Résistance des matériaux, série 2 : la théorie des poutres

La forme compte : les caractéristiques des sections

Cours8 : moments statiques, quadratiques et polaires
Durée conseillée≈ 2 h 30 avec les exercices
Prérequisles cours 6 et 7 ; le cours 4 pour le chapitre 4
À la fin tu saiscalculer G, IGz et IG de n'importe quelle section composée

Deux poutres de même matière et de même poids peuvent avoir des rigidités qui varient du simple au vingtième : tout dépend de la forme de leur section. Une règle en plastique plie facilement à plat et presque pas sur chant ; une poutrelle en I porte bien plus qu'un barreau carré de même masse. Ce cours t'apprend à mesurer cette « efficacité de forme » par trois nombres : le centre de gravité G, le moment quadratique IGz (pour la flexion) et le moment polaire IG (pour la torsion). Les confondre est l'erreur la plus fréquente en RDM : on va les séparer une fois pour toutes.

Le code couleur prolonge celui des cours 6 et 7 : le moment quadratique IGz sert à calculer les contraintes normales de flexion (rouge, comme Mf et σ) ; le moment polaire IG sert à calculer les cisaillements de torsion (violet, comme Mt et τ).

Avant de commencer

Les cours 6 et 7 en trois cases

{τ}coh = {S2 → S1}
Couper, isoler, équilibrer : dans chaque section, N, T, Mt et Mf.
Mfmax = FL/4, pL²/8…
Les diagrammes donnent la section la plus sollicitée et la valeur de Mf à y vérifier.
σ = −Mfz·y/IGz · τ = Mt·r/IG
Le formulaire des poutres : il manque la forme de la section. C'est l'objet de ce cours.
📘 Correspondance avec le polycopié « Notions de base de RDM » (Polytech Nantes, IWE1) : ce cours correspond au § 5, pages 23 à 25 (moment statique, moment quadratique, moment produit, théorème de Huygens, axe quelconque et axes principaux, moment polaire, valeurs usuelles). Deux remarques de lecture. 1. Les figures des pages 23 et 24 dessinent y horizontal et z vertical ; celles de la page 25 dessinent Y vertical et Z horizontal (vers la gauche, la poutre venant vers le lecteur). Les formules ne dépendent pas du dessin : IOz utilise toujours les distances y, mesurées perpendiculairement à l'axe Oz. Ce cours suit la page 25 : y vers le haut. 2. Le polycopié écrit « Huyghens », ancienne orthographe du nom du physicien Christiaan Huygens.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage (formation IWE)

(IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Pour vérifier un assemblage soudé en flexion ou en torsion, on calcule les caractéristiques de la section des cordons elle-même : on rabat les gorges des cordons dans le plan de l'assemblage, puis on calcule leur centre de gravité et leurs moments quadratique et polaire, exactement comme pour une section de poutre. Et dimensionner une poutre reconstituée soudée (PRS : une poutre fabriquée en soudant des tôles entre elles) demande les mêmes calculs de sections composées.

Le plan du cours

  1. 1Centre de gravité et moment statique

    Le point d'équilibre d'une section, et comment le trouver pour une section composée.

  2. 2Le moment quadratique

    Pourquoi la matière loin de l'axe compte « au carré ».

  3. 3Le théorème de Huygens

    Changer d'axe, et calculer les sections composées en tableau.

  4. 4Moment produit et axes principaux

    Les sections non symétriques, et le retour du cercle de Mohr.

  5. 5Le moment polaire et le catalogue

    IG ou IGz ? Les valeurs usuelles, et pourquoi les tubes sont si efficaces.

1

Centre de gravité et moment statique

Le point où la section tient en équilibre

☝️Image à retenirLa plaque en carton en équilibre sur le bout du doigt : le doigt est sous G
👁 Niveau 1 : voir le point d'équilibre

Découpe la section dans du carton et pose-la à plat sur la pointe d'un doigt : il existe un seul point où elle tient en équilibre. C'est son centre de gravité G (le polycopié dit « isobarycentre »). C'est par G que passe la ligne moyenne de la poutre (cours 6).

Pour le trouver, on utilise le moment statique : l'aire multipliée par la distance à un axe, un peu comme un moment de force où chaque petit morceau de surface jouerait le rôle d'un poids. Si l'axe passe par G, les morceaux de part et d'autre se compensent exactement : le moment statique par rapport à un axe passant par G est nul. C'est exactement l'équilibre sur le doigt.

Pour une section composée de plusieurs rectangles (un T, un I…), on fait la moyenne des centres de gravité de chaque morceau, pondérée par leurs aires :

yG = Σ Si·yiΣ Si

Si : aire du morceau i ; yi : hauteur de son centre de gravité ; Σ : la somme sur tous les morceaux

Manipulation 1 : la section en T en équilibre

Une section en T : une table (en haut) sur une âme (en dessous). Règle ses dimensions, puis déplace l'axe vert : le moment statique par rapport à cet axe s'affiche, et la balance penche d'un côté ou de l'autre. Elle n'est en équilibre que lorsque l'axe passe par G.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les définitions du polycopié

Section S repérée par (O, y, z), point courant P de coordonnées (y ; z), petit élément de surface dS (p. 23) :

MSOz = ∫S y dS = yG·S      MSOy = ∫S z dS = zG·S

∫S : somme continue sur toute la surface ; MSOz : moment statique par rapport à l'axe Oz, en mm³

Les trois propriétés (p. 23) : a) MSOy = zGS et MSOz = yGS, ce qui donne G ; b) le moment statique par rapport à un axe passant par G est nul ; c) il est additif : celui d'une section composée est la somme de ceux de ses morceaux. D'où la formule de yG ci-dessus.

Exemple (valeurs par défaut de la manipulation) : table 120 × 20 mm (S1 = 2 400 mm², centre à y1 = 110 mm du bas), âme 20 × 100 mm (S2 = 2 000 mm², y2 = 50 mm). yG = (2 400 × 110 + 2 000 × 50)/4 400 = 82,7 mm : G est tiré vers la table, qui a le plus de matière.

💡 Symétrie : si la section a un axe de symétrie, G est dessus. Une section en I symétrique a son G au milieu de la hauteur, sans calcul. Choisis toujours l'origine O de façon à simplifier (en bas de la section, ou sur l'axe de symétrie).
2

Le moment quadratique

Pourquoi la matière loin de l'axe compte au carré

📏Image à retenirLa règle en plastique : à plat, elle plie tout de suite ; sur chant, impossible
👁 Niveau 1 : voir la règle à plat ou sur chant

Prends une règle plate en plastique et essaie de la plier : à plat, c'est facile ; posée sur la tranche (« sur chant »), c'est presque impossible. Même matière, même section : seule l'orientation change. Pourquoi ?

En flexion, la section tourne autour d'un axe horizontal passant par G, l'axe neutre. Une fibre située à la distance y de cet axe s'allonge proportionnellement à y (cours 9). Elle porte donc une contrainte proportionnelle à y, et cette force agit avec un bras de levier y. Sa contribution à la résistance au moment de flexion est proportionnelle à y × y = y². D'où la grandeur qui mesure la rigidité de forme : le moment quadratique, somme de y² × (petite aire) sur toute la section.

IGz = ∫S y² dS    rectangle : IGz = b·h³12

b : largeur (horizontale), h : hauteur (verticale, dans le sens de la flexion) ; en mm⁴

La hauteur est au cube : doubler la hauteur multiplie la rigidité par 8, doubler la largeur seulement par 2. Pour la règle de 200 × 20 mm, passer de « à plat » à « sur chant » multiplie I par (200/20)² = 100.

Manipulation 2 : la règle à plat ou sur chant

Un rectangle b × h que tu peux faire tourner. Les bandes sont colorées selon leur « poids » y² : plus une bande est loin de l'axe neutre (vert), plus elle compte. À droite, la flèche d'une console d'acier de 1 m, portant 1 kN au bout, avec cette section.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les définitions, les unités et le calcul

Définitions du polycopié (p. 23) : IOz = ∫S y² dS et IOy = ∫S z² dS. L'indice désigne l'axe par rapport auquel on calcule ; la distance au carré est celle mesurée perpendiculairement à cet axe. Pour l'axe Oz, c'est y ; pour l'axe Oy, c'est z. Piège classique : IGz contient des y², pas des z².

Calcul pour un rectangle (b horizontal, h vertical, G au centre) : découpe-le en bandes horizontales de hauteur dy et de largeur b. IGz = ∫−h/2h/2 y²·b dy = b[y³/3]−h/2h/2 = bh³/12. Par le même calcul avec des bandes verticales : IGy = hb³/12.

Unités et ordres de grandeur : une surface multipliée par une distance au carré donne des mm⁴ (ou des cm⁴ dans les catalogues : 1 cm⁴ = 10 000 mm⁴). Règle de 200 × 20 mm : 1,3 × 10⁵ mm⁴ à plat, 1,3 × 10⁷ mm⁴ sur chant. Poutrelle IPE 300 du commerce : environ 8 360 cm⁴, soit 8,4 × 10⁷ mm⁴.

💡 Analogie du polycopié : en remplaçant dS par dm (un élément de masse), on obtient le moment d'inertie d'une plaque, qui mesure la résistance à la mise en rotation. C'est pourquoi on dit souvent, par abus de langage, « moment d'inertie » pour « moment quadratique ».
3

Le théorème de Huygens et les sections composées

Changer d'axe, et calculer en tableau

⛸️Image à retenirLa patineuse qui écarte les bras : la même masse, plus loin de l'axe, tourne beaucoup plus difficilement
👁 Niveau 1 : voir la matière qu'on éloigne

Une patineuse qui tourne sur elle-même ralentit quand elle écarte les bras : la même masse, placée plus loin de l'axe, résiste beaucoup plus à la rotation. Pour une section, c'est pareil : un morceau de surface S, dont le centre est à la distance d de l'axe, apporte son propre moment quadratique (autour de son centre) plus S × d². C'est le théorème de Huygens (p. 23) :

IOz = IGz + S·yG²    IOy = IGy + S·zG²

yG, zG : distances entre l'axe par G et l'axe parallèle par O. Le moment quadratique est minimal par rapport à un axe passant par G

La poutrelle en I s'explique ainsi : on met presque toute la matière dans deux semelles, loin de l'axe neutre, où le terme S·d² est énorme, et on les relie par une âme mince. À quantité de matière égale, on gagne un facteur 20 sur un barreau carré.

La méthode en tableau pour une section composée : 1. découper en rectangles ; 2. trouver G (chapitre 1) ; 3. pour chaque morceau, calculer son I propre (bh³/12) et son terme Si·di², où di est la distance de son centre à G ; 4. additionner.

Manipulation 3 : le calculateur de sections composées

Choisis une forme et règle ses dimensions (en mm). Le tableau de Huygens se remplit ligne par ligne ; sur le dessin, chaque morceau porte son centre et sa distance di à G. Compare avec un barreau carré de même aire.

🎓 Niveau 2 : maîtriser la démonstration et le piège

Démonstration. Soit y′ la distance d'un point à l'axe Gz, et y = y′ + yG sa distance à l'axe Oz parallèle. IOz = ∫(y′ + yG)² dS = ∫y′² dS + 2yG∫y′ dS + yG²∫dS. Le terme du milieu contient le moment statique par rapport à un axe passant par G : il est nul (chapitre 1). Il reste IOz = IGz + S·yG². Même raisonnement pour le moment produit : MPOyz = MPGyz + yG·zG·S (p. 23).

Exemple complet (section en T du chapitre 1, yG = 82,7 mm) :

MorceauSi (mm²)I propre (mm⁴)di (mm)Si·di² (mm⁴)
Table 120 × 202 400120 × 20³/12 = 80 000110 − 82,7 = 27,31 785 000
Âme 20 × 1002 00020 × 100³/12 = 1 666 70082,7 − 50 = 32,72 142 000
Total4 4001 746 7003 927 000

IGz = 1 746 700 + 3 927 000 ≈ 5,67 × 10⁶ mm⁴ (567 cm⁴). Les termes de Huygens pèsent ici plus que les moments propres.

⚠️ Le piège : Huygens transporte un moment quadratique depuis l'axe passant par le centre du morceau. On ne peut pas passer directement d'un axe quelconque à un autre axe quelconque : il faut toujours repasser par G. Et on n'additionne jamais des moments calculés par rapport à des axes différents.
4

Moment produit et axes principaux

Les sections non symétriques, et le retour du cercle de Mohr

📐Image à retenirL'équerre : une cornière chargée verticalement fléchit de travers
👁 Niveau 1 : voir la cornière qui part de travers

Pose une cornière (une section en L) sur deux appuis et charge-la verticalement : elle ne descend pas tout droit, elle part aussi de côté. La raison : pour une section sans axe de symétrie, les axes y et z ne sont pas les axes « naturels » de la flexion. Il existe un troisième nombre, le moment produit :

MPGyz = ∫S y·z dS

nul dès que la section a un axe de symétrie selon y ou selon z : les termes y·z positifs et négatifs se compensent

Quand on fait tourner l'axe de calcul Δ autour de G, le moment quadratique IΔ varie. Il passe par un maximum et par un minimum, pour deux directions perpendiculaires : les axes principaux de la section, pour lesquels le moment produit est nul. Selon ces axes, une charge ne fait pas partir la poutre de travers. C'est exactement la même mathématique que les contraintes principales du cours 4 : une matrice symétrique 2 × 2, ses directions propres, et un cercle de Mohr.

Manipulation 4 : la cornière et ses axes principaux

Une cornière (dimensions en mm), y vers le haut et z vers la gauche comme page 25 du polycopié. Fais tourner l'axe Δ autour de G : sa courbe IΔ(α) se trace à droite. Les axes principaux (en vert) sont aux sommets de la courbe.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les formules des pages 24 et 25

Axe quelconque. Pour un axe Δ passant par O et faisant l'angle α = (y⃗, Δ⃗) :

IΔ = IOycos²α + IOzsin²α − 2MPOyzsin α cos α = (cos α ; sin α)·IOy−MPOyz−MPOyzIOz·(cos α ; sin α)

la matrice, notée IIOyz dans le polycopié, représente le tenseur 𝔍O des moments quadratiques en O

Axes principaux (p. 24) : les directions propres de cette matrice. Les moments quadratiques principaux et l'angle θ = (y⃗, Y⃗) valent :

IOY, OZ = ½(IOy + IOz) ± ½√((IOy − IOz)² + 4MPOyz²)    tan 2θ = 2MPOyzIOz − IOy

centre ½(IOy + IOz) et rayon ½√(…) : c'est le cercle de Mohr des moments quadratiques

⚠️ Le même piège qu'au cours 4 : tan 2θ a deux solutions à 90° l'une de l'autre. Pour savoir laquelle donne le maximum, remplace dans la formule de IΔ. Pour la cornière égale 60 × 60 × 6 : IGy = IGz = 233 000 mm⁴ et MPGyz = −138 000 mm⁴, d'où des moments principaux de 371 000 et 95 000 mm⁴ ; le maximum est selon la diagonale de symétrie de la cornière, le minimum perpendiculairement.
💡 Pourquoi le signe moins dans la matrice ? Dans le tenseur des contraintes, on range +τxy hors de la diagonale ; dans le tenseur des moments quadratiques, c'est −MP. Ce signe vient du produit vectoriel qui définit la distance à l'axe Δ (p. 24). Il suffit de recopier la matrice du polycopié.
5

Le moment polaire et le catalogue des sections

IG ou IGz ? Et pourquoi les tubes sont si efficaces

🎭Image à retenirLes jumeaux : IG et IGz se ressemblent, mais l'un tord et l'autre plie
👁 Niveau 1 : voir les faux jumeaux

En torsion, la section tourne sur elle-même autour de G : chaque point se déplace proportionnellement à sa distance r au centre, et non plus à sa distance à un axe. D'où un autre moment, le moment polaire (p. 24) :

IO = ∫S r² dS = IOy + IOz

r² = y² + z² (Pythagore) : le polaire est la somme des deux moments quadratiques

IGz : moment quadratiqueIG : moment polaire
Distance au carréà un axe (Gz)au point G
Sert pourla flexion : σ = −Mfz·y/IGzla torsion : τ = Mt·r/IG
Rond plein de diamètre dπd⁴/64πd⁴/32 (le double)
Rectangle b × hbh³/12bh(b² + h²)/12
🎭 Les jumeaux : IG sans lettre d'axe tourne autour du point (torsion) ; IGz avec sa lettre d'axe plie autour de l'axe (flexion). Pour un rond : « 64 pour plier, 32 pour tordre ».

Manipulation 5 : le catalogue des sections

Choisis une forme et ses dimensions (en mm). Tu obtiens son aire, ses moments quadratique et polaire, et son efficacité : combien elle est plus rigide en flexion qu'un rond plein de même aire, donc de même poids.

🎓 Niveau 2 : maîtriser les valeurs usuelles de la page 25
SectionIGYIGZIG (polaire)
Rond de diamètre d (rayon R)πd⁴/64 = πR⁴/4πd⁴/32 = πR⁴/2
Tube mince, rayon moyen R, épaisseur e ≪ R≈ πeR³ (sinon : différence des deux ronds)≈ 2πeR³
Rectangle b (selon Z) × h (selon Y)hb³/12bh³/12bh(b² + h²)/12
Tube rectangulaire 2b × 2a, épaisseur e ≪ a, b≈ (4/3)eb²(3a + b)≈ (4/3)ea²(3b + a)somme des deux

≪ : « très petit devant ». Pour le tube rond, l'approximation πeR³ se trompe de moins de 1 % quand e est dix fois plus petit que R.

Le module de flexion, qui servira au cours 9 : la contrainte maximale de flexion est atteinte sur la fibre la plus éloignée de l'axe neutre, à la distance v. On pose W = IGz/v, et alors |σ|max = |Mf|/W. Rectangle : W = bh²/6 ; rond : W = πd³/32. Les catalogues de profilés donnent directement W.

⚠️ Le polaire ne suffit pas pour tordre une section non circulaire. La formule τ = Mt·r/IG suppose que les sections restent planes en tournant, ce qui n'est vrai que pour les ronds et les tubes ronds. Un rectangle ou un profilé ouvert (I, U, cornière) se gauchit en torsion : on utilise alors une « constante de torsion » spécifique, bien plus faible que IG. Retiens : en torsion, les sections fermées et rondes sont de loin les meilleures.
✎

Exercices corrigés

Du centre de gravité aux axes principaux

🏋️Image à retenirLa salle de muscu : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi de tête, puis la fiche, puis le cours

Dessine toujours la section avec ses axes, découpe-la en rectangles et présente tes calculs en tableau. Les manipulations 1, 3, 4 et 5 permettent de vérifier tes résultats. Dimensions en mm.

Exercice 1 : le centre de gravité d'un T N1 · chapitre 1

Section en T : table 120 × 20 (largeur × épaisseur) posée sur une âme 20 × 100 (épaisseur × hauteur).

a) Calcule l'aire et la position de G, mesurée depuis le bas de l'âme.
b) Vérifie que le moment statique par rapport à l'axe horizontal passant par G est nul.

Voir la correction

a) S1 = 2 400 mm² à y1 = 110 ; S2 = 2 000 mm² à y2 = 50. S = 4 400 mm² ; yG = (2 400 × 110 + 2 000 × 50)/4 400 = 364 000/4 400 = 82,7 mm.

b) 2 400 × (110 − 82,7) + 2 000 × (50 − 82,7) = 65 500 − 65 500 = 0 ✅ : les deux morceaux « pèsent » autant de part et d'autre de G.

Exercice 2 : la planche à plat ou sur chant N1 · chapitre 2

Une planche de section 200 × 20 mm.

a) Calcule son moment quadratique pour une flexion à plat, puis sur chant.
b) Dans quel rapport la flèche d'une console change-t-elle ?

Voir la correction

a) À plat (h = 20) : I = 200 × 20³/12 = 133 000 mm⁴. Sur chant (h = 200) : I = 20 × 200³/12 = 13,3 × 10⁶ mm⁴.

b) Rapport (200/20)² = 100. La flèche est inversement proportionnelle à I (cours 9) : sur chant, la planche fléchit 100 fois moins. Pour une console d'acier de 1 m chargée par 1 kN : environ 12 mm à plat, 0,12 mm sur chant.

Exercice 3 : Huygens sur le T N2 · chapitre 3

Section en T de l'exercice 1 (yG = 82,7 mm). Calcule IGz par la méthode du tableau.

Voir la correction

Table : I propre = 120 × 20³/12 = 80 000 ; d = 27,3 ; S·d² = 2 400 × 27,3² = 1 785 000. Âme : I propre = 20 × 100³/12 = 1 666 700 ; d = 32,7 ; S·d² = 2 000 × 32,7² = 2 142 000. IGz = 80 000 + 1 785 000 + 1 666 700 + 2 142 000 ≈ 5,67 × 10⁶ mm⁴ (567 cm⁴).

Exercice 4 : pourquoi les poutrelles sont en I N2 · chapitre 3

Section en I symétrique : deux semelles 100 × 10 et une âme 8 × 180 (hauteur totale 200).

a) Calcule l'aire et IGz.
b) Compare avec un barreau carré de même aire.
c) Et avec un plat 20 × 172 sur chant, de même aire ?

Voir la correction

a) S = 2 × 1 000 + 1 440 = 3 440 mm². G au milieu (symétrie). Semelles : 2 × (100 × 10³/12 + 1 000 × 95²) = 2 × (8 300 + 9 025 000) ≈ 18,07 × 10⁶ ; âme : 8 × 180³/12 = 3,89 × 10⁶. IGz ≈ 21,95 × 10⁶ mm⁴.

b) Carré de côté √3 440 = 58,7 mm : I = 58,7⁴/12 ≈ 0,99 × 10⁶ mm⁴. L'I est 22 fois plus rigide pour le même poids.

c) Plat 20 × 172 sur chant : I = 20 × 172³/12 ≈ 8,48 × 10⁶ mm⁴. L'I reste 2,6 fois meilleur : ses semelles mettent la matière encore plus loin de l'axe, et l'âme le rend stable (un plat haut et mince se déverse de côté).

Exercice 5 : rond plein ou tube N1 · chapitre 5

Un rond plein de diamètre 40, et un tube de diamètre extérieur 40 et d'épaisseur 3.

a) Calcule IGz et IG du rond plein.
b) Calcule IGz du tube exactement, puis avec l'approximation πeR³.
c) Compare les aires et les moments.

Voir la correction

a) IGz = π × 40⁴/64 = 125 700 mm⁴ ; IG = π × 40⁴/32 = 251 300 mm⁴.

b) Exact : π(40⁴ − 34⁴)/64 = 60 070 mm⁴. Approché : R = 18,5 (rayon moyen), π × 3 × 18,5³ = 59 670 mm⁴, soit −0,7 %.

c) Aires : 349 mm² pour le tube, 1 257 mm² pour le rond. Avec 28 % de la matière, le tube garde 48 % de la rigidité en flexion. À poids égal, le tube est bien plus efficace, en flexion comme en torsion.

Exercice 6 : la cornière égale N2 · chapitre 4

Cornière 60 × 60 × 6 (y vers le haut, z vers la gauche, coin au point O). On donne : S = 684 mm², yG = zG = 17,2 mm, IGy = IGz = 233 300 mm⁴, MPGyz = −138 100 mm⁴.

a) Pourquoi MPGyz n'est-il pas nul ?
b) Calcule les moments quadratiques principaux.
c) Donne les axes principaux et dis lequel porte le maximum.

Voir la correction

a) La section n'a aucun axe de symétrie parallèle à y ou à z (son axe de symétrie est la diagonale) : les produits y·z ne se compensent pas.

b) Centre du cercle : 233 300 ; rayon : √(0² + 138 100²) = 138 100. Imax = 371 400 mm⁴ et Imin = 95 200 mm⁴.

c) tan 2θ = 2MP/(IGz − IGy) = −∞ : 2θ = ±90°, θ = ±45°. En remplaçant α = 45° dans IΔ : 233 300 − 2 × (−138 100) × 0,5 = 371 400 : le maximum est selon la diagonale α = 45°, qui passe par le coin et par G (l'axe de symétrie) ; le minimum est perpendiculaire.

Défi : la règle un peu tournée N2 · chapitres 2 et 4

La règle 20 × 200 (sur chant) est inclinée de 30°. Que devient son moment quadratique par rapport à l'axe horizontal passant par G ?

Voir la correction

Les axes propres de la règle sont principaux (symétrie) : I1 = 20 × 200³/12 = 13,33 × 10⁶ et I2 = 200 × 20³/12 = 0,133 × 10⁶ mm⁴, sans moment produit. Pour un axe à 30° de l'axe principal : I = I1cos²30° + I2sin²30° = 13,33 × 0,75 + 0,133 × 0,25 ≈ 10,0 × 10⁶ mm⁴. Une inclinaison de 30° fait perdre 25 % de la rigidité : un profilé mal orienté au montage (ou une soudure qui le fait vriller) est nettement moins rigide.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10/12 avant le cours 9
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 8

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée, aile des poutres, salle 3
☝️

Centre de gravité

yG = ΣSiyi/ΣSi

Moment statique ∫y dS = yGS, nul par rapport à un axe passant par G.

📏

Moment quadratique

IGz = ∫y² dS

La distance au carré est perpendiculaire à l'axe : IGz contient des y². En mm⁴.

🟫

Rectangle

IGz = bh³/12

h dans le sens de la flexion, au cube. Sur chant contre à plat : rapport (h/b)².

⛸️

Huygens

IOz = IGz + S·d²

La patineuse. Toujours depuis G. Minimum pour l'axe passant par G.

🏗️

Section composée

Σ (Ipropre + Sidi²)

Le tableau : Si, yi, G, I propres, di, Sidi². Le I est 22 fois meilleur qu'un carré.

📐

Moment produit

MP = ∫yz dS

Nul dès qu'il y a un axe de symétrie selon y ou z. Sinon la poutre fléchit de travers.

⭕

Axes principaux

tan 2θ = 2MP/(IOz − IOy)

Le cercle de Mohr, troisième apparition. Deux solutions : vérifier laquelle est le maximum.

🌀

Moment polaire

IO = IOy + IOz

∫r² dS. Rond : πd⁴/32. Tube mince : 2πeR³. Pour la torsion des sections rondes.

🎭

Les jumeaux

IGz plie · IG tord

Rond : « 64 pour plier, 32 pour tordre ». Module de flexion W = IGz/v.

🏛 Le musée, aile des poutres, salle 3 (2 minutes, les yeux fermés) : une plaque en carton tient en équilibre sur un doigt ☝️ ; à côté, une règle 📏 posée sur une brique 🟫 ; une patineuse ⛸️ écarte les bras devant une grue 🏗️ ; au mur, une équerre 📐 est accrochée dans un cercle ⭕ ; au plafond tourne un tourbillon 🌀, et deux masques 🎭 de jumeaux nous regardent.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
Axe neutre
Axe de la section, passant par G, autour duquel elle tourne en flexion ; les fibres qui s'y trouvent ne s'allongent pas.
Axes principaux (de la section)
Les deux axes perpendiculaires passant par G pour lesquels le moment produit est nul ; ils portent les moments quadratiques maximal et minimal.
Centre de gravité G
Point d'équilibre de la section (le polycopié dit « isobarycentre ») ; la ligne moyenne de la poutre passe par G.
Cornière
Profilé en forme de L, à ailes égales ou inégales.
dS
Petit élément de surface de la section, autour d'un point P.
∫S
Intégrale sur la surface : la somme continue d'une grandeur sur toute la section.
IGz, IGy (moments quadratiques)
∫y² dS et ∫z² dS, par rapport aux axes Gz et Gy ; mesurent la rigidité de forme en flexion, en mm⁴.
IG, IO (moment polaire)
∫r² dS par rapport au point G (ou O) ; égal à Iy + Iz ; sert à la torsion des sections rondes.
MSOz, MSOy (moments statiques)
∫y dS et ∫z dS ; égaux à yGS et zGS ; en mm³.
MPOyz (moment produit)
∫yz dS ; nul si la section a un axe de symétrie selon y ou z.
mm⁴, cm⁴
Unités des moments quadratiques : 1 cm⁴ = 10 000 mm⁴.
Module de flexion W
W = IGz/v, avec v la distance de l'axe neutre à la fibre la plus éloignée ; |σ|max = |Mf|/W.
PRS
Poutre reconstituée soudée : poutre fabriquée en soudant des tôles (semelles et âme).
Sur chant, à plat
Une planche est « sur chant » posée sur sa tranche (grande dimension verticale), « à plat » posée sur sa grande face.
Théorème de Huygens
IO = IG + S·d² pour deux axes parallèles distants de d, l'un passant par G (le polycopié écrit « Huyghens »).
Tenseur 𝔍O des moments quadratiques
Matrice [[IOy, −MP], [−MP, IOz]] (notée IIOyz) qui donne IΔ pour tout axe Δ passant par O.
≪
« Très petit devant » : e ≪ R veut dire que e est au moins dix fois plus petit que R.

Check-list : suis-je prêt pour le cours 9 ?

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🔭 Au prochain épisode, cours 9 : les contraintes et les déformations dans les poutres. On assemble tout : les diagrammes donnent N, T, Mt et Mf ; la section donne S, IGz et IG. On en tire les contraintes (σ = N/S, τ = T/S, τ = Mt·r/IG, σ = −Mf·y/IGz), les déformations (allongement, angle de torsion, flèche) et on résout enfin les problèmes hyperstatiques.