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Aciers inoxydables, série 2.15 : les connaître pour bien les souder

Ce qui précipite quand l'inox s'attarde au chaud

Cours4 sur 4 : le diagramme fer-chrome, la phase σ, les courbes TTP, la fragilisation à 475 °C, la sensibilisation et le rochage
Durée conseillée≈ 3 h avec les exercices
Prérequisla boucle γ (Inox, cours 1) ; la carte des dangers et la ferrite δ (Inox, cours 3) ; règle du levier (Métallurgie, cours 0) ; diagrammes TTT et TRC (Métallurgie, cours 2)
À la fin tu saislire le diagramme fer-chrome ; expliquer la phase σ, la démixtion α/α' et la sensibilisation ; estimer avec une courbe TTP ce qu'une séquence de soudage consomme ; régler l'énergie, la température entre passes et la purge envers

Une soudure d'inox peut sortir de l'atelier sans fissure, avec un bel aspect, et cacher pourtant un défaut invisible : un composé dur qui a poussé dans la ferrite pendant les passes suivantes, une ferrite qui s'est séparée en deux pendant des années de service tiède, des joints de grains vidés de leur chrome, ou un envers bleui par l'air. Rien ne se voit à l'œil nu ; tout se joue entre 300 et 1 000 °C, et tout dépend du temps passé à chaud. Ce cours ouvre le diagramme fer-chrome, puis suit chaque précipité de sa naissance à ses conséquences, pour savoir combien de temps on peut s'attarder, et à quelle température.

Le code couleur de la série

Orange : les actions de l'atelier (trempe, purge, décapage) et les efforts.
Noir : la géométrie dessinée (coupes, joints de grains, tubes).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers l'atelier.

Avant de commencer

Ce que tu sais déjà, en trois cases

σ côté Creq
Sur la carte de Schaeffler, Bystram place le danger σ du côté riche en chrome et en ferrite, pour des séjours entre environ 500 et 900 °C (Inox, cours 3).
FA : 3 à 8 % de δ
Le métal fondu d'un austénitique garde quelques % de ferrite δ ; un duplex en contient environ la moitié. C'est dans cette ferrite que tout va se passer (Inox, cours 3).
f = (x − x1)/(x2 − x1)
La règle du levier donne les fractions de deux phases ; une courbe en C donne le temps d'une transformation à température fixe (Métallurgie, cours 0 et 2).
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours termine le sujet 2.15 « Aciers inoxydables » du planning de la formation. Il sert aussi au sujet 2.14 « Introduction à la corrosion » (chapitres 5 et 6) et au sujet 2.8 « Traitements thermiques des matériaux » (chapitre 3).
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWE
1 Le diagramme fer-chromeboucle γ, solution solide α, phase σ, lacune de miscibilité ; familles ferritiques et martensitiques
2 La phase σformation dans la ferrite, conséquences sur la ténacité et la corrosion, nuances sensibles
3 Courbes TTP et cycles de soudagetemps d'incubation, énergie de soudage, température entre passes, traitements après soudage, remise en solution
4 La fragilisation à 475 °Cdémixtion α/α', germination ou décomposition spinodale, limites de température de service
5 La sensibilisationcarbures de chrome, corrosion intergranulaire, nuances L et stabilisées, hypertrempe
6 Le rochageoxydation de l'envers, protection gazeuse, nettoyage et repassivation
Dans le référentiel de l'IIW (International Institute of Welding) pour la formation IWE (International Welding Engineer), ce cours répond aux attendus sur les aciers inoxydables : décrire les précipitations et fragilisations liées aux cycles thermiques du soudage et du service, la corrosion intergranulaire, et les mesures pour les éviter, du choix de la nuance au nettoyage final.
📖 Les sigles et notations de ce cours.
  • α (alpha) : la ferrite, solution solide cubique centrée du fer et du chrome ; δ (delta) : la même ferrite quand elle s'est formée à la solidification ; γ (gamma) : l'austénite, cubique à faces centrées ; γ₂ : l'austénite secondaire, née de la ferrite pendant un séjour à chaud.
  • σ (sigma) et χ (chi) : deux composés intermétalliques fer-chrome-molybdène, durs et fragiles ; α' (alpha prime) : une ferrite très riche en chrome ; Cr₂₃C₆ : le carbure de chrome (on écrit aussi M₂₃C₆, M pour « métal ») ; Cr₂N : le nitrure de chrome.
  • TTP : diagramme température-temps-précipitation, une courbe en C par précipité ; TTS : la même chose pour la sensibilisation ; KV : énergie absorbée à l'essai Charpy, en joules (J).
  • ZF : zone fondue ; ZAT : zone affectée thermiquement ; Q : énergie de soudage, en kJ/mm ; Ti : température entre passes ; ppm : partie par million (10 000 ppm = 1 %).
  • Les teneurs sont en % massique, sauf mention contraire. Dans le système fer-chrome, % massique et % atomique diffèrent peu (les atomes de fer et de chrome ont des masses voisines, 55,8 et 52,0 g/mol).
Les nuances sont désignées par leur équivalent AISI ou leur nom usuel (304L, 316L, 430, 2205…) ; les modèles des manipulations sont pédagogiques, calés sur des ordres de grandeur publiés.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

Le soudeur ne voit que le bain. Pourtant, chaque passe réchauffe la précédente et sa zone affectée ; un traitement de détente, une température entre passes trop haute ou un service prolongé à 300-500 °C ajoutent du temps à chaud. Ces minutes et ces heures suffisent à faire précipiter de la phase σ dans un duplex, à durcir la ferrite par démixtion, ou à vider de leur chrome les joints de grains d'un austénitique. Le coordinateur en soudage fixe l'énergie, la température entre passes, l'éventuel traitement thermique et la protection de l'envers : ce cours donne les ordres de grandeur pour les justifier.

La série en quatre cours

1 Ce qui fait un inoxPassivité, réseaux du fer, boucle γ, éléments d'alliage, équivalents, désignations.
2 Les familles d'inoxFerritiques, martensitiques, durcis par précipitation, austénitiques, duplex : propriétés et applications.
3 La carte des dangers et les fissurationsSchaeffler et Bystram, modes de solidification, fissuration à chaud, liquation, fissuration à froid, gros grains.
4 Ce qui précipite quand l'inox s'attarde au chaudDiagramme fer-chrome, phase σ, courbes TTP, fragilisation à 475 °C, sensibilisation, rochage.

Déjà vu : règle du levier, courbes TTT et TRC (Métallurgie, cours 0 et 2). Voir aussi : l'essai Charpy et la transition ductile-fragile (Rupture, cours 2) ; l'examen métallographique (Essais, cours 3).

Le plan du cours

  1. 1Le diagramme fer-chrome

    Une île d'austénite, un océan de ferrite, une colline σ et une cave α + α'.

  2. 2La phase σ

    Le composé dur qui pousse dans la ferrite et lui vole son chrome.

  3. 3Courbes TTP et cycles de soudage

    Le chronomètre des précipités : combien de passes avant que σ apparaisse ?

  4. 4La fragilisation à 475 °C

    Une ferrite qui se sépare en deux : par vagues ou par germes.

  5. 5La sensibilisation

    Des carbures sur les joints, un creux de chrome à côté, et la corrosion s'y engouffre.

  6. 6Le rochage

    L'envers du cordon brûlé par l'air : purger, puis nettoyer.

1

Le diagramme fer-chrome

Le squelette de tous les inox : une solution solide, une île d'austénite, une colline σ et une lacune

🏝️Image à retenirUn océan de ferrite, une petite île d'austénite collée au fer, une colline σ au milieu, et une cave α + α' sous 475 °C
👁 Niveau 1 : voir une carte en quatre étages

Tous les inox sont, d'abord, des alliages de fer et de chrome. Leur diagramme d'équilibre, la carte des phases stables selon la teneur en chrome (en abscisse) et la température (en ordonnée), se lit comme un paysage en quatre étages. Le cours 1 a exploré les deux étages du haut, et surtout la boucle γ que le nickel, le carbone et l'azote font gonfler ; ce chapitre les rappelle, puis descend vers les deux étages du bas.

  • Le ciel : le liquide. Le fer fond à 1 538 °C, le chrome vers 1 900 °C. Entre les deux, le début de la fusion descend d'abord un peu, jusqu'à un minimum d'environ 1 516 °C vers 21 % de chrome.
  • L'océan : la ferrite α. Le fer et le chrome ont la même structure, cubique centrée, et des atomes de tailles voisines : à chaud, ils se mélangent en toutes proportions. Une seule phase, la ferrite, couvre presque tout le diagramme.
  • L'île : l'austénite γ. Collée à l'axe du fer, une petite boucle d'austénite s'étend entre 912 et 1 394 °C, mais seulement jusqu'à 12 ou 13 % de chrome. Moins de chrome : l'acier passe par l'austénite en chauffant et peut prendre la trempe, c'est la famille des martensitiques. Plus de chrome : l'acier reste ferritique de la fusion à l'ambiante, sans transformation possible, c'est la famille des ferritiques (cours 1 et 2).
  • La colline et la cave : σ et α + α'. Plus bas, sous 821 °C, l'océan de ferrite n'est plus stable au milieu du diagramme. Entre 475 et 821 °C, il laisse place à un composé fer-chrome, la phase σ ; sous 475 °C, la ferrite se sépare en deux ferrites, l'une pauvre et l'autre riche en chrome (α + α').

Bonne nouvelle : ces deux étages du bas se forment lentement, en minutes, en heures, parfois en années. Un inox refroidi assez vite reste une ferrite (ou une austénite) homogène, hors d'équilibre mais stable en pratique. Mauvaise nouvelle : le soudage, les traitements thermiques et le service à chaud donnent précisément ce temps-là. La suite du cours en mesure les conséquences.

Manipulation 1 : l'explorateur fer-chrome

Le diagramme fer-chrome redessiné, construit étage par étage. Choisis une teneur en chrome (la verticale) et une température, ou touche le diagramme : les phases présentes, leur teneur en chrome et leurs fractions (règle du levier) s'affichent. « Refroidir » fait descendre l'alliage de 1 650 à 300 °C, à l'équilibre, avec les barres de fractions. Diagramme simplifié d'après les évaluations publiées ; lacune α/α' calculée avec un modèle de solution régulière.

🎓 Niveau 2 : maîtriser points clés, levier, eutectoïde, éléments d'addition

Les points à connaître

PointTempératureTeneur en chromeCe qu'il signifie
Fusion du fer, du chrome1 538 °C ; ≈ 1 900 °C0 ; 100 %les deux extrémités du liquidus
Minimum de fusion≈ 1 516 °C≈ 21 %liquide et solide de même composition
Boucle γ912 à 1 394 °C ; minimum ≈ 831 °Cjusqu'à ≈ 12 % (γ seule), ≈ 13 % (α + γ)au-delà, plus d'austénite : pas de trempe possible
Sommet de σ≈ 821 °C≈ 46 %σ se forme directement à partir de la ferrite de même composition
Eutectoïde σ → α + α'≈ 475 °C≈ 46 % (α ≈ 14 %, α' ≈ 86 %)sous cette température, σ n'est plus stable ; seule reste la lacune α + α'

Ces températures varient de quelques dizaines de degrés d'une évaluation à l'autre : le sommet de σ est donné entre environ 820 et 830 °C, et la température basse de σ entre environ 460 et 650 °C, car ces transformations sont si lentes qu'on peine à les mesurer.

La règle du levier dans α + σ

Dans un domaine à deux phases, l'isotherme (l'horizontale à la température T) coupe les deux frontières aux teneurs xα et xσ. Les fractions massiques valent :

fσ = (x − xα)/(xσ − xα)fα = 1 − fσ

x : teneur en chrome de l'alliage ; xα, xσ : teneurs des deux phases, lues sur les frontières

Exemple, Fe-30Cr à 650 °C : la ferrite en équilibre contient xα ≈ 24,5 % de chrome et σ environ xσ ≈ 42,5 %, donc fσ = (30 − 24,5)/(42,5 − 24,5) ≈ 31 %. Près d'un tiers du métal deviendrait σ, à condition d'attendre assez longtemps. À 600 °C, la frontière de la ferrite recule vers 21,5 % et fσ atteint 40 %.

Remarque importante : σ appauvrit la ferrite qui l'entoure. Une ferrite à 30 % de chrome qui forme de la σ redescend à 24,5 %. C'est déjà l'idée du chapitre 2 : σ « vole » le chrome de son voisinage.

Ce que le diagramme binaire ne dit pas

  • Les autres éléments déplacent les frontières. Le carbone, l'azote et le nickel élargissent la boucle γ : avec environ 0,1 % de carbone, un 410 à 12,5 % de chrome devient entièrement austénitique vers 1 000 °C, d'où sa trempe. Le molybdène et le silicium favorisent σ : dans un duplex, σ apparaît dès 20 à 25 % de chrome et jusqu'à 1 000 °C environ, bien plus haut que les 821 °C du binaire.
  • Un diagramme d'équilibre ne donne aucun temps. Pour savoir si σ se formera pendant une passe de soudage, il faut une courbe température-temps : c'est le chapitre 3.
📖 Solution solide : phase où les atomes d'un élément remplacent ceux d'un autre sur le même réseau cristallin, en proportions variables (la ferrite fer-chrome). Composé intermétallique : phase formée de deux métaux ou plus, avec sa propre structure cristalline, souvent dure et fragile (σ). Eutectoïde : transformation d'une phase solide en deux autres phases solides à une température fixe. Lacune de miscibilité : domaine où une solution solide homogène se sépare en deux solutions de même structure mais de compositions différentes (α et α').
💡 Le bon réflexe : pour une nuance, trace d'abord sa verticale. 410 : elle traverse la boucle γ (trempe possible). 430 : elle passe à côté (ferritique). 2205 : sa ferrite, à environ 25 % de chrome, frôle le dôme σ et tombe dans la lacune sous 475 °C : c'est une nuance à surveiller pour les deux fragilisations.
⚠️ Piège : confondre « stable » et « présent ». À l'ambiante, le diagramme prévoit α + α' pour presque tous les ferritiques et les duplex. Pourtant, une tôle neuve n'en contient pas : la démixtion demande des heures à 475 °C et des années à 300 °C. Le diagramme dit ce qui peut se former ; la cinétique dit quand.
🧠 Mnémotechnique : « 12, 475, 821 ». 12 % : la frontière de l'île d'austénite. 475 °C : le plancher de σ et le plafond de la cave α + α'. 821 °C : le sommet de la colline σ.
🔥 Pourquoi un ferritique ne se régénère pas

Un acier au carbone grossi par une surchauffe retrouve un grain fin par un recuit : il traverse la transformation α → γ → α qui renouvelle les grains. Un ferritique à 17 % de chrome n'a pas d'île d'austénite sur sa verticale ; ses gros grains de zone affectée restent gros (Inox, cours 3, chapitre 7). Un 430 classique, à environ 0,05 % de carbone, forme tout de même un peu d'austénite au chauffage, qui devient de la martensite aux joints après soudage ; les nuances stabilisées au titane ou au niobium (439) fixent le carbone et l'évitent.

2

La phase σ

Le composé dur qui pousse dans la ferrite et lui vole son chrome

🧱Image à retenirDes briques de verre glissées dans la ferrite : dures, cassantes, et chacune entourée d'une zone pillée
👁 Niveau 1 : voir des briques de verre dans le métal

La phase σ est un composé intermétallique de fer, de chrome et, dans les nuances qui en contiennent, de molybdène. Son réseau cristallin est compliqué : une maille quadratique de 30 atomes, très différente de la ferrite. Résultat : σ est très dure (trois à quatre fois plus que la ferrite dont elle naît), fragile comme du verre et non magnétique.

Elle pousse là où se trouvent le chrome et la mobilité : dans la ferrite. Dans la ferrite, le chrome diffuse beaucoup plus vite que dans l'austénite, et la ferrite d'un duplex est justement plus riche en chrome et en molybdène que l'austénite voisine. Le scénario, à 700-1 000 °C :

  1. des germes de σ apparaissent aux frontières entre ferrite et austénite, et aux points triples ;
  2. ils grossissent vers l'intérieur de la ferrite en aspirant son chrome et son molybdène ;
  3. la ferrite appauvrie ne peut plus rester ferrite : elle devient de l'austénite secondaire γ₂, pauvre en chrome et en molybdène. La ferrite se décompose ainsi en σ + γ₂.

Deux dégâts en découlent. D'abord, la ténacité s'effondre : quelques % de σ suffisent à transformer une rupture ductile en rupture fragile. Ensuite, la résistance à la corrosion chute autour de chaque particule, dans la zone pillée et dans l'austénite secondaire. Une soudure de duplex « sigmatisée » peut passer tous les contrôles visuels et casser au premier choc à froid.

Manipulation 2 : σ dévore la ferrite

Premier schéma : la microstructure d'un métal maintenu à la température choisie, vue au microscope : austénite γ (bleu-vert), ferrite δ (bleu), σ (violet) et austénite secondaire γ₂ (bleu-vert clair). Second schéma : la fraction de σ et la résilience KV en fonction du temps de maintien, en échelle logarithmique. Lance le chronomètre ou fais glisser le temps. Modèle pédagogique calé sur les débuts de précipitation publiés.

🎓 Niveau 2 : maîtriser σ, χ, γ₂, nitrures, conséquences, remèdes

La famille des précipités d'un duplex

PrécipitéNatureOùPlage typiqueEffet principal
σintermétallique Fe-Cr-Mo, quadratiqueinterfaces δ/γ, puis dans la ferrite≈ 700-1 000 °Cténacité et corrosion
χintermétallique plus riche en Mo, cubiqueinterfaces δ/γ, souvent avant σ≈ 700-900 °Cidem ; se transforme souvent en σ
Cr₂Nnitrure de chromedans la ferrite trop riche en azote≈ 600-900 °Ccorrosion par piqûres, ténacité
α'ferrite riche en chrome (chapitre 4)dans toute la ferrite≈ 300-525 °Cdureté, puis ténacité

La décomposition de la ferrite s'écrit δ → σ + γ₂. C'est une réaction de type eutectoïde : une phase solide donne deux phases solides, en lamelles ou en îlots imbriqués. Le bilan du chrome se fait au levier : σ prend plus de chrome que la ferrite n'en avait, γ₂ moins.

La ténacité : un seuil très bas

Dans un 2205, les mesures publiées montrent qu'au-dessous d'environ 0,5 % de phases intermétalliques la rupture Charpy reste ductile, qu'entre 0,5 et 1 % elle devient mixte, et qu'au-delà d'environ 1 % elle est entièrement fragile. Le modèle de la manipulation 2 reproduit cet ordre de grandeur :

KV ≈ 10 + 190·exp(−fσ/0,006) J

exp : fonction exponentielle ; fσ en fraction (0,01 = 1 %). Modèle pédagogique : 200 J sans σ, environ 46 J à 1 % de σ, environ 17 J à 2 %

La corrosion suit : autour de chaque particule, la ferrite et l'austénite secondaire ont perdu du chrome et du molybdène, et les piqûres s'y amorcent à des températures bien plus basses.

Ce qui accélère σ

  • La composition : chrome et molybdène (un 2507 précipite plus vite qu'un 2205, un 2304, pauvre en molybdène, bien plus lentement), silicium, et les stabilisants niobium et titane des austénitiques. L'azote, lui, retarde σ : c'est une des raisons de sa présence dans les duplex modernes.
  • La ferrite : plus il y en a, et plus elle est riche en chrome et en molybdène, plus σ a de place et de carburant. Un austénitique 316L soudé avec 8 % de ferrite forme σ dans cette ferrite en une à quelques heures vers 750-850 °C, alors qu'une austénite sans ferrite demande des dizaines à des milliers d'heures selon la nuance.
  • Le temps à chaud : chaque minute passée vers 800-950 °C compte (chapitre 3).

Dans les austénitiques en service à chaud (vers 600-800 °C), σ peut aussi se former directement dans l'austénite, mais lentement : quelques % après 10 000 à 100 000 heures à 700 °C pour des nuances de type 18-10. C'est un sujet de durée de vie des installations plus que de soudage.

Comment l'éviter et comment la défaire

  • choisir une nuance moins sensible quand le service ou la fabrication imposent du temps à chaud ;
  • éviter les traitements thermiques après soudage et les températures entre passes trop élevées ;
  • éviter le préchauffage, qui allonge le refroidissement ;
  • éviter les services prolongés aux températures moyennes ;
  • si σ est là : remise en solution au-dessus de son domaine de stabilité, puis trempe à l'eau. Températures minimales usuelles : 980 °C pour le 2304, 1 040 °C pour le 2205, 1 025 à 1 125 °C pour le 2507 (ASTM A480 et fiches des producteurs).
📖 Austénite secondaire γ₂ : austénite formée à partir de la ferrite lors d'un réchauffage ou d'un maintien, plus pauvre en chrome, en molybdène et en azote que l'austénite d'origine ; c'est un point faible pour la corrosion. Germination : apparition des premiers petits volumes d'une nouvelle phase, de préférence sur les défauts et les interfaces. Remise en solution : chauffage au-dessus du domaine d'un précipité pour le redissoudre, suivi d'un refroidissement rapide qui l'empêche de se reformer.
💡 Comment la détecter ? La norme ASTM A923 regroupe trois méthodes pour les duplex : une attaque métallographique qui révèle les intermétalliques, un essai Charpy à basse température, et un essai de corrosion au chlorure ferrique. La phase σ, non magnétique, fait aussi baisser la mesure de ferrite au ferritoscope.
⚠️ Piège : chercher σ seulement là où il fait le plus chaud. La zone fondue et la zone affectée proche de la ligne de fusion montent au-dessus de 1 000 °C, puis refroidissent vite. Le danger est souvent un peu plus loin, ou dans les passes précédentes : là où les passes suivantes ramènent le métal vers 800-950 °C, encore et encore.
🧠 Mnémotechnique : σ comme « Sournoise » : elle Se cache dans la ferrite, Suce le chrome et le molybdène, et Signe la rupture fragile au-delà d'environ 1 %.
🔥 Bystram dit 500-900 °C, les duplex disent 700-1 000 °C

Les zones de Bystram (Inox, cours 3) annoncent σ entre environ 500 et 900 °C : un ordre de grandeur général pour les inox. Pour un duplex riche en molybdène, les guides de fabrication retiennent plutôt 700 à 1 000 °C, avec un maximum de vitesse vers 850-900 °C. Pour un mode opératoire, on se fie aux données de la nuance, pas à la carte générale.

3

Courbes TTP et cycles de soudage

Le chronomètre des précipités : combien de passes avant que σ apparaisse ?

⏱️Image à retenirLe sablier : chaque passage dans la zone dangereuse fait couler un peu de sable ; quand il est vide, σ apparaît
👁 Niveau 1 : voir la courbe en C et le sablier

Un diagramme TTP (température-temps-précipitation) répond à une question simple : si je maintiens le métal à telle température, au bout de combien de temps le précipité apparaît-il ? On porte la température en ordonnée, le temps en abscisse (en échelle logarithmique, car il va de la seconde à la semaine), et l'on trace la courbe de début de précipitation. Elle a la forme d'un C couché :

  • en haut, près de la température limite du précipité, il se forme lentement : il y a peu de « raison » de précipiter (peu de force motrice) ;
  • en bas, les atomes bougent trop lentement : la diffusion freine tout ;
  • entre les deux, le nez du C : le temps le plus court, la température la plus dangereuse.

Pour σ, le nez d'un 2205 est vers 900 °C, à environ deux minutes ; celui d'un 2507, plus chargé en chrome et en molybdène, vers 920 °C, à moins d'une minute. Le 2304, pauvre en molybdène, demande des heures.

Une passe de soudage ne reste que quelques secondes dans la plage dangereuse : bien moins que deux minutes. Mais chaque passe fait couler un peu de sable du sablier. Après dix passes, le sablier peut être vide. C'est la règle d'additivité : on additionne, passe après passe, les fractions du temps d'incubation consommées.

Manipulation 3 : le chronomètre des précipités

Le diagramme TTP de la nuance choisie : courbes de début de précipitation de σ (avec χ), de α' et, selon la nuance, des nitrures ou des carbures. Les cycles thermiques des passes, vus par un point de la zone affectée de la première passe, s'y superposent en rouge. Les jauges additionnent la part du temps d'incubation consommée (règle d'additivité). Modèle pédagogique : cycles de Rosenthal, courbes calées sur des diagrammes publiés. « ▶ Empiler les passes » ajoute les passes une à une : regarde les jauges se remplir.

🎓 Niveau 2 : maîtriser additivité, cycle thermique, règles de fabrication

La règle d'additivité

Découpons un cycle thermique en petits intervalles de durée Δtj, chacun à une température Tj presque constante. Si ts(T) est le temps de début de précipitation lu sur la courbe TTP, chaque intervalle consomme la fraction Δtj/ts(Tj) du temps d'incubation. La précipitation commence quand la somme atteint 1 :

S = Σj Δtj / ts(Tj) ≥ 1

Σ : somme sur tous les intervalles de toutes les passes ; S est sans unité (la manipulation l'affiche en %)

Exemple à la main : une passe maintient la zone affectée environ 7 s autour de 900 °C, où ts ≈ 2,2 min = 132 s pour un 2205. Elle consomme 7/132 ≈ 5 % du sablier. Six passes semblables en consomment environ 30 % ; pour un 2507 (ts ≈ 56 s vers 900 °C), plus du double. Cette règle, proposée par Scheil, est une approximation : elle suppose que l'incubation progresse de la même façon quelle que soit la température. Elle donne de bons ordres de grandeur, pas une frontière exacte.

Le cycle thermique d'une passe

Le modèle de Rosenthal (source de chaleur ponctuelle qui se déplace sur une tôle épaisse) donne, en un point qui atteint la température de pic Tp :

T(t) = Ti + θp·(B/t)·exp(1 − B/t)

θp = Tp − Ti ; B = Q/(2π·λ·θp·e), avec Q l'énergie de soudage en J/m, λ la conductivité thermique (≈ 25 W/(m·K) à chaud), e ≈ 2,718 ; le pic est atteint à t = B

B est proportionnel à Q : doubler l'énergie de soudage double les temps passés à chaque température. Une température entre passes plus haute réduit θp, ce qui allonge B, et ralentit en plus le refroidissement final. Sur une tôle plus mince, la chaleur ne s'évacue que dans le plan : le refroidissement devient beaucoup plus lent (modèle « 2D »), d'où le second bouton de la manipulation. Dans le modèle, un point de la zone affectée de la première passe voit les pics 1 350, 1 200, 1 050, 900, 750 °C… à mesure que les passes suivantes s'éloignent : ce sont les passes à 900-1 050 °C qui coûtent le plus.

Les règles de fabrication des duplex

NuanceÉnergie de l'arc conseilléeTempérature entre passesRemise en solution (minimum)
2304 (et duplex « lean »)0,5-1,5 kJ/mm≤ 150 °C980 °C
22050,5-2,5 kJ/mm≤ 150 °C1 040 °C
2507 (super duplex)0,3-1,5 kJ/mm≤ 100 °C1 025-1 125 °C

Ordres de grandeur du guide de fabrication des duplex de l'IMOA (International Molybdenum Association, 3e édition, 2014). Les énergies sont des énergies de l'arc U·I/v, avant le rendement du procédé.

  • Pas de préchauffage, sauf un léger chauffage vers 100 °C pour chasser l'humidité.
  • Pas de traitement de détente : un maintien entre environ 450 et 1 000 °C fait précipiter σ, χ, des nitrures ou des carbures ; un maintien entre 300 et 525 °C fait précipiter α'. Si un traitement est indispensable, c'est une remise en solution complète suivie d'une trempe à l'eau.
  • Pas d'énergie trop faible non plus : un refroidissement trop rapide laisse trop de ferrite dans la zone fondue et la zone affectée, sursaturée en azote, qui précipite des nitrures Cr₂N. Le bon réglage est une fenêtre, pas un minimum.
📖 Temps d'incubation : durée pendant laquelle rien ne se voit encore à une température donnée, le temps que les premiers germes se forment ; c'est le temps lu sur la courbe de début de précipitation. Température entre passes : température du métal, mesurée près du joint, au moment de déposer la passe suivante ; on fixe en général un maximum.
💡 Le bon réflexe : quand on hésite entre « énergie plus faible » et « température entre passes plus basse », la manipulation 3 montre que les deux agissent ; mais la température entre passes est le levier le plus simple à tenir en production : un thermomètre de contact et de la patience.
⚠️ Piège : lire une courbe TTP comme une courbe TRC. Le diagramme TTP donne des temps de maintien isotherme. Superposer un cycle de refroidissement continu à ce diagramme (comme dans la manipulation) n'est qu'une visualisation : la conclusion se tire avec la somme S, pas en regardant si la courbe rouge « touche » le C.
🧠 Mnémotechnique : « le nez du C, c'est là qu'on se brûle ». Et pour les duplex : 150 °C entre passes, 100 °C pour le super duplex.
🔥 Le coordinateur et le sablier

Dans un mode opératoire de duplex, l'énergie de soudage et la température entre passes ne sont pas des détails de confort : elles fixent la quantité de sable qui coule à chaque passe. Le coordinateur les qualifie (essai Charpy à froid, examen métallographique, mesure de ferrite, essai de corrosion), puis les fait respecter : thermomètre à chaque passe, temps d'attente planifié, pas de « dernière passe pour finir avant la pause » sur une pièce encore chaude.

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La fragilisation à 475 °C

Une ferrite qui se sépare en deux, par vagues ou par germes

🥗Image à retenirLa vinaigrette qui se sépare : en gouttelettes qui naissent une à une, ou en marbrure qui se creuse partout à la fois
👁 Niveau 1 : voir la vinaigrette de la ferrite

Sous environ 500 °C, la ferrite fer-chrome est dans la « cave » du diagramme (chapitre 1) : elle préférerait se séparer en deux ferrites de même structure, l'une pauvre en chrome (α, environ 14 % à 475 °C), l'autre très riche (α', plus de 80 %). C'est une démixtion, comme une vinaigrette qui se sépare en huile et en vinaigre.

Les domaines formés sont minuscules, de quelques nanomètres (millionièmes de millimètre) : aucun microscope optique ne les voit. Seule la sonde atomique tomographique, qui arrache et identifie les atomes un à un, montre la ferrite devenue une mosaïque de zones riches et pauvres en chrome. Pourtant l'effet est spectaculaire : ces domaines gênent le glissement des dislocations, la ferrite durcit, et sa ténacité s'effondre. On parle de fragilisation à 475 °C parce que c'est vers cette température qu'elle va le plus vite ; elle se produit en réalité entre environ 300 et 525 °C.

La vinaigrette peut se séparer de deux façons :

  • par germes (germination et croissance) : si l'alliage est proche du bord de la cave, il faut qu'un petit amas assez riche en chrome se forme par hasard, puis grossisse. Il faut attendre que ces germes apparaissent : c'est lent ;
  • par vagues (décomposition spinodale) : si l'alliage est au milieu de la cave, la moindre fluctuation de composition s'amplifie toute seule, partout à la fois. Des ondulations de teneur en chrome se creusent jusqu'à former un réseau entrelacé de zones α et α'.

Qui est concerné ? Toute ferrite assez riche en chrome : les ferritiques, la ferrite des duplex (environ 25 % de chrome), la ferrite δ des soudures et des pièces moulées austénitiques, et même certaines martensites d'aciers durcis par précipitation, comme le 15-5PH. Les cinétiques dépendent surtout de la teneur en chrome, puis de la température : de quelques dizaines de minutes à quelques heures vers 475 °C pour la ferrite d'un duplex, des milliers d'heures à 300-350 °C.

Manipulation 4 : démixtion, vagues ou germes

Les deux premiers panneaux : la lacune α/α' (binodale en trait plein, spinodale en tirets) et la courbe d'énergie libre F(c), où l'on teste une fluctuation ± Δc. Les deux derniers : la teneur en chrome le long d'une ligne d'atomes qui vieillit (équation de Cahn et Hilliard) et l'histogramme des teneurs, comme à la sonde atomique. Vieillis ; dans le domaine métastable, plante un germe. Modèle de solution régulière, temps réduit.

🎓 Niveau 2 : maîtriser énergie libre, binodale, spinodale, fluctuations

Une courbe d'énergie libre à deux creux

À température fixée, chaque composition c (fraction de chrome, entre 0 et 1) a une énergie libre F(c), en J/mol : l'énergie qui décide de ce qui est stable, la plus basse gagne. Le modèle le plus simple, la solution régulière, ajoute deux termes :

F(c) = R·T·[c·ln c + (1 − c)·ln(1 − c)] + Ω·c·(1 − c)

R = 8,314 J/(mol·K), T en kelvins ; ln : logarithme népérien ; Ω : énergie d'interaction (J/mol), positive quand le fer et le chrome « préfèrent » leurs semblables. Autre notation courante : G (enthalpie libre), pratiquement égale à F pour un solide

Le premier terme, l'entropie de mélange, favorise le mélange et l'emporte à haute température. Le second, s'il est positif, favorise la séparation et l'emporte à basse température. Sous la température critique Tc = Ω/(2R), la courbe F(c) prend deux creux. Dans la manipulation, Ω ≈ 15,7 kJ/mol, soit Tc ≈ 670 °C ; les évaluations publiées placent le sommet de cette lacune, cachée par σ au-dessus de 475 °C, entre environ 580 et 700 °C.

Binodale, spinodale : deux frontières

  • La binodale est la frontière de la lacune : les compositions ceqα et ceqα' où une même tangente touche les deux creux. Un alliage situé entre elles gagne à se séparer en α et α'. À 475 °C, dans le modèle : 14 % et 86 % de chrome.
  • La spinodale relie les points d'inflexion de F(c), là où la courbure change de signe. On note ∂²F/∂c² la dérivée seconde de F par rapport à c (le ∂ rappelle que T est maintenue fixe) : elle mesure la courbure. À 475 °C, dans le modèle : 27 % et 73 %.
∂²F/∂c² > 0 : germination∂²F/∂c² < 0 : spinodale

Dans le modèle : ∂²F/∂c² = R·T/[c·(1 − c)] − 2·Ω ; spinodale pour c·(1 − c) = R·T/(2Ω)

Le test de la fluctuation. Une petite fluctuation transforme une région de composition c0 en deux régions voisines, c0 + Δc et c0 − Δc. L'énergie moyenne passe de F(c0) au milieu de la corde qui relie F(c0 − Δc) et F(c0 + Δc) :

ΔF = ½·[F(c0 + Δc) + F(c0 − Δc)] − F(c0) ≈ ½·(∂²F/∂c²)·Δc²

Courbure positive : ΔF > 0, la fluctuation coûte de l'énergie et régresse ; courbure négative : ΔF < 0, elle en fait gagner et s'amplifie

Entre binodale et spinodale, l'alliage est métastable : stable vis-à-vis des petites fluctuations, il ne se sépare que si un germe assez gros et assez riche en chrome apparaît (on dit qu'il doit franchir une barrière de germination). Dans la spinodale, il est instable : tout s'amplifie, sans barrière.

Classement à 475 °C (modèle) : un 430 à 17 % de chrome est métastable (germination) ; la ferrite d'un duplex, vers 25-27 %, est tout près de la spinodale ; un Fe-35Cr est dans la spinodale. Plus il y a de chrome, plus la démixtion est rapide : c'est le premier paramètre de la cinétique.

La décomposition spinodale en équation

Cahn et Hilliard ont décrit l'évolution d'un profil de composition c(x, t) par une équation de diffusion où le flux suit la pente du potentiel chimique, avec un terme qui pénalise les variations trop brusques :

∂c/∂t = M·∂²/∂x² [ F'(c) − κ·∂²c/∂x² ]

M : mobilité (vitesse de diffusion) ; F'(c) : dérivée de F ; κ : coefficient de gradient, qui fait coûter les interfaces ; la manipulation 4 résout cette équation sur 128 points

Dans la spinodale, toutes les ondulations ne grandissent pas à la même vitesse : les trop courtes coûtent trop d'interfaces (terme en κ), les trop longues demandent aux atomes d'aller trop loin. Une longueur d'onde intermédiaire gagne et donne la marbrure régulière des premiers stades, de l'ordre de quelques nanomètres dans les aciers. Hors de la spinodale, les ondulations s'effacent et seul un germe planté assez gros peut croître.

📖 Démixtion : séparation d'une solution solide homogène en deux solutions de même structure et de compositions différentes. Sonde atomique tomographique : instrument qui évapore une pointe atome par atome et reconstruit en 3D la position et la nature de chaque atome ; l'histogramme des teneurs mesurées dans de petits volumes s'élargit, puis devient double, quand la démixtion progresse. Dislocation : défaut linéaire du cristal dont le glissement permet la déformation plastique.
💡 Le bon réflexe en service : un duplex ou un ferritique qui travaille longtemps au-dessus de 250-300 °C demande une vérification. Les codes d'appareils à pression limitent d'ailleurs l'emploi des duplex : environ 315 °C au plus dans l'ASME, 250 à 300 °C selon les cas dans le code allemand TÜV.
⚠️ Piège : croire la fragilisation à 475 °C irréversible. Elle se défait par un réchauffage court au-dessus de la lacune, vers 550-600 °C, suivi d'un refroidissement rapide. Mais attention : au-dessus d'environ 600 °C, σ et les autres précipités reviennent vite, surtout dans les nuances très chargées comme le 2507, pour lesquelles seule une remise en solution complète restaure tout.
🧠 Mnémotechnique : « courbure creuse, ça se creuse » : courbure négative de F, les vagues se creusent toutes seules (spinodale) ; courbure positive, il faut planter un germe.
🔥 Ce que l'atelier peut faire
  • choisir des nuances moins sensibles (moins de chrome dans la ferrite, moins de ferrite) pour les services tièdes de longue durée ;
  • éviter les traitements après soudage et les températures entre passes trop élevées, qui ajoutent du temps entre 300 et 525 °C ;
  • éviter le préchauffage, qui allonge la durée du refroidissement ;
  • éviter les utilisations prolongées aux températures moyennes, ou les prendre en compte dans la conception.
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La sensibilisation

Des carbures sur les joints, un creux de chrome à côté, et la corrosion s'y engouffre

🏰Image à retenirLes douves au pied du rempart : le joint de grains se couvre de carbures, et le fossé creusé à côté se remplit de corrosion
👁 Niveau 1 : voir le fossé le long du joint

Un inox n'est inoxydable que si son chrome, en chaque point, dépasse environ 12 % : en dessous, la couche passive ne se forme plus correctement. Or le carbone, même à 0,05 %, peut voler du chrome là où il le faut le moins.

À 1 050 °C, l'austénite dissout tout son carbone ; une trempe le laisse en solution. Mais à 800 °C, elle n'en garde qu'environ 0,05 %, et encore moins plus bas. Si le métal séjourne entre 500 et 900 °C, le carbone en excès précipite en carbures de chrome Cr₂₃C₆, d'abord sur les joints de grains, où les atomes trouvent de la place. Chaque atome de carbone emmène près de quatre atomes de chrome.

Le carbone, petit, arrive vite de tout le grain ; le chrome, gros, ne vient que de tout près du joint. Il se creuse alors un fossé appauvri en chrome, épais d'une fraction de micromètre, de part et d'autre de chaque joint. Le métal est dit sensibilisé. Dans un milieu corrosif, ces fossés se dissolvent : la corrosion court le long des joints, les grains se détachent, et la pièce peut perdre sa cohésion sans changer d'aspect. C'est la corrosion intergranulaire ; dans une soudure, la bande sensibilisée de la zone affectée donne la « maladie de la soudure » (weld decay).

Elle concerne surtout les austénitiques : leur austénite dissout beaucoup de carbone à chaud, puis le rejette, et le chrome y diffuse lentement, ce qui creuse des fossés profonds. Les remèdes découlent du mécanisme : moins de temps entre 500 et 900 °C, moins de carbone (nuances L), un élément qui capte le carbone avant le chrome (titane, niobium : nuances stabilisées), ou une hypertrempe qui redissout les carbures.

Manipulation 5 : le creux de chrome

Premier schéma : un joint de grains vu de très près, avec ses carbures de chrome, et le profil de chrome de part et d'autre du joint ; le pointillé marque le seuil de 12 %. Second schéma : les courbes TTS (début de sensibilisation) pour plusieurs teneurs en carbone, et le point (température, temps) choisi. Lance le chronomètre ou fais glisser le temps. Modèle pédagogique calé sur des temps publiés.

🎓 Niveau 2 : maîtriser bilan de chrome, courbes TTS, bandes de la soudure, remèdes

Le bilan de matière

Dans Cr₂₃C₆, il y a 23 atomes de chrome pour 6 de carbone. En masse (Cr = 52,0 g/mol, C = 12,0 g/mol) :

mCr/mC = (23 × 52,0)/(6 × 12,0) ≈ 16,6

Un 304 à 0,06 % de carbone qui précipite tout son carbone immobilise 16,6 × 0,06 ≈ 1,0 % de chrome

Un pour cent en moyenne, ce n'est rien ; mais ce chrome est pris dans une bande d'environ 0,1 µm autour des joints, qui ne représente qu'une petite fraction du volume. Le creux y descend jusqu'à la teneur en équilibre avec le carbure, de l'ordre de 7 à 12 % selon la température dans le modèle : sous le seuil de 12 %.

La solubilité du carbone dans l'austénite chute avec la température : environ 0,05 % à 800 °C, environ 0,5 % à 1 100 °C. Plus un acier contient de carbone, plus la température où il commence à précipiter est haute, et plus la précipitation est rapide.

Les courbes TTS

Comme pour σ, on trace le temps de début de sensibilisation en fonction de la température : une courbe en C par teneur en carbone. Dans le modèle de la manipulation 5, calé sur des repères publiés (quelques minutes vers 700-750 °C pour 0,05 % de carbone, environ 8 h pour un bas carbone à 0,03 %) :

CarboneNez de la courbeTemps au nezLecture
0,08 %≈ 780 °C≈ 20 sune seule passe lente peut suffire
0,06 %≈ 740 °C≈ 3 minle multipasse et les traitements thermiques sont dangereux
0,05 %≈ 720 °C≈ 10 min
0,03 %≈ 660 °C≈ 8 hle soudage n'y suffit pas ; un long traitement ou un service à chaud, si
0,02 %≈ 610 °C≈ 200 hpratiquement immunisé pour la fabrication

Aux temps très longs, le chrome finit par revenir du cœur des grains et remplir le fossé : le métal se désensibilise. Les courbes TTS complètes ont donc deux branches : début et fin de sensibilisation.

Où se trouve la bande sensibilisée dans une soudure

  • Austénitique non stabilisé (304) : contre la ligne de fusion, le métal est monté si haut que les carbures se sont dissous, puis il a refroidi vite. La bande sensibilisée est un peu plus loin, quelques millimètres, là où le métal a séjourné le plus longtemps entre 600 et 850 °C. Le multipasse l'élargit.
  • Austénitique stabilisé (321, 347) : le titane ou le niobium forment des carbures TiC ou NbC plus stables que Cr₂₃C₆, et le chrome reste libre. Mais tout contre la ligne de fusion, au-dessus d'environ 1 150-1 200 °C, ces carbures se dissolvent ; un réchauffage ultérieur (passe suivante, traitement, service vers 500-800 °C) y fait précipiter Cr₂₃C₆ plus vite que TiC ou NbC. La corrosion attaque alors une ligne très fine, au ras de la soudure : l'attaque en lame de couteau.
321 : Ti ≥ 5 × C347 : Nb ≥ 10 × C

Teneurs minimales usuelles (EN 10088 : 1.4541 et 1.4550). Les stœchiométries de TiC et NbC donnent 4,0 et 7,7 : la marge couvre le titane pris par l'azote et le soufre

Les remèdes, et comment vérifier

  • Limiter le temps entre 500 et 900 °C : énergie modérée, température entre passes limitée, pas de traitement de détente dans cette plage.
  • Nuances bas carbone (304L, 316L : C ≤ 0,03 %) et apports L.
  • Nuances stabilisées (321 au titane, 347 au niobium), éventuellement avec un traitement de stabilisation vers 900 °C qui forme TiC ou NbC.
  • Hypertrempe : remise en solution vers 1 050-1 100 °C, puis trempe à l'eau ; elle redissout les carbures et rend le chrome au joint.

On vérifie la sensibilité par des essais normalisés : une attaque électrolytique à l'acide oxalique pour un tri rapide (ASTM A262, pratique A), et des essais d'immersion en milieu sulfurique avec cuivre (ISO 3651-2, ASTM A262 pratique E), suivis d'un pliage qui ouvre les joints attaqués.

📖 Sensibilisation : état d'un inox dont les joints de grains sont bordés de zones appauvries en chrome, sous le seuil de passivité, à cause de carbures de chrome. Corrosion intergranulaire : corrosion localisée qui suit les joints de grains. Hypertrempe : chauffage de remise en solution (vers 1 050-1 100 °C pour les austénitiques) suivi d'un refroidissement rapide, en général à l'eau. Stabilisé : se dit d'une nuance où un élément (Ti, Nb) fixe le carbone en carbures plus stables que ceux du chrome.
💡 Et les ferritiques ? Ils se sensibilisent aussi, mais autrement : le carbone y est presque insoluble et le chrome y diffuse vite. La sensibilisation se produit pendant le refroidissement depuis les hautes températures de la soudure, puis se guérit par un maintien vers 700-800 °C. Là encore, la parade est la stabilisation (439, 444).
⚠️ Piège : croire qu'un 321 est à l'abri partout. Il l'est dans le métal de base et dans la zone affectée courante, pas dans la mince bande contre la ligne de fusion si l'assemblage est réchauffé ensuite. Une soudure multipasse ou un service vers 500-800 °C peuvent suffire.
🧠 Mnémotechnique : « 12, 500-900, L » : 12 % de chrome au minimum au joint ; 500 à 900 °C, la plage où le carbone vole le chrome ; L comme « Low carbon », la parade la plus simple.
🔥 Choisir la nuance et l'apport

Pour une installation soudée destinée à un milieu corrosif, on choisit d'emblée les nuances L (304L, 316L) et des apports L (19 9 L, 19 12 3 L). Les nuances stabilisées gardent leur intérêt pour le service à chaud, où elles conservent mieux leur résistance mécanique ; on les soude alors avec un apport stabilisé au niobium (19 9 Nb), et l'on évite de réchauffer la ligne de fusion. L'hypertrempe après soudage est radicale, mais rarement possible sur une grande structure.

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Le rochage

L'envers du cordon brûlé par l'air : purger, puis nettoyer

🍞Image à retenirLe pain grillé : plus il y a d'air, plus l'envers brunit, du doré au noir ; on gratte la partie brûlée avant de servir
👁 Niveau 1 : voir l'envers qui grille

Pendant le soudage, l'endroit du cordon est protégé par le gaz de la torche. Mais l'envers, à l'intérieur d'un tube ou derrière une tôle, chauffe tout autant et reste au contact de l'air. Le chrome s'y oxyde : une pellicule d'oxydes se forme, d'autant plus épaisse qu'il y a d'oxygène et qu'il fait chaud.

Cette pellicule est très mince, de quelques dizaines à quelques centaines de nanomètres : la lumière s'y réfléchit deux fois et prend des couleurs d'interférence, comme une bulle de savon. Selon son épaisseur, l'envers paraît paille, doré, brun, bleu, puis gris-noir et granuleux. Le dernier stade, épais et rugueux, est le rochage au sens strict ; les anglophones parlent de « sucre » (sugaring).

Pourquoi est-ce grave ? Parce que ces oxydes ne sont pas passivants, et que le chrome qui les a formés manque maintenant dans le métal juste dessous : une fine couche appauvrie en chrome. Les piqûres de corrosion s'y amorcent, les dépôts et les bactéries s'y accrochent. Dans l'agroalimentaire ou la pharmacie, un envers bleui est un défaut d'hygiène autant que de corrosion.

La parade est la protection gazeuse envers, indispensable sur les inox : on remplit l'intérieur du tube d'un gaz inerte, l'argon, en chassant l'air avant d'amorcer l'arc, et l'on maintient la purge jusqu'à ce que le métal ait refroidi. Si une teinte est tout de même apparue, on l'élimine (brosse en inox, meulage fin, ou mieux décapage chimique) pour que le métal se repassive.

Manipulation 6 : la purge envers

Un tube fermé par deux bouchons de purge, alimenté en argon par le bas, avec un évent en haut. Premier schéma : le tube, dont la couleur suit la teneur en oxygène, et sa racine ; second schéma : l'oxygène en fonction du temps de purge (échelle logarithmique) avec les seuils usuels. « Purger puis souder » anime la purge, puis colore la racine selon l'oxygène restant ; « Brosser et décaper » la nettoie. Modèle de dilution parfaite ; teintes indicatives.

🎓 Niveau 2 : maîtriser dilution, seuils, gaz, nettoyage

Combien de temps purger ?

Si l'argon qui entre se mélange bien à l'air du volume V, chaque litre entré chasse un litre de mélange. La teneur en oxygène décroît alors de façon exponentielle avec le nombre de renouvellements n :

n = q·t/VcO₂ = cf + (209 000 − cf)·e−n

q : débit (L/min) ; t : durée (min) ; V : volume purgé (L) ; c en ppm ; 209 000 ppm = 20,9 % d'oxygène dans l'air ; cf : plancher dû aux fuites et à l'humidité

Pour descendre de 209 000 à 50 ppm, il faut n = ln(209 000/50) ≈ 8,3 renouvellements ; pour 20 ppm, 9,3 ; pour 10 ppm, environ 10. D'où les règles pratiques : au moins 7 renouvellements selon le guide de l'IMOA, au moins 10 selon d'autres guides. Exemple : un tube de 100 mm de diamètre intérieur, purgé sur 400 mm, contient V = π × 0,5² × 4 ≈ 3,1 L (en dm) ; à 10 L/min, un renouvellement prend 19 s, et 50 ppm sont atteints en 2,6 min.

Oxygène au moment du soudageTeinte typique de l'enversLecture
≤ 20 ppmaucune ou à peine visibleexcellent
≈ 20-50 ppmpaille très pâleen général acceptable
≈ 50-200 ppmpaille, doréacceptable selon le cahier des charges
≈ 200-1 000 ppmbrun, puis bleu-violetà éliminer
≈ 1 000-5 000 ppmbleu foncé, grisà éliminer
> 5 000 ppmgris-noir granuleux : rochagerefus en service corrosif

Correspondance indicative : la teinte dépend aussi de la nuance, de l'énergie et de la durée à chaud. Les guides AWS D18.1 et D18.2 montrent l'envers de tubes soudés avec 10 à 25 000 ppm d'oxygène : la teinte paille apparaît vers 50 ppm. On vise en général moins de 50 ppm tant que le métal dépasse environ 250 °C.

Les bonnes pratiques

  • Gaz : argon, plus lourd que l'air : on l'injecte par le bas et l'on place l'évent en haut. Pour les austénitiques, des mélanges azote-hydrogène sont aussi employés ; pour les duplex, les ferritiques et les martensitiques, pas d'hydrogène, qui fragiliserait la ferrite ou la martensite.
  • Volume : réduire le volume purgé avec des bouchons (gonflables, en mousse, solubles) proches du joint ; obturer le chanfrein par un ruban pour éviter les entrées d'air.
  • Contrôle : un analyseur d'oxygène à l'évent, plutôt qu'une durée « au jugé » ; maintenir la purge pendant toute la racine et la première passe de remplissage, et jusqu'au refroidissement.
  • Nettoyage : si une teinte persiste, la retirer avec une brosse en inox réservée à l'inox, un meulage fin ou, mieux, un décapage (bain ou pâte d'acide nitrique et fluorhydrique) qui enlève aussi la couche appauvrie en chrome ; puis laisser le métal se repassiver, à l'air ou par un traitement de passivation.
📖 Purge envers : remplacement de l'air, côté opposé à la torche, par un gaz inerte, avant et pendant le soudage. Renouvellement : passage d'un volume de gaz égal au volume purgé. Couleurs d'interférence : teintes produites par une couche transparente très mince, selon son épaisseur. Décapage : dissolution chimique des oxydes et d'une fine couche de métal. Passivation : formation, naturelle ou provoquée, de la couche d'oxyde de chrome protectrice.
💡 Le bon réflexe : calcule le volume avant de souder. Un tube de 200 mm purgé sur 1 m contient 31 L : à 10 L/min, il faut environ 26 min pour atteindre 50 ppm. Des bouchons rapprochés à 200 mm de part et d'autre du joint divisent ce temps par 2,5.
⚠️ Piège : brosser à l'acier ordinaire. Une brosse ou un disque qui a servi sur de l'acier au carbone dépose des particules de fer, qui rouillent et amorcent la corrosion. Outils réservés à l'inox, toujours. Et un brossage, même avec la bonne brosse, enlève l'oxyde mais pas toujours la couche appauvrie : en service corrosif, le décapage reste la référence.
🧠 Mnémotechnique : « paille, or, brun, bleu, noir » : l'ordre des teintes quand l'oxygène augmente ; et « 8 fois le volume pour 50 ppm ».
🔥 Le contrôle de l'envers

L'envers d'une soudure de tube ne se voit pas toujours : endoscope, coupe d'un coupon de qualification, ou inspection avant assemblage des tronçons. Le cahier des charges fixe la teinte admissible (référence photographique) et l'éventuel décapage. En fabrication, un analyseur d'oxygène et une procédure de purge écrite (débit, durée, teneur à atteindre) évitent l'essentiel des reprises.

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Exercices corrigés

Six exercices et un défi, du diagramme au mode opératoire

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi formule littérale, puis valeurs, puis unités

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les teneurs sont en % massique. L'exercice 1 se vérifie dans la manipulation 1, l'exercice 2 dans la manipulation 2, l'exercice 3 dans la manipulation 3, l'exercice 4 dans la manipulation 4, l'exercice 5 dans la manipulation 5, l'exercice 6 dans la manipulation 6, et le défi se rejoue dans la manipulation 3.

Exercice 1 : lire le diagramme fer-chrome N1 · chapitre 1

a) Quelles phases trouve-t-on à 1 000 °C dans un Fe-12,5Cr, puis dans un Fe-16,5Cr ? Qu'en déduis-tu pour la trempe ?

b) Fe-30Cr à 650 °C : la ferrite en équilibre contient 24,5 % de chrome, la phase σ 42,5 %. Calcule la fraction de σ. Même question à 600 °C (ferrite à 21,5 %, σ à 42,5 %).

c) Avec la manipulation 1, à quelle température un Fe-30Cr, puis un Fe-25Cr, entrent-ils dans le domaine α + σ en refroidissant ?

d) Que devient le Fe-30Cr à l'équilibre juste sous 475 °C (α à 14 %, α' à 86 %) ?

Voir la correction

a) À 1 000 °C, le Fe-12,5Cr est au bord de l'île : ferrite (≈ 13,4 % Cr) et austénite (≈ 11,6 % Cr), à peu près moitié-moitié ; il ne devient jamais entièrement austénitique dans le binaire, c'est le carbone d'un 410 qui l'y fait entrer. Le Fe-16,5Cr est entièrement ferritique à toute température : aucune transformation, donc ni trempe ni affinage du grain par traitement thermique.

b) fσ = (x − xα)/(xσ − xα) = (30 − 24,5)/(42,5 − 24,5) ≈ 31 % ; à 600 °C, (30 − 21,5)/(42,5 − 21,5) ≈ 40 %. Plus on descend, plus il y a de σ… à condition d'attendre.

c) Environ 715 °C pour le Fe-30Cr, environ 655 °C pour le Fe-25Cr : moins il y a de chrome, plus il faut descendre pour rencontrer σ dans le binaire.

d) σ disparaît (eutectoïde) : il reste α et α', avec fα' = (30 − 14)/(86 − 14) ≈ 22 %. C'est la lacune de la fragilisation à 475 °C.

Exercice 2 : le chronomètre de σ N2 · chapitre 2

a) Dans la manipulation 2, 2205 maintenu à 850 °C : au bout de combien de temps apparaît 1 % de σ ? Quelle fraction de σ et quelle résilience après 10 min ?

b) Mêmes questions pour le 2507, puis le temps du premier % pour le 2304.

c) Avec le modèle KV ≈ 10 + 190·exp(−fσ/0,006), calcule KV pour 0,5 %, 1 % et 2 % de σ.

d) Un collègue propose de préchauffer à 200 °C un duplex épais « pour éviter les fissures ». Que réponds-tu ?

Voir la correction

a) 1 % de σ après environ 2,4 min ; après 10 min, σ ≈ 6,9 % et KV ≈ 10 J : le métal est fragile.

b) 2507 : 1 % après environ 1,3 min, σ ≈ 16 % après 10 min, KV ≈ 10 J. 2304 : le premier % demande environ 12 h à 850 °C. Le molybdène et le chrome accélèrent σ ; le 2304, pauvre en molybdène, en est presque à l'abri.

c) KV(0,005) = 10 + 190 × e−0,83 ≈ 93 J ; KV(0,01) = 10 + 190 × e−1,67 ≈ 46 J ; KV(0,02) = 10 + 190 × e−3,33 ≈ 17 J. Un petit pour cent suffit à diviser la résilience par quatre.

d) Les duplex ne se fissurent pas à froid comme les martensitiques ; le préchauffage n'est pas recommandé, car il allonge le refroidissement et donc le temps passé dans la plage de σ et d'α'. On ne chauffe vers 100 °C que pour chasser l'humidité.

Exercice 3 : le sablier des passes N2 · chapitre 3

a) Une passe maintient un point de la zone affectée environ 7 s vers 900 °C. Le début de σ y est à 132 s pour un 2205 et à 56 s pour un 2507. Quelle part du sablier chaque passe consomme-t-elle ?

b) Manipulation 3, tôle épaisse, Q = 1,5 kJ/mm, Ti = 150 °C, 6 passes : relève S(σ) pour le 2205 et le 2507.

c) Mêmes réglages sur une tôle de 10 mm. Commente.

d) Revenu au 2205 sur tôle épaisse, ajoute une détente à 620 °C pendant 2 h. Que devient S(σ) ?

Voir la correction

a) S = Δt/ts : 7/132 ≈ 5 % pour le 2205, 7/56 ≈ 13 % pour le 2507.

b) S(σ) ≈ 14 % pour le 2205 et ≈ 31 % pour le 2507 : des marges confortables sur tôle épaisse, plus étroites pour le super duplex.

c) Sur 10 mm, la chaleur ne s'évacue que dans le plan : les passes les plus chaudes restent 35 à 40 s entre 700 et 1 000 °C, contre 7 à 9 s sur tôle épaisse. S(σ) ≈ 65 % pour le 2205 et ≈ 135 % pour le 2507 : σ attendue dans le super duplex. Sur tôle mince, on baisse l'énergie et la température entre passes.

d) S(σ) passe d'environ 14 % à 31 % : deux heures à 620 °C coûtent autant que les six passes. On ne détend pas un duplex.

Exercice 4 : vagues ou germes ? N2 · chapitre 4

Modèle de solution régulière : Ω = 15,68 kJ/mol ; R = 8,314 J/(mol·K).

a) Calcule la température critique Tc = Ω/(2R).

b) À 475 °C, calcule k = Ω/(R·T), puis la courbure réduite ∂²F/∂c²/(R·T) = 1/[c·(1 − c)] − 2k pour c = 0,17, 0,25 et 0,35. Classe chaque alliage.

c) Calcule les teneurs de la spinodale à 475 °C.

d) Dans la manipulation 4, à 475 °C : vieillis un Fe-35Cr, puis un 430 ; plante un germe dans le second. Décris ce que tu vois.

Voir la correction

a) Tc = 15 680/(2 × 8,314) ≈ 943 K ≈ 670 °C.

b) k = 15 680/(8,314 × 748) ≈ 2,52, donc 2k ≈ 5,04. c = 0,17 : 1/(0,17 × 0,83) − 5,04 ≈ +2,05 : métastable, germination. c = 0,25 : 5,33 − 5,04 ≈ +0,29 : encore métastable, tout près de la spinodale. c = 0,35 : 4,40 − 5,04 ≈ −0,65 : spinodale.

c) c·(1 − c) = 1/(2k) ≈ 0,198, d'où c = 0,5 − √(0,25 − 0,198) ≈ 0,27 : spinodale à 27 % et 73 % de chrome.

d) Le Fe-35Cr ondule de lui-même, puis forme un réseau de zones à 14 % et 86 % de chrome ; l'histogramme devient double. Le 430 reste homogène : ses fluctuations s'effacent. Un germe planté grossit lentement en appauvrissant son voisinage : il y a juste un peu de chrome en excès (17 % contre 14 %) pour le nourrir.

Exercice 5 : carbone, chrome et stabilisants N1 · chapitre 5

Masses molaires : Cr 52,0 ; C 12,0 ; Ti 47,9 ; Nb 92,9 g/mol.

a) Quelle masse de chrome immobilise un 304 à 0,06 % de carbone qui précipite tout son carbone en Cr₂₃C₆ ?

b) Pour un 321 et un 347 à 0,05 % de carbone, calcule le titane et le niobium qui fixeraient tout le carbone en TiC et NbC, puis les minimums usuels 5 × C et 10 × C.

c) Dans la manipulation 5, 304 à 0,06 % C : entre quels temps est-il sensibilisé à 700 °C ? À partir de quand à 600 °C ?

d) Même question pour un 304L à 0,02 % C, à 600 °C.

Voir la correction

a) mCr/mC = (23 × 52,0)/(6 × 12,0) ≈ 16,6, soit 16,6 × 0,06 ≈ 1,0 % de chrome, concentré le long des joints.

b) TiC : 47,9/12,0 ≈ 4,0, donc 0,20 % de titane ; minimum usuel 5 × 0,05 = 0,25 %. NbC : 92,9/12,0 ≈ 7,7, donc 0,39 % de niobium ; minimum usuel 10 × 0,05 = 0,50 %. La marge couvre le titane ou le niobium pris par l'azote et le soufre.

c) À 700 °C, sensibilisé d'environ 4,2 min à environ 21 h, puis désensibilisé quand le chrome revient. À 600 °C, à partir d'environ 44 min : plus bas, le chrome diffuse plus lentement.

d) À 600 °C, environ 9 jours (218 h) : le soudage ne suffit pas à sensibiliser un 304L ; un long traitement thermique ou un service à chaud, si.

Exercice 6 : purger un tube N1 · chapitre 6

Tube de diamètre intérieur 100 mm, bouchons à 400 mm l'un de l'autre, argon à 10 L/min ; l'air contient 209 000 ppm d'oxygène.

a) Calcule le volume purgé et la durée d'un renouvellement.

b) Combien de renouvellements, et quelle durée, pour atteindre 50 ppm ? Et 20 ppm ?

c) Le soudeur amorce après 1 min de purge seulement. Combien reste-t-il d'oxygène, et à quoi ressemblera l'envers ?

d) Dans la manipulation 6, après 3 min de purge, compare des bouchons étanches, de petites fuites et des bouchons mal ajustés.

Voir la correction

a) V = π·r²·L = π × 0,5² × 4 ≈ 3,14 L (en dm) ; un renouvellement dure 3,14/10 ≈ 0,31 min, soit 19 s.

b) n = ln(209 000/50) ≈ 8,3, soit 8,3 × 0,31 ≈ 2,6 min ; pour 20 ppm, n ≈ 9,3 et ≈ 2,9 min.

c) n = 10 × 1/3,14 ≈ 3,2 ; c ≈ 209 000 × e−3,2 ≈ 8 700 ppm : envers gris-noir, rochage. Une minute de patience en moins coûte une reprise.

d) Étanches : environ 17 ppm, aucune teinte. Petites fuites : environ 45 ppm, paille très pâle. Bouchons mal ajustés : environ 315 ppm, brun-bleu, à éliminer ; et purger plus longtemps n'y change rien, c'est le plancher des fuites.

🏆 Défi : un super duplex sur tôle de 10 mm N2 · chapitre 3, à rejouer dans la manipulation 3

On soude en 8 passes un 2507 de 10 mm. Le mode opératoire doit garder S(σ) sous 50 %, pour laisser de la marge aux réparations.

a) Avec Q = 1,5 kJ/mm et Ti = 150 °C, relève S(σ). Que se passe-t-il ?

b) On abaisse seulement la température entre passes : 100 °C, puis 50 °C. Suffit-il ?

c) À Ti = 150 °C, quelle énergie maximale (pas de 0,1 kJ/mm) respecte la consigne ? Que vaut S à cette énergie si Ti = 50 °C ?

d) Au réglage de c) (Ti = 150 °C), le client demande une détente à 620 °C pendant 2 h. Que réponds-tu ?

e) Compare avec une tôle épaisse à Q = 1,5 kJ/mm et Ti = 150 °C.

Voir la correction

a) S(σ) ≈ 135 % : le sablier est vide, σ est attendue dans la zone affectée des premières passes.

b) 100 °C : S ≈ 111 % ; 50 °C : S ≈ 93 %. Mieux, mais pas assez : il faut aussi baisser l'énergie.

c) 0,9 kJ/mm : S ≈ 49 % (à 1,0 kJ/mm, 60 %). À cette énergie avec Ti = 50 °C, S ≈ 34 % : les deux leviers s'additionnent.

d) S(σ) monte à environ 73 % : la détente consomme une grosse part de la marge, et elle ferait en plus précipiter des nitrures. On la refuse ; si un traitement est imposé, c'est une remise en solution au-dessus de 1 025 °C suivie d'une trempe à l'eau.

e) Tôle épaisse : S ≈ 31 % au même réglage. La chaleur s'évacue dans trois directions : une même énergie est bien moins dangereuse sur une pièce épaisse que sur une tôle de 10 mm.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12 pour boucler la série
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 4

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

🔬Image à retenirL'homme de la bainite, deux fois dans ce cours
🏝️

Le fer-chrome

γ jusqu'à ≈ 12 % · σ 475-821 °C · α + α' < 475 °C

Une solution solide partout, une île d'austénite, une colline σ, une cave α + α'.

⚖️

Le levier

fσ = (x − xα)/(xσ − xα)

Les fractions d'équilibre ; le temps pour y arriver, c'est une autre histoire.

🧱

La phase σ

δ → σ + γ₂

Naît aux interfaces δ/γ, vole Cr et Mo ; au-delà d'environ 1 %, rupture fragile.

⏱️

Le sablier

S = Σ Δt/ts(T) ≥ 1

Chaque passe consomme une part de l'incubation ; nez de σ vers 900 °C, 1 à 2 min pour les duplex.

🌡️

Les duplex

Ti ≤ 150 °C (100 °C super duplex)

Énergie dans la fenêtre, pas de préchauffage, pas de détente ; remise en solution et trempe si besoin.

🥗

475 °C

∂²F/∂c² < 0 : spinodale

La ferrite se sépare en α et α' (300-525 °C) : dure et fragile ; réversible vers 550-600 °C.

🏰

La sensibilisation

Crjoint < 12 % · 500-900 °C

Cr₂₃C₆ aux joints, fossé appauvri, corrosion intergranulaire ; mCr/mC ≈ 16,6.

🛡️

Les parades

L : C ≤ 0,03 % · Ti ≥ 5C · Nb ≥ 10C

Bas carbone, stabilisés (gare à la lame de couteau), hypertrempe vers 1 050-1 100 °C.

🍞

Le rochage

cO₂ ≈ 209 000·e−n ; n ≈ 8 pour 50 ppm

Purge envers par le bas, sous 50 ppm tant que le métal dépasse 250 °C ; décaper la teinte.

🔬 Fun fact : l'homme de la bainite, deux fois dans ce coursTous les métallurgistes connaissent Edgar C. Bain, de l'US Steel, pour la bainite : la structure qu'il décrit en 1930 avec Edmund Davenport, et que ses collègues baptisent ensuite de son nom. On sait moins qu'il a croisé deux fois les sujets de ce cours. En 1927, avec William Griffiths, il étudie environ soixante-dix alliages fer-nickel-chrome et y décrit un constituant inconnu, très dur et non magnétique, qui naît de la ferrite riche en chrome ; faute de mieux, ils l'appellent le « constituant B ». Il faudra attendre 1936 pour que Jette et Foote le rebaptisent : c'est la phase σ. Puis, en 1933, avec Aborn et Rutherford, Bain explique pourquoi certains inox se dissolvent le long de leurs joints de grains : les carbures de chrome y appauvrissent le métal en chrome. Cette théorie de l'appauvrissement, toujours enseignée, conduit tout droit aux nuances bas carbone et stabilisées. La phase σ est au chapitre 2, la sensibilisation au chapitre 5.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
α, δ, γ, γ₂, α'
Ferrite (cubique centrée) ; ferrite formée à la solidification ; austénite (cubique à faces centrées) ; austénite secondaire, née de la ferrite lors d'un maintien à chaud ; ferrite très riche en chrome issue de la démixtion.
Additivité (règle d')
S = Σ Δt/ts(T) : somme des fractions du temps d'incubation consommées à chaque température ; la précipitation commence quand S atteint 1 (Scheil).
ASTM A262, ISO 3651-2
Essais de sensibilité à la corrosion intergranulaire des inox : attaque à l'acide oxalique, immersion en milieu sulfurique avec cuivre, pliage.
ASTM A923
Méthodes de détection des phases intermétalliques dans les duplex : attaque métallographique, essai Charpy à basse température, essai au chlorure ferrique.
AWS D18.1, D18.2
Documents de l'American Welding Society sur la soudure des tubes inox en hygiène, avec une échelle photographique des teintes de l'envers selon l'oxygène de la purge.
Binodale, spinodale
Frontière de la lacune de miscibilité (compositions d'équilibre α et α') ; lieu des points d'inflexion de F(c), où la courbure ∂²F/∂c² s'annule.
Boucle γ
Domaine d'austénite du diagramme fer-chrome, entre 912 et 1 394 °C, limité à environ 12-13 % de chrome.
Cahn et Hilliard (équation de)
Équation de diffusion qui décrit la démixtion d'une solution, avec un terme κ qui fait coûter les interfaces.
χ (phase chi)
Composé intermétallique fer-chrome-molybdène, cubique, plus riche en molybdène que σ ; apparaît souvent avant elle vers 700-900 °C.
Composé intermétallique
Phase formée de deux métaux ou plus, avec sa propre structure cristalline ; souvent dure et fragile.
Corrosion intergranulaire
Corrosion localisée qui suit les joints de grains, ici le long des zones appauvries en chrome.
Couleurs d'interférence
Teintes d'une couche d'oxyde transparente très mince, fixées par son épaisseur (paille, or, brun, bleu…).
Cr₂₃C₆ (M₂₃C₆), Cr₂N, TiC, NbC
Carbure de chrome ; nitrure de chrome ; carbures de titane et de niobium, plus stables que Cr₂₃C₆.
Décapage, passivation
Dissolution chimique des oxydes et d'une fine couche de métal (acides nitrique et fluorhydrique) ; formation de la couche passive d'oxyde de chrome.
Démixtion
Séparation d'une solution solide homogène en deux solutions de même structure et de compositions différentes.
Désensibilisation
Retour du chrome dans le fossé appauvri, par diffusion depuis le cœur des grains, après un maintien long.
Détente (traitement de)
Maintien à température moyenne pour relâcher les contraintes résiduelles ; déconseillé pour les duplex.
Dislocation
Défaut linéaire du cristal dont le glissement permet la déformation plastique.
Eutectoïde
Transformation d'une phase solide en deux autres phases solides à température fixe (σ → α + α' vers 475 °C).
exp, ln, Σ, ∂
Exponentielle ; logarithme népérien ; somme ; dérivée partielle (∂²F/∂c² : dérivée seconde de F par rapport à c, à température fixée).
F(c), R, Tc, Ω
Énergie libre d'une solution de composition c (J/mol) ; constante des gaz parfaits, 8,314 J/(mol·K) ; température critique, sommet de la lacune ; énergie d'interaction du modèle de solution régulière.
Germination et croissance
Mode de transformation où de petits germes de la nouvelle phase doivent apparaître, puis grossir ; il demande de franchir une barrière d'énergie.
Hypertrempe
Remise en solution vers 1 050-1 100 °C suivie d'un refroidissement rapide, en général à l'eau.
IIW, IWE, IMOA
International Institute of Welding ; International Welding Engineer ; International Molybdenum Association, auteur d'un guide de fabrication des duplex.
KV
Énergie absorbée à l'essai Charpy sur éprouvette entaillée en V, en joules.
Lacune de miscibilité
Domaine de compositions et de températures où une solution solide se sépare en deux (α + α').
Lame de couteau (attaque en)
Corrosion intergranulaire d'une bande très fine contre la ligne de fusion d'un inox stabilisé, où TiC ou NbC se sont dissous puis où Cr₂₃C₆ a précipité au réchauffage.
Levier (règle du)
Fractions de deux phases en équilibre : f2 = (x − x1)/(x2 − x1).
Nuances L, stabilisées
Nuances à bas carbone (C ≤ 0,03 %) ; nuances dont le carbone est fixé par le titane (321) ou le niobium (347).
ppm, n (renouvellements)
Partie par million (10 000 ppm = 1 %) ; nombre de volumes de gaz passés dans le volume purgé.
Purge envers
Remplacement de l'air, côté opposé à la torche, par un gaz inerte avant et pendant le soudage.
Q, Ti, Tp
Énergie de soudage (kJ/mm) ; température entre passes ; température de pic atteinte en un point.
Remise en solution
Chauffage au-dessus du domaine d'un précipité pour le redissoudre, suivi d'un refroidissement rapide.
Rochage
Oxydation épaisse, gris-noir et granuleuse de l'envers d'un cordon d'inox non protégé ; par extension, toute teinte d'oxydation de l'envers.
Rosenthal (modèle de)
Solution analytique de la température autour d'une source de chaleur mobile ; donne le cycle thermique d'une passe.
Sensibilisation
État d'un inox dont les joints sont bordés de zones appauvries en chrome sous le seuil de passivité, à cause de carbures.
σ (phase sigma)
Composé intermétallique fer-chrome (et molybdène), quadratique à 30 atomes par maille, dur, fragile et non magnétique.
Solution solide
Phase où les atomes d'un élément remplacent ceux d'un autre sur le même réseau, en proportions variables.
Sonde atomique tomographique
Instrument qui évapore une pointe atome par atome et reconstruit en trois dimensions la nature et la position des atomes.
Temps d'incubation
Durée, à température donnée, avant l'apparition détectable d'un précipité ; lue sur la courbe de début du diagramme TTP.
TTP, TTS
Diagrammes température-temps-précipitation et température-temps-sensibilisation : une courbe en C par phénomène.
ZF, ZAT
Zone fondue ; zone affectée thermiquement.
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🏁Image à retenirLe drapeau à damier : tout coché, la série est bouclée

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

🔥 Le bilan de la série : un phénomène, une plage, une parade
PhénomèneQuandOùLa parade
Fissuration à chaud, liquationfin de solidificationausténitiquesmode FA, 3 à 8 % de ferrite, cordons larges et bombés (cours 3)
Fissuration à froid< 200 °C, différéemartensitiques, hétérogènespréchauffage, maintien, revenu (cours 3)
Gros grains> 1 150 °Cferritiquesénergie faible, nuances stabilisées (cours 3)
Phase σ (et χ)≈ 600-1 000 °Cduplex, ferrite riche en Cr et Moénergie et Ti limitées, pas de détente, remise en solution
Démixtion α/α'300-525 °C, longuetoute ferrite riche en Crlimiter le service tiède, réchauffage vers 550-600 °C
Sensibilisation500-900 °Causténitiques au carbonenuances L ou stabilisées, hypertrempe
Rochagependant le soudageenvers des racinespurge sous 50 ppm, décapage
🏁 Fin de la série « Aciers inoxydables : les connaître pour bien les souder ». Les cours 1 et 2 ont posé ce qui fait un inox et ses cinq familles. Le cours 3 a suivi le métal pendant qu'il se solidifie et refroidit : la carte des dangers, les fissurations à chaud et à froid, les gros grains. Ce dernier cours l'a suivi quand il s'attarde au chaud : σ, la démixtion de la ferrite, les carbures de chrome et l'oxydation de l'envers. Tu as maintenant les deux réflexes du coordinateur face à un inox : placer le métal fondu sur la carte, puis compter le temps qu'il passera dans chaque plage dangereuse.