Fatigue des métaux, série 1 : la vie d'une fissure

Propagation et loi de Paris : de la fissure à la rupture

Cours4 sur 4 : la propagation des fissures de fatigue
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 à 3 ; logarithmes ; facteur d'intensité de contrainte K (simple rappel ici)
À la fin tu saislire une cassure, utiliser la loi de Paris, calculer une durée de propagation et un intervalle d'inspection

La fissure est née (cours 3). Elle va maintenant avancer, un tout petit peu à chaque cycle, en laissant sur la cassure des traces aussi régulières que les cernes d'un arbre. Sa vitesse dépend d'un seul nombre, l'étendue du facteur d'intensité de contrainte ΔK, et suit une loi d'une simplicité remarquable : la loi de Paris. En l'intégrant, on calcule combien de cycles il reste avant la rupture : le chiffre qui fixe l'intervalle entre deux inspections d'un pont, d'un avion ou d'une grue. Et on comprend enfin d'où vient la pente 3 des courbes FAT des soudures.

Le code couleur de la série

Orange : les actions extérieures, forces et moments.
Noir : les vecteurs et la géométrie dessinée (contours, sections).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers le soudage.

Avant de commencer

Le cours 3 en trois cases

stade I → stade II
La microfissure naît d'une intrusion et suit d'abord les plans de glissement à 45° (stade I), puis tourne pour devenir perpendiculaire à l'effort (stade II, mode I : ouverture des lèvres).
domaines 1 · 2 · 3 · 4
La courbe de Wöhler à l'amorçage est à gauche de la courbe à rupture ; sous σD, des fissures peuvent naître puis s'endormir (domaine 4).
a0 = (ΔKS/(YΔσD))²
Kitagawa : une fissure courte est arrêtée par ΔσD, une fissure longue par le seuil ΔKS. Un défaut de soudure de 0,3 mm est déjà une fissure longue.
📘 Correspondance avec le polycopié de référence (Partie II : Fatigue). Ce cours couvre le § C « Propagation des fissures de fatigue – Loi de Paris », pages 7 à 9, figures 11 à 15 :
Chapitre du coursPolycopié
1 Le mécanisme cycle par cyclep. 7, § C.1 et figure 11
2 Lire une cassure de fatiguep. 7 et 8, figures 12 et 13, lignes d'arrêt
3 Le diagramme da/dN–ΔKp. 8 et 9, § C.2, figures 14 et 15
4 La loi de Parisp. 9 ; hors poly constantes C et m des aciers
5 Intégrer la loi de Parishors poly durée de propagation, inspections
6 De Paris aux classes FAThors poly lien avec les courbes des soudures
🔎 Cinq remarques de lecture

1. « Effet de courbe-R » (p. 7). Ce R n'a rien à voir avec le rapport de charge R = σmin/σmax. Le mécanisme d'émoussement puis d'affûtage de la pointe décrit page 7 est le plus souvent appelé modèle de Laird (1967) ; l'expression « courbe-R » désigne d'ordinaire, en mécanique de la rupture, la résistance à la déchirure qui croît avec l'avancée de la fissure.

2. La forme de K. Le polycopié écrit KI = σY√a : son facteur Y contient le √π que beaucoup d'abaques écrivent à part (K = Yσ√(πa)). Une petite fissure de surface a Y ≈ 1,12√π ≈ 2 dans la convention du polycopié. Un Y pris dans une autre source doit être converti.

3. KIC ou KC ? La page 7 parle de KIC, la figure 14 et la page 8 de KC. KIC est la ténacité en déformation plane (pièces épaisses) ; KC la ténacité pour une épaisseur donnée, plus élevée pour les tôles minces. Dans les deux cas, c'est Kmax (au sommet du cycle) qui l'atteint à la rupture, pas ΔK.

4. Le seuil « vers 10⁻⁹ m par cycle » (p. 8 et 9). La norme d'essai ASTM E647 (ASTM : American Society for Testing and Materials) le définit conventionnellement à 10⁻¹⁰ m/cycle, ce qui colle mieux à l'argument « moins d'une distance interatomique » (environ 2,5 × 10⁻¹⁰ m). On mesure d'ailleurs des vitesses moyennes inférieures à une distance atomique par cycle : le front n'avance pas partout à la fois.

5. La figure 15 dessine K négatif pendant la compression. Physiquement, la fissure se referme et K négatif n'a pas de sens ; pour R < 0, les conventions diffèrent (l'ASTM E647 prend ΔK = Kmax). Quant à la difficulté expérimentale évoquée p. 9, la pratique normalisée utilise justement des essais à amplitude de charge constante, où ΔK augmente, avec une mesure continue de la longueur de fissure.

🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(IWE : International Welding Engineer.) Un assemblage soudé passe presque toute sa vie en propagation (cours 1 et 3). La loi de Paris est donc le vrai moteur de sa tenue en fatigue. Elle sert directement dans deux métiers du soudage : l'évaluation d'un défaut trouvé en contrôle (« ce défaut de 2 mm est-il acceptable, et pour combien de temps ? »), selon les recommandations de l'IIW (International Institute of Welding) ou la norme britannique BS 7910, et la planification des inspections des structures soudées.

La série en quatre cours

1 Le cycleLe décor : décrire ce qui se répète.
2 WöhlerL'espérance de vie, et les classes FAT.
3 L'amorçageLa naissance d'une fissure, grain par grain.
4 ParisLa croissance de la fissure jusqu'à la rupture.

Le plan du cours

  1. 1Le mécanisme cycle par cycle

    Rappel de K, puis émoussement et affûtage de la pointe : une strie par cycle.

  2. 2Lire une cassure de fatigue

    Origine, zone lisse, lignes d'arrêt, stries et zone de rupture brutale.

  3. 3Le diagramme da/dN–ΔK

    Seuil, régime de Paris, rupture ; et ΔK qui grimpe à Δσ constant.

  4. 4La loi de Paris

    da/dN = C(ΔK)m, ses unités et ses ordres de grandeur.

  5. 5Intégrer la loi de Paris

    La durée de propagation et l'intervalle d'inspection.

  6. 6De Paris aux classes FAT

    La boucle est bouclée : la pente 3 des soudures.

1

Le mécanisme cycle par cycle

S'émousser, s'affûter, avancer d'une strie

🐛Image à retenirLa chenille arpenteuse : elle s'étire (traction), se replie (compression) et avance d'un pas, une strie
👁 Niveau 1 : voir la chenille arpenteuse
📖 Rappel express : le facteur d'intensité de contrainte (détaillé dans une autre série). À la pointe d'une fissure de longueur a, la contrainte est concentrée, d'autant plus que la contrainte nominale σ et la fissure sont grandes. Un seul nombre résume cette sévérité : KI = σ·Y·√a (en MPa·√m, avec a en mètres ; Y, facteur géométrique sans unité ; l'indice I désigne le mode I, l'ouverture). Tant que KI reste sous la ténacité KIC du matériau, pas de rupture brutale. Quand la fissure atteint la longueur critique aC où KI = KIC, la pièce casse d'un coup.

Entre les deux, la fissure avance un peu à chaque cycle, de façon essentiellement transgranulaire (à travers les grains). Le polycopié décrit ce mouvement en quatre temps (figure 11) :

  • début : la pointe de la fissure est aiguë ;
  • traction : la matière plastifie juste devant la pointe ; la pointe s'ouvre, s'arrondit (elle s'émousse) et avance un peu. Une fissure émoussée est moins dangereuse : elle s'arrête ;
  • compression : la déformation se fait en sens inverse ; les lèvres se referment et la pointe s'affûte de nouveau, en laissant un petit repli. Elle redevient « vulnérable » ;
  • traction suivante : la fissure repart, s'émousse, avance encore d'un pas.

Comme une chenille arpenteuse : elle s'étire, se replie, et à chaque cycle elle a avancé d'un pas. Chaque pas laisse sur les faces de la cassure un petit repli : une strie de fatigue.

Manipulation 1 : la pointe qui respire

Une fissure vue de profil, l'effort vertical (il ouvre la fissure). Lance les cycles ou avance phase par phase. Le curseur ΔK règle la sévérité : plus ΔK est grand, plus chaque pas est long. La zone plastique est en bleu-vert, les stries en bleu.

🎓 Niveau 2 : maîtriser zone plastique et stries
📖 Strie de fatigue : fine ondulation de la surface de rupture, parallèle au front de fissure, laissée par un cycle de chargement. Dans le régime de Paris, une strie correspond à un cycle : l'écart entre deux stries mesure la vitesse da/dN, l'avancée de la fissure par cycle (a : longueur de fissure ; N : nombre de cycles ; d : « petite variation de »).

La taille de la zone plastique hors poly

Devant la pointe, la matière dépasse Re dans une petite zone. Son rayon s'estime (formule d'Irwin, contraintes planes) par :

rp ≈ 12π(KmaxRe)²

Kmax en MPa·√m et Re en MPa : rp sort en mètres. La valeur de K est la même quelle que soit la façon d'écrire Y.

Exemple. Kmax = 20 MPa·√m dans un acier de Re = 400 MPa : rp ≈ (20/400)²/(2π) = 0,0025/6,28 ≈ 4 × 10⁻⁴ m = 0,4 mm. La zone qui plastifie à chaque cycle, en traction puis en compression (zone plastique cyclique), est environ quatre fois plus petite : de l'ordre de 0,1 mm.

Le modèle de Laird explique l'avancée par l'ouverture de la pointe : plus K est grand, plus la pointe s'ouvre, plus le pas est long. Il suggère une vitesse proportionnelle à ΔK², alors que les essais donnent plutôt ΔK² à ΔK⁴ : le mécanisme est un peu plus riche, mais l'image est juste.

⚠️ Piège : la compression ne fait pas avancer la fissure. Elle la referme et l'affûte ; c'est la traction suivante qui la fait avancer. La compression prépare, la traction exécute.
⚠️ Piège : Kmax ou ΔK ? L'étendue ΔK pilote l'avancée cycle par cycle ; la valeur maximale Kmax décide de la rupture brutale (Kmax = KIC).
🧠 Mnémotechnique : « la traction émousse, la compression affûte » : comme un crayon qu'on écrase puis qu'on retaille.
🔥 Dans une soudure, la fissure reste ouverte

Au pied d'un cordon, les contraintes résiduelles de traction (proches de Re) maintiennent la fissure ouverte même pendant la partie « compression » du cycle nominal. Toute l'étendue Δσ sert donc à la faire avancer : c'est la version « mécanique de la rupture » de la règle du cours 1, qui calcule les soudures en Δσ sans tenir compte de σm.

2

Lire une cassure de fatigue

Origine, zone lisse, lignes d'arrêt, zone rugueuse

🐚Image à retenirLe coquillage : sur la cassure, les lignes d'arrêt dessinent des arcs autour de l'origine, comme les stries de croissance d'une coquille
👁 Niveau 1 : voir le coquillage

Une rupture par fatigue a un visage reconnaissable entre mille (figure 12 du polycopié). Sur la surface cassée, on distingue :

  • l'origine, le point d'amorçage, presque toujours en surface ;
  • une zone lisse et plane, celle de la propagation lente, où la fissure a avancé cycle après cycle. Elle porte souvent des lignes d'arrêt : des arcs concentriques autour de l'origine, comme les lignes de croissance d'un coquillage ;
  • une zone rugueuse, celle de la rupture brutale finale, quand la section restante n'a plus suffi.

Les lignes d'arrêt se forment quand le chargement cyclique s'interrompt (la nuit, le week-end, à l'arrêt d'une machine) : le fond de fissure, exposé à l'air, s'oxyde un peu plus, d'où un contraste de couleur. Elles apparaissent aussi quand le chargement change (amplitude ou contrainte moyenne plus forte ou plus faible).

Au microscope électronique, la zone lisse révèle les stries de fatigue (figure 13, sur un aluminium) : des milliers de petites rides parallèles, une par cycle. Les lignes d'arrêt se voient à l'œil nu ; les stries, seulement au microscope.

Manipulation 2 : fabrique une cassure

La section d'une pièce, vue de face. Fais grandir la fissure depuis son origine ; appuie sur « Arrêt » pour simuler une interruption du chargement et créer une ligne d'arrêt. La contrainte maximale fixe la taille critique : quand le front l'atteint, la pièce casse.

🎓 Niveau 2 : maîtriser l'expertise d'une rupture
Stries de fatigueLignes d'arrêt
Échelleespacement de 0,01 à quelques µmespacement du dixième de mm au cm
Instrumentmicroscope électronique à balayage (MEB)œil nu ou loupe
Origineun cycle de chargementune interruption ou un changement de chargement
Ce qu'on en tirela vitesse da/dN, donc ΔK et la contraintel'histoire du chargement (arrêts, changements)

Ce que l'expert lit sur la cassure hors poly :

  • la taille de la zone de rupture finale : la fissure casse la pièce à aC = (KIC/(Y·σmax))². Une petite zone de fatigue et une grande zone brutale signalent une contrainte maximale élevée ; une grande zone de fatigue, une contrainte faible ou un matériau tenace ;
  • le nombre d'origines : une seule origine trahit souvent un défaut local ; plusieurs origines, séparées par de petites marches (les « marches de rochet »), une contrainte élevée ou une concentration de contrainte étendue, comme un pied de cordon ;
  • l'orientation : la cassure est perpendiculaire à la contrainte principale de traction (cours 3) ;
  • l'espacement des stries : en le mesurant, on remonte à da/dN, puis à ΔK par la loi de Paris (chapitre 4), puis à la contrainte qui a réellement agi.
⚠️ Piège classique d'examen : strie ≠ ligne d'arrêt. Une strie = un cycle (microscopique) ; une ligne d'arrêt = un événement (macroscopique), entre lesquels il peut y avoir des millions de cycles. Compter les lignes d'arrêt ne donne pas le nombre de cycles.
💡 Une zone lisse… mais pas toujours brillante. Le frottement des lèvres l'une contre l'autre, pendant les compressions, polit souvent la zone de fatigue, alors que la zone de rupture brutale reste grenue et mate (ou à facettes brillantes si elle est fragile).
🧠 Mnémotechnique : « la strie compte les cycles, la ligne d'arrêt compte les pauses ».
🔥 La cassure d'un pied de cordon

Une fissure de pied de cordon dessine en général une demi-ellipse aplatie (en « ongle » ou « pouce »), longue le long du pied et peu profonde. Souvent, plusieurs petites fissures nées le long du pied se rejoignent : les marches de rochet en gardent la trace. En expertise, la position de l'origine (pied ou racine), la forme du front et l'espacement des stries permettent de remonter au détail et au niveau de contrainte, puis de choisir la bonne réparation.

3

Le diagramme da/dN–ΔK

Un péage, une autoroute, une falaise

🛣️Image à retenirL'autoroute : un péage à l'entrée (le seuil), une longue ligne droite (Paris), une falaise au bout (KC)
👁 Niveau 1 : voir trois domaines

On mesure, au laboratoire, la vitesse d'avancée de la fissure, da/dN (en mètres par cycle), et on la reporte en fonction de l'étendue du facteur d'intensité de contrainte pendant le cycle :

ΔK = Kmax − Kmin = Δσ·Y·√a

polycopié, p. 8 ; ΔK en MPa·√m

En échelles logarithmiques sur les deux axes, la courbe a toujours la même allure (figure 14 du polycopié), comme une autoroute :

  • domaine 1, le péage : en dessous d'une valeur seuil ΔKS, la fissure ne se propage pas. Près du seuil, elle avance de moins d'une distance entre atomes par cycle : en réalité, elle n'avance plus ;
  • domaine 2, l'autoroute : pour les sollicitations intermédiaires, une longue ligne droite. C'est la loi de Paris (chapitre 4) ;
  • domaine 3, la falaise : quand Kmax s'approche de la ténacité KC, la vitesse explose ; si Kmax atteint KC, la rupture se fait en un quart de cycle (le temps de monter jusqu'au maximum).

Attention (figure 15) : même si on impose une étendue de contrainte Δσ constante, ΔK augmente au fur et à mesure que la fissure grandit, puisqu'il contient √a. La fissure « monte » donc toute seule le long de la courbe : plus elle est longue, plus elle va vite, plus elle s'allonge vite… C'est un emballement.

Manipulation 3 : la courbe da/dN–ΔK

Acier de construction (modèle illustratif). Déplace ΔK pour parcourir les trois domaines. Le rapport de charge R décale le seuil et la falaise : plus R est grand, plus la fissure est ouverte longtemps.

🎓 Niveau 2 : maîtriser ΔK, Kmax, R et les ordres de grandeur
📖 Seuil de fissuration ΔKS (souvent noté ΔKth, de l'anglais threshold) : étendue du facteur d'intensité de contrainte en dessous de laquelle une fissure longue ne se propage pas. Pour les aciers : environ 2 à 8 MPa·√m selon R.
📖 Ténacité KC (ou KIC) : valeur de Kmax qui provoque la rupture brutale. Aciers de construction : de l'ordre de 50 à 200 MPa·√m à température ambiante, beaucoup moins à froid pour certains.

Avec R = Kmin/Kmax = σmin/σmax (R ≥ 0), on a :

Kmax = ΔK1 − Rfalaise à ΔK = (1 − R)·KC

Effet de R hors poly. À ΔK égal, une fissure soumise à un R plus élevé va plus vite et a un seuil plus bas. Explication principale (Elber, 1970) : à R faible, les lèvres de la fissure se touchent avant la fin de la décharge (fermeture de fissure), et une partie de ΔK ne sert à rien ; à R élevé, la fissure reste ouverte pendant tout le cycle.

Ordres de grandeur de la figure 14. Domaine 1 vers 10⁻⁹ m/cycle et en dessous (polycopié ; la norme ASTM E647 fixe conventionnellement le seuil à 10⁻¹⁰ m/cycle) ; domaine 2 entre environ 10⁻⁸ et 10⁻⁶ m/cycle, soit 0,01 à 1 µm par cycle ; domaine 3 au-delà.

Exemple. Δσ = 100 MPa, Y = 2, a = 2 mm : ΔK = 100 × 2 × √0,002 = 8,9 MPa·√m, au-dessus d'un seuil de 6 MPa·√m : la fissure se propage. À a = 8 mm (quatre fois plus longue), ΔK double : 17,9 MPa·√m.

💡 Comment mesure-t-on da/dN ? Sur une éprouvette déjà fissurée (par exemple l'éprouvette compacte de traction, dite CT, un bloc entaillé tiré par deux goupilles), on impose une amplitude de charge constante et on suit la longueur de fissure en continu (par la variation de raideur de l'éprouvette, ou par la résistance électrique). ΔK augmente tout seul, comme sur la figure 15 : on parcourt ainsi les domaines 2 et 3. Pour le seuil, on fait au contraire décroître la charge pas à pas.
⚠️ Piège : ΔK, pas K. La vitesse dépend de l'étendue ΔK ; la rupture finale, de Kmax. Deux cycles de même ΔK mais de R différents n'ont ni la même vitesse, ni la même longueur critique.
🧠 Mnémotechnique : « péage, autoroute, falaise » : ΔKS, Paris, KC.
🔥 Des soudures à R élevé

À cause des contraintes résiduelles, une fissure de soudure travaille comme si R était élevé, quel que soit le R nominal. Les évaluations de défauts des soudures (IIW, BS 7910) utilisent donc des lois de propagation et des seuils correspondant à un R élevé, avec un seuil prudent de l'ordre de 2 MPa·√m pour l'acier (cours 3, défi).

4

La loi de Paris

da/dN = C(ΔK)m

📏Image à retenirLa règle posée sur le papier log-log : au milieu, la vitesse suit une droite de pente m
👁 Niveau 1 : voir une droite et deux leviers

Dans le domaine 2, les logarithmes de la vitesse et de ΔK sont liés par une droite. En 1963, Paul Paris et Fazil Erdogan ont écrit cette observation sous la forme qui porte le nom du premier :

dadN = C·(ΔK)m

C et m : coefficients caractéristiques du matériau (polycopié, p. 9)

Pour les aciers, m vaut environ 3. Cela donne deux leviers à retenir :

  • doubler ΔK multiplie la vitesse par 2³ = 8 ;
  • comme ΔK contient √a, une fissure deux fois plus longue va (√2)³ ≈ 2,8 fois plus vite, à contrainte égale.

Et chaque cycle laissant une strie, l'espacement des stries mesuré au microscope est la vitesse da/dN : la cassure garde la mémoire de la loi de Paris.

Manipulation 4 : la calculatrice de Paris

Choisis une famille d'aciers et un ΔK : la vitesse, l'espacement des stries et le nombre de cycles pour avancer d'un millimètre se calculent en direct.

🎓 Niveau 2 : maîtriser constantes, unités et limites

Constantes des aciers hors poly (valeurs moyennes publiées par J. M. Barsom, avec da/dN en m/cycle et ΔK en MPa·√m) :

Famille d'aciersCm
ferrito-perlitiques (aciers de construction)6,9 × 10⁻¹²3,0
martensitiques (trempés-revenus)1,35 × 10⁻¹⁰2,25
austénitiques (inoxydables)5,6 × 10⁻¹²3,25
valeur prudente pour l'acier à l'air (évaluation de défauts de soudure, IIW et BS 7910)≈ 1,65 × 10⁻¹¹3

Exemple (ferrito-perlitique) : à ΔK = 10 MPa·√m, da/dN = 6,9 × 10⁻¹² × 10³ = 6,9 × 10⁻⁹ m/cycle, soit 6,9 nm par cycle (nm : nanomètre, un millionième de millimètre). Il faut alors 10⁻³/6,9 × 10⁻⁹ ≈ 145 000 cycles pour avancer d'un millimètre. À ΔK = 20 : 8 fois plus vite.

Le piège des unités de C

C a une unité « bizarre » : m/cycle/(MPa·√m)m. Sa valeur change complètement avec les unités. Beaucoup de documents de soudage travaillent en mm/cycle et en N·mm−3/2 (1 MPa·√m = 31,62 N·mm−3/2, car √1 000 = 31,62). La conversion :

C(mm ; N·mm−3/2) = C(m ; MPa·√m) × 1 00031,62m

Exemple : 6,9 × 10⁻¹² × 1 000/31,62³ ≈ 2,2 × 10⁻¹³. Et la valeur prudente 1,65 × 10⁻¹¹ devient 5,2 × 10⁻¹³, le nombre qu'on lit dans les recommandations de soudage.

⚠️ Piège : C et m ne voyagent qu'ensemble. On ne combine jamais le C d'une source avec le m d'une autre, ni un C en mm avec un ΔK en MPa·√m.
⚠️ Piège : hors du domaine 2. Prolongée vers le bas, la droite de Paris prévoit une propagation sous le seuil, qui n'existe pas (prudent mais pessimiste) ; prolongée vers le haut, elle sous-estime l'emballement final (sans grande conséquence : cette phase est très courte).
💡 Au-delà de Paris. Des lois enrichies ajoutent le seuil, la falaise et l'effet de R (lois de Forman, de Walker, ou la loi dite NASGRO utilisée en aéronautique). La manipulation 3 utilise une loi de ce type.
🧠 Mnémotechnique : « Paris, c'est 3 » : pour les aciers, m ≈ 3 ; deux fois ΔK, huit fois plus vite.
🔥 Le métal fondu et la zone affectée thermiquement

Dans le régime de Paris, les vitesses de propagation dans le métal fondu, la zone affectée thermiquement (ZAT, la zone du métal de base modifiée par la chaleur du soudage) et le métal de base sont proches, à R égal. Ce qui distingue une soudure, ce sont surtout ses défauts initiaux, sa géométrie (qui fixe Y) et ses contraintes résiduelles (qui fixent le R effectif).

5

Intégrer la loi de Paris

Combien de cycles avant la rupture ? hors poly

⏳Image à retenirLe sablier : le sable coule à peine au début, puis de plus en plus vite à la fin
👁 Niveau 1 : voir le sablier

La loi de Paris donne la vitesse de la fissure ; on veut le temps qu'elle met pour passer d'une longueur initiale a0 (le défaut détecté ou supposé) à la longueur critique aC (la rupture). Il suffit d'additionner les petits temps nécessaires pour franchir chaque petit morceau de chemin : c'est une intégrale.

Le résultat surprend toujours : presque toute la durée de propagation se passe quand la fissure est petite. Comme un sablier qui coule à peine au début : la fissure met autant de cycles pour passer de 1 à 2 mm que pour passer de 2 mm à la rupture, ou presque. Une fois longue, elle s'emballe.

Deux conséquences pratiques :

  • la durée de vie dépend énormément de la taille du défaut initial, beaucoup moins de la longueur critique ;
  • pour une structure inspectée, ce qui compte est le temps entre le moment où la fissure devient détectable (par un contrôle non destructif, CND) et le moment où elle devient critique. On inspecte plus souvent que cette durée, avec une marge : c'est le principe de la tolérance aux dommages.

Manipulation 5 : le simulateur de fissure

Une fissure de surface dans une plaque large (Y = 2), acier ferrito-perlitique. Règle le chargement, le défaut initial et la ténacité : la courbe a(N) et l'évolution de K au cours du temps se calculent. Lance la lecture pour voir l'emballement.

🎓 Niveau 2 : maîtriser l'intégration

On sépare les variables dans la loi de Paris, avec ΔK = ΔσY√a et Y supposé constant :

dN = daC(ΔσY)m am/2  ⟹  Np = 1C(ΔσY)m∫a0aC a−m/2 da

∫ : symbole de l'intégrale, la somme de tous les petits morceaux entre a0 et aC ; ⟹ : « donc »

Une primitive de a−m/2 est a1−m/2/(1 − m/2), d'où, pour m ≠ 2 :

Np = a01−m/2 − aC1−m/2C(ΔσY)m(m/2 − 1)

Et pour m = 3, le cas des aciers, la formule devient très simple :

Np = 2 (1/√a0 − 1/√aC)C(ΔσY)³  avec  aC = (KICY·σmax)²

a en mètres ; σmax = Δσ/(1 − R)

Exemple (réglage initial de la manipulation). Δσ = 100 MPa, R = 0,1, Y = 2, KIC = 50 MPa·√m, a0 = 1 mm, C = 6,9 × 10⁻¹², m = 3.

  • σmax = 100/0,9 = 111,1 MPa ; aC = (50/(2 × 111,1))² = 0,0506 m ≈ 51 mm.
  • 1/√a0 = 31,62 ; 1/√aC = 4,44 ; C(ΔσY)³ = 6,9 × 10⁻¹² × 200³ = 5,52 × 10⁻⁵.
  • Np = 2 × (31,62 − 4,44)/5,52 × 10⁻⁵ ≈ 9,8 × 10⁵ cycles.
  • Depuis 2 mm : 2 × (22,36 − 4,44)/5,52 × 10⁻⁵ ≈ 6,5 × 10⁵ cycles. Le passage de 1 à 2 mm a donc pris à lui seul 34 % de la durée de propagation.

L'intervalle d'inspection

Si un contrôle détecte à coup sûr les fissures de longueur ad, la fissure met N(ad → aC) cycles pour devenir critique après être devenue détectable. On inspecte au moins deux fois pendant cette durée (coefficient de sécurité 2, parfois 3) :

intervalle ≤ N(ad → aC)2

Dans l'exemple, avec ad = 2 mm : 6,5 × 10⁵/2 ≈ 3,2 × 10⁵ cycles entre deux inspections.

⚠️ Piège : Y n'est pas constant. Dans une vraie pièce, Y dépend de a (bords, épaisseur, forme du front) : on intègre alors numériquement, petit pas par petit pas. La formule fermée donne un ordre de grandeur et, surtout, les bons réflexes.
⚠️ Piège : les unités. a en mètres si C est en m/cycle et ΔK en MPa·√m. Un a0 entré en millimètres fausse le résultat d'un facteur √1 000 ≈ 32.
💡 Doubler Δσ divise Np par un peu plus de 8. Le facteur 2³ vient de Paris ; le « un peu plus » vient de aC, qui diminue (divisé par 4). Mais comme aC pèse peu dans la formule, l'effet reste modeste.
🧠 Mnémotechnique : « la vie est dans le petit » : c'est la taille du défaut initial qui décide de la durée de propagation.
🔥 Défauts acceptables et plan d'inspection

C'est exactement ce calcul (avec Y variable, un facteur d'amplification du pied de cordon et des lois prudentes) que mènent les évaluations de défauts selon l'IIW ou la BS 7910 : un défaut trouvé en contrôle est-il acceptable jusqu'à la prochaine inspection ? Et c'est lui qui fixe la périodicité des contrôles des structures soudées tolérantes aux dommages : ponts, grues, plateformes, avions.

6

De Paris aux classes FAT

La boucle est bouclée hors poly

🔁Image à retenirLa boucle : la pente 3 des courbes FAT, c'est l'exposant 3 de Paris
👁 Niveau 1 : voir la boucle bouclée

Reprends la formule du chapitre 5 pour un pied de cordon : un petit défaut initial ai, une fissure finale af (la moitié de l'épaisseur, par exemple), m = 3. Tout ce qui ne dépend pas de la contrainte se regroupe en une constante :

Δσ³ · N = 2 (1/√ai − 1/√af)C·Y³ = constante

C'est exactement la forme des courbes de fatigue des soudures du cours 2 : Δσ³·N = constante. La pente 3 des classes FAT n'est pas un choix arbitraire : c'est l'exposant de Paris, parce qu'une soudure passe sa vie à propager.

Et la formule dit encore deux choses. La nuance d'acier n'y apparaît pas (C et m varient peu d'un acier de construction à l'autre) : c'est pourquoi un acier plus résistant n'améliore pas une soudure brute. En revanche, la taille du défaut initial y est en bonne place : c'est pourquoi meuler un pied de cordon, et effacer ses défauts, relève sa classe.

Manipulation 6 : fabriquer une classe FAT

Modèle simplifié d'un pied de cordon : Y = 2 constant, fissure finale af, loi de Paris prudente (C = 1,65 × 10⁻¹¹, m = 3). La droite donne Δσ en fonction de N ; sa valeur à 2 × 10⁶ cycles est la « classe FAT » de ce détail. Les lignes grises sont les classes FAT normalisées 71, 80, 90 et 100.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la classe FAT « équivalente »

En écrivant N = 2 × 10⁶ dans la relation précédente, on obtient l'étendue supportée à 2 millions de cycles :

FATéq = [2 (1/√ai − 1/√af)C·Y³ × 2 × 10⁶]1/3

Exemples (af = 10 mm, Y = 2, C = 1,65 × 10⁻¹¹) :

Défaut initial ai1/√ai (m−1/2)FATéq (MPa)
0,3 mm (caniveau)57,7≈ 71
0,1 mm (micro-inclusions de laitier)100≈ 88
0,05 mm (pied meulé)141≈ 100

Calcul détaillé pour 0,3 mm : 2 × (57,7 − 10) = 95,5 ; C·Y³ × 2 × 10⁶ = 1,65 × 10⁻¹¹ × 8 × 2 × 10⁶ = 2,64 × 10⁻⁴ ; (95,5/2,64 × 10⁻⁴)1/3 = (3,61 × 10⁵)1/3 ≈ 71 MPa.

On retrouve l'ordre de grandeur des classes FAT des détails courants (71 à 100). Ce modèle est volontairement simplifié : les calculs réels intègrent un Y qui dépend de a, un facteur d'amplification dû à la géométrie du pied de cordon, la forme demi-elliptique du front et l'épaisseur. Il montre les mécanismes, il ne remplace pas les tableaux de l'EN 1993-1-9.

⚠️ Piège : ce calcul ne s'applique pas à une éprouvette lisse. Une éprouvette polie passe l'essentiel de sa vie en amorçage (cours 3) : sa courbe a une pente bien plus faible (k ≈ 10, cours 2), et elle dépend fortement de la nuance d'acier.
💡 L'effet d'épaisseur. Dans une tôle plus épaisse, la fissure a plus de chemin à parcourir, mais la contrainte reste élevée plus profondément sous le pied de cordon. Le bilan est défavorable : les normes réduisent la résistance des assemblages épais (au-delà de 25 mm dans l'EN 1993-1-9).
🧠 Mnémotechnique : « trois pour Paris, trois pour FAT » : même exposant, même histoire.
🔥 Le bilan de la série : la vie d'une fissure
ÉtapeCe qui la gouverneCoursLe levier du soudeur
Le chargementΔσ, σm, R, nombre de cycles (rainflow)1calculer en Δσ ; compter les cycles
L'espérance de viecourbe de Wöhler, classe FAT, γMf2choisir un meilleur détail
La naissanceglissements, intrusions, défauts, Kt3soigner le pied de cordon (meulage, TIG, martelage)
La croissanceΔK, loi de Paris, a0, aC4réduire les défauts, inspecter à temps
✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de la strie au plan d'inspection

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi longueurs en mètres !

Cherche chaque question avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités ; dans les formules de mécanique de la rupture, les longueurs de fissure sont en mètres. Les manipulations 4, 5 et 6 permettent de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : compter les stries N1 · chapitres 1 et 2

a) Décris en quatre temps ce qui se passe à la pointe d'une fissure pendant un cycle de traction-compression.

b) Au microscope, des stries sont espacées de 0,2 µm. Que vaut da/dN ?

c) Combien de cycles faut-il pour que la fissure avance d'un millimètre à cette vitesse ?

d) Sur la même cassure, on compte 6 lignes d'arrêt. Peut-on en déduire le nombre de cycles ?

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a) Début : pointe aiguë. Traction : la matière plastifie devant la pointe, qui s'ouvre, s'émousse et avance un peu. Compression : la déformation s'inverse, les lèvres se referment et la pointe s'affûte en laissant un repli. Traction suivante : nouvelle avancée. Chaque cycle laisse une strie.

b) Une strie par cycle : da/dN ≈ 0,2 µm/cycle = 2 × 10⁻⁷ m/cycle, dans le domaine 2 (entre 10⁻⁸ et 10⁻⁶).

c) N = 1 mm/0,2 µm = 1 000 µm/0,2 µm = 5 000 cycles.

d) Non. Une ligne d'arrêt marque un événement (arrêt ou changement de chargement), pas un cycle. On sait seulement que le chargement s'est interrompu ou a changé au moins 6 fois pendant la propagation.

Exercice 2 : l'expertise d'un arbre cassé N1 · chapitre 2

La cassure d'un arbre montre une origine unique en surface, une zone lisse avec des lignes d'arrêt qui couvre 80 % de la section, et une petite zone rugueuse excentrée.

a) Quel est le mode de rupture ? Justifie avec trois indices.

b) La contrainte maximale était-elle plutôt forte ou plutôt faible ? Pourquoi ?

c) Une autre pièce présente cinq origines le long d'un congé, avec de petites marches entre elles. Qu'en conclure ?

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a) Rupture par fatigue : une origine en surface, une zone lisse de propagation lente, des lignes d'arrêt en arcs autour de l'origine, puis une zone rugueuse de rupture brutale.

b) Plutôt faible : la fissure a pu traverser 80 % de la section avant que Kmax n'atteigne KIC. Comme aC = (KIC/(Y·σmax))², une grande longueur critique signale un σmax faible (ou un matériau très tenace).

c) Plusieurs origines séparées par des marches de rochet : une contrainte élevée et une concentration de contrainte étendue le long du congé (rayon trop petit, mauvais état de surface). La correction porte sur la géométrie, pas seulement sur le matériau.

Exercice 3 : ΔK, domaine et taille critique N1 et N2 · chapitre 3

Une plaque large présente une fissure de surface (Y = 2) de longueur a = 2 mm. Elle subit Δσ = 100 MPa avec R = 0,1. Acier : ΔKS = 6 MPa·√m, KIC = 60 MPa·√m.

a) Calcule ΔK. La fissure se propage-t-elle ?

b) Calcule σmax et Kmax.

c) Calcule la longueur critique aC.

d) Que vaut ΔK quand la fissure atteint 8 mm ? Commente avec la figure 15 du polycopié.

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a) ΔK = Δσ·Y·√a = 100 × 2 × √0,002 = 100 × 2 × 0,0447 = 8,9 MPa·√m > ΔKS = 6 : elle se propage.

b) σmax = Δσ/(1 − R) = 100/0,9 = 111,1 MPa ; Kmax = 111,1 × 2 × 0,0447 = 9,9 MPa·√m, loin de KIC.

c) aC = (KIC/(Y·σmax))² = (60/222,2)² = 0,0729 m ≈ 73 mm.

d) ΔK = 100 × 2 × √0,008 = 17,9 MPa·√m : quatre fois plus de longueur, deux fois plus de ΔK. À Δσ constant, ΔK grandit avec la fissure (figure 15), et la vitesse avec lui : 2³ = 8 fois plus vite avec m = 3.

Exercice 4 : manier la loi de Paris N2 · chapitre 4

Acier ferrito-perlitique : C = 6,9 × 10⁻¹² (m/cycle, MPa·√m), m = 3.

a) Calcule da/dN pour ΔK = 10 et ΔK = 20 MPa·√m. Quel est le rapport ?

b) Quel espacement de stries attend-on à ΔK = 20 MPa·√m ?

c) Exprime C en mm/cycle et N·mm−3/2.

d) Vérifie la conversion avec ΔK = 10 MPa·√m.

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a) da/dN(10) = 6,9 × 10⁻¹² × 10³ = 6,9 × 10⁻⁹ m/cycle ; da/dN(20) = 6,9 × 10⁻¹² × 8 000 = 5,5 × 10⁻⁸ m/cycle. Rapport : 2³ = 8.

b) Une strie par cycle : 5,5 × 10⁻⁸ m ≈ 55 nm (0,055 µm), visible au MEB.

c) C' = C × 1 000/31,62³ = 6,9 × 10⁻¹² × 1 000/31 623 ≈ 2,2 × 10⁻¹³ (mm/cycle, N·mm−3/2).

d) ΔK = 10 MPa·√m = 316,2 N·mm−3/2 ; 2,2 × 10⁻¹³ × 316,2³ = 2,2 × 10⁻¹³ × 3,16 × 10⁷ ≈ 6,9 × 10⁻⁶ mm/cycle = 6,9 × 10⁻⁹ m/cycle ✅.

Exercice 5 : la durée de propagation N2 · chapitre 5

Même plaque qu'à l'exercice 3, mais KIC = 50 MPa·√m ; Δσ = 100 MPa, R = 0,1, Y = 2 ; C = 6,9 × 10⁻¹², m = 3. Un défaut de 1 mm est présent.

a) Calcule aC.

b) Calcule la durée de propagation Np depuis 1 mm.

c) Les contrôles détectent les fissures de 2 mm. Calcule N(2 mm → aC) et l'intervalle d'inspection avec un coefficient 2.

d) Quelle part de Np la fissure passe-t-elle entre 1 et 2 mm ?

e) Que devient Np (depuis 1 mm) si Δσ double ?

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a) σmax = 111,1 MPa ; aC = (50/(2 × 111,1))² = (0,225)² = 0,0506 m ≈ 51 mm.

b) C(ΔσY)³ = 6,9 × 10⁻¹² × 200³ = 5,52 × 10⁻⁵ ; 1/√0,001 = 31,62 ; 1/√0,0506 = 4,44. Np = 2 × (31,62 − 4,44)/5,52 × 10⁻⁵ = 54,4/5,52 × 10⁻⁵ ≈ 9,8 × 10⁵ cycles.

c) 1/√0,002 = 22,36 ; N = 2 × (22,36 − 4,44)/5,52 × 10⁻⁵ ≈ 6,5 × 10⁵ cycles. Intervalle : 6,5 × 10⁵/2 ≈ 3,2 × 10⁵ cycles.

d) 9,85 × 10⁵ − 6,49 × 10⁵ = 3,36 × 10⁵ cycles, soit 34 % de Np pour faire passer la fissure de 1 à 2 mm, alors qu'elle doit encore aller jusqu'à 51 mm.

e) σmax = 222,2 MPa, donc aC = (50/444,4)² ≈ 0,0127 m (12,7 mm, divisé par 4) ; 1/√aC = 8,89 ; C(ΔσY)³ = 6,9 × 10⁻¹² × 400³ = 4,42 × 10⁻⁴ ; Np = 2 × (31,62 − 8,89)/4,42 × 10⁻⁴ ≈ 1,0 × 10⁵ cycles. Divisé par 9,6 : le facteur 8 de Paris, aggravé un peu par la baisse de aC.

Exercice 6 : de Paris à la classe FAT N2 · chapitre 6

Pied de cordon modélisé avec Y = 2, af = 10 mm, C = 1,65 × 10⁻¹¹, m = 3.

a) Avec un caniveau ai = 0,3 mm, calcule la durée de vie sous Δσ = 80 MPa.

b) Calcule la classe FAT équivalente.

c) Après meulage, ai = 0,05 mm. Par combien la durée de vie est-elle multipliée à Δσ égal ? Quelle classe FAT équivalente obtient-on ?

d) Pourquoi Re n'apparaît-il nulle part ?

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a) 1/√0,0003 = 57,7 ; 1/√0,01 = 10. C(ΔσY)³ = 1,65 × 10⁻¹¹ × 160³ = 6,76 × 10⁻⁵. N = 2 × (57,7 − 10)/6,76 × 10⁻⁵ = 95,5/6,76 × 10⁻⁵ ≈ 1,4 × 10⁶ cycles.

b) FATéq = (95,5/(1,65 × 10⁻¹¹ × 8 × 2 × 10⁶))1/3 = (95,5/2,64 × 10⁻⁴)1/3 = (3,61 × 10⁵)1/3 ≈ 71 MPa.

c) 1/√0,00005 = 141,4 ; rapport (141,4 − 10)/(57,7 − 10) = 131,4/47,7 ≈ 2,75. FATéq = 71 × 2,751/3 = 71 × 1,40 ≈ 100 MPa.

d) La durée de vie d'une fissure qui se propage dépend de C, m, Y et des tailles de défauts, pas de la limite d'élasticité : c'est pourquoi la résistance en fatigue des soudures brutes ne dépend pratiquement pas de la nuance d'acier.

🏆 Défi : le plan d'inspection de la poutre de roulement N2 · chapitres 1 à 6

On retrouve la poutre de roulement des cours 1 et 2 : au pied d'un raidisseur soudé, Δσ = 60 MPa, 160 000 cycles par an (40 passages par heure, 16 h par jour, 250 jours par an), durée de service prévue 25 ans. Le pied présente un caniveau ai = 0,3 mm ; on considère la ruine à af = 10 mm (demi-épaisseur de la semelle). Modèle : Y = 2, C = 1,65 × 10⁻¹¹, m = 3. Les contrôles par magnétoscopie détectent les fissures de 2 mm.

a) Calcule la durée de propagation totale, en cycles et en années. La poutre tient-elle 25 ans ?

b) Calcule le temps entre la détection (2 mm) et la ruine (10 mm), en années.

c) Propose un plan d'inspection : date de la première inspection et intervalle (coefficient 2).

d) Quelle autre solution, vue dans la série, éviterait ces inspections ?

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a) C(ΔσY)³ = 1,65 × 10⁻¹¹ × 120³ = 1,65 × 10⁻¹¹ × 1,728 × 10⁶ = 2,85 × 10⁻⁵ ; N = 2 × (57,7 − 10)/2,85 × 10⁻⁵ = 95,5/2,85 × 10⁻⁵ ≈ 3,35 × 10⁶ cycles, soit 3,35 × 10⁶/1,6 × 10⁵ ≈ 20,9 ans < 25 ans ❌. On retrouve la conclusion du cours 2 (19,5 ans avec la classe FAT 80 et γMf).

b) 1/√0,002 = 22,36 ; N = 2 × (22,36 − 10)/2,85 × 10⁻⁵ = 24,7/2,85 × 10⁻⁵ ≈ 8,7 × 10⁵ cycles, soit ≈ 5,4 ans entre la détection et la ruine.

c) La fissure devient détectable au bout de (3,35 − 0,87) × 10⁶ = 2,48 × 10⁶ cycles ≈ 15,5 ans. Intervalle : 5,4/2 ≈ 2,7 ans. Plan possible : première inspection vers 13 ans (avec une marge), puis tous les 2,5 ans ; toute fissure détectée est réparée.

d) Meuler le pied de cordon (ai ≈ 0,05 mm) multiplie la durée de propagation par 2,75 (exercice 6), soit environ 57 ans ; ou passer à un détail de meilleure classe (FAT 90, cours 2), ou réduire Δσ en augmentant la section.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 4

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée de la fatigue, salle 4, la dernière
🔑

La clé K

KI = σ·Y·√a

Rupture brutale quand Kmax = KIC, à aC = (KIC/(Yσmax))².

🐛

La chenille

traction émousse, compression affûte

Un cycle, un pas, une strie (modèle de Laird). La compression prépare, la traction exécute.

🐚

Le coquillage

origine · zone lisse · zone rugueuse

La strie compte les cycles (MEB), la ligne d'arrêt compte les pauses (œil nu).

🛣️

L'autoroute

ΔK = Δσ·Y·√a

Péage ΔKS, ligne droite de Paris, falaise KC. À Δσ constant, ΔK grimpe.

📏

La droite de Paris

da/dN = C(ΔK)m

m ≈ 3 pour les aciers : deux fois ΔK, huit fois plus vite. C et m voyagent ensemble.

📐

Le changement d'unités

C′ = C × 1 000/31,62m

De m et MPa·√m vers mm et N·mm−3/2 : 1,65 × 10⁻¹¹ devient 5,2 × 10⁻¹³.

⏳

Le sablier

Np = 2(1/√a0 − 1/√aC)/(C(ΔσY)³)

La vie est dans le petit : le défaut initial décide, aC pèse peu.

🔦

La lampe de l'inspecteur

intervalle ≤ N(ad → aC)/2

Tolérance aux dommages : trouver la fissure entre le moment où elle se voit et celui où elle casse.

🔁

La boucle bouclée

Δσ³·N = constante

La pente 3 des classes FAT, c'est l'exposant 3 de Paris. Meuler le pied relève la classe.

🏛 La visite du musée, salle 4 (2 minutes, les yeux fermés) : la porte de la dernière salle s'ouvre avec une clé 🔑 marquée « K ». Sur le sol avance une chenille 🐛 qui s'étire et se replie, laissant derrière elle des rides régulières. Elle grimpe sur un grand coquillage 🐚 strié d'arcs, posé au bord d'une autoroute 🛣️ : un péage à l'entrée, une ligne droite, une falaise au bout. Le long de la route, une règle 📏 géante mesure la pente, et une équerre 📐 convertit les panneaux de mètres en millimètres. Au bout, sur un rocher, un sablier ⏳ coule à peine puis s'emballe, sous la lampe 🔦 d'un inspecteur qui revient le vérifier toutes les deux heures. En sortant, on s'aperçoit que le couloir fait une boucle 🔁 et ramène à la salle 1, celle du trombone.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
a, a0, ai, ad, aC, af
Longueur (profondeur) de fissure, en m ; initiale ; défaut initial de soudure ; détectable ; critique ; finale retenue pour le calcul.
ASTM E647
Norme américaine d'essai de propagation de fissures de fatigue (ASTM : American Society for Testing and Materials).
BS 7910
Norme britannique d'évaluation de l'acceptabilité des défauts dans les structures métalliques, notamment soudées.
C, m
Coefficient et exposant de la loi de Paris ; C en m/cycle/(MPa·√m)m, m sans unité (≈ 3 pour les aciers).
CND
Contrôles non destructifs : ressuage, magnétoscopie, ultrasons, radiographie, courants de Foucault.
da/dN
Vitesse de fissuration : avancée de la fissure par cycle, en m/cycle.
ΔK, ΔKS
Étendue du facteur d'intensité de contrainte, Kmax − Kmin = ΔσY√a ; seuil de fissuration (ΔKth en anglais).
Domaines 1, 2, 3
Seuil (pas de propagation) ; régime de Paris (droite en log-log) ; accélération finale vers KC.
Émoussement, affûtage
Arrondi de la pointe de fissure en traction ; retour à une pointe aiguë en compression (modèle de Laird).
Éprouvette CT
Éprouvette compacte de traction : bloc entaillé et préfissuré, tiré par deux goupilles, utilisé pour mesurer da/dN.
FATéq
Classe FAT équivalente : étendue Δσ supportée à 2 × 10⁶ cycles, calculée ici par la loi de Paris.
Fermeture de fissure
Contact des lèvres avant la fin de la décharge : une partie de ΔK ne fait pas avancer la fissure (Elber, 1970).
∫, ⟹
Intégrale (somme continue de petits termes) ; « donc ».
KI, Kmax, Kmin
Facteur d'intensité de contrainte en mode I (ouverture), KI = σY√a ; ses valeurs maximale et minimale au cours du cycle, en MPa·√m.
KIC, KC
Ténacité en déformation plane ; ténacité pour une épaisseur donnée. Rupture brutale quand Kmax les atteint.
Ligne d'arrêt
Arc visible à l'œil nu sur une cassure de fatigue, marquant une interruption ou un changement du chargement.
Loi de Paris
da/dN = C(ΔK)m, dans le domaine 2 (Paris et Erdogan, 1963).
Marches de rochet
Petites marches entre plusieurs origines voisines de fissures de fatigue.
MEB
Microscope électronique à balayage.
MPa·√m, N·mm−3/2
Unités de K ; 1 MPa·√m = 31,62 N·mm−3/2.
Np
Durée de propagation : nombre de cycles pour passer de a0 à aC.
nm, µm
Nanomètre (10⁻⁹ m) ; micromètre (10⁻⁶ m).
R
Rapport de charge σmin/σmax = Kmin/Kmax. Sans lien avec la « courbe-R ».
rp
Rayon de la zone plastique en pointe de fissure, ≈ (Kmax/Re)²/(2π).
Strie de fatigue
Ride microscopique de la cassure laissée par un cycle ; son espacement vaut da/dN.
Tolérance aux dommages
Conception qui admet des fissures, à condition de les détecter par inspection avant qu'elles ne deviennent critiques.
Transgranulaire
Qui traverse les grains.
Y
Facteur géométrique, sans unité (≈ 2 pour une petite fissure de surface, convention du polycopié qui y inclut √π).
ZAT
Zone affectée thermiquement : partie du métal de base modifiée par la chaleur du soudage.
✓

Ai-je bouclé la série ?

Dix points à cocher de tête

🎓Image à retenirLe diplôme : la vie d'une fissure, de sa naissance à la rupture

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Fin de la série « la vie d'une fissure ». Les quatre cours ont suivi le polycopié jusqu'à la loi de Paris. La suite du polycopié aborde d'autres questions, qui pourront faire l'objet d'une nouvelle série : le cumul des dommages sous chargement variable (règle de Miner, qui exploite le comptage rainflow du cours 1), l'estimation des limites d'endurance et l'effet des paramètres de chargement, et la fatigue plastique oligocyclique (loi de Manson-Coffin).