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Soudage à l'arc sous flux (arc submergé), série 1.10 : de la poudre au joint épais

Préparer, varier, contrôler : du chanfrein au chantier

Cours4 sur 4, le dernier de la série : du joint préparé au cordon contrôlé
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 (procédé, installation), cours 2 (flux, fils, dilution) et cours 3 (paramètres, forme du cordon) ; notions de défauts de soudage et de mode opératoire
À la fin tu saischoisir un support envers et une préparation de bords selon l'épaisseur ; comparer fil seul, twin, tandem, multi-fil, fil froid et poudre ; régler un rechargement au feuillard ; remonter d'un défaut à sa cause ; lire un descriptif de mode opératoire et vérifier un poste avant d'amorcer, en sécurité

Les trois premiers cours ont réglé la machine et le cordon. Il reste à souder de vraies pièces : des tôles qu'on ne peut pas toujours retourner, des épaisseurs de quelques millimètres à plusieurs dizaines de centimètres, des cadences qui demandent deux, trois fils ou plus, des surfaces entières à recouvrir d'inox. Ce dernier cours prépare le joint, choisit la variante du procédé, diagnostique les défauts types, puis passe au cadre de la production : le mode opératoire, l'opérateur, le chantier et la sécurité.

Le code couleur de la série

Orange : les actions et les forces (déplacement de la tête, pression du lit de flux, ronde de vérification).
Noir : la géométrie dessinée (tôles, chanfreins, supports, fils, tubes contact).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers l'atelier et le chantier.

Avant de commencer

Les cours 1 à 3 en trois cases

MR ≈ 0,0104·I + 9,5·10⁻⁷·L·I²/d²
Le taux de fusion MR (kg/h) croît avec l'intensité I (A), le fil sorti L (mm) et la finesse du fil de diamètre d (mm) ; un seul fil dépose de 5 à 12 kg/h.
X = (1 − D)·Xfil + D·Xtôle
La dilution D, part de tôle fondue dans le cordon, fixe la teneur X de chaque élément. Elle est forte en soudage sous flux : la composition du cordon dépend beaucoup de la tôle.
p ∝ I1,35 · W/d ≈ 3/2
La pénétration p est proportionnelle (∝) à I1,35 : l'intensité creuse, la tension élargit, la vitesse règle la taille du cordon. Un cordon dont le rapport largeur/profondeur W/d tombe sous 1 risque de se fendre en son centre.
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours termine le sujet 1.10 « Arc submergé » du planning de la formation :
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWE
1 Les supports envers et les méthodesméthodes de soutien envers pour souder d'un seul côté ; angles intérieurs, corniche
2 Les préparations de bordsdomaine d'application, préparations, accostage, chanfrein étroit pour les fortes épaisseurs
3 Fil seul, twin, tandem, multi-filapplications mono et multi-fil et leurs problèmes, fil froid, poudre métallique, mécanisation
4 Le rechargement au feuillardvariantes 122 (sous flux) et 72 (sous laitier), dilution, productivité
5 Les défauts typesanalyser un cordon pour remonter aux problèmes du procédé
6 Mode opératoire, opérateurs, chantier, sécuritéchoisir procédé, paramètres et produits ; qualification ; hygiène et sécurité
Dans le référentiel de l'IIW (International Institute of Welding) pour la formation IWE (International Welding Engineer), ce cours couvre les méthodes de soutien envers, les préparations et l'accostage, les applications mono et multi-fil, l'analyse des cordons et le chanfrein étroit. Il prépare les sujets voisins 3.3 « Conception des joints » (chapitre 2), 1.14 « Rechargement » et 2.15 « Aciers inoxydables » (chapitre 4), 4.2 « QMOS et QS » (chapitre 6), 4.5 « Hygiène & sécurité » (chapitre 6) et 4.9 « Aspect économique » (chapitres 2 et 3), qui les traitent à part.
📖 Les normes, sources et sigles de ce cours.
  • ISO 4063 : numéros des procédés (12 sous flux ; 121 fil plein ; 122 feuillard ; 124 avec addition de poudre métallique ; 125 fil fourré ; 72 soudage sous laitier, dit électroslag) ; ISO 9692-2 (édition 2024) : préparations de joints pour le soudage sous flux d'un fil sur acier, en positions PA et PB ; ISO 6947 : positions de soudage (PA à plat, PB en angle à plat, PC en corniche).
  • ISO 6520-1 : classification et numéros des défauts (par exemple 2011 soufflure, 402 manque de pénétration) ; ISO 5817 : niveaux de qualité B, C et D.
  • ISO 15609-1 : descriptif de mode opératoire de soudage à l'arc, le DMOS (en anglais WPS) ; ISO 15614-1 : qualification d'un mode opératoire par un essai, la QMOS, consignée dans un procès-verbal, le PV-QMOS ; ISO 14732 : qualification des opérateurs et des régleurs en soudage mécanisé et automatique.
  • FDS : fiche de données de sécurité d'un produit (flux, fil), en seize rubriques ; EPI : équipements de protection individuelle ; CND : contrôles non destructifs.
Les données de procédé viennent de normes, de TWI (The Welding Institute) et de documents de fabricants. Les modèles des manipulations sont pédagogiques : ils reprennent le modèle de cordon du cours 3 et donnent des ordres de grandeur réalistes, pas des valeurs de mode opératoire.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

Le soudage sous flux sert là où l'on soude beaucoup et épais : coques et ponts, réservoirs, appareils à pression, tubes, éoliennes. C'est là qu'un mauvais chanfrein coûte des tonnes de métal, qu'un support mal plaqué fait tomber le bain, qu'un défaut se répète sur des dizaines de mètres, et qu'un écart au mode opératoire remet en cause la qualification. Le coordinateur en soudage choisit la préparation, la variante, et vérifie le chantier avant l'amorçage.

La série en quatre cours

1 Le procédé et son installationPrincipe, atouts et limites, générateur, régulation de l'arc, tête, déplacements, installations.
2 Flux, fils et métal déposéRôle et types de flux, basicité, grain, étuvage, recyclage, fils, désignations, dilution.
3 Les paramètres et le cordonIntensité, tension, vitesse, énergie, diamètre, fil sorti, polarité, forme du cordon.
4 Préparer, varier, contrôlerSupports envers, chanfreins, twin, tandem, feuillard, défauts, mode opératoire, sécurité.

Le plan du cours

  1. 1Les supports envers et les méthodes

    Souder d'un seul côté sans faire tomber le bain, ou souder des deux côtés.

  2. 2Les préparations de bords

    Des bords droits au chanfrein étroit de 350 mm : le métal à déposer décide.

  3. 3Fil seul, twin, tandem, multi-fil

    Plus de fils, plus de kilogrammes, sans plus de chaleur par millimètre.

  4. 4Le rechargement au feuillard

    Une bande de 60 mm étale une couche d'inox, sous flux ou sous laitier.

  5. 5Les défauts types

    Porosités, empreintes, fissures, caniveaux, manques, laitier, effondrement.

  6. 6Mode opératoire, opérateurs, chantier, sécurité

    Le DMOS, la qualification, la ronde avant d'amorcer, les risques du poste.

1

Les supports envers et les méthodes

Souder d'un seul côté sans faire tomber le bain, ou souder des deux côtés

🤸Image à retenirLe trapéziste et son filet : sans filet sous le joint, le bain tombe
👁 Niveau 1 : voir le trapéziste et son filet

Le bain de fusion sous flux est gros, très chaud et très fluide : plusieurs centimètres cubes de métal liquide. Tant qu'il reste assez de tôle solide en dessous, il est porté. Mais pour souder un joint bout à bout sur toute son épaisseur d'un seul côté, l'arc doit traverser la tôle : il n'y a plus rien sous le bain, qui tombe. C'est le trapéziste sans filet.

Deux familles de solutions :

  • tendre un filet sous le joint : un support envers (latte de cuivre, support céramique, lit de flux) qui porte le bain et moule la face envers du cordon ;
  • souder des deux côtés : une passe de chaque côté, chacune pénétrant un peu plus que la moitié de l'épaisseur, pour que les deux zones fondues se chevauchent au cœur du joint.

Dans les deux cas, la fenêtre de réglage est étroite : trop peu d'intensité, et la racine reste non soudée ; trop, et le bain perce ou s'effondre.

Manipulation 1 : le trapéziste et son filet

Joint bout à bout à bords droits jointifs, fil de 4 mm, 550 mm/min, tension repère U = 20 + 0,02·I. Choisis la méthode, l'épaisseur e et l'intensité I. À gauche, la coupe (zone fondue en bleu-vert, métal déposé en bleu) ; à droite, la pénétration selon l'intensité et, en vert, la fenêtre où la méthode réussit. Repères du cours : sans support, garder p ≤ e − 2 mm ; sur support, p entre e et e + 4 mm ; en reprise, chaque passe p ≤ e − 2 mm et un chevauchement c = 2p − e d'au moins 2 mm. Modèle pédagogique.

🎓 Niveau 2 : maîtriser supports, reprise, angles, corniche
MéthodePrincipeAtoutsLimites
Latte de cuivrebarre de cuivre plaquée sous le joint, avec une gorge qui moule l'envers ; parfois refroidie à l'eauréutilisable ; le cuivre, très conducteur, évacue la chaleur sans se souderplaquage serré obligatoire ; si l'arc touche le cuivre, il en fond une partie dans le bain : inclusion de cuivre (3042) et fissures
Support céramiquepetits blocs de céramique collés sur un ruban d'aluminium adhésif, ou réglettes posées dans un rail tenu par des aimantsépouse les tôles, pose rapide, envers lisse ; idéal sur chantier quand on ne peut pas retourner la pièceusage unique ; à garder au sec (une céramique humide donne des porosités)
Lit de fluxcouche de flux pressée sous le joint par un tuyau gonflé à l'air, parfois sur une latte de cuivres'adapte aux petites irrégularités ; utilisé sur les lignes de panneaux des chantiers navalsla pression doit être constante ; un bain trop lourd enfonce le lit
Reprise enversune passe de chaque côté ; sur un chanfrein, gougeage de la racine avant la seconde passepas de support ; pénétration contrôlée de chaque côtéil faut retourner la pièce ou souder par en dessous ; chevauchement à garantir

La reprise envers sur bords droits obéit à deux conditions : la première passe ne doit pas percer, et les deux pénétrations doivent se recouvrir. Avec les repères du cours :

p ≤ e − 2 et c = 2·p − e ≥ 2 mm

p : pénétration d'une passe ; e : épaisseur ; c : chevauchement des deux zones fondues (mm). Soit (e + 2)/2 ≤ p ≤ e − 2

Exemple : tôle de 16 mm. Il faut 9 ≤ p ≤ 14 mm, soit environ 700 à 980 A dans le modèle (fil de 4 mm, 550 mm/min) ; avec la plage du fil de 4 mm, 700 à 900 A. À 800 A, p ≈ 10,8 mm et c ≈ 5,5 mm. Sur latte de cuivre, une tôle de 12 mm demande au contraire p ≥ 12 mm : environ 875 A, au bord de la plage du fil. On ralentit, ou l'on passe au fil de 5 mm ou à deux fils. Les lignes de panneaux des chantiers navals soudent ainsi d'un seul côté, sur lit de flux et cuivre, des tôles jusqu'à environ 25 mm en une passe, avec un, deux ou trois fils.

Les soudures d'angle (angle intérieur d'un T ou d'un angle) se soudent sous flux de deux façons. En angle à plat (PB), la pièce reste à plat : le bain coule vers la tôle horizontale, et l'on ne dépose guère plus qu'une soudure d'environ 8 mm de côté en une passe. En gouttière (PA), on incline la pièce à 45° : le joint forme une gouttière qui retient le flux et le bain ; le cordon est symétrique, plus gros en une passe, et pénètre mieux. Le vireur et le positionneur servent à ça.

La corniche multipasse (PC) : un joint horizontal sur une paroi verticale, typiquement entre deux viroles d'un réservoir de stockage. Une machine automotrice roule sur le bord de la virole ; une courroie retient le flux contre la paroi ; les cordons s'empilent l'un sur l'autre. C'est l'une des rares positions hors du plat où le soudage sous flux s'emploie.

💡 Lis l'envers : sur support, l'envers est la signature du réglage. Plat et régulier : la fenêtre est tenue. Absent : intensité trop faible ou fil décalé. Bombé, irrégulier ou brillant de cuivre : bain trop lourd.
⚠️ Piège : croire que le support rattrape tout. Un support ne fait que porter le bain : si l'arc n'atteint pas la racine, il reste un manque de pénétration au-dessus du support. Et un support mal plaqué laisse un jour où le bain s'écoule.
🧠 Mnémotechnique : les « 4 C » du filet : Cuivre, Céramique, Coussin de flux, ou Contre-passe.
🔥 Ne pas retourner un panneau de 30 tonnes

Sur un chantier naval, les tôles du bordé et des ponts sont assemblées en grands panneaux. Retourner un panneau pour souder l'envers demande des moyens de levage lourds, du temps et des risques. D'où la soudure d'un seul côté sur support (lit de flux et cuivre en atelier, céramique sur le chantier), qui livre un joint à pleine pénétration sans retournement.

2

Les préparations de bords

Des bords droits au chanfrein étroit de 350 mm : le métal à déposer décide

🍰Image à retenirLa part de gâteau et la fente de tirelire : plus c'est épais, plus le chanfrein se resserre
👁 Niveau 1 : voir la part de gâteau et la fente de tirelire

Le soudage sous flux pénètre profondément : jusqu'à une vingtaine de millimètres, on soude souvent sans chanfrein, sur bords droits, une passe de chaque côté (chapitre 1). Au-delà, il faut ouvrir le joint pour que l'arc atteigne le fond : c'est le chanfrein. Mais chaque millimètre carré de chanfrein est du métal à déposer, donc du temps et du fil.

Un chanfrein en V ressemble à une part de gâteau : quand l'épaisseur double, la part devient quatre fois plus grosse. Le X (deux V, un de chaque côté) divise ce volume par deux. Pour les très fortes épaisseurs, on arrondit le fond (U, double U), puis on resserre les bords jusqu'à les rendre presque parallèles : le chanfrein étroit, une fente de tirelire qu'on remplit couche après couche. Son volume ne croît presque plus que comme l'épaisseur.

Manipulation 2 : la part de gâteau et la fente de tirelire

Choisis la préparation, l'épaisseur e et, pour le V et le X, l'angle d'ouverture α. Talon de 5 mm ; double U à fond de rayon 6 mm et flancs à 8° ; chanfrein étroit de 18 mm de large au fond, flancs à 1°. La coupe est à l'échelle, avec les limites des passes (deux par couche dans le chanfrein étroit) ; les barres comparent le métal à déposer, surépaisseurs comprises. Domaines d'épaisseur : repères du cours. Le bouton ▶ fait passer l'épaisseur de 6 à 350 mm.

🎓 Niveau 2 : maîtriser ISO 9692-2, aires, accostage, chanfrein étroit

L'ISO 9692-2 propose, pour le soudage sous flux d'un fil (121) sur acier en positions PA et PB, des types de préparation avec leurs plages d'épaisseur et leurs cotes (angle, talon, écartement), pour des soudures à pleine pénétration. Hors de ce cadre (pénétration partielle, autres positions, multi-fil), les cotes se fixent par la norme d'application ou par accord. Le tableau suivant donne des repères de cours, pas les valeurs de la norme.

PréparationÉpaisseurs (repère)Aire à remplirDéformation angulaire
Bords droits, une passe par facejusqu'à ≈ 20 mmpresque rien : la tôle fondue remplitfaible
V (avec talon)≈ 10 à 30 mm(e − c)²·tan(α/2)forte : tout le retrait d'un côté
X (double V)≈ 20 à 60 mmmoitié du Vfaible si l'on alterne les faces
U, double U≈ 40 à 150 mmfond arrondi, flancs peu ouvertsfaible si l'on alterne les faces
Chanfrein étroit≈ 50 à 350 mm≈ b·e : proportionnelle à etrès faible
AV = (e − c)²·tan(α/2) · AX = AV/2 · Aétroit ≈ b·e

A : aire du chanfrein (mm²) ; e : épaisseur ; c : talon (partie droite non chanfreinée) ; α : angle d'ouverture ; tan : tangente ; b : largeur du chanfrein étroit (mm). Masse par mètre : A (mm²) × 0,00785 kg/m

Exemples (talon 5 mm, α = 60°, surépaisseurs comprises) : à 40 mm, le V demande 707 mm² de chanfrein, soit environ 5,9 kg/m et 22 passes ; le X 3,2 kg/m et 12 passes. À 200 mm, le X demanderait 87 kg/m, le double U 37 kg/m et le chanfrein étroit 34 kg/m. Avec un fil seul à 7,5 kg/h, cela fait 4,5 h d'arc par mètre de chanfrein étroit, contre 11,5 h pour le X. L'angle compte aussi : à 40 mm, ouvrir le V de 60 à 90° agrandit le chanfrein de 73 % (de 707 à 1 225 mm²).

L'accostage (la mise en place des bords avant soudage) est plus exigeant qu'en soudage manuel : la tête automatique ne voit pas le joint et ne s'adapte pas comme un soudeur. Talon et écartement réguliers, bords alignés sans dénivellation, joint rectiligne pour le suivi : ce sont les conditions d'une pénétration régulière. Un chanfrein pour le soudage sous flux a d'ailleurs souvent un talon plus fort et un angle plus fermé qu'un chanfrein pour l'électrode enrobée, car l'arc pénètre davantage.

Le chanfrein étroit (en anglais narrow gap) a des bords presque parallèles, un fond de 18 à 26 mm de large environ, et s'emploie en général au-delà de 50 mm, jusqu'à 350 mm environ. On y dépose de préférence deux passes par couche, une contre chaque flanc : c'est la variante la plus sûre contre les manques de fusion des flancs, les caniveaux et le laitier coincé. Il demande une torche plate isolée qui descend dans la fente, un suivi de joint précis et un flux dont le laitier se détache très facilement, car on ne peut pas aller le chercher au fond. Atouts : beaucoup moins de métal, de temps et de flux, peu de déformation. Limites : préparation usinée coûteuse, réparation difficile au fond d'une fente.

💡 Calcule l'aire avant de choisir : le coût d'un joint épais est presque proportionnel au métal déposé. Un tableur de trois lignes (aire, kg/m, heures d'arc) départage souvent deux préparations en cinq minutes.
⚠️ Piège : un talon irrégulier. Le réglage est calculé pour un talon donné : quelques millimètres de plus, et la passe de fond ne traverse plus (manque de pénétration, 402) ; quelques millimètres de moins, ou un écartement, et elle perce. La préparation se contrôle avant l'amorçage, pas après.
🧠 Mnémotechnique : « I, V, X, U, fente » : plus la tôle est épaisse, plus on avance dans la liste, et plus le chanfrein se resserre.
🔥 Gouger avant la reprise

Sur un X ou un double U, la première face soudée laisse à sa racine une zone douteuse (laitier, manque de fusion). Avant de souder la seconde face, on creuse la racine jusqu'au métal sain (gougeage à l'arc-air ou meulage), on contrôle la rigole (ressuage ou magnétoscopie), puis on soude. L'ordre des passes entre les deux faces s'écrit dans le mode opératoire pour équilibrer les retraits.

3

Fil seul, twin, tandem, multi-fil

Plus de fils, plus de kilogrammes, sans plus de chaleur par millimètre

🚂Image à retenirLe train à plusieurs locomotives : la première creuse, les suivantes remplissent
👁 Niveau 1 : voir le train à plusieurs locomotives

Pour souder plus vite un fil seul, on ne peut pas monter l'intensité sans fin : la pénétration, la dilution et le risque de fissure montent avec elle (cours 3). L'idée est celle du train trop lourd pour une locomotive : on en ajoute.

  • Twin : deux fils fins (2 à 3 mm) passent dans le même tube contact, à environ 8 mm l'un de l'autre, alimentés par un seul générateur et un seul dévidoir. Gain de dépôt annoncé : 30 à 40 % sans grosse dépense.
  • Tandem : deux têtes, deux générateurs, deux fils à quelques centimètres l'un derrière l'autre. Le fil de tête, en CC+ (courant continu, fil au pôle positif), creuse ; le fil de queue, en CA (courant alternatif), remplit et lisse le cordon.
  • Multi-fil : trois à cinq fils en file, pour les tubes de gros diamètre et les panneaux.
  • Fil froid et poudre métallique : du métal ajouté dans le bain sans arc supplémentaire ; la chaleur de l'arc, au lieu de surchauffer la tôle, fond cet apport.

Manipulation 3 : le train à plusieurs locomotives

Choisis l'attelage, l'intensité de l'arc de tête I₁ (fils de 4 mm, arcs suivants à 0,8 × I₁ en CA ; twin : deux fils de 2 mm qui se partagent I₁), la section de cordon à remplir A et, pour le fil froid et la poudre, l'apport sans arc en % du fil chaud. La lecture donne le dépôt, la vitesse qui remplit la section, l'apport de chaleur Q = Σ(U·I)/v et l'énergie électrique par kilogramme déposé. Modèle pédagogique (taux de fusion du cours 1).

🎓 Niveau 2 : maîtriser variantes, polarités, apport de chaleur
Variante (ISO 4063)MontageDépôt annoncé par un fabricantProblèmes propres
Fil seul (121)un fil de 4 mm, une source≈ 6,5 kg/h en CC+, ≈ 8 kg/h en CAdépôt limité par la pénétration admissible
Twin (121)2 fils de 2 mm dans un tube, ≈ 8 mm d'écart, une source≈ 9,6 kg/h en CC+, ≈ 13,8 kg/h en CAorientation des fils (en ligne : plus vite ; côte à côte : plus large, tolère l'écartement)
Tandem (121)2 fils de 4 mm, ≈ 15 à 30 mm d'écart, deux sources, CC+ en tête, CA en queue≈ 18,7 kg/h (≈ 20,7 en CA/CA)interaction magnétique des arcs, réglages doublés, cratères de fin
3 fils et plus (121)3 à 5 fils en file, une source par fil≈ 32 kg/h à 3 filsinstallation lourde, suivi de joint précis, beaucoup de flux
Poudre métallique (124)poudre déposée dans le joint devant l'arc, ou accrochée au fil par magnétisme+ ≈ 5 kg/h (fil seul) à 9 kg/hpénétration réduite : passes de remplissage seulement
Fil froidfil sans courant poussé dans le bain derrière l'arcselon le réglagebain refroidi : manque de fusion si l'on en met trop
Fil fourré (125)fil tubulaire rempli de poudreplus que le fil plein à intensité égalecoût du fil ; sert aussi à allier le métal déposé

Les dépôts du tableau sont ceux de tableaux de fabricants (à leurs intensités, fil sorti courant) ; avec un fil sorti long, ils montent encore. Selon TWI, la poudre métallique réduit typiquement de 30 à 50 % le nombre de passes pour remplir un joint, et diminue la consommation de flux.

Pourquoi CC+ en tête et CA en queue ? Deux arcs voisins parcourus par des courants continus créent chacun un champ magnétique qui dévie l'autre : c'est le soufflage du cours 3, en pire. Le fil de tête garde le CC+ pour pénétrer ; le fil de queue passe en CA, dont le champ s'inverse sans cesse, ce qui limite l'interaction. En CA/CA, on décale les phases des deux courants. La position des fils (écartement, angles) fait partie des réglages du mode opératoire : en général, le fil de tête presque vertical creuse, le fil de queue incliné étale et lisse.

L'apport de chaleur d'un multi-fil additionne les puissances de tous les arcs :

Q = Σ(Ui·Ii)/v · v = MR/(ρ·A)

Σ : somme sur tous les arcs i ; Q en kJ/mm, avec un rendement thermique k = 1 en soudage sous flux ; v : vitesse qui remplit une section A (mm²) avec un dépôt total MR ; ρ : masse volumique de l'acier, 7,85 g/cm³. Pour une section donnée, Q ne baisse que si l'on dépose plus de métal par joule d'arc

Exemple (modèle, section de 60 mm², arc de tête à 800 A) : un fil seul dépose 9,5 kg/h, avance à 335 mm/min et apporte 5,2 kJ/mm. Le tandem (800 A en CC+, 640 A en CA) dépose 17,8 kg/h et avance à 630 mm/min, presque deux fois plus vite, pour 4,9 kJ/mm. Un fil froid qui ajoute 35 % de métal ramène Q à 3,8 kJ/mm (−26 %) : l'énergie de l'arc fond du métal d'apport au lieu de surchauffer la tôle. C'est l'intérêt du fil froid et de la poudre pour les aciers dont la ténacité craint les forts apports de chaleur.

💡 « La tête creuse, la queue lisse » : pour un défaut de racine, regarde d'abord le fil de tête (intensité, position sur le joint) ; pour un défaut d'aspect ou de raccordement, le fil de queue (tension, angle).
⚠️ Piège : mettre le fil froid ou la poudre en passe de racine. Cet apport refroidit le bain et réduit la pénétration : il sert au remplissage, pas à la racine, où il laisserait un manque de pénétration.
🧠 Mnémotechnique : « plus de fils, plus de kilos, pas plus de kilojoules » : ajouter des fils augmente le dépôt horaire et la vitesse ; l'apport de chaleur par millimètre reste du même ordre, et baisse avec un apport sans arc.
🔥 Les tubes de pipeline

Les tubes soudés de gros diamètre sont formés à partir d'une tôle, puis soudés en long sous flux, une passe intérieure et une passe extérieure, avec trois à cinq fils. Chaque fil a sa source, son intensité et son angle ; un défaut se répète sur des centaines de mètres s'il n'est pas vu tout de suite, d'où un contrôle par ultrasons automatique en ligne.

4

Le rechargement au feuillard

Une bande de 60 mm étale une couche d'inox, sous flux ou sous laitier

🧈Image à retenirLe couteau à beurre : une couche large et mince, sans creuser la tartine
👁 Niveau 1 : voir le couteau à beurre

Recharger, c'est déposer une couche sur une surface, sans assembler deux pièces : de l'inox (un acier riche en chrome Cr et en nickel Ni) contre la corrosion à l'intérieur d'un réacteur en acier au carbone-manganèse (C-Mn), un alliage dur contre l'usure sur un rouleau. Un fil donne un cordon étroit et profond, qui mélange beaucoup de tôle : mauvais pour une couche qui doit garder sa composition. Le feuillard est une bande de métal de 60 × 0,5 mm (ou 90 × 0,5 mm) qui remplace le fil : l'arc court le long de sa largeur et étale un cordon d'environ 65 mm de large et 4 à 5 mm d'épaisseur, qui creuse peu. C'est le couteau à beurre qui étale sans trouer la tartine.

Deux variantes : le feuillard sous flux (procédé 122), avec un arc ; et le soudage sous laitier, dit électroslag (procédé 72), sans arc : le courant traverse un bain de laitier liquide qui chauffe par effet Joule et fond la bande. Le second dilue environ deux fois moins et dépose plus vite.

Manipulation 4 : le couteau à beurre

Feuillard 60 × 0,5 mm sur acier C-Mn à 0,18 % de carbone C, bandes tous les 60 mm. Couche 1 en 309L (Cr 23,5 %, Ni 13,5 %), couche 2 en 308L (Cr 20 %, Ni 10 %), inox austénitiques à bas carbone (L, C 0,015 %). Tension 28 V sous flux, 25 V sous laitier. Jauges : repères de cours pour une surface de type 308L. Modèle pédagogique calé sur des données de fabricant.

🎓 Niveau 2 : maîtriser 122 et 72, dilution, couches, productivité
Feuillard 60 × 0,5 mm122 sous flux72 sous laitier (électroslag)
Fusion de la bandearc entre la bande et la piècepas d'arc : effet Joule dans un laitier liquide à ≈ 2 300 °C
Intensité ; tension≈ 750 A ; 26 à 28 V≈ 1 000 à 1 250 A ; 24 à 26 V
Densité de courant≈ 25 A/mm²≈ 33 à 42 A/mm²
Vitesse≈ 10 à 12 cm/min≈ 16 à 18 cm/min
Épaisseur et largeur d'une bande≈ 4,5 mm ; ≈ 65 mm≈ 4,5 mm ; ≈ 68 mm
Dilution≈ 15 à 20 %≈ 8 à 15 %
Dépôt ; flux consommé≈ 14 kg/h ; ≈ 0,8 kg/kg≈ 22 kg/h ; ≈ 0,5 à 0,6 kg/kg
Couches pour une surface inoxsouvent 2 (sous-couche puis couche de surface)souvent 1

Données d'un fabricant pour des inox austénitiques ; l'ISO 14174 classe les flux pour feuillard (classe 2B) et fixe leurs essais à 750 A, 28 V, 120 mm/min sous flux, et 1 250 A, 25 V, 160 mm/min sous laitier. Avec des flux conçus pour la grande vitesse, le sous laitier dépasse 2 000 A et 50 kg/h. Le laitier du 72 se fige plus lentement : les gaz et les oxydes ont le temps de remonter, d'où un dépôt propre, peu sensible aux porosités et à la fissuration à chaud. Les mâchoires de contact, au ras du laitier très chaud, sont refroidies à l'eau.

La composition de chaque couche suit la règle de dilution du cours 2, appliquée couche par couche :

Xcouche = (1 − D)·Xfeuillard + D·Xdessous · couverture = pas × v

X : teneur d'un élément (C, Cr, Ni) ; D : dilution ; « dessous » : la tôle pour la première couche, la couche précédente ensuite ; pas : distance entre deux bandes (≈ 60 mm). Couverture en m²/h : pas (mm) × v (mm/min) × 60/10⁶

Exemple (modèle) : sous flux à 750 A et 120 mm/min, D = 18 % ; une couche de 309L sur l'acier à 0,18 % de carbone donne C = 0,82 × 0,015 + 0,18 × 0,18 ≈ 0,045 % : trop de carbone pour une surface « L » (bas carbone). Une deuxième couche en 308L donne C ≈ 0,020 %, Cr ≈ 19,9 %, Ni ≈ 10,2 %, sur 8,3 mm. Sous laitier à 1 250 A et 160 mm/min, D = 9 % : une seule couche de 309L donne C ≈ 0,030 %, Cr ≈ 21,4 %, Ni ≈ 12,3 %, sur 4,9 mm. Pour 100 m² : environ 463 h d'arc sous flux en deux couches, 174 h sous laitier en une couche.

📖 Sous-couche (en anglais buffer layer) : première couche d'un rechargement, d'une nuance plus alliée que la surface visée (par exemple 309L sous une surface 308L ou 316L). Elle « encaisse » la dilution par la tôle, garde assez de chrome et de nickel, et un peu de ferrite contre la fissuration à chaud.
💡 Pense en m²/h, pas en kg/h : pour un rechargement, ce qui compte est la surface couverte à la bonne composition. Une couche de trop double le temps ; une dilution trop forte oblige à cette couche de trop.
⚠️ Piège : monter l'intensité ou la vitesse pour aller plus vite. Plus d'intensité creuse davantage ; plus de vitesse amincit la couche. Dans les deux cas, la dilution monte, et la surface peut sortir des repères. On gagne en productivité par le procédé (sous laitier, feuillard plus large), pas en forçant le réglage.
🧠 Mnémotechnique : « l'arc dilue, le laitier épargne » : sous flux, l'arc creuse et dilue ; sous laitier, sans arc, la tôle fond peu.
🔥 Les réacteurs plaqués

Les grands réacteurs de raffinerie et de chimie ont des parois en acier faiblement allié de plus de 100 mm, plaquées à l'intérieur d'inox au feuillard sur des centaines de mètres carrés. Le mode opératoire de rechargement fixe la composition et l'épaisseur minimales en surface, vérifiées sur une pièce témoin (analyse chimique, mesure de ferrite, ressuage) : c'est le chapitre 6 appliqué à une surface.

5

Les défauts types

Porosités, empreintes, fissures, caniveaux, manques, laitier, effondrement

🕵️Image à retenirLe détective : chaque défaut laisse un indice qui remonte au réglage
👁 Niveau 1 : voir le détective du cordon

Sous flux, on ne voit ni l'arc ni le bain : le cordon se découvre quand on décroche le laitier, parfois des mètres plus loin. Le coordinateur travaille donc en détective : il regarde l'indice (où est le défaut, quelle forme, est-il répété ?) et remonte au suspect (le flux, la tôle, un réglage, la position du fil).

  • des trous ronds (porosités) : un gaz est resté piégé ; humidité, rouille, huile, peinture, ou flux trop mince ;
  • des petits cratères en surface (empreintes) : le gaz s'est coincé entre le laitier et le métal ;
  • une fente au milieu du cordon : cordon trop profond pour sa largeur ;
  • un sillon le long du bord (caniveau) : trop vite et trop haut en tension ;
  • une racine non soudée : pas assez d'intensité, ou fil à côté du joint ;
  • du laitier coincé entre deux passes, ou un bain effondré sous la tôle.

Manipulation 5 : le détective du cordon

Tôle de 12 mm à bords droits, soudée en une passe sur latte de cuivre, fil de 4 mm. Choisis l'état du flux et des bords, puis l'intensité I, la tension U, la vitesse v, l'épaisseur de la couche de flux et le décalage du fil par rapport au joint. Le cordon vu de dessus et la coupe montrent les défauts ; le commentaire donne leur numéro ISO 6520-1, la cause et le remède. Seuils pédagogiques tirés des cours 1 et 3 (couche de flux de 10 + 0,03·I à 35 + 0,03·I mm, W/d ≈ 3/2). Le bouton ▶ décroche le laitier.

🎓 Niveau 2 : maîtriser défaut, cause, remède
Défaut (ISO 6520-1)Ce qu'on voitCauses fréquentes en soudage sous fluxRemèdes
Soufflures, porosités (2011, 2012) ; piqûres (2017)cavités rondes dans le cordon, ou débouchant en surfaceflux humide ; rouille, huile, peinture ou primaire épais sur les bords ; fil sale ; couche de flux trop mince ; vitesse trop élevée ; flux recyclé chargé de poussièreétuver le flux, le garder en trémie chauffée ; meuler et dégraisser les bords ; couche de flux dans la plage ; ralentir ; tamiser le flux recyclé
Empreintes (en anglais pockmarks)petites dépressions sur la surface du cordon, sous le laitiergaz coincé entre laitier et métal : flux humide, trop de fines, couche trop épaisse, désoxydation insuffisanteétuver, tamiser, ramener la couche dans la plage, revoir le couple fil-flux
Fissure longitudinale au centre (1011)fente au milieu du cordon, parfois sous la surfacecordon plus profond que large (W/d < 1) ; tôle riche en carbone, soufre, phosphore et forte dilution ; bridageviser W/d ≈ 3/2 ; moins d'intensité, plus de tension ; chanfrein pour diluer moins ; fil riche en manganèse
Fissure de cratère (104)étoile ou fente au bout du cordonarrêt brusque de l'arc sur la piècerampe de fin ; finir sur un appendice de sortie
Caniveaux (5011, 5012)sillon creusé dans la tôle le long du bordvitesse et tension trop élevées, fil tiré, soufflage, fil mal placé dans un angleralentir, baisser la tension, fil poussé, revoir la masse
Manque de pénétration (402), de fusion (401)racine non soudée, flanc non fonduintensité trop faible ; fil décalé du joint ; talon trop épais ; chevauchement insuffisant en deux passes ; arc trop large dans un Vmonter l'intensité, recentrer le fil (suivi de joint), contrôler le talon, baisser la tension à la racine
Inclusions de laitier (301)laitier emprisonné entre passes ou contre un flancpasses bombées ou caniveaux qui piègent le laitier ; laitier mal enlevé ; laitier collé (tension trop haute, flux inadapté) ; fil trop près du flancpasses plates bien raccordées ; nettoyage entre passes ; flux à laitier détachable
Excès de pénétration (504), effondrement (509), trou (510)bourrelet ou affaissement sous la tôle, ou troubain trop lourd ; support mal plaqué ; écartement trop grand ; vitesse trop lentebaisser l'intensité, plaquer le support, régler l'écartement
Inclusion de cuivre (3042)traces de cuivre, fissuresl'arc atteint la latte de cuivre ou le tube contact touche le bainbaisser l'intensité sur support, régler le fil sorti
Mauvais raccordement (505), cordon irréguliercordon bombé, bords raides ; largeur qui onduletension trop basse ; vitesse instable, fil mal redressé, tube contact uséremonter la tension, entretenir l'entraînement et le tube contact

Les défauts se jugent ensuite selon les niveaux de qualité B, C et D de l'ISO 5817, après contrôle visuel (ISO 17637). Les joints épais sous flux se contrôlent surtout par ultrasons (ISO 17640) ou par radiographie (ISO 17636), qui révèlent les manques de fusion, les inclusions de laitier et les fissures internes.

📖 Défaut systématique : un défaut qui se répète tout le long du cordon, ou à la même place sur chaque pièce. En soudage automatique, c'est la règle : la machine répète fidèlement un mauvais réglage. Un défaut au départ de chaque cordon accuse l'amorçage ; un défaut périodique, l'entraînement du fil ou le vireur ; un défaut continu, un paramètre ou le produit.
💡 Repère où est le défaut : au départ, à la fin, au milieu, sur un bord, à la racine, entre deux passes. La position dit souvent le suspect avant même l'analyse.
⚠️ Piège : « porosités, donc flux humide ». C'est une cause fréquente, mais pas la seule : une couche de flux trop mince, un primaire de peinture, de l'huile sur le fil ou une vitesse excessive donnent les mêmes trous. On vérifie les quatre avant d'étuver tout le stock.
🧠 Mnémotechnique : les « 4 P » des porosités : Peinture (et rouille, huile), Poudre humide, Peu de poudre, Pressé (trop vite).
🔥 Arrêter la machine au premier défaut

Un soudeur manuel qui voit un défaut s'arrête. Une tête automatique continue. D'où trois réflexes : contrôler visuellement le premier mètre de chaque nouveau réglage, décrocher le laitier au plus tôt pour lire le cordon, et noter le défaut avec sa position (au millimètre près depuis le départ) pour retrouver sa cause.

6

Mode opératoire, opérateurs, chantier, sécurité

Le DMOS, la qualification, la ronde avant d'amorcer, les risques du poste

📋Image à retenirLa check-list du pilote : on ne décolle pas sans l'avoir lue
👁 Niveau 1 : voir la check-list du pilote

En soudage automatique, la qualité du joint est « figée » dans les réglages. Le descriptif de mode opératoire (DMOS) est la recette : préparation, produits, intensité, tension, vitesse, ordre des passes. La qualification du mode opératoire (QMOS) est la dégustation : on soude une pièce d'essai selon la recette, on la découpe et on la teste. L'opérateur, qui conduit la machine, est qualifié pour cette installation. Et avant chaque soudure, comme un pilote avant le décollage, on fait la ronde : préparation, flux, appendices, pointage, réglages.

La sécurité a ses particularités : l'arc est caché, donc peu de rayonnement et très peu de fumées ; mais il y a la poussière de flux, le laitier brûlant, de très fortes intensités, et des charges lourdes en mouvement.

Manipulation 6 : la check-list du pilote

DMOS d'école : X sur acier de construction S355 (limite d'élasticité 355 MPa) de 20 mm, procédé 121, fil S2 de 4 mm, flux ISO 14174 S A AB 1 67 AC H5 (cours 2), CC+. Passes de remplissage autorisées de 560 à 640 A, 30 à 33 V, 450 à 550 mm/min (bandes vertes). La QMOS a été soudée à 600 A, 31,5 V, 500 mm/min. Choisis les exigences de la qualification, puis règle la production avec I, U, v. Les boutons de la ronde se cochent et se décochent. Règle de l'ISO 15614-1 : avec exigence de résilience, apport de chaleur au plus 25 % au-dessus de celui de l'essai ; avec exigence de dureté, au plus 25 % au-dessous.

🎓 Niveau 2 : maîtriser DMOS, QMOS, opérateurs, chantier, HST

Le DMOS (ISO 15609-1) d'un soudage sous flux précise, en plus des données de tout mode opératoire (matériau, épaisseur, préparation dessinée, position, préchauffage, température entre passes, ordre des passes, gougeage, traitement thermique) : la variante du procédé (121, 122, 124, 125), le nombre de fils, leur écartement et leurs angles, le diamètre et la désignation du fil, la désignation et la marque du flux, son étuvage et son recyclage, le type de courant et la polarité de chaque fil, les plages d'intensité, de tension et de vitesse, le fil sorti, et l'apport de chaleur.

La QMOS (ISO 15614-1) : une pièce d'essai soudée selon un DMOS préliminaire (DMOS-P) est contrôlée (CND), puis découpée pour des essais (traction, pliage, résilience, dureté, macrographie). Le PV-QMOS fixe le domaine de validité : matériaux, épaisseurs, procédé, produits, et apport de chaleur.

résilience exigée : Q ≤ 1,25·Qessai · dureté exigée : Q ≥ 0,75·Qessai

Q : apport de chaleur en production et lors de l'essai de qualification (kJ/mm). Avec Qessai = 31,5 × 600 × 60/(1 000 × 500) = 2,27 kJ/mm : Q ≤ 2,84 kJ/mm et Q ≥ 1,70 kJ/mm

Un fort apport de chaleur fait grossir les grains et peut faire chuter la résilience ; un faible apport refroidit vite et peut durcir la zone affectée thermiquement : d'où la borne haute pour l'une, la borne basse pour l'autre. Une qualification obtenue avec un fil ne se transpose pas d'office au tandem : le passage d'une variante à l'autre (nombre de fils, ajout de poudre) est encadré par la norme, et le DMOS nomme la variante.

Les opérateurs : en soudage mécanisé et automatique, on ne qualifie pas un « soudeur » (ISO 9606-1) mais un opérateur de soudage, qui conduit l'installation, et un régleur, qui la règle (ISO 14732). L'opérateur est qualifié sur un assemblage soudé (celui de la qualification du mode opératoire, un essai avant production, une pièce de production ou une éprouvette d'essai) et sur sa connaissance du fonctionnement de l'installation ; sa qualification se maintient ensuite par des confirmations périodiques de l'employeur.

Les recommandations générales : accostage plus serré qu'en soudage manuel ; bords meulés et secs ; flux étuvé, couche dans la plage, recyclage tamisé ; fil propre et bien redressé ; tube contact en bon état ; masse serrée près du joint, et aux deux bouts pour un long joint ; pas d'arrêt en cours de cordon, ou reprise sur une zone meulée.

Les retours d'expérience des chantiers navals :

  • la vérification avant soudage : préparation et accostage conformes au DMOS, propreté (rouille, primaire, humidité), pointage sain, support plaqué, flux sec en quantité, réglages affichés ;
  • la séquence sur un platelage pré-pointé (les tôles d'un pont, posées et pointées) : souder d'abord les abouts (joints transversaux entre les tôles d'une même virure, c'est-à-dire d'une même rangée de tôles), puis les coutures (joints longitudinaux entre virures), en partant du centre vers l'extérieur. À un croisement en T, on termine l'about, puis on rouvre l'extrémité de la couture avant de la souder : souder la couture d'abord briderait l'about, qui risquerait de fissurer ;
  • le pointage des virures à l'électrode enrobée (111) : pointes faites à l'électrode basique étuvée, assez longues, sans fissure ni cratère, meulées en biseau aux extrémités pour être refondues par la passe sous flux ; une pointe fissurée s'enlève, elle ne se recouvre pas ;
  • les tôles martyres (appendices d'amorçage et de sortie) : de même nuance, même épaisseur et même préparation que le joint, pointées à ses deux bouts. On amorce et on finit dessus : l'amorçage instable, le cratère de fin et le soufflage de bout de tôle restent hors du joint. On les enlève ensuite par coupage et meulage, jamais au marteau.

Hygiène et sécurité du poste :

RisqueD'où il vientPrévention
Poussières de fluxremplissage des trémies, tamisage, recyclage ; fluorures, oxydes de manganèse, parfois silice (voir la FDS)récupération par aspiration, jamais de soufflette ; masque anti-poussière pour remplir, tamiser ou vider le flux
Fuméestrès faibles : de l'ordre de 0,05 g par kg de fil, contre environ 10 à 40 g/kg pour les électrodes enrobées (facteurs d'émission de l'agence américaine de l'environnement, l'EPA)ventilation générale ; captage pour les fortes intensités et les flux riches en fluorures
Rayonnementarc caché, sauf si la couche de flux est trop mince ou à l'amorçagecouche dans la plage ; lunettes et écrans près du poste
Brûlureslaitier décroché à plusieurs centaines de degrés, qui peut éclater ; flux récupéré chaud ; pièces préchaufféesgants, lunettes, vêtements couvrants ; laisser refroidir le laitier avant de le manipuler
Électricitéintensités de 1 000 A et plus par fil, tensions à vide, câbles et connexionscâbles et serrages en bon état, masse serrée, ne pas toucher fil ni tube contact sous tension
Mécaniquebobines et fûts de fil de plusieurs centaines de kilogrammes, sacs de flux de 25 kg, vireurs, chariots et potences en mouvementmoyens de levage, zones balisées, arrêt d'urgence accessible, pas de main près des galets d'un vireur

La FDS du flux et celle du fil sont la première source : seize rubriques, dont la composition, les dangers, les valeurs limites d'exposition professionnelle et les équipements de protection, le stockage et l'élimination (le laitier et le flux souillé sont des déchets).

💡 Le DMOS est la recette, le PV-QMOS la preuve qu'elle marche : en cas de doute sur un réglage de production, on vérifie d'abord le DMOS, puis le domaine de validité du PV-QMOS qui le couvre.
⚠️ Piège : rattraper une vitesse trop lente par une tension plus haute. Les deux augmentent l'apport de chaleur : on peut sortir du DMOS et du domaine qualifié sans changer l'intensité. Exemple : 600 A, 34 V, 420 mm/min donne 2,91 kJ/mm, au-dessus de 2,84.
🧠 Mnémotechnique : la cuisine : le DMOS est la recette, la QMOS la dégustation, l'opérateur le cuisinier qualifié, la ronde la mise en place, et les tôles martyres les tranches qu'on jette.
🔥 Le premier mètre

Sur un chantier, la plupart des défauts de soudage sous flux naissent avant l'amorçage : un primaire oublié, un flux resté ouvert la nuit, un appendice absent, une pointe fissurée. La ronde de dix minutes coûte moins cher qu'un mètre de gougeage et de reprise, surtout sur un joint épais contrôlé par ultrasons.

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, du support envers à la virole plaquée

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi valeurs des modèles pédagogiques du cours

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs de pénétration, de dépôt et de dilution viennent des modèles des manipulations : retrouve-les en réglant les curseurs. Le défi se rejoue dans la manipulation 4.

Exercice 1 : le filet ou la contre-passe N1 et N2 · chapitre 1

Tôle de 16 mm à bords droits jointifs, fil de 4 mm (plage 400 à 900 A), 550 mm/min, tension U = 20 + 0,02·I.

a) En reprise envers, quelle pénétration maximale pour la première passe ?

b) Quelle pénétration minimale pour un chevauchement d'au moins 2 mm ?

c) Quelle plage d'intensité donne le modèle ? Laquelle reste dans la plage du fil ?

d) À 800 A, que valent p et le chevauchement c ?

e) Pourquoi ne pas souder cette tôle d'un seul côté sur latte de cuivre, avec ce fil et cette vitesse ?

Voir la correction

a) p ≤ e − 2 = 16 − 2 = 14 mm, pour garder du métal solide sous le bain.

b) c = 2p − e ≥ 2, soit p ≥ (16 + 2)/2 = 9 mm.

c) 9 ≤ p ≤ 14 mm correspond à environ 700 à 980 A. Avec la plage du fil de 4 mm : 700 à 900 A. Manipulation 1, reprise envers, e = 16 mm.

d) p ≈ 10,8 mm et c = 2 × 10,8 − 16 ≈ 5,5 mm.

e) Sur support, il faut p ≥ e = 16 mm, soit environ 1 090 A : hors de la plage du fil de 4 mm. On passerait au fil de 5 mm, à deux fils, à une vitesse plus lente, ou à un chanfrein qui rapproche la racine de l'arc.

Exercice 2 : le gâteau et la tirelire N2 · chapitre 2

Talon c = 5 mm, angle α = 60°, masse volumique 7,85 g/cm³ (soit 0,00785 kg/m par mm² de section).

a) Calcule l'aire d'un chanfrein en V sur 40 mm, puis sa masse de métal par mètre.

b) Même question pour un X. Que gagne-t-on ?

c) À 200 mm, compare X, double U et chanfrein étroit (manipulation 2, surépaisseurs comprises).

d) Avec un fil seul à 7,5 kg/h, combien d'heures d'arc par mètre pour le X et pour le chanfrein étroit ?

e) Donne deux exigences du chanfrein étroit et un de ses risques.

Voir la correction

a) AV = (40 − 5)² × tan 30° = 1 225 × 0,577 ≈ 707 mm², soit 707 × 0,00785 ≈ 5,55 kg/m (5,9 kg/m avec les surépaisseurs, environ 22 passes).

b) AX = AV/2 ≈ 354 mm², soit 2,8 kg/m (3,2 kg/m avec les surépaisseurs, environ 12 passes) : moitié moins de métal, et une déformation angulaire faible si l'on alterne les faces.

c) X ≈ 86,6 kg/m ; double U ≈ 37,0 kg/m ; chanfrein étroit ≈ 33,9 kg/m. Le chanfrein étroit demande environ 2,5 fois moins de métal que le X.

d) X : 86,6/7,5 ≈ 11,5 h par mètre ; chanfrein étroit : 33,9/7,5 ≈ 4,5 h par mètre.

e) Exigences : un flux à laitier très détachable, une torche plate isolée, un suivi de joint précis, de préférence deux passes par couche. Risques : manque de fusion des flancs, laitier coincé, réparation difficile au fond de la fente.

Exercice 3 : une ou deux locomotives N2 · chapitre 3

Passe de remplissage de 60 mm², fils de 4 mm, fil sorti 30 mm. Taux de fusion du cours 1 : MR = 0,0104·I·kpol + 9,5·10⁻⁷·L·I²/d², avec kpol = 1 en CC+ et 1,15 en CA.

a) Fil seul à 800 A, 36 V, CC+ : calcule le dépôt.

b) On ajoute un fil de queue à 640 A, 34,8 V, en CA : dépôt total ?

c) Quelle vitesse remplit la section dans chaque cas ?

d) Calcule l'apport de chaleur dans chaque cas.

e) Sur le fil seul, un fil froid ajoute 35 % de métal. Nouvelle vitesse et nouvel apport de chaleur ?

Voir la correction

a) MR = 0,0104 × 800 + 9,5·10⁻⁷ × 30 × 800²/16 = 8,32 + 1,14 ≈ 9,46 kg/h.

b) Fil de queue : 0,0104 × 640 × 1,15 + 9,5·10⁻⁷ × 30 × 640²/16 = 7,65 + 0,73 ≈ 8,38 kg/h ; total ≈ 17,84 kg/h.

c) v = MR/(ρ·A) : fil seul 9 460 g/h ÷ (7,85·10⁻³ g/mm³ × 60 mm²) ≈ 20 080 mm/h ≈ 335 mm/min ; tandem ≈ 631 mm/min, presque deux fois plus vite.

d) Fil seul : 36 × 800 = 28 800 W à 335 mm/min = 5,58 mm/s, soit Q ≈ 28 800/5,58 ≈ 5 160 J/mm ≈ 5,16 kJ/mm ; tandem : 36 × 800 + 34,8 × 640 ≈ 51 070 W à 10,52 mm/s, soit Q ≈ 4,85 kJ/mm.

e) MR = 1,35 × 9,46 ≈ 12,77 kg/h, v ≈ 452 mm/min, Q ≈ 3,82 kJ/mm (−26 %), avec moins de pénétration : à réserver au remplissage. Manipulation 3.

Exercice 4 : une couche ou deux N2 · chapitre 4

Feuillard 309L (C 0,015 % ; Cr 23,5 % ; Ni 13,5 %) sur acier à 0,18 % de carbone ; deuxième couche éventuelle en 308L (C 0,015 % ; Cr 20 % ; Ni 10 %). Repères de surface : C ≤ 0,04 %, Cr ≥ 18 %, Ni ≥ 8 %. Bandes posées tous les 60 mm.

a) Sous flux, D = 18 % : composition de la première couche. Conforme ?

b) Composition après une deuxième couche en 308L ?

c) Sous laitier, D = 9 % : composition d'une seule couche ?

d) Couverture à 120 mm/min (sous flux) et à 160 mm/min (sous laitier) ? Heures d'arc pour 100 m² dans les cas b) et c) ?

Voir la correction

a) C = 0,82 × 0,015 + 0,18 × 0,18 ≈ 0,045 % ; Cr = 0,82 × 23,5 ≈ 19,3 % ; Ni = 0,82 × 13,5 ≈ 11,1 %. Le carbone dépasse 0,04 % : non conforme.

b) C = 0,82 × 0,015 + 0,18 × 0,045 ≈ 0,020 % ; Cr = 0,82 × 20 + 0,18 × 19,3 ≈ 19,9 % ; Ni = 0,82 × 10 + 0,18 × 11,1 ≈ 10,2 % : conforme.

c) C = 0,91 × 0,015 + 0,09 × 0,18 ≈ 0,030 % ; Cr ≈ 21,4 % ; Ni ≈ 12,3 % : conforme en une couche.

d) Sous flux : 60 × 120 × 60/10⁶ ≈ 0,43 m²/h ; sous laitier : 60 × 160 × 60/10⁶ ≈ 0,58 m²/h. Pour 100 m² : b) 2 × 100/0,432 ≈ 463 h ; c) 100/0,576 ≈ 174 h. Manipulation 4.

Exercice 5 : l'enquête N1 · chapitre 5

Pour chaque indice, nomme le défaut (numéro ISO 6520-1 si possible), sa cause probable et un remède.

a) Des soufflures dispersées dans tout le cordon, et des éclairs de lumière pendant le soudage.

b) Une fente au milieu d'une passe de 13 mm de profondeur pour 8 mm de large.

c) Un sillon continu le long des deux bords, à 1 200 mm/min et 40 V.

d) La racine n'est pas fondue d'un seul côté, sur toute la longueur.

e) De petites dépressions sur la surface du cordon, le lendemain d'une nuit où la trémie est restée ouverte.

f) Une étoile au bout de chaque cordon.

Voir la correction

a) Porosités (2011) : la couche de flux est trop mince, l'arc la perce. Épaissir la couche (au moins 10 + 0,03·I mm). Manipulation 5 : couche de 20 mm à 900 A.

b) Fissure au centre (1011) : W/d ≈ 0,6, cordon plus profond que large. Moins d'intensité, plus de tension, vitesse plus faible ; viser W/d ≈ 3/2.

c) Caniveaux (5011) : vitesse et tension trop élevées ensemble. Ralentir et baisser la tension.

d) Manque de pénétration d'un côté (402) : fil décalé par rapport au joint, défaut systématique. Recentrer le fil, régler le suivi de joint. Manipulation 5 : décalage de 4 mm.

e) Empreintes : flux humide, le gaz se coince sous le laitier. Étuver le flux, le garder en trémie chauffée.

f) Fissure de cratère (104) : arrêt brusque sur la pièce. Rampe de fin, et fin du cordon sur un appendice de sortie.

Exercice 6 : la recette et la dégustation N2 · chapitre 6

DMOS : passes de remplissage de 560 à 640 A, 30 à 33 V, 450 à 550 mm/min. QMOS soudée à 600 A, 31,5 V, 500 mm/min, avec exigence de résilience.

a) Calcule l'apport de chaleur de l'essai et la borne du domaine qualifié.

b) Production à 640 A, 33 V, 450 mm/min : conforme ?

c) Production à 600 A, 34 V, 420 mm/min : conforme ?

d) Production à 620 A, 32 V, 650 mm/min : conforme ?

e) À quoi servent les tôles martyres, et comment les enlève-t-on ?

f) Selon quelle norme qualifie-t-on la personne qui conduit l'installation ?

Voir la correction

a) Q = 31,5 × 600 × 60/(1 000 × 500) ≈ 2,27 kJ/mm ; résilience exigée : Q ≤ 1,25 × 2,27 ≈ 2,84 kJ/mm.

b) Q = 33 × 640 × 60/(1 000 × 450) ≈ 2,82 kJ/mm : paramètres dans le DMOS, Q dans le domaine, au bord. Conforme.

c) U = 34 V et v = 420 mm/min hors DMOS ; Q ≈ 2,91 kJ/mm au-dessus de 2,84 : non conforme trois fois.

d) Q ≈ 1,83 kJ/mm : dans le domaine qualifié, mais v = 650 mm/min est hors DMOS : non autorisé. Manipulation 6.

e) Ce sont les appendices d'amorçage et de sortie : l'amorçage instable, le cratère de fin et le soufflage de bout de tôle restent hors du joint. Même nuance, épaisseur et préparation que le joint ; on les enlève par coupage et meulage, jamais au marteau.

f) L'ISO 14732 (opérateurs et régleurs du soudage mécanisé et automatique), et non l'ISO 9606-1 des soudeurs manuels.

🏆 Défi : la virole à plaquer N2 · chapitre 4, à rejouer dans la manipulation 4

Il faut recouvrir 30 m² de l'intérieur d'une virole en acier à 0,18 % de carbone d'une surface de type 308L : repères C ≤ 0,04 %, Cr ≥ 18 %, Ni ≥ 8 %, au moins 3 mm. Feuillard 60 × 0,5 mm, bandes tous les 60 mm. Flux consommé : 0,8 kg par kg de feuillard sous flux, 0,55 kg/kg sous laitier.

a) Sous flux à 750 A et 120 mm/min, une couche suffit-elle ?

b) En deux couches sous flux : épaisseur, heures d'arc, masse de feuillard et de flux pour 30 m² ?

c) En une couche sous laitier à 1 250 A et 160 mm/min : mêmes grandeurs ?

d) Trouve un réglage sous flux en une seule couche qui respecte les repères. Que coûte-t-il en couverture ?

e) Quelle solution recommandes-tu, et pourquoi ?

Voir la correction

a) D ≈ 18 %, C ≈ 0,045 % : non, trop de carbone pris à la tôle.

b) 8,3 mm ; couverture 0,432 m²/h, donc 2 × 30/0,432 ≈ 139 h ; feuillard 14 × 138,9 ≈ 1 944 kg ; flux 0,8 × 1 944 ≈ 1 556 kg.

c) D ≈ 9 %, C ≈ 0,030 %, 4,9 mm ; 30/0,576 ≈ 52 h ; feuillard 22 × 52,1 ≈ 1 146 kg ; flux ≈ 630 kg.

d) Par exemple 600 A et 80 mm/min : D ≈ 14,4 %, C ≈ 0,039 %, 4,7 mm. Mais la couverture tombe à 0,288 m²/h : 104 h pour 30 m², deux fois plus que sous laitier, et le carbone reste au ras du repère.

e) Le sous laitier en une couche : 2,7 fois moins d'heures d'arc que deux couches sous flux, 41 % de feuillard et 60 % de flux en moins, et une marge confortable sur le carbone. Le sous flux en une couche est trop juste pour une production : la moindre variation de dilution ferait sortir la surface des repères.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12 pour boucler la série
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 4

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

🌉Image à retenirLe pont Paton : un kilomètre et demi de pont soudé sous flux
🤸

Le filet

e ≤ p ≤ e + 4 mm

D'un seul côté à pleine pénétration : latte de cuivre, céramique ou lit de flux sous le joint.

🔀

La contre-passe

c = 2p − e ≥ 2 mm

Une passe par face : chacune sans percer (p ≤ e − 2), et les deux se chevauchent.

🍰

Le gâteau

AV = (e − c)²·tan(α/2)

Le X divise le V par deux ; le talon et l'écartement doivent être réguliers.

🐷

La tirelire

A ≈ b·e

Chanfrein étroit au-delà de 50 mm : deux passes par couche, laitier détachable, suivi précis.

🚂

Le train

Q = Σ(U·I)/v

Tandem : CC+ en tête creuse, CA en queue remplit ; twin : deux fils, un tube, une source.

❄️

Le fil froid

+ kg/h, − kJ/mm

Fil froid et poudre (124) fondent dans le bain sans arc : plus de dépôt, moins de pénétration.

🧈

Le couteau à beurre

D ≈ 18 % (122) · ≈ 9 % (72)

X = (1 − D)·Xfeuillard + D·Xdessous, couche par couche ; on raisonne en m²/h.

🕵️

Le détective

4 P · W/d ≈ 3/2

Peinture, Poudre humide, Peu de poudre, Pressé ; un défaut répété accuse un réglage.

📋

La check-list

Q ≤ 1,25·Qessai

DMOS (ISO 15609-1), QMOS (ISO 15614-1), opérateurs (ISO 14732), ronde, tôles martyres, FDS.

🌉 Fun fact : le pont Paton, à KievLe 5 novembre 1953, Kiev met en service sur le Dniepr un pont routier de 1 543 m, l'un des premiers ponts entièrement soudés du monde : 264 tronçons de 29 m, assemblés par 10 668 m de soudures. Il porte le nom d'Evgueni Paton, l'ingénieur de ponts devenu pionnier du soudage, qui en a eu l'idée et a suivi sa construction ; il est mort le 12 août 1953, sans voir l'ouverture. Selon l'institut de soudure qui porte son nom, 98 % des soudures du pont, y compris des soudures verticales, ont été faites à l'arc sous flux automatique. En 1995, l'American Welding Society l'a distingué comme un ouvrage entièrement soudé hors du commun. Encadrer la production de milliers de mètres de soudures, du mode opératoire à l'opérateur, c'est l'objet du chapitre 6.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
α, c, b
Angle d'ouverture d'un chanfrein en V ou en X (°) ; talon, partie droite non chanfreinée au fond (mm) ; largeur d'un chanfrein étroit (mm).
A, AV, AX
Aire de la section à remplir ; aire d'un chanfrein en V, en X (mm²).
Abouts, coutures
Sur un bordé ou un pont de navire : joints transversaux entre les tôles d'une même virure ; joints longitudinaux entre deux virures.
Accostage
Mise en place des bords à souder (talon, écartement, alignement) avant le pointage.
Appendices d'amorçage et de sortie (tôles martyres)
Petites tôles pointées aux bouts du joint, de même nuance, épaisseur et préparation, sur lesquelles on amorce et on finit ; enlevées ensuite.
c (chevauchement)
Recouvrement des zones fondues des deux passes d'une reprise envers : c = 2p − e (mm).
CA, CC+
Courant alternatif ; courant continu avec le fil au pôle positif.
Chanfrein étroit
Préparation à bords presque parallèles (18 à 26 mm de large environ) pour les fortes épaisseurs ; en anglais narrow gap.
CND
Contrôles non destructifs (visuel, ultrasons, radiographie, ressuage, magnétoscopie).
Corniche (PC), gouttière (PA), angle à plat (PB)
Positions de l'ISO 6947 : joint horizontal sur paroi verticale ; soudure d'angle sur pièce inclinée à 45° ; soudure d'angle sur pièce à plat.
Couverture
Surface rechargée par heure d'arc (m²/h) : pas entre bandes × vitesse.
D
Dilution : part de métal de base (ou de couche précédente) dans le métal fondu.
Défaut systématique
Défaut qui se répète tout le long du cordon ou sur chaque pièce : il accuse un réglage, un produit ou la machine.
DMOS, DMOS-P
Descriptif de mode opératoire de soudage (ISO 15609-1) ; sa version préliminaire, avant qualification.
Double U, V, X
Préparations : fond arrondi des deux côtés ; un chanfrein en V d'un seul côté ; deux V opposés.
e
Épaisseur de la tôle (mm).
Empreintes
Petites dépressions à la surface du cordon, dues à un gaz coincé entre le laitier et le métal ; en anglais pockmarks.
EPA
Environmental Protection Agency, l'agence américaine de l'environnement, qui publie des facteurs d'émission de fumées.
EPI
Équipements de protection individuelle.
FDS
Fiche de données de sécurité d'un produit, en seize rubriques.
Feuillard (122), soudage sous laitier (72)
Électrode en bande (60 × 0,5 mm par exemple) ; procédé sans arc où un laitier liquide chauffé par effet Joule fond la bande, dit électroslag.
Fil froid
Fil sans courant poussé dans le bain, fondu par la chaleur de l'arc voisin.
Gougeage
Creusement de la racine (arc-air, meulage) jusqu'au métal sain avant la reprise.
I, I₁, U, v
Intensité, intensité de l'arc de tête (A) ; tension (V) ; vitesse de soudage (mm/min).
ISO 4063, ISO 6520-1, ISO 5817
Numéros des procédés ; classification des défauts ; niveaux de qualité B, C, D.
ISO 9692-2
Préparations de joints pour le soudage sous flux d'un fil sur acier, en positions PA et PB.
ISO 14732
Qualification des opérateurs et des régleurs en soudage mécanisé et automatique.
ISO 15609-1, ISO 15614-1
Contenu du DMOS ; qualification du mode opératoire par un essai (QMOS) pour les aciers.
Latte de cuivre, support céramique, lit de flux
Supports envers : barre de cuivre à gorge ; blocs de céramique sur ruban adhésif ; couche de flux pressée sous le joint.
MR
Taux de fusion du fil, ou dépôt total (kg/h).
Opérateur, régleur
Personne qui conduit une installation de soudage mécanisé ou automatique ; personne qui la règle.
p, w, W/d
Pénétration et largeur du cordon (mm) ; rapport largeur/profondeur de la zone fondue.
Platelage, virure
Ensemble des tôles d'un pont de navire ; rangée de tôles dans le sens de la longueur du navire.
Poudre métallique (124)
Poudre de métal ajoutée dans le joint, fondue par l'arc ; augmente le dépôt.
Q, Qessai
Apport de chaleur en production ; apport de chaleur de l'essai de qualification (kJ/mm).
QMOS, PV-QMOS
Qualification d'un mode opératoire de soudage ; procès-verbal qui en fixe le domaine de validité.
Rechargement
Dépôt d'une couche sur une surface (anticorrosion, anti-usure), sans assembler deux pièces.
Reprise envers
Seconde passe soudée de l'autre côté du joint, après gougeage s'il y a lieu.
Sous-couche
Première couche d'un rechargement, plus alliée que la surface visée, qui absorbe la dilution.
Tandem, twin, multi-fil
Deux fils en file avec deux sources ; deux fils fins dans un même tube contact avec une source ; trois fils ou plus.
Σ, ρ, ∝, tan
Somme sur tous les arcs ; masse volumique de l'acier (7,85 g/cm³) ; « proportionnel à » ; tangente d'un angle.
309L, 308L, C-Mn, S355, S2
Nuances d'acier inoxydable austénitique à bas carbone (L) ; acier au carbone-manganèse ; acier de construction de limite d'élasticité 355 MPa ; fil à environ 1 % de manganèse.
✓

Ai-je bouclé la série ?

Dix points à cocher de tête

🏁Image à retenirLe drapeau à damier : la série est terminée quand tout est coché

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔥 Le bilan de la série : de la poudre au joint épais
QuestionL'outilCoursLe réflexe
Avec quoi soude-t-on ?procédé 12, générateur, autorégulation, tête, déplacements, installations1vérifier la caractéristique, le facteur de marche et le suivi de joint
Avec quels produits ?types de flux, basicité, grain, étuvage, recyclage, fils, ISO 14174 et ISO 14171, dilution2lire la désignation, étuver, recycler proprement, calculer le métal fondu
Avec quels réglages ?intensité, tension, vitesse, apport de chaleur, diamètre, fil sorti, polarité, W/d3l'intensité creuse, la tension élargit, la vitesse dose ; garder W/d ≈ 3/2
Comment préparer, varier, contrôler ?supports envers, ISO 9692-2, chanfrein étroit, multi-fil, feuillard, ISO 6520-1, DMOS, QMOS, ISO 14732, sécurité4calculer le métal à déposer, choisir la variante, diagnostiquer, faire la ronde avant d'amorcer
🏁 Fin de la série « Soudage à l'arc sous flux (arc submergé) ». Tu sais maintenant décrire et régler une installation, choisir le couple fil-flux, prévoir la forme et la composition du cordon, préparer les joints de la tôle mince au mur de 350 mm, choisir entre fil seul, multi-fil et feuillard, diagnostiquer les défauts, et encadrer la production par le mode opératoire, la qualification et la sécurité. Les sujets voisins du planning prolongent ce travail : la conception des joints (3.3), le rechargement (1.14), les aciers inoxydables (2.15), la robotisation (1.15), les QMOS et QS (4.2), l'hygiène et la sécurité (4.5), et l'aspect économique (4.9).