Avant de commencer
Ce que tu sais déjà, en trois cases
| Chapitre du cours | Ce qu'il apporte à l'IWE |
|---|---|
| 1 Tirer sur la matière : l'élasticité | principe de l'essai ; module d'Young E et module de cisaillement G |
| 2 Glisser plutôt que casser : la plasticité | origine de la déformation permanente ; comportements ductile, fragile, non linéaire |
| 3 Lire la courbe | les grandeurs mesurées (ReH, ReL, Rp0,2, Rm, Ag, A, Z) et leur définition normalisée |
| 4 La striction et la courbe rationnelle | contrainte et déformation vraies, écrouissage n, critère de striction |
| 5 Ce qui change la courbe | effets de la température, de la vitesse, de la microstructure et du sens de prélèvement |
| 6 L'essai en pratique | machine, éprouvettes, mesures, limites ; procès-verbal ; traction des soudures |
- ISO 6892-1 : essai de traction des matériaux métalliques à température ambiante (vocabulaire, éprouvettes, vitesses, calculs) ; ISO 6892-2 à température élevée ; ISO 6892-3 à basse température.
- ISO 7500-1 : étalonnage de la mesure de force des machines ; ISO 9513 : étalonnage des extensomètres ; ISO 10275 : mesure du coefficient d'écrouissage n des tôles.
- ISO 4136 : essai de traction transversale d'un joint soudé ; ISO 5178 : essai de traction longitudinale du métal fondu ; ISO 15614-1 : qualification d'un mode opératoire de soudage (QMOS) des aciers.
- EN 10025-2 : aciers de construction non alliés (S235, S355 : le nombre est la limite d'élasticité minimale en MPa) ; EN 10164 : aciers à caractéristiques garanties dans l'épaisseur (classes Z15, Z25, Z35) ; EN 10204 : documents de contrôle, dont le certificat de réception 3.1.
- MPa, GPa : mégapascal (10⁶ Pa = 1 N/mm²), gigapascal (1 000 MPa) ; CC, CFC : structures cristallines cubique centrée et cubique à faces centrées ; ZAT : zone affectée thermiquement d'une soudure ; PV : procès-verbal d'essai.
Chaque tôle arrive à l'atelier avec un certificat de réception (EN 10204, type 3.1) qui donne sa limite d'élasticité, sa résistance et son allongement mesurés en traction. Chaque qualification de mode opératoire (ISO 15614-1) casse des éprouvettes en travers du joint. Chaque métal d'apport est classé d'après la traction de son métal fondu : « E 42 » veut dire au moins 420 MPa de limite d'élasticité. Le coordinateur en soudage doit savoir lire ces chiffres, repérer un essai douteux et comprendre ce qu'ils promettent pour la structure.
La série en trois cours
Le plan du cours
- 1Tirer sur la matière : l'élasticité
Contrainte, déformation, ressorts entre atomes, module d'Young.
- 2Glisser plutôt que casser : la plasticité
Plans qui glissent, cission critique, dislocations, écrouissage.
- 3Lire la courbe
ReH, ReL, Rp0,2, Rm, Ag, A, Z : six stations sur une même ligne.
- 4La striction et la courbe rationnelle
Pourquoi la force baisse alors que le métal durcit encore.
- 5Ce qui change la courbe
Froid, vitesse, trempe, sens de laminage : le même acier, quatre visages.
- 6L'essai en pratique
Machine, éprouvette, extensomètre, procès-verbal, soudures.
Tirer sur la matière : l'élasticité
Contrainte, déformation, ressorts entre atomes et module d'Young
L'essai de traction tient en une phrase : on serre une éprouvette (un barreau aux dimensions soignées) entre deux mâchoires, les mors, et on l'étire avec une force F croissante, en newtons (N), en mesurant l'allongement ΔL d'une longueur repérée sur l'éprouvette, la longueur initiale entre repères L0.
Une grosse éprouvette demande plus de force qu'une petite pour s'allonger autant. Pour que le résultat ne dépende que du métal, on divise :
- la force par la section initiale S0 : c'est la contrainte σ (« sigma »), en MPa ;
- l'allongement par la longueur initiale : c'est la déformation ε (« epsilon »), sans unité, souvent donnée en %.
Au tout début, la courbe σ(ε) est une droite, et si l'on relâche, l'éprouvette retrouve exactement sa longueur : c'est le domaine élastique. Pour le comprendre, imagine un sommier à ressorts : les atomes du métal sont rangés en réseau, et chacun est retenu à ses voisins par des liaisons qui se comportent comme de petits ressorts. Tirer écarte un peu les atomes ; les ressorts les rappellent dès qu'on lâche.
La pente de cette droite s'appelle le module d'Young E. Il traduit la raideur des ressorts, donc la nature des liaisons : environ 1 000 GPa pour le diamant, 210 GPa pour l'acier, 70 GPa pour l'aluminium (1 GPa = 1 000 MPa). Sous la même contrainte, l'aluminium s'allonge donc trois fois plus que l'acier.
Les ressorts ont pourtant une limite : tirés trop loin, ils lâchent. Le calcul donne une résistance théorique d'environ E/10, soit 21 000 MPa pour l'acier. Or un acier de construction se déforme pour toujours dès 300 MPa environ, soixante-dix fois moins. Il se passe autre chose, bien avant que les liaisons cèdent : c'est le chapitre 2.
Manipulation 1 : le sommier à ressorts
Deux atomes voisins dans un métal qu'on étire. Choisis un matériau et écarte les atomes avec le curseur ε, l'allongement relatif de la liaison (les valeurs négatives les rapprochent). En haut à droite, l'énergie de liaison U : un puits au fond duquel les atomes s'installent, à la distance d'équilibre r0. En bas, la force de rappel convertie en contrainte σ, avec en vert la droite de Hooke, de pente E. « Chauffer » fait vibrer les atomes au fond du puits. Modèle de Morse (un potentiel classique de liaison), pédagogique.
Contrainte et déformation conventionnelles
σ : contrainte conventionnelle (MPa = N/mm²) ; F : force (N) ; S0 : section initiale (mm²) ; ε : déformation conventionnelle (sans unité) ; L : longueur entre repères sous charge ; E : module d'Young (MPa). La dernière relation, la loi de Hooke, ne vaut que dans le domaine élastique.
Ces grandeurs sont dites conventionnelles (ou nominales) : on divise toujours par les dimensions initiales, même quand l'éprouvette s'est amincie. Le chapitre 4 corrigera ce choix. Pendant l'allongement, la section se contracte : la déformation transversale vaut −ν·ε, où ν (« nu »), le coefficient de Poisson, vaut environ 0,3 pour les métaux.
Exemple. Une tige d'acier de 10 mm de diamètre et 2 m de long porte 15 kN. Section : S0 = π × 10²/4 = 78,5 mm². Contrainte : σ = 15 000/78,5 = 191 MPa. Déformation : ε = 191/210 000 = 9,1·10⁻⁴ (0,091 %). Allongement : ΔL = 9,1·10⁻⁴ × 2 000 = 1,8 mm. La même tige en aluminium (70 GPa) s'allongerait de 5,5 mm.
D'où vient le module d'Young ?
L'énergie de liaison entre deux atomes, U, dépend de leur distance r. Elle additionne une attraction, qui les rapproche, et une répulsion, qui empêche leurs nuages d'électrons de s'interpénétrer : U = Uattractive + Urépulsive. La somme forme un puits : son fond fixe la distance d'équilibre r0, quelques dixièmes de nanomètre. La force qu'il faut exercer pour maintenir les atomes à la distance r est la dérivée de l'énergie (sa pente) :
dU/dr : dérivée de U par rapport à r, la pente du puits ; dF/dr en r0 : raideur d'une liaison au repos ; σth : contrainte de rupture théorique, liée au maximum de F(r)
Au fond du puits, la pente est nulle : aucune force. Autour, la force croît presque proportionnellement à l'écart : c'est la loi de Hooke vue à l'échelle des atomes, et E mesure la courbure du puits. Plus loin, la force passe par un maximum, la résistance théorique de la liaison, puis diminue : la liaison est rompue. Le puits est dissymétrique (la répulsion monte plus vite que l'attraction ne descend) : quand les atomes vibrent sous l'effet de la chaleur, leur distance moyenne augmente. C'est la dilatation thermique, que des ressorts parfaits, symétriques, n'expliqueraient pas.
| Matériau | E (GPa) | Matériau | E (GPa) |
|---|---|---|---|
| Diamant | ≈ 1 000 | Cuivre | ≈ 125 |
| Carbure de tungstène | ≈ 600 | Titane | ≈ 110 |
| Tungstène | ≈ 410 | Laiton, bronze | ≈ 100 à 120 |
| Alumine (Al₂O₃) | ≈ 380 | Aluminium, verre | ≈ 70 |
| Acier (ferritique ou inoxydable) | ≈ 195 à 210 | Magnésium | ≈ 45 |
| Fonte à graphite sphéroïdal | ≈ 170 | Polymères | ≈ 0,01 à 4 |
Mesurer E. C'est la pente de la partie droite de la courbe. Au premier chargement, les mors se mettent en place et la courbe commence souvent en douceur : la mesure est plus précise sur une décharge, qui redescend selon une droite bien nette de même pente. Il faut un extensomètre, un capteur posé sur l'éprouvette elle-même (chapitre 6).
Une grandeur intrinsèque. E dépend des liaisons, pas de la façon dont les atomes sont arrangés à grande échelle : un acier recuit, trempé ou écroui garde le même module, à quelques pour cent près. Il baisse avec la température, d'environ 70 MPa par degré pour l'acier : environ 182 GPa à 400 °C.
Le cisaillement et l'essai de torsion
Tordre un cylindre par un couple C fait glisser chaque tranche sur sa voisine. La contrainte est alors tangentielle (parallèle à la surface qui la porte) : c'est la cission τ (« tau »), ou contrainte de cisaillement. Un petit carré de matière devient un losange : son angle droit se ferme d'un angle θ, et la déformation de cisaillement vaut γ = tan θ = dw/L ≈ θ (en radians, aux petites déformations), où dw est le décalage de deux faces distantes de L.
G : module de cisaillement ; γ (« gamma ») : déformation de cisaillement (rad). Acier : G ≈ 210/(2 × 1,3) ≈ 81 GPa ; aluminium : ≈ 26 GPa
La zone affectée thermiquement d'une soudure peut être plus dure ou plus douce que le métal de base, mais sa raideur est la même : E ne dépend pas de la microstructure. Quand on remplace un acier par un alliage d'aluminium pour alléger une structure soudée, il faut donc épaissir ou raidir les sections : à résistance égale, la rigidité, elle, a été divisée par trois.
Glisser plutôt que casser : la plasticité
Plans qui glissent, cission critique, dislocations, écrouissage
Au-delà de la limite d'élasticité, l'éprouvette ne revient plus à sa longueur : une partie de l'allongement est permanente. C'est la déformation plastique. Que se passe-t-il dans le métal ?
Tire un monocristal (un métal fait d'un seul grain, comme un gros cristal de cuivre ou de zinc) de plus de 10 % : sa surface se couvre de marches parallèles, en biais. Des tranches entières du cristal ont glissé les unes sur les autres, le long de plans atomiques bien précis et dans des directions bien précises. Ce n'est pas la traction qui fait glisser, mais sa part qui agit le long du plan, la cission : elle est maximale sur les plans inclinés à 45° de l'effort, et nulle sur un plan perpendiculaire ou parallèle à l'effort.
Faire glisser tout un plan d'atomes d'un coup demanderait une contrainte énorme, du même ordre que la résistance théorique du chapitre 1. Le cristal triche : il contient des dislocations, des lignes le long desquelles le plan a déjà glissé d'un côté et pas de l'autre. Pour avancer, une dislocation n'a qu'à décaler une rangée d'atomes à la fois, comme la chenille qui fait courir une bosse le long de son corps, ou comme on déplace un grand tapis en poussant un pli. Il suffit alors d'une contrainte mille fois plus faible.
En se déplaçant, les dislocations se multiplient, s'enchevêtrent et se bloquent. Il faut tirer de plus en plus fort pour continuer : c'est l'écrouissage, qui fait monter la courbe après la limite d'élasticité. Les joints entre les grains d'un métal arrêtent aussi les dislocations : plus les grains sont fins, plus le métal est résistant.
Manipulation 2 : la chenille et le plan incliné
Un monocristal est tiré par une contrainte σ. Son plan de glissement fait l'angle φ avec l'axe de traction (angle entre l'axe et la normale au plan) ; dans ce plan, la direction de glissement est tournée de ψ par rapport à la ligne de plus grande pente. Le cristal glisse quand la cission résolue τ atteint la cission critique τ0 = 1 MPa (ordre de grandeur d'un monocristal de cuivre pur). À droite, le facteur de Schmid m selon φ ; la ligne violette marque le m minimal qui fait glisser sous la contrainte choisie.
La loi de Schmid
Une contrainte σ appliquée sur une section S agit, sur un plan incliné, comme une force qui se décompose en une part normale au plan et une part tangentielle. En la ramenant à l'aire du plan incliné (plus grande que S) et à la direction de glissement, on obtient la cission résolue :
φ : angle entre l'axe de traction et la normale au plan ; λ (« lambda ») : angle entre l'axe et la direction de glissement ; m = cos φ·cos λ : facteur de Schmid, au plus 0,5 (φ = λ = 45°) ; τ0 : cission critique du système de glissement
Exemple (τ0 = 1 MPa). Plan à 45°, direction dans la plus grande pente : m = 0,5, le cristal glisse dès σ = 1/0,5 = 2 MPa. Plan à φ = 60° : m = cos 60° × cos 30° = 0,433, il faut 2,31 MPa. Plan à 80° : m = 0,171, il faut 5,85 MPa. Plan à 45° mais direction tournée de ψ = 60° : λ = 69°, m = 0,25, il faut 4 MPa.
Les plans et directions de glissement sont les plus denses en atomes. La structure cubique à faces centrées (CFC : cuivre, aluminium, nickel, aciers inoxydables austénitiques) en offre douze, toujours actifs : ces métaux restent ductiles même à très basse température. La structure cubique centrée (CC : fer α, aciers ferritiques) en a davantage, mais leur cission critique grimpe quand la température baisse (chapitre 5). La structure hexagonale compacte (zinc, magnésium, titane α) en a peu de faciles : ces métaux se déforment moins bien.
Pourquoi les dislocations
Faire glisser un plan entier d'un bloc demanderait une cission théorique d'environ G/(2π) : pour le cuivre (G ≈ 48 GPa), environ 7 600 MPa. Un monocristal de cuivre pur glisse sous 1 MPa environ, sept mille fois moins. C'est la signature des dislocations : on n'en coupe qu'une rangée de liaisons à la fois. Leur densité ρ, la longueur de lignes par unité de volume, va d'environ 10¹⁰ à 10¹² m⁻² dans un métal recuit à 10¹⁵ ou 10¹⁶ m⁻² dans un métal fortement écroui ; la contrainte d'écoulement croît à peu près comme √ρ.
Du monocristal au métal réel
Un métal industriel est un polycristal : des milliers de grains orientés au hasard, qui doivent se déformer ensemble sans s'ouvrir aux joints. Il faut activer plusieurs systèmes dans chaque grain : la limite d'élasticité du polycristal vaut environ trois fois la cission critique. Les joints de grains bloquent les dislocations ; d'où la loi de Hall-Petch :
d : taille de grain (m) ; σ0 et k : constantes du matériau. Fer et aciers doux : σ0 ≈ 70 MPa, k ≈ 0,74 MPa·√m. Grains de 20 µm : Re ≈ 70 + 0,74/√(20·10⁻⁶) ≈ 235 MPa ; grains de 5 µm : ≈ 400 MPa
Trois comportements
| Comportement | Courbe | Exemples |
|---|---|---|
| Ductile | grande déformation plastique, allongement à rupture élevé, rupture progressive après une striction ; limite d'élasticité souvent modeste | aciers de construction, inox austénitiques, cuivre, aluminium |
| Fragile | pas de déformation plastique : rupture brusque dans le domaine élastique, allongement nul ; résistance souvent élevée | verre, céramiques, fonte grise, martensite non revenue, acier ferritique très froid |
| Non linéaire | élastique et plastique difficiles à séparer, courbe en S | élastomères, alliages à mémoire de forme (cas rares en métallurgie) |
La surface de la cassure confirme le diagnostic : cupules d'une rupture ductile, facettes brillantes d'un clivage fragile. Leur lecture fait l'objet du cours 1 de la série Rupture.
Un alliage d'aluminium écroui (état H) ou un acier formé à froid doivent une part de leur résistance à leurs dislocations. La chaleur du soudage les réarrange : la zone affectée thermiquement se recristallise et redevient douce. Le calcul des structures soudées en aluminium tient compte de cette zone adoucie. À l'inverse, les grains qui grossissent près de la ligne de fusion d'un acier abaissent sa limite d'élasticité locale et, surtout, sa ténacité.
Lire la courbe
ReH, ReL, Rp0,2, Rm, Ag, A, Z : six stations sur une même ligne
Parcours la courbe de traction comme une ligne de métro, station par station :
- Station E : la droite du départ, de pente E (chapitre 1).
- Station limite d'élasticité : la fin de la droite. Pour un acier de construction, elle se voit : la contrainte fait un petit pic, la limite supérieure d'écoulement ReH, puis tombe sur un palier, la limite inférieure ReL, où la plasticité envahit l'éprouvette par bandes. Pour l'inox, l'aluminium ou un acier trempé, la courbe s'arrondit doucement et l'on ne sait pas où la droite s'arrête. On adopte alors une convention : la limite conventionnelle d'élasticité Rp0,2, la contrainte qui laisse 0,2 % de déformation permanente.
- Station Rm : le sommet de la courbe, la résistance à la traction Rm, atteinte après un allongement réparti Ag pendant lequel toute l'éprouvette s'est allongée de la même façon.
- Terminus : la striction creuse un col, la courbe descend, l'éprouvette casse. On mesure sur les deux morceaux l'allongement après rupture A et le coefficient de striction Z, la réduction de section au col.
Pourquoi une convention pour Rp0,2 ? Parce que l'œil trompe : sur une courbe tracée jusqu'à la rupture, la droite semble se prolonger loin ; en agrandissant le début, on voit qu'elle s'infléchit bien plus tôt. Une même éprouvette donnerait autant de « limites » que d'échelles de lecture. Le décalage de 0,2 % fixe une règle que tous les laboratoires appliquent de la même façon.
Manipulation 3 : la ligne de métro
Choisis un matériau, puis déplace le curseur le long de l'essai, ou lance la lecture. La courbe est conventionnelle : σ = F/S0 en fonction de ε = ΔL/L0. Au curseur, le pointillé bleu montre la décharge : ce que l'éprouvette garderait si on la relâchait là. La droite verte décalée construit la limite conventionnelle (décalage réglable, 0,2 % par défaut). « Zoom » agrandit le début de la courbe : compare ta lecture « à l'œil » de la limite d'élasticité dans les deux vues. Valeurs typiques, modèle pédagogique.
| Symbole | Nom | Définition |
|---|---|---|
| E | module d'élasticité | pente de la partie élastique |
| ReH | limite supérieure d'écoulement | contrainte au premier pic, juste avant la chute de force |
| ReL | limite inférieure d'écoulement | plus basse contrainte du palier, hors effet transitoire initial |
| Rp0,2 | limite conventionnelle d'élasticité | contrainte pour laquelle l'extension plastique vaut 0,2 % de Le (longueur de l'extensomètre) |
| Rt0,5 | limite pour une extension totale | contrainte pour 0,5 % d'extension totale (élastique et plastique), utilisée par certaines normes de produits |
| Rm | résistance à la traction | Fm/S0, avec Fm la force maximale |
| Ag, Agt | allongement plastique, total, à la force maximale | allongement réparti, sans ou avec la part élastique |
| A | allongement après rupture | (Lu − L0)/L0 × 100, mesuré sur les morceaux rapprochés |
| At | allongement total à la rupture | lu sur l'enregistrement à l'instant de la rupture, part élastique comprise |
| Z | coefficient de striction | (S0 − Su)/S0 × 100, avec Su la section minimale après rupture |
La construction de Rp0,2 : on trace une parallèle à la droite élastique, décalée de 0,2 % sur l'axe des déformations ; elle coupe la courbe en Rp0,2. Si l'on déchargeait l'éprouvette depuis ce point, elle redescendrait le long de cette parallèle et garderait 0,2 % d'allongement permanent. Ce 0,2 % est un compromis : assez petit pour rester près du début de la plasticité, assez grand pour être mesuré sans ambiguïté. On l'emploie dès que la courbe ne présente pas de palier, et il permet de comparer des matériaux de comportements très différents.
Lu : longueur entre repères après rupture (indice u : ultime) ; Su : section minimale au col après rupture. A et Z s'expriment en %
Exemple. Éprouvette ronde de diamètre d0 = 10 mm : S0 = 78,54 mm² et L0 = 5,65·√S0 = 50 mm (longueur proportionnelle, chapitre 6). Pic de force à 30,6 kN : ReH = 30 600/78,54 = 390 MPa. Palier à 29,2 kN : ReL = 372 MPa. Force maximale 42,4 kN : Rm = 540 MPa. Après rupture : Lu = 63,0 mm, soit A = 13/50 = 26,0 % ; diamètre au col 6,3 mm, soit Z = 1 − (6,3/10)² = 60,3 %.
Le retour élastique. Au moment de la rupture, l'éprouvette est encore tendue : en se séparant, chaque morceau se raccourcit de sa part élastique. Les mesures sur les morceaux donnent donc directement l'allongement permanent A. Sur l'enregistrement, il faut retrancher cette part : A = At − σrupture/E.
L'énergie sous la courbe. L'aire sous la courbe conventionnelle est l'énergie absorbée par unité de volume avant la rupture : W = ∫ σ dε ≈ (Re + Rm)/2 × A pour un métal ductile (∫ : intégrale, la somme des petites bandes σ·dε). Des MPa multipliés par une déformation sans unité donnent des MJ/m³, c'est-à-dire des J/cm³ : environ 119 J/cm³ pour l'éprouvette de l'exemple. Cette énergie est parfois appelée ténacité en traction : ne la confonds ni avec l'énergie de rupture Charpy, mesurée en joules sur une éprouvette entaillée (Rupture, cours 2), ni avec la ténacité KIC d'un matériau fissuré (Rupture, cours 4). Après la striction, elle n'est plus qu'une moyenne : l'énergie se concentre dans le col.
Une tôle S355J2 de 12 mm doit garantir, selon l'EN 10025-2 : ReH ≥ 355 MPa (345 MPa entre 16 et 40 mm, 335 MPa entre 40 et 63 mm), Rm entre 470 et 630 MPa, A ≥ 22 % en long (20 % en travers) sur éprouvette proportionnelle. Le certificat de réception donne les valeurs mesurées sur la coulée : on vérifie chacune. Côté soudage, un métal d'apport désigné « 42 » (électrode E 42…, fil G 42…) garantit sur son métal fondu Re ≥ 420 MPa, Rm de 500 à 640 MPa et A ≥ 20 %. Choisir un apport dont la résistance égale ou dépasse un peu celle du métal de base, c'est le principe de l'appariement (matching).
La striction et la courbe rationnelle
Pourquoi la force baisse alors que le métal durcit encore
Après Rm, la courbe conventionnelle descend. Le métal se met-il à mollir ? Non : deux effets s'affrontent depuis le début de la plasticité.
- L'écrouissage durcit le métal : il faut une contrainte de plus en plus forte pour le déformer.
- L'amincissement réduit la section qui porte la force : à contrainte égale, il faut de moins en moins de force.
Tant que l'écrouissage gagne, si un endroit de l'éprouvette s'amincit un peu plus, il durcit aussi un peu plus et la déformation va voir ailleurs : l'éprouvette s'allonge partout pareil. Puis vient le moment où l'amincissement l'emporte : l'endroit le plus mince porte la plus forte contrainte, se déforme le plus, s'amincit encore… C'est le cercle vicieux de la striction, comme un caramel qu'on étire. La force passe par son maximum et ne fait plus que baisser, parce que la section du col fond plus vite que le métal ne durcit.
Si l'on divise la force par la section réelle du col au lieu de S0, la contrainte continue de monter jusqu'à la rupture : c'est la courbe rationnelle (en anglais true stress-strain curve), la plus réaliste. La courbe conventionnelle (engineering curve) reste la plus utilisée, parce qu'elle se calcule sans mesurer la section en cours d'essai.
La capacité d'un métal à durcir en se déformant se résume par un nombre, le coefficient d'écrouissage n. Plus il est grand, plus la striction arrive tard : un inox austénitique (n ≈ 0,45) s'allonge régulièrement de plus de 50 %, ce qui en fait le roi de l'emboutissage des éviers, alors qu'un acier trempé-revenu (n ≈ 0,07) fait son col après quelques pour cent.
Manipulation 4 : le caramel étiré
Le métal suit la loi d'écrouissage de Hollomon, σrat = K·εratn. Choisis un matériau, ou règle toi-même le coefficient d'écrouissage n et la consistance K, puis tire. En haut, l'éprouvette, où le col se creuse après la force maximale. À gauche, la courbe conventionnelle (F/S0 en fonction de l'allongement de l'éprouvette) ; à droite, la courbe rationnelle au col, avec en pointillé sa pente dσ/dε : la striction démarre là où la pente rattrape la courbe. « Bridgman » corrige la contrainte du col de l'effet de sa forme. Modèle pédagogique.
Les grandeurs rationnelles
La déformation plastique conserve le volume : S·L = S0·L0. Tant que l'éprouvette s'allonge uniformément, on peut donc calculer la section courante sans la mesurer. La déformation rationnelle additionne les petits allongements relatifs dL/L, chacun rapporté à la longueur du moment :
σrat, εrat : contrainte et déformation rationnelles (dites aussi vraies ; indice « rat ») ; σ, ε : grandeurs conventionnelles ; ln : logarithme népérien. Les égalités avec σ et ε ne valent que jusqu'au début de la striction
Comme S < S0, la contrainte rationnelle dépasse la conventionnelle ; comme L > L0, la déformation rationnelle est un peu plus petite. Exemple : à ε = 10 % et σ = 480 MPa, on a σrat = 480 × 1,10 = 528 MPa et εrat = ln 1,10 = 9,53 %. Après le début de la striction, il faut mesurer la section du col : la formule σ(1 + ε) n'est plus valable, l'allongement n'étant plus uniforme.
Le critère de Considère
La force vaut F = σrat·S. Au maximum de force, sa variation s'annule : dF = dσrat·S + σrat·dS = 0. Or le volume constant donne −dS/S = dεrat. D'où :
La striction démarre quand la pente de la courbe rationnelle (le durcissement) tombe au niveau de la contrainte elle-même. n : coefficient d'écrouissage ; K : consistance (MPa), contrainte rationnelle extrapolée à εrat = 1
En effet, avec Hollomon, dσrat/dεrat = n·K·εratn−1, qui égale K·εratn pour εrat = n. On en tire trois résultats utiles :
e : base des logarithmes népériens (e ≈ 2,718) ; Ag : allongement réparti, en valeur décimale. S355 (K = 850 MPa, n = 0,16) : Ag ≈ 17,4 %, Rm ≈ 540 MPa
Mesurer n
- Méthode 1, la droite logarithmique : ln σrat = ln K + n·ln εrat. En coordonnées logarithmiques, la courbe rationnelle devient une droite de pente n, qui coupe l'axe εrat = 1 à la hauteur ln K. L'ISO 10275 fixe ainsi n pour les tôles, entre deux déformations choisies dans le domaine réparti (souvent 10 et 20 %).
- Méthode 2, la striction : n = εrat(Fm) = ln(1 + Ag).
Exemple. Deux points rationnels : 520 MPa à 5 % et 610 MPa à 15 %. n = ln(610/520)/ln(0,15/0,05) = 0,1596/1,0986 = 0,145, puis K = 520/0,050,145 ≈ 804 MPa. Prévision : Ag = e0,145 − 1 ≈ 15,6 % et Rm ≈ 525 MPa.
| Matériau | n (typique) | Conséquence |
|---|---|---|
| Inox austénitiques, cuivre recuit, laiton | 0,35 à 0,5 | grands allongements répartis, emboutissage profond |
| Aciers doux (S235) | 0,2 à 0,25 | bonne aptitude au formage |
| Aciers de construction (S355) | 0,15 à 0,2 | réserve plastique confortable |
| Alliages d'aluminium | 0,05 à 0,3 | faible à l'état durci (T6), plus fort à l'état recuit |
| Aciers trempés-revenus (S690) | 0,05 à 0,1 | striction précoce, Rm proche de Re |
Ludwik ou Hollomon ? La loi de Ludwik, σ = σ0 + k·εpn, part de la limite d'élasticité σ0 et décrit bien le début de la plasticité (εp : déformation plastique ; k : constante). La loi de Hollomon, σ = K·εn, néglige σ0 : elle est simple et suffisante aux grandes déformations, et c'est elle qui donne le résultat élégant εrat = n à la striction.
Dans le col : la correction de Bridgman
Une fois le col formé, le métal plus large qui l'entoure le retient : il ne peut pas se contracter librement. Le col subit alors un état de contrainte triaxial (des tractions radiales s'ajoutent à la traction axiale). La contrainte moyenne F/S surestime la contrainte qui fait vraiment couler le métal. P. W. Bridgman a proposé la correction :
σéq : contrainte d'écoulement corrigée ; S : section du col ; a : rayon de la section minimale ; R : rayon de courbure du profil du col. Pour a/R = 0,5 : le dénominateur vaut 5 × ln 1,25 = 1,116, la correction est de −10 %
Cette triaxialité a une autre conséquence : elle fait grossir les cavités qui naissent sur les inclusions, ce qui conduit à la rupture ductile à cupules au centre du col (Rupture, cours 1).
Plus n est grand, plus Rm dépasse Re et plus le rapport Re/Rm est bas : le métal peut s'allonger plastiquement de façon répartie avant de faire un col. Les cahiers des charges de conduites enterrées ou de structures sismiques limitent ce rapport et exigent un allongement réparti minimal. Pour la même raison, on choisit un métal fondu un peu plus résistant que le métal de base (surappariement, overmatching) : si la structure se déforme, la plasticité reste dans le métal de base, au lieu de se concentrer dans le cordon.
Ce qui change la courbe
Température, vitesse, microstructure, sens de prélèvement : le même acier, quatre visages
Une courbe de traction n'est pas une constante du métal : c'est sa réponse dans des conditions données. Quatre réglages la transforment.
- La température. Un acier ordinaire tiré à 20 °C donne la courbe habituelle ; à 400 °C, elle est plus basse et plus longue ; à −196 °C (dans l'azote liquide), elle monte presque droite et casse net, sans s'allonger. Les aciers ferritiques (structure cubique centrée) deviennent fragiles à froid ; les aciers inoxydables austénitiques, l'aluminium, le cuivre et le nickel (cubiques à faces centrées) restent ductiles jusqu'aux températures cryogéniques : on en fait les réservoirs de gaz liquéfiés.
- La vitesse. Tirer vite élève la limite d'élasticité d'un acier ferritique et le rapproche du comportement fragile, comme un froid supplémentaire. Le choc de l'essai Charpy est un essai très rapide. Les normes fixent donc les vitesses d'essai.
- La microstructure. Un même acier à 0,2 % de carbone, normalisé (ferrite et perlite), résiste à environ 530 MPa et s'allonge de 28 % ; trempé (martensite), il dépasse 1 500 MPa mais casse presque sans s'allonger ; trempé puis revenu, il retrouve un compromis. Des grains plus fins le renforcent sans le fragiliser (chapitre 2).
- Le sens de prélèvement. Le laminage étire les grains et aplatit les inclusions de sulfure de manganèse en galettes parallèles à la surface. Tirée dans son épaisseur, une tôle peut perdre plus de la moitié de sa striction : c'est la cause de l'arrachement lamellaire sous les soudures en T.
Manipulation 5 : le miel et le thermostat
Le même essai dans d'autres conditions. Choisis l'état du métal et le sens de prélèvement, puis règle la température T et la vitesse de déformation ε̇ (en s⁻¹, sur une échelle logarithmique : chaque graduation entière multiplie par dix). En gris, la courbe de référence : même métal, 20 °C, essai lent, sens long. La rupture devient fragile quand la contrainte atteint la contrainte de clivage du métal (900 MPa pour l'acier normalisé à grains de 20 µm) ; l'acier austénitique ne clive pas. Modèle pédagogique, calé comme celui de la série Rupture.
Température et structure cristalline
Dans un métal cubique centré, les dislocations doivent franchir une forte résistance de frottement du réseau, que l'agitation thermique aide à vaincre : leur limite d'élasticité grimpe très vite quand la température baisse (dans le modèle : 350 MPa à 20 °C, 550 MPa à −100 °C, 950 MPa à −196 °C). La contrainte de clivage, elle, ne dépend presque pas de la température. Quand la limite d'élasticité la rattrape, le métal clive avant de couler : il devient fragile. Dans un métal cubique à faces centrées, cette résistance de réseau est faible et ne dépend guère de la température : pas de transition. La transition ductile-fragile, son lien avec l'entaille et sa mesure par l'essai Charpy font l'objet du cours 2 de la série Rupture.
À chaud, Re, Rm et E baissent (environ 182 GPa à 400 °C pour l'acier). Les aciers au carbone-manganèse présentent vers 200 à 300 °C un vieillissement dynamique : les atomes de carbone et d'azote rattrapent les dislocations et les épinglent pendant l'essai ; Rm remonte un peu et l'allongement baisse. On l'appelle aussi fragilité au bleu, d'après la couleur d'oxydation de l'acier à ces températures. Les essais à chaud et à froid ont leurs normes : ISO 6892-2 et ISO 6892-3.
La vitesse de déformation
La vitesse de déformation ε̇ = dε/dt (« epsilon point », en s⁻¹) mesure la rapidité de l'essai. Un essai normalisé lent tourne autour de 10⁻⁴ à 10⁻² s⁻¹, un choc Charpy autour de 10² à 10³ s⁻¹. La limite d'élasticité d'un acier ferritique croît à peu près comme le logarithme de la vitesse ; dans le modèle, une décade de vitesse (×10) agit comme une dizaine de degrés de froid. C'est l'équivalence vitesse-température : un essai rapide ressemble à un essai lent fait à plus basse température. D'où les plages de vitesse imposées par l'ISO 6892-1 (chapitre 6).
Les états métallurgiques
| État (acier à 0,2 % C, modèle) | Microstructure | Re | Rm | A | Rupture à 20 °C |
|---|---|---|---|---|---|
| Normalisé | ferrite et perlite fines | ≈ 350 MPa | ≈ 530 MPa | ≈ 28 % | ductile |
| Trempé | martensite non revenue | ≈ 1 300 MPa | ≈ 1 580 MPa | ≈ 4 % | quasi fragile |
| Trempé-revenu | martensite revenue | ≈ 850 MPa | ≈ 970 MPa | ≈ 14 % | ductile |
La trempe bloque le carbone dans une martensite très résistante mais pauvre en réserve plastique ; le revenu précipite des carbures et restaure la ductilité. La taille de grain joue en plus, selon la loi de Hall-Petch du chapitre 2.
L'anisotropie et le sens de prélèvement
On repère les directions d'une tôle laminée par trois axes : le sens long (direction de laminage, DL), le sens travers (DT) et l'épaisseur (direction normale, DN, aussi appelée direction Z). La limite d'élasticité et la résistance varient peu d'un sens à l'autre ; l'allongement et surtout la striction varient beaucoup, parce que les inclusions allongées s'ouvrent plus facilement quand on tire en travers de leur plat. Typiquement, la striction d'un acier de construction passe d'environ 60 % en long à 25 ou 30 % dans l'épaisseur. Les aciers garantis dans l'épaisseur (EN 10164, classes Z15, Z25 et Z35, d'après la striction minimale en %) et l'arrachement lamellaire sont détaillés dans le cours 1 de la série Rupture. Le procès-verbal doit toujours préciser le sens de prélèvement.
Entre le métal fondu et le métal de base, la zone affectée thermiquement d'un acier traverse toute la table des états : trempée et dure près de la ligne de fusion si le refroidissement est rapide, revenue ou recristallisée plus loin, parfois adoucie. Une éprouvette de traction en travers du joint mélange ces zones : elle casse en général dans la partie la plus faible, et sa résistance ne dit rien de la fragilité d'une zone dure étroite. C'est pourquoi la qualification d'un mode opératoire ajoute des filiations de dureté (cours 2) et des essais Charpy dans la zone affectée.
L'essai en pratique
Machine, éprouvette, extensomètre, procès-verbal, soudures
La machine. Une machine électromécanique a un bâti rigide, une traverse mobile entraînée par des vis que font tourner des moteurs, et deux mors qui serrent l'éprouvette. Un capteur d'effort mesure la force : c'est un corps d'épreuve en acier sur lequel sont collées des jauges de déformation, de fines pistes métalliques dont la résistance électrique varie quand elles s'allongent ; l'électronique convertit cette variation en force. Les grosses forces et les essais de fatigue emploient des machines servo-hydrauliques, où un vérin remplace les vis.
Le pilotage. En pilotant le déplacement (la traverse avance à vitesse constante), la machine suit toute la courbe, descente comprise : c'est le mode des essais de traction. En pilotant la force (elle augmente régulièrement), la machine ne peut pas suivre la descente : passé Rm, elle continue d'exiger plus de force que l'éprouvette ne peut en porter, et tout s'emballe jusqu'à la rupture. Ce mode sert aux essais de fluage et de fatigue.
L'éprouvette. Des têtes larges, serrées dans les mors, qui ne doivent pas se déformer ; des congés de raccordement à grand rayon, pour éviter une concentration de contrainte ; une partie calibrée de section constante, où l'on trace les repères L0. L'essai n'est valable que si l'éprouvette casse dans la partie calibrée, loin des congés.
La mesure de l'allongement. Le déplacement de la traverse est facile à lire, mais il additionne l'allongement de l'éprouvette, la déformation du bâti, des mors et des têtes, et les jeux qui se rattrapent au début : la courbe commence par un pied arrondi et sa pente est bien trop faible. C'est la canne à pêche : au moulinet, on mesure la ligne et la canne qui plie. L'extensomètre, posé sur l'éprouvette entre deux repères (à couteaux, ou optique par caméra ou laser qui suit des marques peintes), mesure seulement ce qui se passe entre ces repères. Il est indispensable pour mesurer E et Rp0,2.
Manipulation 6 : la canne à pêche
Une éprouvette ronde en acier S355, de 10 mm de diamètre (L0 = 50 mm, partie calibrée Lc = 60 mm). Choisis ce qui mesure l'allongement et le mode de pilotage, puis règle la raideur de la machine (bâti, mors et têtes, en kN/mm, kilonewtons par millimètre) et le jeu à rattraper au départ. La courbe colorée est ce que le logiciel enregistre ; la grise, la vraie courbe du matériau. Avec la traverse, la déformation affichée est le déplacement divisé par Lc. Modèle pédagogique.
Les vitesses de l'ISO 6892-1
Puisque la vitesse change le résultat (chapitre 5), la norme l'encadre. La méthode A pilote la vitesse de déformation : de préférence 0,000 25 s⁻¹ (± 20 %) jusqu'à la limite d'élasticité, puis 0,006 7 s⁻¹ (± 20 %) pour Rm et l'allongement. En variante A1, la boucle d'asservissement lit l'extensomètre ; en variante A2, on règle une vitesse de traverse équivalente. La méthode B, plus ancienne, pilote la vitesse de mise en contrainte dans le domaine élastique : 6 à 60 MPa/s pour les métaux de module E ≥ 150 GPa (aciers), 2 à 20 MPa/s en dessous (aluminium, titane, cuivre). L'essai se fait entre 10 et 35 °C, ou à 23 ± 5 °C quand la température doit être maîtrisée.
Les éprouvettes proportionnelles
L'allongement après rupture additionne une part répartie, proportionnelle à L0, et la part du col, qui dépend de la taille de la section et non de L0 (loi de Barba). Une éprouvette courte donne donc un A plus grand qu'une longue. Pour comparer, on garde la même proportion entre longueur et section :
k : coefficient de proportionnalité ; L0 ≥ 15 mm. Si 5,65 donne une longueur trop courte, on prend k = 11,3 (noté A11,3) ou une longueur fixe (A50mm, A80mm pour les tôles minces). A sans indice sous-entend k = 5,65
Exemples : plat de 20 × 6 mm, S0 = 120 mm², L0 = 5,65 × √120 = 61,9 mm ; tôle de 12,5 × 2 mm, L0 = 28,2 mm.
Validité de A. En principe, l'allongement après rupture n'est valable que si la rupture se trouve à au moins L0/3 du repère le plus proche (16,7 mm pour L0 = 50 mm). Sinon, la norme propose une méthode de report à partir de repères intermédiaires ; et la mesure reste acceptée si A atteint quand même la valeur exigée.
La chaîne de mesure
- Force : capteur étalonné selon l'ISO 7500-1 ; la classe 1 garantit une erreur relative d'au plus 1 %.
- Allongement : extensomètre étalonné selon l'ISO 9513 ; classe 1 pour mesurer Rp, classe 2 admise pour les grands allongements. On le retire souvent avant la rupture pour le protéger, puis on mesure A sur les deux morceaux rapprochés.
- Raideur : avec la traverse, la pente apparente vaut Eapp = E/(1 + E·S0/(Km·Lc)), où Km est la raideur de la machine. Pour Km = 100 kN/mm, sans jeu, et l'éprouvette de la manipulation 6 (S0 = 78,5 mm², Lc = 60 mm) : Eapp = 210 000/(1 + 210 000 × 78,5/(100 000 × 60)) ≈ 56 GPa au lieu de 210 GPa.
- Alignement : des mors mal alignés ajoutent de la flexion, qui fausse surtout le début de la courbe et ReH.
Le procès-verbal
Il cite la norme et la méthode d'essai, identifie le matériau (nuance, coulée, état), le type d'éprouvette, son emplacement et son sens de prélèvement (L, T ou Z), ses dimensions, la température, puis donne les résultats : ReH et ReL, ou Rp0,2, Rm, A (avec son indice si k ≠ 5,65), Z, et l'emplacement de la rupture. Un résultat sans sens de prélèvement ni type d'éprouvette ne peut pas être comparé à une spécification.
La traction des soudures
| Essai | Éprouvette | Ce qu'on en tire |
|---|---|---|
| Traction transversale (ISO 4136) | prélevée en travers du joint, le cordon au milieu de la partie calibrée, surépaisseurs arasées | Rm de l'assemblage et lieu de la rupture (métal de base, zone affectée, métal fondu) ; pas d'allongement significatif, la déformation étant hétérogène |
| Traction longitudinale du métal fondu (ISO 5178) | ronde, usinée entièrement dans le métal fondu, dans l'axe du cordon | Rp0,2 (ou ReL), Rm, A, Z du métal fondu : classement des métaux d'apport |
Pour la qualification d'un mode opératoire de soudage bout à bout (ISO 15614-1), les éprouvettes transversales doivent atteindre au moins la résistance minimale spécifiée du métal de base, et le procès-verbal note où elles ont cassé. Une rupture dans le métal de base, loin du cordon, est le cas le plus rassurant ; une rupture dans le cordon ou la zone affectée, même au-dessus du minimum, invite à regarder la macrographie et les duretés (cours 2 et 3).
Le coordinateur fait repérer les éprouvettes avant découpe (sens, position dans l'assemblage, numéro de l'essai), vérifie qu'elles sont prélevées hors des zones d'amorçage et d'arrêt, et que l'usinage n'a pas chauffé le métal. Il lit ensuite le procès-verbal comme un contrôleur : sections recalculées, sens et type d'éprouvette, lieu de rupture, cohérence avec le certificat 3.1 du métal de base et avec la classe du métal d'apport.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, de la tige qui s'allonge à la tôle à emboutir
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris toujours la formule avant les nombres, et garde les unités jusqu'au bout. Les valeurs des exercices 2, 5 et 6 se retrouvent dans les manipulations ; le défi se rejoue dans la manipulation 4.
Exercice 1 : la tige qui s'allonge N1 · chapitre 1
Une tige d'acier de diamètre 10 mm et de longueur 2 m porte une charge de 15 kN. Eacier = 210 GPa, ν = 0,3 ; Ealu = 70 GPa.
a) Calcule la contrainte dans la tige.
b) Calcule sa déformation et son allongement.
c) Même tige en alliage d'aluminium : allongement ?
d) La tige est maintenant en acier trempé (Re = 1 200 MPa). Son allongement change-t-il ?
e) Calcule le module de cisaillement G de l'acier.
Voir la correction
a) S0 = π·d²/4 = π × 10²/4 = 78,5 mm², puis σ = F/S0 = 15 000 N/78,5 mm² = 191 MPa.
b) ε = σ/E = 191/210 000 = 9,1·10⁻⁴ (0,091 %) ; ΔL = ε·L0 = 9,1·10⁻⁴ × 2 000 mm = 1,82 mm.
c) ΔL = 191/70 000 × 2 000 = 5,46 mm : trois fois plus, car E est trois fois plus petit.
d) Non : 191 MPa reste sous Re, la tige est élastique, et la trempe ne change pas E. L'allongement reste 1,82 mm. La trempe repousse la limite d'élasticité, pas la raideur.
e) G = E/(2(1 + ν)) = 210/(2 × 1,3) ≈ 80,8 GPa.
Exercice 2 : le cristal de cuivre N1 et N2 · chapitre 2
Un monocristal de cuivre a une cission critique τ0 = 1 MPa et un module de cisaillement G = 48 GPa. Les questions a) à c) se rejouent dans la manipulation 2.
a) Plan à φ = 45°, direction de glissement dans la ligne de plus grande pente (ψ = 0) : à quelle contrainte le glissement démarre-t-il ?
b) Même question pour φ = 60° (ψ = 0) : que valent λ et m ?
c) Plan à 45°, mais direction tournée de ψ = 60° : sachant que cos λ = sin φ·cos ψ, calcule λ, m et la contrainte de glissement.
d) Calcule la cission théorique G/(2π). Combien de fois dépasse-t-elle τ0 ? Qu'en conclure ?
e) Pour un acier doux, Re = 70 + 0,74/√d (d en m). Que gagne-t-on en passant de grains de 20 µm à 5 µm ?
Voir la correction
a) m = cos 45° × cos 45° = 0,5, donc σ = τ0/m = 1/0,5 = 2,00 MPa.
b) Dans la ligne de plus grande pente, λ = 90° − φ = 30°. m = cos 60° × cos 30° = 0,5 × 0,866 = 0,433 ; σ = 1/0,433 = 2,31 MPa.
c) cos λ = sin 45° × cos 60° = 0,707 × 0,5 = 0,354, soit λ ≈ 69,3° ; m = cos 45° × 0,354 = 0,250 ; σ = 4,00 MPa. Le plan est bien orienté, mais la direction de glissement l'est mal.
d) G/(2π) = 48 000/6,28 ≈ 7 640 MPa, environ 7 600 fois τ0. Le cristal ne glisse pas d'un bloc : des dislocations se déplacent en ne rompant qu'une rangée de liaisons à la fois.
e) À 20 µm : 70 + 0,74/√(20·10⁻⁶) = 70 + 165 ≈ 235 MPa ; à 5 µm : 70 + 331 ≈ 401 MPa. Diviser la taille de grain par 4 multiplie ici Re par 1,7.
Exercice 3 : le procès-verbal de la tôle S355J2 N2 · chapitre 3 et 6
Éprouvette plate prélevée en long dans une tôle S355J2 de 12 mm : largeur 25,0 mm, épaisseur 12,0 mm. Pic de force 117,6 kN, palier 112,2 kN, force maximale 161,4 kN. Après rupture : longueur entre repères Lu = 117,5 mm, section du col 17,0 × 7,5 mm. Exigences de l'EN 10025-2 pour cette épaisseur : ReH ≥ 355 MPa, Rm de 470 à 630 MPa, A ≥ 22 % en long.
a) Calcule S0 et la longueur proportionnelle L0, arrondie au millimètre.
b) Calcule ReH, ReL et Rm.
c) Calcule A et Z.
d) La tôle est-elle conforme ?
e) La rupture s'est produite à 20 mm d'un repère. Que conclure ?
Voir la correction
a) S0 = 25,0 × 12,0 = 300 mm² ; L0 = 5,65 × √300 = 97,9 ≈ 98 mm.
b) ReH = 117 600/300 = 392 MPa ; ReL = 112 200/300 = 374 MPa ; Rm = 161 400/300 = 538 MPa.
c) A = (117,5 − 98)/98 = 19,9 % ; Su = 17,0 × 7,5 = 127,5 mm², d'où Z = (300 − 127,5)/300 = 57,5 %.
d) ReH et Rm sont conformes ; A = 19,9 % est sous les 22 % exigés.
e) L0/3 = 98/3 = 32,7 mm : la rupture est trop près du repère (20 mm). Comme A n'atteint pas la valeur exigée, la mesure n'est pas valable : on ne peut ni accepter ni rejeter sur A. On applique la méthode de report de l'ISO 6892-1 si des repères intermédiaires ont été tracés, ou l'on refait l'essai sur une nouvelle éprouvette. ReH et Rm restent valables.
Exercice 4 : de la courbe conventionnelle à n N2 · chapitre 4
Deux points de la courbe conventionnelle d'un acier, avant la striction : 495,2 MPa à 5,13 %, et 530,4 MPa à 16,18 %.
a) Convertis ces deux points en grandeurs rationnelles.
b) Déduis-en n et K de la loi de Hollomon.
c) Prévois Ag, la contrainte rationnelle à la force maximale et Rm.
d) Plus tard, le col mesure 7,0 mm de diamètre (d0 = 10 mm), son profil a un rayon de courbure de 8 mm, et la force vaut 30,2 kN. Calcule la contrainte moyenne au col, la déformation rationnelle du col, puis la contrainte corrigée de Bridgman.
Voir la correction
a) σrat = 495,2 × 1,0513 = 520,6 MPa, εrat = ln 1,0513 = 0,050 ; σrat = 530,4 × 1,1618 = 616,2 MPa, εrat = ln 1,1618 = 0,150.
b) n = ln(616,2/520,6)/ln(0,150/0,050) = 0,1686/1,0986 = 0,153 ; K = 520,6/0,0500,153 ≈ 825 MPa.
c) Ag = e0,153 − 1 ≈ 16,6 % ; σrat(Fm) = K·nn ≈ 618 MPa ; Rm = 618 × e−0,153 ≈ 530 MPa. Le second point était déjà presque au sommet.
d) S = π × 7,0²/4 = 38,5 mm², F/S = 30 200/38,5 = 785 MPa ; εrat = ln(S0/S) = 2·ln(10/7) = 0,713 (Hollomon donne K·0,713n ≈ 783 MPa : cohérent). Avec a = 3,5 mm et R = 8 mm : a/R = 0,4375, dénominateur (1 + 2 × 8/3,5) × ln(1 + 3,5/16) = 5,571 × 0,1978 = 1,102, d'où σéq = 785/1,102 ≈ 712 MPa : 9 % de moins que la contrainte moyenne.
Exercice 5 : froid, vite et dans l'épaisseur N1 et N2 · chapitre 5
On prend le modèle de la manipulation 5 : pour l'acier normalisé, Re = 240 + 1 383·exp(−0,008 65·TK) (TK : température en kelvins, T(°C) + 273,15), et contrainte de clivage σc = 900 MPa.
a) Calcule Re à 20 °C, à −100 °C et à −196 °C. À laquelle de ces températures l'acier casse-t-il dans le domaine élastique ?
b) Pourquoi un inox austénitique reste-t-il ductile à −196 °C ?
c) Dans le modèle, un essai à la vitesse ε̇ se comporte comme un essai lent à la température TK·(1 − 0,035·log10(ε̇/2,5·10⁻⁴)). À quelle température lente équivaut un essai à 100 s⁻¹ fait à 20 °C ? Que vaut alors Re ?
d) Prélevée dans l'épaisseur, la tôle donne Z = 26 % au lieu de 62 % en long. Pourquoi ? Quelle classe de l'EN 10164 une moyenne de 26 % atteindrait-elle ?
e) Un acier donne A = 28 % en traction à 20 °C. Peut-on en déduire qu'il est sûr à −40 °C ?
Voir la correction
a) 20 °C : 240 + 1 383·e−2,536 ≈ 350 MPa ; −100 °C : 240 + 1 383·e−1,498 ≈ 549 MPa ; −196 °C : 240 + 1 383·e−0,667 ≈ 950 MPa. Seule la dernière dépasse σc = 900 MPa : l'acier clive avant de couler, sans allongement.
b) Sa structure cubique à faces centrées a des systèmes de glissement faciles dont la cission ne grimpe pas au froid : sa limite d'élasticité monte modérément (≈ 500 MPa dans le modèle) et n'atteint jamais une contrainte de clivage. Il durcit même davantage en se déformant.
c) log10(100/2,5·10⁻⁴) = 5,60, d'où TK = 293,15 × (1 − 0,035 × 5,60) ≈ 236 K ≈ −37 °C ; Re ≈ 420 MPa. Un essai rapide « refroidit » l'acier d'une soixantaine de degrés.
d) Le laminage a aplati les inclusions de sulfure de manganèse en galettes parallèles à la surface : tirée dans l'épaisseur, l'éprouvette les ouvre comme des fentes, et sa striction s'effondre. Une moyenne de 26 % atteint la classe Z25 (moyenne d'au moins 25 %), pas Z35.
e) Non. La traction lente sur éprouvette lisse est l'essai le plus indulgent : sans entaille ni choc, un acier ferritique peut y rester ductile à des températures où il casse fragile en service. Pour −40 °C, il faut un résultat Charpy (ou de ténacité) à cette température.
Exercice 6 : le banc d'essai N2 · chapitre 6
a) Calcule la longueur proportionnelle L0 (k = 5,65) d'une éprouvette ronde de 8 mm, d'un plat de 30 × 10 mm et d'une tôle de 20 × 1,5 mm.
b) Éprouvette ronde de 10 mm, partie calibrée Lc = 60 mm, acier E = 210 GPa : calcule la pente apparente lue sur la traverse pour une machine de raideur 100 kN/mm, puis 500 kN/mm (sans jeu).
c) Un procès-verbal donne E = 58 GPa pour un acier. Quelles grandeurs restent fiables ?
d) Pourquoi ne pilote-t-on pas un essai de traction en force ?
e) QMOS sur un joint en S355 (Rm minimale 470 MPa) : l'éprouvette transversale 1 casse dans le métal de base à 538 MPa, la 2 dans le métal fondu à 489 MPa. Conforme ? Que regarder de plus ?
Voir la correction
a) Rond de 8 mm : S0 = 50,3 mm², L0 = 5,65 × √50,3 = 40,1 mm (soit 5·d0 = 40 mm). Plat de 30 × 10 : L0 = 5,65 × √300 = 97,9 mm. Tôle de 20 × 1,5 : L0 = 5,65 × √30 = 30,9 mm, au-dessus du minimum de 15 mm.
b) Eapp = E/(1 + E·S0/(Km·Lc)). Avec Km = 100 kN/mm = 100 000 N/mm : E·S0/(Km·Lc) = 210 000 × 78,5/(100 000 × 60) = 2,75, d'où Eapp ≈ 56 GPa. Avec 500 kN/mm : rapport 0,55, Eapp ≈ 136 GPa. Même une machine raide fausse la pente : seul l'extensomètre la mesure.
c) La déformation a été lue sur la traverse. Les grandeurs calculées à partir des forces (ReH, ReL, Rm) restent justes ; E et Rp0,2 sont faux ; A doit être mesuré sur les morceaux, entre repères.
d) Passé Rm, l'éprouvette ne peut plus porter une force croissante : la machine s'emballe, le col se forme en un instant et la rupture est brutale. On perd la descente de la courbe (et donc la mesure fiable de A et de l'énergie), et le choc peut abîmer la machine.
e) Les deux résultats dépassent 470 MPa : le critère de résistance de l'ISO 15614-1 est satisfait. Mais la rupture de l'éprouvette 2 dans le métal fondu signale un cordon moins résistant que le métal de base (sous-appariement ou défaut) : on examine sa cassure, la macrographie (défauts, collages) et les duretés, et l'on vérifie que le métal d'apport a la bonne classe.
🏆 Défi : la tôle à emboutir N2 · chapitre 4, à rejouer dans la manipulation 4
Un fabricant d'éviers en acier cherche une tôle qui s'allonge régulièrement d'au moins 20 % avant la striction (Ag ≥ 20 %) et qui résiste à au moins 450 MPa. Trois tôles suivent la loi de Hollomon : A (K = 760 MPa, n = 0,24), B (K = 900 MPa, n = 0,14), C (K = 820 MPa, n = 0,20). Dans la manipulation 4, clique d'abord sur « S355 » (striction finale Z = 60 %), puis règle n et K.
a) Calcule Rm et Ag pour chaque tôle.
b) Laquelle remplit le cahier des charges ?
c) Pour cette tôle, quelle contrainte vraie règne au début de la striction ?
d) Plus loin, au col, εrat = 0,60 (avancement 65,5 % dans la manipulation). Avec a/R ≈ 1,1·(εrat − n), calcule la contrainte moyenne au col et la contrainte corrigée de Bridgman.
e) Pourquoi la tôle B, la plus résistante, est-elle la moins adaptée ?
Voir la correction
a) Rm = K·nn·e−n et Ag = en − 1. A : Rm ≈ 424 MPa, Ag ≈ 27,1 % ; B : Rm ≈ 594 MPa, Ag ≈ 15,0 % ; C : Rm ≈ 487 MPa, Ag ≈ 22,1 %.
b) A s'allonge assez mais résiste trop peu ; B résiste mais fait son col trop tôt ; seule C remplit les deux conditions.
c) σrat(Fm) = K·nn = 820 × 0,200,20 ≈ 594 MPa, à εrat = n = 0,20.
d) Contrainte moyenne : 820 × 0,600,20 ≈ 740 MPa. a/R = 1,1 × (0,60 − 0,20) = 0,44 ; dénominateur (1 + 2/0,44) × ln(1 + 0,22) = 5,545 × 0,199 = 1,103 ; σéq ≈ 671 MPa, lu aussi dans la manipulation avec « Bridgman : oui ».
e) Son faible coefficient d'écrouissage (n = 0,14) fait démarrer la striction à 15 % d'allongement : pendant l'emboutissage, la déformation se concentrerait dans un col et la tôle se déchirerait. Pour former, c'est n qui compte, pas Rm.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 1
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Le sommier
E mesure la raideur des liaisons : 210 GPa pour l'acier, 70 pour l'aluminium ; insensible aux traitements.
La chenille
Le cristal glisse quand τ atteint τ0 ; m ≤ 0,5. Les dislocations rendent le glissement mille fois plus facile.
Les grains
Des grains plus fins arrêtent plus de dislocations : le métal se renforce sans se fragiliser.
La ligne de métro
Rp0,2 laisse 0,2 % de déformation permanente ; Rm est le sommet, pas la rupture.
La règle
Z = (S0 − Su)/S0. A n'est valable que si la rupture est à plus de L0/3 d'un repère.
Le caramel
σrat = σ(1 + ε), εrat = ln(1 + ε) ; Ag = eⁿ − 1 ; Rm = K·nⁿ·e⁻ⁿ.
Le miel
Froid et vitesse durcissent l'acier cubique centré jusqu'au clivage ; l'austénite reste ductile. Toujours noter T, vitesse et sens.
La canne à pêche
La traverse mesure aussi la machine : extensomètre obligatoire pour E et Rp0,2 ; pilotage en déplacement.
La soudure
Traction en travers du joint : Rm ≥ Rm minimale du métal de base, et lieu de rupture. Métal fondu seul : classe de l'apport.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- A, At, A11,3
- Allongement après rupture, permanent, mesuré sur les morceaux rapprochés (%) ; allongement total à la rupture, part élastique comprise ; allongement mesuré sur une éprouvette de coefficient k = 11,3.
- Ag, Agt
- Allongement réparti, plastique, à la force maximale ; le même, part élastique comprise.
- a, R (Bridgman)
- Rayon de la section minimale du col ; rayon de courbure du profil du col (mm).
- Anisotropie
- Variation des propriétés selon la direction de sollicitation (sens long, travers, épaisseur).
- Asservissement, pilotage
- Grandeur que la machine maintient selon une consigne : déplacement de la traverse, force ou déformation.
- CC, CFC
- Structures cristallines cubique centrée (fer α, aciers ferritiques) et cubique à faces centrées (aciers austénitiques, aluminium, cuivre, nickel).
- Cission τ, cission critique τ0
- Contrainte tangentielle, parallèle à la surface qui la porte (MPa) ; cission résolue minimale qui fait glisser un système de glissement.
- Clivage, σc
- Rupture fragile par séparation de plans cristallins ; contrainte de clivage, contrainte vraie qui la déclenche.
- Congé
- Raccordement arrondi entre la tête et la partie calibrée d'une éprouvette.
- Considère (critère de)
- La striction commence quand dσrat/dεrat = σrat, c'est-à-dire au maximum de force.
- Courbe conventionnelle, rationnelle
- Force rapportée à la section initiale en fonction de l'allongement relatif ; contrainte et déformation vraies, calculées sur la section et la longueur courantes.
- d (taille de grain)
- Dimension moyenne des grains d'un polycristal (µm ou m).
- Dérivée d/dr, ∫, ln, e
- Pente d'une courbe en un point ; intégrale, somme de petites tranches ; logarithme népérien ; base de ce logarithme, e ≈ 2,718.
- Dislocation
- Défaut linéaire du cristal, frontière entre une zone déjà glissée et une zone qui ne l'est pas.
- E, Eapp, G
- Module d'Young (GPa) ; pente apparente lue sur la traverse ; module de cisaillement, G = E/(2(1 + ν)).
- Écrouissage
- Durcissement d'un métal qui se déforme plastiquement, par multiplication et blocage des dislocations.
- Éprouvette proportionnelle, k
- Éprouvette dont la longueur entre repères vaut L0 = k·√S0 ; k = 5,65 par défaut (5 diamètres pour une ronde).
- ε, εrat, εp, ε̇
- Déformation conventionnelle ΔL/L0 ; déformation rationnelle ln(L/L0) ; déformation plastique ; vitesse de déformation (s⁻¹).
- Extensomètre
- Capteur qui mesure l'allongement entre deux points de l'éprouvette elle-même (à couteaux, optique, vidéo, laser).
- F, Fm
- Force appliquée (N) ; force maximale de l'essai.
- γ (gamma), θ
- Déformation de cisaillement, γ = tan θ ≈ θ ; angle dont un angle droit se ferme (rad).
- Hall-Petch (loi de)
- Re = σ0 + k/√d : la limite d'élasticité croît quand les grains s'affinent.
- Hollomon, Ludwik (lois de)
- σ = K·εⁿ ; σ = σ0 + k·εpⁿ : lois d'écrouissage.
- ISO 6892-1, -2, -3
- Essai de traction à température ambiante, élevée, basse.
- ISO 4136, ISO 5178
- Traction transversale d'un joint soudé ; traction longitudinale du métal fondu.
- ISO 7500-1, ISO 9513, ISO 10275
- Étalonnage de la force des machines ; étalonnage des extensomètres ; mesure du coefficient n des tôles.
- ISO 15614-1, QMOS
- Qualification d'un mode opératoire de soudage par un essai, pour les aciers.
- EN 10025-2, EN 10164, EN 10204
- Aciers de construction (S235, S355) ; aciers garantis dans l'épaisseur (Z15, Z25, Z35) ; documents de contrôle (certificat 3.1).
- Jauge de déformation
- Piste résistive collée sur une pièce, dont la résistance varie avec sa déformation ; base des capteurs d'effort.
- K, n
- Consistance (MPa) et coefficient d'écrouissage de la loi de Hollomon.
- Km
- Raideur de la machine, mors et têtes compris (kN/mm).
- L0, Lc, Le, Lu
- Longueur initiale entre repères ; longueur de la partie calibrée ; longueur de base de l'extensomètre ; longueur entre repères après rupture.
- Lüders (bandes de), palier d'écoulement
- Bandes de déformation plastique qui traversent un acier doux à force presque constante, juste après ReH.
- m, φ, λ, ψ
- Facteur de Schmid m = cos φ·cos λ ; angle entre l'axe et la normale au plan ; angle entre l'axe et la direction de glissement ; rotation de la direction dans le plan.
- Monocristal, polycristal
- Métal fait d'un seul grain ; métal fait de nombreux grains d'orientations différentes.
- Mors, traverse
- Mâchoires qui serrent l'éprouvette ; partie mobile de la machine qui la tire.
- MPa, GPa, kN, MN
- Mégapascal (1 N/mm²), gigapascal (1 000 MPa), kilonewton (1 000 N), méganewton (10⁶ N).
- ν (nu)
- Coefficient de Poisson : rapport entre contraction transversale et allongement, ≈ 0,3 pour les métaux.
- Pied de courbe
- Début arrondi d'une courbe lue sur la traverse, dû aux jeux et à la mise en place.
- PV
- Procès-verbal d'essai.
- ReH, ReL
- Limites supérieure et inférieure d'écoulement (MPa).
- Rp0,2, Rt0,5
- Limite conventionnelle d'élasticité à 0,2 % d'extension plastique ; limite à 0,5 % d'extension totale. Autre notation courante : Re0,2.
- Rm
- Résistance à la traction, Fm/S0 (MPa) ; en anglais tensile strength.
- r, r0, U
- Distance entre deux atomes ; distance d'équilibre ; énergie de liaison.
- S0, S, Su
- Section initiale ; section courante ; section minimale après rupture (mm²).
- σ, σrat, σéq, σth
- Contrainte conventionnelle ; contrainte rationnelle (vraie) ; contrainte corrigée de Bridgman ; résistance théorique d'une liaison (≈ E/10).
- Striction
- Localisation de la déformation dans un col qui s'amincit, à partir de la force maximale.
- Surappariement (overmatching)
- Choix d'un métal fondu un peu plus résistant que le métal de base.
- T, TK
- Température (°C) ; température absolue en kelvins (T + 273,15).
- Triaxialité
- État de contrainte où des tractions agissent dans plusieurs directions à la fois, comme au centre d'un col.
- Vieillissement dynamique
- Épinglage des dislocations par le carbone et l'azote pendant l'essai, vers 200 à 300 °C dans les aciers C-Mn ; dit aussi fragilité au bleu.
- W
- Énergie absorbée par unité de volume jusqu'à la rupture, aire sous la courbe (J/cm³).
- Z
- Coefficient de striction, (S0 − Su)/S0 (%) ; autre notation courante : RA.
- ZAT
- Zone affectée thermiquement : métal de base dont la structure a été modifiée par la chaleur du soudage.
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Dix points à cocher de tête
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