Résistance des matériaux, série de 5 cours

Une matrice pour connaître toutes les facettes

Cours2 sur 5 : le tenseur des contraintes
Durée conseillée≈ 2 h 30 avec les exercices
Prérequisle cours 1
À la fin tu saiscalculer σₙ et τ sur n'importe quelle facette, en 3D

Au cours 1, tu as vu qu'en un point la contrainte dépend de l'orientation de la surface qu'on regarde, et qu'on range tout dans une matrice [σ]. Ce cours t'apprend à faire parler cette matrice : une multiplication, un produit scalaire, un Pythagore, et tu connais la contrainte sur n'importe quelle facette. À la fin, tu l'appliques à la section de gorge d'un cordon de soudure.

Même code couleur qu'au cours 1. Nouveauté : les vecteurs n⃗ (la normale) et T⃗ (le vecteur contrainte) sont dessinés en noir, et tout ce qui concerne la soudure est encadré en bronze.

Avant de commencer

Le cours 1 en trois cases

σ = F/S   τ = F/S
La contrainte : une force par unité de surface, normale (σ, elle tire ou pousse) ou tangentielle (τ, elle fait glisser). En MPa = N/mm².
σn = σcos²θ
Dans une barre tirée, une coupe inclinée porte à la fois de la traction et du cisaillement : la contrainte dépend de l'orientation de la facette.
[σ] : 3 × 3
Ligne = la face, colonne = la direction. Diagonale : σ. Hors diagonale : τ. Symétrique, donc 6 valeurs indépendantes.
📘 Dans le polycopié (Polytech Nantes, « Notions de base de RDM », IWE1) : ce cours correspond au § 7, parties f à j, pages 11 et 12. Deux différences de notation à connaître. 1. Le polycopié écrit les cisaillements σxy, σxz, σyz ; ici on les écrit τxy, τxz, τyz pour les voir en violet. Ce sont les mêmes nombres. 2. Le polycopié note φ l'angle de la facette ; ici c'est θ. La convention de signe de τ est celle du polycopié (chapitre 4).
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage (formation IWE)

IWE signifie International Welding Engineer (ingénieur international en soudage), le diplôme délivré selon les règles de l'IIW (International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure). Dans son programme de conception et de calcul des assemblages, tu retrouveras exactement ce que tu vas apprendre ici, sous trois formes :

1. Le calcul des cordons d'angle. La vérification d'un cordon selon l'Eurocode 3 consiste à calculer la contrainte sur une facette inclinée à 45°, la « section de gorge », puis à la décomposer en trois morceaux. C'est littéralement le produit [σ]·n de ce cours (chapitre 6).

2. Les réservoirs sous pression soudés. Leur paroi est dans un état de contrainte à deux directions, et on verra pourquoi la soudure longitudinale est deux fois plus chargée que la soudure circulaire (chapitre 5).

3. Les contraintes résiduelles de soudage. Au cœur d'une soudure épaisse, la matière est tirée dans les trois directions à la fois : un état triaxial, qui ne s'écrit correctement qu'avec une matrice 3 × 3.

Le plan du cours

  1. 1Le vecteur contrainte T⃗

    La vraie définition de « la contrainte sur une facette », et la preuve qu'elle change quand la facette tourne.

  2. 2Le tétraèdre de Cauchy

    Pourquoi 3 faces (donc 9 nombres) suffisent à tout connaître.

  3. 3La formule T⃗ = [σ]·n⃗

    Le produit matrice × vecteur, appris de zéro avec une machine pas à pas.

  4. 4Décomposer T⃗ en σₙ et τ

    Un produit scalaire et un Pythagore. Et le cercle de Mohr réapparaît.

  5. 5La galerie des états de contrainte

    Les matrices types à reconnaître au premier coup d'œil, dont celle d'un réservoir soudé.

  6. 6Application : la section de gorge d'un cordon d'angle

    σ⊥, τ⊥, τ∥ et la vérification de l'Eurocode 3.

1

Le vecteur contrainte T⃗

Ce que ressent une facette, et pourquoi ça dépend de son orientation

🖐Image à retenirLa main posée à plat sur une vitre
👁 Niveau 1 : voir la main sur la vitre

Pose ta main à plat sur une vitre et pousse en biais, vers le haut. Ta paume ressent deux choses à la fois : une poussée qui l'écrase contre la vitre (perpendiculaire), et un frottement qui la fait glisser (parallèle). La force par unité de surface que ressent ta paume, avec sa direction, c'est le vecteur contrainte T.

Dans la matière, c'est pareil. Choisis un point M, et fais passer par ce point une petite surface imaginaire, la facette. Coupe par la pensée : la matière d'un côté exerce sur l'autre une force répartie. Ramenée à la surface, cette force est le vecteur T, en MPa.

📖 Vecteur : une flèche, avec une longueur (sa « norme ») et une direction. En 3D, on l'écrit avec ses trois composantes, par exemple T = (Tx ; Ty ; Tz) : ce qu'il avance selon x, selon y, selon z. La flèche au-dessus de la lettre signale un vecteur.
📖 Normale unitaire n⃗ : la flèche perpendiculaire à la facette, de longueur exactement 1. Elle sert d'« étiquette » à la facette : dire « la facette de normale n⃗ », c'est désigner une orientation précise. Par convention, elle pointe vers l'extérieur du morceau de matière qu'on garde.

La phrase à retenir : en un point, T dépend de la facette choisie. Change n, et T change de longueur et de direction. La manipulation ci-dessous le montre : fais tourner la facette autour du point, et regarde la flèche noire.

Manipulation 1 : le hérisson de facettes

Au centre, le point M. Le cercle en pointillés est le cercle des normales (longueur 1). Pour chaque orientation n⃗, la flèche noire est le vecteur contrainte T⃗ que ressent la facette. Règle d'abord l'état de contrainte (ou choisis un exemple), puis fais tourner n⃗.

👁 Niveau 1 : ce qu'il faut observer trois constats

1. En général, T⃗ n'est pas parallèle à n⃗. La facette est à la fois tirée (ou poussée) et cisaillée. C'est exactement la main sur la vitre.

2. Il existe des orientations spéciales où T⃗ est pile dans l'axe de n⃗ : aucun cisaillement sur ces facettes. Ce sont les directions principales, le cœur du cours 4. Cherche-les avec le curseur : il y en a deux, perpendiculaires entre elles.

3. Avec « Pression d'un fluide », T⃗ est toujours parallèle à n⃗ et pointe vers l'intérieur : un plongeur ressent la même poussée dans toutes les directions, sans aucun frottement. Toutes les facettes sont principales.

🥚 Coche « Montrer la courbe » et fais un tour : la pointe de T⃗ dessine une ellipse, l'ellipse de Lamé (du nom du mathématicien et ingénieur des Mines Gabriel Lamé, 1795-1870). Ses deux demi-axes sont justement portés par les directions principales. Image : un œuf posé autour du point.
🎓 Niveau 2 : maîtriser la définition rigoureuse

Soit une facette d'aire dS (« d » pour « très petite ») autour du point M, de normale unitaire sortante n. La matière située du côté de n exerce sur elle une force dF. On définit :

T(M, n) = dFdS

limite quand dS tend vers 0, en MPa

T(M, n)
vecteur contrainte au point M sur la facette de normale n⃗ : il dépend de deux choses, le point et l'orientation
dF
force élémentaire exercée sur la facette, en N
dS
aire élémentaire de la facette, en mm²

Le principe d'action et de réaction

Retourne la facette (normale −n) : tu regardes maintenant l'autre morceau de matière. Il subit la force opposée :

T(M, −n) = −T(M, n)

C'est pour ça que, sur le cube du cours 1, les faces cachées portent les mêmes flèches en sens inverse : elles n'apportent aucune information nouvelle.

Normale et tangentielle

On décompose toujours T en deux morceaux : sa projection sur n, la contrainte normale σn (positive en traction), et le reste, dans le plan de la facette, le cisaillement τ. On apprendra à les calculer au chapitre 4.

⚠️ Ne confonds pas T (un vecteur : 3 nombres, qui dépend de la facette) et [σ] (une matrice : 9 nombres, qui ne dépend que du point). [σ] est la « machine » ; T est ce qu'elle produit quand on lui donne une facette.
2

Le tétraèdre de Cauchy

Pourquoi trois faces suffisent à tout connaître

📐Image à retenirLes trois vues du dessin technique
👁 Niveau 1 : voir trois vues suffisent

En dessin industriel, trois vues (face, dessus, gauche) suffisent pour définir entièrement une pièce : toutes les autres vues s'en déduisent. En contraintes, c'est pareil. Si tu connais T sur trois facettes perpendiculaires (celles de normales x, y et z), tu peux calculer T sur n'importe quelle autre facette.

Pourquoi ? Découpe un petit coin de matière avec une facette inclinée. Ce coin est en équilibre : les forces sur ses faces s'annulent. Les forces sur les faces « x », « y » (et « z » en 3D) étant connues, la force sur la face inclinée est forcée : c'est celle qui ferme le bilan.

Et comme chacun des trois vecteurs T a 3 composantes, il faut 3 × 3 = 9 nombres : ce sont exactement les 9 cases de [σ]. La matrice n'est pas une convention arbitraire, c'est le minimum d'information nécessaire.

Ce résultat est dû à Augustin-Louis Cauchy, mathématicien français, en 1822 : c'est l'acte de naissance du tenseur des contraintes.

Manipulation 2 : le triangle de Cauchy (version 2D)

Un petit coin triangulaire découpé dans la matière. Sur sa face verticale et sa face horizontale, les forces sont connues (grâce à [σ]). La force sur la face inclinée est celle qui équilibre le tout. À droite, les trois forces mises bout à bout : si le triangle des forces se referme, la somme est nulle.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la démonstration en 3D

Prends un tétraèdre (une pyramide à base triangulaire) dont trois faces sont perpendiculaires aux axes x, y, z, et dont la quatrième, d'aire dS, a pour normale sortante n = (nx ; ny ; nz).

Étape 1, les aires. Chaque face « d'axe » est la projection de la face inclinée sur un plan de coordonnées. Son aire vaut dSi = ni·dS (pour i = x, y, z). C'est le même raisonnement que la tranche de saucisson coupée en biais du cours 1.

📖 Cosinus directeurs : les composantes nx, ny, nz d'un vecteur unitaire sont les cosinus des angles qu'il fait avec les axes x, y, z. D'où leur nom. Ils vérifient toujours nx² + ny² + nz² = 1.

Étape 2, l'équilibre. Les faces d'axe ont pour normales sortantes −ex, −ey, −ez (elles « regardent » vers les axes négatifs), donc elles portent −T(ei) (action-réaction). La somme des forces est nulle :

T(n)·dS − T(ex)·nxdS − T(ey)·nydS − T(ez)·nzdS = 0

le poids du tétraèdre est négligeable : il est proportionnel à son volume, qui devient infiniment plus petit que ses surfaces quand on le rétrécit

Étape 3, on simplifie par dS :

T(n) = nx·T(ex) + ny·T(ey) + nz·T(ez)

le vecteur contrainte sur n'importe quelle facette est un mélange des trois vecteurs des faces d'axe

📖 e⃗x, e⃗y, e⃗z : les vecteurs unitaires des axes x, y, z (on dit « vecteurs de base »). T(ex) est donc le vecteur contrainte sur la face de normale x : ses trois composantes sont la première ligne de [σ], (σxx ; τxy ; τxz).

Écrit composante par composante, cette somme est exactement un produit « matrice × vecteur », que le chapitre suivant t'apprend à faire à la main :

T = [σ]·n

la formule de Cauchy : la formule centrale de ce cours

💡 Un détail pour les puristes : avec la convention « ligne = face », la somme ci-dessus donne en toute rigueur T = [σ]T·n, où [σ]T est la transposée (la matrice retournée autour de sa diagonale). Mais [σ] est symétrique (le petit carré qui ne tourne pas), donc [σ]T = [σ]. Voilà une deuxième raison pour laquelle la symétrie est précieuse.
3

La formule T⃗ = [σ]·n⃗

Le produit matrice × vecteur, appris de zéro

🧮Image à retenirLa ligne qui se couche sur la colonne
👁 Niveau 1 : voir la recette en trois gestes

Multiplier une matrice 3 × 3 par un vecteur (une colonne de 3 nombres) donne un nouveau vecteur de 3 nombres. Pour obtenir chaque composante, on répète la même recette :

Geste 1 : prends une ligne de la matrice et couche-la sur la colonne du vecteur (le 1er nombre de la ligne en face du 1er du vecteur, etc.).
Geste 2 : multiplie les nombres qui se font face.
Geste 3 : additionne les trois produits. Ce total est la composante cherchée.

Ligne 1 → Tx, ligne 2 → Ty, ligne 3 → Tz. C'est tout.

σxxτxyτxzτxyσyyτyzτxzτyzσzz · nxnynz = σxxnx + τxyny + τxznzτxynx + σyyny + τyznzτxznx + τyzny + σzznz

chaque ligne de la matrice « se couche » sur la colonne n⃗

🧮 Pour s'en souvenir : « la ligne se couche sur la colonne ». Une matrice se lit ligne par ligne, un vecteur colonne se lit de haut en bas, et on les fait se rencontrer terme à terme.
⚠️ Le piège qui coûte le plus de points : n⃗ doit être unitaire (longueur 1). Si l'énoncé donne une direction comme (1 ; 2 ; 2), sa longueur vaut √(1² + 2² + 2²) = 3 : il faut d'abord la normaliser, c'est-à-dire diviser chaque composante par 3, ce qui donne (1/3 ; 2/3 ; 2/3). Sinon, T⃗ est 3 fois trop grand, et σₙ 9 fois trop grand. La machine ci-dessous te le fait vivre.

Manipulation 3 : la machine à multiplier

Tape (ou choisis) une matrice [σ] en MPa et une direction n⃗. Les cases grises se remplissent seules, par symétrie. Puis avance étape par étape : la ligne utilisée et le vecteur s'allument en jaune. Tu peux t'en servir pour vérifier tes exercices.

[σ] en MPa
·
n⃗
=
T⃗ en MPa

🎓 Niveau 2 : maîtriser l'écriture indicielle

Les ingénieurs écrivent souvent la formule de Cauchy de façon compacte, avec des indices :

Ti = Σj σij nj

pour i = x, y, z ; la somme porte sur j = x, y, z

i
l'indice de la composante qu'on calcule (donc de la ligne utilisée)
j
l'indice qui « court » le long de la ligne et du vecteur : c'est lui qu'on additionne
Σ
la lettre grecque sigma majuscule, qui signifie « somme de »

En mécanique, on sous-entend souvent le Σ : c'est la convention d'Einstein, qui dit qu'un indice répété dans un produit est automatiquement sommé. On écrit alors simplement Ti = σijnj. Tu rencontreras souvent cette écriture : tu sais maintenant la lire.

Trois vérifications express à faire à chaque fois

1. n⃗ est-il unitaire ? Calcule nx² + ny² + nz² : ça doit faire 1.

2. Les faces d'axe redonnent-elles les lignes ? Avec n = (1 ; 0 ; 0), tu dois retrouver la première ligne de [σ]. C'est un bon test pour vérifier que tu multiplies dans le bon sens.

3. Les unités : [σ] en MPa et n⃗ sans unité, donc T en MPa.

4

Décomposer T⃗ : σₙ et τ

Un produit scalaire, puis un Pythagore

☀️Image à retenirL'ombre d'un bâton au soleil de midi
👁 Niveau 1 : voir l'ombre et le reste

Tu as T. Tu veux savoir quelle part tire la facette (σn) et quelle part la fait glisser (τ).

σₙ, c'est l'ombre. Imagine un bâton incliné (le vecteur T) et un soleil qui éclaire perpendiculairement à la direction n. L'ombre du bâton sur l'axe de n a pour longueur σn. Mathématiquement, cette « ombre » s'appelle la projection, et elle se calcule avec un produit scalaire :

σn = T·n = Txnx + Tyny + Tznz

on multiplie composante par composante, puis on additionne

📖 Produit scalaire : opération qui prend deux vecteurs et donne un nombre. Recette : multiplier les composantes deux à deux et additionner. Si l'un des deux vecteurs est unitaire, le résultat est la longueur de l'ombre de l'autre sur lui. Il est positif si les deux flèches vont dans le même sens, négatif sinon, nul si elles sont perpendiculaires.

τ, c'est le reste. T, sa partie normale et sa partie tangentielle forment un triangle rectangle : T est l'hypoténuse. Pythagore donne donc :

|τ| = √( |T|² − σn² )

avec |T⃗|² = Tx² + Ty² + Tz² (la longueur de T⃗ au carré)

☀️ La méthode complète en une phrase : « je multiplie (T⃗ = [σ]n⃗), je projette (σₙ = T⃗·n⃗), je Pythagorise (τ = √(T² − σₙ²)) ». Multiplier, projeter, Pythagoriser : M-P-P.

En 3D, cette méthode donne la valeur du cisaillement (toujours positive). Si l'on a besoin de sa direction dans le plan de la facette (c'est le cas pour un cordon de soudure, où l'on distingue τ⊥ et τ∥), on calcule le vecteur τ = T − σnn, puis on le projette sur les directions qui nous intéressent.

Manipulation 4 : la facette qui tourne, version générale

Comme au cours 1, mais avec n'importe quel état de contrainte plan : règle σxx, σyy et τxy. La facette passe par le centre du petit carré ; sa normale n⃗ fait l'angle θ avec l'axe x (le polycopié note cet angle φ). Signe de τ : convention du polycopié, t⃗ = n⃗ tourné de +90°. À droite, chaque orientation donne un point (σₙ ; τ).

🎓 Niveau 2 : maîtriser les formules en 2D et le retour du cercle

En état plan, avec n = (cos θ ; sin θ) et la tangente t = (−sin θ ; cos θ) (c'est n tourné de 90° dans le sens trigonométrique, la convention du polycopié), la méthode M-P-P donne :

σn = σxxcos²θ + σyysin²θ + 2τxy sin θ cos θ
τ = −(σxx − σyy) sin θ cos θ + τxy(cos²θ − sin²θ)

avec σxx seul : σₙ = σ cos²θ et τ = −σ sin θ cos θ (même valeur qu'au cours 1, signe opposé : voir l'encadré plus bas)

Avec les formules d'angle double cos²θ = (1 + cos 2θ)/2, sin²θ = (1 − cos 2θ)/2 et 2 sin θ cos θ = sin 2θ, cela devient :

σn = C + a cos 2θ + τxy sin 2θ
τ = −a sin 2θ + τxy cos 2θ

avec C = (σxx + σyy)/2 et a = (σxx − σyy)/2

Le point (σn ; τ) est donc à la distance R = √(a² + τxy²) du point (C ; 0), quel que soit θ : il décrit un cercle de centre C et de rayon R, en tournant de 2θ dans le sens contraire de la facette. C'est le cercle de Mohr, cette fois pour un état plan quelconque. Ce sont exactement les formules de la page 11 du polycopié, écrites là-bas pour les déformations : remplace σ par ε, τxy par εxy et θ par φ, et tu retrouves εn et εnt mot pour mot. On en tirera tout au cours 4 : contraintes principales C ± R, cisaillement maximal R.

⚠️ La convention de signe de τ, alignée sur le polycopié. Le signe de τ dépend du sens choisi pour la tangente t. Le polycopié (p. 11) prend t = n tourné de +90° (sens trigonométrique) : c'est la convention de toute la série à partir d'ici. Deux conséquences à retenir. 1. En traction seule, τ = −σ sin θ cos θ : le cours 1, qui oriente la tangente dans l'autre sens, écrit +σ sin θ cos θ. 2. Sur le cercle de Mohr, quand la facette tourne de θ dans un sens, le point tourne de 2θ dans l'autre sens. La valeur absolue |τ|, celle qui compte pour la résistance, ne dépend jamais de la convention.
5

La galerie des états de contrainte

Les matrices à reconnaître au premier coup d'œil

🖼Image à retenirLe musée des cubes : un cube par situation
👁 Niveau 1 : voir sept cubes à photographier

Dans la pratique, les mêmes formes de matrice reviennent sans cesse. Savoir les reconnaître, c'est gagner un temps fou en examen : on écrit la matrice directement, sans calcul.

ÉtatCe qui est non nulOù on le rencontre
Traction simpleσxx seultirant, éprouvette, boulon
Compression simpleσxx < 0 seulpoteau, béquille
Cisaillement purτxy = τyxarbre en torsion, cordon latéral, plot en caoutchouc
Pression hydrostatiquediagonale −p, −p, −ppièce plongée dans un fluide sous pression
Biaxial (réservoir)σθθ et σzz = σθθ/2paroi de réservoir cylindrique, tuyauterie
État planle coin 2 × 2 : σxx, σyy, τxytôle mince chargée dans son plan
Triaxialtoute la diagonale positivecœur d'une soudure épaisse (contraintes résiduelles), fond d'entaille

Joue avec la manipulation : clique sur un exemple, observe le cube et la matrice, puis bouge les curseurs pour créer tes propres états. Une flèche qui pointe vers la face signale une compression.

Manipulation 5 : le cube paramétrable

xyz
x
y
z

en MPa

🎓 Niveau 2 : maîtriser le réservoir mince, pièce par pièce

Un réservoir cylindrique de rayon moyen R et d'épaisseur e (mince : R/e > 10) contient un gaz à la pression p. On travaille en coordonnées cylindriques : r (radial, vers l'extérieur), θ (circonférentiel, « le tour »), z (axial, le long du cylindre).

📖 Pression p : force par unité de surface exercée par le fluide, perpendiculairement à la paroi. Même unité que les contraintes : 1 MPa = 10 bar.

Coupe 1 : le long de l'axe (on ouvre le cylindre comme un livre). Sur une longueur L, la pression pousse les deux moitiés l'une contre l'autre avec une force p × 2R × L (pression × surface projetée). Deux bandes de paroi, de section e × L chacune, résistent avec σθθ. Équilibre : σθθ × 2eL = p × 2RL.

Coupe 2 : perpendiculaire à l'axe (on coupe une rondelle). La pression sur le fond pousse avec p × πR². La paroi résiste sur un anneau de périmètre 2πR et d'épaisseur e : σzz × 2πR e = p × πR².

σθθ = pRe     σzz = pR2e     σrr ≈ 0

formules des réservoirs minces (dites « de la chaudière ») ; σᵣᵣ varie de −p à l'intérieur à 0 à l'extérieur, négligeable devant les deux autres

Et le tenseur en coordonnées (r, θ, z) est diagonal : [σ] = diag(0 ; pR/e ; pR/2e). Pour une sphère, les deux directions sont équivalentes : σ = pR/(2e) partout, deux fois moins qu'un cylindre de même rayon. C'est pour ça que les grands stockages de gaz sont sphériques.

🌭 La saucisse qui éclate : quand une saucisse éclate à la cuisson, elle se fend dans le sens de la longueur. La contrainte circonférentielle σθθ est la plus forte, et elle ouvre une fente parallèle à l'axe.
🔥 Conséquence pour le soudeur

La soudure longitudinale (le long de l'axe z) est tirée perpendiculairement par σθθ = pR/e. La soudure circulaire (qui fait le tour) est tirée par σzz = pR/2e, deux fois moins. La soudure longitudinale est donc la plus critique : c'est elle qu'on contrôle en priorité, et c'est pour ça que les codes de calcul des appareils à pression (par exemple l'EN 13445 en Europe) introduisent un coefficient de joint soudé, inférieur ou égal à 1, qui dépend de l'étendue des contrôles non destructifs réalisés.

Et une soudure hélicoïdale (tube soudé en spirale) ? Elle est sur une facette inclinée : sa contrainte normale se calcule exactement avec la méthode M-P-P de ce cours. C'est l'exercice 4.

L'état triaxial des soudures épaisses

Pendant le refroidissement, le cordon veut se rétracter, mais le métal froid autour l'en empêche : il reste tiré. Dans une tôle mince, il est tiré surtout selon deux directions ; dans une tôle épaisse, selon les trois. Or, quand les trois contraintes principales sont proches et positives, le cisaillement maximal est faible (tu le démontreras au cours 4 avec les trois cercles de Mohr). Le métal ne peut presque plus se déformer plastiquement, puisque la plasticité est pilotée par le cisaillement (cours 1). Il perd sa ductilité apparente, et le risque de rupture fragile augmente. C'est une des raisons d'être du traitement thermique de détensionnement après soudage.

📖 Triaxialité : caractère d'un état de contrainte où les trois contraintes principales sont du même signe et d'ordres de grandeur voisins. Forte triaxialité en traction = matière « bridée », qui casse sans prévenir.
6

Application : la section de gorge d'un cordon d'angle

σ⊥, τ⊥, τ∥ et la vérification de l'Eurocode 3

🔥Image à retenirLe triangle et sa gorge inclinée à 45°
👁 Niveau 1 : voir le vocabulaire et l'idée

Un cordon d'angle relie deux pièces qui forment un angle (souvent droit), sans chanfrein. En coupe, c'est un triangle.

racine
le sommet de l'angle droit, au fond du coin entre les deux pièces
côté z
la longueur de chaque côté du triangle le long des pièces (on dit aussi « jambe »)
gorge a
la hauteur du triangle issue de la racine : la plus petite épaisseur de métal fondu. Pour un cordon à côtés égaux, a = z/√2 ≈ 0,7 z
L
la longueur efficace du cordon (le long de son axe)
📖 Notation des plans : selon la norme ISO 2553 (la norme de représentation symbolique des soudures), « a5 » désigne un cordon de gorge 5 mm et « z7 » un cordon de côté 7 mm. Confondre les deux surestime la résistance de 41 % (car √2 ≈ 1,41) : c'est une erreur classique.

L'idée de la vérification : le cordon cassera là où il est le plus mince, c'est-à-dire à travers la section de gorge, un plan qui passe par la racine, contient l'axe du cordon, et est incliné à 45°. Son aire vaut a × L. C'est une facette, au sens exact de ce cours ! On calcule la force qui la traverse, on la ramène à la surface, et on la décompose :

σ⊥
contrainte normale à la section de gorge (« sigma perpendiculaire »), qui cherche à l'ouvrir
τ⊥
cisaillement dans la section de gorge, perpendiculaire à l'axe du cordon
τ∥
cisaillement dans la section de gorge, parallèle à l'axe du cordon

Une quatrième contrainte, σ∥ (normale et parallèle à l'axe du cordon, dans le cordon lui-même), existe aussi, mais la vérification l'ignore.

🔥 Image : le triangle du cordon, la gorge qui le coupe en deux à 45° comme une diagonale de mouchoir plié, et trois flèches sur cette diagonale : une rouge qui l'ouvre (σ⊥), une violette qui la fait glisser en travers (τ⊥), et un point violet ⊙ qui file le long du cordon (τ∥).

Manipulation 6 : le cordon d'angle sous la loupe

Coupe d'une liaison en T avec un cordon d'angle (vue perpendiculaire à l'axe du cordon). La force F⊥ agit dans le plan de la coupe, dans la direction φ (« phi ») ; F∥ agit le long du cordon. La ligne en pointillés bronze est la section de gorge. Les valeurs sont vérifiées selon la méthode directionnelle de l'EN 1993-1-8.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la méthode directionnelle de l'EN 1993-1-8

L'Eurocode 3 (EC3, ensemble de normes européennes de calcul des structures en acier) traite les assemblages dans sa partie EN 1993-1-8. Pour un cordon d'angle, on suppose les contraintes uniformes sur la section de gorge, puis on vérifie deux conditions :

√( σ⊥² + 3(τ⊥² + τ∥²) ) ≤ fuβw γM2   et   σ⊥ ≤ 0,9 fuγM2

EN 1993-1-8, § 4.5.3.2 (version 2005)

fu
résistance à la traction (le Rₘ du cours 1) de la pièce assemblée la plus faible : 360 MPa pour le S235, 430 pour le S275, 490 pour le S355 (épaisseurs ≤ 40 mm)
βw
« bêta w », facteur de corrélation qui tient compte de la résistance réelle du métal d'apport par rapport au métal de base : 0,80 (S235), 0,85 (S275), 0,90 (S355)
γM2
« gamma M2 », coefficient partiel de sécurité des assemblages : 1,25 (valeur recommandée, que l'annexe nationale peut ajuster)

Le facteur 3 devant les cisaillements n'est pas arbitraire : il vient du critère de von Mises (cours 5), qui dit qu'un cisaillement τ est aussi dangereux qu'une traction de √3·τ. Tu verras alors que cette formule est un von Mises simplifié.

Les deux cas d'école

Cordons frontaux (perpendiculaires à l'effort, par exemple aux extrémités d'un plat à recouvrement). La force par unité de longueur f = F/ΣL (ΣL : longueur totale des cordons) arrive à 45° sur la section de gorge. Sa projection sur la normale et sur la gorge vaut f/√2 chacune :

σ⊥ = τ⊥ = F√2 · a · ΣL  ⇒  √(σ⊥² + 3τ⊥²) = √2 · Fa · ΣL

Cordons latéraux (parallèles à l'effort). Tout l'effort file le long du cordon :

τ∥ = Fa · ΣL  ⇒  √(3τ∥²) = √3 · Fa · ΣL
💡 Le résultat à retenir : à longueur égale, un cordon frontal est plus favorable qu'un cordon latéral dans la méthode directionnelle, dans le rapport √3/√2 ≈ 1,22. Vérifie-le avec les boutons de la manipulation 6.

La méthode simplifiée

L'EN 1993-1-8 propose aussi une méthode plus rapide et plus prudente : on ignore la direction de l'effort, et on vérifie que la force par unité de longueur reste inférieure à fvw,d · a, avec fvw,d = fu / (√3 βw γM2). Cela revient à traiter tout effort comme s'il était un cisaillement le long du cordon (le cas le plus défavorable).

⚠️ Vérifie la version de la norme applicable. Les valeurs ci-dessus sont celles de l'EN 1993-1-8:2005 et de son annexe nationale, encore très utilisées. Une nouvelle génération des Eurocodes est en cours de déploiement, et certaines valeurs (notamment βw pour les aciers à haute résistance) peuvent y différer. La démarche, elle, est la même : une facette, un vecteur contrainte, trois composantes.
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Exercices corrigés

De la lecture d'une matrice jusqu'à la vérification d'un cordon

🏋️Image à retenirLa salle de muscu : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi la méthode M-P-P

Pour chaque facette : 0. je vérifie que n⃗ est unitaire (sinon je normalise), 1. je multiplie : T⃗ = [σ]·n⃗, 2. je projette : σₙ = T⃗·n⃗, 3. je Pythagorise : τ = √(|T⃗|² − σₙ²). La manipulation 3 (la machine à multiplier) te permet de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : lire, puis calculer, en 2D N1 · chapitres 3 et 4

En un point d'une tôle, l'état de contrainte plan est [σ] = 803030−40 MPa.

a) Sans calcul, donne T⃗ sur la facette de normale x, puis sur celle de normale y.
b) Calcule T⃗, σₙ et |τ| sur la facette dont la normale fait 45° avec l'axe x.

Voir la correction

a) Il suffit de lire les lignes : T(ex) = (80 ; 30) MPa et T(ey) = (30 ; −40) MPa.

b) n = (cos 45° ; sin 45°) = (0,7071 ; 0,7071), déjà unitaire. Multiplier : Tx = 80 × 0,7071 + 30 × 0,7071 = 77,78 et Ty = 30 × 0,7071 − 40 × 0,7071 = −7,07. Projeter : σn = 77,78 × 0,7071 − 7,07 × 0,7071 = 50,0 MPa. Pythagoriser : |T|² = 77,78² + 7,07² = 6 100, donc |τ| = √(6 100 − 2 500) = 60,0 MPa.

Vérification par les formules d'angle double : C = (80 − 40)/2 = 20, a = (80 + 40)/2 = 60, 2θ = 90°. σn = 20 + 60 × 0 + 30 × 1 = 50 ✅ et τ = −60 × 1 + 30 × 0 = −60, soit |τ| = 60 ✅. Le signe moins (convention du polycopié) indique seulement que le cisaillement va dans le sens opposé à t⃗.

Exercice 2 : le piège de la normale N1 · chapitres 3 et 4

[σ] = diag(100 ; 50 ; −20) MPa (seule la diagonale est non nulle). On étudie la facette de direction normale (1 ; 2 ; 2).

a) Calcule σₙ et |τ| correctement.
b) Refais le calcul en oubliant de normaliser : de combien σₙ est-il faux ?

Voir la correction

a) Longueur de la direction : √(1 + 4 + 4) = 3, donc n = (1/3 ; 2/3 ; 2/3). T = (100/3 ; 100/3 ; −40/3) = (33,3 ; 33,3 ; −13,3) MPa. σn = (33,3 × 1 + 33,3 × 2 − 13,3 × 2)/3 = 24,4 MPa. |T|² = 1 111 + 1 111 + 178 = 2 400, donc |τ| = √(2 400 − 597) = 42,5 MPa.

b) Avec (1 ; 2 ; 2) : T = (100 ; 100 ; −40) et « σₙ » = 100 + 200 − 80 = 220 MPa, soit 9 fois trop (3 × 3 : une fois dans T⃗, une fois dans la projection). En examen, c'est la différence entre « la pièce tient » et « la pièce casse ».

Exercice 3 : le calcul 3D complet N2 · chapitres 3 et 4

[σ] = 5020020−301001040 MPa, facette de direction normale (2 ; 1 ; 2).

Calcule T⃗, σₙ, |τ|, puis le vecteur cisaillement τ et vérifie sa longueur.

Voir la correction

Longueur √(4 + 1 + 4) = 3, donc n = (2/3 ; 1/3 ; 2/3).

Multiplier : ligne 1 : (50 × 2 + 20 × 1 + 0 × 2)/3 = 40 ; ligne 2 : (20 × 2 − 30 × 1 + 10 × 2)/3 = 10 ; ligne 3 : (0 × 2 + 10 × 1 + 40 × 2)/3 = 30. Donc T = (40 ; 10 ; 30) MPa.

Projeter : σn = (40 × 2 + 10 × 1 + 30 × 2)/3 = 50 MPa.

Pythagoriser : |T|² = 1 600 + 100 + 900 = 2 600, donc |τ| = √(2 600 − 2 500) = 10 MPa.

Vecteur : τ = T − 50n = (40 − 33,33 ; 10 − 16,67 ; 30 − 33,33) = (6,67 ; −6,67 ; −3,33). Longueur : √(44,4 + 44,4 + 11,1) = √100 = 10 ✅. Et τ·n = (13,33 − 6,67 − 6,67)/3 = 0 : il est bien dans le plan de la facette.

Exercice 4 : le tube soudé en spirale N2 · chapitres 4 et 5

Une conduite de rayon moyen R = 500 mm et d'épaisseur e = 10 mm est sous une pression p = 2 MPa (20 bar). Elle est fabriquée en tôle enroulée en hélice : la soudure fait un angle α = 60° avec l'axe du tube.

a) Calcule σθθ et σzz.
b) Dans le plan de la paroi (axes θ et z), la normale à la soudure fait l'angle α avec la direction θ : n = (cos α ; −sin α). Calcule la contrainte normale à la soudure et le cisaillement le long de la soudure.
c) Compare avec une soudure longitudinale (α = 0°) et une soudure circulaire (α = 90°).

Voir la correction

a) σθθ = pR/e = 2 × 500/10 = 100 MPa ; σzz = pR/2e = 50 MPa.

b) Le tenseur, dans le plan (θ, z), est diagonal : diag(100 ; 50). Multiplier : T = (100 cos 60° ; −50 sin 60°) = (50 ; −43,30). Projeter : σn = 50 × 0,5 + 43,30 × 0,866 = 62,5 MPa (c'est aussi 100 cos²60° + 50 sin²60°). Pythagoriser : |T|² = 2 500 + 1 875 = 4 375, donc |τ| = √(4 375 − 3 906) = 21,7 MPa (c'est aussi (100 − 50) sin 60° cos 60°).

c) Longitudinale : σn = 100 MPa ; circulaire : 50 MPa ; hélicoïdale à 60° : 62,5 MPa. La soudure en spirale est nettement moins sollicitée en ouverture qu'une soudure longitudinale : c'est un des atouts des tubes soudés en hélice.

Exercice 5 : frontal ou latéral ? N2 · chapitre 6

Un plat en S235 (fu = 360 MPa, βw = 0,8, γM2 = 1,25) transmet F = 120 kN par deux cordons d'angle de gorge a = 4 mm et de longueur L = 100 mm chacun.

a) Les cordons sont frontaux : calcule σ⊥, τ⊥, la contrainte équivalente, et vérifie les deux conditions.
b) Même question s'ils sont latéraux.
c) Quelle gorge minimale faudrait-il dans le cas latéral ?

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Limites : fu/(βwγM2) = 360/(0,8 × 1,25) = 360 MPa et 0,9 fu/γM2 = 259,2 MPa. Surface de gorge totale : a·ΣL = 4 × 200 = 800 mm².

a) σ⊥ = τ⊥ = 120 000/(√2 × 800) = 106,1 MPa. Équivalente : √(106,1² + 3 × 106,1²) = 2 × 106,1 = 212,1 MPa ≤ 360 ✅, et 106,1 ≤ 259,2 ✅. Taux de travail : 212,1/360 = 0,59.

b) τ∥ = 120 000/800 = 150 MPa. Équivalente : √3 × 150 = 259,8 MPa ≤ 360 ✅. Taux : 0,72. Le cas latéral est plus défavorable, dans le rapport √3/√2 ≈ 1,22.

c) Il faut √3 × 120 000/(200 a) ≤ 360, soit a ≥ 2,9 mm : on retient a = 3 mm, qui est aussi la gorge minimale usuelle exigée par l'Eurocode pour un cordon porteur.

Exercice 6 : reconnaître au premier coup d'œil N1 · chapitre 5

Nomme chaque état : A = diag(−5 ; −5 ; −5) ; B = seules les cases xy et yx valent 45 ; C = diag(0 ; 120 ; 60) en (r, θ, z) ; D = diag(180 ; 150 ; 110).

Voir la correction

A : pression hydrostatique (p = 5 MPa, sous 500 m d'eau environ). B : cisaillement pur dans le plan xy. C : paroi de réservoir cylindrique (σθθ = 2σzz, σrr ≈ 0). D : triaxial en traction, typique du cœur d'une soudure épaisse : attention au risque de rupture fragile.

Défi : la facette octaédrique N2 · pour préparer le cours 5

Soit [σ] = diag(σ1 ; σ2 ; σ3) et la facette également inclinée sur les trois axes, n = (1 ; 1 ; 1)/√3 (on l'appelle facette octaédrique, car 8 facettes de ce type forment un octaèdre). Montre que σn = (σ1 + σ2 + σ3)/3 et que τ = ⅓ √((σ1 − σ2)² + (σ2 − σ3)² + (σ3 − σ1)²).

Voir la correction

T = (σ1 ; σ2 ; σ3)/√3, donc σn = (σ1 + σ2 + σ3)/3 : c'est la contrainte moyenne. Ensuite |T|² = (σ1² + σ2² + σ3²)/3, et τ² = |T|² − σn² = [3Σσi² − (Σσi)²]/9. Or 3Σσi² − (Σσi)² = (σ1 − σ2)² + (σ2 − σ3)² + (σ3 − σ1)² (développe pour t'en convaincre), d'où le résultat.

Pourquoi c'est important : ce cisaillement octaédrique est, à un facteur près, la contrainte de von Mises du cours 5 (σVM = (3/√2) τoct). Et remarque : si σ1 = σ2 = σ3 (hydrostatique, ou triaxialité parfaite), il vaut zéro : la matière ne peut pas plastifier. C'est la formule qui explique le danger des états triaxiaux du chapitre 5.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10/12 avant le cours 3
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 2

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée, deuxième étage
🖐

Vecteur contrainte

T(M, n) = dF/dS

La main sur la vitre. Dépend du point et de la facette. T(−n) = −T(n).

📐

Cauchy

3 faces ⟂ → 9 nombres

Les trois vues du dessin technique : elles suffisent pour tout reconstruire.

🧮

La formule

T = [σ]·n

La ligne se couche sur la colonne : multiplier terme à terme, additionner.

⚠️

Normaliser n⃗

n⃗ ÷ √(nx² + ny² + nz²)

Oubli = σₙ faux d'un facteur (longueur)². (1 ; 2 ; 2) → ÷ 3.

☀️

L'ombre

σn = T·n

Le produit scalaire : multiplier composante par composante, additionner.

🔺

Le reste

|τ| = √(|T|² − σn²)

Pythagore. Méthode complète : M-P-P, multiplier, projeter, Pythagoriser.

🥚

L'œuf et le cercle

T⃗ ∥ n⃗ ⇔ τ = 0

Pointes de T⃗ : ellipse de Lamé. Facettes où τ = 0 : principales. En 2D : cercle de centre C, rayon R.

🌭

Réservoir

σθθ = pR/e = 2σzz

La saucisse éclate en long : la soudure longitudinale est deux fois plus chargée.

🔥

Cordon d'angle

√(σ⊥² + 3(τ⊥² + τ∥²)) ≤ fu/(βwγM2)

Section de gorge a·L à 45°. Frontal : σ⊥ = τ⊥ = F/(√2 aΣL). Latéral : τ∥ = F/(aΣL).

🏛 Le musée, deuxième étage (2 minutes, les yeux fermés) : je pose ma main 🖐 sur la vitre d'entrée ; derrière, trois vues de dessin technique 📐 sont accrochées au mur ; sous elles, un boulier 🧮 où une ligne se couche sur une colonne ; un panneau danger ⚠️ rappelle de normaliser ; par la fenêtre, le soleil ☀️ projette l'ombre d'un bâton, qui forme un triangle rectangle 🔺 avec le sol ; dans ce triangle est posé un œuf 🥚 ; à côté, une saucisse 🌭 éclate en long sur un barbecue, dont le couvercle est fermé par un cordon de soudure 🔥.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles nouveaux de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic

Les termes du cours 1 (contrainte, déformation, E, ν, G, Rₑ, Rₘ…) sont dans le glossaire du cours 1.

Axe du cordon
La ligne le long de laquelle court une soudure.
βw
« Bêta w » : facteur de corrélation de l'EN 1993-1-8, qui ajuste la résistance d'un cordon selon la nuance d'acier (0,80 S235, 0,85 S275, 0,90 S355).
Cauchy (formule de)
T = [σ]·n : le vecteur contrainte sur une facette quelconque se déduit de la matrice des contraintes.
CND
Contrôles non destructifs : radiographie, ultrasons, ressuage, magnétoscopie… Ils vérifient une soudure sans l'abîmer.
Coefficient de joint soudé
Coefficient ≤ 1 des codes d'appareils à pression, qui réduit la contrainte admissible selon l'étendue des contrôles des soudures.
Contrainte axiale σzz
Dans un tube ou un réservoir : contrainte le long de l'axe. Vaut pR/2e pour un réservoir mince fermé.
Contrainte circonférentielle σθθ
Contrainte qui « fait le tour » du tube (on dit aussi orthoradiale). Vaut pR/e pour un réservoir mince.
Convention d'Einstein
Règle d'écriture : un indice répété dans un produit est sommé. Ti = σijnj veut dire Ti = Σj σijnj.
Coordonnées cylindriques
Repère (r, θ, z) adapté aux tubes : radial, circonférentiel, axial.
Cordon d'angle
Soudure de section triangulaire, déposée dans l'angle formé par deux pièces.
Cordon frontal / latéral
Frontal : perpendiculaire à l'effort. Latéral : parallèle à l'effort.
Cosinus directeurs
Les composantes d'un vecteur unitaire : les cosinus de ses angles avec les axes.
Côté z
Longueur d'un côté du triangle d'un cordon d'angle, le long d'une pièce (aussi « jambe »).
Détensionnement
Traitement thermique après soudage (chauffage modéré puis refroidissement lent) qui réduit les contraintes résiduelles.
Direction principale
Orientation de facette sur laquelle T⃗ est parallèle à n⃗ : aucun cisaillement. Sujet du cours 4.
EC3 / EN 1993-1-8
Eurocode 3 : normes européennes de calcul des structures en acier. La partie 1-8 traite des assemblages (boulons, soudures).
Ellipse de Lamé
Courbe décrite par la pointe de T⃗ quand n⃗ fait le tour, en état plan. Ses axes portent les directions principales.
fu
Résistance à la traction nominale de l'acier (le Rₘ garanti), utilisée dans les vérifications de l'Eurocode.
γM2
« Gamma M2 » : coefficient partiel de sécurité des assemblages, 1,25 en valeur recommandée.
Gorge a
Hauteur du triangle d'un cordon d'angle depuis la racine : a = z/√2 ≈ 0,7 z pour un cordon à côtés égaux.
IIW
International Institute of Welding : Institut international de la soudure, qui définit les formations et diplômes internationaux en soudage.
ISO 2553
Norme internationale de représentation symbolique des soudures sur les plans (« a5 », « z7 »…).
IWE
International Welding Engineer : ingénieur international en soudage, diplôme de niveau ingénieur selon les règles de l'IIW.
Méthode directionnelle
Vérification d'un cordon qui décompose l'effort en σ⊥, τ⊥, τ∥ sur la section de gorge (EN 1993-1-8, § 4.5.3.2).
Méthode simplifiée
Vérification plus rapide et prudente : l'effort par unité de longueur est comparé à fvw,d·a, sans tenir compte de sa direction.
M-P-P
Moyen mnémotechnique de ce cours : Multiplier (T⃗ = [σ]n⃗), Projeter (σₙ = T⃗·n⃗), Pythagoriser (τ = √(T² − σₙ²)).
Normaliser
Diviser un vecteur par sa longueur pour le rendre unitaire.
Norme d'un vecteur
Sa longueur : |T| = √(Tx² + Ty² + Tz²).
Pression hydrostatique
État où [σ] = −p × (matrice identité) : même compression dans toutes les directions, jamais de cisaillement.
Produit scalaire
Opération entre deux vecteurs qui donne un nombre : somme des produits des composantes. Sert à projeter.
Racine (d'un cordon)
Le fond de l'angle entre les deux pièces, sommet de l'angle droit du triangle.
Réservoir mince
Réservoir dont l'épaisseur est petite devant le rayon (R/e > 10) : les contraintes y sont presque uniformes dans l'épaisseur.
Section de gorge
Plan passant par la racine d'un cordon d'angle, incliné à 45°, d'aire a·L : la facette sur laquelle on vérifie le cordon.
Tétraèdre
Pyramide à base triangulaire (4 faces triangulaires).
Transposée
Matrice obtenue en échangeant lignes et colonnes (retournement autour de la diagonale). Une matrice symétrique est égale à sa transposée.
Triaxialité
État où les trois contraintes principales sont de même signe et voisines : la matière est bridée et peut casser sans se déformer.
Vecteurs de base e⃗x, e⃗y, e⃗z
Les vecteurs unitaires des trois axes.

Check-list : suis-je prêt pour le cours 3 ?

Coche seulement ce que tu sais faire de tête. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Au prochain épisode, cours 3 : le tenseur des déformations. On fait pour les déformations ce qu'on vient de faire pour les contraintes : la matrice [ε], l'origine du fameux γ/2, l'allongement dans une direction quelconque. On y ajoutera deux sujets essentiels en soudage : la déformation thermique (dilatation et retrait, à l'origine des contraintes résiduelles et des déformations de soudage), et les jauges et rosettes, parce que la méthode du trou incrémental, qui sert à mesurer les contraintes résiduelles d'une soudure, repose justement sur une rosette de jauges.