Métallurgie · Cours 02 · Série Aciers

Aciers : cinétique, TTT, TRC et éléments d’addition

Le cours 1 supposait un refroidissement infiniment lent. Ici, on ajoute le temps. C’est lui qui décide si le même acier sort mou ou très dur, et c’est la composition qui règle cette horloge.

Fourperlite grossière, ≈ 220 HV
Airperlite fine, ≈ 280 HV
Bain de sel à 400 °Cbainite, ≈ 480 HV
Eaumartensite, ≈ 850 HV

Même acier à 0,76 % C, même austénite de départ, quatre refroidissements. Duretés : ordres de grandeur, microstructures schématiques.

0Avant de commencer

Ce cours couvre deux objectifs de ton polycopié :

La martensite, transformation displacive (objectif 3), apparaît déjà sur les diagrammes de ce cours. Son mécanisme sera détaillé dans le cours 3.

Pas de TD photographié pour cette partie. J’ai donc construit trois exercices corrigés dans le style habituel des examens : lecture d’un diagramme TTT (partie 3), lecture d’un diagramme TRC (partie 4), et effet des éléments d’addition (partie 5). Si tu as un TD sur ce chapitre, envoie-le : je l’ajouterai.

À propos des diagrammes de ce cours. Les courbes TTT et TRC sont calculées par un modèle simplifié, calé sur l’allure des diagrammes des manuels. Cela permet de les rendre interactifs : chaque résultat affiché est cohérent avec la courbe dessinée. En revanche, ce ne sont pas des données d’acier réelles. En examen, lis toujours le diagramme fourni : tes valeurs peuvent différer des miennes, la méthode reste la même.

Rappel du cours 1. Au-dessus de A3, l’acier est de l’austénite γ (CFC) qui dissout tout le carbone. En refroidissant, le fer redevient α (CC) et doit expulser ce carbone. À l’équilibre, on obtient ferrite + perlite. Ce cours répond à la question suivante : que se passe-t-il quand on ne laisse pas le temps à ce tri du carbone ?

1Pourquoi les courbes sont en forme de C

Niveau 1

Une transformation à l’état solide se fait en deux temps. D’abord la germination : de tout petits îlots de la nouvelle phase apparaissent, surtout aux joints de grains. Puis la croissance : ces îlots grossissent en déplaçant des atomes. Deux effets s’opposent quand on transforme à une température T sous A1 :

  • la force motrice : plus on descend sous 727 °C, plus l’austénite est instable et « a envie » de se transformer. Elle augmente quand T baisse ;
  • la mobilité des atomes : le carbone doit diffuser, et la diffusion ralentit très vite quand T baisse.

Juste sous 727 °C, les atomes sont mobiles mais rien ne pousse : c’est lent. Très bas, tout pousse mais plus rien ne bouge : c’est lent aussi. Entre les deux, vers 540 °C pour un acier eutectoïde, le produit des deux est maximal. Le temps nécessaire pour démarrer est alors minimal : c’est le nez de la courbe en C.

Force motrice × mobilité = vitesse

À gauche, les deux effets (normalisés) et leur produit. À droite, le temps de démarrage qui en découle, sur une échelle logarithmique : chaque graduation multiplie le temps par 10.

Niveau 1

Du début à la fin d’une transformation : la courbe en S

À température fixe, la fraction transformée suit une courbe en S : rien pendant un temps d’incubation, puis une accélération (de plus en plus de germes, de plus en plus grands), puis un ralentissement quand les colonies se touchent et qu’il ne reste plus d’austénite. Par convention, le début de la transformation est lu à 1 % et la fin à 99 %.

Germination et croissance de la perlite à température fixe

Les germes naissent surtout sur les joints de grains de l’austénite. Compare 700 °C (peu de colonies, grosses, lamelles épaisses) et 580 °C (beaucoup de colonies, lamelles fines). La courbe en S se lit sur un axe des temps réel, calé sur le diagramme TTT de la partie 3.

Niveau 2

La germination en équations

Pour un germe sphérique de rayon r, l’enthalpie libre gagnée en volume et payée en surface s’écrit ΔG(r) = −(4/3)πr³Δgv + 4πr²γ, où Δgv est la force motrice par unité de volume et γ l’énergie d’interface. ΔG passe par un maximum en r* = 2γ/Δgv, la barrière valant ΔG* = 16πγ³/(3Δgv²). Comme Δgv est à peu près proportionnelle au sous-refroidissement ΔT, la barrière varie en 1/ΔT² : elle est énorme près de A1 et s’effondre en descendant.

La vitesse de germination est le produit d’un terme de barrière, exp(−ΔG*/kT), et d’un terme de diffusion, exp(−Q/RT). Le premier croît quand T baisse, le second décroît : d’où le maximum. Aux joints de grains, une partie de l’interface préexiste et γ effectif diminue : la barrière est plus basse. C’est pourquoi un gros grain d’austénite, qui offre moins de joints, retarde la transformation. On y reviendra pour la zone à gros grains d’une soudure.

La loi d’Avrami

La courbe en S suit l’équation de Johnson-Mehl-Avrami-Kolmogorov : f(t) = 1 − exp(−k tn). Le terme k tn est le volume qu’occuperaient les colonies si elles pouvaient se chevaucher ; l’exponentielle corrige ces chevauchements. L’exposant n (souvent entre 1 et 4) dépend du mode de germination et de croissance. Entre 1 % et 99 %, le rapport des temps vaut (ln 100/ln (1/0,99))1/n ≈ 4581/n : pour n = 2, la fin arrive environ 21 fois plus tard que le début.

Le carbone va vite, le fer et les éléments d’alliage lentement

Le carbone diffuse par sauts entre sites interstitiels ; le fer et les éléments substitutionnels (Mn, Cr, Mo, Ni…) doivent attendre qu’une lacune passe. Avec les données de Callister (C dans γ : D0 = 2,3·10−5 m²/s, Q = 148 kJ/mol ; Fe dans γ : D0 = 5·10−5 m²/s, Q = 284 kJ/mol), la distance parcourue en 1 s à 900 °C, √(Dt), vaut environ 2,4 µm pour le carbone et quelques nanomètres pour le fer. Ce facteur de l’ordre de mille sur les distances explique, en partie 5, pourquoi les éléments d’alliage ralentissent tant les transformations.

2Ferrite, perlite, bainite : les mécanismes

Niveau 1

Toutes les transformations diffusives de l’austénite résolvent le même problème : fabriquer du fer α, qui ne garde presque pas de carbone. Ce qui change avec la température, c’est la distance que le carbone peut parcourir pendant la transformation. Plus on transforme bas, plus cette distance est courte, et plus la structure est fine et dure.

Galerie des microstructures

Niveau 1
Produit (acier eutectoïde)Formé versComment se loge le carboneDureté
Perlite grossière650–727 °Clamelles α / Fe3C épaisses, diffusion sur ≈ 1 µm≈ 200–250 HV
Perlite fine540–650 °Cmêmes lamelles, beaucoup plus serrées≈ 300–380 HV
Bainite supérieure350–540 °Clattes de ferrite ; carbures entre les lattes≈ 400–500 HV
Bainite inférieureMs–350 °Clattes plus fines ; carbures dans les lattes≈ 500–600 HV
Martensitesous Msle carbone reste piégé : pas de diffusion (cours 3)≈ 850 HV

Les températures sont celles d’un acier à 0,76 % C ; elles se décalent avec la composition (partie 5).

La perlite : plus bas, plus fine

Tu as vu au cours 1 que le carbone file latéralement des lamelles de ferrite vers les lamelles de cémentite. Plus T est basse, plus ce trajet doit être court : l’espacement des lamelles diminue, à peu près comme 1/ΔT. Une perlite fine est plus dure et plus résistante, car les interfaces α/Fe3C freinent les dislocations.

La bainite : la ferrite pousse en lattes

Sous le nez, la ferrite ne pousse plus en lamelles coopératives avec la cémentite : elle se forme en fines lattes, groupées en paquets (les « gerbes »). Le carbone qu’elle contient en trop doit sortir ou précipiter :

Bainite supérieure et inférieure : où finit le carbone

À gauche, le carbone a le temps de sortir des lattes : il s’accumule dans l’austénite entre elles, qui précipite de la cémentite en films. À droite, il n’a plus le temps : il précipite sur place, en fins carbures inclinés d’environ 60° dans chaque latte.

Niveau 1

La ferrite proeutectoïde change de forme selon la vitesse

Dans un acier hypoeutectoïde, la ferrite qui se forme avant la perlite ne pousse pas toujours en grains ronds :

Trois morphologies de ferrite

Niveau 2

Conséquences technologiques

  • Dureté et limite d’élasticité augmentent quand la structure s’affine : c’est l’esprit de la loi de Hall-Petch, où la résistance croît comme 1/√d, d étant la taille de grain ou l’espacement caractéristique.
  • Ténacité. Une structure fine et désordonnée dévie les fissures : c’est le cas de la bainite inférieure et de la ferrite aciculaire. Les longues plaquettes parallèles de la ferrite de Widmanstätten ou les films de cémentite de la bainite supérieure offrent au contraire des chemins faciles. La bainite supérieure est souvent moins tenace que l’inférieure, à dureté comparable.
  • En soudage. Dans le métal fondu d’un acier C-Mn, on recherche la ferrite aciculaire, qui germe sur de fines inclusions d’oxydes (souvent à base de titane) et forme un enchevêtrement de petites aiguilles très tenace. Dans la zone affectée à gros grains, l’austénite grossie favorise au contraire la ferrite de Widmanstätten et la bainite supérieure, moins tenaces.

La bainite est-elle vraiment « diffusive » ?

C’est un débat ancien. La croissance des lattes de ferrite bainitique présente des traits displacifs (relief de surface, relations d’orientation proches de la martensite), tandis que la précipitation des carbures exige la diffusion du carbone. Ton poly la classe avec les transformations diffusives, parce que sa cinétique dépend du temps et de la température comme celle de la perlite. Retiens qu’elle est intermédiaire entre perlite et martensite, par sa température, sa dureté et son mécanisme.

3Les courbes TTT, transformation à température constante

Niveau 1

TTT signifie Temps, Température, Transformation. On l’appelle aussi diagramme de transformation isotherme. Pour le construire, on austénitise de petits échantillons, on les plonge brutalement dans un bain à la température T choisie, on les y maintient un temps t, puis on les trempe pour figer l’état. En répétant pour beaucoup de T et de t, on trace deux courbes :

  • la courbe de début de transformation (1 % transformé) ;
  • la courbe de fin de transformation (99 %).

L’axe des temps est logarithmique : il couvre de 0,1 s à plusieurs jours. Sous la courbe en C, les lignes horizontales Ms, M50 et M90 indiquent l’apparition de la martensite, qui ne dépend pas du temps.

Règle d’or de lecture. Un diagramme TTT ne se lit que le long de trajets faits de paliers horizontaux et de trempes verticales. On suppose les trempes instantanées : pendant une trempe, rien ne se transforme, sauf la martensite quand on passe sous Ms.

Diagramme TTT d’un acier eutectoïde : construis ton traitement

Le trajet part de l’austénite au-dessus de A1, descend instantanément au palier, puis finit par une trempe à l’eau jusqu’à 20 °C. La courbe en pointillés au milieu marque 50 % de transformation.

Niveau 1

Exercice 1. Six traitements d’un acier eutectoïde

Un acier à 0,76 % C est austénitisé, puis subit les traitements ci-dessous. Tous les changements de température sont instantanés et chaque traitement se termine par une trempe à l’ambiante. Donne la microstructure finale et ses proportions. Utilise les boutons a à f pour placer chaque trajet sur le diagramme.

  1. Palier de 104 s à 690 °C.
  2. Palier de 100 s à 600 °C.
  3. Palier de 104 s à 300 °C.
  4. Palier de 20 s à 450 °C.
  5. Palier de 100 s à 250 °C.
  6. Palier de 10 s à 630 °C, puis palier de 1000 s à 400 °C.
Voir la correction

Méthode. À la température du palier, lis le temps de début td et de fin tf, puis compare avec la durée du palier. Si la durée dépasse tf, tout est transformé. Si elle est inférieure à td, rien ne l’est. Entre les deux, on estime la fraction, par exemple avec la courbe des 50 %. L’austénite restante devient martensite à la trempe finale. La nature du produit se lit à la température du palier.

  1. À 690 °C, la fin est vers 300 s ≪ 104 s : 100 % perlite grossière (≈ 230 HV).
  2. À 600 °C, la fin est vers 13 s < 100 s : 100 % perlite fine (≈ 320 HV).
  3. À 300 °C, la fin est vers 2800 s < 104 s : 100 % bainite inférieure (≈ 545 HV).
  4. À 450 °C, le début est vers 3 s et la fin vers 56 s. À 20 s, on est un peu avant la courbe des 50 % : environ 43 % de bainite supérieure. Les 57 % d’austénite restante deviennent martensite à la trempe.
  5. À 250 °C, le début n’arrive qu’après ≈ 400 s : rien ne se passe en 100 s. À la trempe, tout devient martensite (≈ 850 HV). Le palier n’a servi à rien, sauf à égaliser la température dans la pièce : c’est l’idée du « martempering » (cours 3).
  6. À 630 °C, début vers 2 s, fin vers 22 s : en 10 s, environ 45 % de perlite fine. À 400 °C, l’austénite restante (55 %) a largement le temps de finir (fin vers 200 s) : 55 % de bainite supérieure. Aucune martensite.

Valeurs lues sur le diagramme de ce cours. Sur un autre diagramme, les temps changent, le raisonnement reste le même.

Niveau 2

Deux paliers successifs : ce qu’on néglige

Au second palier, on a lu les courbes comme si le chronomètre repartait de zéro pour l’austénite restante. C’est l’usage en exercice, mais c’est une approximation : l’austénite a déjà « consommé » une partie de son incubation au premier palier, et elle s’est un peu enrichie en carbone près des colonies de perlite. La règle d’additivité de Scheil formalise la première correction : la transformation démarre quand Σ Δti/td(Ti) = 1. C’est exactement ce qu’on utilise pour passer du TTT au TRC (partie 4).

Et l’austénite résiduelle ?

Pour un acier eutectoïde, la fin de transformation martensitique Mf est proche de l’ambiante, voire en dessous. Une trempe à 20 °C laisse donc quelques pourcents d’austénite résiduelle. Les exercices la négligent ; on en reparlera au cours 3 (traitement par le froid, revenu).

TTT d’un acier hypoeutectoïde

Pour un acier à 0,4 % C par exemple, le diagramme gagne une horizontale A3 et une courbe supplémentaire « début de formation de la ferrite », à gauche de la courbe de la perlite, entre A3 et A1. Le nez se décale vers les temps courts (moins de carbone à trier) et Ms monte. C’est ce qui rend les aciers doux si difficiles à tremper.

4Les courbes TRC, refroidissement continu

Niveau 1

Dans la réalité, une pièce qu’on sort du four se refroidit en continu : au four, à l’air, dans l’huile ou dans l’eau. On utilise alors les diagrammes TRC (Transformation en Refroidissement Continu, en anglais CCT). Ils se construisent par dilatométrie, en refroidissant de petites éprouvettes à vitesse contrôlée : chaque transformation se voit comme un accident sur la courbe de longueur (cours 1).

Par rapport au TTT, les courbes de début et de fin sont décalées vers le bas et vers la droite : quand la température descend pendant l’incubation, il faut plus de temps pour démarrer, et on démarre plus bas. Un TRC se lit le long des courbes de refroidissement tracées dessus, et seulement ainsi.

Deux vitesses critiques résument le diagramme :

  • au-dessus de la vitesse critique de trempe, la courbe passe à gauche du nez : pas de perlite, 100 % de martensite ;
  • en dessous d’une seconde vitesse, la courbe traverse toute la zone perlitique : 100 % de perlite.

Entre les deux, on obtient un mélange de perlite et de martensite.

Diagramme TRC d’un acier eutectoïde

Vitesse mesurée à 700 °C. Les vitesses des boutons sont des ordres de grandeur pour une petite pièce ; elles dépendent énormément de l’épaisseur. Pour l’acier eutectoïde au carbone, la bainite n’apparaît pas en refroidissement continu : la perlite consomme l’austénite avant.

Niveau 1

Exercice 2. Lire le TRC

  1. Quelle microstructure obtient-on pour des vitesses de 1, 30 et 300 °C/s à 700 °C ?
  2. Estime la vitesse critique de trempe de cet acier.
  3. Une barre de 10 mm trempée à l’huile refroidit vers 40 °C/s au cœur. Sera-t-elle entièrement martensitique ?
Voir la correction
  1. 1 °C/s : la courbe traverse toute la zone perlitique vers 690–640 °C : 100 % perlite, plutôt grossière. 30 °C/s : la courbe entre dans la zone perlitique puis rencontre la ligne d’arrêt vers 500 °C avant la fin : environ 73 % de perlite fine, et les 27 % d’austénite restante deviennent martensite sous Ms. 300 °C/s : la courbe passe à gauche du nez : 100 % martensite.
  2. La vitesse critique est celle de la courbe qui frôle le nez de la courbe de début : environ 190 °C/s sur ce diagramme. Callister donne environ 140 °C/s pour un acier eutectoïde réel : même ordre de grandeur.
  3. Non : 40 °C/s est bien sous la vitesse critique. On obtient environ 45 % de perlite fine et 55 % de martensite. Un acier au carbone de ce type se trempe à l’eau, et seulement en petites sections. C’est tout l’intérêt des éléments d’alliage (partie 5).
Niveau 2

Comment on passe du TTT au TRC

Un refroidissement continu se découpe en une suite de petits paliers Δti aux températures Ti. Selon la règle d’additivité de Scheil, la transformation démarre quand la somme des fractions d’incubation consommées atteint 1 : Σ Δti/td(Ti) = 1. Chaque petit palier « compte » d’autant moins que td(Ti) est long, d’où le décalage vers la droite et vers le bas. Le diagramme de ce cours est calculé exactement ainsi à partir du TTT de la partie 3.

Les diagrammes TRC des aciers de construction et du soudage

Les TRC industriels indiquent, au bout de chaque courbe, la dureté finale (souvent entourée) et, le long de la courbe, le pourcentage de chaque constituant formé dans chaque domaine (F, P, B, M). Pour le soudage, on les trace en fonction du temps de refroidissement entre 800 et 500 °C, le t8/5, avec un cycle thermique de soudage au lieu d’une austénitisation au four. Le cours 3 montre comment calculer t8/5 à partir de l’énergie de soudage et de l’épaisseur.

5Les éléments d’addition

Niveau 1

Un acier n’est jamais du Fe–C pur : il contient toujours du manganèse et du silicium issus de l’élaboration, et souvent du chrome, du nickel, du molybdène, du vanadium… Ton poly les range en trois catégories.

CatégorieÉlémentsEffet principal
GammagènesNi, Mn, C, N, Cu, Coélargissent le domaine γ : A3 et A1 descendent. À forte teneur, l’austénite reste stable jusqu’à l’ambiante (inox 304 : 18 % Cr + 8–10 % Ni).
AlphagènesCr, Mo, Si, W, V, Ti, Al, Nbrétrécissent le domaine γ : A3 et A1 montent. Au-delà d’environ 12–13 % Cr, plus d’austénite du tout : acier ferritique (inox 430).
Carburigènesdu plus au moins avide de carbone : Ti, Zr, Nb, V, W, Mo, Cr, (Mn)forment des carbures plus stables que la cémentite : durcissement, grains fins, tenue à chaud.

Un élément peut appartenir à deux catégories : le chrome est à la fois alphagène et carburigène. Le silicium et le nickel, eux, ne forment pas de carbures : ils restent en solution dans la ferrite.

Gammagène ou alphagène : ce que devient le domaine γ

Allures schématiques des diagrammes binaires fer–nickel et fer–chrome, sans carbone. Avec le chrome, le domaine γ se referme en « boucle » : au-delà, le fer reste cubique centré du solide jusqu’à l’ambiante, et ne peut donc pas prendre la trempe.

Niveau 1

Les deux effets qui comptent pour les traitements

1. Les températures de transformation bougent. Les deux abaques de ton poly (en haut des pages) le montrent : la température eutectoïde monte avec Ti, Mo, Si, W, Cr et descend avec Mn et Ni ; la teneur en carbone de l’eutectoïde diminue avec presque tous les éléments. Un acier allié peut donc être « eutectoïde » avec bien moins de 0,76 % C.

2. Les courbes TTT et TRC se décalent vers la droite, avec tous les éléments usuels sauf le cobalt. Les atomes substitutionnels diffusent des milliers de fois moins vite que le carbone : pour former de la ferrite ou de la perlite, il faut qu’ils se redistribuent, ou au moins qu’ils freinent les interfaces. L’acier peut alors être refroidi moins vite tout en évitant la perlite : sa trempabilité augmente. C’est pour cela qu’on allie un acier de traitement.

Même carbone, alliage différent : C45 contre 42CrMo4

Domaines : F ferrite, P perlite, B bainite, M martensite. Les nombres au bas des courbes sont les duretés finales estimées (HV). Modèle simplifié : il reproduit l’écart de trempabilité entre les deux nuances, pas leurs diagrammes officiels.

Niveau 1

Les formules empiriques des points de transformation

Des formules établies sur des centaines d’aciers faiblement alliés (Andrews, Steven et Haynes) donnent ces températures à partir de la composition, en % massique :

Ac1 = 723 − 10,7 Mn − 16,9 Ni + 29,1 Si + 16,9 Cr
Ac3 = 910 − 203 √C − 15,2 Ni + 44,7 Si + 31,5 Mo
Ms = 539 − 423 C − 30,4 Mn − 17,7 Ni − 12,1 Cr − 7,5 Mo
Bs = 830 − 270 C − 90 Mn − 37 Ni − 70 Cr − 83 Mo

Lis les signes : ils disent tout. Ni et Mn, gammagènes, abaissent Ac1 ; Si et Cr, alphagènes, l’élèvent. Tous les éléments abaissent Ms et Bs, le carbone surtout.

Calcule les points de transformation d’une nuance

Les barres grises donnent les valeurs d’un acier au carbone seul, au même % C ; les barres colorées celles de la nuance, avec entre parenthèses l’écart dû aux éléments d’addition. Formules valables pour les aciers faiblement alliés, environ C < 0,6 % et moins de 5 % d’éléments.

Niveau 1

Exercice 3. C45 ou 42CrMo4 ?

  1. Classe les éléments du 42CrMo4 (C 0,42 ; Mn 0,75 ; Si 0,25 ; Cr 1,05 ; Mo 0,22) : gammagène ou alphagène, carburigène ou non.
  2. Calcule Ac1, Ac3, Ms et Bs pour le C45 (C 0,45 ; Mn 0,70 ; Si 0,25) et le 42CrMo4.
  3. À l’aide des TRC ci-dessus, explique pourquoi on trempe le 42CrMo4 à l’huile et le C45 à l’eau.
  4. On soude ces deux aciers. Lequel risque le plus de former de la martensite dure dans la zone affectée thermiquement ?
Voir la correction
  1. C : gammagène (interstitiel), forme la cémentite. Mn : gammagène, faiblement carburigène (il entre dans la cémentite). Si : alphagène, non carburigène, reste dans la ferrite. Cr : alphagène et carburigène. Mo : alphagène et fortement carburigène.
  2. C45 : Ac1 ≈ 723 − 7,5 + 7,3 = 723 °C ; Ac3 ≈ 910 − 136,2 + 11,2 = 785 °C ; Ms ≈ 539 − 190,4 − 21,3 = 327 °C ; Bs ≈ 830 − 121,5 − 63 = 646 °C.
    42CrMo4 : Ac1 ≈ 723 − 8,0 + 7,3 + 17,7 = 740 °C ; Ac3 ≈ 910 − 131,6 + 11,2 + 6,9 = 797 °C ; Ms ≈ 539 − 177,7 − 22,8 − 12,7 − 1,7 = 324 °C ; Bs ≈ 830 − 113,4 − 67,5 − 73,5 − 18,3 = 557 °C.
    Le chrome remonte Ac1 de 17 °C ; Ms ne bouge presque pas, car le carbone est le même ; Bs baisse de 90 °C.
  3. Sur ces TRC, le C45 n’est entièrement martensitique qu’au-delà d’environ 240 °C/s : seule l’eau y parvient, en petite section. Le 42CrMo4 l’est dès environ 11 °C/s : l’huile suffit, même au cœur de pièces assez épaisses. Le chrome et le molybdène ont repoussé ferrite et perlite d’environ deux décades vers la droite. Bonus : une trempe à l’huile, plus douce, déforme moins et fissure moins qu’une trempe à l’eau.
  4. Le 42CrMo4 : sa trempabilité fait qu’une zone affectée, même refroidie assez lentement, devient martensitique. Avec 0,42 % C, cette martensite est très dure et fragile, et sensible à la fissuration à froid par l’hydrogène. Il faut préchauffer et souvent traiter après soudage (cours 3). Le C45 n’est pas pour autant facile à souder : son carbone élevé le rend lui aussi sensible, mais sur une plage de vitesses plus étroite.
Niveau 2

Pourquoi les carburigènes séparent perlite et bainite

Dans un acier au Cr–Mo, la perlite exige que Cr et Mo se partagent entre ferrite et carbures : c’est très lent. La bainite, qui se forme sans redistribution des éléments substitutionnels, est beaucoup moins freinée. Le diagramme TTT se creuse alors en deux « nez » séparés par une baie, où l’austénite peut rester longtemps : c’est ce que montre le TRC du 42CrMo4, avec un large domaine bainitique.

Le grain d’austénite et le bore

La trempabilité ne dépend pas que de la composition. Un gros grain d’austénite, qui offre moins de joints pour germer, décale aussi les courbes vers la droite. C’est le cas de la zone à gros grains d’une soudure, chauffée près de 1400 °C. À l’inverse, quelques ppm de bore ségrégés aux joints de grains empêchent la ferrite d’y germer, et augmentent fortement la trempabilité pour un coût dérisoire.

Mesurer la trempabilité : l’essai Jominy

On austénitise une barre de 25 mm de diamètre et on arrose une seule de ses extrémités. Chaque point de la barre voit une vitesse de refroidissement différente, de très rapide au bout arrosé à lente à l’autre bout. La courbe dureté–distance résume en une mesure la position des courbes TRC : plus la dureté se maintient loin du bout trempé, plus l’acier est trempant.

Le cobalt, l’exception

Le cobalt est le seul élément courant qui accélère les transformations diffusives : il augmente la force motrice de la transformation γ → α. Il diminue donc la trempabilité.

6Fiche méthode et pièges

Niveau 1

Lire un TTT

  1. Vérifie que le traitement est fait de paliers et de trempes instantanées.
  2. Pour chaque palier, lis tdébut et tfin à cette température et compare avec la durée.
  3. Nomme le produit d’après la température du palier : perlite grossière, perlite fine, bainite supérieure ou inférieure.
  4. L’austénite qui reste en passant sous Ms devient martensite (pour 100 % sous Mf).

Lire un TRC

  1. Repère la courbe de refroidissement correspondant à la pièce (vitesse, milieu de trempe ou t8/5).
  2. Suis-la de haut en bas et note chaque domaine traversé, avec le pourcentage indiqué.
  3. Lis la dureté au bout de la courbe.
  4. Ne trace jamais de palier sur un TRC, et ne lis jamais un refroidissement continu sur un TTT.

Les pièges

  • Oublier que l’axe des temps est logarithmique : 10 et 100 s sont aussi éloignés que 100 et 1000 s.
  • Appeler « perlite » ce qui se forme sous le nez : c’est de la bainite.
  • Croire que la martensite a besoin de temps : sa quantité ne dépend que de la température atteinte sous Ms.
  • Utiliser un TTT ou un TRC d’un autre acier, ou d’une autre austénitisation : la taille de grain déplace les courbes.
  • Penser qu’un élément d’alliage durcit la martensite : c’est le carbone qui fait sa dureté. Les éléments d’alliage rendent la martensite plus facile à obtenir.
Niveau 2

La suite : cours 3

On ouvre la boîte noire de la martensite : pourquoi elle se forme sans diffusion, pourquoi elle est si dure, comment le revenu la rend utilisable. Puis on passe au soudage : calcul du t8/5, lecture d’un TRC de soudage, carbone équivalent et choix du préchauffage.