Brasage fort et brasage tendre, série 1.16 : de la goutte qui mouille au joint qualifié

Mouiller et remplir : les principes du brasage

Cours1 sur 4 : comprendre pourquoi une brasure tient
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequislire un diagramme binaire (Métallurgie, cours 0) ; la dilatation ΔL = α·L·ΔT
À la fin tu saisdistinguer brasage fort, brasage tendre, soudobrasage et soudage, chiffrer le mouillage et la capillarité, choisir un jeu, lire l'intervalle de fusion d'un apport et décrire ce qui se passe à l'interface

Un frigoriste chauffe au chalumeau un raccord en cuivre. Quand la couleur du métal est la bonne, il pose une baguette au bord du joint : le métal fondu disparaît dans l'interstice, même vers le haut, contre la gravité, et ressort de l'autre côté en un fin liseré brillant. Le tube et le raccord n'ont pas fondu. Pourtant, une heure plus tard, le circuit tiendra plusieurs dizaines de bar de fluide frigorigène pendant des années. Ce cours explique ce petit miracle par trois verbes : mouiller (le métal liquide s'accroche à la surface), remplir (la capillarité l'aspire dans le jeu) et se lier (les atomes du liquide et du solide échangent un peu de matière). Ce sont les principes communs au brasage fort et au brasage tendre, que la suite de la série applique aux flux, aux procédés, à la conception et au contrôle.

Le code couleur de la série

Orange : les tensions et les forces qui tirent : tensions superficielles γ, pression capillaire Δp.
Noir : la géométrie dessinée (pièces, jeu, repères).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers l'atelier.

Avant de commencer

Les bases à avoir en tête, en trois cases

Ce premier cours de la série s'appuie sur le cours 0 de la série « Métallurgie » (le diagramme plomb-étain).

Tsol < Tliq
Un alliage fond sur un intervalle : il commence à fondre au solidus Tsol et il est entièrement liquide au liquidus Tliq. L'eutectique fond d'un coup : 183 °C pour Sn-Pb à 61,9 % d'étain (Métallurgie, cours 0).
fL = (C0 − Cs)/(CL − Cs)
La règle du levier : entre solidus et liquidus, la fraction de liquide fL se lit sur l'horizontale (conode), avec C0 la composition de l'alliage, Cs celle du solide et CL celle du liquide.
ΔL = α·L·ΔT
La dilatation thermique : une pièce de longueur L chauffée de ΔT s'allonge de ΔL. Le coefficient α (« alpha ») vaut environ 12 à 14 × 10⁻⁶ K⁻¹ (par kelvin, c'est-à-dire par degré d'écart) pour l'acier, 17 à 18 × 10⁻⁶ K⁻¹ pour le cuivre.
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours ouvre le sujet 1.16 « Brasage » du planning de la formation. Il correspond au module 1.16 Brazing and soldering (brasage fort et brasage tendre) du référentiel de l'IIW (International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure) pour la formation IWE. Ce référentiel attend notamment : les principes de fonctionnement des procédés de brasage, leurs paramètres, leurs applications, leurs avantages et leurs limites, l'influence de la préparation de surface, des métaux d'apport et des flux, et les problèmes à surmonter. Il s'appuie sur ce référentiel et sur les normes du domaine (ISO : Organisation internationale de normalisation ; EN : normes européennes) :
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWENormes et repères
1 Braser n'est pas souderprincipes, définitions, applications, avantages et limitesISO 857-2 (vocabulaire), ISO 4063 (numéros de procédés)
2 Le mouillagepourquoi la surface doit être propre et désoxydéeessais d'étalement et de mouillabilité
3 La capillaritéle moteur du remplissage, positions de brasagelois de Laplace, de Jurin et de Washburn
4 Le jeupréparation du joint, ajustement, dilatation différentiellejeux recommandés par familles d'apport
5 L'apport fondchoisir un apport, régler la température de brasageISO 17672 (apports de brasage fort), ISO 9453 (alliages de brasage tendre)
6 La liaison métallurgiqueérosion, diffusion, intermétalliques : les problèmes à surmonterbases de métallurgie de l'interface
Les valeurs physiques des métaux liquides et les modèles des manipulations 3 à 6 sont des ordres de grandeur ou des modèles pédagogiques, signalés comme tels ; pour un cas réel, la fiche technique du métal d'apport et le cours de référence de la formation font foi.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Le coordinateur en soudage (ISO 14731) répond aussi des assemblages brasés de l'atelier : circuits frigorifiques et de climatisation, échangeurs de chaleur en cuivre, en inox ou en aluminium, raccords de plomberie et de gaz, outils à plaquettes de carbure, pièces d'aubes de turbines, cartes électroniques. Il rédige ou valide le mode opératoire de brasage, fait qualifier les braseurs, choisit l'apport et le flux, et juge les défauts. Toutes ces décisions reposent sur les principes de ce cours : un joint brasé qui fuit est presque toujours un joint mal mouillé, mal rempli ou trop longtemps chauffé.

La série en quatre cours

1 Mouiller et remplirLes principes : mouillage, capillarité, jeu, fusion de l'apport, liaison.
2 Vaincre les oxydesPréparation, flux, atmosphères, vide et métaux d'apport.
3 Chauffer et exécuterLes procédés de brasage et le mode opératoire.
4 Concevoir et contrôlerLe joint, les matériaux, les imperfections et les contrôles.

Le plan du cours

  1. 1Braser n'est pas souder

    Le métal de base ne fond pas : brasage tendre, brasage fort, soudobrasage, et le seuil des 450 °C.

  2. 2Le mouillage

    Pourquoi une goutte s'étale ou perle : tensions superficielles, angle de contact, oxydes.

  3. 3La capillarité

    La succion qui aspire la brasure dans le jeu, même vers le haut.

  4. 4Le jeu

    Ni trop serré ni trop large, et mesuré à chaud : la dilatation s'en mêle.

  5. 5L'apport fond

    Solidus, liquidus, eutectiques, température de brasage et liquation.

  6. 6La liaison métallurgique

    Dissolution, diffusion, intermétalliques : ce qui soude vraiment les atomes.

1

Braser n'est pas souder

Le métal de base ne fond pas : seul l'apport devient liquide

🌡️Image à retenirLe thermomètre et son trait rouge à 450 °C : au-dessous le brasage tendre, au-dessus le brasage fort, et tout en haut le solidus du métal de base, qu'on n'atteint jamais
👁 Niveau 1 : voir le thermomètre

Souder (au sens du soudage par fusion), c'est faire fondre les bords des deux pièces, souvent avec un métal d'apport de même nature. Les métaux liquides se mélangent dans un bain de fusion, puis se solidifient ensemble : il n'y a plus deux pièces, mais une seule.

Braser, c'est chauffer les pièces sans les fondre, et apporter un autre métal, le métal d'apport, qui fond à plus basse température qu'elles. Ce métal liquide s'accroche aux surfaces (il les mouille, chapitre 2), il est aspiré dans le mince interstice laissé entre les pièces, le jeu (chapitre 3), puis il se solidifie. Le joint ressemble à un mur de pierres jointoyées au mortier, à une différence près : ce « mortier » est un métal, et il s'accroche aux pierres par de vraies liaisons métalliques (chapitre 6), pas par une simple adhérence.

Dans l'atelier, le métal d'apport s'appelle souvent la brasure (« une brasure à 40 % d'argent ») ; le mot désigne aussi parfois le joint lui-même. Ce cours dit apport ou brasure pour l'alliage, et joint brasé pour le résultat.

Une seule température sépare les deux grandes familles, celle de la fin de fusion de l'apport, son liquidus :

Tliq < 450 °C : brasage tendreTliq > 450 °C : brasage fort

Tliq : liquidus du métal d'apport. Dans les deux cas, il reste inférieur au solidus du métal de base, qui ne fond jamais.

AssemblageLes pièces fondent ?ApportComment il remplitExemples
Soudage par fusionouide même nature que les piècesbain de fusionMIG, TIG, électrode enrobée
Brasage fortnonliquidus > 450 °C : alliages d'argent, de cuivre, de nickel, d'aluminiumcapillaritéfrigorifique, échangeurs, outils carbure
Brasage tendrenonliquidus < 450 °C : alliages d'étaincapillaritéélectronique, plomberie sanitaire
Soudobrasagenonapport de brasage fort, souvent un laitondéposé dans un chanfrein, comme une soudureréparation de fonte, tôles galvanisées
Collagenonpolymère (colle)étalement, puis durcissementcarrosserie, aéronautique

Manipulation 1 : l'échelle des températures

Choisis un métal de base, puis un métal d'apport. L'échelle place le solidus du métal de base, l'intervalle de fusion de l'apport et sa température de brasage usuelle Tb. Elle dit de quel assemblage il s'agit et si la marge de température est suffisante. Valeurs arrondies, à titre d'ordre de grandeur.

Métal de base

Métal d'apport

🎓 Niveau 2 : maîtriser les définitions normalisées
📖 Brasage (vocabulaire de l'ISO 857-2) : assemblage de pièces métalliques au moyen d'un métal d'apport dont le liquidus est inférieur au solidus des métaux de base. L'apport liquide mouille les surfaces et se répartit dans le joint, le plus souvent par capillarité ; les métaux de base ne fondent pas. On parle de brasage tendre (en anglais soldering) quand le liquidus de l'apport est inférieur à 450 °C, et de brasage fort (brazing) quand il est supérieur.
📖 Soudobrasage (braze welding, que l'ISO 4063:2023 appelle weld brazing) : assemblage avec un apport de brasage fort, souvent un laiton ou un bronze, déposé dans un chanfrein ou en angle comme une soudure, de proche en proche, sans recours à la capillarité. Le métal de base ne fond toujours pas.
📖 Brasage-diffusion : brasage suivi d'un maintien prolongé en température, pendant lequel certains éléments de l'apport diffusent dans le métal de base. Le joint s'appauvrit en éléments à bas point de fusion et finit par refondre beaucoup plus haut que l'apport de départ (chapitre 6).

La condition thermique, en une ligne

Tliq(apport) ≤ Tb < Tsol(base)

Tb : température de brasage, en général quelques dizaines de degrés au-dessus du liquidus de l'apport (chapitre 5) ; Tsol : solidus du métal de base. La différence Tsol − Tb est la marge : plus elle est faible, plus la régulation de température doit être fine.

Exemple. Apport Ag 155 (55 % d'argent, intervalle de fusion 630 à 660 °C), brasé vers 680 °C sur un acier non allié (solidus ≈ 1 470 °C) : brasage fort, marge ≈ 790 °C, très confortable. Le même apport sur un aluminium 3003 (solidus ≈ 643 °C) est impossible : l'aluminium fondrait avant que l'apport soit liquide. Pour l'aluminium, on utilise des apports aluminium-silicium vers 600 °C, avec une marge d'à peine 40 °C.

💡 Classer un assemblage en trois questions, dans cet ordre. Le métal de base fond-il ? Si oui, c'est du soudage. Sinon, le liquidus de l'apport dépasse-t-il 450 °C ? Non : brasage tendre. Oui : l'apport est-il aspiré par capillarité dans un jeu (brasage fort) ou déposé dans un chanfrein (soudobrasage) ?

Les numéros de procédés

L'ISO 4063 numérote les procédés de soudage et techniques connexes. Le brasage fort, le brasage tendre et le soudobrasage forment le procédé principal 9 :

  • 91 brasage fort avec chauffage local : 912 à la flamme (au chalumeau), 916 par induction, 918 par résistance, 919 brasage-diffusion ;
  • 92 brasage fort avec chauffage global : 921 au four, 922 sous vide, 923 et 924 en bain ;
  • le brasage tendre a ses propres groupes, à partir de 94 ;
  • 97 soudobrasage, par exemple 972 à l'arc (le « brasage MIG » des tôles galvanisées).

Ces numéros figurent sur les descriptifs de modes opératoires et sur les plans (ISO 2553). Le cours 3 de la série détaille les procédés.

Avantages et limites

Ce que le brasage permetCe qu'il impose
assembler des matériaux différents : cuivre-acier, carbure-acier, métal-céramiqueun jeu précis et des surfaces très propres, désoxydées
peu de déformation et pas de zone fondue, sur des pièces minces ou délicatesune résistance de l'apport souvent inférieure à celle des pièces, compensée par un recouvrement suffisant (cours 4)
réaliser des dizaines de joints en un seul passage au four, même invisiblesune température de service limitée par l'apport (et non par les pièces)
des joints étanches, bons conducteurs de la chaleur et de l'électricitésouvent un flux, dont les résidus corrosifs doivent être éliminés
un aspect net, et parfois le démontage par chauffageun contrôle difficile de l'intérieur du joint ; des risques de corrosion galvanique
⚠️ Piège : la « soudure à l'étain » n'est pas une soudure. Le langage courant dit « souder à l'étain » ; c'est du brasage tendre, puisque le cuivre ou la patte du composant ne fondent pas. À l'examen, utilise le vocabulaire normalisé.
⚠️ Piège : le seuil porte sur l'apport. La frontière des 450 °C concerne le liquidus du métal d'apport, pas la température atteinte par les pièces ni celle de la flamme.
🧠 Mnémotechnique : « tendre comme l'étain, fort comme l'argent, et la frontière à 450 ». Et pour la règle d'or : « l'apport fond, la pièce jamais ».
🔥 Où le brasage s'impose

Les circuits frigorifiques en cuivre (apports cuivre-phosphore et à l'argent, au chalumeau), les radiateurs automobiles en aluminium (apports Al-Si, au four, des centaines de joints à la fois), les échangeurs à plaques en inox (brasés au cuivre ou au nickel, au four), les outils à plaquettes de carbure (apports à l'argent), les aubes et distributeurs de turbines (apports au nickel, sous vide) et toute l'électronique (alliages d'étain). Le soudage y serait impossible ou ruineux : pièces trop minces, matériaux trop différents, joints trop nombreux ou inaccessibles.

2

Le mouillage

Pourquoi une goutte s'étale ou perle

💧Image à retenirLa goutte d'eau perle sur la feuille de chou et s'étale en flaque sur la vitre propre
👁 Niveau 1 : voir la goutte

Au cœur d'un liquide, chaque atome est entouré de voisins qui le retiennent de tous côtés. En surface, il lui manque des voisins : il est moins lié, donc dans un état d'énergie plus élevé. Créer de la surface coûte de l'énergie. Livré à lui-même, un liquide réduit sa surface au minimum : il se met en boule, comme une goutte de mercure.

Posée sur un solide, la goutte arbitre entre deux tendances : rester en boule (sa propre cohésion), ou s'étaler parce que le solide « préfère » être recouvert par elle. Le résultat se lit sur un seul nombre, l'angle de contact θ (« thêta ») : l'angle que fait la surface du liquide avec le solide, au bord de la goutte, mesuré à travers le liquide.

  • θ proche de 0° : la goutte s'étale en film, le liquide mouille parfaitement le solide ;
  • θ < 90° : le liquide mouille, d'autant mieux que θ est petit ;
  • θ > 90° : il ne mouille pas, la goutte perle et roule.

Pour braser, il faut un angle petit : moins de 30° environ, idéalement quelques degrés. Or un métal propre a une énergie de surface très élevée : il « réclame » d'être recouvert, et un métal liquide l'enveloppe volontiers. Mais il suffit d'une pellicule d'oxyde ou d'un film de graisse, dont l'énergie est bien plus faible, pour que la même brasure se mette en perle. Le flux du braseur (cours 2) joue le rôle du liquide vaisselle : il nettoie la surface pour que la goutte s'étale.

Manipulation 2 : la goutte

Trois tensions superficielles tirent sur le bord de la goutte (la ligne triple, où se rencontrent solide, liquide et gaz ou flux) : γSV (solide-vapeur) tire vers l'extérieur, γSL (solide-liquide) tire vers l'intérieur, et γLV (liquide-vapeur) tire le long de la surface du liquide. Règle les trois, ou choisis un exemple. Les valeurs des exemples métalliques sont pédagogiques, d'un ordre de grandeur plausible.

🎓 Niveau 2 : maîtriser l'équation de Young
📖 Tension superficielle γ (« gamma ») : énergie à fournir pour créer un mètre carré de surface, ou, ce qui revient au même, force par mètre de longueur qui tire le long de la surface. Unité : J/m² = N/m. Ordres de grandeur : eau 0,072 N/m ; étain liquide ≈ 0,5 N/m ; argent ou alliages d'argent liquides ≈ 0,9 à 1 N/m ; cuivre liquide ≈ 1,3 N/m. Une surface de métal propre a une énergie de l'ordre de 1 à 2,5 J/m² ; un oxyde ou un film organique, beaucoup moins.

À l'équilibre, la ligne triple ne bouge pas : les composantes horizontales des trois tensions s'équilibrent. C'est l'équation de Young (1805) :

γSV = γSL + γLV·cos θ  ⟹  cos θ = γSV − γSLγLV

S, L, V : solide, liquide, vapeur (ou gaz, ou flux) ; cos : cosinus de l'angle

Le mouillage est bon quand γSV est grand (surface propre et métallique), γSL petit (le liquide et le solide « s'entendent » bien, par exemple parce qu'ils se dissolvent un peu l'un dans l'autre) et γLV modéré.

Deux grandeurs complètent le tableau :

Wa = γLV(1 + cos θ)
Travail d'adhésion (relation de Young-Dupré) : l'énergie à fournir pour décoller un mètre carré de liquide du solide. Il double quand θ passe de 90° à 0°.
S = γSV − γSL − γLV
Coefficient d'étalement : si S ≥ 0, l'équation de Young n'a plus de solution, la goutte s'étale complètement (θ = 0).

Exemple. Un étain liquide (γLV = 0,50 N/m) sur un cuivre décapé, avec γSV − γSL = 0,48 N/m : cos θ = 0,48/0,50 = 0,96, soit θ ≈ 16°, et Wa = 0,50 × 1,96 = 0,98 J/m². Sur un cuivre oxydé, γSV − γSL devient négatif, par exemple −0,20 N/m : cos θ = −0,4, θ ≈ 114°, la goutte perle.

Ce qui améliore le mouillage

  • Une surface métallique propre : dégraissée, désoxydée par un flux, une atmosphère réductrice ou le vide (cours 2).
  • Une réaction à l'interface : un apport qui dissout un peu le métal de base ou forme un composé avec lui abaisse γSL. Le mouillage d'un métal par son propre alliage est excellent ; les brasures dites « actives » contiennent du titane pour réagir avec une céramique.
  • La température : quelques dizaines de degrés au-dessus du liquidus, le liquide est plus fluide, le flux plus actif, les réactions plus rapides. Mais trop chaud, tout s'emballe (chapitre 6).
  • Une légère rugosité, seulement si le liquide mouille déjà : la rugosité amplifie la tendance existante (loi de Wenzel, cos θ* = r·cos θ, avec r ≥ 1 le rapport entre surface réelle et surface apparente). Un sablage fin aide un bon mouillage à s'étendre ; il aggrave un mauvais mouillage.
💡 Le test du film d'eau, à l'atelier : après dégraissage, rince la pièce à l'eau propre. Si l'eau forme un film continu, la surface est propre ; si le film se rompt en gouttelettes, il reste un film gras, et la brasure perlera de la même façon.
⚠️ Piège : l'angle se mesure dans le liquide. Un « grand angle » mesuré du côté de l'air correspond à un petit θ. Dessine toujours la goutte, puis l'angle entre le solide et la tangente au liquide, côté liquide.
⚠️ Piège : mouiller n'est pas coller. Le mouillage établit un contact atome contre atome entre le liquide et le métal. C'est la condition des liaisons métalliques du chapitre 6, bien plus fortes que l'adhérence d'une colle. Une brasure posée sur un oxyde ne « colle » pas : elle se détache.
🧠 Mnémotechnique : « petit angle, grand mouillage ». Et pour Young : « le solide tire vers l'extérieur ; l'interface et le liquide retiennent ».
🔥 L'œil du braseur

Un joint bien mouillé se reconnaît à son congé, le petit ménisque de brasure solidifiée au bord du joint : concave, lisse et brillant, il se raccorde à la pièce en pente douce. Un congé en bourrelet arrondi, qui se pose sur la pièce sans s'y fondre, trahit un grand angle : surface sale, oxydée ou pas assez chaude. En électronique, on mesure la mouillabilité d'une patte de composant au ménisographe (balance de mouillage), qui enregistre la force exercée par le ménisque ; ailleurs, on mesure l'aire d'étalement d'une quantité donnée d'apport.

3

La capillarité

Le jeu aspire la brasure, même vers le haut

☕Image à retenirLe morceau de sucre trempé dans le café : le liquide monte tout seul dans ses interstices
👁 Niveau 1 : voir le sucre dans le café

Trempe le coin d'un sucre dans le café : le liquide grimpe jusqu'en haut. Un essuie-tout, une mèche de bougie, une éponge font de même. Dans un passage étroit, un liquide qui mouille les parois prend une surface creusée, le ménisque. Cette courbure crée une dépression sous la surface : le liquide est aspiré dans le passage. C'est la capillarité, et plus le passage est étroit, plus l'aspiration est forte.

Le jeu d'un joint brasé est un passage de ce genre, d'un dixième de millimètre environ. La brasure liquide y est aspirée avec une telle force que :

  • elle monte de plus de 20 cm dans un jeu vertical de 0,1 mm : la gravité ne compte presque pas, on brase dans toutes les positions ;
  • elle remplit un joint de 2 cm en quelques centièmes de seconde, dès que tout le joint est assez chaud ;
  • elle ne coule que là où le joint est chaud : la brasure suit la chaleur. Une zone restée froide l'arrête net.

Revers de la médaille : la capillarité aspire aussi la brasure dans les fentes non désirées (filetages, joints voisins). On les protège avec un produit d'arrêt, une peinture qui empêche le mouillage.

Manipulation 3 : deux plaques et un bain

Deux plaques verticales, séparées par un jeu h, trempent dans l'apport liquide. Règle le jeu, l'angle de contact θ et la hauteur L du joint à remplir, puis lance le remplissage. Le dessin exagère le jeu ; les durées sont celles d'un joint déjà à la bonne température. Propriétés des liquides : ordres de grandeur.

🎓 Niveau 2 : maîtriser Laplace, Jurin et Washburn

Une surface liquide courbe sépare deux pressions différentes. La loi de Laplace donne l'écart Δp (« delta p ») en fonction des deux rayons de courbure R1 et R2 de la surface : Δp = γ(1/R1 + 1/R2). Entre deux plaques parallèles séparées de h, le ménisque est un demi-cylindre de rayon R = h/(2 cos θ), et l'autre courbure est nulle :

Δp = 2 γ cos θh

Δp : pression capillaire qui aspire le liquide (Pa, pascal, soit 1 N/m² ; 1 bar = 10⁵ Pa) ; γ : tension superficielle du liquide, notée γLV au chapitre 2 (N/m) ; h : jeu, distance entre les deux surfaces (m)

Dans un jeu vertical, le liquide monte jusqu'à ce que le poids de la colonne, ρ·g·H par unité de surface, équilibre Δp. C'est la loi de Jurin :

H = 2 γ cos θρ g h

H : hauteur d'équilibre (m) ; ρ : masse volumique du liquide (kg/m³) ; g = 9,81 m/s² : accélération de la pesanteur. Dans un tube de rayon r, remplace h par r.

La vitesse de remplissage est freinée par la viscosité μ (« mu », en Pa·s) du liquide. Pour un écoulement visqueux entre deux plaques, la longueur remplie ℓ croît comme la racine du temps : c'est la loi de Washburn, ici sans gravité (joint horizontal, ou ℓ petit devant H) :

ℓ² = γ h cos θ3 μ·tt = 3 μ L²γ h cos θ

ℓ : longueur déjà remplie à l'instant t ; L : longueur du joint à remplir

Exemple. Brasure Ag72Cu28 liquide (γ ≈ 0,95 N/m, ρ ≈ 8 900 kg/m³, μ ≈ 3,5 mPa·s), θ = 20° (cos θ = 0,94), jeu h = 0,1 mm = 10⁻⁴ m :

  • Δp = 2 × 0,95 × 0,94 / 10⁻⁴ ≈ 17 900 Pa, soit 0,18 bar : une succion modeste, mais appliquée sur un passage minuscule ;
  • H = 17 900 / (8 900 × 9,81) ≈ 0,20 m : la brasure monterait de 20 cm ;
  • t = 3 × 0,0035 × 0,02² / (0,95 × 10⁻⁴ × 0,94) ≈ 0,05 s pour un joint de 20 mm.
💡 Calcul de tête : pour une brasure à l'argent bien mouillante, H (en cm) ≈ 2 / h (en mm). Un jeu de 0,1 mm donne 20 cm, un jeu de 1 mm donne 2 cm.

Curiosité : l'eau monte presque aussi haut (≈ 15 cm dans le même jeu). Le métal liquide est neuf fois plus lourd, mais sa tension superficielle est treize fois plus forte ; seul compte le rapport γ/ρ.

Liquideγ (N/m)ρ (kg/m³)μ (mPa·s)H pour h = 0,1 mm, θ = 20°
Sn-Pb vers 230 °C≈ 0,47≈ 8 000≈ 2≈ 11 cm
Ag72Cu28 vers 810 °C≈ 0,95≈ 8 900≈ 3,5≈ 20 cm
Cuivre vers 1 120 °C≈ 1,3≈ 8 000≈ 4≈ 31 cm
Al-Si12 vers 600 °C≈ 0,85≈ 2 450≈ 1,4≈ 66 cm
Eau à 20 °C (θ = 0°)0,0721 0001≈ 15 cm

Ordres de grandeur pour des liquides propres ; un flux ou une atmosphère modifie γ.

Trois conséquences pratiques :

  • La gravité est négligeable tant que la hauteur du joint reste petite devant H : on brase au plafond comme à plat. Elle reprend la main dans les jeux larges (H ≈ 2 cm pour un jeu de 1 mm).
  • Le remplissage est limité par la chaleur, pas par l'écoulement : le liquide s'arrête là où la température tombe sous le liquidus, ou là où le flux n'a pas désoxydé la surface.
  • La racine du temps pénalise les grandes longueurs : deux fois plus long, quatre fois plus de temps.
⚠️ Piège : jeu radial ou jeu diamétral ? Dans un tube emmanché, le h des formules est la distance entre les deux surfaces, le jeu radial : (Dalésage − Dtube)/2. Les cotes d'usinage donnent souvent le jeu diamétral, deux fois plus grand. Confondre les deux double le jeu.
⚠️ Piège : la capillarité ne remplace pas la chaleur. Un joint chauffé d'un seul côté se remplit d'un seul côté. Si la brasure « ne passe pas », chercher d'abord une zone froide ou mal désoxydée, avant d'accuser le jeu.
🧠 Mnémotechnique : « moitié de jeu, double succion » : Δp et H varient comme 1/h.
🔥 Faire traverser la brasure

Au chalumeau, on chauffe d'abord largement la pièce la plus massive, puis on présente la baguette au bord du joint, du côté opposé à la flamme ou juste en avant d'elle : la brasure fondue est attirée vers la zone la plus chaude et traverse le joint, jusqu'à apparaître en congé de l'autre côté. Ce liseré complet est le premier signe d'un joint rempli. Faire fondre la baguette directement dans la flamme, sur une pièce encore froide, donne des gouttes qui roulent sans pénétrer.

4

Le jeu

Ni trop serré ni trop large, et mesuré à chaud

🖌️Image à retenirLe pinceau : ses poils serrés retiennent la peinture ; écarte-les, elle coule
👁 Niveau 1 : voir le pinceau

Le jeu est le paramètre que le concepteur fixe sur le plan, et il commande tout le reste. Comme les poils d'un pinceau, il doit être assez serré pour retenir le liquide, mais pas au point de l'empêcher d'entrer.

  • Jeu trop large : la succion capillaire faiblit (chapitre 3), la brasure ne remplit plus tout le joint ou retombe, laisse des vides, et la couche épaisse n'a plus que la résistance de l'alliage d'apport. On consomme aussi beaucoup plus d'apport.
  • Jeu trop serré : la brasure entre mal, et surtout le flux fondu et les gaz ne peuvent plus être chassés devant elle. Ils restent piégés : inclusions de flux, soufflures, manques de remplissage.
  • Bon jeu : quelques centièmes à un ou deux dixièmes de millimètre, selon l'apport et le procédé.

Mais le jeu qui compte est celui à la température de brasage, pas celui mesuré à l'atelier. Chauffées, les pièces se dilatent, et deux métaux différents ne se dilatent pas autant. Si la pièce extérieure se dilate plus que la pièce intérieure, le jeu s'ouvre ; dans le cas contraire, il se ferme, parfois jusqu'au serrage.

Manipulation 4 : le jeu à chaud

Un tube (pièce intérieure) est emmanché dans un manchon (pièce extérieure). Choisis les deux matériaux, l'apport et son procédé, le diamètre D et le jeu radial à froid h0. La manipulation calcule le jeu à la température de brasage et le compare à la plage recommandée. Coefficients de dilatation moyens : ordres de grandeur.

Pièce intérieure (tube, insert)

Pièce extérieure (manchon, logement)

Apport et procédé

🎓 Niveau 2 : maîtriser choisir et calculer le jeu

Les jeux recommandés

Famille d'apport et conditionsJeu radial à la température de brasage
Alliages d'argent, sous flux0,05 à 0,13 mm
Alliages d'argent ou cuivre pur, au four sous atmosphère protectrice0 à 0,05 mm
Cuivre-phosphore0,03 à 0,13 mm
Aluminium-silicium (au four)0,05 à 0,2 mm
Nickel (BNi, désignation AWS des apports au nickel), sous vide0,05 à 0,13 mm
Alliages d'étain (brasage tendre)≈ 0,05 à 0,2 mm
Soudobrasagepas de capillarité : chanfrein, comme une soudure

Ordres de grandeur d'après les recommandations usuelles des manuels de brasage (AWS, American Welding Society) ; les fiches techniques des fabricants d'apports font foi.

Pourquoi le four tolère-t-il des jeux presque nuls ? Sans flux à chasser, sous une atmosphère qui désoxyde les surfaces, un cuivre pur liquide, très fluide, pénètre même un léger serrage. Sous flux, il faut laisser au flux la place de s'échapper devant la brasure.

💡 Mesurer le jeu : pour un emmanchement, mesure le diamètre extérieur du tube et l'alésage du manchon, puis divise la différence par deux. Pour un recouvrement plan, un jeu de cales d'épaisseur suffit. Et pense à le recalculer à chaud.

Jeu et résistance du joint

Une couche mince de brasure, prise entre deux pièces plus résistantes, ne peut pas se contracter latéralement quand on la tire : les pièces la brident. Elle est alors dans un état de contraintes triaxial et ne plastifie que sous une contrainte plus élevée (c'est le même effet de bridage que dans le cœur d'une tôle épaisse). Résultat : à son jeu optimal, de quelques centièmes de millimètre, un joint bout à bout en acier brasé à l'argent peut résister nettement mieux que l'alliage d'apport massif. Quand le jeu grandit, le bridage disparaît et la résistance retombe vers celle de l'apport ; quand il devient trop petit, le remplissage incomplet la fait chuter.

Allure qualitative, sans échelle de résistance : le maximum et sa position dépendent de l'apport, du métal de base et de la forme du joint.

Le jeu à chaud

Un tube de diamètre D dans un manchon : chauffés de 20 °C à T, leurs diamètres augmentent de α·D·ΔT, chacun avec son propre coefficient α. Le jeu radial change de la moitié de la différence :

h(T) = h0 + D2(αext − αint)(T − 20)

h0 : jeu radial à 20 °C ; αext, αint : coefficients de dilatation moyens (K⁻¹) de la pièce extérieure et de la pièce intérieure, entre 20 °C et T

Matériauα moyen jusqu'à 600 à 800 °C (× 10⁻⁶ K⁻¹)
Carbure de tungstène WC-Co≈ 6
Titane≈ 10
Acier non allié≈ 14
Inox austénitique, cuivre≈ 18
Laiton≈ 21
Aluminium≈ 25

Exemple. Tube de cuivre de diamètre 20 mm dans un manchon d'acier, brasé à 750 °C : Δh = 10 × (14 − 18) × 10⁻⁶ × 730 ≈ −0,029 mm. Un jeu de 0,05 mm à froid tombe à 0,021 mm à chaud : trop serré pour un brasage sous flux. Inverse les matériaux (acier dedans, cuivre dehors) : le jeu passe à 0,079 mm, en plein dans la plage.

Le refroidissement compte aussi. Si la pièce extérieure est la plus dilatable, elle se rétracte davantage en refroidissant et vient serrer la pièce intérieure : la brasure travaille en compression, ce qui lui convient. Dans le cas inverse, la pièce intérieure se rétracte plus et tire sur la brasure. C'est pourquoi un insert de carbure (α ≈ 6) dans un logement d'acier (α ≈ 14) voit son jeu s'ouvrir au chauffage puis se retrouve comprimé au refroidissement : bon pour le jeu, mais source de contraintes résiduelles sur les grandes plaquettes (cours 4).

⚠️ Piège : les tolérances d'usinage. Le jeu réel varie entre un minimum et un maximum selon les tolérances des deux pièces. Il faut que les deux extrêmes, recalculés à chaud, restent dans la plage recommandée.
⚠️ Piège : les grands diamètres. L'écart de dilatation est proportionnel à D. Sur un tube de cuivre de 100 mm dans un manchon d'acier, à 700 °C, le jeu se ferme de 0,14 mm : un jeu à froid « normal » devient un serrage.
🧠 Mnémotechnique : « le plus dilatable dehors » : le jeu s'ouvre à chaud, et le joint se serre en refroidissant.
🔥 Tenir le jeu pendant la chauffe

Le jeu ne se garantit pas seulement par l'usinage : il faut que les pièces ne bougent pas pendant le cycle. Les raccords capillaires de plomberie et de froid sont fabriqués aux dimensions des tubes normalisés pour donner directement un jeu capillaire. En brasage au four, on maintient les pièces par leur propre poids, par sertissage, moletage, points de soudure ou montages, et on proscrit les montages qui brident la dilatation : un bridage pendant la chauffe peut aussi provoquer des fissures (cours 4).

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L'apport fond

Solidus, liquidus, et le piège de la liquation

🧊Image à retenirLe glaçon fond d'un coup à 0 °C ; le beurre ramollit longtemps avant de couler : l'eutectique et l'alliage à intervalle
👁 Niveau 1 : voir le glaçon et le beurre

Un métal pur, comme un glaçon, fond à une seule température. La plupart des alliages, comme le beurre, ramollissent sur un intervalle de fusion : ils commencent à fondre au solidus, restent pâteux (un mélange de cristaux et de liquide), et ne sont entièrement liquides qu'au liquidus. Seuls les alliages de composition eutectique fondent d'un coup, comme un métal pur, et plus bas que leurs constituants (Métallurgie, cours 0).

  • Un apport eutectique ou à intervalle étroit coule d'un coup, très fluide : il convient aux jeux serrés, au four, aux cycles automatisés.
  • Un apport à large intervalle reste pâteux sur des dizaines de degrés : il se « travaille », comble un jeu un peu large, forme un beau congé. Mais il a un piège.

Ce piège, c'est la liquation. Si l'on chauffe lentement un apport à large intervalle, le premier liquide qui apparaît, riche en éléments à bas point de fusion, est aussitôt aspiré par la capillarité. Il laisse sur place un squelette appauvri en ces éléments, qui ne fond plus à la température de brasage : un résidu infusible au bord du joint, et un joint mal rempli. Remède : traverser vite l'intervalle de fusion, ou choisir un apport eutectique pour les chauffes lentes (au four).

La température de brasage se règle en général quelques dizaines de degrés au-dessus du liquidus, pour que l'apport soit bien fluide. Les fiches techniques européennes indiquent aussi une température de travail : la plus basse température de surface à laquelle l'apport mouille et s'étale. Pour un alliage à large intervalle, elle peut se situer sous le liquidus, dans la zone pâteuse.

Manipulation 5 : quatre diagrammes de brasure

Choisis un système binaire, puis une composition (ou un alliage du commerce). Le diagramme donne le solidus, le liquidus et l'intervalle de fusion ; le curseur de température place l'état de l'alliage et la règle du levier. Lance la chauffe lente pour voir la liquation. Diagrammes simplifiés (lignes droites entre les points remarquables), recalés sur les intervalles des alliages commerciaux à une dizaine de degrés près.

🎓 Niveau 2 : maîtriser lire un apport sur son diagramme

Quatre eutectiques à connaître

SystèmeEutectiqueUsage
Étain-plomb183 °C, 61,9 % Snbrasage tendre historique (électronique, plomberie)
Aluminium-silicium577 °C, 12,6 % Sibrasage fort de l'aluminium
Cuivre-phosphore714 °C, 8,4 % Pbrasage du cuivre (frigorifique, sanitaire)
Argent-cuivre779 °C, 71,9 % Agbase des brasures à l'argent ; brasage au four

Des apports du commerce

Les apports de brasage fort sont désignés dans l'ISO 17672 par leur famille et un numéro (Ag 155, CuP 284…) ; les alliages de brasage tendre, dans l'ISO 9453, par leur composition. Ordres de grandeur des intervalles de fusion :

ApportComposition (en masse)Solidus → liquidus
Sn63Pb3763 % Sn, 37 % Pb183 °C (quasi eutectique)
SAC305Sn, 3 % Ag, 0,5 % Cu (sans plomb)217 → 220 °C
Al-Si12 (4047), Al-Si10 (4045), Al-Si7,5 (4343)aluminium, 12, 10 ou 7,5 % Si577 → 582, 591, 613 °C
Ag 15555 % Ag, Cu, Zn, Sn630 → 660 °C
Ag 14545 % Ag, Cu, Zn, Sn640 → 680 °C
CuP 28480 % Cu, 15 % Ag, 5 % P645 → 800 °C
CuP 17994 % Cu, 6 % P710 → 890 °C
Ag72Cu2872 % Ag, 28 % Cu779 °C (eutectique)
Ni 620 (BNi-2)Ni, 7 % Cr, 4,5 % Si, 3 % B, 3 % Fe970 → 1 000 °C
Cuivre purCu ≥ 99,9 %1 083 → 1 085 °C
💡 Reconnaître un eutectique sur une fiche technique : le solidus et le liquidus y sont égaux, ou ne diffèrent que de quelques degrés. Un écart de plusieurs dizaines de degrés signale un apport pâteux.

Chaque élément a un rôle. L'argent abaisse la température de fusion et donne de la ductilité. Le zinc et l'étain l'abaissent encore, mais le zinc s'évapore si l'on surchauffe (fumées, porosités). Le phosphore abaisse le point de fusion du cuivre et réduit l'oxyde de cuivre : les apports cuivre-phosphore sont autodécapants sur le cuivre, sans flux. Le silicium joue ce rôle d'abaisseur dans l'aluminium, le bore et le silicium dans le nickel. Les apports au cadmium, autrefois courants, ne s'emploient plus en raison de la toxicité de leurs fumées (cours 2).

La liquation, chiffrée

Prends l'alliage Ag50Cu50 sur le diagramme simplifié argent-cuivre. Son solidus est l'eutectique, 779 °C ; son liquidus, sur la droite qui joint le cuivre pur (1 085 °C) à l'eutectique, vaut 1 085 − 306 × 50/71,9 ≈ 872 °C. À 820 °C, la conode coupe le solidus du cuivre α à Cs ≈ 6,9 % Ag et le liquidus à CL ≈ 62,3 % Ag. Règle du levier :

fL = 50 − 6,962,3 − 6,9 ≈ 0,78

78 % de liquide, riche en argent, et 22 % de cristaux de cuivre presque pur

Si ce liquide file dans le joint, le squelette restant (6,9 % Ag) a un liquidus d'environ 1 056 °C : il ne refondra jamais au cours du brasage. D'où la règle : chauffer vite à travers l'intervalle, ou choisir l'eutectique Ag72Cu28 pour les chauffes lentes.

⚠️ Piège : plus d'argent ne veut pas dire plus fusible. L'Ag72Cu28 fond à 779 °C, alors que l'Ag 155, qui contient moins d'argent mais du zinc et de l'étain, fond entre 630 et 660 °C. Lis le diagramme ou la fiche technique, pas la seule teneur en argent.
⚠️ Piège : le solidus n'est pas la température de brasage. À la température du solidus, l'apport commence à peine à fondre. On brase au-dessus du liquidus, ou au moins à la température de travail indiquée par le fabricant.
🧠 Mnémotechnique : « glaçon ou beurre ? » Avant de braser, demande-toi si ton apport fond comme un glaçon (eutectique) ou comme du beurre (intervalle). Et pour la liquation : « le jus s'en va, le squelette reste ».
🔥 Lire une fiche technique d'apport

Une fiche d'apport donne la désignation normalisée, la composition, le solidus, le liquidus, la température de travail, la masse volumique, le jeu conseillé, le flux associé et les matériaux de base visés. Le braseur règle sa chauffe sur la température de travail ; le concepteur vérifie que le solidus de l'apport reste bien au-dessus de la température de service, avec une marge.

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La liaison métallurgique

Dissoudre, diffuser, réagir

🤝Image à retenirLa poignée de main : le liquide et le solide se touchent, échangent un peu de matière, et fabriquent parfois ensemble une couche nouvelle
👁 Niveau 1 : voir la poignée de main

Quand la brasure mouille le métal de base, leurs atomes se touchent et forment des liaisons métalliques, les mêmes qu'à l'intérieur d'un métal. Trois échanges suivent, chacun avec son bon et son mauvais côté.

  1. Dissoudre. Le liquide dissout un peu de métal de base, comme le thé dissout le sucre jusqu'à saturation. C'est utile, car l'interface devient un alliage continu. Mais c'est aussi l'érosion : une paroi mince ou une ailette peut être rongée, voire percée. La quantité dissoute est limitée par la saturation du liquide, qui se lit sur le diagramme de phases et augmente vite avec la température.
  2. Diffuser. Des atomes de l'apport migrent dans le métal de base, et inversement, sur quelques micromètres (µm, millièmes de millimètre). La zone de diffusion assure une transition progressive ; sa profondeur croît comme la racine du temps.
  3. Réagir. Certains couples forment à l'interface des composés intermétalliques : des cristaux de composition fixe, durs et fragiles, comme Cu6Sn5 entre l'étain et le cuivre. Une couche mince et continue, de l'ordre du micromètre, est la signature d'une bonne liaison ; une couche épaisse devient le maillon faible.

La règle du braseur en découle : assez chaud et assez longtemps pour mouiller et remplir, pas plus. Chaque degré et chaque seconde en trop augmentent l'érosion et l'épaisseur d'intermétallique.

Le brasage-diffusion exploite au contraire la diffusion. On prolonge volontairement le maintien : les éléments qui abaissent le point de fusion de l'apport (bore, silicium, phosphore) diffusent hors du joint, si bien que le liquide se solidifie à la température de brasage, sans refroidir. Le joint refond ensuite bien au-dessus de la température de brasage, ce qui intéresse les pièces chaudes des turbines.

Manipulation 6 : la coupe du joint

Deux cas d'école. Brasage fort : un eutectique Ag72Cu28 entre deux pièces de cuivre ; règle la température, la durée et le jeu, et lis l'érosion et la zone de diffusion. Brasage tendre : de l'étain sur du cuivre ; lis l'épaisseur de l'intermétallique Cu6Sn5. Modèles pédagogiques calés sur des ordres de grandeur publiés ; la coupe n'est pas à l'échelle, et les pointillés marquent les surfaces d'origine des pièces.

🎓 Niveau 2 : maîtriser chiffrer les trois échanges

La diffusion

Les atomes d'un solide sautent de site en site. Leur vitesse moyenne de migration se mesure par le coefficient de diffusion D (en m²/s), qui suit une loi d'Arrhenius. La profondeur atteinte en un temps t suit la loi de Fick :

x ≈ 2√(D·t)D = D0·exp(−Q/(RT))

x : profondeur de diffusion (m) ; D0 : facteur de fréquence (m²/s) ; Q : énergie d'activation (J/mol) ; R = 8,314 J/(mol·K) ; T en kelvins (T(K) = T(°C) + 273,15) ; exp : exponentielle ; √ : racine carrée

Exemple. Argent dans le cuivre, diffusion en volume (ordre de grandeur : D0 ≈ 6 × 10⁻⁵ m²/s, Q ≈ 194 kJ/mol). À 820 °C (1 093 K) : D ≈ 6 × 10⁻⁵ × exp(−194 000/(8,314 × 1 093)) ≈ 3,2 × 10⁻¹⁴ m²/s. En 60 s : x ≈ 2√(3,2 × 10⁻¹⁴ × 60) ≈ 2,8 µm. Les joints de grains offrent des chemins bien plus rapides : la brasure peut s'y infiltrer plus loin, ce qui prépare la fissuration par métal liquide (cours 4).

La dissolution : c'est la saturation qui commande

Le liquide dissout le métal de base jusqu'à atteindre la composition du liquidus à la température de brasage. Exemple de l'eutectique Ag72Cu28 (28,1 % Cu) entre deux pièces de cuivre, avec le diagramme simplifié :

  • à 820 °C, le liquide en équilibre avec le cuivre contient 100 − 71,9 × (1 085 − 820)/306 ≈ 37,7 % Cu ;
  • bilan de matière : chaque gramme d'apport dissout x = (0,377 − 0,281)/(1 − 0,377) ≈ 0,155 g de cuivre ;
  • dans un jeu h = 0,1 mm, les masses volumiques de l'apport et du cuivre étant voisines (≈ 9 g/cm³), l'érosion vaut sur chaque face e ≈ x·h/2 ≈ 7,7 µm.

À 900 °C, le liquide en équilibre contient 56,5 % Cu : x ≈ 0,65 et e ≈ 33 µm par face, plus de quatre fois plus. Dans un jeu mince, la saturation est atteinte en une seconde environ : la durée compte peu, c'est la surchauffe et la quantité de liquide qui commandent. Un congé volumineux, un excès d'apport ou un liquide qui circule (bain, vague de brasage) dissolvent bien davantage.

💡 Doser l'apport : pour les pièces minces, on préfère une quantité d'apport juste suffisante, dosée par un anneau ou un feuillard préformé, à une baguette dont on « remet » jusqu'à voir déborder. Moins de liquide en excès, c'est moins d'érosion.

Les intermétalliques

Entre l'étain et le cuivre se forment Cu6Sn5 (côté brasure, en festons) et Cu3Sn (une couche plus mince, côté cuivre). Au contact du liquide, leur épaisseur croît à peu près comme t1/3 ; à l'état solide, en service, comme √t, d'autant plus vite que la température est élevée. Ordres de grandeur : 1 à 3 µm après un brasage tendre normal, nettement plus après des refusions répétées ou un long séjour à chaud. D'autres couples forment des composés bien plus nuisibles : un apport cuivre-phosphore sur un acier forme des phosphures de fer fragiles, c'est pourquoi il est réservé au cuivre et à ses alliages ; les apports au nickel forment des borures si le bore n'a pas le temps de diffuser.

Le brasage-diffusion

Avec un apport au nickel contenant du bore, le bore, petit atome très mobile, diffuse rapidement dans le métal de base. Le liquide s'appauvrit en bore, son liquidus remonte jusqu'à la température de brasage, et il se solidifie sans refroidir : c'est la solidification isotherme. Le temps nécessaire croît comme le carré de l'épaisseur du joint, d'où des jeux très faibles. Si le maintien est trop court, des borures fragiles subsistent au milieu du joint.

⚠️ Piège : « plus chaud, c'est mieux mouillé, donc mieux ». Au-delà de quelques dizaines de degrés au-dessus du liquidus, le gain de mouillage est faible, et l'érosion, l'évaporation (du zinc par exemple) et les intermétalliques s'emballent.
⚠️ Piège : le cuivre-phosphore sur l'acier. Il mouille, il remplit, il semble réussi, puis le joint casse comme du verre : les phosphures de fer sont fragiles. Cuivre-phosphore : cuivre et alliages de cuivre seulement.
🧠 Mnémotechnique : « dissoudre, diffuser, réagir », les trois temps de la poignée de main. Et le garde-fou : « chaud et long, érosion et intermétalliques ».
🔥 Les ailettes percées

Dans un échangeur en aluminium brasé au four, les ailettes ne mesurent que quelques dixièmes de millimètre, voire moins. Quelques degrés de trop au-dessus de la consigne, ou un palier trop long, et l'apport Al-Si dissout les ailettes à leur pied : elles se détachent ou se percent. Le même risque guette les tôles minces d'inox brasées au nickel. Le mode opératoire fixe donc une température maximale et une durée maximale de palier, pas seulement des minimums.

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Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de la définition au jeu à chaud

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi longueurs en mètres dans les formules, résultats en mm ou µm

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Les manipulations 1 à 6 permettent de vérifier tes résultats ; le défi se rejoue dans les manipulations 4 et 3.

Exercice 1 : classer quatre assemblages N1 · chapitre 1

Pour chaque cas, dis s'il s'agit de brasage tendre, de brasage fort, de soudobrasage, ou si l'opération est impossible, et calcule la marge Tsol(base) − Tb.

a) Raccord d'une installation sanitaire en cuivre (solidus 1 083 °C), apport Sn99,3Cu0,7 (fusion à 227 °C), brasé vers 250 °C.

b) Tube d'acier non allié (solidus ≈ 1 470 °C) dans un manchon d'acier, apport Ag 155 (630 à 660 °C), brasé vers 680 °C.

c) Fissure d'un carter de fonte grise (solidus ≈ 1 150 °C), ouverte en chanfrein en V et remplie au chalumeau avec un laiton CuZn40 (870 à 890 °C) vers 910 °C.

d) Échangeur en aluminium 6061 (solidus ≈ 582 °C), apport Al-Si12 (577 à 582 °C) vers 600 °C. Même question avec un aluminium 3003 (solidus ≈ 643 °C).

Voir la correction

a) Liquidus de l'apport 227 °C < 450 °C : brasage tendre. Marge : 1 083 − 250 = 833 °C.

b) Liquidus 660 °C > 450 °C, joint capillaire : brasage fort. Marge : 1 470 − 680 = 790 °C.

c) Apport de brasage fort (liquidus 890 °C > 450 °C), déposé dans un chanfrein, sans capillarité, et la fonte ne fond pas : soudobrasage. Marge : 1 150 − 910 = 240 °C.

d) Sur le 6061 : 582 − 600 = −18 °C, marge négative : le 6061 commencerait à fondre avant que l'apport soit bien liquide. Impossible avec cet apport. Sur le 3003 : 643 − 600 = 43 °C : brasage fort possible, mais fenêtre étroite, qui demande un four bien régulé.

Exercice 2 : la goutte d'étain N1 · chapitre 2

Un étain liquide a une tension superficielle γLV = 0,50 N/m.

a) Sur un cuivre décapé, γSV − γSL = 0,48 N/m. Calcule l'angle de contact θ et le travail d'adhésion Wa.

b) Sur un cuivre oxydé, γSV − γSL = −0,20 N/m. Mêmes questions. Compare les travaux d'adhésion.

c) Avec γSL = 0,62 N/m, quelle valeur de γSV faut-il pour un étalement total ?

Voir la correction

a) cos θ = (γSV − γSL)/γLV = 0,48/0,50 = 0,96, donc θ ≈ 16° : bon mouillage. Wa = γLV(1 + cos θ) = 0,50 × 1,96 = 0,98 J/m².

b) cos θ = −0,20/0,50 = −0,40, donc θ ≈ 114° : la goutte perle. Wa = 0,50 × 0,60 = 0,30 J/m², plus de trois fois moins : la brasure se décolle.

c) Étalement total si S = γSV − γSL − γLV ≥ 0, soit γSV ≥ 0,62 + 0,50 = 1,12 N/m.

Exercice 3 : la succion capillaire N1 · chapitre 3

Brasure Ag72Cu28 liquide : γ = 0,95 N/m, ρ = 8 900 kg/m³, μ = 3,5 mPa·s ; angle de contact θ = 20° (cos θ = 0,940) ; g = 9,81 m/s².

a) Jeu h = 0,1 mm : calcule la pression capillaire Δp et la hauteur de remontée H.

b) Combien de temps faut-il pour remplir un joint horizontal de 20 mm ?

c) Même joint avec un jeu de 1 mm : Δp et H ? Un joint vertical de 30 mm se remplit-il ?

d) Au chalumeau, remplir un raccord prend pourtant plusieurs secondes, voire minutes. Pourquoi ?

Voir la correction

a) Δp = 2γ cos θ/h = 2 × 0,95 × 0,940/10⁻⁴ ≈ 17 900 Pa (0,18 bar). H = Δp/(ρg) = 17 900/(8 900 × 9,81) ≈ 0,20 m, soit 20 cm.

b) t = 3μL²/(γ h cos θ) = 3 × 0,0035 × 0,02²/(0,95 × 10⁻⁴ × 0,940) ≈ 0,047 s.

c) Avec h = 10⁻³ m : Δp ≈ 1 790 Pa et H ≈ 2,0 cm. Le joint vertical de 30 mm ne se remplit pas au-delà de 2 cm environ : jeu beaucoup trop large.

d) L'écoulement n'est pas le facteur limitant : la brasure ne coule que là où le joint a dépassé le liquidus et où la surface est désoxydée. Le temps de remplissage est le temps de chauffe du joint, pas le temps d'écoulement.

Exercice 4 : le jeu à chaud N2 · chapitre 4

Brasage à l'argent sous flux vers 700 °C ; jeu radial recommandé à chaud : 0,05 à 0,13 mm. Coefficients moyens : carbure WC-Co 6, acier 14, cuivre 18 (× 10⁻⁶ K⁻¹).

a) Insert de carbure de diamètre 12 mm dans un logement en acier, jeu radial à froid 0,03 mm. Quel est le jeu à 700 °C ? Convient-il ?

b) Tube de cuivre de diamètre 22 mm dans un manchon d'acier. Entre quelles valeurs choisir le jeu à froid ?

c) Dans le cas b), la brasure est-elle comprimée ou tendue après refroidissement ? Quel montage serait préférable ?

Voir la correction

a) Δh = (D/2)(αext − αint)(T − 20) = 6 × (14 − 6) × 10⁻⁶ × 680 ≈ +0,033 mm. Jeu à chaud : 0,03 + 0,033 ≈ 0,063 mm, dans la plage.

b) Δh = 11 × (14 − 18) × 10⁻⁶ × 680 ≈ −0,030 mm. Il faut 0,05 ≤ h0 − 0,030 ≤ 0,13, soit 0,080 ≤ h0 ≤ 0,160 mm à froid.

c) En refroidissant, le tube de cuivre, plus dilatable, se rétracte davantage que le manchon d'acier : il tend à s'en écarter et la brasure est tendue, ce qui lui convient mal. Le montage inverse (acier dedans, cuivre dehors) met la brasure en compression : « le plus dilatable dehors ».

Exercice 5 : l'apport Ag50Cu50 et la liquation N2 · chapitre 5

Diagramme argent-cuivre simplifié : cuivre pur 1 085 °C, eutectique 779 °C à 71,9 % Ag ; à 779 °C, la solution solide de cuivre α contient au plus 8,0 % Ag. Les lignes sont droites entre ces points.

a) Donne le solidus, le liquidus et l'intervalle de fusion de l'alliage Ag50Cu50.

b) À 820 °C, quelles sont les compositions du solide et du liquide, et la fraction de liquide ?

c) Chauffé lentement dans un joint, ce liquide file dans le jeu. Que reste-t-il, et à quelle température refondrait-il ?

d) Pourquoi préfère-t-on l'Ag72Cu28 pour un brasage au four, à chauffe lente et à jeux serrés ?

Voir la correction

a) Solidus : l'eutectique, 779 °C. Liquidus : 1 085 − 306 × 50/71,9 ≈ 872 °C. Intervalle : ≈ 93 °C.

b) Solide α : Cs = 8,0 × (1 085 − 820)/306 ≈ 6,9 % Ag. Liquide : CL = 71,9 × (1 085 − 820)/306 ≈ 62,3 % Ag. Levier : fL = (50 − 6,9)/(62,3 − 6,9) ≈ 0,78, soit 78 % de liquide.

c) Il reste un squelette de cuivre α à 6,9 % Ag, dont le liquidus vaut 1 085 − 306 × 6,9/71,9 ≈ 1 056 °C : il ne refondra pas pendant le brasage. C'est la liquation.

d) L'eutectique fond d'un coup à 779 °C : pas d'intervalle, donc pas de liquation même si la chauffe est lente, et un liquide très fluide qui pénètre les jeux serrés. On le brase vers 800 à 830 °C.

Exercice 6 : érosion et diffusion N2 · chapitre 6

Eutectique Ag72Cu28 (28,1 % Cu) entre deux pièces de cuivre, jeu h = 0,1 mm. Liquidus simplifié côté cuivre : le liquide en équilibre avec le cuivre à la température T contient 100 − 71,9 × (1 085 − T)/306 % de cuivre. Les masses volumiques de l'apport et du cuivre sont voisines.

a) À 820 °C : teneur en cuivre du liquide saturé, masse de cuivre dissoute par gramme d'apport, érosion de chaque face.

b) Mêmes questions à 900 °C. Par combien l'érosion est-elle multipliée ?

c) Profondeur de diffusion de l'argent dans le cuivre à 820 °C pendant 60 s (D0 = 6 × 10⁻⁵ m²/s, Q = 194 kJ/mol) ?

d) Quel paramètre le mode opératoire doit-il surveiller en priorité ?

Voir la correction

a) CL = 100 − 71,9 × 265/306 ≈ 37,7 % Cu. Bilan : x = (0,377 − 0,281)/(1 − 0,377) ≈ 0,155 g de cuivre par gramme d'apport. Érosion par face : e ≈ x·h/2 = 0,155 × 0,1/2 ≈ 0,0077 mm = 7,7 µm.

b) CL = 100 − 71,9 × 185/306 ≈ 56,5 % Cu ; x = (0,565 − 0,281)/(1 − 0,565) ≈ 0,65 ; e ≈ 0,65 × 0,1/2 ≈ 33 µm : environ 4,2 fois plus pour 80 °C de plus.

c) D = 6 × 10⁻⁵ × exp(−194 000/(8,314 × 1 093)) ≈ 3,2 × 10⁻¹⁴ m²/s ; x ≈ 2√(D·t) = 2√(3,2 × 10⁻¹⁴ × 60) ≈ 2,8 × 10⁻⁶ m = 2,8 µm.

d) La température maximale (la surchauffe au-dessus du liquidus) et la quantité d'apport : la dissolution sature en une seconde environ, si bien que la durée compte moins pour l'érosion. La durée reste à limiter pour la diffusion et les intermétalliques.

🏆 Défi : le manchon réversible N2 · chapitres 3 et 4, à rejouer dans les manipulations 4 puis 3

Un bureau d'études veut braser à l'argent, sous flux, vers 700 °C, un tube d'acier de diamètre 30 mm dans un manchon de cuivre. Jeu radial recommandé à chaud : 0,05 à 0,13 mm (acier 14, cuivre 18 × 10⁻⁶ K⁻¹).

a) Dans quelle plage choisir le jeu radial à froid h0 ?

b) Un client demande la version inverse : tube de cuivre de 30 mm dans un manchon d'acier. Quelle plage pour h0 ?

c) Peut-on usiner une seule cote de jeu, commune aux deux versions ? Conclus.

d) Version a), jeu à chaud de 0,08 mm, joint vertical de 25 mm, brasure Ag72Cu28 (γ = 0,95 N/m, ρ = 8 900 kg/m³, θ = 20°) : la capillarité suffit-elle à le remplir ?

Voir la correction

a) Δh = 15 × (18 − 14) × 10⁻⁶ × 680 ≈ +0,041 mm : le jeu s'ouvre. Il faut 0,05 ≤ h0 + 0,041 ≤ 0,13, soit 0,009 ≤ h0 ≤ 0,089 mm, environ 0,01 à 0,09 mm.

b) Δh ≈ −0,041 mm : le jeu se ferme. 0,091 ≤ h0 ≤ 0,171 mm, environ 0,09 à 0,17 mm.

c) Les deux plages se touchent vers 0,09 mm sans se recouvrir. À 0,090 mm exactement, la version a) donne 0,131 mm à chaud (un peu trop large) et la version b) 0,049 mm (un peu trop serré). Avec les tolérances d'usinage, aucune cote commune n'est possible : il faut deux références de manchon, une par montage. Dans la manipulation 4, D = 30 mm et l'apport « argent sous flux », tu peux le vérifier par pas de 0,005 mm.

d) H = 2γ cos θ/(ρ g h) = 2 × 0,95 × 0,940/(8 900 × 9,81 × 0,08 × 10⁻³) ≈ 0,26 m, dix fois la hauteur du joint ; durée de remplissage ≈ 0,1 s une fois le joint chaud (manipulation 3, jeu 0,080 mm, hauteur 25 mm). La capillarité suffit largement : la difficulté sera de chauffer tout le joint de façon homogène.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 1

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée du brasage, salle 1
🌡️

Le thermomètre

Tliq ≤ Tb < Tsol(base)

Liquidus de l'apport < 450 °C : tendre ; > 450 °C : fort. En chanfrein : soudobrasage. La pièce ne fond jamais.

💧

La goutte

cos θ = (γSV − γSL)/γLV

Young. Braser demande θ < 30° ; l'oxyde abaisse γSV et fait perler. Wa = γLV(1 + cos θ).

☕

Le sucre dans le café

Δp = 2γ cos θ/h ; H = Δp/(ρg)

0,18 bar et 20 cm pour 0,1 mm : la gravité ne compte pas, la brasure suit la chaleur.

⏳

Le sablier

t = 3μL²/(γ h cos θ)

Washburn : quelques centièmes de seconde. Deux fois plus long, quatre fois plus de temps. C'est la chauffe qui limite.

🖌️

Le pinceau

h ≈ 0,05 à 0,13 mm

Argent sous flux. Four sous atmosphère : 0 à 0,05 mm. Trop large : vides ; trop serré : flux piégé.

🔩

L'écrou chauffé

h = h0 + (D/2)Δα·ΔT

Le jeu compte à chaud. « Le plus dilatable dehors » : le jeu s'ouvre, et le joint se serre en refroidissant.

🧊

Le glaçon et le beurre

Tsol → Tliq

Eutectique : fusion d'un coup. Intervalle : pâteux, et liquation si l'on chauffe lentement. Brasage quelques dizaines de degrés au-dessus du liquidus.

🍵

Le thé sucré

e ≈ x·h/2

Dissolution jusqu'à saturation (lue sur le diagramme) : l'érosion grimpe avec la surchauffe et la quantité d'apport.

🤝

La poignée de main

x ≈ 2√(Dt)

Diffusion sur quelques µm ; intermétalliques Cu6Sn5 de 1 à 3 µm : la bonne mesure. Chaud et long : fragile.

🏛 La visite du musée, salle 1 (2 minutes, les yeux fermés) : à l'entrée, un grand thermomètre 🌡️ barré d'un trait rouge à 450 °C. À ses pieds, une goutte 💧 hésite : sur la feuille de chou elle perle, sur la vitre elle s'étale. Plus loin, un visiteur trempe un sucre ☕ dans son café et regarde le liquide monter jusqu'au sommet, pendant qu'un sablier ⏳ s'écoule de plus en plus lentement. Un peintre essore son pinceau 🖌️ aux poils bien serrés ; à côté, un mécanicien chauffe un écrou 🔩 pour le desserrer. Dans la vitrine réfrigérée, un glaçon 🧊 fond d'un coup tandis qu'une plaquette de beurre ramollit lentement. On termine au salon de thé : le sucre ne fond plus dans la tasse 🍵 saturée, et deux visiteurs se quittent sur une franche poignée de main 🤝.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
α, αext, αint, Δα
Coefficient de dilatation thermique moyen (K⁻¹, par kelvin) ; celui de la pièce extérieure et celui de la pièce intérieure d'un emmanchement ; leur différence αext − αint.
Angle de contact θ
Angle entre la surface du solide et la tangente à la surface du liquide, au bord de la goutte, mesuré à travers le liquide. Petit angle : bon mouillage.
Apport, brasure
Métal d'apport : l'alliage qui fond et remplit le joint. Dans l'atelier, « brasure » désigne l'apport, et parfois le joint brasé.
AWS
American Welding Society, la société américaine de soudage ; auteur de manuels et de normes de brasage.
BNi, BNi-2
Désignation AWS des apports de brasage au nickel ; le BNi-2 (Ni 620 dans l'ISO 17672) contient du chrome, du silicium, du bore et du fer.
Brasage fort, brasage tendre
Brasage avec un apport dont le liquidus est supérieur (fort, brazing) ou inférieur (tendre, soldering) à 450 °C. Le métal de base ne fond pas.
Brasage-diffusion
Brasage suivi d'un maintien qui fait diffuser les éléments abaisseurs du point de fusion : le joint se solidifie à la température de brasage (solidification isotherme) et refond ensuite beaucoup plus haut.
Capillarité, ménisque
Aspiration d'un liquide mouillant dans un passage étroit, due à la courbure de sa surface libre, le ménisque.
C0, Cs, CL, fL
Composition de l'alliage, du solide et du liquide en équilibre (en % en masse) ; fraction de liquide donnée par la règle du levier.
Congé
Petit ménisque de brasure solidifiée au bord du joint. Concave et lisse s'il y a eu un bon mouillage.
Cu6Sn5, Cu3Sn
Composés intermétalliques formés entre l'étain et le cuivre.
D, D0, Q, R
Coefficient de diffusion (m²/s) ; facteur de fréquence (m²/s) ; énergie d'activation (J/mol) ; constante des gaz parfaits, 8,314 J/(mol·K).
Δp
Pression capillaire (Pa) : écart de pression de part et d'autre d'un ménisque, donné par la loi de Laplace.
e
Épaisseur érodée (dissoute) de métal de base, par face mouillée.
Érosion
Dissolution excessive du métal de base dans l'apport liquide ; elle amincit ou perce les parois minces.
Eutectique
Composition d'un alliage qui fond et se solidifie à une seule température, plus basse que celle de ses constituants.
Flux
Produit (poudre, pâte, liquide) qui dissout les oxydes et protège les surfaces pendant le brasage (cours 2).
γ, γSV, γSL, γLV
Tension superficielle (N/m = J/m²) ; des interfaces solide-vapeur, solide-liquide et liquide-vapeur.
g
Accélération de la pesanteur, 9,81 m/s².
H
Hauteur d'équilibre de remontée capillaire (loi de Jurin).
h, h0
Jeu radial : distance entre les deux surfaces à braser ; h0 : sa valeur à 20 °C.
IIW, IWE
International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure ; International Welding Engineer, le diplôme d'ingénieur international en soudage qu'il définit.
Intermétallique
Composé de deux métaux, de composition fixe, dur et fragile, qui se forme à certaines interfaces.
Intervalle de fusion
Écart entre solidus et liquidus d'un alliage, où il est pâteux.
ISO, EN
Organisation internationale de normalisation et ses normes ; normes européennes (une norme reprise des deux s'écrit EN ISO).
ISO 4063
Nomenclature et numéros des procédés : 9 pour le brasage fort, le brasage tendre et le soudobrasage.
ISO 857-2
Vocabulaire du brasage fort et du brasage tendre.
ISO 9453, ISO 17672
Alliages de brasage tendre ; métaux d'apport de brasage fort (désignations Ag 155, CuP 284…).
Jeu diamétral, jeu radial
Différence des diamètres de l'alésage et du tube ; la moitié de cette différence, qui est la distance entre les surfaces.
Jeu à chaud
Jeu à la température de brasage, modifié par la dilatation différentielle des deux pièces.
L, ℓ, t
Longueur (ou hauteur) du joint à remplir ; longueur déjà remplie ; temps.
Laplace, Jurin, Washburn (lois de)
Pression sous une surface courbe ; hauteur de remontée capillaire ; cinétique de remplissage, où la longueur croît comme √t.
Liquation, squelette
Séparation, lors d'une chauffe lente, du premier liquide d'un apport à large intervalle ; résidu appauvri, à plus haut point de fusion, qui reste en place.
Liquidus, solidus
Température de fin de fusion ; température de début de fusion d'un alliage.
Ménisographe
Balance de mouillage : appareil qui mesure la force du ménisque pour évaluer la mouillabilité (électronique).
μ
Viscosité dynamique d'un liquide (Pa·s) ; quelques mPa·s pour un métal liquide.
Mouillage
Aptitude d'un liquide à s'étaler et à rester en contact avec un solide.
Pa, kPa, bar
Pascal (1 Pa = 1 N/m²), kilopascal (1 000 Pa), bar (10⁵ Pa).
Produit d'arrêt
Revêtement qui empêche le mouillage là où la brasure ne doit pas couler.
ρ
Masse volumique (kg/m³).
S
Coefficient d'étalement γSV − γSL − γLV : étalement total s'il est positif ou nul.
SAC305
Alliage de brasage tendre sans plomb : étain, 3 % d'argent, 0,5 % de cuivre.
Soudobrasage
Assemblage avec un apport de brasage fort déposé comme une soudure, dans un chanfrein, sans capillarité ; le métal de base ne fond pas.
Tb, température de travail
Température de brasage ; plus basse température de surface à laquelle l'apport mouille et s'étale, donnée par la fiche technique.
Wa
Travail d'adhésion (J/m²) : énergie pour décoller le liquide du solide, γLV(1 + cos θ).
Wenzel (loi de)
cos θ* = r·cos θ : la rugosité r amplifie le mouillage ou le non-mouillage existant.
x
Profondeur de diffusion, ≈ 2√(D·t) ; au chapitre 6, aussi la masse de métal de base dissoute par gramme d'apport.
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🚦Image à retenirLe feu passe au vert quand tout est coché

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Au prochain épisode, cours 2 : vaincre les oxydes. Tout ce cours supposait une surface propre. Or l'aluminium, l'inox et le titane se couvrent d'oxydes tenaces que la brasure ne mouille pas. On verra comment préparer les surfaces, pourquoi certains oxydes se réduisent et d'autres non (le diagramme d'Ellingham et le point de rosée), comment travaillent les flux et leurs classes normalisées, ce qu'apportent les atmosphères contrôlées et le vide, puis comment choisir un métal d'apport de brasage fort ou un alliage de brasage tendre.