Avant de commencer
Le cours 1 en trois cases
IWE signifie International Welding Engineer (ingénieur international en soudage), le diplôme délivré selon les règles de l'IIW (International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure). Dans son programme de conception et de calcul des assemblages, tu retrouveras exactement ce que tu vas apprendre ici, sous trois formes :
1. Le calcul des cordons d'angle. La vérification d'un cordon selon l'Eurocode 3 consiste à calculer la contrainte sur une facette inclinée à 45°, la « section de gorge », puis à la décomposer en trois morceaux. C'est littéralement le produit [σ]·n de ce cours (chapitre 6).
2. Les réservoirs sous pression soudés. Leur paroi est dans un état de contrainte à deux directions, et on verra pourquoi la soudure longitudinale est deux fois plus chargée que la soudure circulaire (chapitre 5).
3. Les contraintes résiduelles de soudage. Au cœur d'une soudure épaisse, la matière est tirée dans les trois directions à la fois : un état triaxial, qui ne s'écrit correctement qu'avec une matrice 3 × 3.
Le plan du cours
- 1Le vecteur contrainte T⃗
La vraie définition de « la contrainte sur une facette », et la preuve qu'elle change quand la facette tourne.
- 2Le tétraèdre de Cauchy
Pourquoi 3 faces (donc 9 nombres) suffisent à tout connaître.
- 3La formule T⃗ = [σ]·n⃗
Le produit matrice × vecteur, appris de zéro avec une machine pas à pas.
- 4Décomposer T⃗ en σₙ et τ
Un produit scalaire et un Pythagore. Et le cercle de Mohr réapparaît.
- 5La galerie des états de contrainte
Les matrices types à reconnaître au premier coup d'œil, dont celle d'un réservoir soudé.
- 6Application : la section de gorge d'un cordon d'angle
σ⊥, τ⊥, τ∥ et la vérification de l'Eurocode 3.
Le vecteur contrainte T⃗
Ce que ressent une facette, et pourquoi ça dépend de son orientation
Pose ta main à plat sur une vitre et pousse en biais, vers le haut. Ta paume ressent deux choses à la fois : une poussée qui l'écrase contre la vitre (perpendiculaire), et un frottement qui la fait glisser (parallèle). La force par unité de surface que ressent ta paume, avec sa direction, c'est le vecteur contrainte T.
Dans la matière, c'est pareil. Choisis un point M, et fais passer par ce point une petite surface imaginaire, la facette. Coupe par la pensée : la matière d'un côté exerce sur l'autre une force répartie. Ramenée à la surface, cette force est le vecteur T, en MPa.
La phrase à retenir : en un point, T dépend de la facette choisie. Change n, et T change de longueur et de direction. La manipulation ci-dessous le montre : fais tourner la facette autour du point, et regarde la flèche noire.
Manipulation 1 : le hérisson de facettes
Au centre, le point M. Le cercle en pointillés est le cercle des normales (longueur 1). Pour chaque orientation n⃗, la flèche noire est le vecteur contrainte T⃗ que ressent la facette. Règle d'abord l'état de contrainte (ou choisis un exemple), puis fais tourner n⃗.
1. En général, T⃗ n'est pas parallèle à n⃗. La facette est à la fois tirée (ou poussée) et cisaillée. C'est exactement la main sur la vitre.
2. Il existe des orientations spéciales où T⃗ est pile dans l'axe de n⃗ : aucun cisaillement sur ces facettes. Ce sont les directions principales, le cœur du cours 4. Cherche-les avec le curseur : il y en a deux, perpendiculaires entre elles.
3. Avec « Pression d'un fluide », T⃗ est toujours parallèle à n⃗ et pointe vers l'intérieur : un plongeur ressent la même poussée dans toutes les directions, sans aucun frottement. Toutes les facettes sont principales.
Soit une facette d'aire dS (« d » pour « très petite ») autour du point M, de normale unitaire sortante n. La matière située du côté de n exerce sur elle une force dF. On définit :
limite quand dS tend vers 0, en MPa
- T(M, n)
- vecteur contrainte au point M sur la facette de normale n⃗ : il dépend de deux choses, le point et l'orientation
- dF
- force élémentaire exercée sur la facette, en N
- dS
- aire élémentaire de la facette, en mm²
Le principe d'action et de réaction
Retourne la facette (normale −n) : tu regardes maintenant l'autre morceau de matière. Il subit la force opposée :
C'est pour ça que, sur le cube du cours 1, les faces cachées portent les mêmes flèches en sens inverse : elles n'apportent aucune information nouvelle.
Normale et tangentielle
On décompose toujours T en deux morceaux : sa projection sur n, la contrainte normale σn (positive en traction), et le reste, dans le plan de la facette, le cisaillement τ. On apprendra à les calculer au chapitre 4.
Le tétraèdre de Cauchy
Pourquoi trois faces suffisent à tout connaître
En dessin industriel, trois vues (face, dessus, gauche) suffisent pour définir entièrement une pièce : toutes les autres vues s'en déduisent. En contraintes, c'est pareil. Si tu connais T sur trois facettes perpendiculaires (celles de normales x, y et z), tu peux calculer T sur n'importe quelle autre facette.
Pourquoi ? Découpe un petit coin de matière avec une facette inclinée. Ce coin est en équilibre : les forces sur ses faces s'annulent. Les forces sur les faces « x », « y » (et « z » en 3D) étant connues, la force sur la face inclinée est forcée : c'est celle qui ferme le bilan.
Et comme chacun des trois vecteurs T a 3 composantes, il faut 3 × 3 = 9 nombres : ce sont exactement les 9 cases de [σ]. La matrice n'est pas une convention arbitraire, c'est le minimum d'information nécessaire.
Ce résultat est dû à Augustin-Louis Cauchy, mathématicien français, en 1822 : c'est l'acte de naissance du tenseur des contraintes.
Manipulation 2 : le triangle de Cauchy (version 2D)
Un petit coin triangulaire découpé dans la matière. Sur sa face verticale et sa face horizontale, les forces sont connues (grâce à [σ]). La force sur la face inclinée est celle qui équilibre le tout. À droite, les trois forces mises bout à bout : si le triangle des forces se referme, la somme est nulle.
Prends un tétraèdre (une pyramide à base triangulaire) dont trois faces sont perpendiculaires aux axes x, y, z, et dont la quatrième, d'aire dS, a pour normale sortante n = (nx ; ny ; nz).
Étape 1, les aires. Chaque face « d'axe » est la projection de la face inclinée sur un plan de coordonnées. Son aire vaut dSi = ni·dS (pour i = x, y, z). C'est le même raisonnement que la tranche de saucisson coupée en biais du cours 1.
Étape 2, l'équilibre. Les faces d'axe ont pour normales sortantes −ex, −ey, −ez (elles « regardent » vers les axes négatifs), donc elles portent −T(ei) (action-réaction). La somme des forces est nulle :
le poids du tétraèdre est négligeable : il est proportionnel à son volume, qui devient infiniment plus petit que ses surfaces quand on le rétrécit
Étape 3, on simplifie par dS :
le vecteur contrainte sur n'importe quelle facette est un mélange des trois vecteurs des faces d'axe
Écrit composante par composante, cette somme est exactement un produit « matrice × vecteur », que le chapitre suivant t'apprend à faire à la main :
la formule de Cauchy : la formule centrale de ce cours
La formule T⃗ = [σ]·n⃗
Le produit matrice × vecteur, appris de zéro
Multiplier une matrice 3 × 3 par un vecteur (une colonne de 3 nombres) donne un nouveau vecteur de 3 nombres. Pour obtenir chaque composante, on répète la même recette :
Geste 1 : prends une ligne de la matrice et couche-la sur la colonne du vecteur (le 1er nombre de la ligne en face du 1er du vecteur, etc.).
Geste 2 : multiplie les nombres qui se font face.
Geste 3 : additionne les trois produits. Ce total est la composante cherchée.
Ligne 1 → Tx, ligne 2 → Ty, ligne 3 → Tz. C'est tout.
chaque ligne de la matrice « se couche » sur la colonne n⃗
Manipulation 3 : la machine à multiplier
Tape (ou choisis) une matrice [σ] en MPa et une direction n⃗. Les cases grises se remplissent seules, par symétrie. Puis avance étape par étape : la ligne utilisée et le vecteur s'allument en jaune. Tu peux t'en servir pour vérifier tes exercices.
Les ingénieurs écrivent souvent la formule de Cauchy de façon compacte, avec des indices :
pour i = x, y, z ; la somme porte sur j = x, y, z
- i
- l'indice de la composante qu'on calcule (donc de la ligne utilisée)
- j
- l'indice qui « court » le long de la ligne et du vecteur : c'est lui qu'on additionne
- Σ
- la lettre grecque sigma majuscule, qui signifie « somme de »
En mécanique, on sous-entend souvent le Σ : c'est la convention d'Einstein, qui dit qu'un indice répété dans un produit est automatiquement sommé. On écrit alors simplement Ti = σijnj. Tu rencontreras souvent cette écriture : tu sais maintenant la lire.
Trois vérifications express à faire à chaque fois
1. n⃗ est-il unitaire ? Calcule nx² + ny² + nz² : ça doit faire 1.
2. Les faces d'axe redonnent-elles les lignes ? Avec n = (1 ; 0 ; 0), tu dois retrouver la première ligne de [σ]. C'est un bon test pour vérifier que tu multiplies dans le bon sens.
3. Les unités : [σ] en MPa et n⃗ sans unité, donc T en MPa.
Décomposer T⃗ : σₙ et τ
Un produit scalaire, puis un Pythagore
Tu as T. Tu veux savoir quelle part tire la facette (σn) et quelle part la fait glisser (τ).
σₙ, c'est l'ombre. Imagine un bâton incliné (le vecteur T) et un soleil qui éclaire perpendiculairement à la direction n. L'ombre du bâton sur l'axe de n a pour longueur σn. Mathématiquement, cette « ombre » s'appelle la projection, et elle se calcule avec un produit scalaire :
on multiplie composante par composante, puis on additionne
τ, c'est le reste. T, sa partie normale et sa partie tangentielle forment un triangle rectangle : T est l'hypoténuse. Pythagore donne donc :
avec |T⃗|² = Tx² + Ty² + Tz² (la longueur de T⃗ au carré)
En 3D, cette méthode donne la valeur du cisaillement (toujours positive). Si l'on a besoin de sa direction dans le plan de la facette (c'est le cas pour un cordon de soudure, où l'on distingue τ⊥ et τ∥), on calcule le vecteur τ = T − σnn, puis on le projette sur les directions qui nous intéressent.
Manipulation 4 : la facette qui tourne, version générale
Comme au cours 1, mais avec n'importe quel état de contrainte plan : règle σxx, σyy et τxy. La facette passe par le centre du petit carré ; sa normale n⃗ fait l'angle θ avec l'axe x (le polycopié note cet angle φ). Signe de τ : convention du polycopié, t⃗ = n⃗ tourné de +90°. À droite, chaque orientation donne un point (σₙ ; τ).
En état plan, avec n = (cos θ ; sin θ) et la tangente t = (−sin θ ; cos θ) (c'est n tourné de 90° dans le sens trigonométrique, la convention du polycopié), la méthode M-P-P donne :
τ = −(σxx − σyy) sin θ cos θ + τxy(cos²θ − sin²θ)
avec σxx seul : σₙ = σ cos²θ et τ = −σ sin θ cos θ (même valeur qu'au cours 1, signe opposé : voir l'encadré plus bas)
Avec les formules d'angle double cos²θ = (1 + cos 2θ)/2, sin²θ = (1 − cos 2θ)/2 et 2 sin θ cos θ = sin 2θ, cela devient :
τ = −a sin 2θ + τxy cos 2θ
avec C = (σxx + σyy)/2 et a = (σxx − σyy)/2
Le point (σn ; τ) est donc à la distance R = √(a² + τxy²) du point (C ; 0), quel que soit θ : il décrit un cercle de centre C et de rayon R, en tournant de 2θ dans le sens contraire de la facette. C'est le cercle de Mohr, cette fois pour un état plan quelconque. Ce sont exactement les formules de la page 11 du polycopié, écrites là-bas pour les déformations : remplace σ par ε, τxy par εxy et θ par φ, et tu retrouves εn et εnt mot pour mot. On en tirera tout au cours 4 : contraintes principales C ± R, cisaillement maximal R.
La galerie des états de contrainte
Les matrices à reconnaître au premier coup d'œil
Dans la pratique, les mêmes formes de matrice reviennent sans cesse. Savoir les reconnaître, c'est gagner un temps fou en examen : on écrit la matrice directement, sans calcul.
| État | Ce qui est non nul | Où on le rencontre |
|---|---|---|
| Traction simple | σxx seul | tirant, éprouvette, boulon |
| Compression simple | σxx < 0 seul | poteau, béquille |
| Cisaillement pur | τxy = τyx | arbre en torsion, cordon latéral, plot en caoutchouc |
| Pression hydrostatique | diagonale −p, −p, −p | pièce plongée dans un fluide sous pression |
| Biaxial (réservoir) | σθθ et σzz = σθθ/2 | paroi de réservoir cylindrique, tuyauterie |
| État plan | le coin 2 × 2 : σxx, σyy, τxy | tôle mince chargée dans son plan |
| Triaxial | toute la diagonale positive | cœur d'une soudure épaisse (contraintes résiduelles), fond d'entaille |
Joue avec la manipulation : clique sur un exemple, observe le cube et la matrice, puis bouge les curseurs pour créer tes propres états. Une flèche qui pointe vers la face signale une compression.
Manipulation 5 : le cube paramétrable
| x | y | z | |||
|---|---|---|---|---|---|
| x | |||||
| y | |||||
| z |
en MPa
Un réservoir cylindrique de rayon moyen R et d'épaisseur e (mince : R/e > 10) contient un gaz à la pression p. On travaille en coordonnées cylindriques : r (radial, vers l'extérieur), θ (circonférentiel, « le tour »), z (axial, le long du cylindre).
Coupe 1 : le long de l'axe (on ouvre le cylindre comme un livre). Sur une longueur L, la pression pousse les deux moitiés l'une contre l'autre avec une force p × 2R × L (pression × surface projetée). Deux bandes de paroi, de section e × L chacune, résistent avec σθθ. Équilibre : σθθ × 2eL = p × 2RL.
Coupe 2 : perpendiculaire à l'axe (on coupe une rondelle). La pression sur le fond pousse avec p × πR². La paroi résiste sur un anneau de périmètre 2πR et d'épaisseur e : σzz × 2πR e = p × πR².
formules des réservoirs minces (dites « de la chaudière ») ; σᵣᵣ varie de −p à l'intérieur à 0 à l'extérieur, négligeable devant les deux autres
Et le tenseur en coordonnées (r, θ, z) est diagonal : [σ] = diag(0 ; pR/e ; pR/2e). Pour une sphère, les deux directions sont équivalentes : σ = pR/(2e) partout, deux fois moins qu'un cylindre de même rayon. C'est pour ça que les grands stockages de gaz sont sphériques.
La soudure longitudinale (le long de l'axe z) est tirée perpendiculairement par σθθ = pR/e. La soudure circulaire (qui fait le tour) est tirée par σzz = pR/2e, deux fois moins. La soudure longitudinale est donc la plus critique : c'est elle qu'on contrôle en priorité, et c'est pour ça que les codes de calcul des appareils à pression (par exemple l'EN 13445 en Europe) introduisent un coefficient de joint soudé, inférieur ou égal à 1, qui dépend de l'étendue des contrôles non destructifs réalisés.
Et une soudure hélicoïdale (tube soudé en spirale) ? Elle est sur une facette inclinée : sa contrainte normale se calcule exactement avec la méthode M-P-P de ce cours. C'est l'exercice 4.
L'état triaxial des soudures épaisses
Pendant le refroidissement, le cordon veut se rétracter, mais le métal froid autour l'en empêche : il reste tiré. Dans une tôle mince, il est tiré surtout selon deux directions ; dans une tôle épaisse, selon les trois. Or, quand les trois contraintes principales sont proches et positives, le cisaillement maximal est faible (tu le démontreras au cours 4 avec les trois cercles de Mohr). Le métal ne peut presque plus se déformer plastiquement, puisque la plasticité est pilotée par le cisaillement (cours 1). Il perd sa ductilité apparente, et le risque de rupture fragile augmente. C'est une des raisons d'être du traitement thermique de détensionnement après soudage.
Application : la section de gorge d'un cordon d'angle
σ⊥, τ⊥, τ∥ et la vérification de l'Eurocode 3
Un cordon d'angle relie deux pièces qui forment un angle (souvent droit), sans chanfrein. En coupe, c'est un triangle.
- racine
- le sommet de l'angle droit, au fond du coin entre les deux pièces
- côté z
- la longueur de chaque côté du triangle le long des pièces (on dit aussi « jambe »)
- gorge a
- la hauteur du triangle issue de la racine : la plus petite épaisseur de métal fondu. Pour un cordon à côtés égaux, a = z/√2 ≈ 0,7 z
- L
- la longueur efficace du cordon (le long de son axe)
L'idée de la vérification : le cordon cassera là où il est le plus mince, c'est-à-dire à travers la section de gorge, un plan qui passe par la racine, contient l'axe du cordon, et est incliné à 45°. Son aire vaut a × L. C'est une facette, au sens exact de ce cours ! On calcule la force qui la traverse, on la ramène à la surface, et on la décompose :
- σ⊥
- contrainte normale à la section de gorge (« sigma perpendiculaire »), qui cherche à l'ouvrir
- τ⊥
- cisaillement dans la section de gorge, perpendiculaire à l'axe du cordon
- τ∥
- cisaillement dans la section de gorge, parallèle à l'axe du cordon
Une quatrième contrainte, σ∥ (normale et parallèle à l'axe du cordon, dans le cordon lui-même), existe aussi, mais la vérification l'ignore.
Manipulation 6 : le cordon d'angle sous la loupe
Coupe d'une liaison en T avec un cordon d'angle (vue perpendiculaire à l'axe du cordon). La force F⊥ agit dans le plan de la coupe, dans la direction φ (« phi ») ; F∥ agit le long du cordon. La ligne en pointillés bronze est la section de gorge. Les valeurs sont vérifiées selon la méthode directionnelle de l'EN 1993-1-8.
L'Eurocode 3 (EC3, ensemble de normes européennes de calcul des structures en acier) traite les assemblages dans sa partie EN 1993-1-8. Pour un cordon d'angle, on suppose les contraintes uniformes sur la section de gorge, puis on vérifie deux conditions :
EN 1993-1-8, § 4.5.3.2 (version 2005)
- fu
- résistance à la traction (le Rₘ du cours 1) de la pièce assemblée la plus faible : 360 MPa pour le S235, 430 pour le S275, 490 pour le S355 (épaisseurs ≤ 40 mm)
- βw
- « bêta w », facteur de corrélation qui tient compte de la résistance réelle du métal d'apport par rapport au métal de base : 0,80 (S235), 0,85 (S275), 0,90 (S355)
- γM2
- « gamma M2 », coefficient partiel de sécurité des assemblages : 1,25 (valeur recommandée, que l'annexe nationale peut ajuster)
Le facteur 3 devant les cisaillements n'est pas arbitraire : il vient du critère de von Mises (cours 5), qui dit qu'un cisaillement τ est aussi dangereux qu'une traction de √3·τ. Tu verras alors que cette formule est un von Mises simplifié.
Les deux cas d'école
Cordons frontaux (perpendiculaires à l'effort, par exemple aux extrémités d'un plat à recouvrement). La force par unité de longueur f = F/ΣL (ΣL : longueur totale des cordons) arrive à 45° sur la section de gorge. Sa projection sur la normale et sur la gorge vaut f/√2 chacune :
Cordons latéraux (parallèles à l'effort). Tout l'effort file le long du cordon :
La méthode simplifiée
L'EN 1993-1-8 propose aussi une méthode plus rapide et plus prudente : on ignore la direction de l'effort, et on vérifie que la force par unité de longueur reste inférieure à fvw,d · a, avec fvw,d = fu / (√3 βw γM2). Cela revient à traiter tout effort comme s'il était un cisaillement le long du cordon (le cas le plus défavorable).
Exercices corrigés
De la lecture d'une matrice jusqu'à la vérification d'un cordon
Pour chaque facette : 0. je vérifie que n⃗ est unitaire (sinon je normalise), 1. je multiplie : T⃗ = [σ]·n⃗, 2. je projette : σₙ = T⃗·n⃗, 3. je Pythagorise : τ = √(|T⃗|² − σₙ²). La manipulation 3 (la machine à multiplier) te permet de vérifier tes résultats.
Exercice 1 : lire, puis calculer, en 2D N1 · chapitres 3 et 4
En un point d'une tôle, l'état de contrainte plan est [σ] = 803030−40 MPa.
a) Sans calcul, donne T⃗ sur la facette de normale x, puis sur celle de normale y.
b) Calcule T⃗, σₙ et |τ| sur la facette dont la normale fait 45° avec l'axe x.
Voir la correction
a) Il suffit de lire les lignes : T(ex) = (80 ; 30) MPa et T(ey) = (30 ; −40) MPa.
b) n = (cos 45° ; sin 45°) = (0,7071 ; 0,7071), déjà unitaire. Multiplier : Tx = 80 × 0,7071 + 30 × 0,7071 = 77,78 et Ty = 30 × 0,7071 − 40 × 0,7071 = −7,07. Projeter : σn = 77,78 × 0,7071 − 7,07 × 0,7071 = 50,0 MPa. Pythagoriser : |T|² = 77,78² + 7,07² = 6 100, donc |τ| = √(6 100 − 2 500) = 60,0 MPa.
Vérification par les formules d'angle double : C = (80 − 40)/2 = 20, a = (80 + 40)/2 = 60, 2θ = 90°. σn = 20 + 60 × 0 + 30 × 1 = 50 ✅ et τ = −60 × 1 + 30 × 0 = −60, soit |τ| = 60 ✅. Le signe moins (convention du polycopié) indique seulement que le cisaillement va dans le sens opposé à t⃗.
Exercice 2 : le piège de la normale N1 · chapitres 3 et 4
[σ] = diag(100 ; 50 ; −20) MPa (seule la diagonale est non nulle). On étudie la facette de direction normale (1 ; 2 ; 2).
a) Calcule σₙ et |τ| correctement.
b) Refais le calcul en oubliant de normaliser : de combien σₙ est-il faux ?
Voir la correction
a) Longueur de la direction : √(1 + 4 + 4) = 3, donc n = (1/3 ; 2/3 ; 2/3). T = (100/3 ; 100/3 ; −40/3) = (33,3 ; 33,3 ; −13,3) MPa. σn = (33,3 × 1 + 33,3 × 2 − 13,3 × 2)/3 = 24,4 MPa. |T|² = 1 111 + 1 111 + 178 = 2 400, donc |τ| = √(2 400 − 597) = 42,5 MPa.
b) Avec (1 ; 2 ; 2) : T = (100 ; 100 ; −40) et « σₙ » = 100 + 200 − 80 = 220 MPa, soit 9 fois trop (3 × 3 : une fois dans T⃗, une fois dans la projection). En examen, c'est la différence entre « la pièce tient » et « la pièce casse ».
Exercice 3 : le calcul 3D complet N2 · chapitres 3 et 4
[σ] = 5020020−301001040 MPa, facette de direction normale (2 ; 1 ; 2).
Calcule T⃗, σₙ, |τ|, puis le vecteur cisaillement τ et vérifie sa longueur.
Voir la correction
Longueur √(4 + 1 + 4) = 3, donc n = (2/3 ; 1/3 ; 2/3).
Multiplier : ligne 1 : (50 × 2 + 20 × 1 + 0 × 2)/3 = 40 ; ligne 2 : (20 × 2 − 30 × 1 + 10 × 2)/3 = 10 ; ligne 3 : (0 × 2 + 10 × 1 + 40 × 2)/3 = 30. Donc T = (40 ; 10 ; 30) MPa.
Projeter : σn = (40 × 2 + 10 × 1 + 30 × 2)/3 = 50 MPa.
Pythagoriser : |T|² = 1 600 + 100 + 900 = 2 600, donc |τ| = √(2 600 − 2 500) = 10 MPa.
Vecteur : τ = T − 50n = (40 − 33,33 ; 10 − 16,67 ; 30 − 33,33) = (6,67 ; −6,67 ; −3,33). Longueur : √(44,4 + 44,4 + 11,1) = √100 = 10 ✅. Et τ·n = (13,33 − 6,67 − 6,67)/3 = 0 : il est bien dans le plan de la facette.
Exercice 4 : le tube soudé en spirale N2 · chapitres 4 et 5
Une conduite de rayon moyen R = 500 mm et d'épaisseur e = 10 mm est sous une pression p = 2 MPa (20 bar). Elle est fabriquée en tôle enroulée en hélice : la soudure fait un angle α = 60° avec l'axe du tube.
a) Calcule σθθ et σzz.
b) Dans le plan de la paroi (axes θ et z), la normale à la soudure fait l'angle α avec la direction θ : n = (cos α ; −sin α). Calcule la contrainte normale à la soudure et le cisaillement le long de la soudure.
c) Compare avec une soudure longitudinale (α = 0°) et une soudure circulaire (α = 90°).
Voir la correction
a) σθθ = pR/e = 2 × 500/10 = 100 MPa ; σzz = pR/2e = 50 MPa.
b) Le tenseur, dans le plan (θ, z), est diagonal : diag(100 ; 50). Multiplier : T = (100 cos 60° ; −50 sin 60°) = (50 ; −43,30). Projeter : σn = 50 × 0,5 + 43,30 × 0,866 = 62,5 MPa (c'est aussi 100 cos²60° + 50 sin²60°). Pythagoriser : |T|² = 2 500 + 1 875 = 4 375, donc |τ| = √(4 375 − 3 906) = 21,7 MPa (c'est aussi (100 − 50) sin 60° cos 60°).
c) Longitudinale : σn = 100 MPa ; circulaire : 50 MPa ; hélicoïdale à 60° : 62,5 MPa. La soudure en spirale est nettement moins sollicitée en ouverture qu'une soudure longitudinale : c'est un des atouts des tubes soudés en hélice.
Exercice 5 : frontal ou latéral ? N2 · chapitre 6
Un plat en S235 (fu = 360 MPa, βw = 0,8, γM2 = 1,25) transmet F = 120 kN par deux cordons d'angle de gorge a = 4 mm et de longueur L = 100 mm chacun.
a) Les cordons sont frontaux : calcule σ⊥, τ⊥, la contrainte équivalente, et vérifie les deux conditions.
b) Même question s'ils sont latéraux.
c) Quelle gorge minimale faudrait-il dans le cas latéral ?
Voir la correction
Limites : fu/(βwγM2) = 360/(0,8 × 1,25) = 360 MPa et 0,9 fu/γM2 = 259,2 MPa. Surface de gorge totale : a·ΣL = 4 × 200 = 800 mm².
a) σ⊥ = τ⊥ = 120 000/(√2 × 800) = 106,1 MPa. Équivalente : √(106,1² + 3 × 106,1²) = 2 × 106,1 = 212,1 MPa ≤ 360 ✅, et 106,1 ≤ 259,2 ✅. Taux de travail : 212,1/360 = 0,59.
b) τ∥ = 120 000/800 = 150 MPa. Équivalente : √3 × 150 = 259,8 MPa ≤ 360 ✅. Taux : 0,72. Le cas latéral est plus défavorable, dans le rapport √3/√2 ≈ 1,22.
c) Il faut √3 × 120 000/(200 a) ≤ 360, soit a ≥ 2,9 mm : on retient a = 3 mm, qui est aussi la gorge minimale usuelle exigée par l'Eurocode pour un cordon porteur.
Exercice 6 : reconnaître au premier coup d'œil N1 · chapitre 5
Nomme chaque état : A = diag(−5 ; −5 ; −5) ; B = seules les cases xy et yx valent 45 ; C = diag(0 ; 120 ; 60) en (r, θ, z) ; D = diag(180 ; 150 ; 110).
Voir la correction
A : pression hydrostatique (p = 5 MPa, sous 500 m d'eau environ). B : cisaillement pur dans le plan xy. C : paroi de réservoir cylindrique (σθθ = 2σzz, σrr ≈ 0). D : triaxial en traction, typique du cœur d'une soudure épaisse : attention au risque de rupture fragile.
Défi : la facette octaédrique N2 · pour préparer le cours 5
Soit [σ] = diag(σ1 ; σ2 ; σ3) et la facette également inclinée sur les trois axes, n = (1 ; 1 ; 1)/√3 (on l'appelle facette octaédrique, car 8 facettes de ce type forment un octaèdre). Montre que σn = (σ1 + σ2 + σ3)/3 et que τ = ⅓ √((σ1 − σ2)² + (σ2 − σ3)² + (σ3 − σ1)²).
Voir la correction
T = (σ1 ; σ2 ; σ3)/√3, donc σn = (σ1 + σ2 + σ3)/3 : c'est la contrainte moyenne. Ensuite |T|² = (σ1² + σ2² + σ3²)/3, et τ² = |T|² − σn² = [3Σσi² − (Σσi)²]/9. Or 3Σσi² − (Σσi)² = (σ1 − σ2)² + (σ2 − σ3)² + (σ3 − σ1)² (développe pour t'en convaincre), d'où le résultat.
Pourquoi c'est important : ce cisaillement octaédrique est, à un facteur près, la contrainte de von Mises du cours 5 (σVM = (3/√2) τoct). Et remarque : si σ1 = σ2 = σ3 (hydrostatique, ou triaxialité parfaite), il vaut zéro : la matière ne peut pas plastifier. C'est la formule qui explique le danger des états triaxiaux du chapitre 5.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 2
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Vecteur contrainte
La main sur la vitre. Dépend du point et de la facette. T(−n) = −T(n).
Cauchy
Les trois vues du dessin technique : elles suffisent pour tout reconstruire.
La formule
La ligne se couche sur la colonne : multiplier terme à terme, additionner.
Normaliser n⃗
Oubli = σₙ faux d'un facteur (longueur)². (1 ; 2 ; 2) → ÷ 3.
L'ombre
Le produit scalaire : multiplier composante par composante, additionner.
Le reste
Pythagore. Méthode complète : M-P-P, multiplier, projeter, Pythagoriser.
L'œuf et le cercle
Pointes de T⃗ : ellipse de Lamé. Facettes où τ = 0 : principales. En 2D : cercle de centre C, rayon R.
Réservoir
La saucisse éclate en long : la soudure longitudinale est deux fois plus chargée.
Cordon d'angle
Section de gorge a·L à 45°. Frontal : σ⊥ = τ⊥ = F/(√2 aΣL). Latéral : τ∥ = F/(aΣL).
Glossaire
Les mots, symboles et sigles nouveaux de ce cours
Les termes du cours 1 (contrainte, déformation, E, ν, G, Rₑ, Rₘ…) sont dans le glossaire du cours 1.
- Axe du cordon
- La ligne le long de laquelle court une soudure.
- βw
- « Bêta w » : facteur de corrélation de l'EN 1993-1-8, qui ajuste la résistance d'un cordon selon la nuance d'acier (0,80 S235, 0,85 S275, 0,90 S355).
- Cauchy (formule de)
- T = [σ]·n : le vecteur contrainte sur une facette quelconque se déduit de la matrice des contraintes.
- CND
- Contrôles non destructifs : radiographie, ultrasons, ressuage, magnétoscopie… Ils vérifient une soudure sans l'abîmer.
- Coefficient de joint soudé
- Coefficient ≤ 1 des codes d'appareils à pression, qui réduit la contrainte admissible selon l'étendue des contrôles des soudures.
- Contrainte axiale σzz
- Dans un tube ou un réservoir : contrainte le long de l'axe. Vaut pR/2e pour un réservoir mince fermé.
- Contrainte circonférentielle σθθ
- Contrainte qui « fait le tour » du tube (on dit aussi orthoradiale). Vaut pR/e pour un réservoir mince.
- Convention d'Einstein
- Règle d'écriture : un indice répété dans un produit est sommé. Ti = σijnj veut dire Ti = Σj σijnj.
- Coordonnées cylindriques
- Repère (r, θ, z) adapté aux tubes : radial, circonférentiel, axial.
- Cordon d'angle
- Soudure de section triangulaire, déposée dans l'angle formé par deux pièces.
- Cordon frontal / latéral
- Frontal : perpendiculaire à l'effort. Latéral : parallèle à l'effort.
- Cosinus directeurs
- Les composantes d'un vecteur unitaire : les cosinus de ses angles avec les axes.
- Côté z
- Longueur d'un côté du triangle d'un cordon d'angle, le long d'une pièce (aussi « jambe »).
- Détensionnement
- Traitement thermique après soudage (chauffage modéré puis refroidissement lent) qui réduit les contraintes résiduelles.
- Direction principale
- Orientation de facette sur laquelle T⃗ est parallèle à n⃗ : aucun cisaillement. Sujet du cours 4.
- EC3 / EN 1993-1-8
- Eurocode 3 : normes européennes de calcul des structures en acier. La partie 1-8 traite des assemblages (boulons, soudures).
- Ellipse de Lamé
- Courbe décrite par la pointe de T⃗ quand n⃗ fait le tour, en état plan. Ses axes portent les directions principales.
- fu
- Résistance à la traction nominale de l'acier (le Rₘ garanti), utilisée dans les vérifications de l'Eurocode.
- γM2
- « Gamma M2 » : coefficient partiel de sécurité des assemblages, 1,25 en valeur recommandée.
- Gorge a
- Hauteur du triangle d'un cordon d'angle depuis la racine : a = z/√2 ≈ 0,7 z pour un cordon à côtés égaux.
- IIW
- International Institute of Welding : Institut international de la soudure, qui définit les formations et diplômes internationaux en soudage.
- ISO 2553
- Norme internationale de représentation symbolique des soudures sur les plans (« a5 », « z7 »…).
- IWE
- International Welding Engineer : ingénieur international en soudage, diplôme de niveau ingénieur selon les règles de l'IIW.
- Méthode directionnelle
- Vérification d'un cordon qui décompose l'effort en σ⊥, τ⊥, τ∥ sur la section de gorge (EN 1993-1-8, § 4.5.3.2).
- Méthode simplifiée
- Vérification plus rapide et prudente : l'effort par unité de longueur est comparé à fvw,d·a, sans tenir compte de sa direction.
- M-P-P
- Moyen mnémotechnique de ce cours : Multiplier (T⃗ = [σ]n⃗), Projeter (σₙ = T⃗·n⃗), Pythagoriser (τ = √(T² − σₙ²)).
- Normaliser
- Diviser un vecteur par sa longueur pour le rendre unitaire.
- Norme d'un vecteur
- Sa longueur : |T| = √(Tx² + Ty² + Tz²).
- Pression hydrostatique
- État où [σ] = −p × (matrice identité) : même compression dans toutes les directions, jamais de cisaillement.
- Produit scalaire
- Opération entre deux vecteurs qui donne un nombre : somme des produits des composantes. Sert à projeter.
- Racine (d'un cordon)
- Le fond de l'angle entre les deux pièces, sommet de l'angle droit du triangle.
- Réservoir mince
- Réservoir dont l'épaisseur est petite devant le rayon (R/e > 10) : les contraintes y sont presque uniformes dans l'épaisseur.
- Section de gorge
- Plan passant par la racine d'un cordon d'angle, incliné à 45°, d'aire a·L : la facette sur laquelle on vérifie le cordon.
- Tétraèdre
- Pyramide à base triangulaire (4 faces triangulaires).
- Transposée
- Matrice obtenue en échangeant lignes et colonnes (retournement autour de la diagonale). Une matrice symétrique est égale à sa transposée.
- Triaxialité
- État où les trois contraintes principales sont de même signe et voisines : la matière est bridée et peut casser sans se déformer.
- Vecteurs de base e⃗x, e⃗y, e⃗z
- Les vecteurs unitaires des trois axes.
Check-list : suis-je prêt pour le cours 3 ?
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