : peu, mais assez pour débloquer les dislocations (chapitre 4).
Les vitesses de déformation
La vitesse de déformation, notée ε̇ (« epsilon point » : le point au-dessus d'une grandeur désigne sa dérivée par rapport au temps), est la quantité de déformation gagnée par seconde : ε̇ = dε/dt, en s⁻¹. Le polycopié (p. 1) cite deux extrêmes : de l'ordre de 1 s⁻¹ dans le formage à chaud (forgeage, laminage), et moins de 10⁻¹⁰ s⁻¹ pour les pièces en service, qui accumulent quelques pour cent de déformation en plusieurs dizaines d'années.
Fluage et relaxation, une seule équation
Dans le boulon, la déformation totale reste fixe. Elle est la somme d'une part élastique σ/E et d'une part de fluage εf :
E : module d'Young (≈ 170 GPa pour un acier à 550 °C) ; la contrainte baisse d'autant plus vite que le fluage est rapide
Comme la vitesse de fluage diminue fortement quand la contrainte baisse (chapitre 3), la relaxation est rapide au début puis ralentit : la contrainte ne tombe jamais tout à fait à zéro. La manipulation 1 le montre : dans le même acier, à 550 °C et 200 MPa de départ, le tirant chargé par un poids rompt en moins de 500 h, tandis que le boulon ne rompt pas mais perd environ les trois quarts de son serrage.
Après soudage, les contraintes résiduelles atteignent souvent la limite d'élasticité (Rupture, cours 4). Le traitement thermique après soudage de détensionnement porte la pièce vers 550 à 650 °C pour les aciers au carbone-manganèse, et jusqu'à 700 à 770 °C pour les aciers au chrome-molybdène : au-delà de 0,4 Tf. La limite d'élasticité baisse avec la température, et surtout le métal flue : les contraintes résiduelles se relaxent comme le serrage du boulon, vite d'abord, puis de plus en plus lentement. C'est pourquoi les codes imposent un palier d'une durée minimale (souvent de l'ordre d'une heure par 25 mm d'épaisseur) : au-delà, le gain devient faible. À l'inverse, les boulons des brides chaudes perdent leur serrage : on les choisit dans des nuances résistant à la relaxation, et l'on prévoit des resserrages.
Les trois stades
L'essai de fluage, sa courbe et ce qu'on en tire
Pour mesurer le fluage, on place une éprouvette de traction dans un four réglé à température constante, on y accroche une charge constante (souvent un poids au bout d'un bras de levier), et un extensomètre enregistre son allongement. Pendant des heures… ou des dizaines de milliers d'heures. La courbe de la déformation ε en fonction du temps t raconte toujours la même histoire en trois actes (polycopié, p. 1, figure 1) :
- Acte I, le fluage primaire. Au début, la déformation est rapide, puis elle ralentit : le métal se durcit, ses dislocations s'enchevêtrent.
- Acte II, le fluage secondaire. La vitesse se stabilise à sa valeur la plus faible, la vitesse minimale : la courbe ε(t) devient une droite. Durcissement et adoucissement s'équilibrent (chapitre 4).
- Acte III, le fluage tertiaire. La vitesse repart à la hausse : des cavités apparaissent aux joints de grains, la section se réduit, la contrainte vraie augmente. La courbe s'envole jusqu'à la rupture.
Trace maintenant la vitesse de déformation ε̇, c'est-à-dire la pente de la courbe ε(t) : elle descend, reste au fond, puis remonte. C'est le profil d'une baignoire.
tr : durée de vie, ou temps à rupture ; εr : déformation à rupture, ou ductilité en fluage
Manipulation 2 : l'essai de fluage en direct
Acier faiblement allié modèle (loi de Norton du chapitre 3 : n = 5, Q = 300 kJ/mol). Règle la contrainte et la température, lance l'essai, puis épingle la courbe pour la comparer à d'autres. En haut, la déformation ; en bas, la vitesse, sur une échelle logarithmique (chaque graduation multiplie par 10).
| Stade | Vitesse | Ce qui se passe | Part de la vie |
|---|---|---|---|
| I primaire | décroissante : dε̇/dt < 0 | durcissement, enchevêtrement des dislocations | souvent négligeable (p. 1) |
| II secondaire | quasi constante, ε̇ ≈ ε̇min | équilibre durcissement-restauration, sous-structure stable | importante, voire dominante dans les métaux purs |
| III tertiaire | croissante : dε̇/dt > 0 | endommagement décelable (cavités), striction | souvent un tiers ou plus dans les alliages industriels hors poly |
Les grandeurs extraites d'un essai (p. 2) : les durées et les déformations de chaque stade, la vitesse de déformation minimale ε̇min (ou vitesse secondaire), la durée de vie tr, la ductilité en fluage εr (déformation totale en fin de vie). Pour un matériau, on fournit souvent la contrainte de rupture par fluage en un temps et à une température donnés : par exemple la contrainte qui provoque la rupture en 100 000 h (≈ 11,4 ans) à 550 °C.
On peut décomposer la courbe en une somme de termes hors poly :
ε0 : déformation instantanée à la mise en charge (élastique, σ/E ≈ 0,04 % sous 70 MPa) ; εI sature, εIII explose en fin de vie ; la manipulation 2 utilise une forme de ce type (le cours 2 présentera la « projection θ » du polycopié, qui suit la même idée)
Exemple (manipulation 2, réglage « Tuyauterie ») : à 550 °C sous 70 MPa, l'acier modèle a ε̇min ≈ 1,5 × 10⁻¹⁰ s⁻¹, soit environ 0,5 % par an, et rompt au bout de tr ≈ 90 000 h, une dizaine d'années, après environ 15 % de déformation. Le stade I y dure environ 13 % de la vie, le stade II environ 45 %, le stade III environ 42 % : mais le stade III fournit les deux tiers de la déformation totale.
Charge constante ou contrainte constante ?
L'essai le plus simple impose une force constante (un poids). Mais quand l'éprouvette s'allonge, sa section diminue (le volume se conserve) : la contrainte vraie σvraie = F/S augmente, d'environ σ0(1 + ε). Ce n'est pas la cause première du stade III, mais cela l'accélère. Certains bancs de laboratoire réduisent la charge au fil de l'essai pour maintenir la contrainte constante. Les essais de fluage des métaux en traction sont normalisés (NF EN ISO 204) hors poly.
On distingue enfin l'essai de fluage, qui enregistre toute la courbe ε(t), et l'essai de rupture par fluage, qui ne note que tr (et parfois εr) : plus simple, il permet de multiplier les éprouvettes.
Sur les tuyauteries de vapeur et les collecteurs, on suit la déformation de fluage en service : mesures de diamètre, plots de mesure soudés sur la paroi, et répliques métallographiques (empreintes de la microstructure prises sur place) pour repérer les cavités, notamment en ZAT (cours 2). Une accélération de la déformation signale l'entrée dans le stade tertiaire : il reste alors peu de temps, et c'est souvent près d'une soudure que cela commence.
Chaleur et contrainte : la loi de Norton
L'activation thermique, l'exposant n et l'énergie Q
Pour qu'un atome change de place, ou qu'une dislocation franchisse un obstacle, il faut passer une barrière d'énergie, comme une colline. L'énergie nécessaire s'appelle l'énergie d'activation, notée Q. D'où vient-elle ? De l'agitation thermique : les atomes vibrent sans cesse, et de temps en temps, par hasard, une vibration est assez forte pour passer la colline.
Imagine qu'il faille faire un double six aux dés pour sauter. Chauffer, c'est piper les dés : la chance de réussir grimpe exponentiellement. Physiquement, la probabilité qu'une vibration dépasse Q vaut exp(−Q/RT) : c'est le facteur de Boltzmann, où T est la température absolue en kelvins. Quelques degrés de plus, et les sauts deviennent nettement plus fréquents. On dit que le fluage est thermiquement activé (polycopié, p. 2).
La contrainte, elle, penche le terrain : en tirant, on aide les sauts dans le bon sens. Le polycopié résume les deux effets par l'équation de Norton, qui décrit la vitesse du stade secondaire :
deux boutons : la contrainte, au travers d'une puissance n ; la température, au travers d'une exponentielle
| Exposant n | 1 | 3 | 5 | 8 |
|---|---|---|---|---|
| Doubler σ multiplie ε̇ par 2ⁿ | 2 | 8 | 32 | 256 |
| Contrainte +10 % : ε̇ multipliée par 1,1ⁿ | 1,1 | 1,33 | 1,61 | 2,14 |
Plus la contrainte et la température sont élevées, plus la déformation est rapide : l'équation, bien que partiellement empirique, traduit ces tendances (p. 2).
Manipulation 3 : le laboratoire de Norton
La loi est ancrée sur l'essai de référence de l'acier modèle (70 MPa, 550 °C, ε̇ = 1,54 × 10⁻¹⁰ s⁻¹). À gauche, ε̇ en fonction de σ, en échelles logarithmiques : des droites de pente n, une par température. À droite, le diagramme d'Arrhenius : ln ε̇ en fonction de 1/T, des droites de pente −Q/R. Change n et Q, et regarde les droites pivoter.
- ε̇0
- vitesse de référence (s⁻¹), une constante du matériau ;
- μ
- module de cisaillement (« mu », en MPa), l'équivalent du module d'Young en cisaillement : μ = E/(2(1 + ν)) ≈ 0,38 E pour un métal (ν ≈ 0,3, coefficient de Poisson). Diviser σ par μ rend la contrainte sans dimension et compare des métaux différents ;
- n
- exposant de contrainte, sans dimension ;
- Q
- énergie d'activation apparente du phénomène (J par atome si l'on écrit kT, J/mol si l'on écrit RT) ;
- k, R
- constante de Boltzmann, 1,381 × 10⁻²³ J/K ; constante des gaz parfaits, 8,314 J/(mol·K) ;
- T
- température absolue, en kelvins.
Dans une plage de température modérée, μ varie peu : on regroupe alors les constantes et l'on écrit la forme pratique hors poly, avec Q en J/mol :
acier modèle de ce cours : B = 1 MPa⁻⁵·s⁻¹ (σ en MPa), n = 5, Q = 300 kJ/mol
Deux droites pour tout mesurer
Prenons le logarithme népérien ln (la fonction réciproque de l'exponentielle) : ln ε̇ = ln B + n·ln σ − Q/(RT). Deux conséquences :
- à température fixée, ln ε̇ est une droite de pente n en fonction de ln σ ;
- à contrainte fixée, ln ε̇ est une droite de pente −Q/R en fonction de 1/T : c'est le diagramme d'Arrhenius.
D'où les formules pour dépouiller deux essais :
n : deux essais à même température ; Q : deux essais à même contrainte, températures en kelvins
Exemple (acier modèle). À 550 °C, 80 MPa donne 3,00 × 10⁻¹⁰ s⁻¹ et 120 MPa donne 2,28 × 10⁻⁹ s⁻¹ : n = ln(7,59)/ln(1,5) = 2,027/0,405 = 5,0. Sous 100 MPa, 550 °C (823,15 K) donne 9,17 × 10⁻¹⁰ s⁻¹ et 600 °C (873,15 K) donne 1,13 × 10⁻⁸ s⁻¹ : Q = 8,314 × ln(12,3)/(1/823,15 − 1/873,15) = 8,314 × 2,51/(6,96 × 10⁻⁵) ≈ 300 kJ/mol.
La forme « glissement » du polycopié
Pour le glissement thermiquement activé (p. 4), la contrainte abaisse directement la barrière, du travail mécanique b·σe·A fourni par la force sur la dislocation :
b : vecteur de Burgers ; A : aire d'activation, qui peut elle-même dépendre de la contrainte ; σe : contrainte efficace (chapitre 4)
Pour l'acier modèle vers 550 °C, +10 °C multiplient la vitesse par 1,7 et divisent d'autant la durée de vie ; +15 °C la divisent par 2,2, autant que 15 % de contrainte en plus (1,155 = 2,0). Dans une chaudière, un dépôt d'oxyde à l'intérieur d'un tube isole le métal de la vapeur qui le refroidit : la paroi chauffe de quelques dizaines de degrés, et sa durée de vie s'effondre. Pour un assemblage soudé, c'est aussi pourquoi la température de calcul doit être celle du métal, pas celle du fluide.
Le fluage-dislocations
Glisser, monter, se restaurer
Rappelle-toi la ride dans le tapis : une dislocation coin est un demi-plan d'atomes en trop, glissé dans le cristal. Sous l'effet d'un cisaillement, elle avance dans son plan de glissement, rang après rang. À froid, quand elle rencontre un obstacle (un précipité, une autre dislocation), elle s'arrête : elle ne sait que glisser dans son plan. Les dislocations s'accumulent, s'enchevêtrent, et le métal durcit. C'est l'écrouissage.
À chaud, deux portes s'ouvrent (polycopié, p. 2) :
- le glissement thermiquement activé : l'agitation thermique donne à la dislocation les « coups de pouce » qui l'aident à franchir les obstacles faibles ;
- la montée : une lacune vient se loger au bas du demi-plan en trop, un atome du bord de ce demi-plan saute dans la lacune, et le demi-plan raccourcit d'un atome. La dislocation « monte » d'un cran, quitte son plan, et peut passer par-dessus l'obstacle, puis glisser à nouveau.
La montée a besoin de lacunes, donc de diffusion : voilà pourquoi elle ne joue qu'au-dessus de 0,4 Tf environ. Glissement et montée coexistent : on parle de fluage-dislocations.
Manipulation 4 : l'alpiniste, ou la montée d'une dislocation
Un réseau d'atomes vu en coupe. Le demi-plan en trop (bleu-vert) se termine par la dislocation ⊥ ; il glisse vers la droite jusqu'au précipité (vert). Des lacunes □ errent dans le réseau ; chaque lacune absorbée au cœur fait monter la dislocation d'un rang. Fais varier la température homologue et lance la lecture.
Pendant le fluage, deux équipes tirent en sens contraire sur la contrainte interne σi, la résistance que la forêt de dislocations oppose à la déformation :
- le durcissement : chaque pas de déformation crée de nouvelles dislocations, qui s'enchevêtrent ; σi monte ;
- la restauration : avec le temps, grâce à la montée, les dislocations se réarrangent en parois et celles de signes opposés s'annihilent ; σi descend.
Au début, le métal est « mou » : la déformation va vite, le durcissement gagne, σi grimpe et la vitesse chute. C'est le stade primaire. Puis les deux équipes s'équilibrent : σi se stabilise, la vitesse aussi. C'est le stade secondaire. Les dislocations s'y organisent en cellules et en sous-grains : des parois denses autour de zones presque vides (p. 3, figure 3). Cette sous-structure paraît figée, mais elle est dynamique : multiplication, empilement et annihilation s'y équilibrent sans cesse.
Manipulation 5 : le bras de fer durcissement-restauration
Modèle simplifié (h = 5 000 MPa, restauration thermiquement activée). En haut, le nœud de la corde indique la contrainte interne σi entre 0 et la contrainte appliquée σ : la flèche orange pousse (durcissement), la flèche violette tire (restauration). En dessous, σi(t) puis la déformation ε(t).
Le bilan durcissement-restauration
La contrainte interne évolue pour deux raisons : la déformation la fait monter, le temps (la restauration) la fait baisser. On l'écrit avec des dérivées partielles, notées ∂ (« d rond ») : la variation d'une grandeur par rapport à une variable, toutes les autres étant figées.
h = ∂σi/∂ε, à temps figé : le taux de durcissement (en MPa, positif) ; r = ∂σi/∂t, à déformation figée : la vitesse de restauration (en MPa/s, négative)
Au stade secondaire, la sous-structure est stable : dσi/dt = 0 (p. 4). D'où :
la vitesse secondaire est fixée par le rapport entre la vitesse de restauration et le taux de durcissement (relation de Bailey-Orowan)
Exemple. Avec h = 5 000 MPa et r = −5,0 × 10⁻⁶ MPa/s : ε̇ = 5,0 × 10⁻⁶/5 000 = 1,0 × 10⁻⁹ s⁻¹, soit environ 3,2 % par an. Si la restauration est trois fois plus rapide (température plus haute), la vitesse triple ; si des précipités la ralentissent dix fois, la vitesse est divisée par dix.
Ce que disent les modèles
Divers modèles de fluage-dislocations conduisent presque tous à des équations du type (p. 4) :
Q proche de l'énergie d'activation de l'autodiffusion (métaux purs) : la montée dépend de la diffusion ; n voisin de 3 pour les métaux purs selon les modèles (4 à 5 mesurés), plus élevé pour les alliages à phase dispersée
Pour le fer α (ferrite), l'énergie d'activation de l'autodiffusion vaut environ 250 kJ/mol : mesurer Q ≈ 250 kJ/mol en fluage, c'est signer un fluage contrôlé par la montée hors poly.
Les cellules et les sous-grains
Au stade secondaire, la taille des cellules est d'autant plus petite que la contrainte est élevée (p. 3). Les mesures donnent une taille inversement proportionnelle à la contrainte, de l'ordre de 10 à 20 fois μb/σ hors poly : pour un acier à 550 °C (μ ≈ 64 GPa, b ≈ 0,25 nm) sous 70 MPa, quelques micromètres.
Les aciers résistant au fluage (sujet 2.12) misent sur des précipités fins et stables : carbures de chrome M23C6 et carbonitrures de vanadium et de niobium MX dans le P91 (M désigne un métal, X le carbone ou l'azote). Ils bloquent les dislocations et épinglent les parois des sous-grains : la restauration ralentit, et la vitesse de fluage avec elle. Mais le cycle thermique du soudage peut dissoudre ou faire grossir ces précipités dans la ZAT, et le revenu après soudage doit restaurer une microstructure stable. En service, au fil des décennies, les précipités grossissent lentement (coalescence) : l'acier vieillit et flue plus vite (cours 2).
Le fluage-diffusion
Quand les atomes déménagent : Nabarro, Coble et la taille de grain
À très haute température et sous faible contrainte, les dislocations bougent à peine. Le métal flue pourtant encore : ce sont les atomes eux-mêmes qui se déplacent, un à un, par diffusion. C'est le fluage-diffusion (polycopié, p. 3 et 5).
Regarde un grain tiré verticalement. Sur ses faces du haut et du bas, la traction écarte les atomes : il y est plus facile de créer des lacunes. Sur ses faces latérales, non tirées, il y en a moins. Ce déséquilibre fait diffuser les lacunes des faces tirées vers les flancs… et donc les atomes en sens inverse, des flancs vers les faces tirées. Comme une colonne de fourmis qui viderait les côtés pour empiler sur le dessus et le dessous : le grain s'allonge dans le sens de la traction et s'amincit.
Les atomes ont deux chemins :
- à travers le grain, par diffusion en volume : c'est le fluage de Nabarro (ou Nabarro-Herring), aux plus hautes températures ;
- le long des joints de grains, de véritables couloirs où la diffusion est plus facile : c'est le fluage de Coble, qui domine à température plus basse.
Deux conséquences à retenir : la vitesse est proportionnelle à la contrainte (n = 1, comme l'écoulement d'un liquide visqueux), et elle augmente très fort quand les grains sont petits, puisque le chemin à parcourir est plus court.
Manipulation 6 : le grain qui s'étire
Métal pur modèle (paramètres proches du nickel). À gauche, un grain sous traction verticale : les atomes ● partent des flancs vers les faces tirées, par le volume (Nabarro) ou par les joints (Coble) ; les lacunes □ font le chemin inverse. À droite, la vitesse de chaque mécanisme en fonction de la taille de grain d (échelles logarithmiques).
Pour un grain de taille d sous une traction uniaxiale, le polycopié donne (p. 5), le signe ∝ signifiant « proportionnel à » :
avec Dj = Dj0·exp(−QDj/kT) et D = D0·exp(−QD/kT)
- d
- taille de grain (m) ;
- δ
- « épaisseur » des joints de grains (« delta »), environ deux distances atomiques, soit 0,5 nm ;
- b³
- volume d'un atome (b, ici distance interatomique, voir la remarque de lecture 2) ;
- Dj, QDj
- coefficient d'autodiffusion du métal aux joints (m²/s) et son énergie d'activation ;
- D, QD
- coefficient d'autodiffusion en volume et son énergie d'activation ; D0 et Dj0 sont les facteurs pré-exponentiels.
Dans les deux cas, la vitesse augmente quand la taille de grain diminue, avec un exposant différent (p. 5) : d⁻² pour Nabarro, d⁻³ pour Coble. Et dans les deux cas, ε̇ ∝ σ : l'exposant de contrainte vaut n = 1.
Pourquoi d² et d³ ? hors poly
Le flux d'atomes est poussé par une différence de concentration en lacunes, proportionnelle à σ, sur une distance de l'ordre de d : il varie comme D·σ/d. Pour allonger le grain (de volume d³) d'une fraction ε, il faut déplacer un volume de matière proportionnel à ε·d³, à travers une section de l'ordre de d² quand la diffusion passe par le volume : ε̇·d³ ∝ (Dσ/d)·d², d'où ε̇ ∝ Dσ/d². Le long des joints, la section offerte n'est plus d² mais δ·d, une fine couche : on perd un facteur d/δ, d'où ε̇ ∝ Djδσ/d³.
Qui l'emporte, Nabarro ou Coble ? hors poly
Avec les coefficients numériques usuels, le rapport des deux vitesses vaut :
Coble domine pour d < d*, Nabarro pour d > d* ; comme QDj ≈ 0,4 à 0,6 QD, d* diminue vite quand la température monte
Exemple (métal modèle de la manipulation 6, à 0,7 Tf) : D ≈ 1,0 × 10⁻¹⁶ m²/s et δDj ≈ 3,7 × 10⁻²⁰ m³/s, d'où d* = π × 3,7 × 10⁻²⁰/1,0 × 10⁻¹⁶ ≈ 1,2 × 10⁻³ m : jusqu'à des grains de 1 mm, c'est Coble qui domine. À 0,9 Tf, d* tombe à environ 30 µm : un grain de 100 µm flue alors surtout par Nabarro.
Pour résister au fluage, on veut des grains gros, voire pas de joints du tout : les aubes de turbine les plus sollicitées sont des monocristaux de superalliage de nickel, et les aciers inoxydables austénitiques destinés au service à chaud (nuances « H » comme 304H ou 316H) imposent un carbone minimal et une taille de grain minimale. Côté soudage, la ZAT d'un acier résistant au fluage contient une bande à grains fins, réausténitisée juste au-dessus de Ac3 ou dans l'intervalle Ac1–Ac3 (températures de début et de fin de transformation en austénite au chauffage) : elle flue plus vite que le métal de base, et c'est là que naît la fissuration de type IV (cours 2).
La carte des mécanismes
Qui gagne, et où ? Et comment résister au fluage
Les mécanismes des chapitres 4 et 5 ne s'excluent pas : ils fonctionnent en même temps, et leurs vitesses s'ajoutent. Mais leurs vitesses diffèrent souvent de plusieurs ordres de grandeur : en pratique, le plus rapide gagne et fixe le comportement.
Pour savoir qui gagne, on dessine une carte (polycopié, p. 3, figure 4). En abscisse, la température homologue T/Tf ; en ordonnée, la contrainte réduite σ/μ, en échelle logarithmique. La carte se découpe en provinces :
- tout en haut, au-delà de σ/μ ≈ 10⁻², le glissement des dislocations : la contrainte dépasse la limite d'élasticité, c'est la plasticité ordinaire ;
- en bas à gauche, le domaine élastique : trop froid, ou pas assez chargé, rien ne bouge à l'échelle d'une vie ;
- à chaud et sous contrainte moyenne, le fluage-dislocations (chapitre 4) ;
- à chaud et sous faible contrainte, le fluage-diffusion : Coble aux températures moyennes, Nabarro tout près de la fusion (chapitre 5).
Lire la carte, c'est situer sa pièce puis en déduire la bonne loi : n de 3 à 8 ou n = 1, sensibilité forte ou nulle à la taille de grain, énergie d'activation de la diffusion en volume ou aux joints.
Manipulation 7 : la carte du pays du fluage
Carte calculée pour un métal pur modèle (paramètres proches du nickel). Place ton point avec les curseurs, avec les exemples ou en touchant la carte. Les lignes pointillées sont des lignes d'égale vitesse. Change la taille de grain, le seuil du « négligeable », ou essaie les leviers du métallurgiste.
Comment on la construit hors poly
Pour chaque point (T/Tf, σ/μ), on calcule la vitesse de chaque mécanisme avec sa loi (chapitres 3 à 5) ; le mécanisme dont la vitesse est la plus grande donne sa couleur au point. Une frontière est la ligne où deux mécanismes ont la même vitesse. La frontière du domaine élastique est conventionnelle : c'est la ligne où la vitesse totale atteint un seuil jugé négligeable, par exemple 10⁻¹⁰ s⁻¹ (0,3 % par an). Changer ce seuil déplace la frontière : « élastique » veut dire « trop lent pour compter à l'échelle du service ».
Quelques frontières se lisent directement dans les lois :
- fluage-dislocations / Nabarro : les deux vitesses sont proportionnelles au même coefficient D, qui disparaît du rapport ; la frontière est donc presque horizontale ;
- Nabarro / Coble : le rapport ne dépend pas de σ ; la frontière est verticale, à la température où d* = d ;
- des grains plus fins étendent les deux provinces du fluage-diffusion vers le haut, Coble surtout.
Les leviers pour résister au fluage hors poly
| Levier | Mécanisme visé | Exemples |
|---|---|---|
| Température de fusion élevée | tous : à T donnée, T/Tf baisse | alliages de nickel, de cobalt ; métaux réfractaires (W, Mo) |
| Structure compacte (cubique à faces centrées) | diffusion plus lente | aciers austénitiques, plus résistants à chaud que les ferritiques |
| Solution solide | freine les dislocations et la diffusion | Mo, W, Cr dans les aciers (16Mo3, 13CrMo4-5, 10CrMo9-10) |
| Précipités fins et stables | bloquent les dislocations, freinent la restauration | carbonitrures de V et Nb du P91 ; phase γ′ (« gamma prime ») Ni3(Al,Ti) des superalliages |
| Gros grains, grains colonnaires, monocristaux | fluage-diffusion, glissement et cavités aux joints | aubes de turbine monocristallines ; nuances austénitiques « H » |
Les aciers résistant au fluage, en ordres de grandeur hors poly
| Famille | Exemples de nuances | Ordre de grandeur de la température maximale de service |
|---|---|---|
| Aciers non alliés pour appareils à pression | P265GH, P355GH | ≈ 400 à 425 °C |
| Acier au molybdène | 16Mo3 | ≈ 450 à 500 °C |
| Aciers chrome-molybdène | 13CrMo4-5 ; 10CrMo9-10 | ≈ 520 à 550 °C ; ≈ 550 à 580 °C |
| Acier martensitique 9 % Cr | X10CrMoVNb9-1 (P91) | ≈ 600 à 620 °C |
| Aciers inoxydables austénitiques | X6CrNi18-10, 316H… | ≈ 600 à 700 °C |
| Alliages de nickel | Alloy 617, 625, superalliages | 700 à plus de 1 000 °C |
Ces températures ne sont que des repères : le choix d'une nuance se fait sur les valeurs de fluage des normes de produits et sur les règles du code de construction. Le sujet 2.12 de la formation (aciers résistant au fluage) les détaille.
Pour une tuyauterie à 550 °C, on choisit un acier chrome-molybdène ; à 600 °C, un 9 % Cr de type P91. Le soudeur doit alors préserver ce qui fait la résistance au fluage : un métal d'apport de composition voisine du métal de base, un préchauffage et une température entre passes maîtrisés, et un traitement thermique après soudage obligatoire, qui revient la martensite et stabilise les précipités. Une ZAT mal maîtrisée, trop douce ou à grains trop fins, redevient la « province » la plus faible de la pièce (cours 2).
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, de la température homologue à la carte des mécanismes
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Données utiles : R = 8,314 J/(mol·K) ; 1 an ≈ 3,16 × 10⁷ s ≈ 8 766 h. Les manipulations 1, 2, 3, 5, 6 et 7 permettent de vérifier tes résultats ; le défi se rejoue entièrement dans la manipulation 2.
Exercice 1 : chaud pour qui ? N1 · chapitre 1
Températures de fusion : plomb 327,5 °C ; aluminium 660 °C ; fer 1 538 °C ; tungstène 3 422 °C.
a) Calcule la température homologue T/Tf d'une toiture en plomb à 20 °C, d'une pièce en aluminium à 150 °C, d'une tuyauterie en acier à 550 °C et d'un filament de tungstène à 2 500 °C.
b) Pour chaque matériau, à partir de quelle température (en °C) le fluage doit-il être pris en compte, selon la règle des 0,4 Tf ?
c) Un collègue calcule pour le plomb 20/327,5 ≈ 0,06 et conclut « pas de fluage ». Où est l'erreur ?
d) La pièce d'aluminium et la tuyauterie d'acier ont la même température homologue. Qu'en conclus-tu ?
Voir la correction
a) En kelvins, T(K) = T(°C) + 273,15. Plomb : 293,15/600,65 = 0,49 ; aluminium : 423,15/933,15 = 0,45 ; acier : 823,15/1 811,15 = 0,45 ; tungstène : 2 773,15/3 695,15 = 0,75.
b) 0,4 Tf, reconvertie en °C. Plomb : 0,4 × 600,65 = 240,3 K, soit −33 °C ; aluminium : 373,3 K, soit 100 °C ; fer : 724,5 K, soit 451 °C ; tungstène : 1 478 K, soit 1 205 °C.
c) Le zéro de l'échelle Celsius est arbitraire (la fusion de la glace) : un rapport de températures n'a de sens qu'en kelvins, dont le zéro est absolu. En kelvins, le plomb est à 0,49 Tf : il flue à température ambiante.
d) À même température homologue, la diffusion est du même ordre (D ≈ D0·exp(−18 Tf/T)) : les deux pièces sont aussi « chaudes » l'une que l'autre pour le fluage. Une pièce en alliage d'aluminium à 150 °C se dimensionne au fluage, comme une tuyauterie d'acier à 550 °C.
Exercice 2 : dépouiller un essai de fluage N1 · chapitre 2
Essai de traction à 575 °C sous 116 MPa sur l'acier modèle. L'éprouvette rompt à t = 1 980 h, avec ε = 15,1 %.
| t (h) | 0 | 50 | 100 | 200 | 400 | 600 | 800 | 1 000 | 1 200 | 1 400 | 1 600 | 1 800 | 1 900 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| ε (%) | 0,07 | 1,47 | 2,05 | 2,54 | 3,08 | 3,58 | 4,09 | 4,61 | 5,15 | 5,80 | 6,83 | 9,15 | 11,64 |
a) Calcule la vitesse moyenne (en %/h) sur chaque intervalle, et repère les trois stades.
b) Calcule la vitesse minimale ε̇min entre 400 et 800 h, en %/h puis en s⁻¹.
c) Donne tr et εr. D'où vient la valeur 0,07 % à t = 0 ?
d) Quelle part de la durée de vie, et quelle part de la déformation totale, le stade tertiaire représente-t-il ?
e) Calcule le produit ε̇min·tr, sans unité. Retiens-le : il servira au cours 2.
Voir la correction
a) Vitesse moyenne = Δε/Δt. De 0 à 50 h : 1,40/50 = 0,028 %/h ; 50 à 100 h : 0,012 ; 100 à 200 h : 0,0049 ; 200 à 400 h : 0,0027 ; puis 0,0025 de 400 à 800 h, 0,0026 de 800 à 1 000 h ; 0,0027 de 1 000 à 1 200 h ; 0,0033 ; 0,0052 ; 0,012 ; et 0,025 %/h de 1 800 à 1 900 h. Le stade I (vitesse décroissante) va jusqu'à 200 à 400 h ; le stade II (vitesse minimale, quasi constante) jusqu'à 1 000 à 1 200 h ; le stade III (vitesse croissante) ensuite.
b) ε̇min = (4,09 − 3,08)/(800 − 400) = 1,01/400 ≈ 2,5 × 10⁻³ %/h, soit 2,5 × 10⁻⁵ h⁻¹, et 2,5 × 10⁻⁵/3 600 ≈ 7,0 × 10⁻⁹ s⁻¹ (environ 22 % par an).
c) tr = 1 980 h (environ 82 jours) et εr = 15,1 %. Les 0,07 % du départ sont la déformation élastique instantanée : σ/E = 116/170 000 ≈ 0,07 % (E ≈ 170 GPa à 575 °C).
d) Le stade III commence vers 1 140 h (le modèle le place à 58 % de la vie) : il occupe environ 40 % de la durée de vie. La déformation y passe d'environ 5 % à 15,1 % : il fournit environ deux tiers de la déformation totale.
e) ε̇min·tr = 2,5 × 10⁻⁵ h⁻¹ × 1 980 h ≈ 0,050. Ce produit à peu près constant d'un essai à l'autre est la relation de Monkman-Grant (cours 2). Tu peux rejouer l'essai dans la manipulation 2 (réglage « Essai court »).
Exercice 3 : mesurer n et Q N2 · chapitre 3
Quatre essais sur l'acier modèle donnent les vitesses secondaires suivantes. À 550 °C : 80 MPa → 3,00 × 10⁻¹⁰ s⁻¹ et 120 MPa → 2,28 × 10⁻⁹ s⁻¹. Sous 100 MPa : 550 °C → 9,17 × 10⁻¹⁰ s⁻¹ et 600 °C → 1,13 × 10⁻⁸ s⁻¹.
a) Calcule l'exposant de contrainte n.
b) Calcule l'énergie d'activation Q en kJ/mol.
c) Prévois la vitesse à 100 MPa et 575 °C, puis le temps nécessaire pour accumuler 1 % de déformation secondaire.
d) Calcule la constante B de la forme pratique ε̇ = B·σⁿ·exp(−Q/RT), avec σ en MPa.
e) Par combien est multipliée la vitesse si la température passe de 550 à 560 °C ?
Voir la correction
a) n = ln(ε̇2/ε̇1)/ln(σ2/σ1) = ln(2,28 × 10⁻⁹/3,00 × 10⁻¹⁰)/ln(120/80) = ln(7,6)/ln(1,5) = 2,03/0,405 ≈ 5,0.
b) T1 = 823,15 K et T2 = 873,15 K. Q = R·ln(ε̇2/ε̇1)/(1/T1 − 1/T2) = 8,314 × ln(12,3)/(6,96 × 10⁻⁵ K⁻¹) = 8,314 × 2,51/6,96 × 10⁻⁵ ≈ 300 kJ/mol.
c) Depuis 550 °C (823,15 K) à 575 °C (848,15 K), à contrainte égale : ε̇ = 9,17 × 10⁻¹⁰ × exp[(300 000/8,314) × (1/823,15 − 1/848,15)] = 9,17 × 10⁻¹⁰ × exp(1,292) = 9,17 × 10⁻¹⁰ × 3,64 ≈ 3,3 × 10⁻⁹ s⁻¹. Pour 1 % : t = 0,01/3,34 × 10⁻⁹ ≈ 3,0 × 10⁶ s ≈ 830 h.
d) B = ε̇/(σⁿ·exp(−Q/RT)) = 9,17 × 10⁻¹⁰/(100⁵ × exp(−300 000/(8,314 × 823,15))) = 9,17 × 10⁻¹⁰/(10¹⁰ × 9,17 × 10⁻²⁰) ≈ 1,0 MPa⁻⁵·s⁻¹.
e) exp[(300 000/8,314) × (1/823,15 − 1/833,15)] = exp(0,526) ≈ 1,69 : dix degrés de plus, 69 % de vitesse en plus. Vérifie dans la manipulation 3.
Exercice 4 : le bras de fer en chiffres N2 · chapitre 4
Un acier flue à 550 °C au stade secondaire. On mesure un taux de durcissement h = 5 000 MPa et une vitesse de restauration r = −5,0 × 10⁻⁶ MPa/s.
a) Calcule la vitesse de fluage secondaire, en s⁻¹ puis en % par an.
b) À 575 °C, la restauration est 3,6 fois plus rapide et h ne change pas. Que devient la vitesse ?
c) Une fine précipitation divise la vitesse de restauration par 10. Que devient la vitesse à 550 °C ?
d) Pourquoi, à température ambiante, ce même acier chargé au-delà de sa limite d'élasticité se déforme-t-il puis s'arrête-t-il ?
e) Sur du fer α pur, on mesure en fluage Q ≈ 250 kJ/mol et n ≈ 4,5 ; sur un acier à précipités, n ≈ 8. Interprète.
Voir la correction
a) ε̇ = −r/h = 5,0 × 10⁻⁶/5 000 = 1,0 × 10⁻⁹ s⁻¹ ; sur un an : 1,0 × 10⁻⁹ × 3,16 × 10⁷ ≈ 3,2 % par an.
b) ε̇ = 3,6 × 5,0 × 10⁻⁶/5 000 = 3,6 × 10⁻⁹ s⁻¹. Le facteur 3,6 est justement exp[(Q/R)(1/823,15 − 1/848,15)] avec Q = 300 kJ/mol : la restauration a l'énergie d'activation de la diffusion.
c) ε̇ = 5,0 × 10⁻⁷/5 000 = 1,0 × 10⁻¹⁰ s⁻¹, soit 0,32 % par an : dix fois moins. C'est le principe des aciers résistant au fluage.
d) À froid, r ≈ 0 : rien ne vient compenser le durcissement. La contrainte interne σi monte jusqu'à égaler la contrainte appliquée, la contrainte efficace σe = σ − σi tombe à zéro et la déformation s'arrête. Pas de restauration, pas de stade secondaire (manipulation 5 à 400 °C).
e) Q ≈ 250 kJ/mol est l'énergie d'activation de l'autodiffusion du fer α : le fluage est contrôlé par la montée des dislocations, qui demande des lacunes. n ≈ 4,5 est la valeur habituelle des métaux purs ; n ≈ 8 signale des obstacles (les précipités) que les dislocations franchissent difficilement : la vitesse devient très sensible à la contrainte.
Exercice 5 : Nabarro, Coble et la taille de grain N2 · chapitre 5
a) Un traitement affine le grain de 100 à 20 µm. Par combien sont multipliées les vitesses de Nabarro et de Coble ?
b) On divise la contrainte par 2. Que deviennent la vitesse de fluage-diffusion et celle d'un fluage-dislocations avec n = 5 ? Lequel gagne en importance aux faibles contraintes ?
c) Pour le métal modèle à 0,7 Tf : D = 1,0 × 10⁻¹⁶ m²/s et δDj = 3,7 × 10⁻²⁰ m³/s. Calcule d* = πδDj/D. Quel mécanisme domine pour un grain de 100 µm, et dans quel rapport ?
d) À 0,9 Tf : D = 5,35 × 10⁻¹⁴ m²/s et δDj = 4,75 × 10⁻¹⁹ m³/s. Même question.
e) Pourquoi fabrique-t-on des aubes de turbine monocristallines ?
Voir la correction
a) d est divisé par 5. Nabarro (en d⁻²) : 5² = ×25 ; Coble (en d⁻³) : 5³ = ×125.
b) Fluage-diffusion (n = 1) : vitesse ÷2. Fluage-dislocations (n = 5) : 2⁵ = ÷32. Aux faibles contraintes, le fluage-diffusion gagne en importance relative, et finit par dominer.
c) d* = π × 3,7 × 10⁻²⁰/1,0 × 10⁻¹⁶ = 1,16 × 10⁻³ m ≈ 1,2 mm. Avec d = 100 µm < d*, Coble domine, dans le rapport ε̇Coble/ε̇Nabarro = d*/d ≈ 12.
d) d* = π × 4,75 × 10⁻¹⁹/5,35 × 10⁻¹⁴ = 2,8 × 10⁻⁵ m ≈ 28 µm. Avec d = 100 µm > d*, Nabarro domine, dans le rapport d/d* ≈ 3,6. Vérifie dans la manipulation 6.
e) Sans joints de grains, plus de fluage de Coble, et le « grain » a la taille de la pièce : le fluage de Nabarro devient négligeable. On supprime aussi les sites où naissent les cavités et le glissement aux joints, cause majeure de la rupture en fluage (cours 2).
Exercice 6 : se repérer sur la carte N2 · chapitres 1 et 6
Utilise la carte de la manipulation 7 (grain de 100 µm, seuil de 10⁻¹⁰ s⁻¹).
a) Tuyauterie en acier : σ = 60 MPa à 550 °C, μ ≈ 64 GPa à cette température, Tf = 1 538 °C. Calcule σ/μ et T/Tf, puis lis la province.
b) Gouttière en plomb : σ ≈ 1 MPa, μ ≈ 5,6 GPa, 20 °C, Tf = 327,5 °C. Même travail.
c) Filament de tungstène à 0,75 Tf sous σ/μ ≈ 10⁻⁶ : quelle province avec des grains de 100 µm, puis de 1 mm ?
d) Si l'acier de a) avait localement des grains de 5 µm (zone à grains fins d'une ZAT), que deviendrait le point ?
e) Quels leviers abaisseraient la vitesse de la tuyauterie ?
Voir la correction
a) σ/μ = 60/64 000 ≈ 9,4 × 10⁻⁴ ; T/Tf = 823,15/1 811,15 ≈ 0,45. Le point tombe dans le fluage-dislocations, près de la frontière du domaine élastique (bouton « Tuyauterie vapeur »).
b) σ/μ = 1/5 600 ≈ 1,8 × 10⁻⁴ ; T/Tf = 293,15/600,65 ≈ 0,49. Province du fluage Coble, près de la frontière avec le fluage-dislocations : environ 1 % par an sur la carte, assez pour qu'une toiture s'affaisse en un siècle.
c) Avec 100 µm : Coble (environ 4 × 10⁻¹⁰ s⁻¹). Avec 1 mm : Nabarro, et une vitesse environ 350 fois plus faible (≈ 1 × 10⁻¹² s⁻¹) : d'où les filaments en tungstène dopé à très gros grains allongés.
d) Avec d = 5 µm, la province de Coble monte fortement sur la carte et englobe le point : le fluage-diffusion devient dominant et la vitesse grimpe de plusieurs ordres de grandeur. Le métal pur exagère l'effet (dans un acier, des précipités freinent aussi les joints), mais la tendance est réelle : la zone à grains fins de la ZAT est un point faible en fluage (cours 2).
e) Freiner les dislocations, avec des éléments en solution solide (Mo, Cr) et des précipités fins et stables (boutons « leviers » : la province du fluage-dislocations recule et la vitesse baisse) ; garder des grains assez gros pour que le fluage-diffusion ne prenne pas le relais ; et, si c'est possible, réduire un peu la contrainte ou la température (chapitre 3).
🏆 Défi : quinze degrés de trop N2 · chapitres 2 et 3 · rejouable dans la manipulation 2
Une tuyauterie de vapeur est dimensionnée avec l'acier modèle (ε̇ = B·σ⁵·exp(−Q/RT), B = 1 MPa⁻⁵·s⁻¹, Q = 300 kJ/mol, ε̇min·tr = 0,05). Elle travaille sous 70 MPa à 550 °C.
a) Calcule ε̇min (en s⁻¹ et en % par an) et la durée de vie tr (en heures et en années).
b) Pour améliorer le rendement, l'exploitant monte la vapeur à 565 °C. Que devient la durée de vie ?
c) Quelle contrainte permettrait de retrouver la durée de vie initiale à 565 °C ? La contrainte circonférentielle d'un tube mince vaut σ = p·D/(2e), avec p la pression, D le diamètre et e l'épaisseur : de combien faudrait-il épaissir la paroi ?
d) Qu'est-ce qui coûte le plus cher en durée de vie : 15 °C de plus, ou 15 % de contrainte en plus ?
Voir la correction
a) exp(−300 000/(8,314 × 823,15)) = exp(−43,84) = 9,17 × 10⁻²⁰ et 70⁵ = 1,68 × 10⁹, d'où ε̇min = 1,68 × 10⁹ × 9,17 × 10⁻²⁰ ≈ 1,54 × 10⁻¹⁰ s⁻¹, soit 1,54 × 10⁻¹⁰ × 3,16 × 10⁷ ≈ 0,49 % par an. Puis tr = 0,05/1,54 × 10⁻¹⁰ ≈ 3,25 × 10⁸ s ≈ 90 000 h, environ 10,3 ans.
b) Facteur de vitesse : exp[(300 000/8,314) × (1/823,15 − 1/838,15)] = exp(36 083 × 2,17 × 10⁻⁵) = exp(0,785) ≈ 2,19. La durée de vie tombe à 90 000/2,19 ≈ 41 000 h, environ 4,7 ans : plus de moitié perdue pour 15 °C.
c) Il faut diviser σ⁵ par 2,19 : σ = 70/2,191/5 = 70/1,170 ≈ 60 MPa (−15 %). À pression et diamètre fixés, σ ∝ 1/e : l'épaisseur doit être multipliée par 1,17, soit +17 %.
d) 15 % de contrainte en plus multiplient la vitesse par 1,15⁵ ≈ 2,01 ; 15 °C de plus, par 2,19. Les deux se valent à peu près : pour cet acier vers 550 °C, 15 °C de plus coûtent autant que 15 % de contrainte en plus. Rejoue-le : épingle la courbe 70 MPa et 550 °C dans la manipulation 2, passe à 565 °C (durée de vie divisée par 2,19), puis à 60 MPa.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 1
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Le miel tiède
Au-delà, le métal flue sous une contrainte constante et modérée. Plomb à 20 °C : 0,49 ; acier à 550 °C : 0,45.
Le boulon qui se desserre
Fluage : σ fixée, ε monte. Relaxation : ε fixée, σ descend. Le détensionnement en est une.
La baignoire
Durcit, dure, dégringole. On en tire ε̇min, tr et εr ; 100 000 h ≈ 11,4 ans.
Les dés de Boltzmann
Le fluage est thermiquement activé : +10 °C vers 550 °C multiplient la vitesse par 1,7 (acier modèle).
L'équerre de Norton
Pente n en log-log, pente −Q/R en Arrhenius. Doubler σ : ×2n.
L'alpiniste
Glissement thermiquement activé et montée : Q ≈ Q d'autodiffusion ; cellules d'autant plus petites que σ est grande.
Le bras de fer
h durcit avec la déformation, r restaure avec le temps. Match nul : stade secondaire.
Les fourmis déménageuses
Des flancs vers les faces tirées ; n = 1 ; grains fins, fluage rapide.
La carte du pays du fluage
Le plus rapide gagne. Leviers : Tf haute, solution solide, précipités, gros grains.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- A
- Aire d'activation du glissement thermiquement activé (m²) ; elle peut dépendre de la contrainte.
- Ac1, Ac3
- Températures de début et de fin de transformation en austénite au chauffage d'un acier.
- Arrhenius (diagramme d')
- Tracé de ln ε̇ (ou de ln D) en fonction de 1/T : une droite de pente −Q/R pour un phénomène thermiquement activé.
- Autodiffusion
- Diffusion des atomes d'un métal dans son propre réseau, grâce aux lacunes.
- B
- Constante de la forme pratique de la loi de Norton, ε̇ = Bσⁿexp(−Q/RT) ; 1 MPa⁻⁵·s⁻¹ pour l'acier modèle.
- b
- Vecteur de Burgers d'une dislocation (≈ 0,25 nm) ; dans les lois du fluage-diffusion, distance interatomique (b³ ≈ volume d'un atome).
- Bailey-Orowan (relation de)
- ε̇ = −r/h au stade secondaire : équilibre entre durcissement et restauration.
- Carte des mécanismes
- Diagramme σ/μ en fonction de T/Tf montrant le mécanisme de fluage dominant en chaque point.
- Cellules, sous-grains
- Sous-structure de dislocations : parois denses entourant des zones presque vides, stable au stade secondaire.
- Coble (fluage de)
- Fluage-diffusion par les joints de grains ; vitesse ∝ σ/d³, dominant aux températures moyennes.
- D, D0, Dj
- Coefficient de diffusion (m²/s) ; son facteur pré-exponentiel ; coefficient d'autodiffusion aux joints.
- d, d*
- Taille de grain ; taille de grain pour laquelle les fluages de Nabarro et de Coble ont la même vitesse.
- δ
- « Épaisseur » effective d'un joint de grains, ≈ 0,5 nm.
- Détensionnement
- Traitement thermique après soudage qui abaisse les contraintes résiduelles, en grande partie par relaxation.
- Dislocation coin, ⊥
- Défaut linéaire : bord d'un demi-plan d'atomes en trop. Elle glisse dans son plan et peut monter en absorbant des lacunes.
- E
- Module d'Young (≈ 210 GPa pour l'acier à 20 °C, ≈ 170 GPa vers 550 °C).
- ε, ε0, εr
- Déformation ; déformation instantanée à la mise en charge ; déformation à rupture, ou ductilité en fluage.
- ε̇, ε̇min
- Vitesse de déformation dε/dt (s⁻¹) ; vitesse minimale, ou secondaire.
- exp, ln, log
- Fonction exponentielle ; logarithme népérien, sa réciproque ; logarithme décimal (log 10ⁿ = n).
- Fluage
- Déformation plastique continue sous charge ou contrainte imposée, généralement à haute température.
- Fluage-diffusion
- Fluage par transport d'atomes (Nabarro, Coble), aux faibles contraintes et hautes températures ; n = 1.
- Fluage-dislocations
- Fluage par glissement et montée des dislocations ; n de 3 à 8 et plus.
- Fluage primaire, secondaire, tertiaire
- Stades I (vitesse décroissante), II (vitesse minimale, quasi constante), III (vitesse croissante jusqu'à la rupture).
- Glissement thermiquement activé
- Glissement des dislocations où l'agitation thermique aide à franchir les obstacles.
- h
- Taux de durcissement ∂σi/∂ε (MPa).
- IWE
- International Welding Engineer : ingénieur international en soudage.
- k, R, NA
- Constante de Boltzmann (1,381 × 10⁻²³ J/K) ; constante des gaz parfaits (8,314 J/(mol·K)) ; nombre d'Avogadro (R = NAk).
- Lacune, □
- Site vide du réseau cristallin ; véhicule de la diffusion des atomes.
- Montée
- Déplacement d'une dislocation coin hors de son plan de glissement par absorption (ou émission) de lacunes.
- μ
- Module de cisaillement, E/(2(1 + ν)) ≈ 0,38 E ; σ/μ est la contrainte réduite.
- n
- Exposant de contrainte de la loi de Norton, sans dimension.
- Nabarro (fluage de, ou de Nabarro-Herring)
- Fluage-diffusion à travers le volume des grains ; vitesse ∝ σ/d², dominant près de la fusion.
- Norton (loi de)
- ε̇ = ε̇0(σ/μ)ⁿexp(−Q/kT) : vitesse de fluage secondaire.
- P91
- Acier 9 % Cr - 1 % Mo au vanadium et au niobium, X10CrMoVNb9-1, utilisé vers 600 °C.
- Plan de glissement
- Plan dans lequel une dislocation se déplace par glissement.
- Q, QD, QDj
- Énergie d'activation (J/mol avec R, J par atome avec k) ; de l'autodiffusion en volume ; aux joints.
- r
- Vitesse de restauration ∂σi/∂t (MPa/s), négative.
- Relaxation
- Baisse de la contrainte d'une pièce dont la déformation totale est bloquée.
- Restauration
- Réarrangement et annihilation des dislocations, sans nouveaux grains.
- σ, σi, σe
- Contrainte appliquée ; contrainte interne ; contrainte efficace σ − σi.
- T, Tf, T/Tf
- Température absolue (K) ; température de fusion (K) ; température homologue.
- tr
- Durée de vie, ou temps à rupture, en fluage.
- Type IV (fissuration de)
- Rupture par fluage dans la zone à grains fins ou intercritique de la ZAT des aciers résistant au fluage (cours 2).
- ZAT
- Zone affectée thermiquement par le soudage.
- ∂
- « d rond » : dérivée partielle, variation par rapport à une variable, les autres étant figées.
- ∝
- « Proportionnel à ».
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