Mécanique de la rupture, série 1 : de la cassure au défaut acceptable

Ténacité et défauts : KIC, CTOD, J et diagramme FAD

Cours4 sur 4 : juger un défaut, du laboratoire à la soudure
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 à 3, surtout K = σY√a (cours 3) et la résilience Charpy (cours 2)
À la fin tu saisutiliser KIC, en connaître la mesure et ses limites, lire un CTOD et une courbe J, et placer un défaut de soudure sur un diagramme FAD

Un contrôle par ultrasons trouve un manque de fusion de 16 mm dans une soudure de réservoir. Réparer, c'est vidanger, gouger, ressouder, recontrôler, traiter thermiquement peut-être : des semaines d'arrêt, et une nouvelle soudure qui aura ses propres défauts. Laisser en service, c'est accepter un risque. Entre les deux, l'ingénieur calcule. Le cours 3 a donné la sévérité du défaut, son facteur K. Ce cours donne la résistance du matériau, sa ténacité : KIC quand il est fragile, le CTOD (l'ouverture du fond de fissure) ou l'intégrale J quand il plastifie. Puis il réunit tout dans un seul dessin, le diagramme d'évaluation de la défaillance (FAD) : un point dans une zone sûre, et le défaut peut rester ; un point dehors, et il faut réparer.

Le code couleur de la série

Orange : les actions extérieures, forces F.
Noir : les vecteurs et la géométrie dessinée (éprouvettes, fissures, repères).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers le soudage.

Avant de commencer

Le cours 3 en trois cases

σr ∝ 1/√a
Les défauts gouvernent la rupture : un cristal parfait supporterait E/10, mais une fissure concentre l'effort à sa pointe. La contrainte de rupture varie comme l'inverse de la racine de la taille du défaut.
σyy = K/√(2πr)
Autour de toutes les fissures, le champ de contrainte a la même forme ; un seul nombre, le facteur d'intensité de contrainte K, en règle le volume. Deux fissures de même K sont équivalentes pour la matière.
K = σ·Y·√a
Y ≈ 1,77 pour une fissure centrale (a = demi-longueur), 1,99 débouchante, 1,13 noyée circulaire. a en mètres ; les contraintes résiduelles s'ajoutent à la contrainte appliquée.
📘 Correspondance avec le polycopié de référence (Partie I : Mécanique de la rupture). Ce cours couvre la fin du § II.D, les § II.E et II.F, et l'annexe sur le CTOD, pages 19 à 49, figures 24 à 50 :
Chapitre du coursPolycopié
1 Le critère KICp. 22 à 24, § II.D.2 et II.D.3, diagramme d'Ashby
2 Épaisseur et zone plastiquep. 19 et 20 (figures 24 et 25), p. 26 et 27 (figures 31 et 32)
3 Mesurer KICp. 24 à 29, § II.D.5 et II.D.6, figures 29, 30, 33 et 34
4 L'approche énergétique Gp. 29 à 38, § II.E, figures 35 à 40 (version resserrée)
5 CTOD et intégrale Jp. 38 à 45, § II.F.1 à II.F.3, figures 41 à 47 ; annexe CTOD (2 pages)
6 Le diagramme FADp. 45 à 47, § II.F.4, figures 48 à 50 ; application aux soudures hors poly
Les démonstrations les plus longues du polycopié (fermeture virtuelle d'Irwin, calcul de la correction de Dugdale, définition de J par un contour) ne sont données ici que par leurs résultats : elles ne sont pas nécessaires pour utiliser ces outils.
🔎 Cinq remarques de lecture

1. Condition sur le ligament (p. 27). Le polycopié écrit « condition sur la longueur du ligament à fracturer : a > 50 rY » : il faut lire (w − a) > 50 rY, comme la formule qui suit. Avec rY = (1/6π)(KIC/Re)², 50 rY ≈ 2,65 (KIC/Re)², arrondi à la valeur normalisée 2,5.

2. Renvoi de figure (p. 34). « On mesure la complaisance C comme indiqué sur la figure 47 » renvoie en fait à la figure 39.

3. Le facteur √3 (p. 26). Écrire σyy = √3·Re à la frontière plastique en déformation plane est une convention d'Irwin, qui donne rY = (1/6π)(K/Re)². Le critère de von Mises appliqué au champ du cours 3 donne, devant la pointe et pour ν = 0,3, une zone encore plus petite (manipulation 4 du cours 3). Retiens la valeur conventionnelle, c'est celle des normes.

4. La grande égalité (p. 45). « résilience K = WOF = 2γs = JIC = GIC » n'est qu'un ordre d'idées pour les matériaux quasi fragiles. La résilience Charpy est mesurée en choc, sur une entaille émoussée, et inclut la plasticité de toute l'éprouvette ; 2γs ne vaut que pour une rupture parfaitement fragile. Pour un acier, ces grandeurs diffèrent souvent d'un facteur 10 à 1 000. Le symbole K de la résilience (KC, cours 2) n'a rien à voir avec le facteur d'intensité K.

5. Unités anglo-saxonnes (p. 23). Le second graphique est gradué en ksi√in et ksi : 1 ksi√in = 1,099 MPa·√m et 1 ksi = 6,895 MPa. Ses 145 ksi√in font donc 159 MPa·√m, et ses 250 ksi font 1 724 MPa.

🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) La mécanique de la rupture est l'outil de l'évaluation critique d'ingénierie (en anglais ECA, engineering critical assessment), aussi appelée aptitude au service : décider si un défaut trouvé par contrôle non destructif (CND) peut rester, et fixer des critères d'acceptation fondés sur le calcul plutôt que sur l'habitude. Elle est au cœur des normes BS 7910 (Royaume-Uni), R6 (nucléaire britannique) et API 579 (pétrochimie). Dans l'offshore et les pipelines, les soudures sont qualifiées par des essais CTOD en métal fondu et en zone affectée thermiquement (ZAT), et les critères d'acceptation des contrôles automatiques par ultrasons des soudures de pipelines sont souvent issus d'une ECA.

La série en quatre cours

1 Les visagesDuctile ou fragile : lire une cassure et remonter à sa cause.
2 CharpyLa résilience et la transition ductile-fragile des aciers.
3 Le facteur KDu défaut à la fissure : concentration et intensité de contrainte.
4 Ténacité et défautsKIC, CTOD, J et le diagramme FAD : un défaut est-il acceptable ?

Le plan du cours

  1. 1Le critère KIC

    K = KIC : contrainte admissible, taille critique, et pourquoi résistance et ténacité s'opposent.

  2. 2Épaisseur et zone plastique

    La zone plastique rY, la déformation plane et les tôles épaisses.

  3. 3Mesurer KIC

    Éprouvettes, préfissure, FQ, et des conditions de validité très exigeantes.

  4. 4L'approche énergétique G

    L'énergie libérée par la fissure, G = K²/E, et ce qu'elle révèle.

  5. 5CTOD et intégrale J

    Quand l'acier plastifie : l'ouverture du fond de fissure et la courbe de résistance.

  6. 6Le diagramme FAD

    Rupture fragile ou effondrement plastique : juger un défaut de soudure.

1

Le critère KIC

Quand l'intensité atteint la ténacité, la fissure part

⚖️Image à retenirLa balance : sur un plateau K (le défaut et la charge), sur l'autre KIC (le matériau) ; quand K l'emporte, tout bascule
👁 Niveau 1 : voir la balance

Charge progressivement une pièce fissurée : le facteur d'intensité K = σY√a augmente avec la contrainte (cours 3). À un certain moment, la matière de la pointe ne tient plus et la fissure se propage brutalement. La valeur de K à cet instant est une propriété du matériau : le facteur d'intensité de contrainte critique, ou ténacité, noté KIC (I pour le mode I d'ouverture, C pour critique ; polycopié, p. 22).

K = σ·Y·√a  ≥  KIC  ⟹  rupture

à gauche, la sollicitation (charge et défaut) ; à droite, la résistance du matériau à la propagation des fissures

C'est une balance : sur un plateau, ce que la structure impose à la fissure ; sur l'autre, ce que le matériau peut encaisser. Elle s'utilise dans trois sens :

  • je connais le défaut, je cherche la contrainte admissible : σr = KIC/(Y√a) ;
  • je connais la contrainte, je cherche la taille critique du défaut : ac = (KIC/(Yσ))² ;
  • je connais les deux, je cherche le matériau : il faut KIC > σY√a, avec une marge.
MatériauKIC (MPa·√m)
Verre0,5 à 1
Roches, céramiques1 à 5
Métaux fragiles (par exemple à basse température)5 à 10
Alliages d'aluminium≈ 30 à 40
Aciers50 à 150
Métaux ductiles purs150 à 200

Valeurs du polycopié, p. 22.

Manipulation 1 : la carte contrainte-défaut

Pour une fissure débouchante (Y = 1,99), la courbe rouge σr = KIC/(Y√a) sépare les défauts qui tiennent de ceux qui cassent ; la ligne verte est la limite d'élasticité Re. Choisis un matériau, puis place ton point (contrainte, taille de défaut). Échelles logarithmiques.

🎓 Niveau 2 : maîtriser utiliser le critère, et ses limites
📖 Ténacité KIC (polycopié, p. 22) : valeur critique du facteur d'intensité de contrainte en mode I, à laquelle une fissure se propage brutalement. Propriété du matériau, indépendante de la géométrie de chargement et de l'éprouvette (à condition de respecter les conditions de validité, chapitre 3). Elle caractérise la résistance du matériau à la propagation des fissures. Unité : MPa·√m.
KIC = σr·Y·√aσr = KICY√aac = (KICYσ)²

σr : contrainte nominale de rupture ; ac : taille critique de défaut pour la contrainte σ

Exemple. Acier de KIC = 80 MPa·√m, fissure débouchante (Y = 1,99), σ = 200 MPa : ac = (80/(1,99 × 200))² = 0,201² = 0,0404 m ≈ 40 mm. Avec un défaut de 5 mm : σr = 80/(1,99 × √0,005) ≈ 569 MPa, au-dessus de Re : la pièce plastifierait avant de casser.

Conséquence importante (polycopié, p. 22) : la contrainte de rupture d'une pièce fissurée n'est pas une propriété du matériau. Elle dépend de sa ténacité (propriété du matériau) et de la taille des défauts (propriété de la fabrication).

Résistance et ténacité : le grand compromis

Le diagramme d'Ashby du polycopié (p. 23) place les matériaux selon leur ténacité KC et leur limite d'élasticité σy. Des polymères aux aciers, les deux augmentent ensemble ; les céramiques, résistantes mais peu tenaces, font exception. Les droites diagonales du diagramme, notées KC²/(πσy²) = 0,1 mm, 1 mm, 10 mm, 100 mm, ont un sens simple hors poly : c'est la taille de défaut (demi-longueur d'une fissure centrale) pour laquelle rupture et plastification arrivent ensemble. Au-dessous, le matériau plastifie d'abord ; au-dessus, il casse avant de plastifier. Un acier de construction tolère des défauts de plusieurs centimètres, une céramique moins d'un dixième de millimètre.

Mais à l'intérieur d'une même famille, résistance et ténacité varient en sens inverse : en durcissant un acier par trempe ou par précipitation, on relève sa limite d'élasticité et l'on abaisse sa ténacité (polycopié, p. 23, second graphique). Ces effets tiennent à l'aptitude du matériau à se déformer plastiquement en fond de fissure, pour en « lisser » l'effet (p. 24).

⚠️ Piège : ne pas confondre les trois K. K (cours 3) est la sollicitation de la fissure. KIC est la ténacité du matériau. KC ou KCV (cours 2) est la résilience Charpy, une énergie par unité d'aire en J/cm². Seuls les deux premiers se comparent.
⚠️ Piège : KIC dépend de la température. Comme l'énergie Charpy, la ténacité des aciers ferritiques chute dans la transition ductile-fragile : quelques dizaines de MPa·√m au palier fragile, plus de 150 au palier ductile. Une taille critique calculée à +20 °C ne vaut rien à −30 °C.
🧠 Mnémotechnique : « K sollicite, KIC résiste ». Et pour la taille critique : « ac au carré, comme la ténacité sur la charge ».
🔥 Plus résistant, moins tolérant

Les aciers à haute limite d'élasticité (S690, S960) permettent des structures plus légères, car on les calcule à des contraintes plus élevées. Mais ac varie comme (KIC/σ)² : si la contrainte de calcul double et que la ténacité baisse un peu, la taille critique est divisée par plus de quatre. Leurs soudures demandent donc des niveaux de qualité plus exigeants, des contrôles plus fins, et une maîtrise sévère de l'hydrogène et de la ZAT.

2

Épaisseur et zone plastique

La surface glisse, le cœur est coincé

🥪Image à retenirLe sandwich : les tranches de pain (les surfaces) s'écrasent librement, la garniture (le cœur) est coincée entre elles
👁 Niveau 1 : voir le sandwich

La contrainte infinie prévue par l'élasticité à la pointe d'une fissure n'existe pas : dès qu'elle dépasse Re, la matière plastifie dans une petite zone plastique de taille rY, qui « émousse » la fissure (polycopié, p. 26, figure 31). Mais cette zone n'a pas la même taille partout le long du front de fissure (figure 32).

  • Près des surfaces libres de la pièce, rien n'empêche la matière de s'amincir : c'est l'état de contrainte plane. Elle glisse facilement, à 45° (cours 1) : la zone plastique est grande, et la cassure y forme des lèvres de cisaillement obliques (figure 24).
  • Au cœur d'une pièce épaisse, la matière ne peut pas s'amincir, retenue par celle qui l'entoure : c'est la déformation plane. L'état est triaxial, le glissement est bridé, la zone plastique est environ trois fois plus petite, et la rupture s'ouvre à plat (figure 25).

Comme dans un sandwich qu'on écrase : les tranches de pain s'écrasent librement, la garniture, coincée, ne peut pas fuir. Plus le sandwich est épais, plus la garniture domine. Une tôle mince est presque entièrement en contrainte plane : elle plastifie beaucoup et paraît très tenace. Une tôle épaisse est surtout en déformation plane : elle résiste moins à la propagation. La ténacité « vraie », la plus faible, est celle de la déformation plane : c'est KIC.

Manipulation 2 : l'épaisseur qui change tout

En haut, la ténacité apparente KC en fonction de l'épaisseur B : elle descend vers KIC quand la tôle s'épaissit. En bas, la cassure vue dans l'épaisseur : zone plate au cœur, lèvres à 45° près des faces, dont la largeur suit la zone plastique en contrainte plane. Choisis un matériau et fais varier l'épaisseur.

Courbe KC(B) selon la relation empirique d'Irwin (1964) hors poly, KC = KIC·√(1 + 1,4β²) avec β = (KIC/Re)²/B ; schéma de cassure illustratif.

🎓 Niveau 2 : maîtriser rY et la condition d'épaisseur

Devant la pointe, la contrainte d'ouverture vaut K/√(2πr) (cours 3). On cherche où elle atteint la limite de plasticité : Re en contrainte plane, √3·Re en déformation plane, où la triaxialité relève le seuil (convention d'Irwin, polycopié p. 26 et 27) :

rY = 12π(KRe)² contrainte planerY = 16π(KRe)² déformation plane

rY en m avec K en MPa·√m et Re en MPa ; la zone est trois fois plus petite au cœur

Exemple. KIC = 50 MPa·√m, Re = 500 MPa : (K/Re)² = 0,01 m. En contrainte plane, rY = 0,01/(2π) = 1,6 mm ; en déformation plane, 0,01/(6π) = 0,53 mm.

Pour qu'une éprouvette (ou une pièce) soit majoritairement en déformation plane, sa part en contrainte plane près des faces doit rester négligeable. La condition normalisée s'écrit (polycopié, p. 27) :

B ≥ 2,5·(KICRe)²

B : épaisseur ; cela revient à environ 50 fois la zone plastique de déformation plane

Pour l'exemple : B ≥ 2,5 × 0,01 = 0,025 m = 25 mm. Pour un acier de construction très tenace (KIC = 150 MPa·√m, Re = 355 MPa) : 2,5 × (150/355)² = 0,45 m, soit 45 cm d'épaisseur ! On ne mesure pas un tel KIC : on passe au CTOD ou à J (chapitre 5).

📖 KC et KIC : KC est la ténacité apparente mesurée pour une épaisseur donnée, plus élevée pour les tôles minces ; elle n'est pas une propriété du seul matériau. KIC est sa valeur minimale, atteinte en déformation plane ; c'est la valeur prudente, utilisable pour toutes les épaisseurs.
⚠️ Piège : la zone plastique croît comme K². Doubler la ténacité, ou diviser Re par deux, multiplie rY et l'épaisseur d'éprouvette nécessaire par quatre.
⚠️ Piège : mince ne veut pas dire sûr. Une tôle mince paraît plus tenace, mais elle a aussi une plus petite section : sa taille critique de défaut n'est pas forcément meilleure. Et une tôle épaisse se calcule toujours avec la valeur de déformation plane.
🧠 Mnémotechnique : « 2π dehors, 6π dedans, 2,5 pour l'épaisseur ». La surface (le pain) plastifie trois fois plus que le cœur (la garniture).
🔥 Les soudures épaisses

Les nœuds de plateformes offshore, les viroles d'appareils à pression ou les tubes de fortes épaisseurs (50 à 150 mm) travaillent en déformation plane, avec en prime les contraintes résiduelles triaxiales du soudage multipasse. C'est pourquoi les essais de ténacité des soudures (CTOD, chapitre 5) se font de préférence sur des éprouvettes de pleine épaisseur, découpées dans le joint réel, et pourquoi l'Eurocode 3 partie 1-10 exige des nuances plus tenaces quand l'épaisseur augmente (cours 2).

3

Mesurer KIC

Une petite éprouvette fendue, et des règles très strictes

🗜️Image à retenirLa pince : on écarte les deux mâchoires d'une éprouvette fendue jusqu'à ce que la fente avance
👁 Niveau 1 : voir l'essai de ténacité

Le principe est simple (polycopié, p. 24) : on usine dans le matériau une entaille de longueur a connue, dans une éprouvette dont le facteur Y est connu ; on la charge en mode I jusqu'à la rupture ; la force de rupture donne KIC = σrY√a. Trois éprouvettes sont courantes (figure 29) :

  • la SENT (single edge notched tension, entaillée sur un bord et tirée) ;
  • la SENB (single edge notched bending, entaillée sur un bord et fléchie), en flexion trois ou quatre points ;
  • la CT (compact tension, compacte de traction) : un bloc fendu, ouvert par deux goupilles, comme une pince qu'on écarte.

Trois précautions font toute la difficulté :

  1. Une vraie fissure, pas une entaille. Une entaille usinée a un rayon en fond ρ trop grand : la ténacité « mesurée » serait faussée vers le haut (figure 33). On prolonge donc l'entaille par une préfissure de fatigue : quelques dizaines de milliers de cycles sous faible charge créent une fissure parfaitement aiguë (p. 28).
  2. Peu de plasticité. La courbe force-ouverture doit rester presque droite jusqu'à la rupture (figures 30 et 34).
  3. Une éprouvette assez grande devant la zone plastique, en particulier assez épaisse pour la déformation plane (chapitre 2).

Si une seule condition n'est pas remplie, la valeur obtenue n'est qu'une ténacité provisoire, notée KQ, et non KIC.

Manipulation 3 : l'essai de ténacité virtuel

Éprouvette CT de largeur W = 2B et de fissure a = W/2. Choisis le matériau et l'épaisseur, puis lance l'essai : la courbe force-ouverture se trace, la droite sécante à 95 % donne FQ, et les conditions de validité sont vérifiées une à une.

Modèle illustratif hors poly : la non-linéarité de la courbe croît avec la zone plastique ; la rupture survient quand K atteint la ténacité apparente de l'épaisseur choisie (chapitre 2).

🎓 Niveau 2 : maîtriser calcul de KQ et validité

Pour l'éprouvette CT (polycopié, figure 29), avec F la force, b l'épaisseur (notée B dans ce cours), w la largeur mesurée depuis l'axe des goupilles, et α = a/w :

K = FB√W·2 + α(1 − α)3/2·[0,886 + 4,64α − 13,32α² + 14,72α³ − 5,6α⁴]

valable pour 0,2 ≤ α ≤ 1 environ ; pour α = 0,5, le facteur vaut 9,66

Pour la SENB en flexion trois points (portée L = 4w), on calcule d'abord la contrainte nominale de flexion σ = 3FL/(2bw²), puis K = σY√a avec Y = 1,93 − 3,07α + 14,53α² − 25,11α³ + 25,80α⁴ (p. 25).

Exemple. CT de B = 25 mm, W = 50 mm, a = 25 mm, en acier trempé (Re = 900 MPa) ; FQ = 30 kN. KQ = 30 000/(25 × √50) × 9,66 = 169,7 × 9,66 = 1 639 N·mm−3/2 = 51,8 MPa·√m. Validité : 2,5 × (51,8/900)² = 0,0083 m = 8,3 mm, inférieur à B, a et W − a (25 mm) ✅ ; si Fmax ≤ 1,1 FQ ✅, alors KIC = 51,8 MPa·√m.

Les conditions de validité (polycopié, p. 27 à 29)

ConditionPourquoi
a ≥ 2,5 (KQ/Re)²fissure grande devant la zone plastique (≈ 50 rY)
W − a ≥ 2,5 (KQ/Re)²ligament (la partie non fissurée) grand devant la zone plastique
B ≥ 2,5 (KQ/Re)²déformation plane majoritaire
préfissure de fatigue, ρ < ρcune vraie fissure aiguë (figure 33)
Fmax ≤ 1,1 FQcourbe presque linéaire : comportement quasi fragile (figure 34)
📖 FQ (polycopié, p. 28 et 29) : force à l'intersection de la courbe de chargement et d'une droite issue de l'origine, de pente égale à 95 % de la pente initiale. Elle repère la fin du domaine quasi linéaire ; elle correspond à une avancée apparente de la fissure d'environ 2 % de sa longueur. Si la courbe casse avant de l'atteindre, FQ = Fmax.

Les normes d'essai sont l'ASTM E399 et l'ISO 12135 hors poly. Pour l'acier très tenace du chapitre 2 (KIC ≈ 150 MPa·√m, Re = 355 MPa), il faudrait une éprouvette d'environ 45 cm d'épaisseur : en pratique, on ne mesure jamais un KIC valide sur un acier de construction à température ambiante. C'est la raison d'être du CTOD et de l'intégrale J (chapitre 5).

⚠️ Piège : KQ n'est pas KIC. Tant que toutes les conditions ne sont pas vérifiées, la valeur reste provisoire. Une éprouvette trop petite donne en général un KQ supérieur au vrai KIC : l'erreur n'est pas prudente.
⚠️ Piège : les unités de la formule CT. Avec F en N, B et W en mm, K sort en N·mm−3/2 : diviser par 31,62 pour obtenir des MPa·√m.
🧠 Mnémotechnique : « préfissure, 95 %, 1,1 et 2,5 » : une vraie fissure, la sécante à 95 %, Fmax sous 1,1 FQ, et toutes les dimensions au-dessus de 2,5 (K/Re)².
🔥 Mesurer la ténacité d'une soudure

Sur un joint soudé, il faut placer la préfissure exactement dans la zone visée : axe du métal fondu, ou ZAT à gros grains au ras de la ligne de fusion, qu'on vérifie après essai par une coupe métallographique. Les contraintes résiduelles déforment souvent le front de la préfissure de fatigue ; les normes d'essais sur soudures (ISO 15653) prévoient des techniques pour les atténuer avant la préfissuration, comme une légère compression locale.

4

L'approche énergétique G

L'énergie que la fissure libère en avançant

🏹Image à retenirL'arc bandé : son bois stocke de l'énergie élastique ; la fissure en libère une partie à chaque millimètre gagné
👁 Niveau 1 : voir l'arc bandé

Une pièce chargée stocke de l'énergie élastique, comme un arc bandé ou un ressort comprimé. Quand une fissure s'allonge, la pièce devient plus souple : une partie de cette énergie se libère. Griffith (cours 3) a eu l'idée de faire le bilan : la fissure avance si l'énergie libérée suffit à « payer » la création des nouvelles surfaces (polycopié, p. 29 à 33).

L'énergie libérée par mètre carré de fissure nouvelle s'appelle le taux de restitution de l'énergie G (en J/m²). Elle existe pour tout chargement, même avant la rupture : c'est la « force motrice » de la fissure, comme K. Quand G atteint une valeur critique GIC, l'énergie qu'il faut pour rompre, la fissure se propage. GIC est, comme KIC, une propriété du matériau (p. 33).

Pour un verre, GIC vaut à peine plus que l'énergie des deux surfaces créées, quelques J/m². Pour un acier, la pointe plastifie et l'énergie dissipée se compte en dizaines de milliers de J/m² : c'est la plasticité qui fait la ténacité des métaux. Et G et K disent la même chose, d'une autre façon : G = K²/E (à un facteur 1 − ν² près).

Manipulation 4 : le triangle de l'énergie

En haut, la courbe force-déplacement d'une éprouvette fissurée, avant (pente 1/C1) et après (pente 1/C2) une petite avancée de la fissure. L'aire du triangle OAB (bleu-vert) est l'énergie disponible pour la rupture, à force imposée comme à déplacement imposé (polycopié, figures 36 et 38). En bas, GIC = KIC²/E pour cinq matériaux.

🎓 Niveau 2 : maîtriser G, complaisance et équivalence avec K

Le bilan (polycopié, p. 30) : le travail δW fourni par les forces extérieures pendant que la fissure gagne l'aire δS se partage entre la variation d'énergie élastique stockée δUe et l'énergie de rupture δUr :

δW = δUe + δUrG = δUrδS

δ : « petite variation de » ; à force imposée, δUr = +δUe ; à déplacement imposé, δUr = −δUe ; dans les deux cas, δUr = aire OAB

📖 Complaisance C (p. 33) : souplesse de l'éprouvette, inverse de la pente élastique, définie par u = C·F (u : déplacement du point d'application de la force). Plus la fissure est longue, plus l'éprouvette est complaisante. Pour une éprouvette d'épaisseur B (p. 34) :
G = F²2B·dCda

on mesure la complaisance de plusieurs éprouvettes de fissures différentes, on en déduit la pente dC/da, et la force de rupture donne GIC (figure 39)

L'équivalence de G et K, établie par George Irwin en refermant virtuellement la fissure sur une petite longueur (p. 35 à 37) :

GIC = KIC²E(1 − ν²) déformation planeGIC = KIC²E contrainte plane

K en Pa·√m et E en Pa : G en J/m² ; ν : coefficient de Poisson (0,3 pour l'acier, soit 1 − ν² = 0,91)

Matériau (polycopié, p. 37)EKICGIC ≈ KIC²/E
Céramique200 GPa3 MPa·√m45 J/m²
Polymère1 GPa3 MPa·√m9 000 J/m²
Acier200 GPa100 MPa·√m50 000 J/m²

La céramique et le polymère ont la même ténacité KIC : à défaut et géométrie égaux, ils cassent sous la même force. Mais le polymère, deux cents fois plus souple, absorbe deux cents fois plus d'énergie avant de rompre.

📖 Travail de rupture (en anglais WOF, work of fracture ; p. 44) : aire totale sous la courbe force-déplacement d'un essai mené jusqu'à rupture complète, divisée par l'aire du ligament rompu. C'est un GIC moyen sur toute la rupture, plus facile à mesurer mais moins précis.
⚠️ Piège : G est un taux, en J/m². Ce n'est pas une énergie totale : c'est une énergie par unité d'aire de fissure créée. Ne pas la comparer à des joules Charpy.
⚠️ Piège : même KIC ne veut pas dire même GIC. Le module E intervient : un matériau souple a un GIC bien plus grand qu'un matériau rigide de même ténacité.
🧠 Mnémotechnique : « G = K² sur E », la même information en énergie. Et l'aire OAB, le triangle de l'arc qui se détend.
🔥 Pourquoi l'acier « boit » des milliers de fois plus que le verre

L'énergie de surface d'un acier est de l'ordre de 2 J/m², la même que celle d'une céramique. Si son GIC atteint 50 000 J/m², c'est que presque toute l'énergie part dans la déformation plastique de la zone en pointe de fissure. Tout ce qui gêne cette plasticité (froid, triaxialité des fortes épaisseurs, ZAT dure et à gros grains, cours 1 et 2) fait chuter la ténacité. Et quand la plasticité devient importante, G et K ne suffisent plus : on les généralise par l'intégrale J (chapitre 5).

5

CTOD et intégrale J

Quand l'acier plastifie avant de casser

🐊Image à retenirLa gueule du crocodile : avant d'avancer, le fond de la fissure s'ouvre et s'arrondit ; on mesure l'écartement de ses mâchoires
👁 Niveau 1 : voir la fissure qui s'émousse

Le polycopié distingue trois situations (p. 38, figure 41) :

  • la mécanique linéaire élastique de la rupture (MLER) : zone plastique minuscule, K et KIC suffisent ;
  • la plasticité confinée : zone plastique petite mais non négligeable ; on corrige la MLER en allongeant fictivement la fissure ;
  • la plasticité étendue : la zone plastique est comparable à la fissure ou au ligament ; c'est le cas des aciers de construction et de leurs soudures à température ambiante. Il faut d'autres outils.

Dans un acier tenace, la pointe de fissure ne reste pas aiguë sous charge : elle s'émousse, s'arrondit et s'ouvre, comme la gueule d'un crocodile. L'ouverture de ce fond de fissure, de l'ordre du dixième de millimètre, se mesure : c'est le CTOD (en anglais crack tip opening displacement, déplacement d'ouverture en fond de fissure). Plus l'acier est tenace, plus la fissure s'ouvre avant d'avancer.

Ensuite, la fissure avance par déchirure ductile (les cupules du cours 1), et il faut de plus en plus d'énergie pour la faire avancer encore : la résistance croît avec l'avancée. On la décrit par une courbe de résistance, ou courbe R, en fonction de l'intégrale J, une généralisation de l'énergie G aux matériaux qui plastifient.

Manipulation 5 : la gueule qui s'ouvre et la courbe J

En haut, le fond de fissure grossi : en augmentant K, il s'émousse ; le CTOD δ se lit à l'intersection des lèvres et de deux droites à 45° issues de la pointe (annexe du polycopié). En bas, la courbe de résistance J(Δa) d'un acier, la droite d'émoussement décalée de 0,2 mm, et la valeur JIC à leur intersection.

E = 210 GPa, ν = 0,3. Courbes J(Δa) illustratives, de la forme J = C·Δa0,5 ; droite d'émoussement J = 2Re·Δa hors poly.

🎓 Niveau 2 : maîtriser corrections, CTOD, J et leurs liens

Plasticité confinée : allonger la fissure

Irwin plafonne la contrainte à Re dans la zone plastique et décale le champ pour conserver l'effort transmis : tout se passe comme si la fissure était plus longue de rY (polycopié, p. 39 et 40). Dugdale et Barenblatt modélisent la zone plastique par une bande de longueur rp où règne Re ; pour σ ≪ Re, rp ≈ (a/2)(πσ/(2Re))² (p. 41). Les deux corrections donnent des résultats comparables :

KIC = σr·Y·√(a + rY)

comme rY dépend lui-même de K, on obtient une équation du second degré en KIC

Le CTOD (annexe du polycopié)

📖 CTOD δ : écartement des lèvres de la fissure émoussée, mesuré à l'intersection des lèvres et de deux droites à 45° issues de la pointe (soit un angle droit). Il s'exprime en mm. Une analyse élasto-plastique donne, en déformation plane :
δ = K²(1 − ν²)m·Re·Eforme simplifiée : δ ≈ K²Re·E

m : facteur de contrainte, entre 1 et 2, qui dépend de l'éprouvette et du matériau (rapport Re/Rm)

Exemple. K = 60 MPa·√m, Re = 400 MPa, E = 210 GPa, m = 1,5 : δ = (60 × 10⁶)² × 0,91/(1,5 × 400 × 10⁶ × 210 × 10⁹) = 2,6 × 10⁻⁵ m = 0,026 mm. Inversement, un CTOD exigé de 0,25 mm correspond à un K équivalent d'environ 186 MPa·√m : une valeur qu'aucun essai de KIC valide ne pourrait mesurer sur un acier de construction.

On ne mesure pas δ directement. L'essai CTOD (une éprouvette SENB fléchie en trois points, souvent de pleine épaisseur) mesure l'ouverture à l'embouchure de l'entaille, le CMOD (crack mouth opening displacement), avec un capteur à lames (extensomètre) ; une relation, qui dépend de la géométrie et de l'écrouissage du matériau, en déduit le CTOD (annexe).

📖 Trois CTOD hors poly : les normes (BS 7448, ISO 12135, ISO 15653 pour les soudures) distinguent δc, mesuré à une rupture par clivage sans déchirure ductile préalable ; δu, à un clivage précédé de déchirure ductile ; et δm, au maximum de la force quand l'éprouvette se déchire sans casser. Un δc signale un comportement fragile, et c'est le plus pénalisant.

L'intégrale J (polycopié, p. 41 à 44)

J est une intégrale calculée sur un contour Γ qui entoure la pointe, d'une lèvre à l'autre ; elle a la propriété d'être indépendante du contour choisi. C'est l'énergie qui « s'écoule » vers la pointe quand la fissure avance, par unité d'aire : en élasticité, J = G. Elle se mesure par la différence d'énergie de deux éprouvettes de fissures légèrement différentes (figure 44), et se trace en fonction de l'avancée de fissure Δa : c'est la courbe de résistance J (figure 46). Sa partie initiale correspond à l'émoussement ; on trace une droite parallèle à cette « droite d'émoussement », décalée de 0,2 mm, et son intersection avec la courbe donne JIC, la valeur d'amorçage de la déchirure.

KJ = √(JIC·E1 − ν²)J ≈ m·Re·δ

KJ : ténacité équivalente, utilisable comme un KIC (le polycopié écrit KIJ = √(JICE), sans le facteur 1 − ν²) ; la seconde relation découle de la formule du CTOD

⚠️ Piège : les unités. δ est une longueur (mm), J une énergie par unité d'aire (J/m² ou kJ/m²), K un facteur en MPa·√m. Pour comparer, on les convertit tous en K équivalent.
⚠️ Piège : la courbe R n'est pas la rupture. JIC marque le début de la déchirure ductile, qui est stable : la fissure n'avance que si l'on augmente la charge. La rupture vient plus tard, ou par un clivage brutal si l'acier est dans sa transition.
🧠 Mnémotechnique : « δ s'ouvre, J s'écoule, K s'équivaut ». Et le lien des trois : J = mReδ et K = √(JE/(1 − ν²)).
🔥 L'essai CTOD des soudures

Né au Royaume-Uni dans les années 1960 pour les aciers de construction, le CTOD est devenu l'essai de référence des soudures offshore, des pipelines et des appareils à pression. On prélève une éprouvette SENB de pleine épaisseur dans le joint, on place l'entaille dans le métal fondu ou dans la ZAT à gros grains, et on l'essaie à la température minimale de service. Après l'essai, une coupe vérifie que la préfissure se trouvait bien dans la microstructure visée. Les cahiers des charges imposent couramment des CTOD de l'ordre de 0,1 à 0,25 mm. Un résultat faible en ZAT conduit à revoir l'énergie de soudage (cours 2), voire la nuance d'acier.

6

Le diagramme FAD

Rupture fragile ou effondrement plastique : juger un défaut

🗺️Image à retenirLa carte du randonneur : une zone sûre bordée de deux précipices, la falaise de la rupture en haut et celle de l'effondrement à droite
👁 Niveau 1 : voir une carte et deux précipices

Une pièce fissurée peut ruiner de deux façons (polycopié, p. 45) :

  • par rupture : la fissure se propage, quand K atteint la ténacité Kmat du matériau. C'est le domaine de la mécanique de la rupture ;
  • par effondrement plastique : la section restante, affaiblie par le défaut, plastifie tout entière. C'est le domaine de la plasticité.

Dans un monde idéal, il suffirait de vérifier les deux séparément : K < Kmat et σ < σy (la limite d'élasticité), soit un rectangle de sécurité (figure 48). Mais les deux mécanismes interagissent : la plasticité en pointe de fissure accélère la rupture, et la fissure affaiblit la section. Le rectangle s'arrondit (figure 50).

On trace donc une carte en coordonnées réduites : en ordonnée, Kr = K/Kmat, la proximité de la rupture ; en abscisse, Lr = σref/σy, la proximité de l'effondrement. Une courbe, la ligne d'évaluation de la défaillance, délimite la zone sûre (p. 47). Le défaut, avec sa charge, est un point : à l'intérieur, il est acceptable ; dehors, il ne l'est pas. Et si l'on augmente la charge, le point s'éloigne de l'origine sur une droite : un grand défaut atteint la ligne par le haut (rupture), un petit défaut par la droite (effondrement plastique).

Manipulation 6 : l'évaluation d'un défaut de soudure

Une plaque soudée de largeur W = 200 mm contient une fissure traversante centrale de longueur 2a. Règle la contrainte de service, la taille du défaut et les contraintes résiduelles, choisis la ténacité (directe ou estimée par l'essai Charpy), et lis le verdict : facteur de réserve, taille critique.

Acier S355 (σy = 355 MPa, σu = 490 MPa). Ligne de défaillance de l'option 1 sous sa forme courante, contrainte de référence en section nette, sans coefficients partiels de sécurité ni correction de plasticité : un modèle d'apprentissage hors poly, pas un outil de calcul réglementaire.

🎓 Niveau 2 : maîtriser Kr, Lr et la ligne de défaillance
Kr = KIKmatLr = σrefσy

Kmat : ténacité du matériau (KIC, KJ ou équivalent CTOD) ; σref : contrainte de référence, qui mesure la proximité de l'effondrement plastique de la section affaiblie

La contrainte de référence. Pour une plaque de largeur w contenant un défaut de taille a, la section portante est réduite à w − a : la contrainte moyenne y est plus forte d'un facteur w/(w − a), et la plastification généralisée arrive dès σnom = σy(w − a)/w (polycopié, p. 46). Pour la fissure centrale 2a de la manipulation, σref = σ·W/(W − 2a). Dans les cas réels, σref se calcule par des formules normalisées ou par simulation numérique (p. 47).

📖 Ligne d'évaluation de la défaillance hors poly, sous la forme courante de l'option 1 des méthodes R6 et BS 7910 :
Kr = (1 + 0,5 Lr²)−1/2·[0,3 + 0,7·exp(−0,6 Lr⁶)]   pour Lr ≤ Lr,max = σy + σu2σy

σu : résistance à la traction ; la coupure à Lr,max traduit l'effondrement plastique, quand la contrainte de référence atteint la contrainte d'écoulement, moyenne de σy et σu

Exemple. W = 200 mm, 2a = 20 mm, σ = 150 MPa, Kmat = 80 MPa·√m, S355. K = 150 × √(π × 0,01) = 26,6 MPa·√m (×1,006 pour la largeur finie) : Kr = 26,8/80 = 0,33. σref = 150 × 200/180 = 167 MPa, Lr = 167/355 = 0,47. La ligne vaut 0,94 à cette abscisse : le point est largement à l'intérieur, acceptable.

Contraintes primaires et secondaires

Les contraintes primaires viennent des charges extérieures ; elles comptent dans Kr et dans Lr. Les contraintes secondaires, comme les contraintes résiduelles de soudage ou thermiques, s'autolimitent : elles ne peuvent pas provoquer à elles seules l'effondrement d'une section. Elles comptent donc dans Kr seulement. À l'état brut de soudage, on suppose souvent des résiduelles égales à la limite d'élasticité ; après détensionnement, une fraction (de l'ordre de 20 à 30 %). Sur l'exemple, les résiduelles brutes de soudage portent Kr de 0,33 à (150 + 355) × 0,1784/80 = 1,13 : le défaut n'est plus acceptable ; détensionné (0,3 σy), Kr redescend à 0,57.

Quelle ténacité ? hors poly

Idéalement, un essai de ténacité (KIC, CTOD ou J) à la température de service, dans la zone du défaut. À défaut, les règles d'évaluation admettent des corrélations avec l'essai Charpy, prudentes. La plus utilisée passe par la courbe maîtresse des aciers ferritiques (norme ASTM E1921) : on estime la température de référence T0 ≈ T27J − 18 °C, puis, pour une épaisseur de 25 mm :

Kméd = 30 + 70·exp[0,019(T − T0)]K5 % = 25,4 + 37,8·exp[0,019(T − T0)]

en MPa·√m, T en °C ; Kméd : ténacité médiane, K5 % : borne inférieure à 5 % de probabilité, celle qu'on retient pour évaluer

Pour T27J = −40 °C et un service à −10 °C : T0 = −58 °C, exp[0,019 × 48] = 2,49, d'où K5 % = 25,4 + 37,8 × 2,49 ≈ 119 MPa·√m.

⚠️ Piège : les résiduelles vont dans Kr, pas dans Lr. Les ajouter à σref serait trop pessimiste ; les oublier dans Kr serait dangereux.
⚠️ Piège : la ténacité de la zone du défaut. Un défaut en ZAT s'évalue avec la ténacité de la ZAT, souvent bien plus faible que celle de la tôle (cours 2), et à la température minimale de service.
⚠️ Piège : ce modèle n'est pas réglementaire. Une vraie évaluation applique les formules de K et de σref de la norme pour la géométrie réelle (défauts de surface, noyés, pied de cordon), une correction de plasticité, et des coefficients partiels de sécurité sur les contraintes, la taille du défaut et la ténacité.
🧠 Mnémotechnique : « Kr vers le ciel, Lr vers la droite ». En haut on casse, à droite on s'effondre, au milieu on fait les deux ; et les résiduelles ne font que monter.
🔥 Les étapes d'une évaluation de défaut (ECA)
  1. Caractériser le défaut par CND : position (métal fondu, ZAT, pied, racine), dimensions, puis l'idéaliser en fissure (cours 3, chapitre 5).
  2. Établir les contraintes : primaires (charges, pression), secondaires (résiduelles, thermiques), concentration du pied de cordon.
  3. Choisir les propriétés à la température minimale de service : σy, σu et ténacité de la zone concernée (CTOD, J, ou corrélation Charpy).
  4. Placer le point sur le FAD, avec les coefficients de sécurité de la norme.
  5. En fatigue, faire croître le défaut cycle après cycle par la loi de Paris (série Fatigue, cours 4) jusqu'à la fin de la vie prévue, et refaire le FAD avec la taille finale.

Le résultat est soit « acceptable en l'état », soit une taille de défaut tolérable qui devient le critère d'acceptation du contrôle, soit une réparation justifiée.

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, du laboratoire à l'évaluation d'une soudure

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi longueurs en mètres, et K en MPa·√m

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Les manipulations 1, 2, 3, 5 et 6 permettent de vérifier tes résultats ; le défi se refait entièrement dans la manipulation 6.

Exercice 1 : la balance K / KIC N1 · chapitre 1

Fissure débouchante (Y = 1,99).

a) Un acier a KIC = 80 MPa·√m et travaille à 200 MPa. Quelle est la taille critique de défaut ?

b) Dans le même acier (Re = 355 MPa), quelle contrainte provoque la rupture d'un défaut de 5 mm ? Qu'en conclus-tu ?

c) Un verre (KIC = 0,75 MPa·√m) porte une rayure de 10 µm. Quelle contrainte de rupture ?

d) L'acier de a) refroidi au palier fragile n'a plus que KIC = 30 MPa·√m. Que devient la taille critique ?

Voir la correction

a) ac = (KIC/(Yσ))² = (80/(1,99 × 200))² = 0,201² = 0,0404 m ≈ 40 mm.

b) σr = KIC/(Y√a) = 80/(1,99 × √0,005) = 80/0,1407 ≈ 569 MPa > Re = 355 MPa : la pièce plastifie avant de rompre. Pour ce petit défaut, la rupture fragile n'est pas le premier danger : c'est la plasticité, qui relève du diagramme FAD (chapitre 6).

c) σr = 0,75/(1,99 × √(10⁻⁵)) = 0,75/0,00629 ≈ 119 MPa.

d) ac = (30/(1,99 × 200))² = 0,0754² = 0,0057 m ≈ 5,7 mm : sept fois plus petite. ac varie comme KIC², et (80/30)² ≈ 7,1.

Exercice 2 : la zone plastique et l'épaisseur N1 · chapitre 2

a) Un acier HLE a KIC = 50 MPa·√m et Re = 500 MPa. Calcule rY en contrainte plane et en déformation plane.

b) Quelle épaisseur minimale faut-il pour mesurer un KIC valide ?

c) Même question pour un acier de construction de KIC = 150 MPa·√m et Re = 355 MPa. Conclus.

Voir la correction

a) (KIC/Re)² = (50/500)² = 0,01 m. Contrainte plane : rY = 0,01/(2π) = 1,6 mm ; déformation plane : 0,01/(6π) = 0,53 mm.

b) B ≥ 2,5 × 0,01 = 25 mm (et de même pour a et W − a).

c) 2,5 × (150/355)² = 2,5 × 0,1785 = 0,45 m : une éprouvette de 45 cm d'épaisseur, irréalisable. Pour les aciers de construction à température ambiante, on mesure le CTOD ou J à la place.

Exercice 3 : dépouiller un essai sur éprouvette CT N2 · chapitre 3

Éprouvette CT : B = 25 mm, W = 50 mm, a = 25 mm (préfissure de fatigue comprise). Acier trempé, Re = 900 MPa. La droite sécante à 95 % coupe la courbe à FQ = 30,0 kN ; la force maximale vaut Fmax = 31,5 kN.

a) Calcule le facteur géométrique de la CT pour α = a/W = 0,5.

b) Calcule KQ.

c) Vérifie toutes les conditions de validité. KQ est-il un KIC ?

d) Un autre acier (Re = 355 MPa), essayé dans la même éprouvette, donne KQ = 120 MPa·√m. Valide ?

Voir la correction

a) (2 + 0,5)/(0,5)3/2 = 2,5/0,3536 = 7,071 ; crochet : 0,886 + 2,32 − 3,33 + 1,84 − 0,35 = 1,366 ; produit : 9,66.

b) KQ = FQ/(B√W) × 9,66 = 30 000/(25 × 7,071) × 9,66 = 169,7 × 9,66 = 1 639 N·mm−3/2, soit 1 639/31,62 = 51,8 MPa·√m.

c) 2,5 × (51,8/900)² = 2,5 × 0,00331 = 0,0083 m = 8,3 mm ≤ a = 25 mm ✅, ≤ W − a = 25 mm ✅, ≤ B = 25 mm ✅. Fmax/FQ = 31,5/30,0 = 1,05 ≤ 1,1 ✅. Préfissure de fatigue ✅. Toutes les conditions sont remplies : KIC = 51,8 MPa·√m.

d) 2,5 × (120/355)² = 0,286 m = 286 mm, bien plus que 25 mm : non valide. 120 MPa·√m n'est qu'un KQ, probablement supérieur au vrai KIC ; il faudrait un essai CTOD ou J.

Exercice 4 : la même ténacité, des énergies différentes N2 · chapitre 4

a) Calcule GIC ≈ KIC²/E pour une céramique (E = 200 GPa, KIC = 3 MPa·√m), un polymère (1 GPa, 3 MPa·√m) et un acier (200 GPa, 100 MPa·√m).

b) Refais le calcul de l'acier en déformation plane (ν = 0,3).

c) L'énergie de surface du fer vaut environ 2 J/m². Combien de fois GIC de l'acier dépasse-t-il 2γs ? D'où vient la différence ?

Voir la correction

a) Avec K en Pa·√m et E en Pa : céramique, (3 × 10⁶)²/(200 × 10⁹) = 45 J/m² ; polymère, 9 × 10¹²/10⁹ = 9 000 J/m² ; acier, 10¹⁶/(2 × 10¹¹) = 50 000 J/m².

b) 50 000 × (1 − 0,3²) = 50 000 × 0,91 = 45 500 J/m² : la différence entre les deux états reste de 9 %.

c) 50 000/(2 × 2) = 12 500 fois plus. Presque toute l'énergie part dans la déformation plastique de la zone en pointe de fissure : c'est elle qui fait la ténacité des métaux.

Exercice 5 : du CTOD au K équivalent N2 · chapitre 5

Acier : Re = 400 MPa, E = 210 GPa, ν = 0,3 ; on prend m = 1,5.

a) Calcule le CTOD correspondant à K = 60 MPa·√m, avec la formule complète puis la forme simplifiée.

b) Un cahier des charges impose δ ≥ 0,25 mm. À quel K équivalent cela correspond-il ?

c) Calcule le J correspondant, et vérifie que KJ = √(JE/(1 − ν²)) redonne le même K.

Voir la correction

a) δ = K²(1 − ν²)/(mReE). Numérateur : (60 × 10⁶)² × 0,91 = 3,28 × 10¹⁵ ; dénominateur : 1,5 × 400 × 10⁶ × 210 × 10⁹ = 1,26 × 10²⁰. D'où δ = 2,6 × 10⁻⁵ m = 0,026 mm. Forme simplifiée : K²/(ReE) = 3,6 × 10¹⁵/8,4 × 10¹⁹ = 0,043 mm, plus prudente pour calculer un K à partir d'un CTOD mesuré.

b) K = √(δmReE/(1 − ν²)), avec δmReE = 0,25 × 10⁻³ × 1,5 × 400 × 10⁶ × 210 × 10⁹ = 3,15 × 10¹⁶, divisé par 0,91 : 3,46 × 10¹⁶. D'où K ≈ 186 MPa·√m.

c) J = mReδ = 1,5 × 400 × 10⁶ × 0,25 × 10⁻³ = 150 000 J/m² (150 kJ/m²). KJ = √(150 000 × 210 × 10⁹/0,91) = √(3,46 × 10¹⁶) ≈ 186 MPa·√m ✅ : les trois grandeurs disent la même chose.

Exercice 6 : un premier diagramme FAD N2 · chapitre 6

Plaque soudée en S355 (σy = 355 MPa, σu = 490 MPa), largeur W = 200 mm, fissure traversante centrale 2a = 20 mm, σ = 150 MPa, Kmat = 80 MPa·√m. On prendra K = σ√(πa) × 1,006 (correction de largeur finie).

a) Calcule Kr et Lr, sans contraintes résiduelles.

b) Calcule Lr,max et la valeur de la ligne de défaillance à ton Lr. Le défaut est-il acceptable ?

c) Reprends Kr à l'état brut de soudage (σres = σy), puis après détensionnement (σres = 0,3 σy). Pourquoi Lr ne change-t-il pas ?

Voir la correction

a) √(πa) = √(π × 0,01) = 0,1772 √m ; K = 150 × 0,1772 × 1,006 = 26,8 MPa·√m, Kr = 26,8/80 = 0,33. σref = σW/(W − 2a) = 150 × 200/180 = 167 MPa, Lr = 167/355 = 0,47.

b) Lr,max = (355 + 490)/(2 × 355) = 1,19. Ligne : (1 + 0,5 × 0,47²)−1/2 × [0,3 + 0,7 × exp(−0,6 × 0,47⁶)] = 0,949 × 0,996 ≈ 0,94. Le point (0,47 ; 0,33) est sous la ligne : acceptable, avec une bonne marge.

c) Brut de soudage : Kr = (150 + 355) × 0,1772 × 1,006/80 = 1,13 > 0,94 : non acceptable. Détensionné : (150 + 106,5) × 0,1784/80 = 0,57 : acceptable. Lr ne change pas, car les contraintes résiduelles sont secondaires : elles s'autolimitent et ne peuvent pas provoquer l'effondrement plastique de la section ; elles n'entrent que dans Kr.

🏆 Défi : le manque de fusion du réservoir N2 · chapitres 1 à 6

Un contrôle par ultrasons détecte, dans la ZAT d'une virole soudée en S355 (σy = 355 MPa, σu = 490 MPa), un défaut plan traversant que l'on idéalise en fissure centrale de 2a = 16 mm, dans une bande de largeur W = 200 mm. La contrainte de service perpendiculaire au défaut vaut 180 MPa. Le joint est brut de soudage. Les essais de qualification donnent, pour la ZAT, T27J = −40 °C ; la température minimale de service est −10 °C. Épaisseur : 25 mm.

a) Estime la ténacité de la ZAT à −10 °C par la courbe maîtresse (borne à 5 %).

b) Calcule Kr (avec σres = σy) et Lr, sachant que √(πa) × √(sec(πa/W)) = 0,1592 √m. Le défaut est-il acceptable ?

c) Avec la manipulation 6, trouve le facteur de réserve sur la charge et la taille critique 2ac.

d) Un client veut utiliser le réservoir jusqu'à −30 °C. Refais l'évaluation. Que proposes-tu ?

e) Que faudrait-il encore vérifier si le réservoir subit des cycles de remplissage ?

Voir la correction

a) T0 = T27J − 18 = −58 °C ; exp[0,019 × (−10 + 58)] = exp(0,912) = 2,49 ; Kmat = 25,4 + 37,8 × 2,49 ≈ 119,5 MPa·√m.

b) Kp = 180 × 0,1592 = 28,6 et Ks = 355 × 0,1592 = 56,5 MPa·√m ; Kr = (28,6 + 56,5)/119,5 = 0,71. σref = 180 × 200/184 = 195,7 MPa, Lr = 0,55. La ligne vaut 0,92 en Lr = 0,55 : acceptable. Les résiduelles pèsent deux fois plus que la charge de service dans Kr.

c) Facteur de réserve ≈ 1,39 (la charge pourrait augmenter de 39 % avant d'atteindre la ligne) ; taille critique 2ac ≈ 26 mm. La marge sur la taille est modeste : 16 mm détectés pour 26 mm critiques, avant tout coefficient de sécurité réglementaire.

d) À −30 °C : exp[0,019 × 28] = 1,70, Kmat = 25,4 + 37,8 × 1,70 ≈ 89,7 MPa·√m, Kr = 85,1/89,7 = 0,95 > 0,92 : non acceptable. Parades : un traitement de détensionnement (avec σres = 0,3 σy : Kr = 0,51, acceptable, 2ac ≈ 45 mm), ou la réparation du défaut avec un mode opératoire donnant une ZAT plus tenace (énergie de soudage plus faible, cours 2), ou une limitation de la température de service. On peut aussi mesurer la vraie ténacité de la ZAT par des essais CTOD, souvent moins pessimistes que la corrélation Charpy.

e) La croissance par fatigue du défaut : intégrer la loi de Paris sur le nombre de cycles prévu (série Fatigue, cours 4), puis refaire le FAD avec la taille finale du défaut, qui sera plus grande.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 4

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée de la rupture, salle 4
⚖️

La balance

K = σY√a ≥ KIC

σr = KIC/(Y√a) ; ac = (KIC/(Yσ))². Aciers : 50 à 150 MPa·√m.

📉

La bascule résistance-ténacité

↑ Re ⇒ ↓ KIC

Dans une même famille, durcir abaisse la ténacité. Droites d'Ashby K²/(πσy²) : la taille de transition.

🥪

Le sandwich

rY = (1/2π) ou (1/6π)·(K/Re)²

Surface en contrainte plane, cœur en déformation plane. KIC = la valeur des pièces épaisses.

🗜️

La pince

B, a, W − a ≥ 2,5(KQ/Re)²

Préfissure de fatigue, sécante à 95 %, Fmax ≤ 1,1 FQ ; sinon, ce n'est qu'un KQ.

🏹

L'arc bandé

GIC = KIC²(1 − ν²)/E

L'énergie libérée par m² de fissure. Acier : 50 000 J/m², dont presque tout en plasticité.

🐊

La gueule du crocodile

δ = K²(1 − ν²)/(mReE)

CTOD : l'ouverture du fond émoussé, mesurée par le CMOD. 0,25 mm ↔ ≈ 186 MPa·√m.

🌊

Le courant J

KJ = √(JICE/(1 − ν²)) ; J ≈ mReδ

J, l'énergie qui s'écoule vers la pointe ; courbe R et droite décalée de 0,2 mm.

🗺️

La carte du randonneur

Kr = K/Kmat ; Lr = σref/σy

En haut la rupture, à droite l'effondrement. Point sous la ligne : acceptable.

🎒

Le sac à dos des résiduelles

Kr = (σ + σres)Y√a/Kmat

Les résiduelles chargent Kr, jamais Lr. Détensionner allège le sac.

🏛 La visite du musée, salle 4 (2 minutes, les yeux fermés) : au centre de la dernière salle, une grande balance ⚖️ pèse K contre KIC. À côté, une bascule 📉 : quand la résistance monte d'un côté, la ténacité descend de l'autre. Sur un banc, un randonneur mord dans un sandwich 🥪 dont le pain s'écrase et la garniture reste coincée. Il range ses affaires avec une pince 🗜️ et un arc 🏹 bandé, puis passe devant l'aquarium d'un crocodile 🐊 qui ouvre lentement la gueule, au-dessus d'un courant 🌊 qui s'écoule vers le fond. Il déplie enfin sa carte 🗺️ entre deux précipices, et repart prudemment, un lourd sac à dos 🎒 de contraintes résiduelles sur les épaules.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
a, ac, Δa
Taille de la fissure (demi-longueur, profondeur ou rayon selon le cas, en m) ; taille critique ; avancée de la fissure lors d'une déchirure (en mm).
API 579, BS 7910, R6
Méthodes d'évaluation de l'aptitude au service des structures contenant des défauts (pétrochimie américaine, norme britannique, méthode nucléaire britannique).
ASTM E399, ISO 12135
Normes de mesure de la ténacité KIC (et, pour l'ISO 12135, du CTOD et de J).
ASTM E1921, courbe maîtresse
Méthode de description de la ténacité des aciers ferritiques dans la transition, repérée par la température T0.
B, W, α
Épaisseur et largeur d'une éprouvette ; α = a/W.
BS 7448, ISO 15653
Normes d'essais CTOD ; l'ISO 15653 est consacrée aux joints soudés.
C (complaisance)
Souplesse d'une éprouvette : u = C·F. Elle augmente avec la longueur de fissure.
CMOD
Crack mouth opening displacement : ouverture à l'embouchure de l'entaille, mesurée par un capteur à lames.
CND
Contrôles non destructifs (ultrasons, radiographie, magnétoscopie, ressuage…).
Contraintes primaires, secondaires
Dues aux charges extérieures (elles comptent dans Kr et Lr) ; autolimitées, comme les résiduelles et thermiques (dans Kr seulement).
Contrainte plane, déformation plane
État des surfaces et des tôles minces (pas de contrainte dans l'épaisseur) ; état du cœur des pièces épaisses (pas de déformation dans l'épaisseur).
Courbe R (de résistance)
Ténacité (J ou CTOD) en fonction de l'avancée de la fissure lors d'une déchirure ductile.
CT, SENB, SENT
Éprouvettes de ténacité : compacte de traction ; entaillée sur un bord et fléchie ; entaillée sur un bord et tirée.
CTOD δ, δc, δu, δm
Ouverture du fond de fissure, en mm ; mesurée à un clivage sans déchirure préalable, à un clivage après déchirure, ou au maximum de force.
Déchirure ductile
Avancée stable d'une fissure par croissance et coalescence de cavités ; elle demande une charge croissante.
Dugdale-Barenblatt
Modèle de zone plastique en bande, de longueur rp, soumise à Re.
E, ν
Module d'Young (210 GPa pour l'acier) et coefficient de Poisson (0,3).
ECA
Engineering critical assessment : évaluation critique d'ingénierie d'un défaut, ou aptitude au service.
F, FQ, Fmax
Force ; force à la sécante 95 % ; force maximale de l'essai.
FAD, ligne d'évaluation
Failure assessment diagram : diagramme Kr-Lr ; la ligne y sépare la zone sûre de la zone de défaillance.
G, GIC
Taux de restitution de l'énergie (J/m²) ; sa valeur critique, une propriété du matériau.
J, JIC, KJ
Intégrale de Rice, énergie qui s'écoule vers la pointe (J/m²) ; sa valeur à l'amorçage de la déchirure ; ténacité équivalente √(JICE/(1 − ν²)).
K, KQ, KIC, KC, Kmat
Facteur d'intensité de contrainte ; valeur provisoire d'un essai ; ténacité en déformation plane ; ténacité apparente d'une épaisseur donnée ; ténacité retenue pour une évaluation. En MPa·√m.
Kr, Lr, Lr,max
Coordonnées du FAD : K/Kmat et σref/σy ; coupure plastique (σy + σu)/(2σy).
Ligament
Partie non fissurée de la section, de longueur W − a.
m
Facteur de contrainte de la formule du CTOD, entre 1 et 2.
MLER
Mécanique linéaire élastique de la rupture : celle de K et G, valable quand la zone plastique est petite.
Plasticité confinée, étendue
Zone plastique petite devant la fissure et le ligament ; zone comparable à ces dimensions.
Re, σy, σu
Limite d'élasticité (notée σy dans les FAD) et résistance à la traction (Rm), en MPa.
rY, rp
Taille de la zone plastique selon Irwin, (1/2π) ou (1/6π)(K/Re)² ; selon Dugdale.
σref
Contrainte de référence : mesure de la proximité de l'effondrement plastique de la section fissurée.
σres
Contraintes résiduelles de soudage : ≈ σy à l'état brut, une fraction après détensionnement.
T0, T27J
Température de référence de la courbe maîtresse (≈ T27J − 18 °C) ; température de transition Charpy à 27 J (cours 2).
WOF
Work of fracture, travail de rupture : énergie totale de rupture divisée par l'aire du ligament.
Y
Facteur géométrique de K = σY√a (contient √π dans la convention du polycopié).
ZAT
Zone affectée thermiquement par le soudage.
✓

Ai-je bouclé la série ?

Dix points à cocher de tête

🏁Image à retenirLe drapeau à damier : la série est terminée quand tout est coché

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔥 Le bilan de la série : de la cassure au défaut acceptable
QuestionL'outilCoursLe réflexe du soudeur
Comment a-t-elle cassé ?faciès : cupules, clivage, intergranulaire, fatigue1lire la cassure, ne jamais remboîter
L'acier est-il tenace au froid ?essai Charpy, T27J, nuances J2, NL…2exiger la résilience en ZAT et en métal fondu
Ce défaut est-il sévère ?K = σY√a, Kt, modes3caractériser et idéaliser le défaut
Peut-il rester en service ?KIC, CTOD, J, diagramme FAD4calculer plutôt que réparer par principe
🔭 Et après ? La série Fatigue prolonge celle-ci : un défaut accepté aujourd'hui peut grandir sous les cycles de service, à une vitesse fixée par l'étendue ΔK du facteur d'intensité (loi de Paris, Fatigue, cours 4). Le fluage, rupture lente à haute température, fait l'objet d'une autre partie du polycopié.