Résistance des matériaux, série de 5 cours

Trouver les contraintes qui comptent

Cours4 sur 5 : directions principales et tricercle de Mohr
Durée conseillée≈ 3 h avec les exercices
Prérequisles cours 1 à 3
À la fin tu saistrouver σI, σII, σIII, tracer le tricercle et lire τmax

Une matrice des contraintes contient 6 nombres, mais ils dépendent des axes choisis. Il existe pourtant, en tout point, un repère privilégié où la matrice devient diagonale : les directions principales. Dans ce repère, tout devient lisible : la plus grande traction, la plus grande compression, le plus grand cisaillement. Ce cours t'apprend à trouver ce repère, en 2D avec le cercle de Mohr, puis en 3D avec les valeurs propres et le tricercle.

Même code couleur que les cours précédents. Nouveauté : tout ce qui est principal (directions, contraintes principales, cercles) est repéré en vert, comme dans les manipulations des cours 2 et 3.

Avant de commencer

Le cours 3 en trois cases

εxy = γ/2
Le tenseur des déformations ℇ = ½(grad u + grad ut) range la moitié de l'angle perdu hors de sa diagonale.
εI, II = C ± R
Les formules de εn et εnt décrivent un cercle ; quand la facette tourne de φ, le point tourne de 2φ en sens inverse.
surface libre
Là où l'on colle une jauge, l'état est une contrainte plane : σzz = 0, mais εzz ≠ 0.
📘 Correspondance avec le polycopié « Notions de base de RDM » (Polytech Nantes, IWE1) : ce cours correspond au § 7, parties i à k, pages 12 et 13 (contraintes principales, état de contrainte plane, cercle et tricercle de Mohr). Le polycopié annonce que le cercle des contraintes se trace « par les mêmes formules » que celui des déformations (p. 11) : on reprend donc ses notations, φ pour l'angle de la facette (θ dans le cours 2) et I, II, III pour les valeurs principales, rangées de la plus grande à la plus petite. Rappel : le polycopié écrit σxy les cisaillements que ce cours note τxy.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage (formation IWE)

(IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Toutes les vérifications de résistance du cours 5 (critères de Tresca et de von Mises, et la formule des cordons d'angle du cours 2 qui en dérive) s'expriment avec les contraintes principales. Et le tricercle de Mohr te montrera, sur un dessin, pourquoi le cœur d'une soudure épaisse tirée dans les trois directions risque de casser sans prévenir.

Le plan du cours

  1. 1Les directions principales

    Les facettes sans cisaillement, et ce que devient la matrice dans leur repère.

  2. 2Le cercle de Mohr en état plan

    La construction pas à pas, les contraintes principales, le cisaillement maximal.

  3. 3Le cas 3D : valeurs propres et invariants

    L'équation qui donne les trois contraintes principales, et les nombres qui ne dépendent pas des axes.

  4. 4Le tricercle de Mohr

    Toutes les facettes d'un point sur un seul dessin, et le vrai cisaillement maximal.

  5. 5La méthode d'examen

    Les six étapes, dans l'ordre, sur le cas le plus fréquent.

1

Les directions principales

Les facettes sur lesquelles le cisaillement disparaît

🚩Image à retenirLe drapeau qui s'aligne sur le vent : sur une facette principale, T⃗ pointe dans l'axe de n⃗
👁 Niveau 1 : voir le carré qui tourne

Découpe par la pensée un petit carré de matière, bien aligné sur les axes x et y. Ses faces portent des contraintes normales (σxx, σyy) et un cisaillement (τxy). Maintenant, fais tourner le carré d'un angle φ, sans rien changer au chargement : les contraintes sur ses nouvelles faces changent, puisqu'elles dépendent de l'orientation des facettes (cours 2).

Il existe toujours une orientation où le cisaillement disparaît sur les quatre faces : le carré n'est plus que tiré ou comprimé. Ses côtés sont alors alignés sur les directions principales, et les contraintes normales qu'il porte sont les contraintes principales. L'une est la plus grande contrainte normale possible en ce point, l'autre la plus petite.

C'est le drapeau dans le vent : sur une facette principale, le vecteur contrainte T⃗ s'aligne exactement sur la normale n⃗, sans composante qui fasse glisser. Tu l'avais déjà aperçu avec les lignes vertes du « hérisson de facettes » du cours 2.

Manipulation 1 : le carré qui tourne

À gauche, le carré aligné sur x et y, avec l'état de contrainte choisi. À droite, le même carré tourné de φ : les flèches montrent les contraintes sur ses nouvelles faces. Cherche l'angle où les flèches violettes (cisaillement) disparaissent.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la définition et le repère principal

Une facette de normale n⃗ est principale si le vecteur contrainte est colinéaire à n⃗ (même direction, au sens près) :

[σ]·n = σ·n

le nombre σ est la contrainte principale associée à la direction n⃗

📖 Valeur propre et vecteur propre : en mathématiques, une équation de la forme « matrice × vecteur = nombre × vecteur » définit un vecteur propre (ici n⃗, la direction principale) et sa valeur propre (ici σ, la contrainte principale). Chercher les directions principales, c'est « diagonaliser » la matrice.

Comme [σ] est symétrique (le petit carré qui ne tourne pas, cours 1), un théorème de mathématiques (le théorème spectral) garantit qu'il existe toujours trois directions principales, perpendiculaires entre elles, et trois contraintes principales réelles. Dans cette base principale (eI, eII, eIII), la matrice est diagonale (polycopié, p. 12) :

[σ] = σI000σII000σIII   avec   σI ≥ σII ≥ σIII

convention de rangement : I la plus grande (traction la plus forte), III la plus petite (compression la plus forte, ou traction la plus faible)

⚠️ Le rangement se fait sur les valeurs algébriques, signes compris : −80 MPa est plus petit que 10 MPa. Une compression forte est donc σIII, pas σI.
2

Le cercle de Mohr en état plan

La construction pas à pas, et ce qu'on y lit

🪞Image à retenirLe miroir : la facette tourne dans un sens, son reflet (le point) dans l'autre, deux fois plus vite
👁 Niveau 1 : voir deux points suffisent

En état plan (σxx, σyy, τxy), chaque orientation de facette donne un point (σn ; τ), et tous ces points forment un cercle : tu l'as vu aux cours 2 et 3. La bonne nouvelle, c'est qu'on n'a pas besoin de calculer tous les points : deux suffisent, ceux des faces x et y du petit carré.

La recette de construction (avec la convention du polycopié) :
1. Place X = (σxx ; τxy), le point de la face x.
2. Place Y = (σyy ; −τxy), le point de la face y : il est symétrique de X par rapport au centre.
3. Le segment XY est un diamètre : son milieu, sur l'axe horizontal, est le centre C.
4. Trace le cercle de centre C passant par X.
5. Les deux points où le cercle coupe l'axe horizontal sont les contraintes principales (τ = 0).
6. Les points le plus haut et le plus bas donnent le cisaillement maximal dans le plan.

🪞 Le miroir : quand la facette tourne de φ sur la pièce, son point tourne de 2φ sur le cercle, dans l'autre sens. Deux directions à 90° sur la pièce (les faces x et y) sont donc diamétralement opposées sur le cercle (180°).

Manipulation 2 : construire le cercle pas à pas

Règle l'état de contrainte, puis avance étape par étape. À gauche, le petit carré : à l'étape 6, les directions principales apparaissent en vert. À droite, le plan de Mohr (σn ; τ), avec la convention du polycopié.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les formules et les pièges

Avec la convention du polycopié (t⃗ = n⃗ tourné de +90°), les formules des cours 2 et 3 s'écrivent :

σn = σxx + σyy2 + σxx − σyy2 cos 2φ + τxy sin 2φ
τ = −σxx − σyy2 sin 2φ + τxy cos 2φ

ce sont les formules de εn et εnt de la page 11 du polycopié, avec σ à la place de ε

C = σxx + σyy2    R = ½√((σxx − σyy)² + 4τxy²)    σ1, 2 = C ± R    tan 2φp = 2τxyσxx − σyy

φp : angle d'une direction principale ; les deux contraintes principales du plan sont notées σ1 ≥ σ2 tant qu'on ne les a pas rangées avec la troisième (chapitre 4)

Piège 1 : tan 2φp a deux solutions, à 90° l'une de l'autre sur la pièce. Pour savoir laquelle correspond à σ1 : remplace dans la formule de σn, ou utilise φ1 = ½·atan2(2τxy, σxx − σyy) (atan2 : l'arc tangente à deux arguments des logiciels, qui tient compte des signes ; Excel inverse l'ordre de ses deux arguments). Règle rapide : si σxx > σyy, la solution entre −45° et +45° est σ1.

Piège 2 : sur les facettes du cisaillement maximal, σn n'est pas nul. Le point le plus haut du cercle a pour abscisse C : ces facettes, à 45° des directions principales, portent τ = R et σn = C.

Piège 3 : en contrainte plane, il y a une troisième contrainte principale, σzz = 0 (direction z, perpendiculaire au plan). Elle n'apparaît pas sur le cercle du plan, mais elle compte pour le cisaillement maximal réel : c'est tout le chapitre 4. Rappel du polycopié (p. 12) : tout point d'une surface libre est en contrainte plane.

3

Le cas 3D : valeurs propres et invariants

L'équation qui donne les trois contraintes principales

🏷️Image à retenirL'étiquette du colis : on tourne le colis dans tous les sens, l'étiquette ne change pas
👁 Niveau 1 : voir trois nombres qui ne bougent pas

En 3D, plus de cercle pour tout trouver d'un coup : on cherche les trois contraintes principales comme les solutions d'une équation du troisième degré, l'équation caractéristique. Ses coefficients sont trois nombres très particuliers, les invariants :

σ³ − I1·σ² + I2·σ − I3 = 0

une équation dont les trois solutions (les « racines ») sont σI, σII, σIII

Pourquoi « invariants » ? Parce que si tu tournes les axes, les 6 cases de la matrice changent toutes, mais I1, I2 et I3 restent les mêmes. C'est l'étiquette du colis : quelle que soit la façon dont tu tournes la boîte, ce qui est écrit dessus ne change pas. Normal : ils décrivent l'état de contrainte lui-même, pas le repère.

Le cas le plus fréquent en examen : une direction principale est déjà connue. Si τxz = τyz = 0, la direction z est principale et σzz est une contrainte principale. Il reste un bloc 2 × 2 en (x, y) : on le traite avec le cercle de Mohr du chapitre 2. Pas d'équation du troisième degré à résoudre.

Manipulation 3 : la machine à valeurs propres

Tape une matrice des contraintes (en MPa) ou choisis un exemple : les cases grises se remplissent par symétrie. La machine calcule les invariants, trace le polynôme caractéristique (ses trois passages par zéro sont les contraintes principales) et donne les directions principales. Tu peux t'en servir pour vérifier tes exercices.

[σ] en MPa
🎓 Niveau 2 : maîtriser d'où vient l'équation, et comment la résoudre à la main

D'où vient l'équation. [σ]n⃗ = σn⃗ s'écrit ([σ] − σ𝕀)n⃗ = 0⃗ (𝕀 : la matrice identité). Pour qu'une direction n⃗ non nulle existe, la matrice ([σ] − σ𝕀) doit être « aplatie », ce qui se traduit par un déterminant nul :

det([σ] − σ·𝕀) = 0
📖 Déterminant (det) : un nombre calculé à partir d'une matrice carrée, qui mesure de combien elle « gonfle » les volumes. S'il est nul, la matrice écrase l'espace sur un plan ou une droite, et l'équation M·n⃗ = 0⃗ a des solutions non nulles. Pour une matrice 3 × 3, on le calcule avec la règle de Sarrus : somme des trois produits « descendants » moins somme des trois produits « montants ».

En développant, on obtient l'équation caractéristique, avec :

I1 = σxx + σyy + σzz = σI + σII + σIII  (la trace)
I2 = σxxσyy + σyyσzz + σzzσxx − τxy² − τyz² − τxz² = σIσII + σIIσIII + σIIIσI
I3 = det[σ] = σxxσyyσzz + 2τxyτyzτxz − σxxτyz² − σyyτxz² − σzzτxy² = σIσIIσIII

Résoudre à la main. En examen, les matrices sont choisies pour que ce soit faisable : 1. cherche d'abord une direction principale évidente (une ligne et une colonne nulles hors diagonale) ; 2. sinon, cherche une racine évidente en essayant des valeurs simples (les termes diagonaux, 0, des multiples de 10…) ; 3. une fois une racine σ₀ trouvée, factorise par (σ − σ₀) et résous l'équation du second degré qui reste.

Les directions principales. Pour chaque σ trouvée, résous ([σ] − σ𝕀)n⃗ = 0⃗ : deux équations indépendantes suffisent, puis normalise n⃗. Astuce : n⃗ est perpendiculaire à deux lignes de ([σ] − σ𝕀), donc proportionnel à leur produit vectoriel.

💡 Vérifications gratuites : la somme des trois contraintes principales doit redonner la trace I1 ; leur produit doit redonner I3. Deux lignes de calcul qui attrapent la plupart des erreurs.
4

Le tricercle de Mohr

Toutes les facettes d'un point sur un seul dessin

🫧Image à retenirTrois bulles de savon : la grande contient les deux petites, collées l'une à l'autre
👁 Niveau 1 : voir trois cercles, une zone

Une fois σI ≥ σII ≥ σIII connues, on trace trois cercles sur l'axe horizontal, chacun ayant pour diamètre l'écart entre deux contraintes principales : [σIII ; σII], [σII ; σI] et le grand [σIII ; σI]. C'est le tricercle de Mohr de la page 13 du polycopié : trois bulles de savon, la grande contenant les deux petites.

Le résultat remarquable : le point (σn ; τ) de n'importe quelle facette, dans n'importe quelle direction de l'espace, tombe dans la zone située à l'intérieur du grand cercle et à l'extérieur des deux petits. La manipulation le montre en tirant des centaines de facettes au hasard.

Et donc, le cisaillement maximal en ce point est le rayon du grand cercle :

τmax = σI − σIII2

atteint sur les facettes inclinées à 45° entre les directions principales I et III

Manipulation 4 : le tricercle et ses facettes

Règle les trois contraintes principales (dans n'importe quel ordre : elles sont rangées automatiquement). Le tricercle se dessine ; la zone colorée contient tous les points possibles. Tire des facettes au hasard pour vérifier.

🎓 Niveau 2 : maîtriser lire le tricercle, et deux pièges

Pour une facette quelconque, de normale n⃗ = (n1 ; n2 ; n3) dans la base principale : σn = σIn1² + σIIn2² + σIIIn3² et τ² = σI²n1² + σII²n2² + σIII²n3² − σn² (c'est la méthode M-P-P du cours 2, dans la base principale). Les facettes qui contiennent une direction principale (ni = 0 pour un i) sont sur les cercles eux-mêmes ; toutes les autres sont dans la zone.

Le cisaillement maximal vaut (σI − σIII)/2, sur les facettes de normale n⃗ = (1/√2 ; 0 ; ±1/√2) dans la base principale, qui portent aussi σn = (σI + σIII)/2.

⚠️ Piège n° 1 : oublier la troisième contrainte principale en contrainte plane. Paroi de réservoir : σθθ = 100 MPa, σzz = 50 MPa, et σrr ≈ 0 (surface libre). Le cercle du plan (θ, z) donne un cisaillement de 25 MPa. Mais les trois contraintes principales sont 100, 50 et 0 : le vrai τmax vaut (100 − 0)/2 = 50 MPa, sur des facettes inclinées à 45° dans l'épaisseur de la paroi. Deux fois plus !
⚠️ Piège n° 2 : les lettres de la figure. Sur la figure de la page 13 du polycopié, A, B et C désignent les points σI, σII et σIII sur l'axe. Ne les confonds pas avec le centre, que ce cours note aussi C.
🔥 La triaxialité, enfin sur un dessin

Au cœur d'une soudure épaisse bridée, les contraintes résiduelles peuvent tirer dans les trois directions, par exemple 180, 150 et 120 MPa. Les trois cercles sont alors tout petits : τmax = (180 − 120)/2 = 30 MPa seulement, contre 90 MPa si l'on avait 180 MPa en traction simple. Or la plasticité des métaux est pilotée par le cisaillement (cours 1) : avec si peu de cisaillement, le métal ne peut presque pas se déformer plastiquement, même sous une forte traction. Il perd sa capacité à « prévenir » en se déformant, et le risque de rupture fragile augmente. C'est l'une des raisons des traitements de détensionnement et des exigences de ténacité sur les assemblages épais.

5

La méthode d'examen

Six étapes, dans l'ordre, sur le cas le plus fréquent

📋Image à retenirLa check-list du pilote : on ne décolle pas sans avoir coché chaque ligne
👁 Niveau 1 : voir la check-list

La plupart des sujets donnent une matrice où une direction est déjà principale (souvent z). Voici la check-list du pilote, à suivre sans sauter de ligne :

1. Repérer la direction principale évidente (ligne et colonne nulles hors diagonale) : sa valeur diagonale est une contrainte principale.
2. Cercle du bloc 2 × 2 restant : C, R, puis σ1 et σ2 = C ± R.
3. Ranger les trois valeurs : σI ≥ σII ≥ σIII, sans oublier la troisième.
4. Orienter : angle φp dans le plan, et la direction évidente.
5. Tracer le tricercle.
6. Conclure : τmax = (σI − σIII)/2, et la facette où il agit.

Manipulation 5 : la méthode d'examen pas à pas

Une matrice avec la direction z principale : règle σxx, σyy, τxy et σzz, puis avance étape par étape. Le tricercle se construit au fur et à mesure.

🎓 Niveau 2 : maîtriser rédiger et vérifier

Rédaction type pour [σ] = 6040040000020 MPa :
« τxz = τyz = 0 : z est direction principale, de contrainte 20 MPa. Bloc (x, y) : C = 30 MPa, R = √(30² + 40²) = 50 MPa, d'où 80 et −20 MPa. Rangement : σI = 80, σII = 20, σIII = −20 MPa. Direction I : tan 2φ = 80/60, φI = 26,6° par rapport à x. τmax = (80 − (−20))/2 = 50 MPa, sur les facettes à 45° entre I et III. »

Vérification par les invariants : I1 = 60 + 0 + 20 = 80 = 80 + 20 − 20 ✅ ; I3 = 20 × (60 × 0 − 40²) = −32 000 = 80 × 20 × (−20) ✅.

💡 Où va τmax ? Ici, le grand cercle a pour diamètre [σIII ; σI] = [−20 ; 80] : c'est le cercle du plan (x, y). Mais si σzz était la plus grande (ou la plus petite) des trois, le grand cercle passerait par σzz, et τmax agirait sur des facettes inclinées hors du plan (x, y). Essaie le dernier exemple de la manipulation.
✎

Exercices corrigés

Du cercle du plan jusqu'au tricercle

🏋️Image à retenirLa salle de muscu : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi de tête, puis la fiche, puis le cours

Essaie chaque question de tête 2 à 3 minutes, puis regarde la fiche mémoire, puis le chapitre. Les manipulations 2, 3 et 5 permettent de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : contrainte plane complète N1 · chapitres 2 et 4

En un point de la surface libre d'une tôle : σxx = 80 MPa, σyy = −40 MPa, τxy = 30 MPa.

a) Calcule C, R, et les deux contraintes principales du plan.
b) Calcule l'angle de la direction principale 1.
c) Range les trois contraintes principales et calcule τmax.

Voir la correction

a) C = (80 − 40)/2 = 20 MPa ; R = √(60² + 30²) = 67,1 MPa. Donc σ1 = 20 + 67,1 = 87,1 MPa et σ2 = 20 − 67,1 = −47,1 MPa.

b) tan 2φ = 2 × 30/(80 + 40) = 0,5, donc 2φ = 26,6° et φ1 = 13,3° (c'est bien σ1, car σxx > σyy et l'angle est entre −45° et +45°).

c) Surface libre, donc contrainte plane : la troisième vaut σzz = 0. Rangement : σI = 87,1 ; σII = 0 ; σIII = −47,1 MPa. τmax = (87,1 + 47,1)/2 = 67,1 MPa : ici égal à R, car les deux valeurs du plan sont de signes opposés.

Exercice 2 : le piège du réservoir N1 · chapitre 4

Paroi de réservoir, côté extérieur : σθθ = 100 MPa, σzz = 50 MPa, σrr = 0, aucun cisaillement dans ce repère.

a) Quelles sont les contraintes principales ?
b) Que donne le cercle du plan (θ, z) pour le cisaillement ?
c) Quel est le vrai τmax, et sur quelles facettes ?

Voir la correction

a) La matrice est déjà diagonale : σI = 100 (θ), σII = 50 (z), σIII = 0 (r) MPa.

b) Cercle de diamètre [50 ; 100] : rayon 25 MPa.

c) τmax = (100 − 0)/2 = 50 MPa, deux fois plus, sur les facettes inclinées à 45° entre les directions θ et r, c'est-à-dire dans l'épaisseur de la paroi. Oublier σIII = 0 sous-estimerait le cisaillement de moitié.

Exercice 3 : invariants et racine double N2 · chapitre 3

[σ] = 402020204020202040 MPa.

a) Calcule I1, I2 et I3.
b) Vérifie que 20 est racine de l'équation caractéristique, puis trouve les deux autres.
c) Donne la direction principale I.

Voir la correction

a) I1 = 120. I2 = 3 × (40 × 40 − 20²) = 3 × 1 200 = 3 600. I3 = 40³ + 2 × 20³ − 3 × 40 × 20² = 64 000 + 16 000 − 48 000 = 32 000. Donc l'équation : σ³ − 120σ² + 3 600σ − 32 000 = 0.

b) Pour σ = 20 : 8 000 − 48 000 + 72 000 − 32 000 = 0 ✅. En factorisant : (σ − 20)(σ² − 100σ + 1 600) = 0, dont les racines sont 20 et 80. Donc σI = 80 MPa et σII = σIII = 20 MPa (racine double). Vérification : 80 + 20 + 20 = 120 = I1 ✅ et 80 × 20 × 20 = 32 000 = I3 ✅.

c) Pour σ = 80 : [σ] − 80𝕀 a trois lignes du type (−40 ; 20 ; 20), vérifiées par n = (1 ; 1 ; 1)/√3. Avec une racine double, toute direction perpendiculaire à n⃗I est principale : l'état est à symétrie de révolution autour de n⃗I, et deux des trois cercles se réduisent à un point.

Exercice 4 : le cas d'examen type N2 · chapitres 3, 4 et 5

[σ] = 6040040000020 MPa.

a) Trouve les trois contraintes principales et range-les.
b) Donne les directions principales.
c) Calcule τmax et vérifie avec les invariants.

Voir la correction

a) z est principale (20 MPa). Bloc (x, y) : C = 30, R = √(30² + 40²) = 50, d'où 80 et −20. σI = 80, σII = 20, σIII = −20 MPa.

b) tan 2φ = 2 × 40/60 = 1,333, 2φ = 53,1°, φI = 26,6° : n⃗I = (cos 26,6° ; sin 26,6° ; 0) = (0,894 ; 0,447 ; 0). n⃗II = z⃗. n⃗III = (−0,447 ; 0,894 ; 0), perpendiculaire aux deux autres.

c) τmax = (80 + 20)/2 = 50 MPa. Invariants : I1 = 80 = 80 + 20 − 20 ✅ ; I2 = 0 + 0 + 1 200 − 1 600 = −400 = 1 600 − 400 − 1 600 ✅ ; I3 = −32 000 = 80 × 20 × (−20) ✅.

Exercice 5 : reconnaître un tricercle N1 · chapitre 4

Pour chaque état, donne les contraintes principales rangées et τmax : a) traction simple de 100 MPa ; b) pression hydrostatique de 50 MPa ; c) cisaillement pur τ = 60 MPa dans le plan (x, y).

Voir la correction

a) 100, 0, 0 : deux cercles confondus de diamètre [0 ; 100] et un point. τmax = 50 MPa, à 45° de l'axe (le résultat du cours 1).

b) −50, −50, −50 : les trois cercles se réduisent à un point. τmax = 0 : aucune facette n'est cisaillée.

c) Cercle du plan : C = 0, R = 60, donc 60 et −60, et 0 selon z. Rangement 60, 0, −60 : τmax = 60 MPa, sur les facettes x et y elles-mêmes.

Exercice 6 : la soudure qui ne peut pas plastifier N2 · chapitre 4

Au cœur d'une soudure épaisse en acier S355 (Rₑ = 355 MPa), les contraintes principales résiduelles valent 180, 150 et 120 MPa.

a) Calcule τmax et compare avec une traction simple de 180 MPa.
b) On admet (critère de Tresca, cours 5) que la plasticité démarre quand τmax atteint Rₑ/2. Si toutes les contraintes augmentent dans les mêmes proportions, quelle valeur de σI faudrait-il atteindre ?

Voir la correction

a) τmax = (180 − 120)/2 = 30 MPa, contre 180/2 = 90 MPa en traction simple : trois fois moins.

b) Les proportions sont σI, (5/6)σI, (2/3)σI, donc τmax = (σI − (2/3)σI)/2 = σI/6. Il faudrait σI/6 = 177,5 MPa, soit σI ≈ 1 065 MPa, bien au-delà de la résistance à la rupture d'un S355 (quelques centaines de MPa). Le métal risque donc de casser avant de pouvoir se déformer plastiquement : c'est le danger de la triaxialité.

Défi : la facette octaédrique dans le tricercle N2 · chapitre 4

Avec σI = 180, σII = 150, σIII = 120 MPa, place la facette de normale n⃗ = (1 ; 1 ; 1)/√3 (base principale) sur le tricercle, et vérifie qu'elle est bien dans la zone.

Voir la correction

ni² = 1/3 pour chaque i : σn = (180 + 150 + 120)/3 = 150 MPa et τ = ⅓√(30² + 30² + 60²) = 24,5 MPa (la formule du défi du cours 2). Grand cercle : centre 150, rayon 30 ; distance du point au centre = 24,5 ≤ 30 ✅ (dedans). Petits cercles : centres 165 et 135, rayon 15 ; distance = √(15² + 24,5²) = 28,7 ≥ 15 ✅ (dehors). Le point est bien dans la zone.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10/12 avant le cours 5
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 4

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée, quatrième étage
🚩

Facette principale

[σ]n = σn

Le drapeau dans le vent : T⃗ ∥ n⃗, τ = 0. Trois directions perpendiculaires, matrice diagonale.

🥇

Rangement

σI ≥ σII ≥ σIII

Valeurs algébriques, signes compris. Une forte compression, c'est σIII.

🪞

Construire le cercle

X(σxx ; τxy)   Y(σyy ; −τxy)

XY est un diamètre. Le miroir : facette +φ, point −2φ.

⭕

Contraintes du plan

σ1, 2 = C ± R

C = (σxx + σyy)/2 ; R = ½√((σxx − σyy)² + 4τxy²).

🧭

Direction

tan 2φp = 2τxy/(σxx − σyy)

Deux solutions à 90° : φ1 = ½·atan2(2τxy, σxx − σyy). Au sommet du cercle : τ = R et σn = C.

🏷️

Invariants

σ³ − I1σ² + I2σ − I3 = 0

I1 = trace = somme ; I3 = det = produit. L'étiquette qui ne bouge pas.

🧱

Le bloc

τxz = τyz = 0 ⇒ σzz principale

Le cas d'examen : une valeur donnée, un cercle pour les deux autres.

🫧

Tricercle

τmax = (σI − σIII)/2

Trois bulles : toutes les facettes sont dans la grande, hors des petites. À 45° entre I et III.

🔩

Deux pièges

contrainte plane : σIII ou σI = 0

Réservoir : τmax = 50, pas 25. Triaxial : petits cercles, peu de cisaillement, rupture fragile.

🏛 Le musée, quatrième étage (2 minutes, les yeux fermés) : un drapeau 🚩 flotte dans le vent au-dessus d'un podium 🥇 à trois marches ; en face, un miroir 🪞 reflète un grand cercle ⭕ peint au sol ; une boussole 🧭 posée au centre indique la direction ; sur le côté, un colis 🏷️ dont l'étiquette ne bouge pas quand on le tourne, posé sur une brique 🧱 ; au plafond flottent trois bulles 🫧 emboîtées, au-dessus d'un boulon 🔩 brisé net.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles nouveaux de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic

Les termes des cours précédents sont dans leurs propres glossaires.

atan2
Arc tangente à deux arguments des logiciels de calcul, qui tient compte des signes (Excel inverse l'ordre de ses arguments).
Base principale
Le repère formé par les trois directions principales ; la matrice des contraintes y est diagonale.
Bloc (matrice par blocs)
Matrice dont une ligne et une colonne sont nulles hors diagonale : la direction correspondante est principale, le reste forme un bloc 2 × 2.
C, R
Centre (sur l'axe horizontal) et rayon d'un cercle de Mohr.
Contrainte octaédrique
Contraintes sur la facette également inclinée sur les trois directions principales : σn = moyenne, τ = ⅓√(Σ(σi − σj)²).
Contraintes principales
σI ≥ σII ≥ σIII : les contraintes normales sur les facettes principales ; ce sont les valeurs propres de [σ].
det (déterminant)
Nombre associé à une matrice carrée ; nul quand la matrice écrase l'espace. I3 = det[σ].
Diagonaliser
Trouver la base dans laquelle une matrice devient diagonale : ici, chercher les directions principales.
Direction principale
Direction n⃗ telle que [σ]n⃗ soit colinéaire à n⃗ : la facette correspondante ne subit aucun cisaillement.
Équation caractéristique
det([σ] − σ𝕀) = 0, soit σ³ − I1σ² + I2σ − I3 = 0 ; ses racines sont les contraintes principales.
φ, φp
« Phi » : angle de rotation de la facette (notation du polycopié) ; φp : angle d'une direction principale.
𝕀
Matrice identité : des 1 sur la diagonale, des 0 ailleurs.
Invariants I1, I2, I3
Trois nombres calculés à partir de [σ] qui ne dépendent pas du repère choisi.
Racine
Solution d'une équation polynomiale. Racine double : solution qui compte deux fois (deux contraintes principales égales).
Règle de Sarrus
Méthode de calcul du déterminant d'une matrice 3 × 3 : produits descendants moins produits montants.
Théorème spectral
Résultat mathématique : une matrice symétrique réelle a trois valeurs propres réelles et trois vecteurs propres perpendiculaires.
Trace
Somme des termes diagonaux ; pour [σ], c'est I1, égale à σI + σII + σIII.
Triaxialité
État où les trois contraintes principales sont du même signe et proches : les cercles sont petits, le cisaillement faible, la plasticité difficile.
Tricercle de Mohr
Les trois cercles construits sur [σIII ; σII], [σII ; σI] et [σIII ; σI] ; tous les points de facettes sont dans la zone entre eux.
τmax
Cisaillement maximal en un point : (σI − σIII)/2, rayon du grand cercle.
Valeur propre, vecteur propre
Pour une matrice M : un vecteur v⃗ non nul et un nombre λ tels que M·v⃗ = λ·v⃗.

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🔭 Au prochain épisode, cours 5 : loi de Hooke en 3D et critères de résistance. On relie enfin les deux matrices, [σ] et ℇ, par la loi de Hooke et la loi de Lamé de la page 13 du polycopié. Puis on répond à la question finale de toute la série : « la pièce tient-elle ? », avec les critères de Tresca (qui utilise directement le τmax de ce cours) et de von Mises (qui explique le facteur 3 de la formule des cordons de soudure).