Mécanique de la rupture, série 1 : de la cassure au défaut acceptable

Ductile ou fragile : les visages de la rupture

Cours1 sur 4 : les mécanismes de rupture et la lecture des cassures
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequisσ = F/S, l'essai de traction, le cercle de Mohr et von Mises (série RDM, cours 1, 4 et 5)
À la fin tu saislire une courbe de traction, reconnaître une cassure ductile, par clivage ou intergranulaire, et remonter à sa cause

Sors une barre de chocolat du réfrigérateur et plie-la : elle casse net, avec un claquement sec, et les deux morceaux se recollent parfaitement. Laisse-la une heure au soleil et recommence : elle se plie, s'étire, s'amincit, puis se déchire en filaments. Même matière, deux destins. Les métaux connaissent les deux : la rupture ductile, qui se déforme et prévient, et la rupture fragile, qui part sans prévenir et sans presque consommer d'énergie. Ce cours apprend à les reconnaître sur la courbe de traction, à l'œil nu et au microscope, à comprendre ce qui se passe à l'échelle des grains, et à remonter de la cassure à sa cause. C'est le premier réflexe de l'expert devant une soudure rompue. Les cours suivants mesureront la résistance à la rupture (l'essai Charpy, cours 2), puis la calculeront (le facteur d'intensité de contrainte K et la ténacité, cours 3 et 4).

Le code couleur de la série

Orange : les actions extérieures, forces F.
Noir : les vecteurs et la géométrie dessinée (éprouvettes, grains, contours).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers le soudage.

Avant de commencer

Les bases à avoir en tête, en trois cases

Ce premier cours de la série s'appuie sur la série « Résistance des matériaux ».

σ = F/S
La contrainte normale σ (lettre grecque « sigma ») : une force F, en newtons (N), répartie sur une surface S, en mm². Elle s'exprime en MPa (mégapascal) : 1 MPa = 1 N/mm². Convention : σ > 0 en traction, σ < 0 en compression.
τmax = σ/2 à 45°
En traction simple, le cercle de Mohr passe par l'origine : sur une facette inclinée à 45° de l'axe, le cisaillement τ (« tau ») est maximal et vaut la moitié de σ (RDM, cours 4).
σVM ≥ Re
Le critère de von Mises : la matière plastifie quand la contrainte équivalente σVM, calculée avec les trois contraintes principales, atteint la limite d'élasticité Re (RDM, cours 5).
📘 Correspondance avec le polycopié de référence (Partie I : Mécanique de la rupture). Ce cours couvre le § I « Généralités et rappels » et le § II.A « Micromécanismes de rupture et fractographie », pages 1 à 10, figures 1 à 14 :
Chapitre du coursPolycopié
1 La courbe de traction raconte la rupturep. 3 à 6, § I.B, figures 4 à 6
2 Glisser ou s'ouvrirp. 1 à 5, § I.A et I.B.3, figures 1 à 4 ; aperçu des p. 19 et 20 (figures 24 et 25)
3 Le clivagep. 7 à 9, § II.A.1, figures 7, 10 et 11
4 La rupture intergranulairep. 7 et 8, § II.A.1, figures 8 et 9
5 La rupture ductile à cupulesp. 6 et 9, § I.B.3 et II.A.2, figures 6, 12 et 13
6 Lire une cassurep. 7 à 10, § II.A.3 et II.A.4, figure 7, craquelures et figure 14 ; synthèse hors poly
Les compléments qui ne figurent pas dans le polycopié portent l'étiquette hors poly : l'énergie absorbée sous la courbe, la compétition glissement-clivage, l'effet de la triaxialité, les causes de la rupture intergranulaire, la croissance des cavités, et les applications au soudage.
🔎 Quatre remarques de lecture

1. Numérotation. Pages 7 et 8, la rupture intergranulaire et la rupture transgranulaire portent toutes deux la lettre « b. » : la seconde est en fait le point « c. » du § II.A.1.

2. « Résistance à la rupture » Rm (p. 6). La norme d'essai de traction (EN ISO 6892-1) l'appelle résistance à la traction : c'est la contrainte conventionnelle maximale, Fm/S0, atteinte au sommet de la courbe. Ce n'est pas la contrainte au moment où l'éprouvette casse, qui est plus basse sur la figure 5 (chapitre 1).

3. RA ou Z ? Le polycopié note RA la réduction de section à la rupture (p. 6). La norme et les catalogues d'aciers la notent Z. Ce cours écrit Z, et Re0,2 comme le polycopié (la norme écrit Rp0,2).

4. Renvois internes. Page 4, « défini au §1.2.3 » et « au paragraphe 1.1.3 » renvoient à une ancienne numérotation : il s'agit des § I.B.3 (domaine plastique) et I.A.3 (cas général des contraintes triaxiales).

🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Devant une soudure fissurée ou une structure rompue, la première question de l'expert est toujours la même : comment a-t-elle cassé ? La réponse est écrite sur la cassure, à condition de savoir la lire : ductile ou fragile, par clivage, le long des joints de grains, par fatigue. De là, on remonte à la cause (froid, hydrogène, impuretés, défaut, chargement) et au remède. Les essais de qualification d'un mode opératoire de soudage (traction travers joint, pliage, flexion par choc) se jugent aussi sur l'aspect des cassures. Et les grandes catastrophes de l'histoire du soudage, comme les navires Liberty de la Seconde Guerre mondiale, sont des ruptures fragiles d'aciers ferritiques soudés (cours 2).

La série en quatre cours

1 Les visagesDuctile ou fragile : lire une cassure et remonter à sa cause.
2 CharpyLa résilience et la transition ductile-fragile des aciers.
3 Le facteur KDu défaut à la fissure : concentration et intensité de contrainte.
4 Ténacité et défautsKIC, CTOD, J et le diagramme FAD : un défaut est-il acceptable ?

Le plan du cours

  1. 1La courbe de traction raconte la rupture

    Re, Rm, A, Z, la striction et l'énergie sous la courbe : la carte d'identité d'un matériau.

  2. 2Glisser ou s'ouvrir

    Le cisaillement fait glisser, la traction ouvre : le premier qui gagne décide du destin.

  3. 3Le clivage

    La rupture fragile à travers les grains : facettes brillantes et rivières.

  4. 4La rupture intergranulaire

    Quand les joints de grains lâchent : impuretés, hydrogène, films liquides.

  5. 5La rupture ductile à cupules

    Germer, croître, coalescer : des cavités autour des inclusions.

  6. 6Lire une cassure

    La méthode de l'expert, de l'œil nu au microscope, et les fissures du soudeur.

1

La courbe de traction raconte la rupture

Élastique, plastique, striction, rupture : ductile ou fragile ?

🍫Image à retenirLa barre de chocolat : sortie du frigo, elle casse net ; tiède, elle se plie et s'étire avant de céder
👁 Niveau 1 : voir la carte d'identité d'un matériau

L'essai de traction est l'essai le plus simple de la mécanique : on serre une éprouvette (un barreau calibré) entre deux mors, et on tire dessus de plus en plus, jusqu'à ce qu'elle casse (polycopié, p. 3, figure 4a). On enregistre la force F et l'allongement de l'éprouvette. En divisant la force par la section de départ et l'allongement par la longueur de départ, on obtient une courbe qui ne dépend plus de la taille de l'éprouvette : la courbe de traction, véritable carte d'identité du matériau (figure 5).

Elle se lit comme une histoire en quatre épisodes :

  1. Élastique. La courbe est une droite. L'éprouvette s'allonge un tout petit peu et reprend exactement sa longueur si on relâche : elle se comporte comme un ressort.
  2. Plastique. Au-delà de la limite d'élasticité Re, la déformation devient permanente : relâchée, l'éprouvette reste plus longue. Comme un trombone qu'on a déplié. Et pourtant la force continue de monter : en se déformant, le métal se renforce (c'est l'écrouissage).
  3. Striction. Au sommet de la courbe, la résistance à la traction Rm, la déformation se concentre dans un « col » qui s'amincit à vue d'œil. La force baisse.
  4. Rupture. L'éprouvette casse dans le col.

Un matériau ductile (du latin ductilis, « malléable ») vit longtemps les épisodes 2 et 3 : il s'allonge beaucoup avant de rompre, comme le chocolat tiède ou un chewing-gum. Un matériau fragile s'arrête à l'épisode 1 : il casse dans le domaine élastique, sans déformation permanente visible, comme le chocolat froid, une biscotte ou une vitre.

Le plus important n'est pas la hauteur de la courbe, mais la surface sous la courbe : c'est l'énergie que la matière absorbe avant de casser. Un matériau qui s'allonge beaucoup « encaisse » les chocs et les erreurs ; un matériau fragile, même très résistant, cède d'un coup.

Manipulation 1 : l'essai de traction

Choisis un matériau, puis tire avec le curseur ou la lecture. À gauche, l'éprouvette (allongement exagéré pour être visible) ; à droite, sa courbe de traction, avec en bleu-vert l'énergie déjà absorbée. « Décharger ici » montre ce que la matière rend et ce qu'elle garde. En bas, l'énergie absorbée jusqu'à la rupture par chacun des sept matériaux, en échelle logarithmique (chaque graduation vaut dix fois la précédente).

0 %

Valeurs typiques et illustratives, pas des minimums normalisés. Le verre et la fonte grise sont très dispersés : leur rupture dépend des défauts qu'ils contiennent (cours 3).

🎓 Niveau 2 : maîtriser les grandeurs de l'essai de traction

Contrainte et allongement

L'éprouvette a une longueur initiale entre repères L0 et une section initiale S0. Sous la force F, sa longueur devient L. On définit (polycopié, p. 4) :

σ = FS0e = L − L0L0ε = ln(LL0)

contrainte conventionnelle, allongement (ou déformation apparente) et déformation vraie ; ln : logarithme népérien

σ
contrainte conventionnelle (ou nominale), en MPa : la force rapportée à la section de départ, même quand l'éprouvette s'est amincie
e
allongement relatif, sans unité, souvent donné en % ; pour les petites déformations, e ≈ ε
ε
déformation vraie (« epsilon »), qui tient compte de l'allongement déjà acquis ; elle sert surtout aux grandes déformations

Le domaine élastique obéit à la loi de Hooke : σ = E·ε, avec E le module d'Young (environ 210 GPa pour l'acier, 70 GPa pour l'aluminium et le verre ; 1 GPa = 1 000 MPa). Dans le même temps, la section se contracte : la déformation transversale vaut −ν·σ/E, où ν (« nu »), le coefficient de Poisson, est compris entre 0 et 0,5 (0,3 pour l'acier).

Les six grandeurs à extraire

GrandeurDéfinitionFormuleAcier S355 (typique)
E, module d'Youngpente de la droite élastiqueσ/ε210 GPa
Re, limite d'élasticitécontrainte où commence la déformation plastiqueFe/S0≈ 400 MPa (minimum garanti 355)
Re0,2, limite conventionnellecontrainte qui laisse 0,2 % de déformation plastiqueconstruction graphique—
Rm, résistance à la tractioncontrainte conventionnelle maximaleFm/S0≈ 540 MPa (470 à 630)
A, allongement après ruptureallongement permanent de l'éprouvette cassée(Lu − L0)/L0≈ 26 % (minimum 22 %)
Z, coefficient de strictionréduction de section dans le col(S0 − Su)/S0≈ 60 %

Fe et Fm : forces à la limite d'élasticité et maximale ; Lu et Su (indice u pour ultimate, « finale ») : longueur entre repères et section du col, mesurées sur l'éprouvette cassée, une fois les deux morceaux rapprochés.

📖 Re0,2 (polycopié, p. 6) : beaucoup de métaux (aluminium, inox, aciers trempés) passent progressivement de l'élastique au plastique, sans point de rupture de pente. On trace alors une parallèle à la droite élastique, décalée de 0,2 % sur l'axe des déformations : elle coupe la courbe en Re0,2, la contrainte qui laisse 0,2 % de déformation permanente après déchargement.
📖 Palier d'écoulement hors poly : les aciers doux (S235, S355) présentent souvent, juste après Re, un petit pic (limite supérieure ReH, H pour high) suivi d'un palier horizontal (limite inférieure ReL, L pour low). Les normes d'aciers de construction garantissent ReH.

Exemple. Éprouvette plate de 20 × 5 mm : S0 = 100 mm², et L0 = 5,65√S0 = 56,5 mm (longueur dite proportionnelle, celle de la norme). Force maximale Fm = 52 kN : Rm = 52 000/100 = 520 MPa. Après rupture, Lu = 70,0 mm et Su = 45 mm² : A = (70,0 − 56,5)/56,5 = 23,9 % et Z = (100 − 45)/100 = 55 %.

Décharger : ce que la matière rend, ce qu'elle garde

Si on décharge l'éprouvette dans le domaine plastique, la courbe redescend selon une droite de pente E, parallèle à la droite élastique (polycopié, p. 5). Seule la partie élastique est restituée :

εp = ε − σE

déformation plastique (permanente) εp = déformation totale − déformation élastique rendue

Exemple. Un S355 déchargé depuis σ = 500 MPa et ε = 10 % rend 500/210 000 = 0,24 % et garde εp = 10 − 0,24 = 9,76 % : presque tout est permanent.

Pourquoi la force monte-t-elle encore dans le domaine plastique ? La déformation plastique se fait par le mouvement de défauts linéaires du cristal, les dislocations (chapitre 2). En se multipliant, elles se gênent et s'empilent : il faut forcer de plus en plus pour les faire avancer. C'est l'écrouissage (polycopié, p. 5 et 6). La striction commence quand l'amincissement de la section l'emporte sur ce renforcement : la force passe par son maximum Fm.

Ductile, fragile, quasi fragile

📖 Rupture ductile (polycopié, p. 6) : rupture qui se produit après une déformation plastique importante, généralement au niveau d'une striction. Rupture fragile : rupture brutale dans le domaine élastique, sans déformation plastique. Rupture quasi fragile : la courbe montre un peu de plasticité, mais la surface de rupture a l'aspect d'une rupture fragile.

Le polycopié le souligne : en métallurgie, le nom donné à une rupture repose souvent plus sur l'aspect de la surface cassée que sur la courbe. D'où l'importance de savoir lire une cassure (chapitres 3 à 6).

L'énergie sous la courbe hors poly

L'aire sous la courbe σ(e) est l'énergie absorbée par unité de volume de matière :

W = ∫ σ de  ≈  Re + Rm2 × A

∫ : intégrale, la somme des petites bandes σ·de sous la courbe ; approximation valable pour un métal ductile

Unités : des MPa multipliés par un allongement sans unité donnent des MJ/m³, c'est-à-dire des joules par cm³ (1 MPa = 10⁶ N/m² = 10⁶ J/m³ = 1 J/cm³). Pour le S355 : W ≈ (400 + 540)/2 × 0,26 ≈ 122 J/cm³. Pour le verre, qui casse vers 50 MPa sans plasticité, l'aire est un petit triangle : W = σ²/(2E) = 50²/(2 × 70 000) ≈ 0,018 J/cm³, près de 7 000 fois moins.

⚠️ Piège : Rm n'est pas la contrainte au moment de la rupture. C'est le maximum de la courbe conventionnelle. Pour un métal ductile, l'éprouvette casse plus bas sur la courbe, après la striction. (Dans le col, la contrainte vraie, rapportée à la section réelle, continue en fait de monter.)
⚠️ Piège : résistant ne veut pas dire tenace. Un acier trempé non revenu affiche Rm ≈ 1 800 MPa, mais avec A ≈ 2 % il absorbe beaucoup moins d'énergie qu'un S235 (manipulation 1). Face à un choc ou à un défaut, c'est l'énergie qui compte, pas la hauteur de la courbe.
⚠️ Piège : A dépend de la longueur L0. L'allongement de la striction, concentré dans le col, pèse plus sur une éprouvette courte. On ne compare deux valeurs de A que sur des éprouvettes de même proportion (L0 = 5,65√S0 en général).
🧠 Mnémotechnique : « Elastique, Re le rideau, Rm le maximum, A l'allongement, Z la zone du col ». Et pour ductile ou fragile : le chocolat tiède s'étire, le chocolat froid claque.
🔥 La traction dans la qualification des soudures

Pour qualifier un mode opératoire de soudage (norme EN ISO 15614-1), on découpe dans l'assemblage une éprouvette de traction travers joint (norme d'essai EN ISO 4136) : le cordon est au milieu de l'éprouvette, perpendiculaire à l'effort. On exige une résistance au moins égale au Rm minimal spécifié du métal de base, et on note où l'éprouvette a cassé. Une rupture dans le métal de base, loin du cordon, avec striction, est la signature rassurante d'un joint plus résistant que la tôle.

On choisit en effet presque toujours un métal d'apport légèrement plus résistant que le métal de base (on parle de overmatching, « surcorrespondance ») : si une déformation plastique doit se produire, elle se fera dans la tôle, saine et ductile, plutôt que dans le cordon. L'essai de traction sur le métal fondu seul (EN ISO 5178) vérifie les caractéristiques du métal d'apport.

2

Glisser ou s'ouvrir

Le cisaillement fait glisser, la traction ouvre : le premier qui gagne décide

🃏Image à retenirLe jeu de cartes et la fermeture éclair : les cartes glissent l'une sur l'autre, la fermeture s'ouvre d'un coup
👁 Niveau 1 : voir deux façons de céder

Un métal est un empilement très régulier d'atomes, rangés en plans comme les cartes d'un jeu. Pour qu'il cède, il n'y a que deux façons :

  • faire glisser les plans les uns sur les autres, comme on étale un jeu de cartes en le poussant de côté. C'est le cisaillement τ qui pousse. Les plans ne se séparent pas : la matière se déforme plastiquement, sans se rompre. C'est la voie ductile ;
  • écarter les plans l'un de l'autre, comme on ouvre une fermeture éclair. C'est la contrainte normale σ qui tire. Les liaisons entre atomes cèdent et une fissure s'ouvre, sans déformation préalable. C'est la voie fragile.

Dans une éprouvette de traction, les deux existent en même temps, mais pas sur les mêmes facettes : la traction est maximale sur la section droite, perpendiculaire à l'effort, et le cisaillement est maximal sur les facettes inclinées à 45°, où il vaut la moitié de σ (polycopié, p. 3, figure 4).

Pourquoi le glissement l'emporte-t-il si souvent dans les métaux ? Parce qu'il ne fait pas glisser un plan entier d'un bloc. Pense à un grand tapis qu'on veut décaler de quelques centimètres : le tirer d'un coup est épuisant ; former un pli à une extrémité et le pousser jusqu'à l'autre est facile. Dans un cristal, ce pli s'appelle une dislocation : un défaut en ligne qui permet aux plans de glisser rangée d'atomes après rangée d'atomes. C'est le « mouvement de dislocations » dont parle le polycopié (p. 5).

Le destin d'une pièce se joue donc comme une course : à mesure qu'on charge, le cisaillement approche de la résistance au glissement et la traction approche de la résistance à l'ouverture. Le premier seuil atteint gagne. Trois choses peuvent faire gagner l'ouverture : un matériau où le glissement est difficile (céramiques, verres), le froid qui gêne le glissement dans les aciers ferritiques (cours 2), et un état de contrainte triaxial, où la matière est tirée dans toutes les directions et ne peut plus glisser.

Manipulation 2 : la course entre glissement et ouverture

À gauche, un petit cube de matière dans la pièce et une facette qui tourne (angle α depuis la section droite) ; à droite, le cercle de Mohr de cet état de contrainte. Le « plafond » violet est la résistance au glissement τc, le « mur » rouge la résistance au clivage σc. Choisis le matériau et la géométrie, puis lance le chargement : le cercle grandit jusqu'à toucher le plafond (ductile) ou le mur (fragile).

0 MPa
45°

Modèle illustratif hors poly : τc = Re/2 (critère de Tresca), σc ≈ 900 MPa pour l'acier, à peu près indépendant de la température ; Re ≈ 350, 550 et 950 MPa à +20, −100 et −196 °C. L'entaille est représentée par des tractions latérales σII = σIII = k·σI.

🎓 Niveau 2 : maîtriser facettes, Mohr, critères et triaxialité

Les contraintes sur une facette inclinée

Dans une barre tendue sous σ, une facette dont la normale fait l'angle α avec l'axe de la barre porte une contrainte normale σn et un cisaillement τ :

σn = σ·cos²ατ = σ·sinα·cosα = σ2·sin 2α

α = 0 : la section droite (σn = σ, τ = 0) ; α = 45° : τ = τmax = σ/2

Sur le cercle de Mohr (polycopié, figure 4b), la facette est un point qui tourne de 2α : le cercle de la traction simple passe par l'origine (σII = σIII = 0) et par σ0, et son sommet est τmax = σ0/2, atteint à 2 × 45° (polycopié, p. 3 et 4).

Les deux seuils

📖 Seuil de glissement : la matière plastifie quand le cisaillement maximal atteint une valeur critique τc. Avec le critère de Tresca, τmax = (σI − σIII)/2 = Re/2. Le polycopié (p. 5) utilise le critère de von Mises, voisin :
σVM = 1√2·[(σI − σII)² + (σII − σIII)² + (σIII − σI)²]1/2 ≥ Re

σI, σII, σIII : contraintes principales (sur les facettes sans cisaillement) ; en traction simple, σVM = σI

📖 Seuil de clivage hors poly : la matière se sépare quand la plus grande contrainte normale, σI, atteint une contrainte critique de clivage σc. Pour les aciers ferritiques, σc varie peu avec la température, alors que Re augmente fortement au froid : c'est l'origine de la transition ductile-fragile (cours 2).

La triaxialité change tout

Au fond d'une entaille, dans une pièce épaisse ou sous des contraintes résiduelles de soudage, la matière est aussi tirée sur les côtés. Prenons σII = σIII = k·σI, avec k entre 0 (traction simple) et 1 (traction égale dans les trois directions) :

τmax = (1 − k)·σI2σVM = (1 − k)·σIη = σmσVM = 1 + 2k3(1 − k)

σm = (σI + σII + σIII)/3 : contrainte moyenne, ou hydrostatique (à ne pas confondre avec la contrainte moyenne d'un cycle de fatigue) ; η (« êta ») : taux de triaxialité

Pour plastifier, il faut maintenant σI = Re/(1 − k) : avec k = 0,5, deux fois Re. Le cercle de Mohr est rétréci : la matière ne peut plus « se défendre » en glissant, et σI monte jusqu'à σc. En traction simple, η = 1/3 ; avec k = 0,5, η = 1,33. Au fond d'une entaille profonde dans une pièce épaisse, σI peut atteindre environ 2,5 à 3 fois Re avant que la matière plastifie.

Exemple (valeurs de la manipulation). Acier à −100 °C, Re = 550 MPa, σc = 900 MPa. Éprouvette lisse : le glissement démarre à σI = 550 MPa < 900 MPa, la rupture est ductile. Entaille sévère (k = 0,5) : le glissement demanderait σI = 550/0,5 = 1 100 MPa ; le clivage arrive avant, à 900 MPa : rupture fragile. Même acier, même température, deux destins : c'est l'entaille qui a tout changé.

📖 Contrainte plane et déformation plane (aperçu des pages 19 et 20 du polycopié, figures 24 et 25, détaillées au cours 4). Près d'une surface libre, aucune contrainte ne peut s'exercer perpendiculairement à la surface : c'est un état de contrainte plane. Le cisaillement maximal y est incliné à 45° dans l'épaisseur : la matière glisse et la rupture suit des plans obliques. Au cœur d'une pièce épaisse, la matière ne peut pas se contracter dans l'épaisseur (déformation plane) : une troisième contrainte de traction apparaît, l'état devient triaxial, et la rupture se fait par ouverture, à plat, dans le prolongement de la fissure.
⚠️ Piège : τmax à 45° ne veut pas dire que toute rupture est à 45°. Le glissement suit les facettes à 45° ; l'ouverture, elle, se fait perpendiculairement à σI. Une cassure plate et perpendiculaire à l'effort signale l'ouverture ; des faces obliques signalent le glissement.
⚠️ Piège : σVM faible ne veut pas dire « sans danger ». En triaxialité, σVM peut rester sous Re alors que σI est énorme. Les critères de plasticité disent « pas de plasticité », et c'est justement le problème : sans plasticité pour avertir, la rupture fragile menace.
🧠 Mnémotechnique : le plafond et le mur. Le cercle de Mohr grandit avec la charge. S'il touche d'abord le plafond τc, les cartes glissent : ductile. S'il touche d'abord le mur σc, la fermeture éclair s'ouvre : fragile. Le froid relève le plafond (Re monte), l'entaille rétrécit le cercle : dans les deux cas, le mur est atteint en premier.
🔥 Les soudures épaisses et bridées

Un assemblage soudé épais cumule tout ce qui favorise l'ouverture : des contraintes résiduelles triaxiales de traction, proches de Re, laissées par le refroidissement du cordon ; un bridage qui empêche la matière de se déformer librement ; et des entailles naturelles (pied de cordon, racine non pénétrée, manque de fusion). C'est pourquoi les règles de choix des aciers contre la rupture fragile, comme l'Eurocode 3 partie 1-10 (EN 1993-1-10), exigent une meilleure résilience quand l'épaisseur augmente et quand la température de service baisse (cours 2).

3

Le clivage

La rupture fragile à travers les grains, plan cristallin par plan cristallin

💎Image à retenirLe diamantaire : d'un coup sec, la pierre se fend le long de ses plans et laisse des facettes qui scintillent
👁 Niveau 1 : voir des facettes qui scintillent

Un diamantaire ne scie pas un diamant brut : il repère la bonne direction, pose sa lame et donne un coup sec. La pierre se fend proprement, le long d'un plan d'atomes où les liaisons sont plus faciles à rompre. Une ardoise se fend de la même façon en feuillets. C'est le clivage.

Un acier n'est pas un cristal unique, mais un assemblage de petits cristaux, les grains (de l'ordre de 10 à 100 µm, le µm ou micromètre valant un millième de millimètre), chacun orienté au hasard. Quand une fissure de clivage le traverse, elle fend chaque grain le long de l'un de ses plans de clivage : elle est transgranulaire (« à travers les grains », polycopié, figure 10). Mais d'un grain à l'autre, l'orientation des plans change : la fissure doit changer de direction à chaque joint de grains. La surface cassée est donc une mosaïque de petites facettes planes, inclinées différemment.

À l'œil nu, la cassure est plate, perpendiculaire à l'effort, sans striction, et elle scintille : chaque facette renvoie la lumière comme un grain de sucre ou de sel. On dit qu'elle est cristalline, ou « à grains brillants ». Au microscope électronique (figure 11), chaque facette porte de fines lignes qui se rejoignent comme les affluents d'un fleuve : les rivières de clivage. Elles se rejoignent toujours vers l'aval, c'est-à-dire dans le sens où la fissure avançait.

Le clivage est rapide (plusieurs centaines de mètres par seconde dans l'acier) et consomme très peu d'énergie : la pièce casse d'un coup, souvent avec un bruit sec, à une contrainte parfois bien inférieure à Re.

Manipulation 3 : une fissure de clivage dans un polycristal

En haut, une coupe à travers les grains : chaque grain a ses plans de clivage (traits fins), et la fissure suit dans chacun le plan le plus proche de la perpendiculaire à l'effort. En bas, la cassure vue de face : les facettes, plus ou moins claires selon leur inclinaison, et leurs rivières. Change la taille de grain et compare.

🎓 Niveau 2 : maîtriser plans cristallins, rivières et sens de propagation
📖 Clivage (polycopié, p. 8) : rupture des cristaux (grains) selon des plans réticulaires de faibles indices. Un plan réticulaire est un plan qui passe par des atomes du réseau cristallin ; ses indices de Miller, trois nombres entiers entre accolades, repèrent son orientation par rapport à la maille élémentaire. « Faibles indices » veut dire des plans simples : dans le fer α des aciers, le clivage suit les plans {100}, c'est-à-dire les faces du cube de la maille.
📖 Transgranulaire / intergranulaire : une rupture transgranulaire traverse les grains ; une rupture intergranulaire contourne les grains en suivant leurs joints (chapitre 4).
📖 Rivières et marches (polycopié, p. 9) : la fissure ne se propage pas sur un seul plan, mais sur plusieurs plans parallèles voisins, légèrement décalés. Les ressauts qui les relient forment de petites marches. En avançant, les marches se regroupent en marches plus hautes, comme des affluents en un fleuve : d'où le nom de rivières. Règle de lecture : les rivières convergent dans le sens de propagation.
📖 Chevrons hors poly : à l'échelle de la pièce, une rupture fragile rapide dans une tôle laisse souvent des marques en V, ou en « arêtes de poisson ». Les pointes des chevrons sont dirigées vers l'origine de la rupture : on remonte les flèches pour trouver le point de départ.

Qui clive, qui ne clive pas ?

Structure cristallineExemplesClivage ?
CC, cubique centré (un atome à chaque coin du cube et un au centre)fer α : aciers ferritiques, ferrito-perlitiques, bainitiques, martensitiques ; chrome, molybdène, tungstèneoui, à basse température
HC, hexagonal compactzinc, magnésiumoui, à basse température
CFC, cubique à faces centrées (un atome à chaque coin et au centre de chaque face)aluminium, cuivre, nickel, inox austénitiquesnon : ils restent ductiles même très froids
Liaisons ioniques ou covalentescéramiques, verres, rochesoui, à toute température

hors poly Pourquoi cette différence ? Dans les CFC, les dislocations glissent facilement à toute température : la limite d'élasticité varie peu avec le froid, le glissement gagne toujours la course du chapitre 2. Dans le fer α (CC), faire avancer les dislocations demande l'aide de l'agitation thermique : au froid, Re grimpe en flèche et rattrape la contrainte de clivage. C'est pourquoi les cuves de gaz naturel liquéfié (−162 °C) sont en inox austénitique, en aluminium, ou en acier à 9 % de nickel spécialement conçu pour rester tenace.

La taille de grain, frein du clivage hors poly

Fendre un grain demande peu d'énergie ; ce qui coûte, c'est de changer de plan à chaque joint de grains, en arrachant la matière qui relie deux facettes. Plus les grains sont fins, plus la fissure doit changer de direction par millimètre parcouru, plus elle dépense d'énergie. L'affinement du grain est ainsi le seul moyen qui augmente à la fois la limite d'élasticité et la résistance à la rupture fragile : c'est l'intérêt des aciers à grains fins (normalisés ou laminés thermomécaniquement). La taille utile n'est pas toujours celle du grain visible : dans la bainite et la martensite, c'est celle des paquets de lattes de même orientation, à l'intérieur des anciens grains d'austénite.

📖 Quasi-clivage hors poly : dans les aciers trempés et revenus, ou sous l'effet de l'hydrogène, on observe de petites facettes moins nettes, reliées par des crêtes de déchirure plastique. C'est un faciès intermédiaire entre clivage et rupture ductile.
⚠️ Piège : brillant ne veut pas dire poli. Une cassure de clivage scintille par ses milliers de facettes qui renvoient la lumière dans tous les sens. Une cassure de fatigue peut être lisse et polie par frottement, sans scintiller (chapitre 6).
⚠️ Piège : transgranulaire ne veut pas dire fragile. La rupture ductile à cupules et la propagation de fatigue traversent aussi les grains. Transgranulaire décrit le chemin, pas l'énergie.
🧠 Mnémotechnique : « le clivage scintille, les rivières descendent ». La cassure brille comme du sucre cassé, et ses rivières coulent dans le sens de la fissure ; les chevrons, eux, pointent vers l'origine, comme des flèches qui disent « c'est parti d'ici ».
🔥 Les grandes facettes de la ZAT

Près de la ligne de fusion, la zone affectée thermiquement (ZAT : le métal de base modifié par la chaleur du soudage, sans avoir fondu) a été portée au-delà d'environ 1 100 à 1 200 °C. Les grains d'austénite y grossissent jusqu'à 100 µm ou plus, contre 10 à 20 µm dans un métal de base à grains fins. Au refroidissement, ils se transforment en bainite ou en martensite à gros paquets (série Métallurgie, cours 3). Une fissure de clivage y trouve de grandes facettes et peu d'obstacles : la ZAT à gros grains est souvent la zone la moins tenace d'un joint soudé. C'est pourquoi on entaille les éprouvettes de résilience exactement à cet endroit lors des qualifications (cours 2), et pourquoi l'énergie de soudage est limitée pour certains aciers.

4

La rupture intergranulaire

Quand les joints de grains lâchent avant les grains

🧱Image à retenirLe vieux mur : les pierres restent entières, c'est le mortier qui s'effrite
👁 Niveau 1 : voir les pierres et le mortier

Imagine un mur de pierres. Les pierres sont les grains ; le mortier qui les relie, ce sont les joints de grains, ces surfaces très minces (quelques atomes d'épaisseur) où deux cristaux d'orientations différentes se raccordent. Dans un mur neuf, le mortier tient bien : pour faire tomber le mur, il faut casser des pierres. Dans un vieux mur, le mortier s'effrite : le mur s'écroule, et chaque pierre tombe entière.

La rupture intergranulaire (« entre les grains ») est exactement cela : la fissure ne traverse pas les grains, elle les contourne en décollant leurs joints (polycopié, p. 7, figure 8). On parle de décohésion des joints de grains. Les grains sortent intacts, avec leur forme de petits polyèdres : vue au microscope, la cassure ressemble à un tas de grains de sucre ou à un empilement de cailloux (figure 9).

Un joint de grains sain est plutôt plus solide que l'intérieur d'un grain. S'il lâche le premier, c'est qu'il a été affaibli : par des impuretés qui s'y sont concentrées, par de l'hydrogène, par un film liquide pendant le soudage, par des cavités de fluage, par la corrosion… La rupture intergranulaire est donc presque toujours le symptôme d'un problème métallurgique ou d'environnement, qu'il faut identifier.

Manipulation 4 : le chemin le moins cher

Une fissure doit traverser cette bande de grains de gauche à droite. Deux chemins sont possibles : à travers les grains (clivage, chemin presque droit mais avec des ressauts à chaque joint) ou le long des joints (chemin plus long, en zigzag). Elle prend celui qui coûte le moins d'énergie. Règle la cohésion des joints, ou choisis une situation.

130 %

Modèle illustratif hors poly : cohésion exprimée en % de l'énergie de clivage des grains ; chaque traversée de joint par le clivage coûte un supplément d'arrachement.

🎓 Niveau 2 : maîtriser causes, faciès et diagnostic
📖 Joint de grains : surface de raccordement entre deux grains d'orientations cristallines différentes dans un matériau polycristallin (fait de nombreux cristaux). Les atomes y sont moins bien rangés : c'est un lieu privilégié pour la diffusion, l'accumulation d'impuretés et la précipitation.
📖 Rupture fragile intergranulaire (polycopié, p. 7 et 8) : rupture par décohésion des joints de grains, dans les matériaux polycristallins, céramiques comme métaux (figure 9 : une céramique et un alliage de nickel).
📖 Ségrégation : concentration d'un élément (souvent une impureté) dans une zone particulière, ici les joints de grains, à une teneur bien supérieure à la teneur moyenne de l'alliage.

Pourquoi la fissure choisit les joints

Une fissure suit le chemin qui demande le moins d'énergie. Avec γg l'énergie de rupture par unité de surface à travers les grains (« gamma ») et γj celle des joints, et L la longueur du chemin dans la coupe :

Etrans ∝ γg·Ltrans + ressautsEinter ∝ γj·Linter

∝ : « proportionnel à » ; le chemin intergranulaire est environ 1,15 à 1,35 fois plus long que la ligne droite

Comme le chemin le long des joints est plus long, il faut que les joints soient sensiblement affaiblis pour qu'il devienne le moins cher. C'est le message de la manipulation : il existe un seuil de cohésion sous lequel la rupture bascule d'un coup en intergranulaire.

Les causes à connaître hors poly

CauseCe qui affaiblit les jointsOù et quand en soudage
Fragilisation de revenuségrégation de phosphore, étain, antimoine, arsenic aux anciens joints de l'austéniteaciers Cr-Mo maintenus ou refroidis lentement vers 350 à 600 °C (traitements thermiques, service chaud)
Hydrogènel'hydrogène diffuse vers les zones tendues et les joints, et réduit la cohésionfissuration à froid de la ZAT dure (martensite), retardée de quelques heures à quelques jours (série Métallurgie, cours 3)
Film liquidedes composés à bas point de fusion (soufre, phosphore) restent liquides entre les grains ou les dendritesfissuration à chaud : de solidification dans le métal fondu, de liquation dans la ZAT, au refroidissement
Relaxation au réchauffagedes précipités durcissent l'intérieur des grains, la déformation se concentre aux jointsfissuration au réchauffage de la ZAT à gros grains d'aciers Cr-Mo-V, pendant le traitement de détensionnement
Métal liquideun métal fondu (zinc, cuivre) pénètre les joints sous contraintesoudage ou galvanisation d'aciers zingués
Fluagedes cavités naissent et se rejoignent aux joints, sous charge à haute températuretuyauteries et chaudières en service chaud, longue durée (une autre partie du polycopié)
Corrosion intergranulairedes carbures de chrome précipités aux joints appauvrissent leurs abords en chromeinox austénitiques « sensibilisés » entre environ 450 et 850 °C ; parade : nuances bas carbone (304L, 316L) ou stabilisées

Clivage ou intergranulaire ? Le diagnostic

Indice au microscopeClivage (transgranulaire)Intergranulaire
Ce qu'on voitdes facettes planes qui coupent les grainsla forme des grains, en relief, comme des polyèdres
Lignes sur les facettesrivières qui convergentfacettes lisses, sans rivières
Fissures secondairesraresfréquentes, le long d'autres joints
Taille des facettescelle des grains ou des paquetsexactement celle des grains
⚠️ Piège de vocabulaire : « joint » de grains n'est pas « joint » soudé. En métallurgie, le joint de grains est une frontière microscopique entre deux cristaux. Le joint soudé est l'assemblage entier. Une fissure intergranulaire dans un joint soudé suit les joints de grains de la ZAT ou du métal fondu.
⚠️ Piège : intergranulaire ne veut pas dire « matériau mauvais ». Le même acier peut rompre par clivage ou par cupules dans un état, et en intergranulaire dans un autre (après un revenu mal conduit, ou chargé en hydrogène). On cherche toujours ce qui a affaibli les joints.
🧠 Mnémotechnique : « si tu vois les grains, ce sont les joints qui ont lâché ». Les pierres entières au pied du mur accusent le mortier.
🔥 Trois fissures intergranulaires du soudeur
FissureOùQuandParade
Fissuration à froid (hydrogène)ZAT dure, sous le cordon ou au piedaprès refroidissement, avec retardpréchauffage, produits bas hydrogène, énergie adaptée, postchauffage
Fissuration à chaud (solidification)axe du cordon, entre les dendritespendant la solidificationsoufre et phosphore bas, forme du cordon moins étroite et moins profonde, métal d'apport adapté (un peu de ferrite dans les inox)
Fissuration au réchauffageZAT à gros grains d'aciers Cr-Mo-V, d'alliages de nickelpendant le traitement thermique après soudagecomposition de l'acier, meulage des pieds de cordon, cycle thermique adapté
5

La rupture ductile à cupules

Germer, croître, coalescer : la matière se déchire de l'intérieur

🍕Image à retenirLa pâte à pizza qu'on étire : des trous apparaissent, grossissent, se rejoignent, et la pâte se déchire
👁 Niveau 1 : voir la pâte à pizza

Étire une pâte à pizza trop fine : de petits trous apparaissent là où la pâte contient une bulle ou un grain de farine mal mélangé. En tirant encore, ils s'agrandissent, puis les ponts de pâte qui les séparent s'amincissent et cèdent : les trous se rejoignent et la pâte se déchire. La rupture ductile des métaux suit exactement ce scénario en trois temps (polycopié, p. 9, figure 12) :

  1. germer : des cavités microscopiques naissent autour des petites particules que contient tout métal réel, les inclusions (sulfures, oxydes) et certains précipités (carbures, nitrures). La particule se décolle de la matière qui l'entoure, ou se casse ;
  2. croître : la déformation plastique fait grossir ces cavités, d'autant plus vite que la matière est tirée dans toutes les directions ;
  3. coalescer : les ponts de métal entre cavités voisines s'amincissent à leur tour, comme de petites strictions, et cèdent. Les cavités se rejoignent en une fissure.

Tout cela se passe au cœur de la striction, là où la déformation est la plus forte. La fissure naît au centre du col, s'étend vers l'extérieur, puis la couronne restante cède en cisaillement à 45° : c'est la célèbre cassure en cône et coupelle, une moitié en forme de cratère, l'autre en forme de cône tronqué.

Chaque cavité laisse sur la cassure une petite cuvette, une cupule, souvent avec, au fond, l'inclusion qui l'a fait naître (figure 13a). À l'œil nu, la cassure est mate, grise et fibreuse, tourmentée, avec une déformation bien visible. Une rupture ductile consomme beaucoup d'énergie et prévient : avant de casser, la pièce s'allonge, se tord, s'amincit.

Manipulation 5 : germer, croître, coalescer

À gauche, l'éprouvette et son col ; à droite, une fenêtre microscopique au centre du col, avec ses inclusions (points noirs). Augmente la déformation locale ou lance la lecture. Change la propreté de l'acier (la quantité d'inclusions) et la triaxialité, et observe quand la matière se déchire. Après la rupture, la fenêtre montre la cassure vue de face, couverte de cupules.

0,00

Modèle illustratif hors poly, inspiré de la loi de croissance des cavités de Rice et Tracey (1969) ; les constantes sont choisies pour donner des ordres de grandeur d'acier.

🎓 Niveau 2 : maîtriser cavités, triaxialité et cône-coupelle
📖 Rupture ductile (polycopié, p. 9) : rupture qui se produit dans les métaux après une déformation plastique importante, avec formation de cupules ou de zones localement très étirées, qui s'initient près de points multiples (les points où se rencontrent plusieurs grains), de pores ou d'inclusions (carbures, nitrures…).
📖 Inclusion : petite particule non métallique (sulfure de manganèse MnS, oxydes, silicates) héritée de l'élaboration de l'acier, de quelques µm à quelques dizaines de µm. Leur proportion en volume, de l'ordre de 0,01 à 1 %, mesure la propreté inclusionnaire de l'acier.
📖 Cupule : petite cuvette laissée sur la surface de rupture par une cavité qui a grossi puis rejoint ses voisines. Sa taille, de 1 à quelques dizaines de µm, est liée à la distance entre inclusions.

La croissance des cavités hors poly

En 1969, James Rice et Dennis Tracey ont montré que le rayon R d'une cavité sphérique grossit avec la déformation plastique équivalente εp, et d'autant plus vite que le taux de triaxialité η est élevé :

dRR = 0,283 · exp(1,5 η) · dεp

exp : fonction exponentielle ; η = σm/σVM (chapitre 2) ; d : « petite variation de »

En traction simple (η = 1/3), le facteur exp(1,5η) vaut 1,65 ; au fond d'une entaille sévère (η = 1,2), il vaut 6,0 : les cavités grossissent 3,7 fois plus vite pour la même déformation. La triaxialité fait donc baisser la déformation à rupture, même quand la rupture reste ductile : une pièce entaillée ou épaisse « s'allonge » beaucoup moins qu'une éprouvette lisse.

La propreté joue aussi : plus il y a d'inclusions, plus elles sont proches les unes des autres, plus vite les cavités se rejoignent. Un acier propre a un Z élevé (70 à 80 %) ; un acier chargé en inclusions, ou sollicité perpendiculairement à des inclusions aplaties par le laminage, a un Z bien plus faible.

Le cône et la coupelle

Au centre du col, la matière est bridée par la couronne qui l'entoure : la triaxialité y est la plus forte (η > 1/3). C'est là que les cavités grossissent le plus vite et que la fissure centrale s'ouvre, plate et fibreuse, perpendiculaire à l'effort. Près de la surface libre, l'état est de contrainte plane (chapitre 2) : la couronne restante cède par glissement à 45°, en formant les lèvres de cisaillement, plus lisses (polycopié, p. 19, figures 16c et 24).

📖 Deux formes de cupules hors poly : en traction, les cupules sont rondes (équiaxes) ; en cisaillement ou en déchirure, elles sont allongées, en forme de virgule ou de parabole, toutes orientées dans le même sens. Leur orientation indique le sens du glissement.

La rupture « ductile » existe aussi dans d'autres matériaux, en particulier les polymères et les verres métalliques (métaux amorphes), où la déformation est de type visco-plastique, c'est-à-dire dépendante de la vitesse (polycopié, p. 9 ; chapitre 6).

⚠️ Piège : ductile ne veut pas dire inoffensif. Une rupture ductile peut ruiner une structure si la section restante est trop faible : c'est l'effondrement plastique, prévu par le diagramme FAD du cours 4. Elle prévient, mais elle n'excuse pas un sous-dimensionnement.
⚠️ Piège : une seule cassure peut combiner plusieurs mécanismes. Une éprouvette Charpy à la température de transition montre une zone centrale par clivage entourée de zones à cupules (cours 2). On décrit chaque zone séparément.
🧠 Mnémotechnique : « G, C, C : germer, croître, coalescer », comme les trous de la pâte à pizza. Et pour la forme : « au cœur ça s'ouvre, au bord ça glisse » : la coupelle fibreuse au centre, les lèvres à 45° au bord.
🔥 L'arrachement lamellaire et les aciers de qualité Z

Au laminage, les inclusions de sulfure de manganèse s'écrasent en fines galettes parallèles à la surface de la tôle. Tirée dans son épaisseur, la tôle a donc une ductilité médiocre : les cavités naissent sur ces galettes et se rejoignent très vite. Sous un cordon d'angle ou en T fortement bridé, le retrait du cordon tire justement la tôle dans son épaisseur : elle se déchire en gradins, des paliers parallèles à la surface reliés par des parois en cisaillement. C'est l'arrachement lamellaire, une rupture ductile à cupules allongées, souvent découverte sous le cordon après soudage.

La parade est un acier à caractéristiques garanties dans le sens de l'épaisseur (norme EN 10164) : on mesure le coefficient de striction Z sur des éprouvettes prélevées perpendiculairement à la surface. Les classes Z15, Z25 et Z35 garantissent une moyenne de trois essais d'au moins 15, 25 et 35 %. S'y ajoutent une teneur en soufre très basse, une conception qui limite les efforts dans l'épaisseur, et parfois un beurrage (une couche de métal d'apport ductile déposée d'abord sur la tôle).

6

Lire une cassure

De l'œil nu au microscope : l'enquête de l'expert

🔍Image à retenirLa loupe du détective : la cassure est la scène du crime, chaque trace est un indice
👁 Niveau 1 : voir la méthode du détective

L'examen des surfaces de rupture s'appelle la fractographie. Il se mène comme une enquête, en quatre temps :

  1. Protéger la scène. Ne jamais remboîter les deux morceaux pour « voir si ça colle » : on écrase les reliefs microscopiques qui sont les indices. Protéger de la rouille (dessiccateur, huile neutre), photographier tout de suite, noter le contexte (température, charge, âge de la pièce, date de la fissure).
  2. À l'œil nu et à la loupe : trouver l'origine, regarder l'aspect (plat ou tourmenté, brillant ou mat), la déformation, les lèvres de cisaillement, les chevrons, les lignes d'arrêt.
  3. Au microscope électronique : identifier le mécanisme à l'échelle des grains (cupules, facettes et rivières, grains en relief, stries).
  4. Conclure : le mécanisme mène à la cause (froid, hydrogène, impuretés, fatigue, défaut, surcharge), et la cause au remède.
MécanismeÀ l'œil nuAu microscopeÉnergie
Ductile (chapitre 5)mat, gris, fibreux ; striction, cône-coupelle, lèvres à 45°cupules, souvent avec une inclusion au fondélevée
Clivage (chapitre 3)plat, brillant, cristallin ; chevrons vers l'origine ; aucune déformationfacettes planes, rivières qui convergent vers l'avalfaible
Intergranulaire (chapitre 4)plat, terne ou granuleux, comme du sucre ; fissures secondairesgrains entiers en relief, facettes lissesfaible
Fatigue (série Fatigue, cours 4)zone lisse avec lignes d'arrêt autour de l'origine, puis zone rugueuse de rupture finalestries, une par cyclefaible à chaque cycle

Manipulation 6 : l'enquête

Huit pièces cassées arrivent au laboratoire. Pour chacune, lis le contexte, observe la cassure à l'œil nu (à gauche) et au microscope électronique (à droite), puis désigne le mécanisme. Chaque réponse est expliquée.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les outils et les pièges de l'expertise
📖 Fractographie : étude des surfaces de rupture pour en déduire le mécanisme, l'origine, le sens de propagation et, si possible, les conditions de chargement. Faciès : aspect d'une surface de rupture.
📖 MEB : microscope électronique à balayage. Un fin faisceau d'électrons balaie la surface ; les électrons qu'elle réémet (électrons secondaires) donnent une image en relief, nette sur toute la profondeur, à des grandissements de 20 à plus de 100 000 fois. Toutes les images de cassures du polycopié (figures 9 à 14) en viennent.

Les flèches qui remontent à l'origine

MarqueÉchelleCe qu'elle indique
Chevrons (rupture fragile)œil nuleurs pointes sont dirigées vers l'origine
Rivières de clivageMEBelles convergent vers l'aval, dans le sens de propagation
Lignes d'arrêt (fatigue)œil nuarcs centrés sur l'origine ; elles marquent des arrêts ou changements de chargement
Lèvres de cisaillementœil nules zones qui ont cassé en dernier, près des surfaces libres ; plus elles sont larges, plus la rupture finale a été ductile
Cupules allongéesMEBle sens du glissement ou de la déchirure

Les autres matériaux

Le polycopié (p. 7, 9 et 10) décrit aussi trois familles non métalliques, utiles à reconnaître :

  • Verres : rupture parfaitement fragile, très rapide. Le front de fissure interagit avec les ondes élastiques réfléchies par les surfaces et laisse des arcs fins, les lignes de Wallner (figure 7). Autour de l'origine, on trouve une zone lisse et brillante, le « miroir ».
  • Polymères : la rupture passe par des craquelures (en anglais crazes), de fines zones où subsistent de nombreux filaments de matière étirée, les fibrilles (paquets de chaînes de polymère déformées), dont on retrouve la trace sur la cassure.
  • Composites à fibres : rupture des fibres, décohésion entre fibres et matrice, puis extraction des fibres rompues (déchaussement, en anglais pull-out) : la cassure est hérissée de fibres qui dépassent (figure 14).

Enfin, sous charge à haute température, le fluage (déformation lente et continue) rompt les métaux par cavités le long des joints de grains (chapitre 4) ; le polycopié le traite dans une autre partie.

⚠️ Piège : « fragile » à l'œil nu ne veut pas dire « fragile » au microscope. Une cassure de fatigue est plate et sans déformation, comme une rupture fragile, mais elle avance par déformation plastique à chaque cycle (les stries). Un arrachement lamellaire forme des gradins, mais chaque palier est couvert de cupules. On nomme le mécanisme d'après le microscope, et le comportement d'après l'œil nu.
⚠️ Piège : la zone finale n'est pas l'origine. Dans une rupture par fatigue, la zone rugueuse, souvent la plus spectaculaire, est la fin de l'histoire. L'origine est du côté de la zone lisse, au centre des lignes d'arrêt.
🧠 Mnémotechnique : « Où, comment, pourquoi ». Où : l'origine (chevrons, lignes d'arrêt). Comment : le mécanisme (cupules, facettes, grains, stries). Pourquoi : la cause (froid, hydrogène, impuretés, cycles, défaut, surcharge).
🔥 L'expertise d'une soudure rompue
TypeOù dans le jointFacièsIndice décisif
Rupture fragileZAT à gros grains, métal fondu, ou métal de base froidclivage, chevronsbasse température, résilience insuffisante
Fissuration à froidZAT dure, sous le cordon, au pied ou à la racineintergranulaire et quasi-clivageapparition retardée, dureté élevée, hydrogène
Fissuration à chaudaxe du cordon, cratèreinterdendritique, surfaces souvent oxydées (teintes de revenu)fissure présente dès la fin du soudage
Arrachement lamellairemétal de base sous un cordon en T, parallèle à la tôlegradins, cupules allongées sur des sulfuresZ faible dans l'épaisseur
Fatiguepied ou racine du cordonlignes d'arrêt, strieschargement variable, pas de déformation
✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de l'éprouvette à la soudure rompue

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi de tête, puis la fiche, puis le cours

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris toujours la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Les manipulations 1, 2 et 6 permettent de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : dépouiller un essai de traction N1 · chapitre 1

Une éprouvette ronde en acier S355J2 a un diamètre d0 = 10 mm et une longueur entre repères L0 = 50 mm. L'essai donne une force à la limite d'élasticité supérieure FeH = 29,0 kN et une force maximale Fm = 41,5 kN. Après rupture, Lu = 62,0 mm et le diamètre du col vaut du = 6,0 mm.

a) Calcule S0, puis ReH et Rm.

b) Calcule A et Z.

c) Pour une tôle de 10 mm, la norme garantit ReH ≥ 355 MPa, 470 ≤ Rm ≤ 630 MPa et A ≥ 22 %. L'acier est-il conforme ?

d) Estime l'énergie absorbée par unité de volume jusqu'à la rupture. La rupture est-elle ductile ?

Voir la correction

a) S0 = π·d0²/4 = π × 10²/4 = 78,5 mm² (et L0 = 5,65√78,5 = 50,1 mm : c'est bien une éprouvette proportionnelle). ReH = FeH/S0 = 29 000/78,5 = 369 MPa ; Rm = Fm/S0 = 41 500/78,5 = 528 MPa.

b) A = (Lu − L0)/L0 = (62,0 − 50)/50 = 24,0 %. Su = π × 6,0²/4 = 28,3 mm², d'où Z = (S0 − Su)/S0 = (78,5 − 28,3)/78,5 = 64,0 %. Raccourci : Z = 1 − (du/d0)² = 1 − 0,36 = 0,64.

c) 369 ≥ 355 MPa ✅ ; 470 ≤ 528 ≤ 630 MPa ✅ ; 24,0 ≥ 22 % ✅ : conforme.

d) W ≈ (ReH + Rm)/2 × A = (369 + 528)/2 × 0,24 ≈ 108 J/cm³ (1 MPa = 1 J/cm³). Avec 24 % d'allongement et 64 % de striction, la rupture est nettement ductile : on attend une cassure en cône et coupelle, mate et fibreuse.

Exercice 2 : résistant ou tenace ? N1 · chapitre 1

Deux matériaux ont la même résistance à la traction, 600 MPa. Le matériau A casse dans le domaine élastique, avec E = 200 GPa. Le matériau B est un acier de Re = 400 MPa et d'allongement après rupture A = 20 %.

a) À quel allongement A casse-t-il ?

b) Calcule l'énergie absorbée par unité de volume par A, puis par B.

c) Lequel choisir pour une pièce qui peut recevoir un choc ? Conclus sur la différence entre résistance et ténacité.

Voir la correction

a) Loi de Hooke jusqu'à la rupture : e = σ/E = 600/200 000 = 0,003 = 0,3 %.

b) A : l'aire sous une droite est un triangle, WA = ½·σ·e = ½ × 600 × 0,003 = 0,9 J/cm³. B : WB ≈ (400 + 600)/2 × 0,20 = 100 J/cm³, environ 110 fois plus.

c) B, sans hésiter. Les deux supportent la même contrainte maximale, mais B absorbe cent fois plus d'énergie avant de rompre : un choc qui casse A ne fait que déformer B. La résistance (Rm) dit jusqu'où on peut charger ; la ténacité, la capacité à absorber de l'énergie et à résister à la propagation d'une fissure, dit comment la pièce se comporte quand quelque chose tourne mal. Les cours 2 à 4 apprendront à la mesurer et à la calculer.

Exercice 3 : la facette qui tourne N2 · chapitre 2

Une barre lisse en acier est tendue sous σ = 300 MPa.

a) Calcule σn et τ sur les facettes α = 0°, 30°, 45°, 60° et 90° (α : angle entre la normale à la facette et l'axe de la barre).

b) À +20 °C, cet acier a Re = 350 MPa (donc τc = 175 MPa) et une contrainte critique de clivage σc = 900 MPa. En augmentant la charge, quel seuil est atteint en premier, et pour quelle contrainte ?

c) Même question à −196 °C, où Re = 950 MPa, σc restant égale à 900 MPa.

d) Quelle orientation aura la surface de rupture dans chaque cas ?

Voir la correction

a) Avec σn = σ·cos²α et τ = σ·sinα·cosα :

α0°30°45°60°90°
σn (MPa)300225150750
τ (MPa)0129,9150129,90

Le cisaillement est maximal à 45°, où il vaut σ/2 ; la contrainte normale est maximale sur la section droite (α = 0°).

b) Le glissement démarre quand τmax = σ/2 = τc, soit σ = 2 × 175 = 350 MPa. Le clivage demanderait σ = σc = 900 MPa. Le glissement gagne largement : la barre plastifie, s'allonge et casse de façon ductile.

c) Le glissement demanderait maintenant σ = 950 MPa, mais le clivage arrive avant, à σ = σc = 900 MPa : rupture fragile, sans plasticité préalable. Le froid a relevé le plafond τc au-dessus du mur σc.

d) Ductile : glissement sur les facettes à 45°, d'où le cône et la coupelle avec ses lèvres obliques. Fragile : ouverture des facettes perpendiculaires à l'effort (α = 0°), d'où une cassure plate et perpendiculaire à l'axe.

Exercice 4 : le piège de la triaxialité N2 · chapitre 2

Au pied d'un cordon, dans une tôle épaisse en S355 (Re = 355 MPa), l'état de contrainte, somme du chargement et des contraintes résiduelles, a pour contraintes principales σI = 400 MPa, σII = 250 MPa et σIII = 200 MPa.

a) Calcule σVM et le cisaillement maximal τmax. La matière plastifie-t-elle ?

b) Compare avec une éprouvette lisse en traction simple sous 400 MPa.

c) Calcule le taux de triaxialité η = σm/σVM.

d) Si toutes les contraintes augmentent dans les mêmes proportions, quelle valeur de σI faut-il atteindre pour plastifier ? Conclus.

Voir la correction

a) σVM = (1/√2)·[(400 − 250)² + (250 − 200)² + (200 − 400)²]1/2 = (1/√2)·[22 500 + 2 500 + 40 000]1/2 = 255,0/1,414 = 180 MPa. τmax = (σI − σIII)/2 = (400 − 200)/2 = 100 MPa. Comme σVM = 180 MPa < Re = 355 MPa, la matière ne plastifie pas.

b) En traction simple, σVM = σI = 400 MPa > 355 MPa : l'éprouvette lisse plastifie. Avec la même contrainte d'ouverture σI = 400 MPa, l'une se déforme, l'autre non.

c) σm = (400 + 250 + 200)/3 = 283 MPa ; η = 283/180 = 1,57, près de cinq fois la valeur de la traction simple (1/3).

d) σVM est proportionnelle aux contraintes : σVM = (180/400)·σI = 0,451·σI. Il faut σI = 355/0,451 = 788 MPa, soit 2,2 fois Re, pour plastifier. D'ici là, rien ne glisse, rien ne prévient, et σI peut atteindre la contrainte de clivage d'une ZAT fragile. C'est le danger des soudures épaisses et bridées.

Exercice 5 : quatre cassures au microscope N1 · chapitres 3 à 6

Pour chaque description, nomme le mécanisme, dis s'il est ductile ou fragile et propose une cause plausible.

a) Acier de construction cassé en hiver : facettes planes de 10 à 20 µm, couvertes de lignes qui se rejoignent vers la droite de l'image.

b) ZAT d'un acier trempant, fissure découverte le lendemain du soudage : on reconnaît la forme de grains polyédriques d'environ 50 µm, aux faces lisses.

c) Éprouvette de traction en aluminium : petites cuvettes rondes de 5 à 10 µm, certaines contenant une particule.

d) Arbre de pompe : à l'œil nu, une zone lisse portant des arcs concentriques, puis une zone rugueuse ; au MEB, de fines rides parallèles très régulières.

e) Dans le cas a), dans quel sens la fissure se propageait-elle sur l'image ?

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a) Clivage, rupture fragile transgranulaire : facettes de la taille des grains de ferrite et rivières. Cause plausible : basse température (transition ductile-fragile, cours 2), éventuellement aggravée par une entaille ou une forte épaisseur.

b) Rupture intergranulaire, fragile : les grains sont visibles entiers. Le retard d'apparition, la ZAT d'un acier trempant (dure, martensitique) : c'est la signature de la fissuration à froid par l'hydrogène. Parades : préchauffage, produits bas hydrogène, postchauffage.

c) Rupture ductile à cupules : chaque cuvette est une cavité née sur une inclusion. Normal pour l'aluminium (CFC), qui ne clive pas.

d) Fatigue : les arcs à l'œil nu sont des lignes d'arrêt, les rides au MEB des stries (une par cycle) ; la zone rugueuse est la rupture finale. Cause : chargement cyclique (série Fatigue). Macroscopiquement « fragile » (pas de déformation), microscopiquement plastique.

e) Les rivières convergent dans le sens de propagation : la fissure avançait de la gauche vers la droite.

Exercice 6 : une tôle pour un nœud en T N2 · chapitre 5

Une tôle de 60 mm doit recevoir un raidisseur soudé en T, à pleine pénétration, sur une structure très bridée. On réalise trois essais de traction dans l'épaisseur (éprouvettes de d0 = 10 mm prélevées perpendiculairement à la surface). Les diamètres du col après rupture sont 9,00 mm, 8,77 mm et 8,54 mm.

a) Calcule Z pour chaque essai et la moyenne.

b) Selon la norme EN 10164, la classe Z15 exige une moyenne d'au moins 15 % (et aucune valeur sous 10 %), la classe Z25 une moyenne d'au moins 25 %. Quelle classe cette tôle atteint-elle ?

c) La même tôle donne Z ≈ 60 % dans le sens du laminage. Explique la différence.

d) Quel risque court le nœud en T, et quelles parades proposes-tu si l'étude exige Z25 ?

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a) Z = 1 − (du/d0)² : 1 − 0,900² = 19,0 % ; 1 − 0,877² = 23,1 % ; 1 − 0,854² = 27,1 %. Moyenne : (19,0 + 23,1 + 27,1)/3 = 23,1 %.

b) Moyenne 23,1 % ≥ 15 % et toutes les valeurs ≥ 10 % : Z15 atteinte. Mais 23,1 % < 25 % : Z25 non atteinte.

c) Les inclusions de sulfure de manganèse ont été aplaties par le laminage en galettes parallèles à la surface. Tirée dans le sens du laminage, l'éprouvette les sollicite par la tranche ; tirée dans l'épaisseur, elle les sollicite à plat : les cavités naissent sur toute leur surface et se rejoignent très vite, d'où un Z faible.

d) Risque d'arrachement lamellaire : le retrait du cordon en T tire la tôle dans son épaisseur, qui se déchire en gradins sous le cordon. Parades : commander une tôle Z25 (ou Z35) à soufre très bas, réduire le bridage et le volume de métal déposé (chanfrein optimisé), beurrer la surface avant soudage, ou revoir le détail pour que l'effort ne traverse pas l'épaisseur.

🏆 Défi : la console cassée en hiver N2 · chapitres 1 à 6

Une console de levage en tôle de 25 mm, en acier S355JR, est soudée par un cordon d'angle sur un poteau. Par −20 °C, lors d'une manœuvre un peu brusque, elle casse net, avec une détonation. L'expert observe :

  • une cassure plate, perpendiculaire à la tôle, brillante et scintillante, sans déformation visible ;
  • des chevrons sur toute la surface, dont les pointes convergent vers le pied du cordon ;
  • au MEB, près du pied, des facettes de 100 à 150 µm avec rivières ; plus loin, dans le métal de base, des facettes de 10 à 20 µm ;
  • sur les deux faces de la tôle, de minces lèvres obliques de 0,6 mm de large.

a) Quel est le mécanisme de rupture ? Donne trois indices.

b) Où est l'origine, et comment le sait-on ?

c) Quelle fraction de la surface a rompu de façon ductile ? Quel est donc le pourcentage de surface « cristalline » ?

d) Pourquoi la rupture est-elle partie de la ZAT, au pied du cordon ? Donne au moins trois raisons.

e) Avant-goût du cours 2 : la nuance JR garantit 27 J à l'essai Charpy à +20 °C, la nuance J2 garantit 27 J à −20 °C. Que recommandes-tu ?

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a) Rupture fragile par clivage. Indices : cassure plate et perpendiculaire à l'effort (ouverture, chapitre 2) ; aspect brillant et scintillant (facettes, chapitre 3) ; pas de déformation, rupture brutale et bruyante ; au MEB, facettes avec rivières.

b) Au pied du cordon : les pointes des chevrons sont dirigées vers l'origine. Au MEB, les rivières le confirment : elles convergent en s'éloignant du pied, dans le sens de propagation.

c) Les lèvres de cisaillement sont la seule partie ductile : 2 × 0,6/25 = 0,048 = 4,8 %. La surface « cristalline » représente donc ≈ 95 % de la cassure. Le cours 2 utilise exactement ce pourcentage pour décrire la transition ductile-fragile.

d) La ZAT à gros grains a de grandes facettes (100 à 150 µm) : moins d'obstacles pour le clivage (chapitre 3) et une structure plus dure (bainite ou martensite à gros paquets). Le pied de cordon est une entaille qui concentre la contrainte et crée de la triaxialité, renforcée par les contraintes résiduelles de soudage (chapitre 2). Enfin, le froid (−20 °C) relève la limite d'élasticité et favorise le clivage, et la manœuvre brusque est un chargement rapide.

e) Une nuance JR n'a aucune garantie de résilience à −20 °C. Il faut au minimum un S355J2 (27 J à −20 °C), voire mieux selon l'épaisseur et la vitesse de chargement (l'EN 1993-1-10 guide ce choix), et un mode opératoire de soudage qualifié avec des essais de résilience en ZAT à la température de service. La nuance de la tôle ne garantit en effet rien sur la ZAT : c'est le mode opératoire qui la fixe.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 1

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée de la rupture, salle 1
🍫

La barre de chocolat

ductile : A, Z grands ; fragile : A ≈ 0

Le chocolat tiède s'étire et prévient ; froid, il claque. Le nom se donne souvent d'après la cassure.

📈

La carte d'identité

Rm = Fm/S0 ; Z = (S0 − Su)/S0

E, Re, Re0,2, Rm, A, Z. Rm est le sommet, pas la contrainte à la rupture.

🧽

L'éponge pleine

W ≈ (Re + Rm)/2 × A

L'aire sous la courbe, en J/cm³ : l'énergie absorbée. Résistant ne veut pas dire tenace.

🃏

Le jeu de cartes

τmax = σ/2 à 45°

Le cisaillement fait glisser les plans (dislocations, le pli du tapis) : la voie ductile.

🎈

Le ballon, le plafond et le mur

σVM = (1 − k)σI

Le cercle de Mohr touche le plafond τc (ductile) ou le mur σc (fragile). Froid et triaxialité poussent vers le mur.

💎

Le diamantaire

clivage {100} : facettes + rivières

Cassure plate et scintillante, CC et HC au froid. Rivières vers l'aval, chevrons vers l'origine. Grain fin = frein.

🧱

Le vieux mur

γj·Linter < γg·Ltrans

Si tu vois les grains, les joints ont lâché : impuretés, hydrogène, film liquide, fluage.

🍕

La pâte à pizza

dR/R ∝ exp(1,5η)·dεp

Germer, croître, coalescer autour des inclusions : des cupules. Propreté et faible triaxialité = ductilité.

🔍

La loupe du détective

où ? comment ? pourquoi ?

Ne jamais remboîter. Origine, mécanisme, cause. Fragile à l'œil nu n'est pas forcément fragile au MEB.

🏛 La visite du musée, salle 1 (2 minutes, les yeux fermés) : à l'entrée, une barre de chocolat 🍫 sortie du frigo claque entre les mains du gardien, qui note sa carte d'identité 📈 sur une courbe affichée au mur. Il essuie le chocolat fondu avec une éponge 🧽 qui en absorbe des litres. Sur la table, un jeu de cartes 🃏 glisse en éventail vers un coin de la salle où un ballon 🎈 gonfle entre un plafond bas et un mur : il touche le mur en premier. Le mur se fend net, comme sous le coup sec d'un diamantaire 💎, et dévoile des facettes qui scintillent. Derrière, un vieux mur 🧱 de pierres s'écroule, pierres entières, mortier en poussière. Dans les gravats, un pizzaïolo étire une pâte à pizza 🍕 jusqu'à ce que ses trous se rejoignent. Et un détective, penché avec sa loupe 🔍, murmure : « Où, comment, pourquoi ? »
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
A
Allongement après rupture, en % : (Lu − L0)/L0. Mesure de la ductilité ; dépend de la longueur L0.
α
« Alpha » : angle entre la normale à une facette et l'axe de l'effort.
Arrachement lamellaire
Déchirure en gradins d'une tôle tirée dans son épaisseur, sous un cordon bridé, à partir d'inclusions aplaties.
Beurrage
Dépôt préalable d'une couche de métal d'apport ductile sur une surface, avant le soudage proprement dit.
Bridage
Empêchement des déformations libres d'une pièce soudée par ce qui l'entoure.
CC, CFC, HC
Structures cristallines : cubique centrée (fer α, aciers ferritiques), cubique à faces centrées (aluminium, cuivre, nickel, inox austénitiques), hexagonale compacte (zinc, magnésium).
Chevrons
Marques en V sur une cassure fragile de tôle ; leurs pointes sont dirigées vers l'origine.
Clivage
Rupture fragile transgranulaire des grains selon des plans cristallins de faibles indices ({100} dans le fer α).
Coalescence
Réunion de cavités voisines par rupture des ponts de métal qui les séparent.
Cône-coupelle
Forme typique d'une rupture ductile en traction : fond plat fibreux au centre, lèvres de cisaillement à 45° au bord.
Contrainte plane, déformation plane
État près d'une surface libre (pas de contrainte perpendiculaire à la surface) ; état au cœur d'une pièce épaisse (pas de déformation dans l'épaisseur, état triaxial).
Craquelure
Dans un polymère, zone fine traversée de fibrilles étirées, précurseur de la fissure (en anglais craze).
Cupule
Petite cuvette d'une cassure ductile, trace d'une cavité née autour d'une inclusion.
d, d0, du
Taille de grain (en µm) ; diamètre initial d'une éprouvette ronde et diamètre du col après rupture (en mm).
Déchaussement
Extraction des fibres rompues hors de la matrice d'un composite (en anglais pull-out).
Décohésion
Perte d'adhérence entre deux constituants : grains et joints, inclusion et matrice, fibre et matrice.
Dislocation
Défaut linéaire du cristal dont le déplacement fait glisser les plans atomiques, rangée par rangée : le « pli du tapis ».
Ductile, fragile, quasi fragile
Rupture après forte déformation plastique ; rupture brutale dans le domaine élastique ; un peu de plasticité mais un faciès de rupture fragile.
E
Module d'Young, pente de la droite élastique, en GPa : 210 pour l'acier, 70 pour l'aluminium et le verre.
e, ε, εp
Allongement relatif (L − L0)/L0 ; déformation vraie ln(L/L0) ; déformation plastique (permanente).
Écrouissage
Durcissement d'un métal par la déformation plastique, dû à la multiplication et à l'empilement des dislocations.
EN 10164, Z15/Z25/Z35
Norme des aciers à caractéristiques garanties dans le sens de l'épaisseur ; classes de striction minimale moyenne 15, 25 et 35 %.
EN 10025-2, JR, J2
Norme des aciers de construction non alliés ; JR et J2 garantissent 27 J à l'essai Charpy à +20 °C et à −20 °C (cours 2).
EN 1993-1-10
Eurocode 3, partie 1-10 : choix des qualités d'acier vis-à-vis de la ténacité, selon l'épaisseur et la température.
EN ISO 6892-1, 4136, 5178, 15614-1
Normes de l'essai de traction ; de la traction travers joint ; de la traction du métal fondu ; de la qualification des modes opératoires de soudage.
exp, ln
Fonction exponentielle et logarithme népérien, sa réciproque.
η
« Êta » : taux de triaxialité σm/σVM ; 1/3 en traction simple, au-delà de 1 au fond d'une entaille sévère.
F, Fe, Fm
Force, en N ou kN ; force à la limite d'élasticité ; force maximale de l'essai.
Faciès
Aspect d'une surface de rupture.
Fatigue
Rupture progressive sous chargement cyclique (série Fatigue) : lignes d'arrêt à l'œil nu, stries au MEB.
Fissuration à chaud, à froid, au réchauffage
Fissures de soudage : pendant la solidification (films liquides) ; après refroidissement, par l'hydrogène dans une ZAT dure ; pendant le traitement thermique après soudage.
Fluage
Déformation lente et continue sous charge à haute température, qui finit par rompre par cavités intergranulaires.
Fractographie
Étude des surfaces de rupture.
γg, γj
« Gamma » : énergie de rupture par unité de surface à travers les grains et le long des joints (modèle de la manipulation 4).
GPa, MPa, J/cm³
Gigapascal (1 GPa = 1 000 MPa) ; mégapascal (1 MPa = 1 N/mm²) ; joule par cm³, égal à 1 MPa × un allongement sans unité.
Inclusion
Particule non métallique (sulfure, oxyde) héritée de l'élaboration de l'acier ; site de germination des cavités.
Indices de Miller
Trois entiers entre accolades repérant l'orientation d'une famille de plans cristallins.
Intergranulaire, transgranulaire
Qui suit les joints de grains ; qui traverse les grains.
IWE
International Welding Engineer : ingénieur international en soudage.
Joint de grains
Surface de raccordement entre deux grains d'orientations différentes. Ne pas confondre avec le joint soudé.
k
Dans ce cours, rapport σII/σI = σIII/σI qui représente la triaxialité créée par une entaille.
L0, L, Lu
Longueur initiale entre repères ; longueur sous charge ; longueur finale après rupture.
Lèvres de cisaillement
Bandes obliques à 45° au bord d'une cassure, rompues par glissement en contrainte plane.
Lignes de Wallner
Arcs fins sur une cassure de verre, dus à l'interaction du front de fissure avec les ondes élastiques.
MEB
Microscope électronique à balayage : image en relief des cassures, de 20 à plus de 100 000 fois.
µm
Micromètre : un millième de millimètre.
ν
« Nu » : coefficient de Poisson, entre 0 et 0,5 ; 0,3 pour l'acier.
Overmatching
« Surcorrespondance » : choix d'un métal d'apport un peu plus résistant que le métal de base.
Palier d'écoulement, ReH, ReL
Plateau de la courbe des aciers doux après la limite d'élasticité ; limites supérieure et inférieure d'écoulement.
Plan réticulaire
Plan passant par des atomes du réseau cristallin.
Re, Re0,2
Limite d'élasticité ; limite conventionnelle à 0,2 % de déformation plastique (Rp0,2 dans la norme). En MPa.
Rm
Résistance à la traction, Fm/S0, en MPa : sommet de la courbe conventionnelle.
Rivières
Lignes de marches sur une facette de clivage ; elles convergent dans le sens de propagation.
S0, Su
Section initiale de l'éprouvette ; section du col après rupture. En mm².
Ségrégation
Concentration locale d'un élément, par exemple d'une impureté aux joints de grains.
σ, σn
Contrainte normale ; contrainte normale sur une facette donnée. En MPa.
σI, σII, σIII
Contraintes principales, sur les trois facettes sans cisaillement, rangées de la plus grande à la plus petite.
σc, τc
Contrainte critique de clivage ; cisaillement critique de glissement (≈ Re/2).
σm
Contrainte moyenne, ou hydrostatique : (σI + σII + σIII)/3. À ne pas confondre avec la contrainte moyenne d'un cycle de fatigue.
σVM
Contrainte équivalente de von Mises ; la plasticité commence quand elle atteint Re.
Striction
Amincissement localisé de l'éprouvette, en forme de col, à partir du maximum de force.
τ, τmax
« Tau » : contrainte de cisaillement ; sa valeur maximale, (σI − σIII)/2 (Tresca).
Triaxialité
État où les trois contraintes principales sont de traction et du même ordre ; elle gêne la plasticité et favorise la rupture fragile.
W
Énergie absorbée par unité de volume : l'aire sous la courbe de traction, en J/cm³.
Z
Coefficient de striction, en % : (S0 − Su)/S0 ; noté RA dans le polycopié.
ZAT
Zone affectée thermiquement : métal de base modifié par la chaleur du soudage sans avoir fondu ; la ZAT à gros grains borde la ligne de fusion.
∫, ∝, ≈, ≥
Intégrale (somme de petites bandes) ; « proportionnel à » ; « environ égal à » ; « supérieur ou égal à ».
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧳Image à retenirLa valise bouclée avant le départ pour le cours 2

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Au prochain épisode, cours 2 : l'essai Charpy et la transition ductile-fragile. On frappe une éprouvette entaillée avec un mouton-pendule et on mesure l'énergie qu'elle absorbe en cassant (polycopié, p. 11 et 12, figures 15 à 17). En répétant l'essai à différentes températures, on voit l'acier ferritique basculer d'une rupture ductile, très énergique, à une rupture fragile par clivage, presque sans énergie : la course du chapitre 2, mesurée au laboratoire. On y lira la courbe de transition, le pourcentage de surface cristalline, les températures de transition, l'influence de l'entaille, de la vitesse et de l'épaisseur, et ce que signifient les nuances JR, J0, J2 et K2 des aciers de construction et les essais de résilience en ZAT.