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Fontes et soudage des fontes, série 2.17 : comprendre la fonte pour mieux la souder

La famille des fontes : nuances, désignations et traitements

Cours2 sur 4 : identifier, situer et choisir une nuance de fonte
Durée conseillée≈ 2 h 30 à 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 de la série (graphite, formes, matrice) ; essais de traction et de dureté (Essais, cours 1 et 2) ; résilience Charpy (Rupture, cours 2)
À la fin tu saislire une désignation EN 1560, symbolique ou numérique ; situer les nuances GL, GV, GS, ADI, malléables, blanches et alliées ; prévoir l'effet de l'épaisseur ; choisir un traitement thermique et régler une trempe étagée ; expliquer cœur blanc et cœur noir ; choisir une fonte contre l'usure, la corrosion ou la chaleur ; choisir une nuance d'après un cahier des charges

Une pièce en fonte porte souvent sa nuance coulée en relief : EN-GJS-400-15, EN-GJL-250, GGG-40, FGL 250… Derrière ces lettres et ces chiffres, il y a une forme de graphite, une matrice, une résistance garantie, parfois un traitement thermique ou un alliage au nickel ou au chrome. Ce cours apprend à lire ces désignations, puis fait le tour de la famille : les fontes à graphite lamellaire, vermiculaire et sphéroïdal, les fontes ausferritiques, les malléables, les fontes blanches résistantes à l'usure et les fontes austénitiques. Pour le soudeur, c'est la première question d'une réparation : avant de choisir une électrode, savoir ce que l'on soude.

Le code couleur de la série

Orange : les actions et les forces (trempe, recuit, abrasif qui raye, coulée).
Noir : la géométrie dessinée (parois, coupes, cotes).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥 et, dans les désignations, les exigences supplémentaires.

Avant de commencer

Le cours 1 en trois cases

CE = C + (Si + P)/3
Le carbone équivalent place la fonte sur le diagramme. Lent, silicium, inoculation : le carbone devient graphite (fonte grise) ; rapide : il devient cémentite (fonte blanche).
I · III · V-VI
Lamelles (GL), vermicules (GV), sphéroïdes (GS) : c'est le magnésium résiduel, 0,03 à 0,05 % pour une GS, qui arrondit le graphite.
Kt ≈ 41 contre ≈ 2
La lamelle entaille la matrice, le sphéroïde non ; la matrice, ferritique ou perlitique, fixe ensuite résistance et ductilité.
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours poursuit le sujet 2.17 « Fontes » du planning de la formation :
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWE
1 Lire une désignationdésignations symbolique et numérique de l'EN 1560 ; autres notations courantes
2 GL, GV, GSnuances normalisées, propriétés, influence de l'épaisseur
3 Traiter une fonterecuits, normalisation, trempe et revenu, trempe étagée et fontes ausferritiques (ADI)
4 Les malléablesfontes à cœur blanc et à cœur noir, recuits de décarburation et de graphitisation
5 Blanches et alliéesfontes résistantes à l'abrasion, austénitiques, au silicium, au silicium-molybdène
6 Corrosion et choixcorrosion graphitique, choix d'une nuance d'après un cahier des charges, aperçu de la soudabilité
Dans le référentiel de l'IIW (International Institute of Welding), le module 2.17 « Cast irons and steels » demande à l'IWE (International Welding Engineer) de classer les différents types de fontes, de comparer leurs principales nuances et propriétés, et d'identifier les conditions de traitement thermique selon les nuances. La soudabilité détaillée est l'objet des cours 3 et 4.
📖 Les normes, sources et sigles de ce cours.
  • EN 1560 : désignation des fontes ; EN 1561 : fontes à graphite lamellaire ; EN 16079 : fontes à graphite vermiculaire ; EN 1563 : fontes à graphite sphéroïdal ; EN 1564 : fontes ausferritiques à graphite sphéroïdal ; EN 1562 : fontes malléables ; EN 12513 : fontes résistantes à l'abrasion ; EN 13835 : fontes austénitiques ; EN 16124 : fontes à graphite sphéroïdal ferritiques faiblement alliées, pour la tenue à chaud ; EN 545 : tuyaux en fonte ductile pour l'eau.
  • Normes internationales voisines : ISO 185 (GL), ISO 1083 (GS), ISO 16112 (GV), ISO 5922 (malléables), ISO 17804 (ADI), ISO 2892 (austénitiques), ISO 21988 (résistantes à l'abrasion). Américaines : ASTM A48 (GL), ASTM A536 (GS).
  • GL, GV, GS : fonte à graphite lamellaire, vermiculaire, sphéroïdal ; ADI : fonte GS ausferritique (austempered ductile iron) ; Rm, Rp0,2, A : résistance à la traction, limite d'élasticité conventionnelle à 0,2 %, allongement après rupture ; HB, HV, HRC : duretés Brinell, Vickers, Rockwell C ; KV : énergie de rupture Charpy ; RT, LT : résilience garantie à température ambiante (room temperature) ou basse (low temperature) ; γ, α : austénite, ferrite.
Les valeurs de nuances sont des minimums normalisés sur éprouvettes ; les modèles des manipulations 3 à 5 sont pédagogiques et donnent des ordres de grandeur.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

Une réparation sur fonte commence par une identification. La désignation dit presque tout ce dont le soudeur a besoin : la forme du graphite (une GL fissure plus volontiers qu'une GS), la matrice, la résistance à atteindre, un éventuel traitement thermique qu'une soudure détruirait (une fonte ausferritique ne se répare pas comme une GS ordinaire), un alliage au nickel qui change le choix du métal d'apport, ou une fonte blanche qu'il vaut mieux ne pas souder du tout. La norme prévoit même une lettre pour les nuances destinées au soudage.

La série en quatre cours

1 Graphite ou cémentiteCe qu'est une fonte, diagrammes stable et métastable, grise ou blanche, formes du graphite, matrice, propriétés.
2 La famille des fontesDésignations EN 1560, nuances GL, GV, GS, ADI, malléables, blanches et alliées, traitements thermiques, corrosion.
3 Souder une fonte : le jointSoudabilité, zones de la soudure, dilution, régimes chaud et froid, préchauffage, refroidissement.
4 Souder une fonte : la pratiqueProcédés et produits d'apport, beurrage, préparation et réparation, qualification, aciers moulés.

Le plan du cours

  1. 1Lire une désignation

    La plaque d'immatriculation d'une fonte, case par case.

  2. 2GL, GV, GS : les fontes à graphite

    Les nuances normalisées, et pourquoi l'épaisseur change la résistance.

  3. 3Traiter une fonte

    Recuits, normalisation, trempe et revenu, et la fenêtre de l'ausferrite.

  4. 4Les fontes malléables

    Une fonte blanche adoucie : en lui retirant son carbone, ou en le transformant en graphite.

  5. 5Les fontes blanches et alliées

    Contre l'usure, la corrosion et la chaleur : carbures, nickel, silicium.

  6. 6Corrosion et choix d'une fonte

    Le tuyau fantôme, et la carte des nuances pour choisir.

1

Lire une désignation

La plaque d'immatriculation d'une fonte, case par case

🪪Image à retenirLa plaque d'immatriculation : chaque case a sa place, chaque lettre son sens
👁 Niveau 1 : voir la plaque d'immatriculation

Une plaque d'immatriculation se lit toujours dans le même ordre, et chaque case dit quelque chose. La désignation européenne des fontes, fixée par l'EN 1560, fonctionne pareil, avec au plus six cases :

  1. EN- : c'est une désignation européenne ;
  2. GJ : G pour pièce moulée, J pour fonte (de l'anglais iron) ;
  3. une lettre pour la forme du graphite : L lamellaire, S sphéroïdal, V vermiculaire, M graphite de recuit des malléables, N sans graphite (fonte blanche) ;
  4. parfois une lettre pour la structure : A austénite, W cœur blanc, B cœur noir… ;
  5. les propriétés garanties, le plus souvent la résistance minimale Rm en MPa et l'allongement minimal A en %, ou bien la composition pour les fontes fortement alliées ;
  6. parfois des exigences supplémentaires, comme la lettre W qui signale une nuance destinée au soudage.

Ainsi EN-GJS-400-15 se lit : fonte à graphite sphéroïdal, au moins 400 MPa et 15 % d'allongement. EN-GJL-250 : fonte à graphite lamellaire d'au moins 250 MPa. EN-GJSA-XNiCr20-2 : fonte à graphite sphéroïdal, à matrice austénitique, fortement alliée à 20 % de nickel et 2 % de chrome.

Chaque nuance normalisée a aussi un numéro, plus court, utile dans les bases de données : EN-GJL-250 s'écrit EN-JL1040, EN-GJS-400-15 s'écrit EN-JS1030.

Tu croiseras encore d'anciennes désignations nationales, toujours coulées sur des pièces en service : en France FGL 250 et FGS 400-15, en Allemagne GG-25 et GGG-40, aux États-Unis ASTM A48 classe 35 et ASTM A536 60-40-18.

Manipulation 1 : le décodeur de désignations

Choisis une désignation : elle se découpe en cases, chacune expliquée dessous (noir : préfixe et matériau ; bleu-vert : graphite et structure ; bleu : propriétés ; vert : composition ; bronze : exigences supplémentaires). Le curseur met une case en avant ; ▶ Lire pas à pas parcourt la désignation case par case. La désignation numérique est donnée quand elle est connue.

🎓 Niveau 2 : maîtriser EN 1560 : symboles, chiffres, pièges
CaseContenuSymboles
1préfixe (obligatoire)EN-
2matériau (obligatoire)GJ : G pièce moulée, J fonte
3structure du graphite (obligatoire)L lamellaire ; S sphéroïdal ; M graphite de recuit (malléables) ; V vermiculaire ; N sans graphite ; Y structure spéciale
4microstructure ou macrostructure (facultative)A austénite ; F ferrite ; P perlite ; M martensite ; L lédéburite ; R ausferrite ; Q trempé ; T trempé et revenu ; B cœur noir ; W cœur blanc
5 apropriétés mécaniquesRm minimale en MPa ; puis « - » et l'allongement minimal A en % ; éventuellement la lettre de l'échantillon (S coulé à part, U attenant à la pièce, C prélevé dans la pièce) ; « -RT » ou « -LT » pour une résilience garantie à l'ambiante ou à basse température ; ou une dureté : HB, HV ou HR suivi de la valeur
5 bcomposition chimiqueX pour une fonte fortement alliée ; la teneur en carbone × 100 si elle est significative ; les symboles des éléments d'alliage, puis leurs teneurs séparées par des tirets
6exigences supplémentaires (facultative)D brut de fonderie ; H traité thermiquement ; W soudabilité pour assemblages ; Z exigence complémentaire de la commande

La désignation numérique suit le principe des numéros d'aciers : EN-J, la lettre du graphite, puis quatre chiffres. Le premier dit la caractéristique principale (1 traction, 2 dureté, 3 composition chimique), les deux suivants numérotent la nuance dans la norme, le dernier code une exigence particulière (0 aucune, 4 résilience à l'ambiante, 5 résilience à basse température ; d'autres chiffres codent par exemple le type d'échantillon).

EN-GJS-400-18-LT
=
EN-JS1025

S : graphite sphéroïdal ; 1 : nuance définie par la traction ; 02 : numéro d'ordre ; 5 : résilience garantie à basse température (−20 °C pour cette nuance). De même EN-GJL-250 = EN-JL1040, EN-GJS-400-15 = EN-JS1030, EN-GJS-500-7 = EN-JS1050, EN-GJMW-360-12 = EN-JM1020.

EN 1560Ancienne françaiseAncienne allemandeAméricaine voisine
EN-GJL-250FGL 250GG-25ASTM A48 classe 35 (241 MPa)
EN-GJS-400-15FGS 400-15GGG-40ASTM A536 60-40-18 (414 MPa, 276 MPa, 18 %)
EN-GJS-700-2FGS 700-2GGG-70ASTM A536 100-70-03
EN-GJMB-350-10—GTS-35-10—

Les classes ASTM sont en ksi (kilolivres par pouce carré) : 1 ksi ≈ 6,895 MPa. Les correspondances sont approximatives : les essais et les éprouvettes diffèrent d'une norme à l'autre. Les normes ISO utilisent leur propre écriture, par exemple ISO 1083/JS/400-15.

📖 Nuance : variété normalisée d'un matériau, définie par des exigences (propriétés ou composition). Échantillon coulé à part, attenant, prélevé : éprouvette coulée dans un moule séparé, coulée accrochée à la pièce, ou découpée dans la pièce elle-même ; les deux dernières représentent mieux la paroi réelle.
⚠️ Piège : le nombre est un minimum, pas une valeur typique. EN-GJS-400-15 garantit au moins 400 MPa et 15 %, pas 400 MPa exactement. Pour les GL, l'EN 1561 encadre même la résistance de l'éprouvette entre n et n + 100 MPa : une EN-GJL-250 donne 250 à 350 MPa. Et 400 n'est jamais une dureté : une dureté s'écrit HB, HV ou HR devant la valeur, comme dans EN-GJL-HB195.
💡 Le « A » qui change tout. Dans EN-GJSA-XNiCr20-2, la lettre A en case 4 annonce une matrice austénitique : un alliage au nickel, amagnétique, qui se soude avec des apports à base de nickel. Une lettre facultative peut donc peser lourd dans une réparation.
🧠 Mnémotechnique : « Qui, quoi, quelle forme, quelle structure, combien, et les extras » : EN, GJ, graphite, structure, propriétés ou composition, exigences supplémentaires.
🔥 Trouver la nuance d'une pièce

Sur une pièce à réparer, cherche la désignation coulée en relief, la référence du plan ou le certificat de contrôle du fondeur. À défaut, identifie la famille par la cassure, la dureté, une micrographie sur une petite zone polie ou une analyse chimique. Une désignation avec W en case 6 désigne une nuance dont le fondeur garantit l'aptitude au soudage d'assemblage.

2

GL, GV, GS : les fontes à graphite

Les nuances normalisées, et pourquoi l'épaisseur change la résistance

🍰Image à retenirLe gâteau : les bords minces cuisent vite et durcissent, le cœur épais reste tendre ; la fonte aussi
👁 Niveau 1 : voir le gâteau

Un gâteau cuit vite sur les bords et lentement au cœur. Une pièce en fonte se solidifie de même : vite dans les parois minces, lentement dans les parties massives. Or la vitesse de refroidissement fixe la finesse du graphite et de la matrice (cours 1). Conséquence : la résistance d'une même fonte dépend de l'épaisseur de la paroi. Plus mince, elle résiste davantage, jusqu'au risque de trempe ; plus épaisse, elle résiste moins.

  • Les fontes GL (EN 1561) se commandent par leur résistance, de EN-GJL-100 à EN-GJL-350, ou par leur dureté. Bon marché, faciles à couler et à usiner, amortissantes : bâtis, carters, blocs moteurs, disques de frein, corps de pompe. Elles sont très sensibles à l'épaisseur.
  • Les fontes GS (EN 1563) vont de nuances ferritiques ductiles (EN-GJS-350-22, 400-15) à des nuances perlitiques résistantes (700-2, 800-2). Certaines garantissent une résilience à basse température (suffixe LT), d'autres sont durcies par du silicium en solution dans la ferrite (450-18, 500-14, 600-10). Elles sont moins sensibles à l'épaisseur, mais leurs garanties baissent dans les fortes épaisseurs.
  • Les fontes GV (EN 16079), de EN-GJV-300 à 450 environ, se placent entre les deux : la conductivité thermique d'une GL et une résistance proche d'une GS. Elles servent pour les blocs et culasses de moteurs diesel très chargés.

Manipulation 2 : l'épaisseur qui change tout

Choisis la famille, puis règle l'épaisseur de paroi e (échelle logarithmique). Pour les GL : la résistance attendue dans une pièce simple d'épaisseur uniforme, valeurs indicatives de l'EN 1561 pour les nuances 200 et 250. Pour les GS : les minimums garantis de l'EN 1563 par classe d'épaisseur, pour trois nuances (lectures : Rm/Rp0,2 en MPa, puis A). ▶ Parcourir fait varier l'épaisseur de 2,5 à 200 mm.

🎓 Niveau 2 : maîtriser EN 1561, EN 1563, EN 16079 et l'effet d'épaisseur

Les fontes GL (EN 1561). Six nuances par la résistance, EN-GJL-100, 150, 200, 250, 300 et 350, mesurée sur une éprouvette coulée à part de 30 mm de diamètre, représentative d'une paroi d'environ 15 mm ; la valeur doit se situer entre n et n + 100 MPa. Six nuances par la dureté Brinell, de EN-GJL-HB155 à EN-GJL-HB255, utiles quand l'usinabilité ou l'usure comptent plus que la résistance. L'allongement n'est pas garanti : il reste inférieur à 1 %.

Épaisseur de paroi (mm)EN-GJL-200 : Rm attendue (MPa)EN-GJL-250 : Rm attendue (MPa)
2,5 à 5230—
5 à 10205250
10 à 20180225
20 à 40155195
40 à 80130170
80 à 150115155

Valeurs indicatives de l'EN 1561 pour une pièce de forme simple et d'épaisseur uniforme : elles ne sont pas des exigences. Entre 5 et 80 mm, la résistance d'une GL perd environ 35 % ; une paroi de 50 mm en EN-GJL-250 n'offre qu'environ 170 MPa.

Les fontes GS (EN 1563), minimums sur éprouvettes coulées à part, pour une épaisseur relevante jusqu'à 30 mm :

NuanceRm min (MPa)Rp0,2 min (MPa)A min (%)Matrice dominante
EN-GJS-350-22-LT35022022ferrite ; résilience garantie à −40 °C
EN-GJS-400-18-LT40024018ferrite ; résilience garantie à −20 °C
EN-GJS-400-1540025015ferrite
EN-GJS-450-1045031010ferrite
EN-GJS-500-75003207ferrite et perlite
EN-GJS-600-36003703perlite et ferrite
EN-GJS-700-27004202perlite
EN-GJS-800-2, 900-2800, 900480, 6002perlite ou structure trempée et revenue
EN-GJS-450-18, 500-14, 600-10450, 500, 600350, 400, 47018, 14, 10ferrite durcie par le silicium en solution

Au-delà de 30 mm, les minimums baissent : pour EN-GJS-500-7, Rm ≥ 450 MPa entre 30 et 60 mm, et 420 MPa avec A ≥ 5 % entre 60 et 200 mm. Les nuances au silicium (3 à 4,3 % environ) ont une ferrite plus dure et plus homogène : à résistance égale, plus d'allongement et une dureté régulière, appréciée à l'usinage.

Les fontes GV (EN 16079) : par exemple EN-GJV-400, Rm ≥ 400 MPa, Rp0,2 ≥ 280 MPa, A ≥ 1 % ; EN-GJV-450 : 450, 315 et 1 %.

📖 Épaisseur relevante : épaisseur de paroi qui détermine la vitesse de refroidissement de la zone considérée, et donc ses propriétés. Sensibilité à l'épaisseur : variation des propriétés d'une même fonte avec l'épaisseur de la pièce.
⚠️ Piège : la nuance n'est garantie que sur l'éprouvette. EN-GJL-250 garantit 250 MPa sur une éprouvette de 30 mm, pas dans une paroi de 60 mm. Pour un calcul de pièce, on part des valeurs attendues à l'épaisseur réelle, ou l'on commande un échantillon attenant (lettre U) ou prélevé (lettre C).
💡 Mince et sûr ? Pour une GL, une paroi trop mince n'est pas plus sûre : sous quelques millimètres, elle risque la trempe (cours 1) et devient dure et fragile. L'EN 1561 ne donne d'ailleurs pas de valeur pour l'EN-GJL-250 sous 5 mm.
🧠 Mnémotechnique : « GL Lâche quand ça s'épaissit, GS Stable » : la GL perd beaucoup avec l'épaisseur, la GS beaucoup moins.
🔥 Épaisseur et soudage

L'épaisseur pèse deux fois en réparation : une paroi massive de GL est moins résistante, mais elle pompe la chaleur et refroidit vite la soudure ; une paroi mince chauffe vite et peut tremper en zone fondue partielle. Le préchauffage et l'énergie de soudage se choisissent donc aussi d'après l'épaisseur (cours 3).

3

Traiter une fonte

Recuits, normalisation, trempe et revenu, et la fenêtre de l'ausferrite

🥚Image à retenirL'œuf mollet : trop peu de temps, il coule ; trop longtemps, il devient caoutchouteux ; entre les deux, parfait
👁 Niveau 1 : voir l'œuf mollet

Un traitement thermique change la matrice d'une fonte, presque jamais la forme de son graphite. Le graphite sert même de réservoir : quand on chauffe dans le domaine de l'austénite, du carbone en sort et s'y dissout ; quand on refroidit lentement, il y retourne. Les grands traitements :

  • le détensionnement, vers 500 à 600 °C : il relâche les contraintes de fonderie ou de soudage sans changer la structure ;
  • le recuit de graphitisation, vers 900 à 950 °C : il décompose la cémentite des zones trempées ;
  • le recuit de ferritisation : la perlite se décompose en ferrite et graphite ; la fonte devient douce et ductile ;
  • la normalisation, chauffage vers 870 à 950 °C puis refroidissement à l'air : une perlite fine, plus résistante ;
  • la trempe et le revenu, ou une trempe superficielle par induction ou au chalumeau, pour les pièces d'usure ;
  • la trempe étagée d'une fonte GS, qui donne les fontes ADI (EN 1564), deux fois plus résistantes qu'une GS ordinaire à allongement égal.

La trempe étagée est un œuf mollet. On chauffe la pièce vers 850 à 950 °C, on la plonge dans un bain de sels vers 230 à 400 °C, et on l'y laisse le temps juste. De fines aiguilles de ferrite poussent dans l'austénite, qui se charge du carbone qu'elles rejettent et devient stable : c'est l'ausferrite. Trop court, l'austénite pas encore stabilisée devient martensite au refroidissement : dur et fragile. Trop long, des carbures précipitent : la ductilité s'effondre. Entre les deux, une fenêtre, d'autant plus étroite que le bain est chaud.

Manipulation 3 : la fenêtre de l'ausferrite

Une fonte GS austénitisée à 900 °C est plongée dans un bain de sels. Règle la température du bain TA et la durée de maintien t (échelle logarithmique). À gauche, la carte temps-température : la fenêtre (bleu-vert) entre la fin de la première réaction et le début de la précipitation des carbures ; à droite, la structure obtenue. Les boutons rejouent des cas types ; ▶ Maintenir fait défiler le temps. Modèle pédagogique.

🎓 Niveau 2 : maîtriser cycles, ausferrite, EN 1564
TraitementCycle typiqueRésultat
Détensionnement≈ 500 à 600 °C, quelques heures, refroidissement lent au fourcontraintes relâchées, structure inchangée
Recuit de graphitisation≈ 900 à 950 °C, puis refroidissement lentcémentite décomposée : plus de zones trempées
Recuit de ferritisationmaintien sous-critique vers 700 à 740 °C, ou austénitisation puis refroidissement très lent dans le domaine critiquematrice ferritique : GS-400-15 ou 400-18
Normalisation≈ 870 à 950 °C, refroidissement à l'air (ou à l'air soufflé)perlite fine : GS-600-3, 700-2
Trempe et revenu≈ 850 à 900 °C, trempe à l'huile, revenu ≈ 500 à 650 °Cmartensite revenue : GS-800-2, 900-2
Trempe superficiellechauffage rapide de la surface par induction ou au chalumeau, puis trempepeau martensitique dure, cœur inchangé
Trempe étagée (austempering)≈ 850 à 950 °C, puis bain ≈ 230 à 400 °C pendant ≈ 0,5 à 4 h, puis airausferrite : fontes ADI de l'EN 1564

Les deux réactions de la trempe étagée. À la température d'austénitisation, l'austénite contient environ 0,7 à 1 % de carbone, fourni par le graphite. Dans le bain :

  • réaction I : γ → α (aiguilles) + γ enrichie, à environ 1,8 à 2,2 % de carbone. Si chargée en carbone, cette austénite reste stable jusqu'à l'ambiante : c'est l'ausferrite ;
  • réaction II : γ enrichie → α + carbures. C'est la bainite classique, plus fragile : à éviter.

La fenêtre de traitement s'étend de la fin de la réaction I (t₁) au début de la réaction II (t₂). Le modèle de la manipulation 3 la décrit par :

t₁ ≈ 30·e0,012·(370 − TA)
t₂ ≈ 240·e0,025·(370 − TA)

t₁, t₂ en minutes, TA en °C ; e : base des exponentielles (≈ 2,718). À 370 °C : fenêtre de 30 min à 4 h ; à 400 °C : de 21 min à 1,9 h seulement ; à 250 °C : de 2,1 h à 80 h.

Dans la fenêtre, la température du bain fixe la finesse de l'ausferrite et donc la nuance : chaud (350 à 400 °C), une ausferrite grossière riche en austénite, ductile ; froid (230 à 300 °C), une ausferrite fine, résistante et dure. Le modèle prend Rm ≈ 1 450 − 4·(TA − 250) MPa, et un allongement qui décroît avec la résistance, d'environ 11 % à 850 MPa jusqu'à 2 % à 1 450 MPa, en passant au-dessus des minimums de chaque nuance.

Nuance EN 1564Rm min (MPa)A min (%)Bain dans le modèle
EN-GJS-800-1080010≈ 390 à 400 °C
EN-GJS-900-89008≈ 355 à 385 °C
EN-GJS-1050-61 0506≈ 315 à 350 °C
EN-GJS-1200-31 2003≈ 265 à 310 °C
EN-GJS-1400-11 4001≈ 230 à 260 °C

Pour les pièces épaisses, la trempe dans le bain doit éviter la perlite au cœur : on ajoute du nickel, du molybdène ou du cuivre pour augmenter la trempabilité. Sous charge, l'austénite enrichie peut se transformer localement en martensite : la surface d'une ADI durcit en service, ce qui lui donne une bonne tenue à l'usure, mais complique l'usinage après traitement.

📖 Ausferrite : structure de ferrite aciculaire (en aiguilles) et d'austénite stabilisée par le carbone, sans carbures. Trempe étagée (austempering) : trempe interrompue dans un bain chaud, suivie d'un maintien isotherme.
⚠️ Piège : une ADI ne se soude pas comme une GS. Le cycle thermique de la soudure détruit l'ausferrite dans la zone affectée : martensite, carbures, perte de ductilité. Une pièce ADI ne se répare pas par soudage, sauf à refaire tout le traitement après coup ; on soude, si besoin, avant la trempe étagée.
💡 Graphite, réservoir de carbone. Plus la température d'austénitisation est haute, plus l'austénite dissout de carbone venu du graphite : la trempe donne une martensite plus dure. C'est le même mécanisme qui fait durcir la zone affectée d'une soudure sur fonte.
🧠 Mnémotechnique : « bain chaud, fonte douce ; bain froid, fonte dure » ; et pour la durée : « ni cru, ni caoutchouc ».
🔥 Les traitements après soudage

Les traitements après soudage des fontes sont ceux de ce chapitre : un détensionnement pour relâcher les contraintes de retrait, un recuit de ferritisation ou de graphitisation pour adoucir une zone affectée trempée ou une zone fondue blanchie. Leur choix dépend de la nuance et du métal d'apport, et ils se font souvent directement après le soudage, avant que la pièce refroidisse (cours 3).

4

Les fontes malléables

Une fonte blanche adoucie : en lui retirant son carbone, ou en le transformant en graphite

☯️Image à retenirLe yin et le yang : une même fonte blanche, deux recuits, un cœur blanc et un cœur noir
👁 Niveau 1 : voir le yin et le yang

Une fonte malléable commence sa vie en fonte blanche : des pièces minces, coulées avec peu de silicium pour que tout le carbone soit en cémentite. Dure et cassante, la pièce brute passe ensuite des jours au four. Deux recettes, deux résultats :

  • à cœur blanc (EN-GJMW, la tradition européenne) : on chauffe vers 950 à 1 050 °C dans une atmosphère qui oxyde le carbone. Le carbone diffuse vers la surface et s'en va en gaz : la pièce se décarbure de l'extérieur vers l'intérieur. Une paroi mince devient presque entièrement ferritique, ductile et même soudable ; une paroi épaisse garde un cœur plus riche en carbone. Le nom vient de la cassure, claire ;
  • à cœur noir (EN-GJMB, la tradition américaine) : on chauffe vers 900 à 960 °C en atmosphère neutre. Le carbone reste dans la pièce, mais la cémentite se décompose en amas de graphite de recuit (forme IV), répartis dans toute l'épaisseur. Un refroidissement lent donne une matrice ferritique, un refroidissement plus rapide une matrice perlitique. Le graphite rend la cassure sombre.

Ces fontes ont fait des millions de raccords de tuyauterie galvanisés, de maillons, de pièces de machines agricoles et d'automobiles. La fonte GS, obtenue directement à la coulée, les a remplacées dans beaucoup d'emplois, mais elles restent imbattables pour les petites pièces minces.

Voir le graphite d’une fonte malléable

Micrographie de fonte malléable : amas noirs irréguliers dans un fond plus clair.
Le graphite de recuit forme des amas

Observe les amas sombres aux contours irréguliers : ils donnent un repère visuel du graphite de recuit d’une fonte malléable. Leur silhouette est différente des longues lamelles d’une fonte grise et des nodules plus arrondis d’une fonte GS.

La notice ne précise ni la nuance, ni le cycle de recuit, ni l’échelle. Cette photographie ne permet pas, à elle seule, de reconstruire le traitement subi.

Perlit86 (2018-09-30), Cast iron malleable.jpg · CC BY 4.0. Réduction et conversion WebP par Révisions IWE, sans recadrage ni retouche.

À toi d’observer. Pourquoi la forme du graphite ne suffit-elle pas à reconstituer tout le traitement ?

Voir les repères

Elle donne un indice sur l’organisation du matériau, mais les températures, durées et conditions de refroidissement viennent du dossier de fabrication et des examens complémentaires.

Manipulation 4 : cœur blanc, cœur noir

Une même paroi de fonte blanche, d'épaisseur e, recuite à la température T pendant la durée t. À gauche, le recuit décarburant (cœur blanc) : le front de décarburation avance depuis les deux faces. À droite, le recuit de graphitisation (cœur noir) : la cémentite se décompose en amas de graphite dans toute l'épaisseur. ▶ Recuire fait défiler 120 heures. Modèle pédagogique.

🎓 Niveau 2 : maîtriser décarburation, graphitisation, EN 1562

Le cœur blanc : une décarburation. L'atmosphère du four (gaz riche en CO₂ et en vapeur d'eau, ou minerai oxydant dans les procédés anciens) brûle le carbone en surface : C + CO₂ → 2 CO, C + H₂O → CO + H₂. Le carbone de l'intérieur diffuse dans l'austénite vers la surface, et la cémentite se dissout derrière lui. Un front de décarburation avance comme la racine du temps :

xf ≈ k(T)·√t
cœur décarburé si 2·xf ≥ e

xf : profondeur du front depuis chaque face (mm) ; t : durée du recuit (h) ; k : constante du modèle, ≈ 0,39 mm/√h à 1 000 °C, ≈ 0,29 à 950 °C (elle suit la diffusion du carbone dans l'austénite). En 80 h à 1 000 °C, xf ≈ 3,5 mm : une paroi de 7 mm est décarburée à cœur.

C'est pourquoi le procédé à cœur blanc est réservé aux pièces minces, et pourquoi l'EN 1562 fixe les propriétés des nuances à cœur blanc selon le diamètre de l'éprouvette : la même fonte n'a pas les mêmes propriétés à 6 mm et à 15 mm.

Le cœur noir : une graphitisation. Premier stade, vers 900 à 960 °C pendant quelques dizaines d'heures : la cémentite eutectique se dissout dans l'austénite et le carbone précipite en amas de graphite de recuit, compacts, sans arêtes. Le modèle décrit la part graphitisée par f = 1 − exp[−(t/τ)1,5], avec τ ≈ 15 h à 950 °C et environ deux fois moins à 1 000 °C. Second stade : soit un refroidissement très lent dans le domaine critique (environ 760 à 690 °C, quelques degrés par heure) pour une matrice ferritique, soit un refroidissement à l'air, éventuellement suivi de trempe et revenu, pour une matrice perlitique. L'épaisseur ne limite pas le procédé.

Famille (EN 1562)NuancesMatrice
Cœur blanc, EN-GJMW350-4, 360-12, 400-5, 450-7, 550-4ferrite en surface, perlite et graphite de recuit au cœur des parois épaisses
Cœur noir ferritique, EN-GJMB300-6, 350-10ferrite et graphite de recuit
Cœur noir perlitique, EN-GJMB450-6, 500-5, 550-4, 600-3, 650-2, 700-2, 800-1perlite (ou martensite revenue) et graphite de recuit

La nuance EN-GJMW-360-12 (numéro EN-JM1020), décarburée presque à cœur dans les faibles épaisseurs, est la plus soudable des malléables : elle sert notamment à des pièces soudées sur des tubes d'acier.

📖 Graphite de recuit : amas de graphite irréguliers, de forme IV dans l'ISO 945-1, formés à l'état solide par décomposition de la cémentite. Décarburation : appauvrissement en carbone de la surface d'un métal chauffé dans une atmosphère oxydante.
⚠️ Piège : malléable ne veut pas dire forgeable. Le mot date d'une époque où l'on comparait la fonte au fer forgé : une fonte malléable se déforme un peu avant de rompre, mais ne se forge pas. Et une malléable n'est pas une GS : son graphite naît à l'état solide, celui de la GS dans le liquide.
💡 Cœur blanc épais = cœur encore riche. Au-delà d'une dizaine de millimètres, le centre d'une pièce à cœur blanc garde de la perlite et du graphite de recuit : il est moins ductile et moins soudable que la peau.
🧠 Mnémotechnique : « Blanc s'en va, Noir reste » : dans le cœur blanc, le carbone s'en va par la surface ; dans le cœur noir, il reste dans la pièce, en graphite.
🔥 Souder une malléable

Le cycle de soudage redissout le graphite de recuit dans la zone affectée et peut y reformer cémentite et martensite : une malléable à cœur noir ou une pièce à cœur blanc épaisse se soude mal, avec des apports au nickel et des précautions de fonte. Une nuance à cœur blanc mince et décarburée se comporte presque comme un acier doux. Attention aussi aux raccords galvanisés : le zinc doit être enlevé avant soudage, ses fumées sont toxiques.

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Les fontes blanches et alliées

Contre l'usure, la corrosion et la chaleur : carbures, nickel, silicium

🪨Image à retenirLe caillou et la lame : un abrasif plus dur que la surface la creuse ; plus tendre, il glisse dessus
👁 Niveau 1 : voir le caillou et la lame

Fais glisser un caillou sur une lame : si le caillou est plus dur, il la raye ; s'il est plus tendre, il s'use lui-même. L'usure par abrasion obéit à cette règle. Le sable, la roche, le minerai sont faits surtout de quartz, très dur (environ 1 000 à 1 200 HV). Pour lui résister, il faut une surface qui contienne des grains encore plus durs.

  • Les fontes blanches résistantes à l'abrasion (EN 12513) en sont pleines : des carbures en réseau ou en bâtonnets, tenus par une matrice. Non alliée, la cémentite est à peine plus dure que le quartz. Avec 3,5 à 5 % de nickel et 1,5 à 2,5 % de chrome, les fontes Ni-Hard gardent la cémentite mais ont une matrice martensitique. Avec 12 à 28 % de chrome, les fontes au chrome forment des carbures M₇C₃ plus durs que le quartz. Concasseurs, broyeurs, blindages, pompes à boue : on les désigne souvent par leur dureté, EN-GJN-HV350 à EN-GJN-HV600.
  • Les fontes austénitiques (EN 13835, souvent appelées Ni-Resist) contiennent 13 à 36 % de nickel : matrice austénitique, résistante à la corrosion (pompes d'eau de mer), à la chaleur (carters de turbocompresseurs), amagnétique, tenace jusqu'aux très basses températures selon la nuance. Elles existent à graphite lamellaire (EN-GJLA) ou sphéroïdal (EN-GJSA).
  • Les fontes au silicium : vers 14 à 18 % de silicium, elles résistent aux acides comme l'acide sulfurique, mais sont dures et très fragiles. Vers 4 à 5 % de silicium avec un peu de molybdène, des fontes GS ferritiques (EN 16124) résistent à l'oxydation et à la chaleur : collecteurs d'échappement, carters de turbocompresseurs.

Observer l’organisation d’une fonte blanche

Micrographie d’une fonte blanche : réseau clair entourant des plages plus sombres, sans longues lamelles noires de graphite.
Un réseau, plutôt que des lamelles de graphite

Dans cette fonte blanche, repère l’organisation en réseau et les plages de contraste différent. Compare l’aspect général à celui de la fonte grise : les longues lamelles noires de graphite n’organisent plus le champ.

La composition et la préparation ne sont pas détaillées par l’auteur. N’attribue donc pas cette image à une fonte au chrome ou à une nuance Ni-Hard précise.

Perlit86 (2018-09-30), Cast iron white.jpg · CC BY 4.0. Version réduite de Commons ; fichier JPEG conservé, sans recadrage ni retouche.

À toi d’observer. La seule couleur du réseau permet-elle d’identifier chimiquement les carbures ?

Voir les repères

Non. Le contraste dépend notamment de la préparation et de l’observation. La composition du matériau et une caractérisation adaptée sont nécessaires pour identifier précisément les phases.

Manipulation 5 : l'abrasif et la surface

Choisis une fonte et un abrasif, puis règle la fraction de carbures fc. En haut, l'échelle des duretés (logarithmique) : matrice, carbures et abrasif ; la bande bleu-vert marque les duretés qui résistent à cet abrasif (plus de 0,83 fois sa dureté). En bas, une coupe de la surface ; ▶ Frotter fait passer l'abrasif et creuse un sillon proportionnel à l'usure. Indice d'usure : 100 pour une fonte GL perlitique dans le sable siliceux. Modèle pédagogique.

🎓 Niveau 2 : maîtriser duretés, rapport de dureté, EN 12513, EN 13835
Phase ou abrasifDureté (HV, ordre de grandeur)
Ferrite100 à 200
Perlite250 à 350
Austénite (durcit sous les chocs)200 à 300
Martensite500 à 900
Cémentite M₃C (fontes blanches, Ni-Hard)800 à 1 100
Carbure de chrome M₇C₃1 200 à 1 800
Carbures MC (vanadium, niobium, titane)2 000 à 3 000
Calcaire ; quartz ; corindon (alumine)≈ 200 ; 1 000 à 1 200 ; ≈ 2 000

La règle du rapport de dureté. Une phase est rayée efficacement quand l'abrasif est nettement plus dur qu'elle ; l'usure chute fortement quand la phase dépasse environ 0,8 fois la dureté de l'abrasif. Dans le modèle :

r = HaHphase
rayure faible si r < 0,83 ; forte si r > 1,25

Ha : dureté de l'abrasif ; Hphase : dureté de la matrice ou des carbures. Le modèle combine la rayure de la matrice, freinée par sa dureté et protégée par les carbures qui résistent, et celle des carbures, pondérées par la fraction de carbures fc.

Résultat du modèle dans le sable siliceux : fonte GL perlitique 100, fonte blanche perlitique ≈ 45, Ni-Hard ≈ 21, fonte au chrome ≈ 11. Contre le corindon, plus dur que tous les carbures, l'avantage se réduit (≈ 63, 36, 32). Contre un calcaire tendre, toutes s'usent peu.

Le compromis usure-ténacité. Plus de carbures, c'est moins d'usure mais plus de fragilité. Les carbures doivent être assez gros pour ne pas partir avec un copeau, et bien répartis. Dans les fontes au chrome, les M₇C₃ forment des bâtonnets discontinus, alors que la cémentite des fontes non alliées et des Ni-Hard forme un réseau continu, une « éponge » de carbure où une fissure court facilement : à usure égale, les fontes au chrome sont plus tenaces.

FamilleComposition repèreStructureEmplois
Fonte blanche non alliée ou trempéeC 2,5 à 3,5 %, Si basperlite + M₃Crouleaux, roues, pièces d'usure peu sollicitées
Ni-Hard 1 et 2Ni 3,5 à 5 %, Cr 1,5 à 2,5 %, Si et Mn < 0,8 %martensite (+ austénite résiduelle) + M₃Cbroyage, pompes à boue ; revenu vers 250 à 275 °C
Ni-Hard 4Cr ≈ 9 %, Ni ≈ 5 %, Si ≈ 2 %martensite + M₇C₃outils de broyage, corps de pompes
Fontes au chromeCr 12 à 28 %, C 2 à 3,5 %, souvent Momartensite + M₇C₃ (après traitement)blindages de broyeurs, battoirs, pièces de concassage
Austénitiques (Ni-Resist)Ni 13 à 36 %, avec Cu, Cr, Mn ou Si selon la nuanceausténite + graphite (L ou S)eau de mer, chaleur, cryogénie, faible dilatation
SiMo ferritiquesSi ≈ 4 à 5 %, Mo ≈ 0,5 à 1 %ferrite + graphite sphéroïdaléchappements, turbocompresseurs

Exemples de désignations de l'EN 13835 : EN-GJLA-XNiCuCr15-6-2 (graphite lamellaire, nickel, cuivre, chrome), EN-GJSA-XNiCr20-2 (pompes, vannes), EN-GJSA-XNiMn23-4 (tenace à très basse température), EN-GJSA-XNiSiCr35-5-2 (tenue à chaud), EN-GJSA-XNi35 (très faible dilatation).

📖 Abrasion : usure par des particules dures qui rayent ou arrachent la surface. Fraction de carbures fc : part du volume occupée par les carbures. Ni-Resist, Ni-Hard : noms commerciaux historiques des fontes austénitiques au nickel et des fontes blanches martensitiques au nickel-chrome, passés dans l'usage.
⚠️ Piège : plus dur n'est pas toujours mieux. Si l'abrasif est plus dur que les carbures (corindon, carbure de silicium), une fonte très chargée en carbures perd une grande part de son avantage et garde sa fragilité. On choisit la fonte d'après l'abrasif réel, et d'après les chocs qu'elle subira.
💡 L'austénite qui durcit. Sous les chocs, l'austénite d'une fonte austénitique ou l'austénite résiduelle d'une Ni-Hard se transforme en partie en martensite : la surface durcit en service.
🧠 Mnémotechnique : « 0,8 du caillou » : pour ne pas être rayée, une phase doit atteindre environ 0,8 fois la dureté de l'abrasif.
🔥 Rechargement dur

On ne soude pas d'assemblage sur une fonte blanche ou au chrome : elle fissure. En revanche, le rechargement dur, qui dépose une couche anti-usure sur une pièce en acier, reproduit leur métallurgie : des apports riches en chrome et en carbone forment des M₇C₃ dans le dépôt, et les fines fissures de retrait en surface y sont normales. Les fontes austénitiques à graphite sphéroïdal se soudent avec des apports à base de nickel ; leurs versions à graphite lamellaire sont plus sensibles à la fissuration.

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Corrosion et choix d'une fonte

Le tuyau fantôme, et la carte des nuances pour choisir

👻Image à retenirLe tuyau fantôme : rongé de l'intérieur, il garde sa forme… jusqu'au premier coup de pioche
👁 Niveau 1 : voir le tuyau fantôme

La matrice d'une fonte ordinaire ne résiste pas mieux à la corrosion que celle d'un acier : c'est du fer. Mais le graphite change la façon dont elle se corrode. Plus noble que le fer, il forme avec lui une multitude de petites piles : dans l'eau ou dans un sol humide, le fer se dissout autour du graphite. Il reste un squelette de graphite cimenté par des oxydes, qui garde exactement la forme de la pièce. C'est la corrosion graphitique.

Une conduite en fonte GL ainsi attaquée paraît intacte : même diamètre, même épaisseur. Mais la couche graphitisée se raye au couteau, sonne mat sous le marteau, et n'a presque plus de résistance. Le paradoxe, c'est que cette couche adhérente freine ensuite la corrosion : après un démarrage plus rapide que celui de l'acier, l'attaque ralentit, et des conduites en fonte posées il y a plusieurs siècles sont encore en service. Dans une GS, le graphite n'est pas interconnecté : la corrosion graphitique pénètre moins. Les tuyaux modernes en fonte ductile sont en plus protégés par un revêtement de zinc à l'extérieur et un mortier de ciment à l'intérieur (EN 545).

Schéma qualitatif : l'acier s'amincit, la fonte GL se graphitise en gardant sa forme, la fonte GS se graphitise moins profondément.

Pour choisir une fonte, on part de la fonction : amortir et conduire la chaleur (GL), résister et se déformer avant de rompre (GS), supporter la fatigue thermique d'un moteur (GV), porter de fortes charges (ADI), faire de petites pièces minces ductiles (malléables), résister à l'usure (blanches), à la corrosion ou à la chaleur (austénitiques, au silicium). Puis on vérifie les propriétés minimales, l'épaisseur, et, si la pièce doit être soudée ou risque d'être réparée, la soudabilité.

Manipulation 6 : la carte des nuances

Chaque point est une nuance normalisée, placée selon sa résistance minimale Rm et son allongement minimal A (échelle logarithmique ; les GL, sans allongement garanti, sont placées à titre indicatif). Règle tes exigences : les nuances qui conviennent s'allument en bleu. Les boutons d'usage chargent un cahier des charges ; « soudage requis » écarte les nuances qui ne se soudent pas. ▶ Durcir le cahier des charges fait monter la résistance exigée.

🎓 Niveau 2 : maîtriser corrosion graphitique, choix, soudabilité

Le mécanisme. Dans un électrolyte (eau, sol humide, eau de mer), le graphite joue le rôle de cathode, où l'oxygène dissous est réduit ; la matrice ferreuse voisine joue le rôle d'anode et se dissout : Fe → Fe²⁺ + 2 e⁻. Les produits de corrosion, volumineux, restent pris dans le réseau de graphite. La vitesse d'attaque est d'abord plus forte que sur un acier, puis diminue à mesure que la couche graphitisée s'épaissit et gêne le transport des espèces : sur la durée, une fonte peut donc perdre moins qu'un acier, mais la couche perdue ne porte plus rien.

📖 Corrosion graphitique (ou graphitisation, au sens de la corrosion) : dissolution sélective de la matrice ferreuse d'une fonte grise, qui laisse un réseau de graphite et d'oxydes ayant la forme initiale de la pièce. À ne pas confondre avec la graphitisation métallurgique d'un recuit (décomposition de la cémentite).

Les parades. Revêtements (zinc, peinture, bitume, mortier de ciment), manchons de polyéthylène, protection cathodique ; ou des fontes résistantes : austénitiques au nickel pour l'eau de mer, au silicium pour les acides, SiMo et austénitiques pour l'oxydation à chaud.

FamilleAtout principalSoudabilité (aperçu, détaillé aux cours 3 et 4)
GLprix, coulabilité, amortissement, conductivitédélicate : fragile, sensible aux contraintes ; préchauffage ou apport au nickel
GS ferritiquesductilité, résiliencela meilleure des fontes, avec apports nickel-fer ou fonte appropriée
GS perlitiques, GVrésistance, fatigue thermique (GV)délicate : zone affectée plus dure
ADItrès haute résistance et ténacitéà éviter : la soudure détruit l'ausferrite
Malléablespetites pièces minces ductilesEN-GJMW-360-12 soudable ; les autres délicates
Blanches, au chrome, au siliciumusure, acidesnon soudables pour l'assemblage
Austénitiquescorrosion, chaleur, froidpossible avec apports base nickel, surtout les EN-GJSA

Pour le soudage, les fontes forment le groupe 7 de l'ISO/TR 15608, subdivisé selon la famille ; la qualification des modes opératoires de soudage des fontes relève de l'ISO 15614-3 et les produits d'apport de l'ISO 1071 (cours 3 et 4).

⚠️ Piège : le tuyau qui paraît sain. Une conduite graphitisée a l'épaisseur, l'aspect et parfois la couleur du métal sain. Avant de souder un piquage ou une réparation sur une vieille conduite, on gratte, on sonde, on mesure : une soudure sur une couche graphitisée ne tient pas.
💡 La bonne question d'abord. « Quelle fonction ? » avant « quelle nuance ? » : un disque de frein n'a pas besoin d'allongement mais de conductivité et d'amortissement ; un bras de suspension a besoin d'allongement et de résilience, pas d'amortissement.
🧠 Mnémotechnique : « le fantôme garde la forme, pas la force ».
🔥 Réparer une vieille fonte

Pièces anciennes, conduites, éléments d'ouvrages d'art : elles sont souvent en GL, parfois riches en phosphore, et ont pu se corroder ou s'imprégner d'huile. Avant tout soudage : identifier la nuance, dégraisser, chauffer pour brûler les hydrocarbures, enlever la couche graphitisée jusqu'au métal sain, et choisir un procédé à faible apport de chaleur ou un soudobrasage (cours 4).

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Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de la désignation au choix de la nuance

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi formule littérale, puis valeurs, puis unités

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs viennent des normes citées et des modèles des manipulations ; le défi se rejoue dans la manipulation 3.

Exercice 1 : lire et écrire des désignations N1 · chapitre 1

a) Décode EN-GJS-400-18-LT.

b) Décode EN-GJMB-350-10.

c) Décode EN-GJL-HB195.

d) Décode EN-GJSA-XNiMn23-4.

e) Écris la désignation symbolique de EN-JL1040.

f) Écris la désignation d'une fonte GS d'au moins 500 MPa et 7 % d'allongement, vérifiée sur un échantillon attenant à la pièce.

g) Un plan américain demande ASTM A536 60-40-18. Convertis en MPa et propose une nuance EN voisine.

Voir la correction

a) Fonte (GJ) à graphite sphéroïdal (S), Rm ≥ 400 MPa, A ≥ 18 %, résilience garantie à basse température (LT, −20 °C pour cette nuance). Numéro : EN-JS1025.

b) Fonte malléable (graphite de recuit M) à cœur noir (B), Rm ≥ 350 MPa, A ≥ 10 % : nuance ferritique de l'EN 1562.

c) Fonte à graphite lamellaire désignée par sa dureté Brinell (repère 195) plutôt que par sa résistance.

d) Fonte à graphite sphéroïdal (S) à matrice austénitique (A), fortement alliée (X), à environ 23 % de nickel et 4 % de manganèse : la nuance de l'EN 13835 tenace aux très basses températures.

e) EN-GJL-250 (J, L : fonte à graphite lamellaire ; 1 : nuance par la traction ; 04 : numéro d'ordre ; 0 : pas d'exigence particulière).

f) EN-GJS-500-7U.

g) 60 ksi × 6,895 ≈ 414 MPa, 40 ksi × 6,895 ≈ 276 MPa, 18 % : voisine de EN-GJS-400-18 (400 MPa, 18 %), avec une résistance un peu plus élevée ; on vérifie la limite d'élasticité exigée avant de conclure.

Exercice 2 : l'épaisseur N1 et N2 · chapitre 2

Utilise les tableaux du chapitre 2 ou la manipulation 2.

a) Quelle résistance attendre d'une pièce en EN-GJL-250 dans une paroi de 8 mm ? de 50 mm ?

b) Une paroi de 30 mm doit offrir au moins 190 MPa. EN-GJL-200 ou EN-GJL-250 ?

c) Pourquoi l'EN 1561 ne donne-t-elle pas de valeur pour l'EN-GJL-250 sous 5 mm ?

d) Quels minimums garantit l'EN-GJS-500-7 dans une paroi de 45 mm ? de 100 mm ?

e) Compare la perte relative de résistance d'une EN-GJL-250 entre 8 et 50 mm, et d'une EN-GJS-500-7 entre 20 et 100 mm.

Voir la correction

a) 8 mm (classe 5 à 10 mm) : ≈ 250 MPa ; 50 mm (classe 40 à 80 mm) : ≈ 170 MPa.

b) Classe 20 à 40 mm : EN-GJL-200 ≈ 155 MPa, insuffisant ; EN-GJL-250 ≈ 195 MPa : on choisit l'EN-GJL-250.

c) Une paroi si mince refroidit vite et risque la trempe (fonte blanche ou truitée) : la résistance n'y a plus de sens, la pièce devient dure et fragile.

d) 45 mm (30 à 60 mm) : Rm ≥ 450 MPa, Rp0,2 ≥ 300 MPa, A ≥ 7 %. 100 mm (60 à 200 mm) : 420 MPa, 290 MPa, 5 %.

e) GL : (250 − 170)/250 = 32 % de perte. GS : (500 − 420)/500 = 16 %. La GS est environ deux fois moins sensible à l'épaisseur.

Exercice 3 : le bon traitement N1 et N2 · chapitre 3

a) Une GS brute de coulée est ferrito-perlitique. Quel traitement pour obtenir une EN-GJS-400-18 ? et une EN-GJS-700-2 ?

b) Une bride mince est sortie truitée. Quel traitement la rend usinable ?

c) Avec le modèle de la manipulation 3, calcule la fenêtre de traitement à 370 °C et à 400 °C. Conclus.

d) Dans quelle plage de bain le modèle donne-t-il une EN-GJS-1200-3 ?

e) Pourquoi faut-il usiner une pièce ADI le plus possible avant la trempe étagée ?

Voir la correction

a) 400-18 : un recuit de ferritisation (maintien sous-critique vers 700 à 740 °C, ou austénitisation puis refroidissement très lent dans le domaine critique). 700-2 : une normalisation (austénitisation vers 900 °C, refroidissement à l'air) pour une perlite fine.

b) Un recuit de graphitisation vers 900 à 950 °C, qui décompose la cémentite, suivi d'un refroidissement lent.

c) 370 °C : t₁ = 30 min, t₂ = 240·e⁰ = 240 min : fenêtre de 30 min à 4 h. 400 °C : t₁ = 30·e−0,36 ≈ 21 min, t₂ = 240·e−0,75 ≈ 113 min. La fenêtre rétrécit quand le bain est chaud : la durée y demande plus de rigueur.

d) Rm ≥ 1 200 MPa et inférieure à 1 400 MPa (sinon c'est une 1400-1) : 1 450 − 4·(TA − 250) ≥ 1 200 donne TA ≤ 312,5 °C, et Rm < 1 400 donne TA > 262,5 °C : bain d'environ 265 à 310 °C.

e) L'ausferrite est très résistante et son austénite durcit sous l'outil : l'usinage après traitement est lent et coûteux. On usine avant, en ne laissant qu'une finition.

Exercice 4 : cœur blanc, cœur noir N2 · chapitre 4

Modèle de la manipulation 4 : xf ≈ k·√t avec k ≈ 0,39 mm/√h à 1 000 °C ; graphitisation f = 1 − exp[−(t/τ)1,5] avec τ ≈ 15 h à 950 °C et ≈ 35 h à 900 °C.

a) Après 80 h à 1 000 °C, une paroi de 6 mm est-elle décarburée à cœur ? et une paroi de 12 mm ?

b) Combien de temps faut-il à 1 000 °C pour décarburer à cœur une paroi de 8 mm ?

c) Quelle part de cémentite est graphitisée après 20 h à 950 °C ? Combien faut-il pour 99 % ?

d) Même question à 900 °C après 50 h. Que conclure sur la température ?

e) Laquelle de ces fontes choisirais-tu pour un petit raccord soudé sur un tube en acier ?

Voir la correction

a) xf = 0,39 × √80 ≈ 3,5 mm par face, soit 7 mm décarburés en tout : la paroi de 6 mm l'est à cœur ; celle de 12 mm garde un noyau d'environ 5 mm riche en carbone.

b) Il faut xf = 4 mm : t = (4/0,391)² ≈ 105 h, plus de quatre jours.

c) f = 1 − exp[−(20/15)1,5] = 1 − exp(−1,54) ≈ 0,79. Pour 99 % : (t/τ)1,5 = ln 100 ≈ 4,6, soit t ≈ 2,77·τ ≈ 42 h.

d) f = 1 − exp[−(50/35)1,5] ≈ 0,82 : à 900 °C, même 50 h ne suffisent pas. La graphitisation est très sensible à la température.

e) Une fonte malléable à cœur blanc mince, décarburée à cœur, comme l'EN-GJMW-360-12 : ferritique, ductile, la plus soudable des malléables.

Exercice 5 : contre l'usure N1 et N2 · chapitre 5

Duretés : perlite 300 HV, martensite 750 HV, M₃C 1 000 HV, M₇C₃ 1 500 HV ; quartz 1 100 HV, corindon 2 000 HV.

a) Calcule le rapport r = Ha/Hphase du quartz sur chaque phase. Lesquelles sont fortement rayées ?

b) Classe les fontes de la manipulation 5 dans le sable siliceux, puis contre le corindon. Explique le changement.

c) Pourquoi une fonte au chrome est-elle plus tenace qu'une Ni-Hard à usure comparable ?

d) Une pompe brasse une eau de mer chargée de sable fin peu abrasif. Quelle famille regarder en premier ?

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a) Perlite 1 100/300 ≈ 3,7 ; martensite ≈ 1,47 ; M₃C 1,10 ; M₇C₃ ≈ 0,73. Perlite et martensite sont fortement rayées (r > 1,25), la cémentite l'est en partie, le M₇C₃ résiste (r < 0,83).

b) Quartz : GL 100, blanche perlitique ≈ 45, Ni-Hard ≈ 21, fonte au chrome ≈ 11. Corindon : 100, ≈ 63, ≈ 36, ≈ 32. Le corindon raye même le M₇C₃ : l'avantage des carbures se réduit, il ne reste que celui d'une matrice plus dure.

c) Ses carbures M₇C₃ forment des bâtonnets discontinus dans la matrice, alors que la cémentite des Ni-Hard forme un réseau continu où une fissure court d'un carbure à l'autre.

d) La corrosion domine : une fonte austénitique au nickel (par exemple EN-GJSA-XNiCr20-2), qui résiste à l'eau de mer et tolère une abrasion modérée.

Exercice 6 : choisir une nuance N2 · chapitre 6

Utilise la manipulation 6.

a) Corps de vanne : Rm ≥ 400 MPa et A ≥ 15 %. Quelles nuances conviennent ?

b) Vilebrequin : Rm ≥ 700 MPa et A ≥ 2 %. Combien de nuances, de quelles familles ?

c) Couronne dentée : Rm ≥ 1 000 MPa et A ≥ 5 %. Que reste-t-il ? Peut-on la réparer par soudage ?

d) Raccord soudé sur un tube : Rm ≥ 350 MPa, A ≥ 10 %, soudage requis. Quelles nuances sont soudables sans réserve ?

e) Une vieille conduite en GL doit recevoir un piquage soudé. Que vérifies-tu d'abord ?

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a) Trois nuances GS ferritiques : EN-GJS-400-18 (et ses variantes LT et RT), EN-GJS-400-15 et EN-GJS-450-18.

b) Huit : EN-GJS-700-2, 800-2 et 900-2 ; les ADI 800-10, 900-8, 1050-6 et 1200-3 ; la malléable EN-GJMB-700-2. La GS perlitique est le choix courant.

c) Seule l'EN-GJS-1050-6 (ADI). Pas de réparation par soudage : la soudure détruirait l'ausferrite.

d) Sept GS ferritiques (350-22, 400-18, 400-15, 450-10, 450-18, 500-14, 600-10) et la malléable EN-GJMW-360-12 ; l'EN-GJMB-350-10 convient en propriétés mais sa soudabilité est délicate.

e) La corrosion graphitique : gratter, sonder au marteau, mesurer l'épaisseur saine. On ne soude que sur du métal sain, après dégraissage.

🏆 Défi : la couronne en ADI N2 · chapitre 3, à rejouer dans la manipulation 3

Une couronne dentée doit être en EN-GJS-1050-6. Le traiteur thermique te demande les réglages du bain.

a) Avec le modèle, dans quelle plage de température de bain, par pas de 5 °C, obtiens-tu Rm ≥ 1 050 MPa sans passer en nuance 1200-3 ?

b) À 335 °C, quelle est la fenêtre de maintien ? Quelles propriétés à 2 h ?

c) Le four n'est libre que 30 minutes. Que se passe-t-il ?

d) Un oubli prolonge le maintien à 20 h. Que se passe-t-il ?

e) La couronne arrive avec une dent ébréchée. Soudage de réparation ?

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a) 1 450 − 4·(TA − 250) ≥ 1 050 donne TA ≤ 350 °C, et < 1 200 MPa donne TA > 312,5 °C : de 315 à 350 °C. L'allongement y reste au-dessus de 6 %.

b) t₁ = 30·e0,012×35 ≈ 46 min, t₂ = 240·e0,025×35 ≈ 576 min ≈ 9,6 h. À 2 h : Rm ≈ 1 110 MPa, A ≈ 7,4 %, ≈ 336 HB : EN-GJS-1050-6.

c) 30 min < t₁ : la réaction I n'a transformé qu'environ la moitié de l'austénite ((30/46)1,5 ≈ 0,53) ; le reste devient martensite au refroidissement (≈ 46 %). Dureté ≈ 475 HB, allongement ≈ 2 % : la pièce n'atteint aucune nuance et risque de casser.

d) 20 h > t₂ : la réaction II précipite des carbures. L'allongement tombe à ≈ 5,7 % : la nuance 1050-6 n'est plus atteinte.

e) Non : la soudure détruirait l'ausferrite et créerait martensite et carbures dans la zone affectée. On remplace la pièce, ou on la refait traiter entièrement si une réparation est malgré tout validée.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12 avant le cours 3
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 2

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

🔐Image à retenirPercer un secret et en inventer un autre : la fonte malléable à cœur noir
🪪

La plaque

EN-GJ + L/S/V/M/N + Rm-A

Graphite, structure, propriétés ou composition (X), exigences : W soudabilité, LT/RT résilience.

🔢

Le numéro

EN-JS1025 = GJS-400-18-LT

1 traction, 2 dureté, 3 composition ; dernier chiffre : 0 rien, 4 RT, 5 LT.

🍰

Le gâteau

GJL-250 : 250 → 170 MPa

De 8 à 50 mm de paroi ; la GS perd environ deux fois moins ; sous 5 mm, risque de trempe.

🔥

Les recuits

500-600 · 700-740 · 900

Détensionnement, ferritisation, graphitisation ou normalisation : on change la matrice, pas le graphite.

🥚

L'œuf mollet

t₁ < t < t₂

Ausferrite dans la fenêtre ; bain chaud : 800-10 ductile ; bain froid : 1400-1 dure. Ne se soude pas.

☯️

Cœur blanc, cœur noir

xf ≈ k·√t

Blanc : le carbone s'en va (parois minces, GJMW-360-12 soudable) ; noir : il reste en graphite de recuit.

🪨

Le caillou

r = Ha/H < 0,83

Une phase à 0,8 fois la dureté de l'abrasif résiste ; M₇C₃ bat le quartz, pas le corindon.

🧪

Le nickel

Ni 13 à 36 % : austénite

Austénitiques contre corrosion, chaleur, froid ; Ni-Hard (3,5 à 5 % Ni) contre l'usure.

👻

Le fantôme

forme gardée, force perdue

Corrosion graphitique des GL ; on choisit d'abord la fonction, puis la nuance, puis on vérifie la soudabilité.

🔐 Fun fact : percer un secret, et en inventer un autreEn 1722, à Paris, le savant René-Antoine Ferchault de Réaumur publie « L'art de convertir le fer forgé en acier, et l'art d'adoucir le fer fondu » : il y explique comment, par un long chauffage au four, rendre des pièces en fonte aussi travaillables que du fer forgé. Le procédé européen de fonte malléable, à cœur blanc, en descend. Un siècle plus tard, à Newark, aux États-Unis, l'inventeur Seth Boyden veut percer le secret de ce produit européen. Il s'y met en 1820, avec une idée venue de l'observation du fer resté collé aux parois de la forge de son grand-père. Il lui faut six ans : en 1826, il obtient sa première pièce de fonte malléable, et le Franklin Institute de Philadelphie le récompense en 1828 pour la première tentative, dans le pays, de recuire la fonte pour des usages courants. Son procédé n'est pas une copie : c'est la fonte malléable à cœur noir, dite américaine. Boyden, qui déposait rarement des brevets, préférait vendre son savoir-faire au contrat. Les deux recuits sont au chapitre 4.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
A, Rm, Rp0,2
Allongement après rupture (%) ; résistance à la traction (MPa) ; limite d'élasticité conventionnelle à 0,2 % de déformation plastique (MPa).
Abrasion
Usure par des particules dures qui rayent ou arrachent la surface.
ADI, ausferrite
Fonte GS ausferritique (austempered ductile iron, EN 1564), obtenue par trempe étagée ; sa structure mêle ferrite aciculaire et austénite stabilisée par le carbone, sans carbures.
ASTM A48, A536
Normes américaines des fontes à graphite lamellaire et sphéroïdal ; leurs classes s'expriment en ksi (1 ksi ≈ 6,895 MPa).
Austénite γ, ferrite α, perlite, martensite
Phases et constituants de la matrice : solution solide cubique à faces centrées ; cubique centrée ; lamelles de ferrite et de cémentite ; structure de trempe dure.
Carbures M₃C, M₇C₃, MC
Cémentite (M = fer, éventuellement chrome) ; carbure de chrome des fontes au chrome ; carbures de vanadium, niobium ou titane. Leur dureté croît dans cet ordre.
Cœur blanc, cœur noir
Fontes malléables obtenues par recuit décarburant (EN-GJMW) ou par recuit de graphitisation en atmosphère neutre (EN-GJMB).
Corrosion graphitique
Dissolution sélective de la matrice d'une fonte grise, qui laisse un squelette de graphite et d'oxydes ayant la forme de la pièce.
Décarburation
Appauvrissement en carbone d'un métal chauffé dans une atmosphère oxydante.
Désignation numérique
Écriture courte d'une nuance normalisée : EN-J, lettre du graphite, quatre chiffres (EN-JL1040 = EN-GJL-250).
Détensionnement
Maintien vers 500 à 600 °C qui relâche les contraintes résiduelles sans changer la structure.
e, épaisseur relevante
Épaisseur de paroi qui fixe la vitesse de refroidissement d'une zone, et donc ses propriétés.
Échantillon S, U, C
Coulé à part ; attenant à la pièce ; prélevé dans la pièce.
EN 1560, EN 1561, EN 1562, EN 1563, EN 1564, EN 16079
Désignation des fontes ; fontes GL ; malléables ; GS ; ausferritiques ; GV.
EN 12513, EN 13835, EN 16124, EN 545
Fontes résistantes à l'abrasion ; austénitiques ; GS ferritiques faiblement alliées pour la tenue à chaud ; tuyaux en fonte ductile pour l'eau.
f, τ
Fraction de cémentite graphitisée au recuit à cœur noir ; constante de temps de cette graphitisation (h).
fc
Fraction de carbures, part du volume occupée par les carbures.
GL, GV, GS, GJ
Fonte à graphite lamellaire, vermiculaire, sphéroïdal ; dans une désignation, G pièce moulée et J fonte.
Graphite de recuit
Amas de graphite formés à l'état solide par décomposition de la cémentite (forme IV de l'ISO 945-1).
Ha, Hphase, r
Dureté de l'abrasif ; dureté d'une phase ; rapport Ha/Hphase : la phase est fortement rayée au-dessus d'environ 1,25.
HB, HV, HRC
Duretés Brinell, Vickers, Rockwell C.
IIW, IWE
International Institute of Welding ; International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.
ISO/TR 15608, ISO 15614-3, ISO 1071
Groupes de matériaux pour le soudage (les fontes forment le groupe 7) ; qualification des modes opératoires de soudage des fontes ; produits d'apport pour le soudage des fontes.
k, xf
Constante de décarburation du modèle (mm/√h) ; profondeur du front de décarburation depuis chaque face (mm).
KV, RT, LT
Énergie de rupture Charpy ; résilience garantie à température ambiante (room temperature) ; à basse température (low temperature).
Ni-Hard, Ni-Resist
Noms historiques des fontes blanches martensitiques au nickel-chrome et des fontes austénitiques au nickel.
Normalisation
Austénitisation puis refroidissement à l'air, qui donne une perlite fine.
Nuance
Variété normalisée d'un matériau, définie par ses exigences.
Recuit de ferritisation, de graphitisation
Recuit qui transforme la perlite en ferrite et graphite ; recuit qui décompose la cémentite en graphite.
Réactions I et II
Dans la trempe étagée : formation de ferrite aciculaire et d'austénite enrichie ; puis décomposition de cette austénite en ferrite et carbures, à éviter.
TA, t, t₁, t₂
Température du bain de trempe étagée ; durée du maintien ; fin de la réaction I ; début de la réaction II.
Trempe étagée
Trempe interrompue dans un bain chaud (sels fondus), suivie d'un maintien isotherme (austempering).
Trempe superficielle
Chauffage rapide de la surface (induction, chalumeau) puis trempe : peau martensitique sur cœur inchangé.
W, X (désignation)
Exigence supplémentaire de soudabilité pour assemblages ; fonte fortement alliée, désignée par sa composition.
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧭Image à retenirLa boussole : quand tout est coché, cap sur le cours 3

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

▶ Prochain cours : souder une fonte, la métallurgie du joint. Tu sais maintenant identifier une fonte et ce que sa nuance promet. Le cours 3 entre dans la soudure : quelles fontes se soudent, ce qui se passe dans la zone fondue, la zone partiellement fondue et la zone affectée, comment la dilution et le métal d'apport décident de tout, et comment choisir entre soudage à chaud et soudage à froid, préchauffage, refroidissement et traitements après soudage.

Photographie

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