Mécanique de la rupture, série 1 : de la cassure au défaut acceptable

Du défaut à la fissure : Kt, Griffith et le facteur K

Cours3 sur 4 : la sévérité d'une fissure, en un seul nombre
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 et 2 ; loi de Hooke σ = Eε ; racine carrée, puissances de 10 ; cosinus et sinus
À la fin tu saisexpliquer pourquoi les défauts gouvernent la rupture, calculer Kt et K = σY√a pour un défaut de soudure, et reconnaître les modes I, II et III

Un vitrier pose sa roulette au diamant sur une vitre, trace un trait à peine visible, appuie d'un doigt : la vitre se casse net, exactement le long du trait. Une rayure de quelques micromètres a suffi à diviser la résistance du verre par des centaines. Ce cours explique ce miracle et en tire la grandeur centrale de toute la mécanique de la rupture. On verra d'abord ce que devrait supporter un cristal parfait, puis comment un trou ou une entaille concentrent la contrainte (le facteur Kt), comment une fissure aiguë la rend infinie à sa pointe, et comment un seul nombre, le facteur d'intensité de contrainte K = σY√a, résume malgré tout la sévérité de n'importe quelle fissure. C'est ce nombre que l'on calcule pour décider si un défaut de soudure trouvé au contrôle peut rester en service (cours 4).

Le code couleur de la série

Orange : les actions extérieures, forces F.
Noir : les vecteurs et la géométrie dessinée (plaques, trous, fissures, repères).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers le soudage.

Avant de commencer

Le cours 2 en trois cases

KV = MgR(cos θf − cos θi)
L'essai Charpy mesure l'énergie absorbée par une éprouvette entaillée cassée d'un coup de marteau-pendule. On l'exprime en joules (KV) ou, rapportée au ligament de 0,8 cm², en J/cm² (KCV).
q·Re(Tt) = σc
Entaille, choc et froid relèvent la contrainte de glissement jusqu'à la contrainte de clivage : les aciers ferritiques passent de ductiles à fragiles sur une « falaise », la transition, repérée par T27J.
KV ≠ grandeur de calcul
L'énergie Charpy compare et réceptionne les aciers, mais ne dit pas à quelle contrainte casse une pièce qui contient tel défaut. Il faut une grandeur liée à la fissure elle-même : c'est l'objet de ce cours.
📘 Correspondance avec le polycopié de référence (Partie I : Mécanique de la rupture). Ce cours couvre le § II.C « Un peu de mécanique » et une partie du § II.D, pages 12 à 21 et 24, figures 18 à 23 et 26 à 28 :
Chapitre du coursPolycopié
1 La résistance théoriquep. 12 à 14, § II.C.1, figures 18 et 19
2 Le trou et l'ellipse : Ktp. 14 et 15, § II.C.2, figure 20
3 De l'entaille à la fissurep. 15 et 16, § II.C.2, figure 21 ; bilan énergétique de Griffith hors poly
4 Le champ en pointe de fissurep. 16 à 18, § II.C.3 et II.C.4, figures 22 et 23
5 Le facteur K = σY√ap. 18, 22 et 24, § II.D.4, figure 28 ; défauts de soudure hors poly
6 Les trois modes de rupturep. 20 et 21, § II.D.1.b et c, figures 26 et 27
La ténacité KIC, sa mesure et l'utilisation du critère K = KIC (p. 19 et 22 à 29) sont l'objet du cours 4.
🔎 Quatre remarques de lecture

1. Inglis, Orowan ou Griffith ? Le polycopié appelle « fissure de Griffith » la fissure elliptique, dont le facteur Kt = 1 + 2a/b est dû à l'ingénieur britannique Charles Inglis (1913). Il en déduit σr = √(Eγs/4a) (p. 16), un raisonnement souvent attribué à Egon Orowan. Le résultat d'Alan Arnold Griffith (1920), obtenu par un bilan d'énergie, est σr = √(2Eγs/(πa)). Les deux varient en 1/√a et ne diffèrent que d'un facteur numérique voisin de 1,6 (chapitre 3).

2. Que vaut a ? Pour une fissure centrale traversante (la fissure « de Griffith »), a est la demi-longueur : la fissure mesure 2a (figure 28, à gauche). Pour une fissure débouchante, a est la profondeur totale (figure 28, à droite). Page 17, le « milieu semi-infini contenant une fissure de longueur a » est associé à des formules établies pour la fissure centrale de longueur 2a : il faut lire a comme une demi-longueur. Page 24, la fissure de Griffith est dite « débouchante dans un milieu infini » : elle est en fait traversante (elle traverse l'épaisseur) mais ne débouche sur aucun bord.

3. Deux conventions pour Y. Le polycopié écrit K = σY√a, son Y contenant le √π (Y = √π pour la fissure centrale). Beaucoup d'ouvrages et la norme d'évaluation des défauts BS 7910 écrivent K = Yσ√(πa), avec Y = 1 pour la même fissure. Un Y lu ailleurs doit donc être multiplié par √π ≈ 1,77 avant d'être utilisé ici.

4. Contrainte nominale. Le polycopié (p. 14) rapporte la contrainte nominale à la section brute, loin du trou ; la RDM la rapporte souvent à la section nette, au droit du trou. Les deux conventions donnent des Kt différents pour la même pièce : il faut toujours préciser laquelle on utilise.

🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

(Formation IWE : International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.) Une soudure n'est jamais parfaite : manques de fusion, inclusions de laitier, porosités, caniveaux, fissures. Le contrôle non destructif (CND : ressuage, magnétoscopie, ultrasons, radiographie) en trouve, et la question tombe aussitôt : répare-t-on, ou laisse-t-on en service ? Réparer coûte cher, et toute réparation crée une nouvelle soudure avec ses propres défauts. La mécanique de la rupture répond en calculant le facteur K du défaut et en le comparant à la ténacité du matériau : c'est l'évaluation d'aptitude au service (en anglais ECA, engineering critical assessment), codifiée par la BS 7910. Ce cours en pose la première moitié : savoir calculer K.

La série en quatre cours

1 Les visagesDuctile ou fragile : lire une cassure et remonter à sa cause.
2 CharpyLa résilience et la transition ductile-fragile des aciers.
3 Le facteur KDu défaut à la fissure : concentration et intensité de contrainte.
4 Ténacité et défautsKIC, CTOD, J et le diagramme FAD : un défaut est-il acceptable ?

Le plan du cours

  1. 1La résistance théorique

    Séparer deux plans d'atomes : σth ≈ E/10, cent à mille fois plus que la réalité.

  2. 2Le trou et l'ellipse

    Kt = 3 pour un trou rond, 1 + 2√(a/ρ) pour une ellipse : l'entaille fine est un piège.

  3. 3De l'entaille à la fissure

    La contrainte de rupture varie en 1/√a : la taille du défaut commande.

  4. 4Le champ en pointe de fissure

    σ = K/√(2πr) : infini à la pointe, et pourtant entièrement décrit par K.

  5. 5Le facteur d'intensité de contrainte

    K = σY√a pour les défauts usuels, en MPa·√m.

  6. 6Les trois modes de rupture

    Ouverture, glissement, déchirure ; et pourquoi le mode I commande.

1

La résistance théorique

Ce que devrait supporter un cristal parfait

🤝Image à retenirDeux rangées qui se tiennent par la main : pour les séparer d'un coup, il faut arracher toutes les mains à la fois
👁 Niveau 1 : voir les mains qui se lâchent

Imagine deux rangées de personnes face à face, chacune tenant la main de celle d'en face. Pour séparer les deux rangées d'un seul coup, il faut tirer assez fort pour que toutes les mains lâchent en même temps. Chaque poignée de main résiste un peu ; des milliards de poignées de main résistent énormément.

Dans un cristal, les atomes sont rangés en plans réguliers, liés à leurs voisins par des liaisons qui se comportent comme de petits ressorts (polycopié, p. 12 et 13, figure 18). Tire sur deux plans voisins : les ressorts s'allongent, la force de rappel augmente, passe par un maximum, puis s'effondre quand les liaisons cèdent. Ce maximum, ramené à la surface, est la résistance théorique σth du cristal : la contrainte qu'il faudrait pour séparer deux plans atomiques d'un bloc.

Le calcul (niveau 2) donne une valeur énorme : de l'ordre de E/5 à E/10, soit 20 à 40 GPa pour un acier, quarante à cent fois sa résistance réelle. Les matériaux réels cassent en fait vers E/100 à E/1 000 (polycopié, p. 14). Quelque chose les affaiblit énormément : les défauts. Une fissure ne sépare pas les plans d'un bloc ; elle les décolle un par un, comme on ouvre une fermeture éclair, en concentrant l'effort sur les quelques liaisons de sa pointe.

La preuve expérimentale est ancienne : vers 1920, l'ingénieur britannique Alan Arnold Griffith étire des fibres de verre de plus en plus fines et constate qu'elles sont de plus en plus résistantes. Moins de matière, moins de place pour un défaut dangereux. Les fibres fraîchement étirées et les « trichites » (en anglais whiskers, des cristaux filiformes presque parfaits) approchent la résistance théorique.

Manipulation 1 : séparer deux plans d'atomes

À gauche, deux plans atomiques qu'on écarte ; à droite, la contrainte σ nécessaire en fonction de l'écartement x − x0, approchée par une arche de sinusoïde (polycopié, figure 19). L'aire sous l'arche (bleu-vert) est l'énergie dépensée, égale à 2γs à la séparation. Choisis un matériau et écarte les plans.

Valeurs d'ordre de grandeur : E, énergie de surface γs ≈ 1 à 2 J/m², distance interatomique x0 ≈ 0,2 à 0,25 nm (1 nm = 10⁻⁹ m).

🎓 Niveau 2 : maîtriser le calcul de σth
x0
paramètre de maille : distance d'équilibre entre deux plans atomiques, en m (environ 0,25 nm pour le fer)
U
énergie potentielle d'interaction entre deux atomes, minimale à l'équilibre (x = x0) ; la force entre atomes vaut F = dU/dx (polycopié, p. 13)
γs
« gamma s » : énergie de surface, l'énergie qu'il faut dépenser pour créer 1 m² de surface nouvelle en rompant les liaisons, en J/m²
λ
« lambda » : longueur de l'arche de sinusoïde, l'écartement au bout duquel les liaisons sont rompues

La force F sur chaque atome de surface, répartie sur l'aire x0² qu'il occupe, donne σ = F/x0². On approche la partie utile de la courbe par une arche de sinusoïde (figure 19) :

σ = σth·sin[πx − x0λ]

valable entre x0 (équilibre, σ = 0) et x0 + λ (séparation)

Première équation, l'énergie. Rompre crée deux surfaces : le travail dépensé, l'aire sous l'arche, vaut 2γs :

∫x0x0+λ σ dx = 2σthλπ = 2γs  ⟹  γs = σthλπ

∫ : intégrale, l'aire sous la courbe ; ⟹ : « donc »

Seconde équation, l'élasticité. Aux petits écartements, sin u ≈ u et la loi de Hooke s'applique, avec la déformation ε = (x − x0)/x0 :

σth·πx − x0λ = Ex − x0x0  ⟹  λ = πx0σthE

En reportant λ dans γs = σthλ/π, on obtient γs = σth²x0/E, d'où (polycopié, p. 14) :

σth = √(E·γsx0)

E en Pa, γs en J/m², x0 en m : σth en Pa

Exemple. Fer : E = 210 GPa, γs ≈ 2 J/m², x0 ≈ 0,25 nm : σth = √(210 × 10⁹ × 2/(0,25 × 10⁻⁹)) = √(1,68 × 10²¹) ≈ 41 GPa, soit E/5. Un acier de construction casse vers 0,5 GPa : quatre-vingts fois moins.

⚠️ Piège : σth n'est pas Re. σth est la contrainte de séparation d'un cristal parfait. Dans un métal, la plasticité démarre bien avant, grâce aux dislocations (cours 1) : elles jouent pour le glissement le rôle que jouent les fissures pour la rupture. Dans les deux cas, ce sont des défauts qui rendent le matériau réel beaucoup plus faible que le cristal idéal.
💡 Unités : J/m² divisé par m, multiplié par Pa = N/m² : (N·m/m²)/m × N/m² = N²/m⁴, dont la racine carrée donne bien des N/m², c'est-à-dire des pascals.
🧠 Mnémotechnique : « E sur dix pour le cristal, E sur mille pour la vitre ». Entre les deux, il y a les défauts.
🔥 Pourquoi on traque les défauts des soudures

Si la résistance réelle est fixée par les défauts, c'est le plus grand défaut, au plus mauvais endroit, qui gouverne la rupture fragile d'une soudure. D'où deux approches complémentaires. La première, forfaitaire, fixe des tailles maximales d'imperfections par niveau de qualité (norme EN ISO 5817 : niveaux B, C et D, B étant le plus exigeant). La seconde, rationnelle, calcule si un défaut donné est dangereux pour une structure donnée : c'est la mécanique de la rupture, objet de ce cours et du suivant.

2

Le trou et l'ellipse

La concentration de contrainte Kt

🌊Image à retenirLe fleuve et la pile de pont : l'eau contourne l'obstacle et accélère sur ses flancs ; plus l'obstacle est effilé en travers du courant, plus les remous sont violents
👁 Niveau 1 : voir les lignes de force qui se serrent

Imagine la force transmise par une plaque tendue comme un courant d'eau : des lignes de force parallèles qui vont d'un bout à l'autre. Perce un trou : les lignes qui le traversaient doivent le contourner. Elles se serrent sur ses flancs, là où la matière restante doit porter leur part en plus de la sienne. Comme l'eau d'un fleuve qui accélère en contournant une pile de pont.

Là où les lignes se serrent, la contrainte monte. Le rapport entre la contrainte maximale locale et la contrainte « normale » de la pièce est le facteur de concentration de contrainte Kt (polycopié, p. 14, figure 20). Trois résultats à connaître :

  • un trou rond dans une grande plaque triple la contrainte sur ses flancs : Kt = 3, quelle que soit sa taille ;
  • un trou elliptique couché en travers de l'effort concentre d'autant plus qu'il est allongé : Kt = 1 + 2a/b ;
  • à la limite, une fissure est une ellipse infiniment aplatie : Kt tend vers l'infini.

Ce n'est donc pas la taille d'un défaut qui fait Kt, c'est sa forme : sa finesse en travers de l'effort. Une rayure fine est plus sévère qu'un gros trou rond.

Manipulation 2 : de la pile de pont à la fissure

Une plaque tendue verticalement, percée d'un trou elliptique de demi-axes a (en travers de l'effort) et b (dans l'axe de l'effort). Les lignes de force (en rouge) contournent le trou. Aplatis l'ellipse : Kt monte et la contrainte se concentre de plus en plus près du bord. En bas, la contrainte σyy le long de l'axe, en partant du bord du trou.

Lignes de force schématiques ; profil de contrainte approché hors poly, exact au bord du trou (σmax = Kt·σnom) et proche des solutions classiques ailleurs.

🎓 Niveau 2 : maîtriser Kt, rayon de courbure et contrainte nominale
📖 Facteur de concentration de contrainte (polycopié, p. 14) : rapport entre la contrainte réelle maximale et la contrainte nominale, celle qui régnerait au point considéré si la discontinuité n'existait pas. Sans dimension, supérieur ou égal à 1.
Kt = σmaxσnomKt = 1 + 2ab = 1 + 2√(aρ)

ellipse de demi-axes a (perpendiculaire à l'effort) et b, dans une plaque infinie ; ρ = b²/a : rayon de courbure en bout de grand axe

La seconde forme est la plus parlante : Kt dépend du rapport entre la taille a du défaut et le rayon de courbure ρ (« rhô ») de sa pointe. Pour un cercle, a = b = ρ et Kt = 3. Kt augmente quand a augmente (défaut plus long) et quand ρ diminue (pointe plus fine), et tend vers l'infini quand ρ tend vers zéro (polycopié, p. 15).

DéfautaρKt
Trou ronda = ρ (quelconque)3
Ellipse a/b = 33bb/37
Rayure usinée1 mm0,01 mm21
Fissure de clivage1 µm≈ x0 = 0,25 nm≈ 128

Où règne le pic ? hors poly La surcontrainte est très localisée : elle s'étend sur une distance de l'ordre de ρ autour du bord. Un trou rond « fait sentir » sa présence à une distance de l'ordre de son rayon ; une entaille fine concentre une contrainte très élevée dans un volume minuscule (manipulation 2).

Quelle contrainte nominale ?

Le polycopié prend la contrainte loin du trou, rapportée à la section brute : σnom = F/(a·b), où a et b désignent ici la largeur et l'épaisseur de l'éprouvette de la figure 20. La RDM utilise souvent la contrainte dans la section nette, au droit du trou : σnom = F/((a − d)·b) (p. 14). La contrainte maximale est la même ; seul Kt change.

Exemple. Plaque de 200 × 10 mm, trou de 10 mm de diamètre, F = 200 kN. Section brute : σnom = 200 000/(200 × 10) = 100 MPa, d'où σmax ≈ 3 × 100 = 300 MPa. Section nette : 200 000/(190 × 10) = 105 MPa, et le même σmax correspond à Kt = 300/105 = 2,85.

⚠️ Piège : Kt ne dépend pas de la taille, seulement de la forme. Un trou de 1 mm et un trou de 100 mm ont le même Kt = 3. Ce qui change, c'est l'étendue de la zone surchargée.
⚠️ Piège : a est le demi-axe perpendiculaire à l'effort. La même ellipse tournée de 90° (allongée dans le sens de l'effort) donne Kt = 1 + 2b/a, à peine plus que 1 : une fente parallèle à l'effort est presque inoffensive. C'est la fente en travers qui est dangereuse.
💡 Ductile ou fragile ? hors poly Sous charge statique, un métal ductile plastifie en fond d'entaille et redistribue la contrainte : l'effet de Kt s'atténue avant la rupture. En fatigue (série Fatigue) et en rupture fragile, il agit pleinement. C'est pourquoi le polycopié note (p. 15) que la rupture se produit le plus souvent au niveau des concentrations de contrainte.
🧠 Mnémotechnique : « trois pour le trou rond, l'infini pour la fissure ». Entre les deux, 1 + 2√(a/ρ) : longue et fine, c'est grave.
🔥 Les concentrations de contrainte d'une soudure

Le pied de cordon, où la surface du cordon rejoint la tôle, est une concentration de contrainte géométrique : son Kt dépend de l'angle de raccordement et du rayon en pied, souvent de l'ordre de 2 à 3. Un caniveau (sillon fondu non comblé) ou une morsure ajoute une petite entaille à faible ρ. Une racine non pénétrée d'une soudure d'angle est une fente en travers de l'effort. D'où les parades qui augmentent ρ : meulage du pied, refusion TIG (soudage à l'électrode de tungstène sous gaz inerte), et l'exigence de profils de cordons sans entaille dans les niveaux de qualité les plus élevés.

3

De l'entaille à la fissure

La contrainte de rupture varie en 1/√a

🩹Image à retenirLe ruban adhésif : impossible à arracher d'un bloc, il se décolle sans effort quand on attaque par un coin
👁 Niveau 1 : voir la rayure du vitrier

Essaie d'arracher d'un coup un morceau de ruban adhésif bien collé, en tirant sur toute sa largeur : c'est très dur. Soulève un coin et tire : il se décolle tout seul. Au coin, l'effort se concentre sur une toute petite longueur de colle, qui cède, puis la suivante, puis la suivante. Une fissure fait exactement cela dans un cristal : sa pointe concentre la contrainte sur quelques liaisons atomiques, qui cèdent une à une.

Combine les chapitres 1 et 2. Une fissure de clivage a une pointe d'un rayon de l'ordre d'une distance interatomique : son Kt est énorme. La rupture se produit dès que la contrainte maximale, Kt·σ, atteint la résistance théorique σth. Le calcul (niveau 2) conduit à un résultat capital (polycopié, p. 16) :

σr ∝ 1√a

∝ : « proportionnel à » ; la contrainte de rupture est inversement proportionnelle à la racine carrée de la taille du défaut

Quadrupler la longueur d'un défaut divise la contrainte de rupture par deux ; la centupler la divise par dix. Le vitrier exploite cette loi : sa roulette crée une rayure de quelques micromètres sur une vitre qui ne contenait que des défauts bien plus petits, et la vitre casse le long du trait sous une simple pression du doigt.

Conséquence fondamentale : la résistance d'un matériau fragile n'est pas une propriété du matériau. Elle dépend de la taille du plus grand défaut qu'il contient, donc de sa fabrication (polycopié, p. 22). La propriété du matériau, ce sera sa ténacité (cours 4).

Manipulation 3 : la loi de la rayure

Contrainte de rupture σr en fonction de la demi-longueur a d'une fissure, en échelles logarithmiques (chaque graduation vaut dix fois la précédente) : la loi en 1/√a devient une droite de pente −1/2. Elle ne peut pas dépasser la résistance théorique σth (plafond en pointillé). Choisis un matériau et fais varier la fissure.

🎓 Niveau 2 : maîtriser deux démonstrations, un même résultat

Par la concentration de contrainte (polycopié, p. 15 et 16)

On écrit que la rupture survient quand la contrainte en pointe atteint σth :

σr·(1 + 2ab) = σth = √(Eγsx0)

Pour un clivage, le rayon en pointe est de l'ordre de la distance interatomique : ρ = b²/a ≈ x0, donc b = √(x0a). Pour un défaut de quelques µm, a ≫ b (« très grand devant »), et 1 + 2a/b ≈ 2a/b :

σr·2a√(x0a) = √(Eγsx0)  ⟹  σr = √(Eγs4a)

Par le bilan d'énergie de Griffith hors poly

En 1920, Griffith raisonne autrement. Une fissure de longueur 2a dans une plaque tendue libère de l'énergie élastique : la matière autour d'elle se détend. Pour une plaque d'épaisseur B, cette énergie vaut πσ²a²B/E. En échange, la fissure crée deux surfaces de longueur 2a : elle coûte 4aBγs. La fissure avance dès que l'énergie libérée par un petit allongement dépasse l'énergie de surface consommée :

dda(πσ²a²BE) = dda(4aBγs)  ⟹  σr = √(2Eγsπa)

d/da : dérivée par rapport à a, le taux de variation quand la fissure s'allonge un peu

Les deux démonstrations donnent la même loi en 1/√a ; le facteur numérique diffère de √(2/π)/(1/2) ≈ 1,6. Celle de Griffith est la plus rigoureuse : c'est l'ancêtre de l'approche énergétique G du cours 4.

Exemple. Verre : E = 70 GPa, γs ≈ 1 J/m². Pour une demi-longueur a = 1 µm : Griffith donne σr = √(2 × 70 × 10⁹ × 1/(π × 10⁻⁶)) ≈ 211 MPa, la formule du polycopié √(70 × 10⁹/(4 × 10⁻⁶)) ≈ 132 MPa. Une vitre ordinaire casse vers 50 MPa : ses défauts de surface mesurent quelques micromètres à une vingtaine de micromètres.

⚠️ Piège : ces formules ne valent que pour la rupture parfaitement fragile. Dans un métal, la pointe de fissure plastifie et consomme une énergie mille à cent mille fois supérieure à 2γs. C'est l'idée de George Irwin et d'Egon Orowan, vers 1950 : remplacer 2γs par cette énergie de rupture réelle (le GC du cours 4) rend la loi en 1/√a utilisable pour les aciers (manipulation 3, « acier réel »).
⚠️ Piège : a est la demi-longueur de la fissure centrale. Une fissure traversante de 2 mm de long a a = 1 mm. Et a s'exprime en mètres dans ces formules.
🧠 Mnémotechnique : « quatre fois plus long, deux fois moins fort ». Et cent fois plus long, dix fois moins fort.
🔥 Un défaut deux fois plus grand n'est pas deux fois plus grave

Dans un acier au palier fragile (cours 2), la contrainte de rupture d'un défaut varie en 1/√a : doubler la taille d'un manque de fusion ne divise la contrainte de rupture « que » par √2 ≈ 1,4. Inversement, un défaut quatre fois plus petit ne fait gagner qu'un facteur 2. C'est pourquoi l'acceptabilité d'un défaut se juge par le calcul (cours 4) plutôt qu'au simple coup d'œil, et pourquoi les seuils de détection des contrôles (de l'ordre du millimètre) sont généralement suffisants pour les structures en acier tenace.

4

Le champ en pointe de fissure

Infini à la pointe, et pourtant décrit par un seul nombre

📌Image à retenirLa punaise : la même force, concentrée sur une pointe, perce le bois ; plus on s'approche de la pointe, plus la pression monte
👁 Niveau 1 : voir une montagne sans sommet

Le chapitre 2 a montré que la contrainte grimpe d'autant plus au bord d'un défaut que sa pointe est fine. Pour une vraie fissure, de pointe infiniment aiguë, la théorie de l'élasticité donne un résultat déroutant : devant la pointe, la contrainte d'ouverture varie comme 1/√r, où r est la distance à la pointe (polycopié, p. 17, figure 23). À 1 mm de la pointe, elle vaut dix fois ce qu'elle vaut à 100 mm ; à la pointe même, elle devient infinie. On appelle cela une singularité.

Physiquement, aucune contrainte n'est infinie : la matière plastifie ou s'endommage dans une petite zone à la pointe (cours 4). Mais un peu plus loin, la description élastique est excellente. Et elle a une propriété remarquable : autour de toutes les fissures, le champ de contrainte a la même forme. Seule change son intensité, un unique nombre noté K, le facteur d'intensité de contrainte.

Pense à une chanson diffusée sur deux enceintes : la mélodie est la même, seul le bouton de volume diffère. Deux fissures de même K, l'une dans une petite éprouvette de laboratoire, l'autre dans un pont, font subir exactement la même chose à la matière de leur pointe. C'est ce qui permet de mesurer une ténacité en laboratoire et de l'appliquer à une structure.

Manipulation 4 : la carte des contraintes autour de la pointe

La fissure arrive de la gauche, sa pointe est au centre de la croix. Les courbes relient les points où σyy (la contrainte d'ouverture) vaut Re/2, Re et 2Re. Augmente K : les courbes gardent leur forme et grossissent comme K². Le second mode d'affichage montre la zone où la matière plastifierait selon von Mises, en contrainte plane et en déformation plane. En bas, le profil σyy(r) devant la pointe.

🎓 Niveau 2 : maîtriser le champ asymptotique et le paramètre K

On place un repère (Oxyz) à la pointe : Ox dans le prolongement de la fissure, Oy perpendiculaire à son plan, Oz le long du front de fissure (la ligne qui borde la fissure dans l'épaisseur). Un point est repéré par ses coordonnées polaires : la distance r à la pointe et l'angle θ (« thêta ») avec Ox (polycopié, p. 16 et 17, figure 22). Pour une fissure ouverte par une traction perpendiculaire à son plan, la théorie de l'élasticité donne, près de la pointe :

σyy = K√(2πr)·cosθ2·[1 + sinθ2·sin3θ2] + …

les « … » désignent des termes qui restent finis à la pointe et deviennent négligeables quand r → 0 ; σxx et τxy ont des expressions de même forme (polycopié, p. 18)

Toutes les composantes s'écrivent σij = K·fij(θ)/√(2πr) : une fonction de l'angle, identique pour toutes les fissures, multipliée par K et divisée par √(2πr). Dans le plan de la fissure, devant la pointe (θ = 0) :

σxx = σyy = K√(2πr)

r en m, K en MPa·√m : σ en MPa

📖 Facteur d'intensité de contrainte K (polycopié, p. 18) : paramètre du champ de contrainte au voisinage du fond de fissure, défini par K = σnom·Y·√a, avec Y un facteur sans dimension qui dépend de la géométrie (chapitre 5). Il s'exprime en MPa·√m (ou MPa·m1/2). On peut aussi le définir par la limite K = lim σyy·√(2πr) quand r tend vers 0, devant la pointe hors poly.

Exemple. K = 30 MPa·√m. À r = 1 mm : σyy = 30/√(2π × 0,001) = 30/0,0793 ≈ 378 MPa ; à 0,1 mm : ≈ 1 197 MPa ; à 10 mm : ≈ 120 MPa. La contrainte égale Re = 355 MPa à r = (K/Re)²/(2π) = (30/355)²/6,28 ≈ 1,1 mm : en deçà, l'élasticité est dépassée. C'est l'ordre de grandeur de la zone plastique, détaillée au cours 4.

Domaine de validité. Ces formules valent au voisinage « non immédiat » de la pointe (polycopié, p. 17 et 21) : assez loin pour sortir de la zone plastique, assez près (typiquement r < a/10) pour que les termes finis restent négligeables. Plus loin, la contrainte retrouve la valeur nominale, alors que la formule tendrait vers zéro.

⚠️ Piège : K n'est pas une contrainte, et ce n'est pas Kt. Kt est un rapport sans dimension (σmax/σnom), défini pour une entaille de rayon fini. K, en MPa·√m, caractérise une fissure aiguë, pour laquelle Kt serait infini (polycopié, p. 18).
⚠️ Piège : la forme ne change jamais, seule la taille change. Les courbes d'égale contrainte ont une forme fixe ; leur taille varie comme K². Doubler K multiplie par 4 la distance à laquelle une contrainte donnée est atteinte.
🧠 Mnémotechnique : « un sur racine de r, et K au volume ». La mélodie (la forme en θ) est toujours la même ; K tourne le bouton.
🔥 Le principe de similitude

Si deux fissures ont le même K, les contraintes et déformations à leur pointe sont identiques, quelles que soient la taille et la forme de la pièce. C'est le principe de similitude, sur lequel repose tout l'usage industriel : on mesure en laboratoire la valeur critique de K sur une petite éprouvette (cours 4), puis on calcule K pour le défaut réel de la soudure, dans la structure réelle. Si K atteint la valeur critique, la fissure progresse, que ce soit dans l'éprouvette ou dans le réservoir.

5

Le facteur d'intensité de contrainte

K = σY√a : trois boutons pour la sévérité d'une fissure

🎛️Image à retenirLa console à trois boutons : la contrainte σ, la forme Y et la longueur √a règlent ensemble le volume K
👁 Niveau 1 : voir trois boutons

Le facteur d'intensité de contrainte se calcule avec une formule d'une simplicité remarquable (polycopié, p. 18) :

K = σ·Y·√a

σ : contrainte nominale perpendiculaire à la fissure ; Y : facteur de forme ; a : taille de la fissure, en mètres

Trois boutons règlent le volume :

  • σ, la contrainte qui ouvre la fissure : K lui est proportionnel. Doubler la charge double K ;
  • a, la taille de la fissure : K varie comme sa racine carrée. Quadrupler la longueur double K ;
  • Y, le facteur de forme, sans unité : il dit où est la fissure et comment elle est faite. Une fissure qui débouche sur un bord est plus sévère qu'une fissure noyée au cœur, à taille égale.

Un acier de construction supporte des K de l'ordre de 50 à 150 MPa·√m avant de rompre brutalement : c'est sa ténacité KIC (cours 4). Calculer K pour un défaut, c'est donc déjà savoir s'il est loin ou près du danger.

Manipulation 5 : le calculateur de K

Choisis la géométrie du défaut, la contrainte et la taille. K se calcule en direct ; en bas, les quatre géométries sont comparées à taille et contrainte égales. Tu peux ajouter des contraintes résiduelles de soudage, qui s'ajoutent à la contrainte appliquée.

Facteurs Y dans la convention du polycopié (K = σY√a). La fissure demi-circulaire de surface hors poly est calculée au point le plus profond, dans une tôle épaisse (solution de Newman et Raju).

🎓 Niveau 2 : maîtriser les facteurs Y usuels et les pièges d'unités
Défauta désigneY (convention du polycopié)Y (convention K = Yσ√(πa))
Fissure traversante centrale, plaque infinie (« de Griffith »)la demi-longueur√π ≈ 1,771
Fissure traversante débouchante, demi-planla profondeur≈ 1,99≈ 1,12
Fissure circulaire noyée (« pièce de monnaie »)le rayon2/√π ≈ 1,132/π ≈ 0,64
Fissure demi-circulaire de surface, point le plus profond hors polyle rayon (la profondeur)≈ 1,17≈ 0,66

Source : polycopié, p. 18 et 24, figure 28, pour les trois premières. Dans une pièce réelle, finie, Y dépend de toutes les dimensions (épaisseur, largeur, distance aux bords) ; il est donné par des formules ou des abaques, issus du calcul ou de l'expérience (p. 24). Le cours 4 en donnera des exemples pour les éprouvettes de ténacité.

Unités

Avec σ en MPa et a en mètres, K sort en MPa·√m. Les documents de soudage utilisent souvent les N·mm−3/2 (σ en N/mm², a en mm) :

1 MPa·√m = 31,62 N·mm−3/2

car 1 MPa = 1 N/mm² et √(1 m) = √(1 000 mm) = 31,62 √mm

Exemple. Défaut débouchant de 3 mm de profondeur, σ = 150 MPa : K = 150 × 1,99 × √0,003 = 150 × 1,99 × 0,0548 ≈ 16,3 MPa·√m. Le même défaut noyé, de 3 mm de rayon : 150 × 1,13 × 0,0548 ≈ 9,3 MPa·√m, presque deux fois moins.

Superposer les contraintes hors poly

En élasticité, les facteurs K d'un même mode s'ajoutent. Une fissure soumise à la fois à la contrainte de service σ et à des contraintes résiduelles de traction σres voit donc K = (σ + σres)·Y·√a. Avec 200 MPa de résiduelles, le défaut débouchant précédent passe de 16,3 à 350 × 1,99 × 0,0548 ≈ 38,1 MPa·√m.

⚠️ Piège : les millimètres. Avec a = 3 au lieu de 0,003, on trouve un K 31,6 fois trop grand. En MPa·√m, toujours a en mètres.
⚠️ Piège : la convention de Y. Un Y de 1,12 trouvé dans un abaque est presque toujours celui de la convention K = Yσ√(πa) : dans la formule du polycopié, il faut prendre 1,12 × √π ≈ 1,99. Une erreur de convention fausse K d'un facteur 1,77.
⚠️ Piège : quelle contrainte ? σ est la contrainte perpendiculaire au plan de la fissure, calculée comme si la fissure n'existait pas. Une fissure parallèle à l'effort ne voit presque aucune contrainte d'ouverture (chapitre 6).
🧠 Mnémotechnique : « deux fois la charge, deux fois K ; quatre fois la fissure, deux fois K ». Et le bord aggrave : 1,99 au bord, 1,77 au centre, 1,13 au cœur.
🔥 Les défauts des soudures, vus par K

Pour l'évaluation d'un défaut (norme BS 7910), on le remplace par une fissure idéalisée de même encombrement : une fissure de surface demi-elliptique (fissure de pied de cordon, caniveau profond, manque de fusion débouchant), une fissure noyée elliptique (manque de fusion ou de pénétration interne, inclusion de laitier allongée) ou une fissure traversante. On calcule K avec trois corrections propres aux soudures :

  • un facteur d'amplification du pied de cordon, noté Mk, qui traduit la concentration de contrainte due au profil du cordon pour les petites fissures de pied ;
  • les contraintes résiduelles : à l'état brut de soudage, on suppose souvent qu'elles atteignent la limite d'élasticité ; un traitement de détensionnement permet d'en retenir une fraction ;
  • les défauts voisins, qui interagissent et peuvent être regroupés en un seul défaut plus grand.
6

Les trois modes de rupture

Ouvrir, faire glisser, déchirer

📖Image à retenirLe livre : on l'ouvre (mode I), on fait glisser les pages l'une sur l'autre (mode II), on déchire une page (mode III)
👁 Niveau 1 : voir trois façons de solliciter une fissure

Une fissure a deux lèvres. On peut les déplacer l'une par rapport à l'autre de trois façons seulement (polycopié, p. 20, figure 26) :

  • mode I, ouverture : les lèvres s'écartent, perpendiculairement au plan de la fissure. Comme on ouvre un livre ;
  • mode II, glissement plan : les lèvres glissent l'une sur l'autre, perpendiculairement au front de fissure. Comme deux pages qu'on fait glisser ;
  • mode III, glissement antiplan ou déchirement : les lèvres glissent parallèlement au front. Comme on déchire une feuille en tirant ses deux moitiés en sens opposés, hors de son plan.

Une sollicitation quelconque est une combinaison des trois, chacun avec son facteur : KI, KII, KIII. Le polycopié le souligne : le mode I est le plus dangereux, et c'est presque toujours lui qui rompt les pièces. D'ailleurs, une fissure sollicitée en mode mixte tend à tourner pour se placer perpendiculairement à la plus grande contrainte de traction, en mode I pur (figure 27) : on retrouve l'« ouverture » du cours 1.

Manipulation 6 : les trois modes et la fissure qui tourne

En haut, un bloc fissuré : choisis un mode et anime le déplacement des lèvres. En bas, une plaque tendue verticalement contient une fissure inclinée de β : la traction se décompose en ouverture (KI) et en glissement (KII), comme sur une facette du cours 1, et la fissure bifurque pour retrouver le mode I.

Plaque infinie, σ = 100 MPa, fissure centrale de demi-longueur a = 5 mm (Y = √π). Angle de bifurcation selon le critère de la contrainte tangentielle maximale (Erdogan et Sih, 1963) hors poly.

🎓 Niveau 2 : maîtriser décomposer, combiner, bifurquer
📖 Modes de rupture (polycopié, p. 20) : mode I par ouverture ; mode II par cisaillement ou glissement dans le plan ; mode III par déchirement ou glissement antiplan. Chaque mode a son facteur d'intensité (p. 21) :
KI = σnom,I·YI·√aKII = σnom,II·YII·√aKIII = σnom,III·YIII·√a

σnom,I : contrainte normale au plan de la fissure ; σnom,II et σnom,III : cisaillements, perpendiculaire et parallèle au front

Les contraintes locales s'obtiennent en additionnant les contributions des trois modes, chacune de la forme K/√(2πr) × une fonction de θ (p. 21). Dans l'épaisseur, la troisième contrainte normale vaut σzz = ν(σxx + σyy) en déformation plane (pièce épaisse, ν étant le coefficient de Poisson) et 0 en contrainte plane (tôle mince). Le mode III fait apparaître les cisaillements hors plan τxz et τyz.

La fissure inclinée

Une fissure traversante de demi-longueur a, inclinée d'un angle β par rapport au plan perpendiculaire à la traction σ, voit sur son plan la contrainte normale et le cisaillement de la facette inclinée du cours 1 :

KI = σ·cos²β·√(πa)KII = σ·sinβ·cosβ·√(πa)

Exemple. σ = 100 MPa, a = 5 mm, β = 30° : KI = 100 × 0,75 × √(π × 0,005) = 9,4 MPa·√m et KII = 100 × 0,433 × 0,1253 = 5,4 MPa·√m.

📖 Bifurcation hors poly : en mode mixte, la fissure repart dans la direction où la contrainte tangentielle (la traction perpendiculaire à un petit rayon issu de la pointe) est maximale. Le critère d'Erdogan et Sih donne l'angle de bifurcation θc, mesuré depuis le plan de la fissure :
θc = 2·arctan(KI − √(KI² + 8KII²)4KII)

arctan : fonction réciproque de la tangente ; pour β = 30°, θc ≈ −43° ; en mode II pur, θc ≈ −70,5°

Après cette bifurcation, la fissure progresse presque perpendiculairement à la traction : elle s'est mise en mode I.

⚠️ Piège : KI, KII et KIII ne s'additionnent pas entre eux. Ils décrivent des champs de formes différentes. Seuls les K d'un même mode s'additionnent (contraintes appliquées et résiduelles, chapitre 5).
⚠️ Piège : mode et sollicitation de la pièce. Une pièce en torsion n'est pas forcément en mode III : tout dépend de l'orientation de la fissure. Une fissure à 45° de l'axe d'un arbre tordu est perpendiculaire à la contrainte principale de traction : elle travaille en mode I.
🧠 Mnémotechnique : « I j'ouvre, II je glisse, III je déchire », comme le livre. Et « toute fissure finit en I ».
🔥 Les modes dans les soudures

Une fissure transversale dans une soudure bout à bout tendue est en mode I pur. La racine non pénétrée d'un cordon d'angle chargé en cisaillement subit un mélange de modes. Pour les défauts inclinés ou de forme complexe, les règles d'évaluation (BS 7910) projettent le défaut sur le plan perpendiculaire à la plus grande contrainte principale, et le traitent en mode I : prudent et simple. Le mode III apparaît surtout dans les arbres et les tubes tordus, pour des fissures circonférentielles.

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de l'atome au défaut de soudure

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi longueurs en mètres !

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Écris la formule littérale, puis les valeurs avec leurs unités. Dans les formules de K, les longueurs sont en mètres. Les manipulations 2, 4, 5 et 6 permettent de vérifier tes résultats.

Exercice 1 : le cristal idéal N1 · chapitre 1

a) Calcule la résistance théorique du fer (E = 210 GPa, γs = 2 J/m², x0 = 0,25 nm). Exprime-la en fraction de E.

b) Même calcul pour un verre (E = 70 GPa, γs = 1 J/m², x0 = 0,2 nm).

c) Une vitre casse vers 50 MPa et un acier S355 vers 500 MPa. Combien de fois sont-ils plus faibles que le cristal parfait ? Qu'est-ce qui l'explique ?

Voir la correction

a) σth = √(Eγs/x0) = √(210 × 10⁹ × 2/(0,25 × 10⁻⁹)) = √(1,68 × 10²¹) = 4,10 × 10¹⁰ Pa = 41 GPa, soit E/σth = 210/41 ≈ 5 : E/5.

b) σth = √(70 × 10⁹ × 1/(0,2 × 10⁻⁹)) = √(3,5 × 10²⁰) = 18,7 GPa, soit environ E/3,7.

c) Vitre : 18 700/50 ≈ 370 fois plus faible ; acier : 41 000/500 ≈ 80 fois. Les défauts l'expliquent : les microfissures concentrent la contrainte et cassent les liaisons une à une (chapitres 2 et 3). Pour l'acier s'ajoute la plasticité, qui démarre bien avant σth grâce aux dislocations.

Exercice 2 : des trous et des entailles N1 · chapitre 2

a) Que vaut Kt pour un trou rond, et pour une ellipse de rapport a/b = 3 couchée en travers de l'effort ? Et la même ellipse dressée dans le sens de l'effort ?

b) Une rayure de 1 mm de longueur a un rayon de fond ρ = 0,01 mm. Calcule son Kt.

c) Une plaque de 200 mm de large et 10 mm d'épaisseur, percée d'un trou de 10 mm, porte F = 200 kN. Calcule σnom en section brute et en section nette, puis σmax (on prendra Kt = 3 en section brute).

Voir la correction

a) Trou rond : Kt = 3. Ellipse couchée : 1 + 2 × 3 = 7. Dressée (a/b = 1/3) : 1 + 2/3 ≈ 1,67 : une fente parallèle à l'effort est bien moins dangereuse.

b) Kt = 1 + 2√(a/ρ) = 1 + 2√(1/0,01) = 1 + 2 × 10 = 21 (a et ρ dans la même unité).

c) Section brute : σnom = 200 000/(200 × 10) = 100 MPa ; section nette : 200 000/(190 × 10) = 105 MPa. σmax = 3 × 100 = 300 MPa, ce qui correspond à un Kt de 300/105 = 2,85 en section nette. Même pièce, même pic, deux Kt : toujours préciser la convention.

Exercice 3 : la vitre et la rayure N2 · chapitre 3

Verre : E = 70 GPa, γs = 1 J/m².

a) Calcule la contrainte de rupture pour une fissure de demi-longueur a = 1 µm, puis a = 10 µm, avec la formule de Griffith et avec celle du polycopié.

b) Quelle taille de défaut explique une rupture à 50 MPa (formule de Griffith) ?

c) Le vitrier trace une rayure de 1 mm de profondeur effective. Que devient la contrainte de rupture ?

Voir la correction

a) Griffith, σr = √(2Eγs/(πa)) : pour 1 µm, √(1,4 × 10¹¹/(π × 10⁻⁶)) = 211 MPa ; pour 10 µm, 66,8 MPa (dix fois plus long, √10 = 3,16 fois moins fort). Polycopié, σr = √(Eγs/(4a)) : 132 MPa et 41,8 MPa. Même tendance, facteur 1,6 entre les deux.

b) a = 2Eγs/(πσr²) = 1,4 × 10¹¹/(π × (50 × 10⁶)²) = 1,78 × 10⁻⁵ m ≈ 18 µm.

c) σr = √(1,4 × 10¹¹/(π × 10⁻³)) = 6,7 MPa : sept fois moins qu'avant le trait. Une simple pression du doigt suffit, et la rupture suit la rayure.

Exercice 4 : explorer la pointe N1 · chapitre 4

Une fissure dans un acier (Re = 355 MPa) a un facteur d'intensité K = 30 MPa·√m.

a) Calcule σyy devant la pointe (θ = 0) à r = 0,1 mm, 1 mm et 10 mm.

b) À quelle distance de la pointe σyy atteint-elle Re ?

c) Que devient cette distance si K double ?

d) Pourquoi la valeur à 10 mm est-elle suspecte si la fissure mesure quelques millimètres ?

Voir la correction

a) σyy = K/√(2πr), r en mètres : à 0,1 mm, 30/√(2π × 10⁻⁴) = 30/0,0251 ≈ 1 197 MPa ; à 1 mm, 30/0,0793 ≈ 378 MPa ; à 10 mm, 30/0,251 ≈ 120 MPa.

b) r = (K/Re)²/(2π) = (30/355)²/6,283 = 0,00714/6,283 = 1,14 × 10⁻³ m ≈ 1,1 mm.

c) r varie comme K² : il est multiplié par 4, soit ≈ 4,5 mm.

d) Le champ en K/√(2πr) ne vaut qu'au voisinage de la pointe (typiquement r < a/10). À 10 mm d'une fissure de quelques millimètres, la contrainte revient à la valeur nominale ; la formule n'a plus de sens.

Exercice 5 : trois défauts dans une soudure N2 · chapitre 5

Une soudure travaille sous σ = 150 MPa perpendiculaire aux défauts. Le contrôle signale trois défauts de même encombrement, 6 mm.

a) Une fissure traversante centrale de 6 mm de longueur : calcule K.

b) Une fissure débouchante (fissure de surface longue) de 3 mm de profondeur : calcule K.

c) Un manque de fusion noyé, assimilé à un disque de 6 mm de diamètre : calcule K.

d) Le défaut b) est à l'état brut de soudage, avec σres = 200 MPa. Que devient K ? Exprime-le aussi en N·mm−3/2.

e) Classe les défauts du plus au moins sévère, sans contraintes résiduelles.

Voir la correction

Les trois défauts ont la même taille caractéristique a = 3 mm, donc √a = √0,003 = 0,0548 √m.

a) Demi-longueur a = 3 mm, Y = √π : K = 150 × 1,772 × 0,0548 = 14,6 MPa·√m.

b) Profondeur a = 3 mm, Y = 1,99 : K = 150 × 1,99 × 0,0548 = 16,3 MPa·√m.

c) Rayon a = 3 mm, Y = 2/√π = 1,128 : K = 150 × 1,128 × 0,0548 = 9,3 MPa·√m.

d) K = (150 + 200) × 1,99 × 0,0548 = 38,1 MPa·√m, soit 38,1 × 31,62 ≈ 1 206 N·mm−3/2. Les contraintes résiduelles ont plus que doublé K.

e) Débouchant (16,3) > traversant central (14,6) > noyé (9,3). Un défaut qui débouche en surface est le plus sévère ; un défaut noyé, entouré de matière de tous côtés, l'est presque deux fois moins.

Exercice 6 : quel mode ? N1 et N2 · chapitre 6

a) Une fissure transversale dans une soudure bout à bout tendue perpendiculairement au cordon : quel mode ?

b) Une fissure circonférentielle à la surface d'un arbre tordu (son plan est la section droite) : quel mode ?

c) Une fissure traversante de demi-longueur 5 mm, inclinée de β = 30°, dans une plaque tendue à 100 MPa : calcule KI et KII. Quel mode domine ?

d) Comment cette fissure va-t-elle progresser ?

Voir la correction

a) Les lèvres s'écartent : mode I pur.

b) La torsion crée sur la section droite un cisaillement tangentiel, dirigé le long du front circonférentiel : glissement parallèle au front, mode III.

c) √(πa) = √(π × 0,005) = 0,1253 √m. KI = σ·cos²β·√(πa) = 100 × 0,75 × 0,1253 = 9,4 MPa·√m ; KII = σ·sinβ·cosβ·√(πa) = 100 × 0,433 × 0,1253 = 5,4 MPa·√m. Le mode I domine, avec une part importante de mode II : c'est un mode mixte.

d) Elle bifurque : selon le critère d'Erdogan et Sih, d'environ 43° (manipulation 6), puis progresse presque perpendiculairement à la traction, en mode I.

🏆 Défi : la fissure qui naît au bord d'un trou N2 · chapitres 2 à 5

Une grande plaque tendue à σ = 100 MPa est percée d'un trou de rayon R = 10 mm. Deux fissures symétriques de longueur c partent des deux flancs du trou, perpendiculairement à l'effort. On propose deux estimations de K :

  • « fissure courte » : la fissure, débouchante, baigne dans la contrainte locale du flanc, Kt·σ : K ≈ 1,99 × Kt·σ·√c ;
  • « fissure longue » : le trou et les deux fissures forment une seule fissure centrale de demi-longueur R + c : K ≈ σ·√(π(R + c)).

a) Calcule les deux estimations pour c = 0,2 mm, 1 mm et 5 mm.

b) Laquelle croire dans chaque cas ? Justifie physiquement.

c) Quel lien vois-tu avec une fissure qui naît au pied d'un cordon de soudure ?

Voir la correction

a) Avec Kt = 3 :

cFissure courte : 1,99 × 3 × 100 × √cFissure longue : 100 × √(π(R + c))
0,2 mm597 × 0,0141 = 8,4 MPa·√m100 × √(π × 0,0102) = 17,9 MPa·√m
1 mm597 × 0,0316 = 18,9 MPa·√m100 × √(π × 0,011) = 18,6 MPa·√m
5 mm597 × 0,0707 = 42,2 MPa·√m100 × √(π × 0,015) = 21,7 MPa·√m

b) Pour une fissure courte devant le rayon (c = 0,2 mm, c/R = 0,02), elle reste dans la zone surchargée du flanc : l'estimation « courte » est la bonne, et l'estimation « longue » exagère. Pour une fissure longue (c = 5 mm), sa pointe est sortie de la zone surchargée, qui ne s'étend que sur une distance de l'ordre de R : le trou se comporte comme un morceau de fissure, et l'estimation « longue » est la bonne. Les deux se rejoignent vers c ≈ R/10 ; dans cette zone de raccordement, les solutions tabulées (dites de Bowie) donnent une valeur un peu plus faible que les deux estimations, d'environ 20 %.

c) C'est exactement la situation d'une fissure de pied de cordon. Tant qu'elle est petite, elle profite de la concentration de contrainte du profil du cordon : c'est le rôle du facteur Mk de la BS 7910 (chapitre 5). Quand elle a grandi, l'effet du cordon s'estompe et seul compte sa profondeur dans la tôle. Meuler le pied de cordon (augmenter ρ, donc baisser Kt) réduit précisément K pour les petites fissures, celles qui gouvernent la durée de vie en fatigue.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 3

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

📸Image à retenirLe musée de la rupture, salle 3
🤝

Les mains qui se tiennent

σth = √(Eγs/x0) ≈ E/10

Le cristal parfait : 20 à 40 GPa. Les matériaux réels cassent vers E/100 à E/1 000 : les défauts.

🌊

La pile de pont

Kt = σmax/σnom ; trou rond : 3

Les lignes de force se serrent sur les flancs. Kt dépend de la forme, pas de la taille.

🪡

L'aiguille

Kt = 1 + 2√(a/ρ)

Longue et fine en travers de l'effort : Kt immense. Une fissure : ρ → 0, Kt → ∞.

🩹

Le ruban adhésif

σr ∝ 1/√a

La pointe décolle les liaisons une à une. Quatre fois plus long, deux fois moins fort.

🪟

La vitre rayée

σr = √(2Eγs/(πa))

Griffith : la résistance n'est pas une propriété du matériau, elle dépend du plus grand défaut.

📌

La punaise

σyy = K/√(2πr)

Singularité en 1/√r, forme toujours la même : K tourne le volume. Principe de similitude.

🎛️

La console à trois boutons

K = σ·Y·√a

Y : 1,77 au centre (2a), 1,99 au bord, 1,13 noyé. Les K d'un même mode s'ajoutent (résiduelles).

📏

Le mètre-ruban

1 MPa·√m = 31,62 N·mm−3/2

a en mètres ! Et vérifier la convention de Y : 1,12 ailleurs = 1,99 ici.

📖

Le livre

KI, KII, KIII

J'ouvre, je glisse, je déchire. Le mode I commande ; toute fissure finit en I.

🏛 La visite du musée, salle 3 (2 minutes, les yeux fermés) : à l'entrée, deux rangées de visiteurs se tiennent par la main 🤝 en travers de la salle ; impossible de passer. Plus loin coule un petit fleuve qui contourne une pile de pont 🌊 ; sur la pile, quelqu'un a planté une aiguille 🪡 très fine. Le gardien répare la pile avec du ruban adhésif 🩹 qui se décolle par un coin et tombe contre une vitre rayée 🪟 : elle se casse net le long du trait. Un éclat de verre reste fiché dans le mur comme une punaise 📌. Juste à côté, un ingénieur du son règle une console à trois boutons 🎛️, mesure la salle au mètre-ruban 📏, en mètres bien sûr, puis ouvre un grand livre 📖 dont il fait glisser, puis déchire une page.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
a, b
Pour une ellipse : demi-axes perpendiculaire et parallèle à l'effort. Pour une fissure : demi-longueur (fissure centrale), profondeur (débouchante) ou rayon (circulaire). En m dans les formules de K.
arctan
Fonction réciproque de la tangente : arctan(x) est l'angle dont la tangente vaut x.
B
Épaisseur de la plaque, en m (bilan de Griffith).
Bifurcation
Changement brusque de direction d'une fissure en mode mixte, qui la ramène en mode I.
BS 7910
Norme britannique d'évaluation de l'acceptabilité des défauts dans les structures métalliques, notamment soudées.
CND
Contrôles non destructifs : ressuage, magnétoscopie, ultrasons, radiographie, courants de Foucault.
Contrainte nominale σnom
Contrainte qui régnerait sans la discontinuité ; rapportée à la section brute (polycopié) ou nette (RDM).
Contrainte plane, déformation plane
États d'une tôle mince (σzz = 0) et d'une pièce épaisse (εzz = 0, σzz = ν(σxx + σyy)).
d/da, lim
Dérivée par rapport à a (taux de variation) ; limite (valeur approchée quand une grandeur tend vers une autre).
E
Module d'Young, en Pa ou GPa.
ECA
Engineering critical assessment : évaluation d'aptitude au service d'une structure contenant des défauts.
EN ISO 5817
Norme des niveaux de qualité (B, C, D) des imperfections de soudage des aciers.
Énergie de surface γs
Énergie à fournir pour créer 1 m² de surface en rompant les liaisons, en J/m² (≈ 1 à 2 J/m²).
Erdogan et Sih (critère d')
Critère de la contrainte tangentielle maximale, qui donne l'angle de bifurcation d'une fissure en mode mixte (1963).
fij(θ)
Fonction de l'angle θ, propre à chaque composante de contrainte, identique pour toutes les fissures d'un même mode.
Facteur de forme Y
Nombre sans unité qui traduit la géométrie de la fissure et de la pièce dans K = σY√a ; contient √π dans la convention du polycopié.
Fissure traversante, débouchante, noyée
Qui traverse l'épaisseur ; qui s'ouvre sur une surface ; entièrement enfermée dans la matière.
Front de fissure
Ligne qui borde la fissure, là où la matière n'est pas encore rompue (axe Oz).
Griffith, Inglis, Irwin, Orowan
Pionniers : bilan d'énergie de la fissure (1920) ; facteur Kt de l'ellipse (1913) ; facteur K et énergie de rupture des métaux (vers 1950).
K
Facteur d'intensité de contrainte, en MPa·√m : intensité du champ de contrainte en pointe de fissure.
KI, KII, KIII
Facteurs d'intensité des modes I (ouverture), II (glissement plan), III (déchirement, glissement antiplan).
KIC
Ténacité : valeur critique de KI qui provoque la rupture brutale ; 50 à 150 MPa·√m pour les aciers (cours 4).
Kt
Facteur de concentration de contrainte σmax/σnom, sans dimension, pour une entaille de rayon fini.
Lèvres
Les deux faces d'une fissure.
Lignes de force
Image du cheminement de l'effort dans la matière ; leur resserrement signale une concentration de contrainte.
Mk
Facteur d'amplification de K dû au profil d'un cordon, pour les petites fissures de pied de cordon (BS 7910).
MPa·√m, N·mm−3/2
Unités de K : 1 MPa·√m = 31,62 N·mm−3/2.
ν
« Nu » : coefficient de Poisson, 0,3 pour l'acier.
Paramètre de maille x0
Distance d'équilibre entre plans atomiques, ≈ 0,2 à 0,25 nm.
r, θ
Coordonnées polaires d'un point autour de la pointe : distance (en m) et angle depuis le prolongement de la fissure.
Re
Limite d'élasticité, en MPa.
ρ
« Rhô » : rayon de courbure en fond d'entaille ; pour une ellipse, ρ = b²/a.
σth, σr, σres
Résistance théorique du cristal ; contrainte (nominale) de rupture ; contraintes résiduelles de soudage.
σxx, σyy, τxy
Composantes du tenseur des contraintes dans le repère de la pointe ; σyy ouvre la fissure.
Similitude (principe de)
Deux fissures de même K ont la même situation en pointe, quelle que soit la pièce : base du transfert du laboratoire à la structure.
Singularité
Point où une grandeur calculée devient infinie : ici la contrainte élastique à la pointe de fissure.
Trichite (whisker)
Cristal filiforme presque sans défaut, dont la résistance approche σth.
U
Énergie potentielle d'interaction entre atomes ; F = dU/dx.
λ
« Lambda » : longueur de l'arche de sinusoïde σ(x), écartement de rupture des liaisons.
∝, ⟹, ∫, ≫
« Proportionnel à » ; « donc » ; intégrale (aire sous une courbe) ; « très grand devant ».
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧳Image à retenirLa valise bouclée avant le départ pour le cours 4

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔭 Au prochain épisode, cours 4 : ténacité et défauts. Quand K atteint une valeur critique, la fissure se propage brutalement : c'est la ténacité KIC, une vraie propriété du matériau (polycopié, p. 22). On verra comment l'utiliser à l'envers (quelle contrainte admissible pour un défaut, quelle taille critique pour une contrainte), pourquoi ténacité et résistance s'opposent, comment on la mesure et à quelles conditions (épaisseur, zone plastique rY), puis comment la mécanique de la rupture s'étend aux aciers ductiles avec l'énergie G, le CTOD et l'intégrale J, jusqu'au diagramme d'évaluation des défauts (FAD) utilisé pour juger les soudures.