Brasage fort et brasage tendre, série 1.16 : de la goutte qui mouille au joint qualifié

Concevoir, braser chaque métal et contrôler : du dessin du joint à son acceptation

Cours4 sur 4, dernier de la série : dessiner le joint, l'adapter au métal, le juger
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 (capillarité, jeu, fusion), cours 2 (oxydes, flux, apports) et cours 3 (procédés, mode opératoire)
À la fin tu saiscalculer un recouvrement, prévenir les fissures dues aux contraintes, choisir l'apport et le procédé pour chaque famille de métaux, classer une imperfection selon l'ISO 18279 et choisir les contrôles qui la révèlent

Un joint brasé réussi commence sur la planche à dessin. Sa forme décide de sa résistance : une brasure travaille presque toujours en cisaillement, et c'est la longueur du recouvrement qui fait sa force. Il doit ensuite survivre au refroidissement, quand deux métaux qui se dilatent différemment tirent chacun de leur côté, et ne pas se fissurer sous l'effet d'une brasure liquide sur un métal contraint. Chaque famille de métaux a ses apports, ses procédés et ses pièges, de l'acier ordinaire jusqu'aux céramiques. Enfin, un joint ne vaut que ce que montrent ses contrôles. Ce dernier cours de la série relie tout cela : concevoir le joint, braser chaque métal, puis contrôler le résultat et reconnaître ses imperfections.

Le code couleur de la série

Orange : la charge F appliquée et les actions (traction, pelage, faisceau d'ultrasons).
Noir : la géométrie dessinée (tôles, tubes, symboles des plans).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers l'atelier.

Avant de commencer

Le cours 3 en trois cases

pDMOB → épreuve → PV → DMOB
L'ISO 17779 qualifie un mode opératoire : descriptif préliminaire (pDMOB), épreuve sur une pièce d'essai, procès-verbal (PV), puis descriptif de mode opératoire de brasage qualifié (DMOB). Pour un joint à recouvrement : examen visuel, deux coupes, puis deux essais de cisaillement ou deux essais de pelage. Ce cours montre comment dimensionner ce recouvrement et comment juger ces essais.
la brasure suit la chaleur
Une chauffe déséquilibrée laisse des manques ; une chauffe trop longue érode les parois et épaissit les intermétalliques. Ces défauts ont un nom et une classe dans l'ISO 18279 (chapitre 5).
h ≈ 0,05 à 0,13 mm
Le jeu h fixe l'épaisseur de la brasure (cours 1). Ici, il décide aussi de la souplesse du joint, donc de la façon dont il encaisse la charge et les dilatations.
📖 Les apports et les flux cités dans ce cours. Les apports de brasage fort sont désignés selon l'ISO 17672 : Ag 155 (55 % d'argent, avec cuivre, zinc et étain, 630 à 660 °C) ; Ag 449 (49 % d'argent, avec cuivre, zinc, manganèse et nickel, 680 à 705 °C) ; CuP 179 et CuP 284 (cuivre-phosphore, le second avec 15 % d'argent) ; Cu 141 (cuivre pur) ; Ni 620, appelé BNi-2 par l'AWS (American Welding Society), un apport au nickel avec chrome, silicium et bore (970 à 1 000 °C). CuZn40 est un laiton à 40 % de zinc (870 à 890 °C), CuSi3 un bronze à 3 % de silicium. Les apports d'aluminium sont des alliages Al-Si (4343, 4045, 4047). Les flux sont classés par l'ISO 18496 : FH10 pour le brasage fort courant (550 à 800 °C), FH12 pour les inox et les carbures, FH21 pour les laitons (750 à 1 100 °C), FL10 et FL20 pour l'aluminium.
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours termine le sujet 1.16 « Brasage » du planning de la formation. Dans le module 1.16 Brazing and soldering du référentiel de l'IIW (International Institute of Welding, l'Institut international de la soudure), il couvre les attendus : « connaître les types de joints brasés et leur représentation symbolique », « expliquer les préparations de joint et les problèmes à surmonter », « choisir, pour une construction complexe, le procédé et le métal d'apport ». Il rejoint aussi les sujets 3.3 « Conception des joints », « Contrôles non destructifs », 2.15 « Aciers inoxydables » et 2.20 « Aluminium ». Normes et repères (ISO : Organisation internationale de normalisation ; EN : normes européennes) :
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWENormes et repères
1 Concevoir le jointchoisir un type de joint, calculer un recouvrement, le représenter sur un planISO 2553 (symboles), ISO 17779 (essai de cisaillement)
2 Contraintes et fissuration par métal liquideprévoir les contraintes thermiques, éviter les fissuresdilatation différentielle, détensionnement
3 Aciers, fontes et cuivreuxchoisir apport, flux et procédé pour les métaux courantsISO 17672 (apports), ISO 18496 (flux)
4 Inox, aluminium, nickel, titane, carbures, céramiquesbraser les matériaux difficilesISO 17672 ; sujets 2.15 et 2.20
5 Les imperfectionsclasser une imperfection, remonter à sa causeISO 18279
6 Contrôlerchoisir les contrôles et les essais, fixer des critèresEN 12799 (non destructifs), EN 12797 (destructifs)
Les modèles des manipulations 1, 2 et 6 (répartition du cisaillement, risque de fissuration, cartographie par ultrasons) sont pédagogiques : ils reproduisent les tendances, pas les valeurs d'un assemblage donné. Les résistances au cisaillement des brasures sont des ordres de grandeur. Pour un cas réel, les fiches des fabricants, les normes et le cours de référence de la formation font foi.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Le coordinateur en soudage répond aussi des assemblages brasés de son entreprise. Il valide les plans (type de joint, recouvrement, jeu, symbole), choisit l'apport et le procédé selon les matériaux, prévient les fissures dues aux contraintes, et décide des contrôles et des critères d'acceptation. Quand un joint fuit ou casse, c'est lui qui doit nommer l'imperfection et remonter à sa cause.

La série en quatre cours

1 Mouiller et remplirLes principes : mouillage, capillarité, jeu, fusion de l'apport, liaison.
2 Vaincre les oxydesPréparation, flux, atmosphères, vide et métaux d'apport.
3 Chauffer et exécuterLes procédés de brasage et le mode opératoire.
4 Concevoir et contrôlerLe joint, les matériaux, les imperfections et les contrôles.

Le plan du cours

  1. 1Concevoir le joint

    Types de joints, symboles, longueur de recouvrement : les extrémités travaillent.

  2. 2Contraintes et fissuration par métal liquide

    Deux métaux qui se dilatent différemment ; une brasure liquide qui s'infiltre dans un métal tendu.

  3. 3Aciers, fontes et cuivreux

    Les métaux courants : quel apport, quel procédé, quels pièges.

  4. 4Inox, aluminium, nickel, titane, carbures, céramiques

    Les matériaux difficiles, et l'étroite fenêtre de l'aluminium.

  5. 5Les imperfections

    Les six groupes de l'ISO 18279, leurs causes et leurs remèdes.

  6. 6Contrôler

    Voir dans le joint sans l'ouvrir, puis l'ouvrir pour prouver : critères d'acceptation.

1

Concevoir le joint

Une brasure travaille en cisaillement : tout se joue sur le recouvrement

🩹Image à retenirLe pansement : quand on tire dessus, ce sont ses bords qui lâchent en premier, pendant que le milieu se repose
👁 Niveau 1 : voir le pansement

Une brasure est un alliage souvent moins résistant que les pièces qu'elle assemble, et elle ne forme qu'une couche très mince, de l'épaisseur du jeu. Pour que le joint soit aussi fort que les pièces, on ne lui demande pas de tenir en traction sur une petite section : on le fait travailler en cisaillement (les deux faces glissent l'une sur l'autre) sur une grande surface. C'est le principe du joint à recouvrement : les deux tôles se chevauchent sur une longueur L, et la brasure remplit l'espace entre elles.

  • Bout à bout : la brasure n'a que la section de la tôle pour travailler. C'est le joint le plus faible ; on l'évite, sauf pour des pièces larges peu chargées.
  • À recouvrement et emboîtement (tube dans un manchon) : les joints de référence du brasage. La surface brasée grandit avec L.
  • En écharpe (bords biseautés) et bout à bout à recouvrement : plus de surface sans surépaisseur, au prix d'un usinage.
  • En T : la brasure forme un congé de chaque côté ; on l'utilise pour des raidisseurs, des ailettes, des piquages.

Quand on tire sur un joint à recouvrement, il se passe la même chose qu'avec un pansement : la charge passe d'une tôle à l'autre surtout par les deux extrémités du recouvrement. Le milieu travaille peu. Heureusement, la brasure est un métal ductile : avant de casser, elle se déforme aux extrémités et passe la main au milieu. À la rupture, tout le recouvrement participe.

La règle d'atelier la plus connue en découle : un recouvrement d'au moins trois fois l'épaisseur de la tôle la plus mince. Le but est que l'assemblage casse dans le métal de base, jamais dans la brasure. C'est d'ailleurs le critère de l'essai de cisaillement de l'ISO 17779 : si la rupture passe par la brasure, le recouvrement est trop court.

Manipulation 1 : dimensionner un joint à recouvrement

Deux tôles de largeur b = 20 mm brasées à recouvrement, avec un jeu h = 0,08 mm. Choisis un couple de matériaux, puis règle l'épaisseur t, le recouvrement L, la résistance de la tôle Rm et celle de la brasure au cisaillement τr. Le curseur de charge, ou le bouton ▶, tire sur le joint : la courbe montre le cisaillement τ(x) le long du recouvrement. Modèle pédagogique : répartition élastique de Volkersen, brasure parfaitement plastique à τr ; résistances au cisaillement en ordres de grandeur.

🎓 Niveau 2 : maîtriser le recouvrement, Volkersen et les symboles

La longueur de recouvrement

Pour une tôle d'épaisseur t et de largeur b, la tôle casse sous la charge Fb = Rm·t·b, et la brasure cède en cisaillement sous Fj = τr·L·b. On veut que la brasure tienne plus que la tôle, avec une marge Y :

L ≥ Lr = Y·Rm·tτr

L : recouvrement (mm) ; Lr : longueur brasée requise (mm) ; Rm : résistance à la traction de la pièce la plus faible (MPa) ; t : épaisseur de la pièce la plus mince (mm) ; τr : résistance de la brasure au cisaillement (MPa) ; Y ≈ 1,25 = 1/C, où C ≈ 0,8 est un « facteur d'intégrité » qui couvre les petits manques de liaison

Exemple d'un fabricant d'apports : tôle de Monel recuit (alliage nickel-cuivre), t = 1,27 mm, Rm = 483 MPa, brasure à l'argent τr ≈ 172 MPa : Lr = 1,25 × 483 × 1,27/172 ≈ 4,5 mm, soit 3,5 t. La règle des 3 t (3,8 mm) serait un peu courte ici, parce que le Monel est résistant. Avec b = 20 mm, la tôle casse sous Fb = 483 × 1,27 × 20 ≈ 12,3 kN.

Pour un tube de diamètre extérieur D emboîté sur la longueur L, la section du tube vaut π·t·(D − t) et la surface brasée π·D·L :

Lr = Y·t·(D − t)·RmD·τr

D : diamètre extérieur du tube (mm) ; π : le nombre pi, qui se simplifie

Tube de cuivre recuit 22 × 1 mm (Rm ≈ 220 MPa), brasure à l'argent (τr ≈ 170 MPa) : Lr = 1,25 × 1 × 21 × 220/(22 × 170) ≈ 1,5 mm. Les raccords à braser du commerce ont des emboîtements bien plus profonds : ils doivent aussi guider et aligner le tube, tolérer un remplissage imparfait, et résister à la flexion, aux vibrations et à la pression.

La répartition de Volkersen

En 1938, Volkersen a calculé la répartition du cisaillement dans un recouvrement : les tôles s'allongent sous la charge, la couche de brasure glisse, et le cisaillement se concentre aux extrémités. Pour deux tôles identiques, avec x mesuré depuis le milieu du recouvrement :

τ(x) = τmoy·ωL2·cosh(ωx)sinh(ωL/2)ω² = 2Gbh·E·t

τmoy = F/(b·L) : cisaillement moyen (MPa) ; ω (« oméga ») : inverse d'une longueur (mm⁻¹) ; Gb : module de cisaillement de la brasure (≈ 30 GPa pour une brasure à l'argent) ; h : épaisseur de brasure, égale au jeu (mm) ; E : module d'Young des tôles (MPa) ; cosh, sinh : cosinus et sinus hyperboliques, cosh u = (eᵘ + e⁻ᵘ)/2 et sinh u = (eᵘ − e⁻ᵘ)/2

Le rapport entre le pic, atteint aux extrémités, et la moyenne vaut τmax/τmoy = (ωL/2)·coth(ωL/2), où coth = cosh/sinh est la cotangente hyperbolique. Pour un cuivre de 1 mm (E ≈ 120 GPa) et h = 0,08 mm : ω = √(2 × 30 000/(0,08 × 120 000 × 1)) = 2,5 mm⁻¹, soit une longueur caractéristique 1/ω = 0,4 mm. Avec L = 2 mm, le pic vaut 2,5 fois la moyenne ; avec L = 10 mm, 12,5 fois. Tant que tout reste élastique, seuls un ou deux millimètres à chaque bout portent vraiment la charge.

Une brasure ductile se plastifie d'abord aux extrémités ; les zones plastiques gagnent vers le milieu, et à la rupture le cisaillement est presque uniforme. C'est ce qui justifie le calcul simple Fj = τr·L·b pour une charge statique. Mais en fatigue, ou avec une brasure fragile (apports au nickel, intermétalliques épais), ce sont les pics élastiques qui commandent : allonger le recouvrement au-delà de quelques 1/ω n'apporte presque rien. On adoucit alors les extrémités : bords amincis ou chanfreinés, congés de brasure. Le recouvrement simple, enfin, fléchit sous la charge parce que les deux tôles ne sont pas alignées : un effort de pelage s'ajoute aux extrémités.

Représenter un joint brasé sur un plan

Les principes de l'ISO 2553 s'appliquent aussi aux joints brasés : une flèche désigne le joint, une ligne de référence porte le symbole et les cotes, et la fourche, au bout de la ligne, reçoit le numéro du procédé selon l'ISO 4063 (912 pour la flamme, par exemple). Trois symboles désignent les assemblages propres au brasage (et au collage) : l'assemblage de surface (deux traits parallèles), l'assemblage oblique (deux traits obliques) et l'assemblage replié (deux crochets agrafés). Ils figuraient dans l'édition de 1992 de l'ISO 2553 ; l'ISO 15785, consacrée aux assemblages collés, agrafés et sertis, les reprend à l'identique.

💡 Tube mince : même formule que la tôle. Quand D est grand devant t, (D − t)/D ≈ 1 : on retrouve Lr ≈ Y·Rm·t/τr. Le calcul plat suffit pour un premier dimensionnement.
⚠️ Piège : le bout à bout brasé. Sa surface brasée vaut t·b. Avec le Monel de l'exemple, il ne porte que 172/483 ≈ 36 % de la charge de la tôle. Il faut un recouvrement, une écharpe, ou un bout à bout à recouvrement.
⚠️ Piège : allonger sans fin le recouvrement. Au-delà de quelques fois l'épaisseur, la charge statique gagne peu, et la tenue en fatigue presque rien : les extrémités continuent de tout porter. Mieux vaut soigner les extrémités et la qualité de remplissage.
🧠 Mnémotechnique : « trois t, et que la tôle casse » : un recouvrement d'au moins trois épaisseurs, et une rupture dans le métal de base à l'essai de cisaillement.
🔥 Dessiner pour le brasage

Un bon plan de joint brasé prévoit : des pièces qui se positionnent seules (épaulement, emboîtement, sertissage) pour tenir le jeu sans montage ; un logement pour l'apport préplacé (anneau, feuillard) ; une alimentation d'un seul côté, pour que la brasure chasse le flux et l'air devant elle ; des évents pour les volumes clos ; et des surfaces accessibles au contrôle visuel du congé.

2

Contraintes et fissuration par métal liquide

Deux métaux qui tirent chacun de leur côté, une brasure qui s'infiltre

🪓Image à retenirLe coin du bûcheron : la contrainte ouvre les joints de grains, la brasure liquide s'y enfonce comme un coin
👁 Niveau 1 : voir le coin du bûcheron

Premier danger : la dilatation différentielle. Brasons une plaquette de carbure de tungstène sur une tige d'acier. À la température de brasage, l'acier s'est allongé bien plus que le carbure, car son coefficient de dilatation est plus de deux fois plus grand (α ≈ 14 contre 6 × 10⁻⁶ K⁻¹). La brasure se solidifie et colle les deux pièces dans cet état. Au refroidissement, l'acier veut se raccourcir davantage que le carbure, mais il en est empêché : le carbure est comprimé, l'acier tendu, la couche de brasure cisaillée, et l'ensemble se cintre comme un bilame. Si la brasure ou le carbure ne suivent pas, ils se fissurent.

Les remèdes : une brasure ductile, une couche plus épaisse, ou mieux un apport « sandwich », un feuillard dont l'âme en cuivre, très ductile, se déforme pour absorber l'écart ; des plaquettes plus petites ; un refroidissement lent.

Second danger : la fissuration par métal liquide. Certains métaux, s'ils sont tendus au moment où la brasure liquide les touche, se fissurent en quelques secondes : le liquide pénètre entre les grains et les décolle, comme un coin dans une bûche déjà fendue. Les fissures, intergranulaires et ramifiées, se retrouvent remplies de brasure. On parle aussi de fragilisation par métal liquide (en anglais liquid metal embrittlement, LME).

Il faut trois conditions à la fois : un métal sensible (inox austénitiques, alliages de nickel, alliages durcis par précipitation, laitons, maillechorts et bronzes écrouis), une contrainte de traction (écrouissage, formage, emmanchement serré, montage qui bride, chauffe trop rapide) et une brasure liquide. Il suffit d'en supprimer une : détensionner ou recuire la pièce avant le brasage, laisser les pièces libres, chauffer lentement et uniformément, ou choisir un apport plus chaud qui détensionne la pièce avant de fondre.

Manipulation 2 : la carte du risque de fissuration

Choisis le métal de base et l'apport, le bridage du montage (la contrainte σbr qu'il impose à la pièce) et la vitesse de chauffe v. Le graphique suit la contrainte de traction σ de la pièce pendant la chauffe : les contraintes d'écrouissage se relâchent en montant en température, d'autant moins que la chauffe est rapide. La zone rouge combine brasure liquide (au-dessus du solidus de l'apport) et contrainte au-dessus du seuil du métal. Le bouton « Détensionner » ajoute un recuit de détente avant le brasage. Modèle pédagogique : relaxation, seuils et contraintes thermiques sont des ordres de grandeur.

🎓 Niveau 2 : maîtriser dilatation et fissuration par métal liquide

L'écart de dilatation

Entre la température où la brasure se fige (son solidus) et l'ambiante, l'écart de déformation libre entre les deux pièces vaut :

ε = Δα·ΔTγ ≈ Δα·ΔT·L/2h

ε : écart de déformation (sans unité) ; Δα : écart des coefficients de dilatation (K⁻¹) ; ΔT : écart entre le solidus de l'apport et l'ambiante (K) ; γ : glissement imposé à la brasure à l'extrémité du joint (sans unité) ; L : longueur brasée (mm) ; h : épaisseur de brasure (mm)

Exemple : plaquette de carbure de 20 mm sur acier, brasée à l'Ag 449 (solidus 680 °C). ε = 8 × 10⁻⁶ × 660 ≈ 5,3 × 10⁻³, soit 0,11 mm d'écart sur 20 mm. Avec une couche de 0,1 mm, le glissement aux extrémités vaudrait γ ≈ 5,3 × 10⁻³ × 10/0,1 ≈ 0,53, bien plus que ce que la brasure ou le carbure supportent sans se fissurer. Une couche déformable de 0,4 mm, comme l'âme de cuivre d'un feuillard sandwich, divise ce glissement par quatre (γ ≈ 0,13), et le cuivre, très ductile, l'encaisse.

Coupleα (× 10⁻⁶ K⁻¹)Δα (× 10⁻⁶ K⁻¹)Conséquence
Carbure sur acier6 / 148carbure comprimé, risque de fissure : apport sandwich
Cuivre sur acier18 / 144jeu qui change à chaud (cours 1) ; contraintes modérées
Aluminium sur acier25 / 1411fortes contraintes, et intermétalliques Fe-Al fragiles
Titane sur acier10 / 144intermétalliques Fe-Ti fragiles : couche intermédiaire

Le mécanisme de la fissuration par métal liquide

Le métal liquide abaisse fortement l'énergie des joints de grains qu'il touche. Sous une contrainte de traction, il s'y propage en quelques secondes : la fissure principale part de la surface mouillée, souvent au bord du congé, et se ramifie entre les grains. Elle se distingue de l'érosion (dissolution du métal de base par la brasure, cours 1), qui ronge la surface sans fissurer, et de la corrosion interfaciale (chapitre 4), qui apparaît en service, des mois plus tard.

Origine de la contrainteRemède
Écrouissage d'un tube étiré, d'une tôle formée, d'un ressortpièces à l'état recuit, ou recuit de détente avant brasage
Emmanchement serré, montage qui bride les piècesjeu juste suffisant, montage qui laisse les pièces se dilater
Gradients thermiques d'une chauffe locale rapidechauffe plus lente et plus uniforme
Apport fondu alors que la pièce est encore tendueapport plus chaud, qui détend la pièce avant de fondre (four sous vide, BNi), ou métal de base moins sensible

En soudage, le même phénomène s'observe avec le zinc liquide des tôles galvanisées d'aciers à haute résistance, ou avec le cuivre fondu au contact d'un acier tendu.

💡 Détendre avant, pas après : un recuit fait après le brasage arrive trop tard, la fissure s'est formée pendant que la brasure était liquide. Le DMOB précise l'état de livraison des pièces (recuit ou écroui) et, si besoin, le recuit de détente.
⚠️ Piège : confondre les trois maladies. Fissures ramifiées remplies de brasure dès la sortie du poste : fissuration par métal liquide. Surface rongée, paroi amincie : érosion. Joint qui se décolle après des mois dans l'eau : corrosion interfaciale.
⚠️ Piège : chauffer plus vite pour limiter l'érosion. Une chauffe très rapide crée des gradients, donc des contraintes, et ne laisse pas aux contraintes d'écrouissage le temps de se relâcher : sur un métal sensible, elle favorise la fissuration.
🧠 Mnémotechnique : « sensible, tendu, liquide : fissuré ». Retire un des trois mots, et la fissure disparaît.
🔥 Les tubes inox étirés

Un échangeur en tubes d'inox écrouis, brasés à l'argent à la flamme et maintenus dans un gabarit rigide, peut se fissurer au premier joint. Commander des tubes recuits, laisser du jeu dans le gabarit et chauffer largement règlent le problème ; en grande série, le four sous vide avec un apport au nickel détend les pièces avant que l'apport fonde.

3

Aciers, fontes et cuivreux

Les métaux courants : leur apport, leur procédé, leurs pièges

🗝️Image à retenirLe trousseau de clés : chaque métal a sa clé, un apport et un procédé ; la mauvaise clé force la serrure
👁 Niveau 1 : voir le trousseau de clés
  • Les aciers non alliés se brasent facilement. À la flamme ou par induction, on prend un apport à l'argent (Ag 155, vers 680 °C) avec un flux FH10, ou un laiton CuZn40 vers 910 °C avec un flux FH21. En grande série, le cuivre pur au four sous azote hydrogéné, vers 1 110 °C, sans flux, avec un jeu presque nul, brase des milliers de pièces par jour. Une clé est interdite : le cuivre-phosphore, car le phosphore forme avec le fer des phosphures fragiles à l'interface.
  • L'acier galvanisé porte du zinc, qui fond à 420 °C et bout à 907 °C. Un brasage à l'argent bref limite les dégâts ; le soudobrasage au fil CuSi3 (cours 3) préserve mieux le revêtement. Les fumées de zinc imposent une aspiration.
  • Les fontes exposent en surface des lamelles de graphite, que la brasure ne mouille pas. Il faut les éliminer (grenaillage, oxydation du graphite à la flamme ou bain de sel électrolytique), puis braser à l'argent, à basse température, ou soudobraser au laiton pour une réparation.
  • Le cuivre a sa clé à lui : le cuivre-phosphore, autodécapant, qui se passe de flux sur le cuivre pur. C'est l'apport de la plomberie et du froid. Le cuivre électrolytique Cu-ETP, qui contient de l'oxygène, ne supporte pas l'hydrogène à chaud (cours 2) ; le cuivre désoxydé au phosphore Cu-DHP, celui des tubes de plomberie, et le cuivre sans oxygène Cu-OF n'ont pas ce défaut.
  • Les laitons contiennent du zinc qui s'évapore si l'on chauffe trop : on prend un apport à bas point de fusion (argent) et un flux FH10. Le cuivre-phosphore y exige un flux, car il n'est autodécapant que sur le cuivre pur. Écroui, un laiton peut se fissurer au contact de la brasure liquide (chapitre 2).

Manipulation 3 : le tableau des couples métal-apport

Chaque case croise un métal de base (ligne) et une famille d'apport (colonne) : ✓ couple recommandé, ! possible avec précautions, ✕ à proscrire. Choisis une case, avec les boutons ou en cliquant sur le tableau : la fiche donne le procédé, le flux ou l'atmosphère, les avantages et les pièges. Le bouton ▶ passe en revue les meilleures clés de chaque métal. Synthèse pédagogique des usages courants.

🎓 Niveau 2 : maîtriser le choix raisonné
Métal de baseApports conseillés (ISO 17672)Procédés usuelsFlux ou atmosphèreÀ éviter
Acier non alliéAg 155 ; Cu 141 (cuivre pur) ; CuZn40flamme, induction ; four continuFH10 ; N₂-H₂ ou gaz endothermique ; FH21cuivre-phosphore
Acier galvaniséAg 155 ; CuSi3 en soudobrasageflamme brève ; arc (972), laserFH10 ; gaz de protectionfour (le zinc s'évapore), CuP
Fonte griseapports à l'argent ; CuZn40 en soudobrasageflamme, inductionFH10 ; FH21CuP, cuivre pur au four (trop chaud)
Cuivre Cu-DHP, Cu-OFCuP 179, CuP 284 ; Ag 155 ; étainflamme, induction, foursans flux (CuP) ; FH10 (argent)cuivre pur (même fusion)
Cuivre Cu-ETPcomme le cuivre, sans hydrogèneflamme neutre, inductionflux, ou atmosphère neutrefour à hydrogène, flamme très réductrice
LaitonAg 155 ; CuP avec flux ; étainflamme, inductionFH10CuZn et cuivre pur (fusion trop proche)

Les phosphures. Le phosphore du CuP désoxyde le cuivre : c'est ce qui le rend autodécapant. Mais au contact du fer ou du nickel, il forme des phosphures (Fe₃P, Ni₃P) qui tapissent l'interface d'une couche dure et fragile : le joint casse au premier choc ou à la première vibration. Le CuP est réservé au cuivre et à ses alliages ; les fabricants le déconseillent aussi sur les cupronickels riches en nickel (au-delà d'environ 10 %).

Le cuivre au four. Très fluide à 1 110 °C, le cuivre pur pénètre des jeux de quelques centièmes de millimètre, voire des emmanchements légèrement serrés ; l'atmosphère réductrice remplace le flux. La température élevée grossit le grain de l'acier et peut le déformer : on le réserve aux pièces conçues pour ce cycle, souvent traitées thermiquement ensuite.

Les cuivreux et le zinc. Les laitons perdent du zinc par évaporation au-delà de quelques minutes au rouge : surface poreuse, fumées blanches. On brase vite, juste au-dessus du liquidus d'un apport à l'argent, et l'on aspire les fumées.

💡 Couple mixte : l'apport se choisit pour le métal le plus exigeant. Un raccord de cuivre sur un corps en acier interdit le CuP à cause de l'acier : on prend un apport à l'argent et un flux FH10.
⚠️ Piège : le CuP partout. Sur acier, fonte ou nickel, il donne un joint d'apparence correcte mais fragile. Sur laiton, sans flux, il ne mouille pas.
⚠️ Piège : la fonte « sale ». Le graphite de surface ne se dissout pas dans le flux. Sans décapage spécifique, la brasure perle et ne lie pas.
🧠 Mnémotechnique : « CuP, cuivre pur, et c'est tout » : le cuivre-phosphore ne s'emploie seul que sur le cuivre ; sur les autres cuivreux il lui faut un flux, sur le fer et le nickel jamais.
🔥 Le compresseur frigorifique

Un compresseur hermétique associe une coque en acier et des tubes de cuivre. Les piquages cuivre sur acier sont brasés à l'argent par induction en usine ; les liaisons cuivre sur cuivre, sur le chantier, au CuP sans flux. Deux clés sur la même machine, chacune pour son couple.

4

Inox, aluminium, nickel, titane, carbures, céramiques

Les matériaux difficiles, et l'étroite fenêtre de l'aluminium

🪟Image à retenirLa fenêtre étroite : passer entre deux murs, le liquidus de l'apport et le solidus de la pièce, à quelques dizaines de degrés l'un de l'autre
👁 Niveau 1 : voir la fenêtre étroite
  • Les inox sont protégés par un film d'oxyde de chrome, tenace : il faut un flux FH12 à l'air, ou un four sous vide ou sous hydrogène très sec (cours 2). Deux pièges s'y ajoutent. Brasé avec un apport argent-cuivre-zinc sans nickel et plongé dans l'eau, un joint d'inox peut se décoller le long de l'interface au bout de quelques mois : c'est la corrosion interfaciale, que l'on évite avec un apport à l'argent contenant du nickel (Ag 449, par exemple) ou un apport au nickel. Et un inox non stabilisé, maintenu entre environ 450 et 850 °C, précipite des carbures de chrome aux joints de grains et devient sensible à la corrosion (sensibilisation) : on choisit des nuances à bas carbone (304L, 316L) ou stabilisées (321).
  • L'aluminium est le cas extrême. Son oxyde, l'alumine, ne se réduit pas : il faut un flux FL ou le vide avec du magnésium. Surtout, ses apports Al-Si fondent à peine plus bas que lui. La température de brasage doit dépasser le liquidus de l'apport sans atteindre le solidus de la pièce : une fenêtre de quelques dizaines de degrés, parfois nulle.
  • Les alliages de nickel et les superalliages se brasent au four sous vide avec des apports au nickel (BNi), qui contiennent du bore et du silicium pour abaisser leur point de fusion. Ces éléments diffusent dans la pièce ; s'il en reste trop au milieu du joint, ils y forment des borures durs et fragiles.
  • Le titane avale l'oxygène, l'azote et l'hydrogène à chaud et devient cassant : vide ou argon très pur, et apports choisis pour éviter les intermétalliques fragiles avec le cuivre ou le fer.
  • Les carbures (outils) se brasent à l'Ag 449, dont le manganèse et le nickel aident le mouillage, avec un flux FH12 ; les grandes plaquettes demandent un feuillard sandwich (chapitre 2).
  • Les céramiques ne se laissent pas mouiller par les brasures ordinaires. Deux solutions : les métalliser d'abord (couche de molybdène-manganèse, puis nickel), ou les braser avec un apport actif argent-cuivre-titane sous vide : le titane réagit avec la céramique et forme une couche que la brasure mouille.

Manipulation 4 : la fenêtre de brasage de l'aluminium

Choisis l'alliage de base, l'apport Al-Si et le mode de brasage (flux FL10 ou FL20, four CAB, c'est-à-dire sous azote avec un flux FL20, ou four sous vide), puis règle la température de brasage Tb. Le schéma place l'intervalle de fusion de l'apport, le solidus de la pièce et la fenêtre qui les sépare ; la jauge compare la teneur en magnésium de la pièce à ce que tolère le procédé. Fraction liquide calculée sur le diagramme Al-Si simplifié du cours 1 (règle des segments à 577 °C, puis interpolation jusqu'au liquidus).

🎓 Niveau 2 : maîtriser fenêtres, interfaces et réactions

L'aluminium : une fenêtre et une teneur en magnésium

Alliage de baseSolidusMagnésiumFenêtre avec 4343 (liquidus 613 °C)avec 4045 (591 °C)avec 4047 (582 °C)
1050A646 °C≈ 033 °C55 °C64 °C
3003643 °C≈ 030 °C52 °C61 °C
6063615 °C0,45 à 0,9 %2 °C24 °C33 °C
6061582 °C0,8 à 1,2 %− 31 °C− 9 °C0 °C

La fenêtre se calcule simplement : ΔTf = Tsol(base) − Tliq(apport). Une charge de four n'est jamais homogène à mieux que quelques degrés près : une fenêtre d'une dizaine de degrés est déjà délicate, une fenêtre nulle ou négative interdit le couple. Le 6061 ne se brase pas avec ces trois apports (cours 1) ; on lui préfère le 6063 ou un alliage de la série 3000.

Un apport hypoeutectique comme le 4343 fond progressivement. Juste au-dessus de l'eutectique (577 °C), la règle des segments donne sa fraction liquide : fL = (7,5 − 1,65)/(12,6 − 1,65) ≈ 0,53, soit un peu plus de la moitié. Le reste fond entre 577 et 613 °C. Plus la teneur en silicium est proche de l'eutectique (12,6 %), plus l'apport fond franchement.

Le magnésium durcit les alliages 6000 mais gêne le flux : il forme en surface de l'oxyde de magnésium, que le flux dissout mal, et le flux le capte. Limites usuelles : 3 % environ pour un flux FL10, 0,8 % pour un flux FL20, et de l'ordre de 0,3 % en four CAB (sous azote, avec FL20). Sous vide, c'est l'inverse : le magnésium, ajouté à l'apport, s'évapore et piège l'oxygène résiduel (rôle de « getter », de l'anglais to get, capter). Les résidus du FL10, à base de chlorures, sont corrosifs et doivent être lavés ; ceux du FL20 restent en place.

Inox, nickel, titane, céramiques

Corrosion interfaciale de l'inox. Dans l'eau, la corrosion d'un joint d'inox brasé avec un apport Ag-Cu-Zn sans nickel progresse le long de l'interface, comme dans une fente, jusqu'au décollement de la brasure. Les apports qui contiennent du nickel (Ag-Cu-Zn-Ni, ou Ag-Cu-Zn-Mn-Ni comme l'Ag 449) résistent beaucoup mieux à ce mode de ruine ; les apports au nickel, brasés sous vide, l'évitent.

Borures des apports au nickel. Le bore, petit atome, diffuse vite dans la pièce, où il précipite des borures de chrome près de l'interface. S'il n'a pas eu le temps de partir, le centre du joint se solidifie en une bande eutectique continue de borures et de siliciures, dure et fragile. Remèdes : jeu faible (vers 0,05 mm, le bas de la plage du cours 1), palier plus long, voire brasage-diffusion (procédé 919), où l'on maintient la pièce assez longtemps pour que le joint se solidifie à température constante, sans phase fragile au centre.

Titane. Braser sous vide ou sous argon très pur, avec des apports à l'argent ou des apports titane-zirconium-cuivre-nickel, de préférence sous la température de transformation du titane, et sans contact avec le fer (intermétalliques Fe-Ti).

Brasage actif. Un apport Ag-Cu contenant quelques pour cent de titane, chauffé sous vide (de l'ordre de 850 à 900 °C), mouille l'alumine, la zircone ou le nitrure de silicium : le titane réduit la surface de la céramique et forme une couche de réaction (oxydes ou nitrures de titane) que la brasure mouille. Comme la céramique se dilate peu, on soigne la forme des pièces et le refroidissement (chapitre 2).

💡 La tôle plaquée : pour l'aluminium, l'apport est souvent laminé d'avance sur la tôle (âme 3003, placage 4343 ou 4045 sur une ou deux faces). Pas d'apport à placer : il fond sur place et forme les congés des ailettes et des tubes.
⚠️ Piège : choisir l'alliage d'aluminium pour sa résistance seule. Le 6061, plus résistant, n'a pas de fenêtre avec les apports Al-Si courants et contient trop de magnésium pour le flux. Le brasage se décide dès le choix de la nuance.
⚠️ Piège : l'argent sans nickel sur l'inox mouillé. Le joint est parfait à la livraison et se décolle après quelques mois de service dans l'eau. Pour l'eau, apport à l'argent avec nickel ou apport au nickel.
🧠 Mnémotechnique : « l'aluminium passe entre deux murs » : le liquidus de l'apport devant, le solidus de la pièce derrière, et le magnésium qui bouche la porte du flux.
🔥 Trois industries, trois matériaux

Les radiateurs et condenseurs automobiles : tôles plaquées 3003/4343, flux FL20, four CAB sous azote, des millions de pièces. Les aubes et secteurs de turbines : superalliages, apports au nickel, four sous vide et brasage-diffusion. Les traversées isolantes des tubes à vide et des capteurs : alumine métallisée ou brasée par apport actif, sous vide.

5

Les imperfections

Six groupes selon l'ISO 18279, et une cause derrière chacune

🔍Image à retenirLa loupe du détective : chaque imperfection laisse un indice qui mène à sa cause
👁 Niveau 1 : voir la loupe du détective

Un joint brasé contient presque toujours des imperfections. Certaines sont nuisibles dans tous les cas, d'autres sont sans conséquence selon le service du joint. L'ISO 18279 les range en six groupes :

  1. Groupe I, les fissures : dans la brasure, à l'interface, dans le métal de base affecté par le brasage, ou plus loin dans le métal de base.
  2. Groupe II, les cavités : pores, soufflures, retassures, vides laissés par un remplissage incomplet.
  3. Groupe III, les inclusions solides : flux piégé, oxydes.
  4. Groupe IV, les défauts de liaison : la brasure est là, mais elle n'a pas mouillé et ne tient pas à une face.
  5. Groupe V, les défauts de forme et de dimension : congé incomplet, excès de brasure, coulures, déformation, désalignement.
  6. Groupe VI, les imperfections diverses : résidus de flux, coloration, projections, fusion localisée.

Le travail du détective tient en quatre temps : nommer l'imperfection et son groupe, la situer (dans la brasure, à l'interface, dans le métal de base), remonter à sa cause (préparation, jeu, chauffe, flux, contraintes), puis corriger le mode opératoire. Un flux piégé au milieu du joint, par exemple, raconte presque toujours une brasure arrivée par les deux bords à la fois.

Manipulation 5 : le diagnostic

Huit pièces sorties de l'atelier, chacune avec son histoire. Observe la coupe ou la radiographie générée, puis choisis le groupe ISO 18279 de l'imperfection et sa cause. Le bouton ▶ promène la loupe sur la pièce et entoure la zone suspecte. Images schématiques ; dans une radiographie, la brasure dense apparaît claire et les vides sombres.

Groupe de l'imperfection

Cause la plus probable

🎓 Niveau 2 : maîtriser la classification et ses causes

L'ISO 18279 (deuxième édition, 2023) distingue quatre zones dans un assemblage brasé : le métal de base, le métal de base affecté par le brasage (sa zone affectée thermiquement, ZAT), la zone de diffusion-transition à l'interface, et le métal d'apport solidifié. Chaque imperfection reçoit une désignation alphanumérique qui commence par le numéro de son groupe : par exemple 1AAAA pour une fissure, avec une dernière lettre qui précise sa position (B dans la brasure, C à l'interface et dans la zone de diffusion, D dans la ZAT, E dans le métal de base non affecté).

GroupeExemplesCauses typiquesRemèdes
I Fissuresdans la brasure, à l'interface, dans le métal de basedilatation différentielle, refroidissement brutal, bridage, fissuration par métal liquide, phosphures ou intermétalliques fragilesapport ductile ou sandwich, détensionnement, montage libre, apport adapté au métal
II Cavitéspores, soufflures, retassures, vides de remplissagegaz du flux ou de l'humidité, zinc vaporisé par surchauffe, jeu trop grand ou irrégulierjeu correct, température juste, flux sec, évents
III Inclusions solidesflux piégé, oxydesbrasure arrivant par deux bords, flux en excès ou épuiséalimentation d'un seul côté, flux dosé et adapté
IV Défauts de liaisonmanque de liaison sur une faceoxyde, graisse, calamine ; face trop froide ; flux épuisépréparation des surfaces, chauffe équilibrée
V Forme et dimensioncongé incomplet, excès, coulures, déformation, désalignementchauffe déséquilibrée, apport mal placé ou mal dosé, montagechauffer tout le joint, doser l'apport, tenir les pièces
VI Diversrésidus de flux, coloration, projections, fusion localiséenettoyage absent, surchauffe localelavage, température maîtrisée

La norme liste aussi l'érosion du métal de base, à la surface comme à l'intérieur du joint (alliage excessif de l'apport et du métal de base, cours 1). Elle définit des symboles communs avec le chapitre 1 : l, longueur du recouvrement brasé ; lr, longueur brasée requise ; lu, recouvrement avant brasage ; tj, épaisseur du joint. Elle ne fixe pas de niveau d'acceptation, car il dépend trop de l'application, mais son annexe B suggère des niveaux de qualité pour les applications générales ; l'édition de 2023 en ajoute un plus exigeant pour les applications critiques.

💡 La coupe ne voit qu'un plan : elle révèle la nature d'une imperfection et sa cause, pas sa surface. Pour savoir quelle part du recouvrement est liée, il faut le pelage ou les ultrasons (chapitre 6).
⚠️ Piège : juger un joint à son congé. Un beau congé continu de chaque côté peut cacher un manque de remplissage ou un flux piégé au milieu du recouvrement.
⚠️ Piège : réparer sans comprendre. Rebraser un joint qui fuit sans corriger la cause (jeu, flux, alimentation des deux côtés) reproduit le même défaut, et chaque passage à chaud érode un peu plus.
🧠 Mnémotechnique : « Fissure, Cavité, Inclusion, Liaison, Forme, Divers », FCILFD : « Fais Ces Inspections, Les Fuites Disparaissent ».
🔥 La fiche de non-conformité

À l'atelier, chaque rebut est décrit par son groupe ISO 18279, sa position, sa cause probable et l'action corrective (modification du DMOB, de la préparation, du montage). Au bout de quelques semaines, le tri des fiches montre où agir en premier.

6

Contrôler

Voir dedans sans ouvrir, puis ouvrir pour prouver

🩻Image à retenirLa radio et l'échographie : la radio voit les vides, l'échographie voit ce qui colle et ce qui ne colle pas
👁 Niveau 1 : voir la radio et l'échographie

Les contrôles non destructifs examinent le joint sans l'abîmer. L'EN 12799 en décrit sept :

  • l'examen visuel, toujours en premier : congés continus des deux côtés, absence de fissure, de coulure et de résidus de flux ;
  • l'essai d'étanchéité (bulles, chute de pression, hélium), indispensable pour tout ce qui contient un fluide ;
  • le ressuage, qui révèle les fissures débouchantes grâce à un liquide coloré ou fluorescent ;
  • la radiographie, qui voit les vides et les inclusions, comme une radio voit une fracture ;
  • les ultrasons, qui voient la liaison : une onde traverse une interface brasée, mais rebondit sur une lame d'air. En balayant le recouvrement, on obtient une carte, le C-scan, comme une échographie ;
  • l'essai d'épreuve, une charge ou une pression supérieure à celle du service ;
  • la thermographie, qui suit la diffusion d'un flash de chaleur : un manque de liaison la freine.

Les essais destructifs, décrits par l'EN 12797, ouvrent ou cassent des éprouvettes : cisaillement, traction, examen métallographique (coupes), dureté, pelage (on arrache une tôle pour voir la surface réellement brasée) et pliage. Ils servent à qualifier un mode opératoire (cours 3) et à surveiller la production sur prélèvements.

Ces deux normes décrivent les méthodes, pas les critères. L'acceptation vient de la norme du produit, du client, des niveaux suggérés par l'ISO 18279 et, pour la qualification, de l'ISO 17779 : à l'essai de cisaillement, par exemple, la rupture doit passer dans le métal de base.

Manipulation 6 : le C-scan d'un recouvrement

Une sonde à ultrasons balaie un recouvrement de longueur L sur une largeur de 20 mm. Choisis le type de défaut et la part non liée : la carte montre les zones liées (bleu) et non liées (violet). La manipulation calcule le pourcentage lié et la longueur liée efficace Leff, et la compare à la longueur requise Lr calculée dans la manipulation 1. Cartes générées, modèle pédagogique.

🎓 Niveau 2 : maîtriser méthodes, limites et critères
MéthodeCe qu'elle voitCe qu'elle ne voit pasEmploi typique
Visuelcongés, fissures et porosités débouchantes, coulures, résidustout l'intérieur du recouvrement100 % des joints
Étanchéitéune fuite, même minuscule (hélium : de l'ordre de 10⁻⁹ mbar·L/s et moins)un joint étanche mais à peine rempliéchangeurs, circuits frigorifiques, réservoirs
Ressuagefissures et pores débouchantsles défauts internescongés, pièces critiques
Radiographievides, inclusions de flux, manques de remplissageun manque de liaison quand la brasure est en place ; les fissures fines mal orientées par rapport au faisceaujoints épais, pièces de grande valeur
Ultrasons (C-scan)zones liées et non liées, sur toute la surfaceles petits défauts sous la taille du faisceau ; les formes complexesplaquettes de carbure, recouvrements plans, pièces aéronautiques
Thermographiemanques de liaison près de la surfaceles défauts profondsgrandes surfaces brasées
Épreuvela tenue à une charge ou une pression de preuvela marge restanteappareils sous pression

Le débit de fuite s'exprime en mbar·L/s : la quantité de gaz, comptée comme une pression fois un volume, qui traverse la paroi chaque seconde.

Du C-scan à la longueur efficace

La sonde, focalisée et immergée dans l'eau, envoie des impulsions de haute fréquence. À chaque point, l'écho de l'interface est faible si la brasure transmet l'onde à l'autre tôle, fort si une lame d'air la renvoie. La carte des échos donne l'aire liée Aliée sur l'aire du recouvrement L·b :

plié = AliéeL·bLeff = plié·L ≥ Lr ?

plié : part liée (sans unité, ou en %) ; Aliée : aire liée (mm²) ; Leff : longueur liée efficace (mm) ; Lr : longueur brasée requise du chapitre 1 (mm)

Exemple : recouvrement de 6 mm sur 20 mm de large (120 mm²), avec 36 mm² non liés : plié = 84/120 = 0,70, Leff = 0,70 × 6 = 4,2 mm. Pour la tôle de Monel du chapitre 1 (Lr ≈ 4,5 mm), le joint est refusé, alors qu'il aurait été accepté avec 30 mm² non liés (Leff = 4,5 mm). La position compte aussi : un manque situé à une extrémité retire au joint la zone qui porte le plus (chapitre 1), et la pire ligne de la carte renseigne mieux qu'une moyenne.

Les essais destructifs

Au cisaillement, on note la charge et le lieu de rupture ; une rupture dans la brasure signale un recouvrement trop court ou un joint mal lié. Au pelage, on enroule une tôle avec une pince ou un rouleau : la surface arrachée montre directement la part liée et les inclusions. Les coupes métallographiques mesurent le remplissage, les congés, l'érosion, l'épaisseur des intermétalliques et les fissures ; la dureté repère une zone fragile ou un métal de base adouci. Pour un joint à recouvrement, l'ISO 17779 demande au minimum l'examen visuel, deux coupes, puis deux cisaillements ou deux pelages (cours 3).

💡 Combiner les regards : le visuel voit la surface, la radiographie le volume, les ultrasons la liaison, l'étanchéité la fonction. Un plan de contrôle sérieux en associe au moins deux, plus des essais destructifs sur prélèvements.
⚠️ Piège : la radiographie « propre ». Un manque de liaison où la brasure est présente mais n'a pas mouillé n'absorbe pas moins les rayons : la radio est parfaite, le joint ne tient pas. Le pelage ou les ultrasons le révèlent.
⚠️ Piège : le pourcentage global. 85 % de surface liée peuvent suffire si les manques sont des pores dispersés au centre, et ne pas suffire s'ils forment une bande à l'extrémité chargée.
🧠 Mnémotechnique : « regarder, écouter, ouvrir » : le visuel et la radio regardent, les ultrasons écoutent l'écho, les essais destructifs ouvrent. L'EN 12799 ne casse rien, l'EN 12797 casse tout.
🔥 Le plan de contrôle d'un échangeur

Pour un échangeur à plaques en inox brasé sous vide : examen visuel et essai d'étanchéité à l'hélium sur 100 % des pièces, essai d'épreuve en pression, et, à chaque charge du four, une éprouvette témoin brasée avec les pièces, coupée et examinée. Les résultats s'archivent avec les courbes du four, pour la traçabilité.

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, du recouvrement au C-scan

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi longueurs en mm, contraintes en MPa, forces en N

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités (1 MPa = 1 N/mm², donc MPa × mm × mm donne des newtons). Les manipulations 1 à 6 permettent de vérifier tes résultats ; le défi se rejoue dans les manipulations 1 et 6.

Exercice 1 : dimensionner un recouvrement N1 · chapitre 1

Deux tôles de Monel recuit, t = 1,27 mm, Rm = 483 MPa, brasées à l'argent (τr ≈ 172 MPa) ; largeur b = 20 mm ; Y = 1,25.

a) Calcule la longueur brasée requise Lr.

b) Compare-la à la règle des 3 t.

c) On brase avec L = 3 mm. Calcule Fb et Fj. Où casse l'éprouvette de cisaillement, et que conclut l'ISO 17779 ?

d) Quelle part de Fb porterait un joint bout à bout brasé ?

Voir la correction

a) Lr = Y·Rm·t/τr = 1,25 × 483 × 1,27/172 ≈ 4,46 mm, soit environ 4,5 mm (3,5 t).

b) 3 t = 3,81 mm : la règle d'atelier serait un peu courte, parce que le Monel est résistant (Rm élevé devant τr). Elle ne remplace pas le calcul.

c) Fb = 483 × 1,27 × 20 ≈ 12 270 N ≈ 12,3 kN ; Fj = 172 × 3 × 20 = 10 320 N ≈ 10,3 kN. Fj < Fb : la brasure cède avant la tôle. Pour l'ISO 17779, une rupture dans la brasure signale un recouvrement trop court : l'essai n'est pas satisfaisant (manipulation 1, préréglage « Monel + argent », L = 3 mm).

d) Surface brasée t·b : F = 172 × 1,27 × 20 ≈ 4 370 N, soit 172/483 ≈ 36 % de Fb. D'où le recouvrement.

Exercice 2 : le tube et la répartition de Volkersen N2 · chapitre 1

Tube de cuivre recuit 22 × 1 mm (Rm ≈ 220 MPa, E ≈ 120 GPa), brasé à l'argent (τr ≈ 170 MPa, Gb ≈ 30 GPa) avec un jeu h = 0,08 mm ; Y = 1,25.

a) Calcule la longueur d'emboîtement requise.

b) En traitant la paroi comme une tôle de 1 mm, calcule ω, puis le rapport τmax/τmoy pour L = 2 mm et L = 10 mm.

c) Pourquoi les raccords du commerce ont-ils des emboîtements bien plus profonds ? Et pourquoi, en fatigue, un emboîtement très long n'aide-t-il plus ?

Voir la correction

a) Lr = Y·t·(D − t)·Rm/(D·τr) = 1,25 × 1 × 21 × 220/(22 × 170) ≈ 1,54 mm.

b) ω = √(2Gb/(h·E·t)) = √(2 × 30 000/(0,08 × 120 000 × 1)) = √6,25 = 2,5 mm⁻¹. Pour L = 2 mm : ωL/2 = 2,5 et τmax/τmoy = 2,5 × coth 2,5 ≈ 2,53. Pour L = 10 mm : ωL/2 = 12,5, coth ≈ 1, rapport ≈ 12,5.

c) L'emboîtement profond guide et aligne le tube, tolère un remplissage imparfait et résiste à la flexion, aux vibrations et à la pression. En fatigue, ce sont les pics élastiques aux extrémités qui commandent : au-delà de quelques 1/ω (ici 0,4 mm), la longueur supplémentaire ne porte presque rien et le pic ne baisse plus.

Exercice 3 : carbure, sandwich et fissuration N2 · chapitre 2

Une plaquette de carbure (α ≈ 6 × 10⁻⁶ K⁻¹) de 20 mm est brasée sur une tige d'acier (α ≈ 14 × 10⁻⁶ K⁻¹) à l'Ag 449 (solidus 680 °C).

a) Calcule l'écart de déformation ε entre le solidus et 20 °C, et l'écart de longueur sur 20 mm.

b) Calcule le glissement γ aux extrémités pour une couche de 0,1 mm, puis de 0,4 mm.

c) Un tube d'inox écroui est brasé à l'Ag 155 à la flamme (environ 10 °C/s), serré dans un gabarit rigide. Quel risque ? Propose trois remèdes.

d) Pourquoi un apport au nickel brasé lentement au four sous vide réduit-il ce risque ?

Voir la correction

a) ε = Δα·ΔT = 8 × 10⁻⁶ × 660 ≈ 5,3 × 10⁻³ ; sur 20 mm : ΔL = 5,28 × 10⁻³ × 20 ≈ 0,11 mm.

b) γ ≈ ε·(L/2)/h = 5,28 × 10⁻³ × 10/0,1 ≈ 0,53 : bien trop pour une couche mince, la brasure ou le carbure se fissurent. Avec 0,4 mm : γ ≈ 0,13, quatre fois moins, encaissé par l'âme de cuivre d'un feuillard sandwich.

c) Fissuration par métal liquide : métal sensible, contraintes d'écrouissage et de bridage, brasure liquide. Remèdes : tube à l'état recuit ou recuit de détente avant brasage ; gabarit qui laisse les pièces libres ; chauffe plus lente et plus large. La manipulation 2 (inox écroui, Ag 155, 10 °C/s) montre la fissure, puis sa disparition après détensionnement ; avec un bridage de 100 MPa, elle revient.

d) L'apport ne fond que vers 970 °C. Pendant la montée lente, les contraintes d'écrouissage ont le temps de se relâcher : quand la brasure devient liquide, la pièce n'est presque plus tendue (manipulation 2 : inox, BNi-2, 0,2 °C/s).

Exercice 4 : le bon couple N1 · chapitre 3

Propose un apport, un procédé et un flux ou une atmosphère, en une phrase de justification.

a) Raccords cuivre-cuivre d'une installation de chauffage, sur chantier.

b) Piquage de cuivre sur une coque d'acier de compresseur, en série.

c) 50 000 pièces d'acier par an, avec plusieurs joints chacune.

d) Réparation d'un carter en fonte grise fissuré.

e) Un robinet en laiton brasé au CuP sans flux : que se passe-t-il ?

f) Des barres de cuivre Cu-ETP dans un four à hydrogène : bonne idée ?

Voir la correction

a) CuP (CuP 179 ou 284), flamme (912), sans flux : autodécapant sur le cuivre, simple et transportable.

b) Ag 155 + flux FH10, induction (916) : l'acier interdit le CuP ; l'induction donne cadence et répétabilité.

c) Cuivre pur (Cu 141) au four continu (921) sous N₂-H₂, vers 1 110 °C, jeu presque nul : tous les joints en un passage, sans flux.

d) Éliminer le graphite de surface, puis soudobrasage au CuZn40 avec flux FH21, flamme légèrement oxydante (ou apport à l'argent à basse température) : la fonte ne fond pas, pas de fonte blanche fragile.

e) Le CuP n'est autodécapant que sur le cuivre pur : sur le laiton, les oxydes de zinc l'empêchent de mouiller. Il faut un flux FH10, ou un apport à l'argent avec FH10.

f) Non : l'hydrogène réduit les inclusions de Cu₂O en vapeur d'eau aux joints de grains, et le cuivre se fissure. Prendre du Cu-OF ou du Cu-DHP, ou une atmosphère sans hydrogène.

Exercice 5 : aluminium, inox, nickel N2 · chapitre 4

Solidus : 3003 643 °C, 6063 615 °C, 6061 582 °C. Liquidus : 4343 613 °C, 4047 582 °C. Diagramme Al-Si simplifié : eutectique à 577 °C et 12,6 % Si, solubilité maximale 1,65 % Si.

a) Calcule la fenêtre de brasage pour 3003 + 4343, 6063 + 4047, 6063 + 4343 et 6061 + 4047. Commente.

b) Quelle fraction du 4343 (7,5 % Si) est liquide juste au-dessus de 577 °C ?

c) Un échangeur en 6063 (0,45 à 0,9 % Mg) peut-il passer au four CAB ? Quelles autres voies ?

d) Quel apport pour un ballon d'eau chaude en inox, et quelle nuance d'inox ?

Voir la correction

a) ΔTf = Tsol(base) − Tliq(apport) : 3003 + 4343 : 30 °C ; 6063 + 4047 : 33 °C ; 6063 + 4343 : 2 °C, intenable ; 6061 + 4047 : 0 °C, impossible. Le 6063 se brase avec un apport proche de l'eutectique (4047, 4045), pas avec le 4343.

b) Règle des segments : fL = (7,5 − 1,65)/(12,6 − 1,65) ≈ 0,53, un peu plus de la moitié.

c) Le CAB tolère de l'ordre de 0,3 % de magnésium : non. Le flux FL20 (≤ 0,8 %) est à la limite ; le FL10 (≤ 3 %) convient mais ses résidus chlorurés doivent être lavés ; le four sous vide convient, le magnésium y aide même (getter).

d) Un apport à l'argent contenant du nickel (Ag 449) ou un apport au nickel sous vide, contre la corrosion interfaciale dans l'eau ; une nuance à bas carbone (304L, 316L) ou stabilisée (321), contre la sensibilisation entre 450 et 850 °C environ.

Exercice 6 : diagnostic et contrôle N1 · chapitres 5 et 6

a) Coupe d'un recouvrement de 8 mm alimenté par les deux bords : poches sombres irrégulières au milieu du joint. Groupe ISO 18279, cause, remède ?

b) Radiographie parfaite, mais le pelage montre 40 % de surface non liée sur une face restée calaminée. Groupe ? Pourquoi la radio n'a-t-elle rien vu ?

c) C-scan d'un recouvrement de 6 mm sur 20 mm : 36 mm² non liés. Calcule plié et Leff, puis conclus pour la tôle de Monel de l'exercice 1.

d) Pour qualifier un joint à recouvrement selon l'ISO 17779, quels examens et essais faut-il au minimum, et quelles normes en décrivent les méthodes ?

Voir la correction

a) Groupe III, inclusions de flux : la brasure, arrivée par les deux bords, a enfermé le flux au milieu. Remède : alimenter d'un seul côté, doser le flux, prévoir une sortie (manipulation 5, pièce 1).

b) Groupe IV, manque de liaison : la brasure est présente mais n'a pas mouillé la calamine. La radiographie mesure l'absorption des rayons : une brasure présente, liée ou non, absorbe pareil. Le pelage ou les ultrasons le révèlent ; remède : décaper.

c) plié = (120 − 36)/120 = 0,70 ; Leff = 0,70 × 6 = 4,2 mm < Lr ≈ 4,46 mm : refusé (manipulation 6, L = 6 mm, 30 % non lié).

d) Examen visuel complet, deux coupes métallographiques, puis deux essais de cisaillement ou deux essais de pelage. Le visuel relève de l'EN 12799 (contrôles non destructifs) ; coupes, cisaillement et pelage de l'EN 12797 (essais destructifs).

🏆 Défi : du calcul au C-scan N2 · chapitres 1 et 6, à rejouer dans les manipulations 1 et 6

Deux tôles d'inox, t = 1,5 mm, Rm = 600 MPa, brasées à l'Ag 449 (τr ≈ 170 MPa) ; b = 20 mm ; Y = 1,25.

a) Calcule Lr, puis choisis le recouvrement L par pas de 0,5 mm.

b) Calcule Fb et Fj. Où casse l'éprouvette de cisaillement ?

c) En production, le C-scan d'un joint montre un manque à une extrémité, sur 18 % de la surface. Calcule Leff. Le joint est-il accepté ? Casserait-il quand même dans la tôle ?

d) Quel recouvrement (par pas de 0,5 mm) aurait toléré 20 % de surface non liée ?

Voir la correction

a) Lr = 1,25 × 600 × 1,5/170 ≈ 6,62 mm (4,4 t) : on retient L = 7 mm. Manipulation 1 : préréglage « Inox + Ag 449 », puis L = 7 mm.

b) Fb = 600 × 1,5 × 20 = 18 000 N = 18,0 kN ; Fj = 170 × 7 × 20 = 23 800 N = 23,8 kN. Fj > Fb : rupture dans la tôle, l'essai est satisfaisant. ▶ dans la manipulation 1 le montre.

c) Leff = 0,82 × 7 = 5,74 mm < 6,62 mm : refusé. Pourtant 170 × 5,74 × 20 ≈ 19,5 kN > 18,0 kN : à l'essai, la tôle casserait encore la première. Mais la marge n'est plus que 19,5/18,0 ≈ 1,08 au lieu de 1,25 : le facteur d'intégrité est consommé, et le manque se trouve à l'extrémité qui porte le plus. Manipulation 6 : « Manque à une extrémité », L = 7 mm, 18 %.

d) Il faut 0,8·L ≥ 6,62 mm, soit L ≥ 8,27 mm : L = 8,5 mm, qui donne Leff = 0,8 × 8,5 = 6,8 mm ≥ 6,62 mm (manipulation 6, L = 8,5 mm, 20 %).

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12 pour boucler la série
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 4

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée du brasage, salle 4, la dernière
🩹

Le pansement

τmax/τmoy = (ωL/2)·coth(ωL/2)

Les extrémités portent la charge ; la brasure ductile se plastifie et partage avant de rompre. En fatigue, les pics commandent.

📏

Les trois t

L ≥ Y·Rm·t/τr

Y ≈ 1,25. Monel 1,27 mm : 4,5 mm. À l'essai de cisaillement, la rupture doit passer dans la tôle (ISO 17779).

✏️

Le plan

═ · // · replié + 912

Assemblages de surface, oblique et replié ; numéro de procédé dans la fourche (ISO 2553). Alimenter d'un seul côté.

🥪

Le sandwich

γ ≈ Δα·ΔT·(L/2)/h

Carbure sur acier : ε ≈ 5,3 × 10⁻³. Une âme de cuivre épaissit la couche et absorbe l'écart.

🪓

Le coin du bûcheron

sensible + tendu + liquide

Fissuration par métal liquide : détendre avant, montage libre, chauffe lente, apport qui fond après la détente.

🗝️

Le trousseau

CuP : cuivre seulement

Acier : argent + FH10, cuivre au four, CuZn. Fonte : ôter le graphite. Laiton : flux. Cu-ETP : pas d'hydrogène.

🪟

La fenêtre

ΔTf = Tsol(base) − Tliq(apport)

3003/4343 : 30 °C ; 6061/4047 : 0. Mg ≈ 0,3 % en CAB. Inox : argent au nickel. BNi : gare aux borures.

🔍

La loupe

I · II · III · IV · V · VI

Fissure, cavité, inclusion, liaison, forme, divers (ISO 18279) : nommer, situer, remonter à la cause, corriger le DMOB.

🩻

L'échographie

Leff = plié·L ≥ Lr

EN 12799 : sept contrôles non destructifs ; EN 12797 : six essais destructifs. La radio ne voit pas un manque de liaison.

🏛 La visite du musée, salle 4 (2 minutes, les yeux fermés) : à l'entrée de la dernière salle, un grand pansement 🩹 se décolle par ses deux bords. Il est fixé sur une règle graduée en trois t 📏, posée sur une planche à dessin où un crayon ✏️ trace deux traits parallèles et le nombre 912. À côté, quelqu'un mord dans un sandwich 🥪 dont la tranche de jambon (le cuivre) s'étire sans casser. Plus loin, un bûcheron enfonce son coin 🪓 dans une bûche, et la sève liquide coule dans la fente. Il range ensuite son trousseau de clés 🗝️, ouvre une fenêtre 🪟 si étroite qu'il doit passer de profil, et découvre un détective penché sur sa loupe 🔍. À la sortie, un médecin fait une échographie 🩻 du joint : tout est lié, la série est bouclée.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
Aliée, plié
Aire liée mesurée sur un recouvrement (mm²) ; part liée, Aliée/(L·b), sans unité ou en %.
Ag 155, Ag 449, CuP, Cu 141, Ni 620
Désignations ISO 17672 d'apports de brasage fort : argent-cuivre-zinc-étain ; argent-cuivre-zinc-manganèse-nickel ; cuivre-phosphore ; cuivre pur ; nickel-chrome-silicium-bore (BNi-2).
Apport actif
Apport Ag-Cu contenant quelques pour cent de titane, qui réagit avec une céramique pour la rendre mouillable ; brasé sous vide.
Assemblage de surface, oblique, replié
Assemblages propres au brasage et au collage, symbolisés par deux traits parallèles, deux traits obliques et deux crochets (ISO 2553 de 1992, ISO 15785).
b
Largeur du joint ou de l'éprouvette (mm).
BNi, borures
Apports de brasage au nickel (désignation de l'AWS, American Welding Society), contenant du bore et du silicium ; composés durs et fragiles que le bore forme avec le chrome ou le nickel.
Brasage-diffusion
Brasage suivi d'un long maintien qui fait diffuser les éléments abaisseurs de fusion et solidifie le joint à température constante (procédé 919).
C, Y
Facteur d'intégrité du joint (≈ 0,8), qui couvre les petits manques de liaison ; coefficient Y = 1/C ≈ 1,25 du calcul de recouvrement.
C-scan
Cartographie par ultrasons d'une surface : chaque point est coloré selon l'écho de l'interface (lié ou non lié).
CAB
Controlled atmosphere brazing : brasage de l'aluminium au four sous azote, avec un flux FL20.
cosh, sinh, coth
Cosinus hyperbolique (eᵘ + e⁻ᵘ)/2, sinus hyperbolique (eᵘ − e⁻ᵘ)/2, cotangente hyperbolique cosh/sinh.
Corrosion interfaciale
Corrosion d'un joint d'inox brasé à l'argent sans nickel, qui progresse le long de l'interface dans l'eau jusqu'au décollement.
CuZn40, CuSi3
Laiton à 40 % de zinc ; bronze à 3 % de silicium, fil de soudobrasage des tôles galvanisées.
Cu-DHP, Cu-ETP, Cu-OF
Cuivre désoxydé au phosphore ; cuivre électrolytique contenant de l'oxygène, fragilisé par l'hydrogène à chaud ; cuivre sans oxygène.
D
Diamètre extérieur d'un tube (mm).
Δα, ε, γ
Écart des coefficients de dilatation (K⁻¹) ; écart de déformation libre Δα·ΔT (sans unité) ; glissement imposé à la couche de brasure (sans unité).
ΔTf
Fenêtre de brasage : solidus du métal de base moins liquidus de l'apport (°C).
E, Gb
Module d'Young des tôles ; module de cisaillement de la brasure (MPa ou GPa).
EN 12797, EN 12799
Essais destructifs des joints brasés (cisaillement, traction, métallographie, dureté, pelage, pliage) ; contrôles non destructifs (visuel, ultrasons, radiographie, ressuage, étanchéité, épreuve, thermographie).
Érosion
Dissolution excessive du métal de base par la brasure liquide, qui amincit la paroi.
F, Fb, Fj
Charge appliquée ; charge de rupture de la tôle Rm·t·b ; capacité de la brasure τr·L·b (N).
Fissuration par métal liquide (LME)
Fissuration intergranulaire rapide d'un métal sensible, tendu, au contact d'un métal liquide ; en anglais liquid metal embrittlement.
FH10, FH12, FH21, FL10, FL20
Classes de flux (ISO 18496) : brasage fort des métaux lourds, des inox et carbures, des laitons ; flux de l'aluminium, à résidus corrosifs (FL10) ou non (FL20).
Getter
Élément qui capte l'oxygène résiduel d'un four (le magnésium dans le brasage sous vide de l'aluminium).
h
Jeu entre les pièces, égal à l'épaisseur de la brasure (mm).
IMC
Composés intermétalliques (intermetallic compounds), phases dures et souvent fragiles formées à l'interface.
ISO 17779, ISO 18279, ISO 2553
Qualification des modes opératoires de brasage fort ; imperfections des joints brasés (six groupes) ; représentation symbolique des joints sur les plans.
L, Lr, Leff
Longueur du recouvrement ; longueur brasée requise par le calcul ; longueur liée efficace plié·L (mm). L'ISO 18279 les note l, lr.
mbar·L/s
Unité de débit de fuite : pression fois volume de gaz qui traverse la paroi par seconde.
Métallisation
Dépôt d'une couche métallique (molybdène-manganèse puis nickel) qui rend une céramique brasable par un apport ordinaire.
ω
Paramètre de Volkersen (mm⁻¹) : ω² = 2Gb/(h·E·t) ; 1/ω est la longueur sur laquelle les extrémités concentrent le cisaillement.
pDMOB, PV, DMOB
Descriptif préliminaire de mode opératoire de brasage ; procès-verbal de qualification ; descriptif de mode opératoire qualifié (ISO 17779).
Pelage
Essai destructif qui arrache une tôle d'un recouvrement pour voir la surface réellement brasée.
Phosphures
Composés fragiles (Fe₃P, Ni₃P) formés par le phosphore du CuP avec le fer ou le nickel.
Rm
Résistance à la traction du métal de base (MPa).
Ressuage
Contrôle des défauts débouchants par un liquide pénétrant coloré ou fluorescent, puis un révélateur.
Sandwich (feuillard)
Feuillard d'apport à âme de cuivre, dont la couche ductile absorbe la dilatation différentielle (carbures).
Sensibilisation
Précipitation de carbures de chrome aux joints de grains d'un inox maintenu vers 450 à 850 °C, qui le rend sensible à la corrosion.
σ, σres, σbr
Contrainte de traction dans la pièce ; part due à l'écrouissage (résiduelle) ; part due au montage (bridage), en MPa.
t
Épaisseur de la tôle la plus mince, ou de la paroi du tube (mm).
τ(x), τmoy, τmax, τr
Cisaillement dans la brasure à l'abscisse x ; sa moyenne F/(b·L) ; son pic aux extrémités ; résistance de la brasure au cisaillement (MPa).
Tôle plaquée
Tôle d'aluminium revêtue d'une couche d'apport Al-Si laminée (âme 3003, placage 4343 ou 4045).
Volkersen
Auteur du calcul (1938) de la répartition élastique du cisaillement dans un joint à recouvrement.
v
Vitesse de chauffe (°C/s).
ZAT
Zone affectée thermiquement : métal de base modifié par la chaleur du brasage sans avoir fondu.
✓

Ai-je bouclé la série ?

Dix points à cocher de tête

🏁Image à retenirLe drapeau à damier : la série est terminée quand tout est coché

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔥 Le bilan de la série : de la goutte qui mouille au joint qualifié
QuestionL'outilCoursLe réflexe du braseur
Pourquoi la brasure entre-t-elle dans le joint ?mouillage, capillarité, jeu, diagrammes de fusion, liaison1soigner le jeu et la propreté, régler la température sur l'apport
Comment vaincre l'oxyde ?préparation, flux FH et FL, atmosphères, vide, apports ISO 176722un flux actif avant la fusion de l'apport, ou une atmosphère assez sèche
Comment chauffer et figer la recette ?procédés ISO 4063, cycles thermiques, DMOB, ISO 17779, ISO 135853mesurer les températures, qualifier le mode opératoire et les braseurs
Le joint tiendra-t-il ?recouvrement, Volkersen, fissuration par métal liquide, couples métal-apport, ISO 18279, EN 12797 et 127994dimensionner, détendre, choisir la bonne clé, contrôler
🏁 Fin de la série « Brasage fort et brasage tendre ». Tu sais maintenant faire mouiller une brasure, vaincre l'oxyde, choisir et régler un procédé, qualifier la recette, puis dessiner, adapter et contrôler le joint. Les sujets voisins du planning prolongent ce travail : la conception des assemblages (3.3), les contrôles non destructifs, les aciers inoxydables (2.15) et l'aluminium (2.20).