Métallurgie · Cours 03 · Série Aciers

Aciers : martensite, traitements thermiques et soudage

Dernier volet de la série. On ouvre la boîte noire de la martensite, on apprend à la rendre utile par le revenu, puis on applique tout le module à la zone affectée thermiquement d’une soudure.

Trempémartensite, dure et fragile
Trempé + revenumartensite revenue, tenace
Normaliséferrite + perlite fine
Globulisécémentite en globules, facile à usiner

Un acier de traitement à 0,4 % C après quatre traitements thermiques différents (microstructures schématiques).

0Avant de commencer

Ce cours couvre les deux derniers objectifs de ton polycopié :

Il reprend sans cesse les deux cours précédents :

Cours 1le diagramme Fe–Fe3C (valeurs du poly : 727 °C, 0,76 %, 0,022 %, 2,14 %), les sites octaédriques du CFC, la perlite Cours 2les courbes TTT et TRC, les vitesses critiques, les formules de Ms, Ac1, Ac3 et les aciers C45, 42CrMo4 et S355

Les valeurs déjà calculées sont réutilisées telles quelles : Ms = 220 °C pour l’acier eutectoïde, 327 °C pour le C45, 324 °C pour le 42CrMo4 et 420 °C pour le S355.

Pas de TD photographié pour ce chapitre non plus. Trois exercices corrigés t’attendent : un sur la martensite (partie 2), un sur le choix des traitements thermiques (partie 3) et un exercice complet de soudage d’un S355 (partie 6).

Comme au cours 2, les courbes de transformation et les duretés de soudage viennent d’un modèle simplifié, calé sur l’allure des données publiées pour un acier C-Mn de type S355. Les formules normalisées (énergie de soudage, t8/5, carbone équivalent, préchauffage) sont, elles, celles de la norme EN 1011-2. En examen et en atelier, utilise toujours le diagramme ou la fiche fournie pour l’acier réel.

1La martensite, une transformation sans diffusion

Niveau 1

Au cours 2, on a vu que si l’on refroidit plus vite que la vitesse critique, la courbe passe à gauche du nez : ni perlite, ni bainite. L’austénite descend alors jusqu’à Ms sans s’être transformée. Là, elle n’a plus le temps de trier son carbone, mais elle est devenue trop instable pour rester CFC. Elle change donc de maille d’un seul bloc, par un léger cisaillement coordonné de tous les atomes :

  • chaque atome ne se déplace que d’une fraction de distance interatomique, et garde ses voisins ;
  • le carbone n’a pas le temps de bouger : il reste piégé dans la nouvelle maille, à 0,4 % ou 0,76 % alors que la ferrite n’en accepte que 0,022 % ;
  • chaque plaquette se forme en une fraction de microseconde, à une vitesse de l’ordre du tiers de celle du son dans le métal.

C’est une transformation displacive (on dit aussi « militaire », par opposition aux transformations diffusives, dites « civiles », où chaque atome va où il veut). Le produit, la martensite, est une ferrite sursaturée en carbone, déformée : sa maille est quadratique centrée (QC), un cube centré étiré le long d’un axe.

La déformation de Bain : du CFC au quadratique centré

Dans deux mailles CFC voisines (atomes pâles), on repère une maille quadratique centrée (atomes rouges, arêtes orange). La déformation de Bain la comprime selon la verticale et l’étire dans le plan horizontal. Sans carbone, on arrive à un cube centré : c’est de la ferrite. Avec du carbone, piégé dans les sites alignés sur l’axe vertical (en noir), la maille reste étirée : c’est la martensite.

Niveau 1

Une transformation qui ne dépend que de la température

La quantité de martensite ne dépend pas du temps passé, seulement de la température atteinte sous Ms. Si l’on arrête la trempe à mi-chemin, la transformation s’arrête ; elle reprend dès qu’on refroidit à nouveau. On dit qu’elle est athermique. C’est pour cela que les lignes Ms, M50 et M90 des diagrammes du cours 2 sont horizontales.

La loi de Koistinen-Marburger décrit cette progression : la fraction d’austénite transformée à la température T vaut fM = 1 − exp[−0,011 (Ms − T)]. On la calcule en partie 2.

Lattes ou plaquettes

Selon le carbone, la martensite prend deux formes :

  • en lattes, sous environ 0,6 % C : de fines lattes parallèles groupées en paquets, riches en dislocations. C’est la martensite des aciers de construction et des soudures ;
  • en plaquettes, au-delà d’environ 1 % C : des lentilles qui se recoupent, avec une ligne médiane, au milieu d’austénite résiduelle. Plus dure mais plus fragile, elle peut même se fissurer toute seule.

Martensite en lattes et en plaquettes

Niveau 2

Ce que Bain n’explique pas

La déformation de Bain donne la bonne correspondance entre les mailles, mais elle déformerait énormément le cristal : environ −20 % selon un axe et +13 % selon les deux autres. En réalité, la martensite croît en plaquettes le long d’un plan d’habitat qui reste non déformé et non tourné. Pour y parvenir, la déformation de Bain se combine à une rotation et à une déformation de cisaillement « invisible » à l’échelle du réseau, réalisée par glissement de dislocations (lattes) ou par maclage (plaquettes). Le résultat macroscopique est une déformation à plan invariant : c’est elle qui crée le relief visible à la surface d’un échantillon poli avant trempe.

Les deux mailles restent liées par des relations d’orientation précises, comme celles de Kurdjumov-Sachs : un plan dense {111} de l’austénite est parallèle à un plan dense {110} de la martensite. Il n’y a pas de diffusion : c’est une signature de la transformation displacive.

La tétragonalité

Dans le CFC, les sites octaédriques sont équivalents selon les trois axes. La correspondance de Bain envoie tous les sites octaédriques du CFC sur une seule des trois familles de sites octaédriques de la maille QC, celle alignée selon l’axe c. Tout le carbone piégé étire donc la maille dans la même direction. Les mesures donnent c/a ≈ 1 + 0,045 × %C : 1,034 à 0,76 % C, 1,020 à 0,45 % C. C’est le lien avec la remarque du cours 1 sur le carbone dans le site octaédrique aplati du CC.

Pourquoi Ms baisse avec le carbone

Le carbone stabilise l’austénite (il est gammagène) et durcit la matrice qui doit se cisailler. Il faut donc une force motrice plus grande, c’est-à-dire un sous-refroidissement plus fort, pour déclencher la transformation. D’où le terme −423 C de la formule d’Andrews du cours 2, qui domine tous les autres.

2Pourquoi la martensite est dure, et fragile

Niveau 1

Trois effets se cumulent pour bloquer les dislocations, donc la déformation plastique :

  1. le carbone piégé déforme localement le réseau autour de chaque atome : c’est le durcissement principal, et il croît avec le % C ;
  2. la densité de dislocations (lattes) ou de macles (plaquettes) créées par le cisaillement est énorme ;
  3. la finesse des lattes, de l’ordre de 0,1 à 0,5 µm, multiplie les obstacles.

Conséquence directe : c’est le carbone qui fait la dureté de la martensite, pas les éléments d’alliage. Ceux-ci servent à l’obtenir plus facilement (cours 2). Revers de la médaille : sans revenu, la martensite est fragile, pleine de contraintes internes, et le passage γ → martensite augmente le volume de quelques pourcents, ce qui peut fissurer une pièce trempée trop brutalement (les tapures de trempe).

Dureté, Ms et austénite résiduelle en fonction du carbone

En haut, la dureté de la martensite (formule empirique de Yurioka) et Ms (formule d’Andrews jusqu’à 0,6 % C, prolongée au-delà par une courbe approchée passant par 220 °C à 0,76 %). En bas, la fraction de martensite pendant la trempe (loi de Koistinen-Marburger), pour un acier au carbone seul.

Niveau 1

Ce qu’il faut retenir du graphique

  • La dureté monte très vite jusqu’à 0,6 % C environ, puis plafonne vers 850–900 HV. On retrouve les valeurs du cours 2 : ≈ 850 HV à 0,76 % C, ≈ 650 HV pour le C45 et le 42CrMo4, ≈ 450 HV à 0,18 % C pour la zone affectée d’un S355.
  • Plus il y a de carbone, plus Ms est bas, et plus il reste d’austénite résiduelle à l’ambiante : environ 3 % à 0,45 % C, 11 % à 0,76 % C, beaucoup plus au-delà. Elle adoucit l’acier, et elle peut se transformer plus tard, en service, avec un gonflement : c’est pourquoi les aciers d’outils ou de roulements subissent un traitement par le froid puis un revenu.
Niveau 1

Exercice 1. La trempe du C45

On trempe à l’eau une petite pièce en C45 (0,45 % C ; 0,70 % Mn), austénitisée à 830 °C.

  1. Pourquoi 830 °C ? (Utilise Ac3 du cours 2.)
  2. La trempe à l’eau est-elle assez rapide pour obtenir de la martensite ? (Utilise le TRC du cours 2.)
  3. À quelle température commence la transformation martensitique ? Quelle fraction d’austénite reste à 20 °C ?
  4. Estime la dureté et le rapport c/a de la martensite obtenue.
  5. Pourquoi ne peut-on pas utiliser la pièce telle quelle ?
Voir la correction
  1. Ac3 ≈ 785 °C (formule d’Andrews, cours 2). On austénitise à Ac3 + 30 à 50 °C pour être sûr d’avoir 100 % d’austénite homogène, sans laisser grossir le grain.
  2. Sur le TRC du cours 2, le C45 n’est entièrement martensitique qu’au-delà d’environ 240 °C/s. Une trempe à l’eau d’une petite pièce y parvient ; au cœur d’une grosse pièce, non.
  3. Ms ≈ 539 − 423 × 0,45 − 30,4 × 0,7 ≈ 327 °C. À 20 °C : fM = 1 − exp[−0,011 × (327 − 20)] = 1 − exp(−3,38) ≈ 0,966. Il reste environ 3 % d’austénite résiduelle.
  4. Dureté (Yurioka) : 884 × 0,45 × (1 − 0,3 × 0,45²) + 294 ≈ 670 HV, environ 59 HRC. Rapport c/a ≈ 1 + 0,045 × 0,45 ≈ 1,020.
  5. La martensite brute est fragile et chargée de contraintes internes : un choc peut la casser, et la pièce peut même se fissurer quelques heures après la trempe. Il faut un revenu, idéalement tout de suite après (partie 3).
Niveau 2

Les contraintes de trempe

Deux phénomènes se superposent. Le premier est la contraction thermique : la surface refroidit et se contracte avant le cœur. Le second est la dilatation de transformation : la surface se transforme en martensite, plus volumineuse, avant le cœur. En fin de trempe, le cœur se transforme à son tour et gonfle alors que la surface, déjà dure, ne peut plus suivre : la surface peut se retrouver en traction. Plus la trempe est sévère et plus les sections varient, plus le risque de tapure est grand. Les trempes étagées (partie 3) répondent exactement à ce problème.

Koistinen-Marburger et les lignes du cours 2

Sur le diagramme TTT du cours 2, les lignes M50 et M90 reprennent l’allure du manuel de Callister (160 et 105 °C pour Ms = 220 °C). La loi de Koistinen-Marburger, établie sur d’autres aciers, les place à 157 et 11 °C : même M50, mais une fin de transformation bien plus basse. L’avancement réel dépend de l’acier, de la taille de grain et de la vitesse de trempe. Retiens l’allure exponentielle et l’ordre de grandeur de l’austénite résiduelle, pas le chiffre exact de M90.

L’austénite résiduelle

Elle est riche en carbone, donc stable à l’ambiante, mais métastable. Sous contrainte ou au froid, elle peut se transformer en martensite fraîche, non revenue, avec un gonflement : instabilité dimensionnelle des calibres et des roulements. Le traitement par le froid, puis un revenu, la supprime en grande partie. Dans certains aciers modernes (TRIP), on la garde au contraire volontairement : sa transformation pendant une déformation augmente la ductilité.

3Les traitements thermiques

Niveau 1

Tout traitement thermique se résume à deux décisions :

  • jusqu’où chauffer, et combien de temps : cela fixe l’état de départ (tout austénitique, en partie, ou pas du tout). C’est le diagramme d’équilibre du cours 1 qui répond ;
  • à quelle vitesse refroidir : cela fixe le produit (perlite, bainite, martensite). Ce sont les TTT et TRC du cours 2 qui répondent.

Le schéma ci-dessous place chaque traitement sur le diagramme Fe–Fe3C du cours 1, en vue zoomée sur les aciers.

La carte des traitements thermiques

Niveau 1
TraitementChauffageRefroidissementBut
TrempeA3 + 30–50 °C (hypo) ; A1 + 30–50 °C (hyper)plus vite que la vitesse critiquemartensite, dureté maximale
Revenusous A1, de 150 à 650 °Cairrendre la martensite tenace
NormalisationA3 ou Acm + 30–50 °Cair calmegrain fin, perlite fine, structure homogène
Recuit completcomme la trempefour, très lentacier le plus doux
Globulisationautour de A1, longtempslentcémentite en globules : usinage, frappe à froid
Détente500–650 °C, sous A1lentrelâcher les contraintes résiduelles (soudures)
Homogénéisation1050–1200 °C, des heureslent, puis normalisationeffacer les ségrégations de solidification

Pourquoi seulement A1 + 50 °C pour tremper un acier hypereutectoïde ? Au-dessus de Acm, tout le carbone passerait en solution : Ms chuterait, il resterait beaucoup d’austénite résiduelle, et le grain grossirait. En restant entre A1 et Acm, on garde quelques globules de cémentite, très durs et utiles contre l’usure, et une austénite à environ 0,8 % C seulement.

Niveau 1

Le revenu : rendre la martensite utilisable

On réchauffe l’acier trempé sous A1. Le carbone piégé retrouve un peu de mobilité et sort de la maille sous forme de carbures fins. La martensite perd sa tétragonalité et ses contraintes, et devient progressivement de la ferrite parsemée de carbures : la martensite revenue. On échange de la dureté contre de la ténacité, et c’est la température de revenu qui règle cet échange.

Dureté après un revenu d’une heure

Allures typiques pour trois aciers trempés. L’acier à outils au Cr-Mo-V (type X40CrMoV5-1) regagne de la dureté vers 500–550 °C : c’est le durcissement secondaire, dû à la précipitation de carbures alliés (cours 2 : éléments carburigènes).

Niveau 1
StadeTempératuresCe qui se passe
1100–200 °Cprécipitation de carbures de transition très fins (carbure ε) ; la tétragonalité diminue, la dureté baisse à peine. C’est le revenu bas des outils (150–200 °C).
2200–300 °Cl’austénite résiduelle se décompose (en ferrite et carbures, comme une bainite).
3250–400 °Cla cémentite remplace les carbures ε ; la martensite devient ferrite + Fe3C en bâtonnets.
4au-delà de 400 °Cla cémentite coalesce en globules, la ferrite se restaure puis recristallise. Avec Mo, V, W, Cr : carbures alliés et durcissement secondaire vers 500–600 °C.

Trempe + revenu à 500–650 °C, c’est le traitement dit d’amélioration (en anglais « quench and temper ») des aciers de construction comme le 42CrMo4 : le meilleur compromis entre résistance et ténacité.

Les trempes étagées

Pour limiter déformations et tapures, on évite que la surface et le cœur se transforment à des moments très différents. On trempe dans un bain de sel chaud, puis on attend que toute la pièce soit à la même température :

  • trempe étagée martensitique (« martempering ») : palier juste au-dessus de Ms, sans atteindre le début de la bainite, puis refroidissement à l’air. Toute la pièce se transforme en martensite en même temps. C’est l’idée de la question e) de l’exercice 1 du cours 2 ;
  • trempe étagée bainitique (« austempering ») : palier dans le domaine de la bainite jusqu’à transformation complète. On obtient une bainite, souvent inférieure, sans revenu nécessaire. C’est le « bain de sel à 400 °C » du cours 2.

Surface et cœur sur le TTT de l’acier eutectoïde (cours 2)

Trait plein orange : surface de la pièce. Tirets : cœur. Revenu éventuel non représenté.

Niveau 1

Exercice 2. Quel traitement choisir ?

  1. Une barre d’acier à 1 % C doit être usinée avant d’être transformée en outil.
  2. Une pièce forgée en C45 présente un gros grain irrégulier.
  3. Un arbre de transmission en 42CrMo4 doit être à la fois résistant et tenace.
  4. Une charpente soudée épaisse en acier faiblement allié doit être débarrassée de ses contraintes résiduelles.
  5. Un poinçon en acier à 0,9 % C doit être le plus dur possible, sans casser au premier choc.
  6. Une pièce en 42CrMo4 de forme complexe se déforme trop à la trempe à l’huile.
Voir la correction
  1. Globulisation : longue tenue vers A1. La cémentite (et son réseau aux joints, cours 1) se met en globules dans une ferrite continue : l’acier devient doux et se coupe bien.
  2. Normalisation : austénitisation vers Ac3 + 30–50 °C (≈ 820–830 °C), puis refroidissement à l’air. Le passage par l’austénite recrée des grains neufs, fins et homogènes.
  3. Trempe à l’huile puis revenu vers 550–650 °C (amélioration). La trempabilité du 42CrMo4 (cours 2) donne de la martensite même au cœur ; le revenu haut la rend tenace.
  4. Recuit de détente vers 550–650 °C, sous Ac1, avec montée et descente lentes : c’est le traitement thermique après soudage (partie 6).
  5. Trempe depuis A1 + 30–50 °C (≈ 760–780 °C), puis revenu bas à 150–200 °C. On garde presque toute la dureté (stade 1 du revenu) tout en détendant la martensite. Un traitement par le froid avant le revenu limite l’austénite résiduelle.
  6. Trempe étagée martensitique : bain de sel juste au-dessus de Ms (≈ 324 °C, cours 2), puis air, puis revenu. La surface et le cœur se transforment ensemble.
Niveau 2

Temps et température de revenu sont équivalents

Le revenu est gouverné par la diffusion : un revenu plus long à plus basse température peut donner le même résultat. Le paramètre de Hollomon-Jaffe le formalise : P = T(K) × (20 + log t), avec t en heures. Même P, même dureté. Exemple : 1 h à 600 °C donne P = 873 × 20 = 17 460 ; pour 10 h, il suffit de T = 17 460/21 = 831 K, soit environ 558 °C. C’est ce paramètre qu’on utilise pour vérifier qu’un traitement après soudage ne dégrade pas trop le métal de base.

Les fragilités de revenu

  • Vers 250–400 °C : la cémentite précipite en films le long des lattes de martensite, et la ténacité chute. On évite simplement ce domaine.
  • Vers 350–575 °C, ou en refroidissant lentement à travers ce domaine : des impuretés (P, Sn, Sb, As) ségrègent aux anciens joints de grains d’austénite. C’est la fragilité de revenu « réversible ». Le molybdène la limite : c’est une des raisons de sa présence dans le 42CrMo4.

Trempabilité et effet de masse

Une pièce épaisse refroidit moins vite à cœur qu’en surface : pour une même trempe, le cœur peut rester bainitique ou ferrito-perlitique. Les fiches des aciers donnent des diamètres limites pour chaque milieu de trempe, à partir de l’essai Jominy (cours 2). C’est l’origine des classes d’aciers : non alliés pour les petites sections trempées à l’eau, faiblement alliés au Cr, Mo ou Ni pour les grosses sections trempées à l’huile.

Et les traitements de surface ?

La même logique s’applique localement : la trempe superficielle (par induction ou à la flamme) n’austénitise qu’une couche ; la cémentation enrichit la surface en carbone avant trempe ; la nitruration durcit par des nitrures, sans trempe, vers 500–570 °C. Ils sortent du cadre de ce cours.

4Le soudage, un traitement thermique local et brutal

Niveau 1

Pendant le soudage, chaque point du métal de base subit un cycle thermique : chauffage très rapide (quelques secondes), passage bref à une température maximale, puis refroidissement imposé par la conduction de la chaleur dans la tôle. La température maximale, la température de pic, diminue à mesure qu’on s’éloigne du cordon.

Reprends la verticale du cours 1 à 0,18 % C (un S355) : chaque bande de la ZAT correspond à une portion de cette verticale. Selon la hauteur atteinte, l’acier est entièrement, partiellement ou pas du tout austénitisé, et la zone se comporte comme après un traitement différent.

ZoneTempérature de pic (S355)Ce qu’elle subit
Zone fondueau-dessus d’environ 1500 °Cmétal fondu mélangé au métal d’apport, structure de solidification
ZAT à gros grainsde 1150 °C à la fusionausténitisation complète et grossissement du grain : trempabilité maximale, zone la plus dure et la moins tenace
ZAT à grains finsde Ac3 à 1150 °Causténitisation sans grossissement : c’est une normalisation, zone souvent excellente
ZAT intercritiquede Ac1 à Ac3austénitisation partielle : la perlite devient une austénite riche en carbone, qui peut former des îlots durs
ZAT subcritiquede 500 °C environ à Ac1pas d’austénite : un revenu ou une globulisation partielle
Métal de basemoins de 500 °Crien de visible

Simulateur de zone affectée thermiquement (S355)

Largeurs calculées par la formule d’Adams (tôle soudée en pleine pénétration, chaleur qui s’écoule dans le plan) ; t8/5 calculé par la norme EN 1011-2 pour un cordon sur tôle. Microstructures et duretés : modèle simplifié d’un acier C-Mn de type S355. Touche une zone pour afficher son cycle.

Niveau 2

La formule d’Adams

Pour une tôle d’épaisseur d soudée en pleine pénétration, la température de pic à la distance Y de la ligne de fusion vérifie :

1/(Tp − T0) = 4,13 ρc d Y / Qnet + 1/(Tf − T0)

avec ρc ≈ 0,0044 J/(mm³·°C) pour l’acier, Qnet l’énergie de soudage en J/mm et Tf la température de fusion. Lis-la comme une règle de proportion : la ZAT s’élargit avec l’énergie, rétrécit quand la tôle s’épaissit, et s’élargit avec le préchauffage.

Pourquoi la zone à gros grains est la plus critique

Au-delà de 1100 à 1200 °C, les précipités qui ancraient les joints de grains (nitrures d’aluminium, carbonitrures de niobium ou de vanadium) se dissolvent, et le grain d’austénite grossit en quelques secondes. Moins de joints, c’est moins de sites de germination pour la ferrite : les courbes TRC se décalent vers la droite (cours 2, grain et trempabilité). La même vitesse de refroidissement donne alors bainite supérieure ou martensite au lieu de ferrite. Les aciers modernes « TMCP » limitent ce grossissement par de fins nitrures de titane, stables jusqu’à très haute température.

La zone intercritique et les îlots M-A

Entre Ac1 et Ac3, seule la perlite et un peu de ferrite voisine deviennent austénite. Cette austénite hérite du carbone de la perlite, elle est donc très trempante : au refroidissement, elle donne de petits îlots de martensite et d’austénite résiduelle, les constituants M-A. En soudage multipasse, une zone à gros grains réchauffée dans l’intercritique par la passe suivante combine gros grain et îlots M-A : ce sont les zones fragiles locales, surveillées dans les aciers offshore.

5Le t8/5 et les diagrammes TRC de soudage

Niveau 1

Pour un acier C-Mn ou faiblement allié, toutes les transformations de l’austénite se produisent entre 800 et 500 °C. Le temps passé dans cet intervalle, le t8/5, résume donc à lui seul l’effet du refroidissement sur la microstructure. Les TRC de soudage sont tracés en fonction de ce t8/5.

1. L’énergie de soudage

Q = k × U × I / v   (en kJ/mm si U en V, I en A, v en mm/s, divisé par 1000)

Le rendement thermique k tient compte de la chaleur perdue : 1,0 en arc submergé, 0,8 en électrode enrobée et en MIG/MAG, 0,6 en TIG et plasma.

2. Tôle épaisse ou tôle mince ?

Dans une tôle épaisse, la chaleur s’échappe dans les trois directions (écoulement 3D). Dans une tôle mince, elle ne s’échappe que dans le plan (2D), donc plus lentement. La norme EN 1011-2 donne les deux formules, avec T0 la température initiale (préchauffage) et d l’épaisseur en mm :

3D : t8/5 = (6700 − 5 T0) · Q · [1/(500 − T0) − 1/(800 − T0)] · F3
2D : t8/5 = (4300 − 4,3 T0) · 105 · (Q²/d²) · [1/(500 − T0)² − 1/(800 − T0)²] · F2

On applique la formule 3D si l’épaisseur dépasse l’épaisseur de transition dt, où les deux formules donnent le même résultat :

dt = √{ [(4300 − 4,3 T0)/(6700 − 5 T0)] · 105 · Q · [1/(500 − T0) + 1/(800 − T0)] }

Les facteurs de forme F tiennent compte de la géométrie du joint : 1 pour un cordon sur tôle, 0,9 pour les passes d’un joint bout à bout, 0,67 en 3D pour une soudure d’angle (0,67 à 0,9 en 2D pour un angle extérieur, 0,45 à 0,67 pour un joint en T). Un angle évacue la chaleur dans plus de directions : il refroidit plus vite.

Calcule le t8/5 et lis le TRC de soudage

Diagramme de soudage sous sa forme « compacte » : pour chaque t8/5, la proportion de chaque constituant (aires empilées) et la dureté (courbe noire, échelle de droite). Modèle simplifié d’un S355, pic à 1350 °C pour la zone à gros grains.

Niveau 2

D’où viennent ces formules

Elles dérivent des solutions de Rosenthal pour une source de chaleur mobile. Loin derrière l’arc, la température d’une tôle épaisse décroît comme 1/t (3D), celle d’une tôle mince comme 1/√t (2D). C’est pourquoi t8/5 est proportionnel à Q en 3D et à (Q/d)² en 2D : en tôle mince, doubler l’énergie quadruple le t8/5, et doubler l’épaisseur le divise par quatre. Le préchauffage agit dans les deux cas en réduisant l’écart entre la tôle et l’intervalle 800–500 °C.

Le vrai diagramme TRC de soudage

Sur un TRC de soudage « complet », l’axe horizontal est le temps compté depuis le passage à 800 °C (ou depuis le pic), et chaque courbe de refroidissement est étiquetée par son t8/5. On y retrouve les domaines F, P, B, M du cours 2, les pourcentages le long des courbes et la dureté au bout. La forme compacte ci-dessus en est la lecture systématique, courbe par courbe.

6Fissuration à froid, carbone équivalent et préchauffage

Niveau 1

La fissuration à froid (ou fissuration par l’hydrogène) apparaît dans la ZAT, parfois des heures après le soudage, quand trois conditions sont réunies :

  1. une microstructure sensible : de la martensite dure dans la zone à gros grains. On limite souvent la dureté vers 350 HV ; la norme de qualification des modes opératoires EN ISO 15614-1 tolère par exemple 380 HV10 pour les aciers courants non traités après soudage ;
  2. de l’hydrogène diffusible, apporté par l’humidité de l’enrobage ou du flux, le gaz, la graisse ou la rouille ;
  3. des contraintes : retrait, bridage, épaisseur.

Elle ne se produit que près de l’ambiante, en dessous de 150 à 200 °C environ. Chaque remède agit sur un des facteurs.

  • Le préchauffage et le maintien d’une température entre passes allongent le t8/5 (moins de martensite) et laissent à l’hydrogène le temps de s’échapper.
  • Les consommables bas hydrogène (électrodes basiques étuvées, fils pleins) réduisent la source.
  • Le post-chauffage (dégazage à 200–300 °C pendant quelques heures) chasse l’hydrogène avant refroidissement.
  • Le traitement thermique après soudage (détente à 550–650 °C) revient la martensite de la ZAT et relâche les contraintes.

Le carbone équivalent

Pour juger la trempabilité d’un acier en un seul nombre, on pondère chaque élément par son effet relatif à celui du carbone. La formule de l’Institut international de la soudure (IIW) :

CEV = C + Mn/6 + (Cr + Mo + V)/5 + (Ni + Cu)/15

Ordres de grandeur : moins de 0,40, soudabilité généralement bonne sans précaution particulière en épaisseur modérée ; de 0,40 à 0,50, préchauffage souvent nécessaire ; au-delà, soudage délicat, avec préchauffage, bas hydrogène et souvent traitement après soudage. La norme EN 1011-2 propose aussi le CET, qui sert à calculer directement un préchauffage :

CET = C + (Mn + Mo)/10 + (Cr + Cu)/20 + Ni/40
Tp = 697·CET + 160·tanh(d/35) + 62·HD0,35 + (53·CET − 32)·Q − 328  (°C)

avec d l’épaisseur en mm, HD la teneur en hydrogène diffusible du métal fondu en ml/100 g et Q l’énergie en kJ/mm. Domaine de validité : CET de 0,2 à 0,5 ; d de 10 à 90 mm ; HD de 1 à 20 ; Q de 0,5 à 4 kJ/mm.

Carbone équivalent et préchauffage (EN 1011-2, méthode B)

Niveau 1

Exercice 3. Souder un S355 de 20 mm

On soude en MAG, bout à bout, deux tôles de S355 (C 0,18 ; Mn 1,40 ; Si 0,30) de 20 mm d’épaisseur. Passes de remplissage : U = 28 V, I = 250 A, v = 300 mm/min. Passe de racine : Q = 0,6 kJ/mm. On prend F3 = 0,9 pour toutes les passes.

  1. Calcule l’énergie de soudage des passes de remplissage.
  2. Le régime est-il 2D ou 3D ? Calcule le t8/5 sans préchauffage.
  3. Avec le diagramme de soudage de la partie 5 (ZAT à gros grains), estime la dureté maximale. Est-elle acceptable ?
  4. Même question pour la passe de racine. Quel préchauffage ramène la dureté vers 350 HV ?
  5. Calcule CEV et CET. Quel préchauffage donne la méthode de la norme EN 1011-2 avec un fil plein (HD ≤ 5), puis avec des électrodes rutiles (HD ≈ 15) ? Commente l’écart avec la question 4.
Voir la correction
  1. v = 300 mm/min = 5 mm/s. Q = 0,8 × 28 × 250 / 5 = 1120 J/mm = 1,12 kJ/mm.
  2. dt = √[(4214/6600) × 105 × 1,12 × (1/480 + 1/780)] ≈ 15,5 mm. Comme 20 mm > 15,5 mm : régime 3D. t8/5 = 6600 × 1,12 × (1/480 − 1/780) × 0,9 ≈ 5,3 s.
  3. À 5,3 s, la zone à gros grains est surtout bainitique avec un peu de martensite : environ 320 HV. C’est sous 350 HV : acceptable.
  4. Racine : dt ≈ 11,4 mm, toujours 3D ; t8/5 = 6600 × 0,6 × 0,000801 × 0,9 ≈ 2,9 s, soit environ 390 HV : trop dur. Avec 100 °C : t8/5 ≈ 3,6 s et ≈ 365 HV. Avec 150 °C : t8/5 ≈ 4,2 s et ≈ 340 HV. Il faut donc un préchauffage d’environ 130 à 150 °C pour passer sous 350 HV. La racine, peu énergétique et très bridée, est toujours la passe la plus exposée.
  5. CEV = 0,18 + 1,40/6 ≈ 0,41 ; CET = 0,18 + 1,40/10 = 0,32. Remplissage, HD = 5 : Tp = 223 + 82,6 + 108,9 − 16,8 − 328 ≈ 70 °C. Racine (Q = 0,6) : ≈ 78 °C. Avec HD = 15, le terme hydrogène passe de 109 à 160 : ≈ 121 °C et 129 °C.
    Commentaire. Les deux approches ne répondent pas à la même question. Le critère de dureté ne voit que la microstructure : il ignore l’hydrogène, et 350 HV est une limite prudente. La méthode de la norme vient d’essais de fissuration : elle tient compte de l’hydrogène et de l’épaisseur, et montre qu’un consommable humide coûte à lui seul 50 °C de préchauffage. En pratique, on prendrait environ 100 °C avec un fil plein, et on soignerait particulièrement la racine.

Duretés lues sur le modèle simplifié de ce cours. Sur une vraie fiche d’acier, les valeurs changent ; le raisonnement reste le même.

Niveau 2

Pourquoi l’hydrogène fissure la martensite

L’hydrogène atomique, minuscule, diffuse vite dans l’acier, même à l’ambiante. Il se concentre là où le réseau est dilaté : pointes de fissures, zones en traction, interfaces. Il y facilite la décohésion et la plasticité locale. Une martensite dure, chargée de contraintes, est le pire terrain. La fissuration est différée : il faut le temps que l’hydrogène rejoigne les zones critiques. C’est pourquoi beaucoup de codes imposent d’attendre, souvent de 16 à 48 h, avant le contrôle final des soudures sensibles.

Le diagramme de Graville

Il classe les aciers selon leur carbone et leur carbone équivalent. Zone I, peu de carbone : facile à souder. Zone II, carbone plus élevé mais trempabilité faible : on agit sur la vitesse de refroidissement (énergie, préchauffage). Zone III, carbone et trempabilité élevés : la martensite est inévitable, il faut bas hydrogène, préchauffage et traitement après soudage. Le S355 (0,18 % C, CEV ≈ 0,41) est en zone II, le 42CrMo4 (CEV ≈ 0,80) en zone III : c’est la réponse de l’exercice 3 du cours 2.

Le traitement thermique après soudage

C’est un revenu (partie 3) appliqué à toute la soudure : la martensite et la bainite de la ZAT sont revenues, les contraintes résiduelles tombent à la limite d’élasticité à chaud du métal, et l’hydrogène s’échappe. Il faut rester sous Ac1, et vérifier par le paramètre de Hollomon-Jaffe que le métal de base ne s’adoucit pas trop.

7Synthèse de la série

Niveau 1

Le fil rouge des trois cours. Chauffé dans le domaine γ, l’acier dissout son carbone. En refroidissant, le fer redevient α et doit s’en débarrasser. Tout dépend du temps qu’on lui laisse :

Temps laissé au carboneRésultatOutil de lecture
infini (refroidissement très lent)ferrite + perlite grossière, proportions du levierdiagramme Fe–Fe3C, cours 1
quelques secondes à quelques minutes, hautperlite fineTTT / TRC, cours 2
quelques secondes, plus basbainite (supérieure puis inférieure)TTT / TRC, cours 2
aucunmartensite, carbone piégéMs, Koistinen-Marburger, cours 3
on lui en rend ensuitemartensite revenuecourbes de revenu, cours 3

La composition règle l’horloge (cours 2) : les éléments d’alliage retardent perlite et bainite, et rendent la martensite plus facile à obtenir. Le carbone règle la dureté de cette martensite (cours 3). En soudage, les deux se retrouvent dans le carbone équivalent, et le t8/5 joue le rôle de la vitesse de refroidissement.

Les questions à se poser devant n’importe quel exercice

  1. Quelle est la composition ? Hypo, eutectoïde ou hyper ? Allié ou non ?
  2. Jusqu’où chauffe-t-on ? Austénitisation complète, partielle ou aucune ? (cours 1)
  3. Comment refroidit-on ? Paliers : TTT. Continu : TRC. Soudage : t8/5. (cours 2 et 3)
  4. Qu’obtient-on, en quelles proportions, avec quelle dureté ?
  5. Faut-il un traitement complémentaire : revenu, détente, préchauffage ? (cours 3)

Les pièges propres à ce cours

  • Croire que le temps de maintien sous Ms fait avancer la martensite : seule la température compte.
  • Attribuer la dureté de la martensite aux éléments d’alliage : c’est le carbone.
  • Oublier le revenu après une trempe : la martensite brute n’est presque jamais utilisable.
  • Oublier le rendement k dans l’énergie de soudage, ou mélanger les unités (mm/min et mm/s, J/mm et kJ/mm).
  • Appliquer la formule 3D à une tôle plus mince que dt.
  • Croire qu’une ZAT est homogène : de la ligne de fusion au métal de base, on traverse en quelques millimètres toutes les zones du diagramme.