Avant de commencer
Le diagramme fer-carbone en trois cases
| Chapitre du cours | Ce qu'il apporte à l'IWE |
|---|---|
| 1 Qu'est-ce qu'une fonte | définition, intérêt industriel, familles de fontes et premières désignations |
| 2 Deux diagrammes pour un alliage | diagrammes stable et métastable au-delà de 2 % de carbone, carbone équivalent, degré de saturation |
| 3 Grise, truitée ou blanche | influence de la vitesse de refroidissement et des éléments d'addition, inoculation |
| 4 Les formes du graphite | graphite lamellaire, vermiculaire, sphéroïdal ; classification ISO 945-1 ; rôle du magnésium |
| 5 La matrice | transformation eutectoïde stable ou métastable, ferrite, perlite, influence du refroidissement |
| 6 Le graphite fait les propriétés | propriétés mécaniques et physiques des fontes GL, GV et GS, et leurs applications |
- EN 1560 : système de désignation des fontes ; EN 1561 : fontes à graphite lamellaire ; EN 1563 : fontes à graphite sphéroïdal ; EN 16079 : fontes à graphite vermiculaire ; EN 1562 : fontes malléables ; EN 1564 : fontes ausferritiques ; EN 12513 : fontes résistantes à l'abrasion ; EN 13835 : fontes austénitiques.
- ISO 945-1 : classification du graphite des fontes par analyse visuelle (forme, répartition, taille) ; ASTM A367 : essais de trempe des fontes (coin de trempe).
- GL, GS, GV : fonte à graphite lamellaire, sphéroïdal, vermiculaire ; CE : carbone équivalent ; Sc : degré de saturation ; γ, α : austénite, ferrite ; Fe₃C : cémentite ; Cgr : graphite ; HB : dureté Brinell ; Rm, A : résistance à la traction, allongement après rupture ; ZAT : zone affectée thermiquement.
Le soudeur rencontre la fonte surtout en réparation : un carter fendu, un bloc moteur, un corps de pompe, un bâti de machine, une pièce d'ouvrage d'art, parfois une pièce moulée à assembler sur de l'acier. Presque toutes les difficultés viennent du carbone. Au passage de l'arc, le graphite voisin se dissout dans le métal chauffé ; refroidi trop vite, ce carbone ressort en cémentite ou piégé dans de la martensite, et la soudure fissure. Comprendre pourquoi une fonte coulée sort grise ou blanche, c'est déjà comprendre pourquoi une soudure sur fonte réussit ou casse.
La série en quatre cours
Le plan du cours
- 1Qu'est-ce qu'une fonte ?
Beaucoup de carbone, un point de fusion bas : l'alliage idéal du fondeur.
- 2Deux diagrammes pour un même alliage
Le système stable fer-graphite et le système métastable fer-cémentite, et où se place ta fonte.
- 3Grise, truitée ou blanche
La course entre graphite et cémentite : vitesse de refroidissement, silicium, inoculation.
- 4Lamelles, vermicules, sphéroïdes
Les formes du graphite, leur classification et le magnésium qui les arrondit.
- 5La matrice
Ferrite ou perlite autour du graphite : l'œil-de-bœuf.
- 6Le graphite fait les propriétés
Pourquoi la fonte GL casse comme du verre et la GS se tord.
Qu'est-ce qu'une fonte ?
Beaucoup de carbone, un point de fusion bas : l'alliage idéal du fondeur
Le chocolatier fait fondre son chocolat à peine au-dessus de la température du corps, le verse dans un moule, et retrouve tous les détails du moule sur la tablette. Mais la tablette casse net quand on la plie. La fonte est le chocolat des métallurgistes.
Une fonte est un alliage de fer et de carbone qui contient plus de 2,14 % de carbone (en masse), en pratique de 2,5 à 4 %, avec presque toujours 1 à 3 % de silicium. Un acier en contient moins de 2,14 %, et la plupart des aciers de construction moins de 0,25 %.
- Elle fond bas. Le fer pur fond à 1 538 °C, un acier de construction vers 1 500 °C ; une fonte termine sa solidification vers 1 150 °C. Elle est entièrement liquide 300 à 350 °C plus bas qu'un acier et se coule vers 1 350 à 1 450 °C, contre 1 550 à 1 650 °C : un four plus simple, moins d'énergie, des moules qui souffrent moins.
- Elle coule partout. Très fluide, elle remplit des parois minces et des formes tourmentées : un bloc moteur, un corps de pompe, un disque de frein, une grille de fontaine.
- Elle se retire peu. Dans les fontes grises, le graphite qui se forme en fin de solidification occupe plus de place que le liquide qu'il remplace : il compense une partie du retrait, et les pièces sortent saines avec peu de masselottes.
- Elle coûte peu. Ferrailles, fonte brute et retours de fonderie suffisent ; la pièce sort du moule presque à sa forme, sans laminage ni forgeage.
Son point faible, c'est la tablette qui casse : la plupart des fontes sont peu ductiles, et toutes sont difficiles à souder. Selon l'état de leur carbone, on distingue deux grandes familles, que l'on reconnaît à leur cassure :
- la fonte blanche, où le carbone est combiné en cémentite : cassure claire, brillante, très dure et fragile ;
- la fonte grise, où le carbone est en grande partie libre, sous forme de graphite : cassure grise et mate, qui suit les particules de graphite. Selon la forme de ce graphite, on parle de fonte à graphite lamellaire (GL), vermiculaire (GV) ou sphéroïdal (GS, souvent appelée fonte ductile).
En 2016, la production mondiale de pièces moulées atteignait environ 104 millions de tonnes : la fonte à graphite lamellaire en représentait plus de 47 % et la fonte à graphite sphéroïdal environ 24 %. Sept pièces moulées sur dix, en masse, sont donc en fonte.
Manipulation 1 : le thermomètre du fondeur
Choisis un alliage, ou règle son carbone C et son silicium Si, puis la température de coulée Tc. À gauche, le liquidus du diagramme fer-carbone, lu au carbone équivalent CE = C + Si/3 (chapitre 2) ; à droite, une spirale de coulabilité, le moule d'essai des fondeurs : plus le métal coule loin avant de se figer, plus il est fluide. La longueur calculée suit une formule établie pour les fontes grises. Modèle pédagogique.
Une composition typique. Une fonte non alliée n'est jamais un simple fer-carbone : le silicium y est un élément majeur.
| Élément | Teneur courante (% en masse) | Rôle principal |
|---|---|---|
| C, carbone | 2,5 à 4,0 | abaisse la température de fusion ; fournit le graphite ou la cémentite |
| Si, silicium | 1 à 3 | favorise le graphite (chapitres 2 et 3), durcit la ferrite |
| Mn, manganèse | 0,2 à 1 | fixe le soufre en sulfure MnS ; favorise la perlite et un peu la cémentite |
| P, phosphore | ≤ 0,1 à 0,2 (bien plus dans les fontes d'art anciennes) | augmente la fluidité mais forme un eutectique phosphoreux dur et fragile |
| S, soufre | ≤ 0,15 en GL ; ≤ 0,02 avant traitement des GS | ennemi du graphite sphéroïdal (chapitre 4) |
Pourquoi le fondeur l'aime. Lu sur le diagramme fer-carbone (en remplaçant le carbone par le carbone équivalent, chapitre 2), le liquidus descend d'environ 92 °C par point de carbone entre 0,53 et 4,3 %. Un acier S235 est entièrement liquide vers 1 517 °C, une fonte GL à 3,4 % de carbone et 2 % de silicium vers 1 170 °C : près de 350 °C d'écart. L'énergie théorique pour chauffer et fondre une tonne de métal donne un ordre de grandeur de l'économie :
E en kWh/t ; c ≈ 0,8 J/(g·K) : capacité thermique massique moyenne du fer entre 20 °C et la fusion ; Lf ≈ 250 J/g : chaleur latente de fusion ; Tc : température de coulée (°C) ; 1 kWh/t = 3,6 J/g. Acier coulé à 1 600 °C : ≈ 420 kWh/t ; fonte coulée à 1 400 °C : ≈ 376 kWh/t.
La coulabilité. Pour les fontes grises, les fondeurs relient la longueur remplie dans la spirale d'essai au carbone équivalent et à la température de coulée par une formule empirique classique, écrite à l'origine en pouces et en degrés Fahrenheit :
L en pouces, T en °F ; soit en unités SI : L (mm) ≈ 378·CE + 2,29·Tc (°C) − 3 896. Chaque dixième de carbone équivalent ajoute environ 38 mm de spirale, chaque dizaine de degrés environ 23 mm.
Les familles et leurs normes. La désignation européenne (EN 1560, détaillée au cours 2) commence par EN-GJ : G pour pièce moulée, J pour fonte (iron), puis une lettre pour la forme du graphite. Le nombre qui suit est la résistance à la traction minimale Rm en MPa, éventuellement suivie de l'allongement minimal A en %.
| Famille | Le carbone est… | Exemple de désignation | Norme |
|---|---|---|---|
| Fonte à graphite lamellaire (GL) | en lamelles de graphite | EN-GJL-250 | EN 1561 |
| Fonte à graphite vermiculaire (GV) | en vermicules de graphite | EN-GJV-400 | EN 16079 |
| Fonte à graphite sphéroïdal (GS) | en sphéroïdes de graphite | EN-GJS-400-15 | EN 1563 (EN 1564 pour les ausferritiques) |
| Fonte malléable | en amas de graphite obtenus par recuit d'une fonte blanche | EN-GJMB-350-10 | EN 1562 |
| Fonte blanche | combiné en cémentite ou en carbures | EN-GJN-HV600 | EN 12513 |
| Fontes fortement alliées | graphite (austénitiques au nickel) ou carbures (au chrome) | EN-GJSA-XNiCr20-2 | EN 13835, EN 12513 |
Avant toute réparation, il faut savoir ce qu'on soude. Une fonte se trahit par les traces du moule (plan de joint, dépouilles, peau sableuse), par sa cassure (grise et mate pour une GL, claire et brillante pour une fonte blanche), et à la meule par des étincelles courtes, rouge sombre, peu éclatées, là où un acier doux lance de longues gerbes jaunes. Elle sonne mat. L'aimant ne départage rien : fontes et aciers sont tous deux magnétiques, sauf les fontes austénitiques au nickel. En cas de doute, une analyse chimique portable lève l'ambiguïté.
Deux diagrammes pour un même alliage
Le système stable fer-graphite, le système métastable fer-cémentite, et où se place ta fonte
Dans un acier, le carbone n'a qu'un destin : la cémentite Fe₃C. Dans une fonte, il en a deux. Il peut cristalliser seul en graphite, la forme la plus stable, ou se combiner au fer en cémentite, qui n'est que métastable : elle se forme vite et peut durer indéfiniment, mais un long chauffage la décomposerait en fer et graphite. D'où deux diagrammes superposés, presque identiques mais légèrement décalés :
- le diagramme stable fer-graphite : son eutectique est à 1 153 °C et 4,2 % de carbone, son eutectoïde à 740 °C ;
- le diagramme métastable fer-cémentite, celui des aciers : eutectique à 1 147 °C et 4,3 %, eutectoïde à 727 °C.
Imagine deux quais de gare côte à côte. Le train du graphite part du quai le plus haut, à 1 153 °C ; celui de la cémentite d'un quai plus bas, à 1 147 °C. Entre les deux quais, seul le graphite peut se former ; sous le second, les deux trains peuvent partir, et c'est le plus rapide qui emporte le carbone (chapitre 3). Avec seulement 6 °C d'écart, le graphite n'a guère d'avance.
Le silicium change tout : il relève le quai du graphite et abaisse celui de la cémentite. Dans une fonte à 2 % de silicium, les deux quais sont séparés de 30 à 40 °C : le graphite a bien plus de temps pour partir. C'est pourquoi les fontes grises contiennent toujours du silicium. Le silicium déplace aussi l'eutectique vers les faibles teneurs en carbone, comme s'il comptait pour un tiers de carbone : c'est le carbone équivalent.
Manipulation 2 : les deux diagrammes
Règle le carbone C et le silicium Si de ta fonte. Le diagramme est tracé en carbone équivalent CE = C + Si/3 : les lignes stables en bleu-vert continu, les lignes métastables en violet pointillé, le couloir entre les deux eutectiques en jaune. Choisis le chemin suivi, puis ▶ Refroidir : le point descend dans le diagramme, et la courbe de refroidissement se trace à droite. Modèle pédagogique : diagramme binaire décalé par le silicium.
Les points clés des deux systèmes (fer-carbone pur ; les ouvrages varient d'un ou deux degrés) :
| Point | Stable fer-graphite | Métastable fer-cémentite |
|---|---|---|
| Eutectique : température | 1 153 °C | 1 147 °C |
| Eutectique : carbone du liquide | 4,2 % | 4,3 % |
| Carbone maximal de l'austénite | ≈ 2,1 % | 2,14 % |
| Produit de l'eutectique | austénite + graphite | austénite + cémentite (lédéburite) |
| Eutectoïde : température, carbone de l'austénite | 740 °C ; 0,65 % | 727 °C ; 0,76 % |
| Produit de l'eutectoïde | ferrite + graphite | perlite (ferrite + cémentite) |
L'effet des éléments sur les deux eutectiques. Chaque élément décale les températures eutectiques de quelques degrés par pour cent. Les coefficients publiés pour le système Fe-C-X donnent :
| Élément | Eutectique stable (°C par %) | Eutectique métastable (°C par %) | Effet sur le couloir |
|---|---|---|---|
| Si | +4 | −10 à −20 | l'élargit fortement : graphitisant |
| Cu | +5 | −2,3 | l'élargit |
| Al | +8 | −1,5 | l'élargit |
| Mn | −2 | +3 | le rétrécit |
| Cr | — | +7 | le rétrécit : carburigène |
Le modèle des manipulations retient la valeur médiane pour le silicium :
Tst, Tmét : températures eutectiques stable et métastable (°C) ; Si en % ; le couloir Tst − Tmét ≈ 6 + 16·Si passe de 6 °C sans silicium à 38 °C avec 2 % de silicium.
Le carbone équivalent et le degré de saturation. Le silicium et le phosphore déplacent l'eutectique vers les faibles teneurs en carbone, chacun pour environ un tiers de son poids. Deux indicateurs équivalents disent où se place une fonte par rapport à l'eutectique :
teneurs en % en masse ; CE < 4,3 (ou Sc < 1) : fonte hypoeutectique ; CE ≈ 4,3 (Sc = 1) : eutectique ; au-delà : hypereutectique. 4,26 % : carbone eutectique du système stable.
Exemple : C = 3,20 %, Si = 1,80 %, P = 0,06 % donne CE = 3,20 + 1,86/3 = 3,82 % et Sc = 3,20/(4,26 − 0,62) = 0,88 : fonte hypoeutectique.
Les chemins de solidification d'une fonte hypoeutectique.
- Au liquidus TL, des dendrites d'austénite primaire poussent dans le liquide, qui s'enrichit en carbone.
- À l'eutectique, le liquide restant se solidifie à température presque constante. Chemin stable : en cellules eutectiques austénite + graphite (les « rosettes »). Chemin métastable : en lédéburite, austénite + cémentite.
- En refroidissant, l'austénite rejette du carbone : sur le graphite existant (chemin stable) ou en cémentite (métastable).
- À l'eutectoïde, l'austénite restante donne ferrite + graphite ou perlite (chapitre 5). Une fonte blanche à l'ambiante contient donc de la « lédéburite transformée » : perlite + cémentite.
La règle des segments donne, au palier eutectique, la part de liquide qui devient eutectique (chemin stable, en carbone équivalent) :
feut : fraction massique d'eutectique ; 1 − feut : austénite primaire. CE = 3,82 % : 80 % d'eutectique et 20 % de dendrites.
Une fonte hypereutectique commence au contraire par du graphite primaire (chemin stable), de grandes lamelles qui peuvent flotter dans le liquide, ou par de la cémentite primaire (chemin métastable), en longues aiguilles.
Le CE du fondeur, C + (Si + P)/3, place la fonte sur le diagramme. Les soudeurs utilisent aussi des carbones équivalents, mais avec d'autres formules et un autre but : prévoir la trempe de la zone affectée et choisir un préchauffage. Pour les fontes, la formule de préchauffage, différente, est au cours 3. Vérifie toujours de quel CE parle un document.
Grise, truitée ou blanche
La course entre graphite et cémentite : vitesse de refroidissement, silicium, inoculation
Former du graphite demande du temps : des atomes de carbone doivent venir de loin se ranger en feuillets, pendant que le fer leur fait de la place. La cémentite, elle, se forme sur place, par un petit réarrangement. Le graphite est une tortue, la cémentite un lièvre.
- Quand le liquide refroidit lentement (pièce épaisse, moule en sable), il passe sous 1 153 °C et le graphite démarre avant que la température n'atteigne le quai de la cémentite : la fonte est grise.
- Quand il refroidit vite (paroi mince, angle, moule métallique), le liquide reste en surfusion, plonge sous le quai de la cémentite avant que le graphite ait eu le temps de pousser, et la cémentite emporte le carbone : la fonte est blanche.
- Entre les deux, les deux structures se mêlent par plages : la fonte est truitée, tachetée comme la peau d'une truite.
Une même pièce peut donc être grise au cœur et blanche dans ses parois minces. Les fondeurs s'en servent : en plaçant une coquille métallique contre une face du moule, ils obtiennent une peau de fonte blanche très dure, résistante à l'usure, sur un cœur gris plus tenace. C'est la fonte trempée des arbres à cames, des cylindres de laminoir, des roues de wagonnets.
Pour mesurer cette tendance, on coule un coin de trempe : un prisme dont la pointe refroidit très vite. On le casse, et l'on mesure la largeur de la zone blanche à la pointe.
Trois leviers aident la tortue graphite : le silicium, qui écarte les quais (chapitre 2) ; un refroidissement plus lent ; et l'inoculation. Inoculer, c'est ajouter juste avant la coulée quelques dixièmes de pour cent d'un ferrosilicium contenant un peu de calcium, de baryum, de strontium, d'aluminium ou de zirconium : il sème dans le liquide d'innombrables germes sur lesquels le graphite démarre sans attendre. À l'inverse, le chrome, le vanadium, le molybdène et, plus modérément, le manganèse aident le lièvre : ils stabilisent les carbures.
Manipulation 3 : le coin de trempe
Un coin de 50 mm de haut et 20 mm de base, coulé pointe en bas : à la distance x de la pointe, son épaisseur vaut e = 0,4·x. Règle le silicium, le chrome, l'inoculation et le moule ; le coin se colore (violet : blanc, hachuré : truité, bleu-vert : gris) et le profil de dureté se trace dessous. Le curseur x lit l'état local ; ▶ Balayer parcourt le coin de la pointe à la base. Manganèse fixé à 0,6 %. Modèle pédagogique.
La surfusion. L'eutectique ne pousse pas exactement à sa température d'équilibre : il lui faut une surfusion ΔTu, d'autant plus grande que le refroidissement est rapide et que les germes sont rares. La fonte sort grise tant que cette surfusion reste plus petite que le couloir entre les deux eutectiques, ΔTw = Tst − Tmét ; au-delà, le liquide atteint le quai de la cémentite et la fonte blanchit. Le modèle de la manipulation 3 l'écrit :
ΔTu : surfusion eutectique (°C) ; Ṫ : vitesse de refroidissement au début de l'eutectique (°C/s) ; I : facteur de germination (1 sans inoculation, ≈ 2 inoculée en poche, ≈ 2,6 inoculée tardivement) ; ΔTw ≈ 3 + 16·Si − 7·Cr (°C, avec 0,6 % de Mn).
L'épaisseur critique. D'après la règle de Chvorinov, le temps de solidification croît comme le carré du module (volume/surface, environ e/2 pour une plaque) : la vitesse de refroidissement varie donc comme 1/e². Le modèle prend Ṫ ≈ 6·km·(10/e)² °C/s, soit 6 °C/s pour une plaque de 10 mm en sable (coefficient de moule km = 1), cinq fois plus contre une coquille métallique (km = 5). En égalant surfusion et couloir :
ec : épaisseur sous laquelle la fonte sort blanche (mm) ; le modèle prend une zone truitée entre ec et 1,25·ec. Si = 2 %, sans inoculation, en sable : ΔTw = 35 °C et ec ≈ 5,6 mm ; inoculée en poche : 2,8 mm.
Ce modèle simplifié retrouve les tendances que mesurent les coins de trempe : la trempe diminue quand le silicium et l'inoculation augmentent, augmente avec le chrome et contre une coquille. Les valeurs réelles dépendent aussi du carbone, du soufre et du manganèse, de la température de coulée et de la qualité de la fusion.
| Favorisent le graphite (graphitisants) | Favorisent les carbures (carburigènes) |
|---|---|
| Si (le plus efficace), Al, Ni, Cu ; et le carbone lui-même | Cr (le plus actif), V, Mo, W ; Mn modérément ; Te, Bi, B même à l'état de traces ; Mg en excès |
Soufre et manganèse. Dans une fonte GL, le soufre non combiné favorise la trempe ; on le fixe en sulfure de manganèse MnS par une teneur en manganèse d'environ Mn ≈ 1,7·S + 0,3 %, règle classique des fondeurs. Le phosphore forme en fin de solidification un eutectique phosphoreux dur et fragile, la stéadite, qui fond vers 950 °C et se loge aux limites des cellules : on le limite à 0,1 à 0,2 %.
L'inoculation en pratique. On ajoute de l'ordre de 0,1 à 0,4 % d'un ferrosilicium à 70-75 % de silicium contenant des traces actives (Ca, Ba, Sr, Al, Zr ou terres rares). Ces éléments forment de fines particules (oxydes, sulfures, silicates) sur lesquelles le graphite germe. L'effet s'évanouit en quelques minutes : on inocule le plus tard possible, dans la poche juste avant la coulée, dans le jet de métal ou dans le moule. Une fonte bien inoculée a moins de trempe, plus de cellules eutectiques, un graphite de type A plus fin (chapitre 4) et, pour les GS, plus de sphéroïdes.
Un bain de soudure sur fonte refroidit à des dizaines, voire des centaines de degrés par seconde : bien plus vite que la pointe d'un coin de trempe. Le métal fondu au contact de la fonte, s'il garde le carbone de la fonte, sort blanc, dur et fragile, et fissure au retrait. C'est toute la logique du soudage des fontes (cours 3) : soit ralentir le refroidissement par un fort préchauffage et un métal d'apport en fonte riche en silicium, soit souder « à froid » avec un apport au nickel, qui accepte le carbone sans former de carbures.
Lamelles, vermicules, sphéroïdes
Les formes du graphite, leur classification, et le magnésium qui les arrondit
Le graphite est un empilement de feuillets d'atomes de carbone, comme un mille-feuille : très solide dans le plan des feuillets, presque sans tenue entre eux. C'est ce qui permet à une mine de crayon de laisser un trait sur le papier. Un cristal de graphite peut grandir de deux façons :
- le long des feuillets : il s'étale en plaquettes minces qui se courbent et se ramifient. En coupe, on voit des lamelles, comme des chips : c'est la fonte GL ;
- perpendiculairement aux feuillets : les feuillets s'empilent en petites pyramides qui rayonnent depuis un centre et forment une bille. En coupe, on voit des sphéroïdes (ou nodules), comme des petits pois : c'est la fonte GS ;
- entre les deux, des bâtonnets épais aux bouts arrondis, reliés entre eux, comme des vers : le graphite vermiculaire de la fonte GV.
Qu'est-ce qui décide ? Des traces. Le soufre et l'oxygène dissous se collent aux bords des feuillets et y facilitent la croissance : le graphite s'étale en lamelles. Le magnésium (ou le cérium) piège soufre et oxygène : privé d'eux, le graphite pousse en billes. La recette de la fonte GS est donc de partir d'une fonte pauvre en soufre et de la traiter au magnésium, en poche, juste avant de couler. Spectaculaire : le magnésium bout à 1 090 °C, bien en dessous de la température de la fonte liquide, et la réaction est violente.
Deux ennemis guettent. Le soufre consomme le magnésium en sulfure. Et le magnésium s'évapore et s'oxyde peu à peu : il faut couler dans les minutes qui suivent le traitement, sinon les billes redeviennent vermicules puis lamelles.
Comparer les formes réelles du graphite
Les traces noires allongées et ramifiées sont les coupes du graphite lamellaire. Cherche leurs extrémités et leurs changements de direction : les « chips » du modèle n’ont pas toutes la même forme.
La nuance, le réactif et l’échelle ne sont pas précisés par la notice ; aucune taille de lamelle n’est déduite de ce cliché.
Perlit86 (2018-09-30), Cast iron grey.jpg · CC BY 4.0. Réduction et conversion WebP par Révisions IWE, sans recadrage ni retouche.
Dans cette fonte EN-GJS-500-7 polie, les sections de nodules sont globalement arrondies. Compare leurs contours à ceux des lamelles de l’autre image.
Les préparations et les échelles ne sont pas identiques : compare les formes, pas les tailles. L’auteur donne ×100 pour un tirage de 12 × 9 cm, ce qui n’est pas le grossissement sur ton écran.
Frank Vincentz (2009), GJS-500-7 100 01 ies.jpg · CC BY-SA 3.0. Conversion WebP par Révisions IWE, sans recadrage ni retouche. Photo maintenue sous cette licence.
À toi d’observer. Les zones noires de ces images sont-elles toutes des pores ?
Voir les repères
Non. Les sources les identifient ici comme du graphite. Sa forme permet de distinguer les familles : lamelles pour la fonte GL, sections de sphéroïdes pour la fonte GS. Le contraste sombre seul ne suffit pas à identifier un défaut.
Manipulation 4 : le magnésium qui arrondit le graphite
Règle le magnésium dissous par le traitement, le soufre de la fonte de base et le temps d'attente entre traitement et coulée ; la micrographie montre la forme du graphite obtenue. Le soufre consomme d'abord 0,76 fois sa masse de magnésium ; le reste perd environ la moitié de sa teneur toutes les 10 minutes. ▶ Attendre fait défiler 30 minutes. Modèle pédagogique.
La classification ISO 945-1. Le graphite d'une fonte se décrit par trois critères, observés au microscope sur une coupe polie non attaquée, généralement à ×100 : sa forme (chiffres romains I à VI), sa répartition (lettres A à E, pour la forme I seulement) et sa taille (classes 1, la plus grossière, à 8, la plus fine).
| Forme | Description | On la trouve dans… |
|---|---|---|
| I | lamellaire : lamelles courbes et ramifiées | les fontes GL |
| II | en crabe : amas étoilés à bras épais | certaines fontes hypereutectiques ; forme indésirable |
| III | vermiculaire : bâtonnets épais aux bouts arrondis | les fontes GV ; les GS mal traitées |
| IV | amas de recuit, aux contours irréguliers | les fontes malléables (recuit d'une fonte blanche) |
| V | sphéroïdal irrégulier | les fontes GS, en partie |
| VI | sphéroïdal régulier | les fontes GS |
Une fonte GS doit présenter un graphite essentiellement de formes V et VI ; on chiffre la nodularité, part des particules sphéroïdales, souvent exigée à 80 ou 90 % au moins, et le nombre de nodules par mm², de l'ordre de 100 à 300 dans les épaisseurs courantes. Une fonte GV doit contenir une très large majorité de forme III, sans lamelles.
Les répartitions A à E du graphite lamellaire racontent la solidification :
| Type | Aspect | Origine |
|---|---|---|
| A | lamelles réparties uniformément, orientées au hasard | faible surfusion, fonte bien inoculée : la répartition recherchée |
| B | rosettes : fines au centre, plus grosses à la périphérie | surfusion modérée, refroidissement plus rapide |
| C | grandes lamelles primaires parmi des lamelles fines | fonte hypereutectique : graphite primaire (« graphite de flottation ») |
| D | lamelles très fines entre les dendrites, orientées au hasard | forte surfusion (paroi mince, fonte peu inoculée) ; souvent avec de la ferrite |
| E | lamelles fines entre les dendrites, orientées | fonte nettement hypoeutectique, riche en dendrites d'austénite |
La désignation combine les trois critères : par exemple « I A 4 » pour un graphite lamellaire, réparti uniformément, de taille 4.
Pourquoi lamelles ou sphéroïdes. Le graphite cristallise dans le système hexagonal : feuillets de carbone empilés selon la séquence ABAB, de paramètres a = 0,246 nm dans le plan et c = 0,670 nm perpendiculairement. Une lamelle grandit surtout par les bords de ses feuillets, selon la direction a ; un sphéroïde grandit selon la direction c, en secteurs dont les feuillets sont perpendiculaires au rayon. Le soufre et l'oxygène, actifs en surface, s'adsorbent sur les bords des feuillets et favorisent la croissance selon a. Le magnésium et le cérium les fixent en sulfures et en oxydes stables, et laissent la croissance selon c l'emporter.
24,3 g de magnésium fixent 32,1 g de soufre : chaque 0,01 % de soufre de la fonte de base consomme 0,0076 % de magnésium, perdu dans le laitier. D'où une fonte de base désulfurée, à moins de 0,02 % de soufre environ.
| Magnésium résiduel dans la pièce | Graphite obtenu (ordre de grandeur) |
|---|---|
| < 0,01 % | lamellaire, retour vers la fonte GL |
| ≈ 0,01 à 0,015 % | vermiculaire : fenêtre étroite, d'environ 0,006 % de large, que les fondeurs de GV pilotent de près |
| ≈ 0,03 à 0,05 % | sphéroïdal : la fonte GS |
| bien au-delà | risque de carbures (le magnésium en excès est carburigène) et de crasses |
L'évanouissement du magnésium. Après le traitement, la teneur résiduelle baisse : évaporation et oxydation. Une mesure publiée fait perdre la moitié du magnésium en 5 à 6 minutes ; le modèle de la manipulation prend une demi-vie de 10 minutes. D'où des délais courts entre traitement et coulée, et le contrôle du magnésium résiduel à chaque poche. Le cérium et les terres rares, ajoutés en faibles quantités, neutralisent les éléments qui dégradent les sphéroïdes (plomb, bismuth, antimoine, titane).
Refondre une fonte GS sous l'arc ou la flamme, c'est refaire son traitement à l'envers : le magnésium du bain s'évapore et s'oxyde, et le graphite qui se reformerait dans un métal fondu de même composition serait lamellaire ou vermiculaire. Les baguettes de fonte pour souder les GS apportent donc leurs propres éléments sphéroïdisants (magnésium, cérium), en excès pour compenser les pertes ; et les apports au nickel évitent le problème en ne formant pas de fonte dans le bain (cours 3 et 4).
La matrice
Ferrite ou perlite autour du graphite : l'œil-de-bœuf
Une fois solide, la fonte n'a pas fini sa transformation. Autour du graphite, le métal est de l'austénite chargée de carbone. En refroidissant jusqu'à l'eutectoïde, elle doit se débarrasser de ce carbone, et elle a deux options :
- l'envoyer au graphite voisin (chemin stable) : le carbone diffuse vers la particule de graphite, qui grossit, et laisse derrière lui de la ferrite presque pure. Autour de chaque sphéroïde se forme un anneau blanc de ferrite : la structure en œil-de-bœuf ;
- le garder sur place (chemin métastable) : l'austénite qui reste quand la température descend sous l'eutectoïde métastable se transforme en perlite, lamelles de ferrite et de cémentite, sans transport à longue distance.
Le premier chemin demande du temps et des distances courtes. La ferrite l'emporte donc quand le refroidissement est lent, quand les particules de graphite sont nombreuses (le carbone a moins loin à aller) et quand la fonte est riche en silicium. La perlite l'emporte quand le refroidissement est plus rapide, quand les nodules sont rares, ou quand on ajoute des éléments perlitisants : le cuivre, l'étain ou l'antimoine se déposent à la surface du graphite et ferment la porte au carbone. Refroidie très vite, l'austénite donne bainite ou martensite.
La forme du graphite et la matrice sont deux choix indépendants : une fonte GS peut être ferritique, douce et ductile (EN-GJS-400-15), ou perlitique, plus résistante et plus dure (EN-GJS-700-2), selon sa matrice.
Manipulation 5 : l'œil-de-bœuf
Une fonte GS à 2,5 % de silicium traverse le domaine où la ferrite pousse autour des nodules. Règle la vitesse de refroidissement dans ce domaine, le nombre de nodules par mm² et l'élément perlitisant ; ▶ Refroidir fait grandir les anneaux de ferrite pendant la traversée, puis le reste de la matrice devient perlite. Les propriétés affichées sont des corrélations moyennes. Modèle pédagogique.
Un eutectoïde étalé. Dans le fer-carbone pur, l'eutectoïde stable (austénite → ferrite + graphite) est à 740 °C, le métastable (austénite → perlite) à 727 °C. Le silicium relève ces températures et étale la transformation sur un domaine où ferrite, austénite et graphite coexistent : environ 780 à 810 °C pour une fonte GS à 1,5 à 2,5 % de silicium. La ferrite naît au contact du graphite dans ce domaine ; l'austénite restante se transforme en perlite plus bas.
La croissance de l'anneau. Le carbone traverse l'anneau de ferrite, de l'austénite vers le graphite. Comme pour toute croissance contrôlée par la diffusion, l'épaisseur h de l'anneau croît comme la racine du temps :
h : épaisseur de l'anneau de ferrite (m) ; K : constante de croissance, ≈ 10⁻¹² m²/s dans le modèle, divisée par 7 environ avec 0,8 % de cuivre et par 12 environ avec 0,08 % d'étain ; t : temps passé dans la fenêtre de croissance, prise de 60 °C ; Ṫ : vitesse de refroidissement (°C/s).
Chaque nodule dispose d'une cellule de matrice d'autant plus petite que les nodules sont nombreux. Avec NA nodules par unité de surface, un graphite qui occupe 10 % de la coupe, et en assimilant les cellules à des disques :
fα : fraction de ferrite dans la matrice (plafonnée à 1) ; Rc = 1/√(π·NA) : rayon de la cellule ; rn = √0,10 · Rc ≈ 0,32·Rc : rayon du nodule. Avec 150 nodules/mm² : Rc ≈ 46 µm, rn ≈ 15 µm.
Exemple : à 10 °C/min, sans perlitisant, t = 360 s et h ≈ 27 µm : environ 79 % de ferrite. À 100 °C/min, h ≈ 8,5 µm : 17 % de ferrite seulement, la matrice est surtout perlitique.
| Favorisent la ferrite | Favorisent la perlite |
|---|---|
| Si (fortement), Al ; refroidissement lent ; beaucoup de nodules (bonne inoculation) ; recuit de ferritisation | Cu (0,5 à 1,5 %), Sn (quelques centièmes de %), Sb (traces) ; Mn, Ni, Cr, Mo ; refroidissement plus rapide ; normalisation |
Les matrices et leur dureté, en ordres de grandeur : ferrite ≈ 150 HB dans une GS ferritique (le silicium la durcit), perlite ≈ 250 à 300 HB, martensite brute au-delà de 500 HB. Dans les fontes GL courantes, la matrice est surtout perlitique ; la ferrite y accompagne souvent le graphite fin de type D, car les distances de diffusion y sont très courtes. Les traitements thermiques (recuit, normalisation, trempe et revenu, trempe étagée donnant l'ausferrite des fontes ADI) agissent sur la matrice sans changer la forme du graphite : ils sont au cours 2.
Dans la zone affectée d'une soudure, la matrice repasse au-dessus de 800 °C et redevient austénite. Le graphite voisin se dissout alors en partie, et l'austénite s'enrichit en carbone. Refroidie vite par la masse froide de la pièce, elle se transforme en martensite à fort carbone, très dure : la ZAT d'une fonte peut dépasser 500 HV. Une GS perlitique, déjà riche en carbone dans sa matrice, y est plus sensible qu'une GS ferritique. Préchauffage et traitements après soudage servent à éviter ou à revenir cette martensite (cours 3).
Le graphite fait les propriétés
Pourquoi la fonte GL casse comme du verre et la GS se tord
Le graphite ne porte presque rien : il est mou, feuilleté, sans résistance. Il ne pèse que 3 % environ de la fonte, mais, plus de trois fois moins dense que le fer (2,2 contre 7,2 g/cm³), il en occupe près de 10 % du volume. C'est la matrice qui porte la charge, et la forme du graphite décide de la façon dont elle la porte.
- Les lamelles sont minces, à bords vifs, et reliées entre elles dans chaque cellule eutectique. Elles retirent à la matrice bien plus de section que leur volume ne le laisse croire, et surtout elles se comportent comme des fissures : la contrainte se concentre à leurs pointes, où la matrice plastifie et se fissure dès de faibles charges. Une fonte GL casse presque sans s'allonger (moins de 1 %), avec une résistance de 150 à 350 MPa.
- Les sphéroïdes n'ont pas d'arêtes et sont isolés : la matrice reste continue, et la fonte GS se comporte comme un acier percé de petits trous ronds. Résistance de 350 à 900 MPa, allongement jusqu'à 22 %.
- Les vermicules, aux bouts arrondis mais reliés entre eux, donnent un compromis.
Mais les lamelles ont des talents. Elles amortissent les vibrations (bâtis de machines-outils, blocs moteurs silencieux), conduisent bien la chaleur le long de leur réseau continu (disques de frein, culasses, lingotières), facilitent l'usinage en cassant et en lubrifiant les copeaux, et se referment en compression : une fonte GL résiste trois à quatre fois mieux en compression qu'en traction. Le bon choix dépend donc de l'usage : un disque de frein en GL, un vilebrequin en GS, une culasse de moteur diesel en GV.
Manipulation 6 : tirer sur une fonte
Choisis une nuance et règle la contrainte nominale σ. À gauche, une particule de graphite typique dans sa matrice : la couleur montre la concentration de contrainte autour d'elle, et des microfissures apparaissent là où la matrice cède. À droite, la courbe de traction de la nuance, tracée avec ses valeurs minimales normalisées. ▶ Tirer charge jusqu'à la rupture. Modèle pédagogique.
La concentration de contrainte. Une cavité elliptique de demi-axes a (perpendiculaire à l'effort) et b concentre la contrainte à ses extrémités d'un facteur donné par la formule d'Inglis, vue au cours 3 de la série Rupture :
Kt : coefficient de concentration de contrainte (élastique) ; σ : contrainte nominale ; σloc : contrainte maximale locale. Lamelle de rapport a/b ≈ 20 : Kt ≈ 41 ; vermicule a/b ≈ 3 : Kt ≈ 7 ; cavité sphérique : Kt ≈ 2 (3 pour un trou circulaire dans une plaque).
Sous 100 MPa nominaux, la pointe d'une lamelle verrait 4 100 MPa si la matrice restait élastique : impossible. La matrice plastifie et se décolle du graphite dès quelques dizaines de mégapascals. C'est pourquoi la courbe de traction d'une fonte GL est courbe dès l'origine, sans domaine élastique net : son module se lit comme un module sécant, qui baisse quand la contrainte monte. Une GS, elle, a un vrai domaine élastique et une limite d'élasticité conventionnelle Rp0,2, comme un acier. Le modèle de la manipulation trace :
ε : déformation ; E : module d'élasticité ; εp,r = A − Rm/E : déformation plastique à la rupture ; n : exposant d'écrouissage du modèle (4 pour la GL-250, 5 pour la GV-400, 9,15 pour la GS-400-15, 4,05 pour la GS-700-2). Pour la GL-250, le module sécant tombe d'environ 115 GPa à l'origine à 103 GPa sous 100 MPa.
Les propriétés des nuances (minimums normalisés sur éprouvettes coulées à part ; modules et conductivités : valeurs indicatives des annexes des normes et des fabricants) :
| Nuance | Rm (MPa) | Rp0,2 (MPa) | A (%) | E (GPa) | λ (W/(m·K)) | Exemples d'emploi |
|---|---|---|---|---|---|---|
| EN-GJL-150 | 150 à 250 | — | ≈ 0,3 à 0,8 | 78 à 103 | ≈ 52 | bâtis, contrepoids, plaques de four |
| EN-GJL-250 | 250 à 350 | — | ≈ 0,3 à 0,8 | 103 à 118 | ≈ 48 | blocs moteurs, disques de frein, corps de pompe |
| EN-GJV-400 | ≥ 400 | ≥ 280 | ≥ 1 | ≈ 140 à 150 | ≈ 36 à 40 | blocs et culasses de moteurs diesel |
| EN-GJS-400-15 | ≥ 400 | ≥ 250 | ≥ 15 | ≈ 169 | ≈ 36 | corps de vannes, pièces de sécurité, tuyaux |
| EN-GJS-700-2 | ≥ 700 | ≥ 420 | ≥ 2 | ≈ 176 | ≈ 31 | vilebrequins, engrenages, pièces d'usure |
Pour comparaison, un acier non allié a un module de 210 GPa et une conductivité d'environ 50 W/(m·K). Une fonte GL de nuance 250 résiste à environ 840 MPa en compression. Son pouvoir amortissant est très supérieur à celui d'une GS ou d'un acier ; celui d'une GV est intermédiaire.
Une fonte GL n'a presque aucune ductilité : elle ne peut pas encaisser par déformation les contraintes de retrait d'une soudure, et fissure dans la zone affectée ou à côté du cordon. Souder une GL, c'est d'abord gérer les contraintes (préchauffage, cordons courts, martelage, apports ductiles au nickel). Une GS, ductile, pardonne davantage, à condition de préserver sa matrice et ses sphéroïdes. Et une fonte blanche, dure et fragile sans graphite, ne se soude pas : c'est le point de départ du cours 3.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, du four à la pièce
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs viennent des modèles du cours et des manipulations 1 à 6 ; le défi se rejoue dans la manipulation 3.
Exercice 1 : acier ou fonte ? N1 · chapitre 1
a) Classe ces alliages (acier ou fonte ; hypo- ou hypereutectique pour les fontes) : 0,45 % C ; 1,2 % C ; 2,8 % C et 0,8 % Si ; 3,5 % C et 2,4 % Si.
b) Avec le liquidus binaire lu au carbone équivalent (pente de 91,8 °C par % entre 0,53 et 4,3 % ; 1 538 °C à 0 % et 1 493 °C à 0,53 %), estime la température de liquidus d'un acier S235 (0,17 % C, 0,25 % Si) et d'une fonte GL (3,4 % C, 2,0 % Si). Quel écart ?
c) Calcule la longueur de spirale de la fonte GL coulée à 1 400 °C, puis à 1 350 °C.
d) Compare l'énergie théorique pour couler l'acier à 1 600 °C et la fonte à 1 400 °C.
e) Une bride cassée montre une cassure claire et brillante, et des étincelles courtes rouge sombre à la meule. De quoi s'agit-il ?
Voir la correction
a) 0,45 % C et 1,2 % C : aciers (moins de 2,14 %). 2,8 % C et 0,8 % Si : fonte, CE = 2,8 + 0,8/3 = 3,07 %, hypoeutectique. 3,5 % C et 2,4 % Si : fonte, CE = 3,5 + 0,8 = 4,30 %, pratiquement eutectique.
b) Acier : CE = 0,17 + 0,25/3 = 0,25 % ; sur la branche entre 0 et 0,53 % : TL = 1 538 − 45 × 0,25/0,53 ≈ 1 517 °C. Fonte : CE = 3,4 + 2,0/3 = 4,07 % ; TL = 1 493 − (4,07 − 0,53) × 91,8 ≈ 1 168 °C. Écart ≈ 348 °C.
c) L ≈ 378 × 4,07 + 2,29 × 1 400 − 3 896 ≈ 843 mm ; à 1 350 °C, 50 °C de moins retirent 50 × 2,29 ≈ 114 mm : L ≈ 729 mm.
d) Acier : E ≈ (0,8 × 1 580 + 250)/3,6 ≈ 421 kWh/t ; fonte : (0,8 × 1 380 + 250)/3,6 ≈ 376 kWh/t, soit environ 11 % de moins, sans compter les fours plus simples et les moules moins sollicités.
e) Une fonte blanche (ou la peau blanche d'une fonte trempée) : carbone en cémentite, très dure et fragile. Elle ne se soude pas (cours 3).
Exercice 2 : placer une fonte sur les diagrammes N1 et N2 · chapitre 2
Une fonte contient 3,40 % de carbone, 2,10 % de silicium et des traces de phosphore. La manipulation 2 permet de vérifier a) à e).
a) Calcule son carbone équivalent et son degré de saturation. Est-elle hypo- ou hypereutectique ?
b) Calcule ses deux températures eutectiques et la largeur du couloir.
c) Estime son liquidus sur la ligne stable, droite de (0,53 % ; 1 493 °C) à (4,26 % ; Tst).
d) Quelle fraction de la fonte se solidifie en eutectique ?
e) Le phosphore monte à 0,15 % : que devient le carbone équivalent ?
f) Une autre fonte a 3,9 % de carbone et 2,4 % de silicium. Que se forme-t-il en premier, selon le chemin suivi ? En quelle quantité ?
Voir la correction
a) CE = 3,40 + 2,10/3 = 4,10 % ; Sc = 3,40/(4,26 − 0,70) = 0,955 : hypoeutectique, proche de l'eutectique.
b) Tst ≈ 1 153 + 4 × 2,1 = 1 161,4 °C ; Tmét ≈ 1 147 − 12 × 2,1 = 1 121,8 °C ; couloir ≈ 39,6 °C.
c) Pente : (1 493 − 1 161,4)/3,73 = 88,9 °C par % ; TL ≈ 1 493 − (4,10 − 0,53) × 88,9 ≈ 1 176 °C.
d) feut = (4,10 − 2,1)/(4,26 − 2,1) ≈ 0,93 : 93 % d'eutectique, 7 % de dendrites d'austénite primaire.
e) CE = 3,40 + (2,10 + 0,15)/3 = 4,15 % : le phosphore compte lui aussi pour un tiers.
f) CE = 3,9 + 0,8 = 4,70 % : hypereutectique. Chemin stable : du graphite primaire, (4,70 − 4,26)/(100 − 4,26) ≈ 0,46 % de la masse, en grandes lamelles qui peuvent flotter (répartition C). Chemin métastable : de la cémentite primaire, (4,70 − 4,3)/(6,67 − 4,3) ≈ 17 % de la masse, en longues aiguilles.
Exercice 3 : le silicium, le chrome et la trempe N2 · chapitres 2 et 3
Modèle du chapitre 3 : ΔTw ≈ 3 + 16·Si − 7·Cr (°C), ec ≈ 196·√km/(I·ΔTw) (mm, km = 1 en sable), zone truitée jusqu'à 1,25·ec. Moule en sable, sans inoculation.
a) Calcule le couloir et l'épaisseur critique pour une fonte à 1,2 % de silicium, puis à 2,6 %.
b) La fonte à 2,6 % de silicium reçoit 0,5 % de chrome par des ferrailles alliées. Nouvelle épaisseur critique ?
c) Une pièce a des parois de 5 et de 15 mm. Que donne chacune, avec 1,2 % puis 2,6 % de silicium ?
d) Pourquoi la règle « Mn ≈ 1,7·S + 0,3 » intéresse-t-elle aussi la trempe ?
Voir la correction
a) 1,2 % : ΔTw = 3 + 19,2 = 22,2 °C, ec ≈ 196/22,2 ≈ 8,8 mm. 2,6 % : ΔTw = 44,6 °C, ec ≈ 4,4 mm. Doubler le silicium divise la trempe par deux.
b) ΔTw = 44,6 − 3,5 = 41,1 °C, ec ≈ 4,8 mm. Dans ce modèle, l'effet du chrome est modeste ; en réalité il est plus fort, car le chrome stabilise aussi les carbures par d'autres voies que le seul déplacement des eutectiques.
c) 1,2 % : la paroi de 5 mm est blanche (5 < 8,8 mm), celle de 15 mm grise (15 > 1,25 × 8,8 = 11 mm). 2,6 % : la paroi de 5 mm est truitée (entre 4,4 et 5,5 mm), celle de 15 mm grise. Il faudrait inoculer pour sauver la paroi mince.
d) Le soufre non fixé par le manganèse favorise la trempe ; un excès de manganèse, lui, stabilise un peu les carbures. La règle vise le juste nécessaire pour fixer le soufre en MnS.
Exercice 4 : la course au refroidissement N2 · chapitre 3
Modèle : Ṫ ≈ 6·km·(10/e)² (°C/s, e en mm, km = 1 en sable), ΔTu ≈ 8·√Ṫ/I. Fonte à 2,0 % de silicium, sans chrome : ΔTw = 35 °C.
a) Calcule Ṫ et ΔTu pour des plaques de 4 et 25 mm coulées en sable, sans inoculation. Grises ou blanches ?
b) Même question pour la plaque de 4 mm inoculée en poche (I = 2).
c) Quelle dureté le modèle de la manipulation 3 donne-t-il à 10 mm d'épaisseur, sans inoculation ? Et dans la zone blanche ?
d) Pourquoi une coquille posée contre une face du moule donne-t-elle une peau blanche sur un cœur gris ?
Voir la correction
a) 4 mm : Ṫ = 6 × (10/4)² = 37,5 °C/s, ΔTu = 8 × √37,5 ≈ 49 °C > 35 °C : blanche. 25 mm : Ṫ ≈ 0,96 °C/s, ΔTu ≈ 7,8 °C : grise.
b) ΔTu ≈ 49/2 = 24,5 °C < 35 °C : grise (ec = 2,8 mm et zone truitée jusqu'à 3,5 mm).
c) À 10 mm (ec = 5,6 mm) : HB ≈ 180 + 50·√(5,6/10) ≈ 217 HB. Dans la zone blanche : environ 500 HB.
d) Le métal au contact de la coquille refroidit bien plus vite que le cœur, qui reste isolé par le sable et par le métal déjà solide : la surfusion dépasse le couloir en peau, pas au cœur. On obtient une peau dure résistante à l'usure sur un cœur gris plus tenace.
Exercice 5 : la poche de GS N1 et N2 · chapitre 4
Une fonte de base à 0,020 % de soufre est traitée : le traitement apporte 0,055 % de magnésium dissous. Modèle de la manipulation 4 (demi-vie du magnésium : 10 min ; GS si au moins 80 % de nodules, ce qui demande environ 0,0245 % de magnésium résiduel).
a) Quelle quantité de magnésium le soufre consomme-t-il ? Combien en reste-t-il ?
b) Quel magnésium résiduel après 4 min, puis 8 min d'attente ? Quelle fonte obtient-on ?
c) Combien de temps peut-on attendre au plus pour couler une GS ?
d) La fonte de base contient en fait 0,060 % de soufre. Que se passe-t-il ?
e) Comment l'ISO 945-1 désigne-t-elle les formes obtenues en b) ?
Voir la correction
a) ΔMg = 0,76 × 0,020 ≈ 0,0152 % ; il reste 0,055 − 0,0152 ≈ 0,0398 %.
b) 0,0398 × 2−4/10 ≈ 0,0302 % à 4 min : GS. 0,0398 × 2−8/10 ≈ 0,0229 % à 8 min : environ 66 % de nodules seulement, le reste vermiculaire : ni GS ni GV conforme.
c) t = 10 × log₂(0,0398/0,0245) ≈ 10 × 0,70 ≈ 7 min.
d) Le soufre consomme 0,76 × 0,060 ≈ 0,0455 % : il ne reste que 0,0095 % de magnésium. Le graphite sort vermiculaire même en coulant tout de suite, puis lamellaire au bout de quelques minutes. Il faut désulfurer la fonte de base ou augmenter fortement le traitement, au prix de plus de laitier.
e) Les sphéroïdes : formes V et VI ; les vermicules : forme III ; les lamelles : forme I.
Exercice 6 : matrice et propriétés N2 · chapitres 5 et 6
Modèle de la manipulation 5 : h ≈ √(2·K·t), t = 60/Ṫ, K = 10⁻¹² m²/s (× 0,15 avec 0,8 % de cuivre) ; 150 nodules/mm² donnent Rc ≈ 46,1 µm et rn ≈ 14,6 µm.
a) À 10 °C/min sans perlitisant, calcule h, la fraction de ferrite et la nuance approchée.
b) Même calcul avec 0,8 % de cuivre.
c) Sans cuivre, une meilleure inoculation porte le nombre de nodules à 300/mm². Conséquence ?
d) Sous une contrainte nominale de 50 MPa, quelle contrainte élastique locale verrait la pointe d'une lamelle (a/b = 20) ? et le bord d'un sphéroïde ? Conclus.
Voir la correction
a) t = 60/(10/60) = 360 s ; h = √(2 × 10⁻¹² × 360) ≈ 26,8 µm ; fα = [(14,6 + 26,8)² − 14,6²]/(46,1² − 14,6²) ≈ 1 502/1 910 ≈ 0,79 : 79 % de ferrite, ≈ 182 HB, Rm ≈ 500 MPa : une EN-GJS-500-7 environ.
b) h = √(0,15) × 26,8 ≈ 10,4 µm ; fα = [(25,0)² − 14,6²]/1 910 ≈ 0,22 : 22 % de ferrite, ≈ 253 HB, Rm ≈ 720 MPa : une EN-GJS-700-2 environ.
c) Les cellules rétrécissent (Rc ≈ 32,6 µm) ; l'anneau de 26,8 µm les remplit : matrice 100 % ferritique, EN-GJS-400-15. Une bonne inoculation favorise la ferrite.
d) Lamelle : Kt = 1 + 2 × 20 = 41, σloc ≈ 41 × 50 = 2 050 MPa : bien au-delà de la résistance de la matrice, qui plastifie et se fissure en pointe dès cette faible charge. Sphéroïde : Kt ≈ 2, ≈ 100 MPa : rien ne se passe. C'est toute la différence de ductilité entre GL et GS.
🏆 Défi : la paroi qui ne doit pas blanchir N2 · chapitre 3, à rejouer dans la manipulation 3
Un carter a une paroi de 4 mm, à usiner : elle doit sortir grise, sans zone truitée. La fonte contient 0,2 % de chrome venu des ferrailles. Dans la manipulation 3, règle Cr = 0,20 % et place le curseur à x = 10 mm (épaisseur 4 mm), moule en sable.
a) Sans inoculation, avec 2,0 % de silicium : quel est l'état de la paroi ? Relève ec.
b) Toujours sans inoculation, monte le silicium au maximum (3,2 %). Suffit-il ?
c) Inoculée en poche : quelle teneur minimale en silicium, par pas de 0,1 %, rend la paroi grise ?
d) Inoculée tardivement : même question.
e) Avec 1,9 % de silicium et l'inoculation en poche, on coule maintenant contre une coquille. Jusqu'à quelle épaisseur la fonte est-elle blanche ? À quoi cela peut-il servir ?
Voir la correction
a) ΔTw = 3 + 32 − 1,4 = 33,6 °C, ec ≈ 196/33,6 ≈ 5,8 mm : à 4 mm, la paroi est blanche, ≈ 500 HB, inusinable.
b) Non : à 3,2 %, ΔTw = 52,8 °C, ec ≈ 3,7 mm et zone truitée jusqu'à 4,6 mm : la paroi est truitée. Le silicium seul ne suffit pas (et trop de silicium fragilise la ferrite).
c) 1,9 % : ec ≈ 3,06 mm, zone truitée jusqu'à 3,83 mm < 4 mm : grise. À 1,8 %, la zone truitée va jusqu'à 4,03 mm : la paroi reste juste truitée.
d) 1,4 % : ec ≈ 3,14 mm, zone truitée jusqu'à 3,93 mm. L'inoculation tardive, plus efficace, permet de rester sur une teneur en silicium modérée.
e) Contre la coquille, ec ≈ 196 × √5/(2 × 32) ≈ 6,9 mm (x ≈ 17 mm sur le coin) : la paroi de 4 mm redevient blanche. C'est le principe de la fonte trempée : on place une coquille là où l'on veut une surface dure résistante à l'usure.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 1
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Le chocolat
Fond 300 à 350 °C plus bas que l'acier, coule partout, se retire peu, coûte peu ; mais souvent fragile et difficile à souder.
Les deux quais
Eutectique stable (graphite) au-dessus du métastable (cémentite) ; le silicium les écarte : couloir ≈ 6 + 16·Si.
Le tiers du silicium
CE < 4,3 : hypoeutectique ; Sc = C/[4,26 − (Si + P)/3] ; Sc = 1 à l'eutectique.
Le lièvre et la tortue
Mince et vite : blanc ; épais et lent : gris ; entre les deux : truité. Si, inoculation et sable sauvent le graphite.
Le coin de trempe
La largeur de blanc mesure la tendance à la trempe ; Cr, Mn, coquille l'augmentent ; Si, inoculation la réduisent.
Chips et petits pois
Lamelles (GL), vermicules (GV), sphéroïdes (GS) ; répartitions A à E pour les lamelles ; A recherchée.
Le magnésium s'en va
0,03 à 0,05 % de Mg résiduel pour des billes ; le soufre le mange, le temps l'évapore : couler vite.
La cible
Ferrite autour des nodules si lent, nombreux nodules, silicium ; perlite si rapide, cuivre, étain.
Le papier prédécoupé
GL : A < 1 %, amortit, conduit, s'usine ; GS : A jusqu'à 22 %, E ≈ 170 GPa ; GV entre les deux.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- A, Rm, Rp0,2
- Allongement après rupture (%) ; résistance à la traction (MPa) ; limite d'élasticité conventionnelle à 0,2 % de déformation plastique (MPa).
- ADI, ausferrite
- Fonte GS ausferritique (austempered ductile iron, EN 1564), obtenue par trempe étagée ; sa matrice, l'ausferrite, mêle ferrite aciculaire et austénite riche en carbone (cours 2).
- Analyse thermique
- Enregistrement de la courbe de refroidissement d'un échantillon de fonte coulé dans un godet à thermocouple ; on en déduit le carbone équivalent et la tendance à la trempe.
- Austénite γ, ferrite α
- Solution solide de carbone dans le fer cubique à faces centrées (haute température) ; dans le fer cubique centré (basse température, très peu de carbone).
- Carbone équivalent CE
- Pour le fondeur : CE = %C + (%Si + %P)/3 ; situe la fonte par rapport à l'eutectique (4,3 %). À ne pas confondre avec les carbones équivalents du soudage.
- Cellule eutectique
- Domaine solidifié à partir d'un même germe d'eutectique austénite + graphite ; dans une GL, chaque cellule contient une « rosette » de lamelles reliées.
- Cémentite Fe₃C, Cgr
- Carbure de fer métastable à 6,67 % de carbone, très dur (≈ 800 à 1 000 HV) ; graphite, forme stable du carbone, en feuillets hexagonaux.
- Coin de trempe
- Éprouvette en forme de prisme dont on mesure, après rupture, la largeur de fonte blanche à la pointe (ASTM A367).
- Coquille
- Partie métallique d'un moule, qui refroidit vite le métal à son contact.
- Coulabilité, spirale
- Aptitude d'un métal liquide à remplir un moule avant de se figer ; mesurée par la longueur remplie dans un moule en spirale.
- Couloir ΔTw
- Écart entre les températures eutectiques stable et métastable ; plus il est large, plus le graphite a de chances de l'emporter.
- Degré de saturation Sc
- Sc = %C/[4,26 − (%Si + %P)/3] ; 1 à l'eutectique, moins de 1 pour une fonte hypoeutectique.
- Dendrite
- Cristal en arbre (tronc et branches) qui pousse dans le liquide ; dans une fonte hypoeutectique, les dendrites d'austénite primaire se forment avant l'eutectique.
- Dépouille, plan de joint
- Légère inclinaison des faces d'une pièce moulée qui permet de la démouler ; ligne où se rejoignent les deux parties du moule, souvent visible sur la pièce.
- Diagramme stable, métastable
- Diagramme fer-graphite (équilibre vrai) ; diagramme fer-cémentite (celui des aciers).
- ε, εp,r, n
- Déformation ; déformation plastique à la rupture ; exposant du modèle de courbe de traction du chapitre 6.
- E, module sécant
- Module d'élasticité (GPa) ; pente de la droite joignant l'origine à un point de la courbe de traction.
- e, ec, x
- Épaisseur de paroi ; épaisseur critique sous laquelle la fonte sort blanche ; distance à la pointe du coin de trempe (mm).
- EN 1560, EN 1561, EN 1562, EN 1563, EN 1564, EN 16079, EN 12513, EN 13835
- Désignation des fontes ; fontes GL ; malléables ; GS ; ausferritiques ; GV ; résistantes à l'abrasion ; austénitiques.
- Eutectique, eutectoïde
- Réaction à température constante où un liquide (eutectique) ou un solide (eutectoïde) donne deux phases solides.
- Évanouissement
- Perte progressive d'efficacité après le traitement : du magnésium (évaporation, oxydation) ou de l'inoculation (dissolution des germes).
- feut, fα
- Fraction d'eutectique au palier eutectique ; fraction de ferrite dans la matrice.
- Ferrosilicium, FeSiMg
- Alliage de fer et de silicium (70 à 75 % de Si pour l'inoculation) ; alliage fer-silicium-magnésium à quelques pour cent de magnésium, pour le traitement de sphéroïdisation.
- Fonte
- Alliage fer-carbone à plus de 2,14 % de carbone, qui termine sa solidification par un eutectique.
- Fonte blanche, grise, truitée
- Carbone en cémentite (cassure claire) ; carbone en graphite (cassure grise) ; mélange des deux par plages.
- Fonte brute
- Fonte sortie du haut fourneau (4 à 4,5 % de carbone), matière première des aciéries et des fonderies.
- Fonte GL, GV, GS
- Fonte à graphite lamellaire, vermiculaire, sphéroïdal (dite aussi ductile ou nodulaire).
- Fonte malléable
- Fonte coulée blanche puis recuite longuement : la cémentite se décompose en amas de graphite (forme IV).
- Fonte trempée
- Pièce coulée contre une coquille : peau blanche dure sur cœur gris.
- h, K, NA, Rc, rn
- Épaisseur de l'anneau de ferrite ; constante de croissance (m²/s) ; nombre de nodules par mm² ; rayon de la cellule de matrice ; rayon du nodule.
- HB, HV
- Duretés Brinell et Vickers.
- Hypoeutectique, hypereutectique
- Fonte dont le carbone équivalent est inférieur, supérieur à celui de l'eutectique.
- I, km
- Facteur de germination du modèle du chapitre 3 (1 sans inoculation, 2 à 2,6 avec) ; coefficient de moule (1 en sable, 5 contre une coquille métallique).
- IIW, IWE
- International Institute of Welding ; International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.
- Inoculation
- Ajout tardif d'un ferrosilicium contenant des éléments actifs (Ca, Ba, Sr, Al, Zr, terres rares) qui fournissent des germes au graphite.
- ISO 945-1, nodularité
- Classification du graphite par forme (I à VI), répartition (A à E) et taille (1 à 8) ; part du graphite sphéroïdal (formes V et VI).
- Kt, σ, σloc
- Coefficient de concentration de contrainte ; contrainte nominale ; contrainte maximale locale, Kt·σ en élasticité.
- λ
- Conductivité thermique (W/(m·K)).
- Laitier, crasses
- Couche de composés non métalliques (oxydes, sulfures) qui flotte sur le métal liquide ; peaux d'oxydes et de sulfures entraînées dans la pièce, défaut des fontes GS trop traitées.
- Lédéburite
- Eutectique austénite + cémentite des fontes blanches ; à l'ambiante, « lédéburite transformée » en perlite + cémentite.
- Liquidus TL
- Température au-dessus de laquelle l'alliage est entièrement liquide.
- log₂
- Logarithme de base 2 : log₂(2) = 1, log₂(4) = 2 ; 2−t/10 divise par deux toutes les 10 minutes.
- Malvenue
- Défaut de fonderie : partie du moule non remplie parce que le métal s'est figé trop tôt.
- Martensite, bainite
- Constituants obtenus quand l'austénite refroidit trop vite pour former de la perlite ; la martensite à fort carbone est très dure et fragile.
- Masselotte
- Réserve de métal liquide prévue dans le moule pour compenser le retrait de la pièce pendant sa solidification.
- MgS, MnS
- Sulfures de magnésium et de manganèse, par lesquels on fixe le soufre.
- Nodule, sphéroïde
- Particule de graphite arrondie des fontes GS.
- Œil-de-bœuf
- Sphéroïde de graphite entouré d'un anneau de ferrite, dans un fond de perlite.
- Perlite, perlitisant
- Lamelles alternées de ferrite et de cémentite ; élément qui favorise la perlite (Cu, Sn, Sb…).
- Recuit de ferritisation, normalisation
- Traitements thermiques de la matrice : maintien et refroidissement lent pour obtenir de la ferrite ; austénitisation puis refroidissement à l'air pour obtenir de la perlite (cours 2).
- Règle de Chvorinov
- Le temps de solidification d'une pièce croît comme le carré de son module, rapport volume/surface de refroidissement.
- Stéadite
- Eutectique phosphoreux dur et fragile des fontes riches en phosphore, qui fond vers 950 °C.
- Surfusion ΔTu
- Écart entre la température d'équilibre d'une transformation et la température à laquelle elle se produit réellement.
- Terres rares
- Famille d'éléments chimiques (cérium, lanthane…) ajoutés en petites quantités aux fontes GS pour neutraliser les éléments nuisibles aux sphéroïdes.
- Tst, Tmét, Tc, Ṫ
- Températures eutectiques stable et métastable ; température de coulée ; vitesse de refroidissement (°C/s ou °C/min).
- ZAT
- Zone affectée thermiquement : métal de base chauffé par le soudage sans fondre.
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