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Aciers Cr-Mo résistant au fluage, série 2.12 : de la centrale à la soudure

Chrome, molybdène et carbures : la métallurgie des Cr-Mo

Cours2 sur 5 : ce qu'il y a dans le métal, et pourquoi il tient
Durée conseillée≈ 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 de la série (fluage, Larson-Miller) ; diagramme fer-carbone, trempe et revenu (Métallurgie, cours 1 à 3)
À la fin tu saisdire le rôle de chaque élément d'alliage ; prévoir la structure après refroidissement ; expliquer comment les précipités résistent au fluage ; suivre l'évolution des carbures avec le paramètre de Hollomon-Jaffe ; lire une désignation ASTM ou européenne ; choisir une nuance contre le soufre ; régler un revenu

Le cours 1 a montré ce qu'on demande à un acier de chaudière : tenir trente ans à chaud sans fluer ni rouiller. Ce cours ouvre le métal. Le chrome et le molybdène, quelques dixièmes de pour cent de vanadium, de niobium et d'azote, à peine un dixième de pour cent de carbone : avec si peu, on fabrique des précipités de quelques dizaines de nanomètres qui bloquent les dislocations pendant des décennies. On verra comment ces atomes se partagent le carbone, comment les carbures évoluent avec le temps et la température, comment se lisent les noms des nuances, ce qui protège du soufre et de l'hydrogène, et comment les traitements thermiques donnent au métal sa structure.

Le code couleur de la série

Orange : les actions (chauffage, refroidissement, contraintes appliquées).
Noir : la géométrie dessinée (grains, lattes, parois).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers la fabrication et le soudage.

Avant de commencer

Le cours 1 en trois cases

η = 1 − Tfr/Tch
Le rendement d'une centrale monte avec la température de la vapeur : de 275 °C à 600 °C en un siècle, et chaque marche a demandé un nouvel acier.
P = T·(C + log tr)
Le paramètre de Larson-Miller échange du temps contre de la température : des essais chauds et courts prévoient le service long, sans extrapoler au-delà d'un facteur 3.
e = p·Do/(2f + p)
La résistance au fluage fixe l'épaisseur : à 560 °C, le P91 divise par deux la paroi d'un collecteur en 10CrMo9-10.
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours poursuit le sujet 2.12 « Acier résistant au fluage » du planning de la formation :
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWE
1 Les éléments d'alliagerôle du chrome, du molybdène, du carbone et des micro-additions ; aciers trempants et microstructures
2 Les renforts invisiblesmécanismes de résistance au fluage : solution solide, précipités, sous-structure ; stabilité à long terme
3 Le ballet des carburesformation et évolution des carbures avec le temps et la température
4 Les noms des nuancesdésignations ASTM et européennes, panorama des nuances
5 La corrosion à chaudoxydation, attaque par le soufre et par l'hydrogène à chaud
6 Les traitements thermiquesrecuit, normalisation, trempe, revenu ; températures de l'EN 10028-2
Le référentiel de l'IIW (International Institute of Welding) demande à l'IWE (International Welding Engineer), pour le module 2.12, d'expliquer les phénomènes de fluage en reliant la résistance au fluage aux éléments d'alliage et à la structure de l'acier, d'expliquer les phénomènes microstructuraux qui se produisent à haute température, de comparer les aciers résistant au fluage et aux températures élevées, et de connaître leurs nuances et leurs traitements thermiques. Le soudage de ces aciers occupe les cours 3 à 5.
📖 Les normes, sources et sigles de ce cours.
  • EN 10027-1 : désignation symbolique des aciers ; EN 10027-2 : désignation numérique (1.xxxx) ; EN 10216-2 : tubes sans soudure pour service sous pression avec caractéristiques à température élevée ; EN 10028-2 : tôles pour appareils à pression ; ASTM A213, A335, A182, A387 : tubes (T), tuyaux (P), pièces forgées (F) et tôles en aciers ferritiques alliés.
  • Baker et Nutting (1959) : étude classique de l'évolution des carbures pendant le revenu de l'acier 2,25Cr-1Mo ; courbes de McConomy modifiées (1986) : vitesses de corrosion des aciers par les pétroles soufrés sans hydrogène.
  • M (dans M₂₃C₆, MX…) : atome métallique quelconque (Cr, Fe, Mo, V, Nb…) ; X (dans MX) : carbone ou azote ; HV : dureté Vickers ; Ac1, Ac3 : températures de début et de fin de transformation en austénite au chauffage ; Ms : température de début de formation de la martensite ; t8/5 : temps de refroidissement de 800 à 500 °C ; N, T, Q : normalisation, revenu (tempering), trempe (quenching) ; +NT, +QT : états de livraison normalisé et revenu, trempé et revenu ; TTAS : traitement thermique après soudage ; ZAT : zone affectée thermiquement ; % : pourcentage en masse, sauf mention contraire.
Les modèles des manipulations sont pédagogiques : ils reproduisent les tendances et les ordres de grandeur publiés, pas les valeurs garanties d'une nuance ou d'une coulée.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

Souder un acier Cr-Mo, c'est lui faire subir en quelques secondes une trempe locale, puis un revenu de quelques heures : tout ce que ce cours explique pour la tôle s'applique à la zone affectée et au métal fondu. Un coordinateur qui sait que le P91 devient martensitique à l'air, que ses précipités MX font sa force, que le revenu doit rester sous Ac1 et qu'un 2,25Cr-1Mo continue d'évoluer pendant trente ans de service, comprend d'emblée les règles de préchauffage, de produit d'apport et de traitement thermique des cours 3 et 4.

La série en cinq cours

1 Chaleur, pression et fluageApplications, fluage, essai, Larson-Miller, choix et dimensionnement, surveillance en service.
2 La métallurgie des Cr-MoRôle du chrome, du molybdène et des micro-additions, carbures, désignations, nuances, traitements thermiques.
3 Souder un Cr-Mo : les piègesTrempe et hydrogène, fragilisation au revenu, fissuration au réchauffage, zone affectée et fluage du joint.
4 Souder un Cr-Mo : la pratiqueProduits d'apport, préchauffage, températures entre passes, cordons, hydrogène, TTAS.
5 Les assemblages hétérogènesDeux Cr-Mo différents, Cr-Mo et inoxydable austénitique, apports base nickel.

Le plan du cours

  1. 1Les éléments d'alliage

    Qui fait quoi, et pourquoi ces aciers trempent à l'air.

  2. 2Les renforts invisibles

    Solution solide, précipités, sous-structure : ce qui freine les dislocations, et ce qui s'use.

  3. 3Le ballet des carbures

    Du carbure ε au M₆C : une séquence réglée par le temps et la température.

  4. 4Les noms des nuances

    Lire 10CrMo9-10, X10CrMoVNb9-1, P265GH ou P22, et situer chaque famille.

  5. 5La corrosion à chaud

    Oxydation, soufre, hydrogène : ce que le chrome et le molybdène protègent.

  6. 6Les traitements thermiques

    Recuit, normalisation, trempe et revenu, sans jamais dépasser Ac1.

1

Les éléments d'alliage

Qui fait quoi dans un acier Cr-Mo, et pourquoi il trempe à l'air

🛡️Image à retenirL'équipe de chantier : le chrome tient le bouclier, le molybdène fait l'ancre, le vanadium et le niobium jettent du gravier fin, le carbone reste en petite quantité
👁 Niveau 1 : voir l'équipe de chantier

Un acier Cr-Mo, c'est du fer auquel on ajoute une petite équipe d'éléments, chacun avec son métier :

  • le chrome (de 0,5 à 9 %, jusqu'à 12 % dans les nuances martensitiques) tient le bouclier : il forme en surface un oxyde protecteur contre l'oxydation et la corrosion à chaud, et il entre dans les carbures ;
  • le molybdène (de 0,5 à 1 %) fait l'ancre : gros atome logé parmi ceux du fer, il freine la diffusion et le mouvement des dislocations, donc le fluage ; il forme aussi des carbures très fins ;
  • le chrome et le molybdène, ensemble, améliorent la tenue à l'hydrogène et au soufre à chaud, et la résistance au fluage ;
  • le carbone reste en petite quantité, en général moins de 0,15 % (jusqu'à 0,35 % dans quelques nuances) : il fournit la matière des carbures, mais trop de carbone rendrait la martensite dure et fragile, et la soudure difficile ;
  • quelques centièmes à dixièmes de pour cent de vanadium, de niobium, de titane et d'azote jettent du gravier fin : des carbonitrures de quelques dizaines de nanomètres, très stables, qui ont donné les nuances modernes P91, P92, E911 (P911), T23, T24 ;
  • le tungstène, cousin du molybdène, et le bore, qui stabilise les carbures près des joints, complètent l'équipe des nuances les plus récentes.

Le chrome et le molybdène ont un autre effet, décisif pour le soudage : ils retardent les transformations de l'austénite au refroidissement. Il faut plus de temps pour que la ferrite apparaisse ; si le refroidissement est assez rapide, l'austénite se transforme en bainite ou en martensite. Ces aciers sont dits trempants : selon le traitement thermique, leur structure va de la martensite à la ferrite avec des carbures. Un acier à 9 % de chrome devient martensitique même refroidi à l'air calme, et même en forte épaisseur. Heureusement, leur faible teneur en carbone limite la dureté et la fragilité de cette martensite : leur soudabilité reste relativement bonne, moyennant des précautions.

Manipulation 1 : refroidir un Cr-Mo

Choisis la nuance, le mode de refroidissement et l'épaisseur. Le temps de refroidissement de 800 à 500 °C, t8/5, se place sur les règles des quatre nuances : martensite, bainite ou ferrite selon la zone. À droite, la structure obtenue et sa dureté. Seuils et duretés : modèle pédagogique fondé sur les tendances publiées.

🎓 Niveau 2 : maîtriser rôles, teneurs, microstructures
ÉlémentTeneur typiqueRôle principalRevers
Cr, chrome0,5 à 12 %résistance à l'oxydation, au soufre, à l'hydrogène ; carbures M₇C₃ et M₂₃C₆ ; trempabilitéau-delà de 2 à 3 %, trempe à l'air : préchauffage et revenu obligatoires
Mo, molybdène0,3 à 1,1 %durcissement en solution solide, carbures fins Mo₂C ; résistance au fluage ; réduit la fragilisation au revenupeut précipiter en phase de Laves (Fe₂Mo) à long terme
C, carbone0,05 à 0,15 %matière des carburesdurcit la martensite, augmente le risque de fissuration à froid
V, Nb, NV 0,2 % ; Nb 0,05 à 0,1 % ; N 0,03 à 0,07 %carbonitrures MX très fins et stables : le secret des nuances P91 et P92fissuration au réchauffage possible dans les nuances au vanadium (cours 3)
W, tungstène1 à 2 %solution solide comme le molybdène, plus lent à diffuser (P92, E911, T23)phase de Laves
B, bore10 à 70 ppmstabilise les M₂₃C₆ près des joints (P92, T24, E911)forme des nitrures de bore avec trop d'azote
Ni, Mn≤ 0,4 % ; 0,3 à 0,6 %trempabilité, ténacité ; Mn fixe le soufreabaissent Ac1, d'où une limite Ni + Mn dans les P91 et leurs apports
Si0,2 à 0,5 %désoxydant, aide la résistance à l'oxydationfavorise la fragilisation au revenu (cours 3)

Les microstructures des grandes familles, à l'état de livraison normalisé et revenu :

  • acier C-Mo (16Mo3) : ferrite et perlite ;
  • aciers à 1 % de chrome (13CrMo4-5) : ferrite et bainite ;
  • aciers à 2,25 % de chrome (10CrMo9-10) : bainite revenue, avec de la ferrite dans les fortes épaisseurs ;
  • aciers à 9-12 % de chrome (P91, P92, X20CrMoV11-1) : martensite revenue en lattes, renforcée par des carbures M₂₃C₆ et des carbonitrures MX.

La dureté de la martensite dépend surtout du carbone. Une relation empirique classique donne HVM ≈ 884·C·(1 − 0,3·C²) + 294, C en % : environ 380 HV pour 0,10 % de carbone, 430 HV pour 0,16 %. C'est pourquoi les Cr-Mo modernes visent 0,07 à 0,12 % de carbone : leur martensite reste revenable et soudable.

t8/5 : temps de refroidissement de 800 à 500 °C

C'est dans cet intervalle que l'austénite des aciers faiblement alliés se transforme. Plus t8/5 est court, plus la structure est dure. Dans la manipulation : four (30 °C/h) ≈ 36 000 s ; air calme ≈ 12 s par mm d'épaisseur ; air pulsé ≈ 5 s/mm ; huile ≈ 1,5 s/mm ; eau ≈ 0,5 s/mm (ordres de grandeur pédagogiques).

⚠️ Piège : trempant ne veut pas dire trempé à l'eau. Un acier trempant prend la trempe facilement, parfois à l'air. Le P91 sort martensitique d'une simple normalisation : il ne faut surtout pas le tremper à l'eau, et il faut toujours le revenir. Une zone affectée de soudure se refroidit en quelques secondes : elle trempe encore plus sûrement (cours 3).
💡 Le carbone, ennemi de la soudure. À structure égale, chaque centième de pour cent de carbone en moins abaisse la dureté de la martensite d'environ 9 HV. Les apports de soudage des Cr-Mo sont souvent un peu moins chargés en carbone que le métal de base, pour la même raison (cours 4).
🔥 Pourquoi on préchauffe un P22 ou un P91

Une passe de soudage déposée sur une tôle froide de 30 mm se refroidit avec un t8/5 de quelques secondes : la manipulation 1 montre qu'un 10CrMo9-10 ou un P91 sort alors en martensite à près de 400 HV. Dure, chargée d'hydrogène et de contraintes, elle peut fissurer à froid. Le préchauffage allonge le refroidissement et, surtout, laisse l'hydrogène s'échapper : c'est le premier réflexe du soudage des Cr-Mo, détaillé aux cours 3 et 4.

2

Les renforts invisibles

Solution solide, précipités, sous-structure : ce qui freine les dislocations, et ce qui s'use

🪨Image à retenirLe gravier dans la boue : des petits cailloux serrés freinent le pied ; s'ils s'agglutinent en gros galets espacés, on passe entre eux
👁 Niveau 1 : voir le gravier dans la boue

Le fluage, c'est le lent cheminement des dislocations, ces défauts linéaires qui portent la déformation plastique (cours 1). Pour le freiner pendant trente ans, un acier Cr-Mo empile trois renforts :

  • la solution solide : les gros atomes de molybdène et de tungstène, dispersés parmi ceux du fer, gênent le mouvement des dislocations et ralentissent la diffusion ;
  • les précipités : des particules de carbures ou de carbonitrures, sur lesquelles les dislocations butent et doivent faire un détour ;
  • la sous-structure : dans les aciers martensitiques, des lattes fines et une forte densité de dislocations, figées par les précipités posés sur leurs frontières.

Pense à un pied qui avance dans la boue semée de gravier. Des petits cailloux nombreux et serrés le freinent à chaque pas. Mais si, avec le temps, les cailloux s'agglutinent en quelques gros galets espacés, le pied passe entre eux : c'est le grossissement des précipités, la façon dont un acier perd sa tenue au fluage. Les gros précipités grossissent aux dépens des petits, qui se dissolvent, par diffusion : plus il fait chaud, plus c'est rapide.

Les carbonitrures MX de vanadium et de niobium sont les meilleurs cailloux : quelques dizaines de nanomètres, et presque aucun grossissement en service. Dans un P91 resté plus de 100 000 h à 600 °C, leur taille et leur répartition ont à peine changé, alors que les carbures M₂₃C₆ des joints de lattes ont nettement grossi. C'est pourquoi l'ajout de 0,2 % de vanadium, 0,08 % de niobium et 0,05 % d'azote à un acier 9Cr-1Mo, mis au point dans les années 1970 aux États-Unis, a donné le P91 : sa résistance moyenne à 600 °C pendant 100 000 h est de 94 MPa, contre 37 MPa pour le 9Cr-1Mo de base (EN 10216-2).

Manipulation 2 : le gravier qui grossit

Martensite revenue à 9 % de chrome, avec ou sans micro-additions de vanadium et de niobium. Règle la température de service, la durée et la teneur V + Nb. À gauche, une latte et ses précipités (taille réelle exagérée) ; à droite, la contrainte d'Orowan que chaque famille oppose aux dislocations au fil du temps. Modèle pédagogique : loi d'Orowan simplifiée et grossissement en r³, calés sur les tailles publiées pour le P91.

🎓 Niveau 2 : maîtriser Orowan, grossissement, phases tardives

Le contournement d'Orowan. Une dislocation qui rencontre des particules dures, espacées de λ, se courbe entre elles et finit par les contourner en laissant une boucle autour de chacune. La contrainte nécessaire est d'autant plus grande que les particules sont proches :

σOr ≈ M·μ·bλ   avec   λ ≈ r·√(2π/3f)

M ≈ 3 : facteur de Taylor (passage du cisaillement d'un grain à la traction d'un polycristal) ; μ : module de cisaillement (≈ 64 600 MPa à 600 °C) ; b ≈ 0,25 nm : vecteur de Burgers, le pas élémentaire de glissement ; λ : distance moyenne entre particules dans un plan de glissement ; r : rayon moyen des particules ; f : fraction volumique. Version simplifiée : la formule complète ajoute un facteur de l'ordre de 0,8 et un terme logarithmique.

Exemple, MX du P91 : f = 0,2 %, r = 15 nm, d'où λ ≈ 15 × √(2π/0,006) ≈ 485 nm et σOr ≈ 3 × 64 600 × 0,25/485 ≈ 100 MPa. Pour une même masse de précipités, diviser leur taille par deux divise λ par deux et double σOr : mieux vaut beaucoup de petits précipités que peu de gros.

Le grossissement (mûrissement d'Ostwald). Les petites particules, moins stables, se dissolvent au profit des grosses. La théorie de Lifshitz, Slyozov et Wagner prévoit :

r³ − r0³ = k(T)·t

k, constante de grossissement, suit une loi d'Arrhenius : elle dépend de la diffusion des atomes les plus lents de la particule et de leur solubilité dans la matrice. Les MX, faits de vanadium et de niobium presque insolubles dans la ferrite, grossissent mille fois plus lentement que les M₂₃C₆ dans la manipulation 2.

Les phases qui arrivent tard. Au-delà de quelques milliers à dizaines de milliers d'heures vers 600 °C :

  • la phase de Laves, Fe₂(Mo,W), apparaît aux joints : elle retire du molybdène et du tungstène de la solution solide et peut grossir jusqu'à plusieurs centaines de nanomètres ;
  • la phase Z, un nitrure complexe Cr(V,Nb)N, se forme en consommant les MX ; peu abondante dans le P91, elle se forme bien plus vite dans les aciers à 11-12 % de chrome, ce qui a ruiné la tenue à long terme de plusieurs nuances nouvelles ;
  • la restauration de la sous-structure : les lattes s'élargissent en sous-grains, la densité de dislocations baisse.

Voilà pourquoi la résistance au fluage à long terme peut décrocher par rapport aux essais courts, et pourquoi les estimations des P91 et P92 ont été revues à la baisse quand les essais ont dépassé 50 000 h (cours 1).

⚠️ Piège : plus de précipités n'est pas toujours mieux. Un excès de carbone donne de gros carbures qui grossissent vite ; dans les nuances au bore, un excès d'azote immobilise le bore en nitrures ; et trop d'aluminium capte l'azote en nitrures d'aluminium, au détriment des MX. Les fenêtres de composition des nuances modernes sont étroites, et une coulée hors fenêtre peut perdre une grande partie de sa tenue.
💡 Petits et stables. Les deux qualités d'un bon précipité de fluage : être fin (pour être serré) et peu soluble (pour ne pas grossir). Les MX cumulent les deux ; les carbures de fer et les M₂C des aciers faiblement alliés grossissent bien plus vite.
🔥 La soudure peut dissoudre le gravier

Dans la zone affectée d'un P91, la bande chauffée juste au-dessus d'Ac1 ou d'Ac3 dissout une partie des M₂₃C₆ sans remettre les MX en solution, puis le revenu fait grossir ce qui reste : grains fins, précipités grossiers, sous-structure affaiblie. C'est la zone où naît la fissuration de type IV (cours 3).

3

Le ballet des carbures

Du carbure ε au M₆C : une séquence réglée par le temps et la température

🩰Image à retenirLe ballet : les danseurs entrent et sortent dans un ordre fixé ; le temps et la température règlent seulement la vitesse de la musique
👁 Niveau 1 : voir le ballet

Tous les éléments n'ont pas le même goût pour le carbone. Le phosphore, le silicium, l'aluminium et le nickel restent en solution solide dans le fer ; le cobalt et le manganèse forment un peu de carbures ; le chrome, puis le molybdène et le tungstène, puis le tantale, le vanadium, le niobium et le titane sont de plus en plus carburigènes : leurs carbures sont de plus en plus stables.

Mais le plus stable n'arrive pas le premier. Pendant le revenu d'un acier 2,25Cr-1Mo, puis pendant ses années de service, les carbures se succèdent dans un ordre fixé, comme les danseurs d'un ballet : d'abord ceux qui se forment vite, avec le fer seul (carbure ε, cémentite Fe₃C), puis ceux qui demandent la diffusion du molybdène (Mo₂C), puis ceux du chrome (Cr₇C₃, M₂₃C₆), enfin le M₆C, riche en molybdène, le plus stable. Le temps et la température ne changent pas l'ordre des entrées : ils règlent seulement la vitesse de la musique.

Et cette vitesse se résume par un seul nombre, le cousin de Larson-Miller croisé au cours 1 : le paramètre de Hollomon-Jaffe, P = T·(20 + log t)/1 000. Deux traitements de même P donnent à peu près les mêmes carbures. Un traitement thermique après soudage de 2 h à 690 °C (P ≈ 19,6) laisse de la cémentite et du Mo₂C ; trente ans de service à 540 °C (P ≈ 20,6) font apparaître le Cr₇C₃ : le service continue le revenu.

Manipulation 3 : la séquence des carbures du 2,25Cr-1Mo

Choisis un traitement type ou règle la température T et la durée t. Le point se place sur le diagramme temps-température ; les frontières entre domaines suivent presque des lignes d'égal paramètre P = T(20 + log t)/1 000 (T en K, t en h). La pointillée passe par ton point : tout traitement sur cette ligne donne les mêmes carbures. Frontières schématisées d'après le diagramme classique de Baker et Nutting, étendu à 3 × 10⁵ h.

🎓 Niveau 2 : maîtriser types de carbures, paramètre, équivalences
CarbureMétal principalOù et commentStabilité
ε (Fe₂₋₃C)ferfines plaquettes, au tout début du revenutransitoire
M₃C (Fe₃C, cémentite)fer, un peu de Cr et Mnplaquettes ou globules ; perlitese dissout au profit des carbures alliés
M₂C (Mo₂C)molybdènefines aiguilles dans les grains : durcissement secondairemoyenne ; grossit, puis cède la place au M₆C
M₇C₃ (Cr₇C₃)chromeparticules intermédiairesmoyenne ; évolue vers M₂₃C₆
M₂₃C₆chrome (Fe, Mo)joints de grains et de lattesbonne ; grossit lentement
M₆Cmolybdène et fergros carbures tardifstrès stable ; consomme le Mo de la solution solide
MX (VC, NbC, VN…)vanadium, niobiumtrès fins dans les lattesexcellente ; nuances P91, P92, T23, T24

Les domaines du diagramme (2,25Cr-1Mo normalisé, schématisé), avec les valeurs de P qui les séparent :

  1. P < 15,4 : Fe₃C + carbure ε (avec des franges naissantes de Mo₂C) ;
  2. 15,4 à 18,3 : Fe₃C (franges de Mo₂C) ;
  3. 18,3 à 20,2 : Fe₃C + Mo₂C ;
  4. 20,2 à 21,0 : Fe₃C + Cr₇C₃ + Mo₂C ;
  5. 21,0 à 22,15 : M₂₃C₆ + Cr₇C₃ (Mo₂C) ;
  6. P > 22,15 : M₂₃C₆ + M₆C.
P = T·(20 + log t)1 000  ⇒  téq = 101000·P/T2 − 20

T en kelvins, t en heures. Exemple : 2 h à 690 °C donnent P = 963 × (20 + 0,30)/1 000 ≈ 19,55 ; à 540 °C (813 K), le même P est atteint en 1019 550/813 − 20 ≈ 11 000 h, soit environ un an et demi de service.

Larson-Miller et Hollomon-Jaffe ont la même forme parce qu'ils décrivent le même phénomène, une transformation pilotée par la diffusion ; l'un s'écrit avec le temps à rupture, l'autre avec la durée d'un revenu. Le second est souvent divisé par 1 000, d'où des valeurs voisines de 20.

⚠️ Piège : le diagramme ne vaut que pour sa nuance. Il a été établi pour un 2,25Cr-1Mo normalisé. Une autre teneur en chrome ou en molybdène, une structure de départ différente (martensite au lieu de bainite) ou la contrainte appliquée en service décalent les frontières. Il donne des tendances, pas des certitudes.
💡 Ce que voit l'expert. Sur une réplique ou un prélèvement, la nature et la taille des carbures renseignent sur l'histoire thermique réelle du composant : un collecteur dont les carbures ressemblent à ceux du domaine 5 a vu plus chaud ou plus longtemps que prévu.
🔥 Le TTAS fait partie du ballet

Le traitement thermique après soudage n'est pas une parenthèse : il ajoute son P à l'histoire du métal de base et fait avancer ses carbures. Plusieurs TTAS successifs (réparations) cumulent leur effet et peuvent sur-revenir l'acier ; les normes de produits, comme l'EN 10028-2, indiquent d'ailleurs une valeur critique de P à ne pas dépasser sans vérification (cours 4).

4

Les noms des nuances

Lire 10CrMo9-10, X10CrMoVNb9-1, P265GH ou P22, et situer chaque famille

🏷️Image à retenirL'étiquette de composition : on lit le carbone en premier, puis les éléments du plus abondant au moins abondant, avec leurs teneurs codées
👁 Niveau 1 : voir l'étiquette de composition

Le même acier porte souvent trois ou quatre noms. Le 2,25Cr-1Mo s'appelle 10CrMo9-10 en désignation européenne, 1.7380 en numéro d'acier, T22 pour un tube et P22 pour un tuyau selon l'ASTM, et l'ancienne norme française l'appelait 10CD9-10. Savoir passer de l'un à l'autre est indispensable pour lire un certificat, un mode opératoire ou une spécification.

  • La désignation par la composition chimique (EN 10027-1) se lit comme une étiquette : un nombre, cent fois la teneur en carbone ; puis les symboles des éléments d'alliage, du plus abondant au moins abondant ; puis leurs teneurs, multipliées par un facteur pour donner des nombres entiers. Si au moins un élément atteint 5 %, l'acier est fortement allié : la désignation commence par X et les teneurs sont écrites telles quelles.
  • La désignation par l'emploi commence par une lettre (P pour les appareils à pression), suit la limite d'élasticité minimale en MPa, puis des symboles complémentaires : P265GH est un acier pour appareils à pression, de limite d'élasticité minimale 265 MPa, aux caractéristiques spécifiées (G) à haute température (H).
  • Les désignations américaines de l'ASTM numérotent les nuances par famille : T1, T11, T12, T22, T5, T9, T91, T92, T23, T24…, T pour les tubes (ASTM A213), P pour les tuyaux (A335), F pour les pièces forgées (A182). Dans les ateliers, on parle aussi de la composition nominale : « 1Cr-½Mo », « 1¼Cr-½Mo », « 2¼Cr-1Mo ».

Manipulation 4 : le décodeur de désignations

Choisis une désignation : elle se découpe en cases, chacune expliquée (noir : préfixe et type ; vert : composition ; bleu : propriétés ; bleu-vert : emploi). Le curseur met une case en avant ; ▶ Lire pas à pas parcourt la désignation. Les équivalences ASTM et le numéro d'acier sont donnés quand ils existent.

🎓 Niveau 2 : maîtriser EN 10027, ASTM, panorama des nuances

Les facteurs de l'EN 10027-1 pour les aciers faiblement alliés (aucun élément ≥ 5 %) :

FacteurÉlémentsExemple
× 4Cr, Co, Mn, Ni, Si, WCr9 → 9/4 = 2,25 % de chrome
× 10Al, Be, Cu, Mo, Nb, Pb, Ta, Ti, V, ZrMo10 → 10/10 = 1,0 % de molybdène
× 100Ce, N, P, SN2 → 0,02 % d'azote
× 1 000BB3 → 0,003 % de bore

Seules les teneurs des premiers éléments sont chiffrées ; les suivants, présents en petites quantités caractéristiques, sont seulement nommés : dans 7CrWVMoNb9-6, le 9 donne le chrome (2,25 %) et le 6 le tungstène (1,5 %) ; vanadium, molybdène et niobium sont cités sans teneur. La désignation numérique de l'EN 10027-2 (1.7380, 1.4903…) est un simple numéro : 1 pour l'acier, puis le groupe et le rang de la nuance. Les aciers moulés prennent le préfixe G (GP240GH).

Les symboles complémentaires des aciers pour appareils à pression (désignation par l'emploi, lettre P) : B bouteilles à gaz, M laminage thermomécanique, N normalisé ou laminage normalisant, Q trempé et revenu, S appareils à pression simples, T tubes, G autres caractéristiques ; puis H haute température, L basse température, R température ambiante, X haute et basse température. Exemples : P265GH, P355M, P355QH, P265NB, GP240GH.

L'ancienne désignation française, encore courante dans le nucléaire : mêmes principes, avec des lettres propres pour les éléments.

ÉlémentAlCoCrCuMnMoNbNiPPbSSiTiVW
LettreAKCUMDNbNPPbFSTVW

Le panorama des nuances (compositions typiques en %, températures d'emploi usuelles) :

FamilleEN (numéro)ASTMCCrMoAutresEmploi jusqu'à
0,3Mo16Mo3 (1.5415)≈ T1/P10,16< 0,30,3—≈ 460 °C
1Cr-0,5Mo13CrMo4-5 (1.7335)T12/P120,131,00,5—≈ 545 °C
1,25Cr-0,5Mo10CrMo5-5T11/P110,101,250,5Si≈ 545 °C
2,25Cr-1Mo10CrMo9-10 (1.7380)T22/P220,102,21,0—≈ 545 °C
2,25Cr-1Mo-V—F22V, grade 22V0,122,251,0V 0,3≈ 550 °C
2,25Cr-W-V7CrWVMoNb9-6T230,072,3< 0,3W 1,6 ; V ; Nb ; B≈ 550 °C
2,25Cr-1Mo-V-Ti-B7CrMoVTiB10-10T240,072,251,0V 0,24 ; Ti ; B≈ 550 °C
5Cr-0,5MoX11CrMo5T5/P50,1250,5—≈ 585 °C
9Cr-1MoX11CrMo9-1T9/P90,1291,0—≈ 585 °C
9Cr-1Mo modifiéX10CrMoVNb9-1 (1.4903)T91/P910,108,81,0V 0,22 ; Nb 0,08 ; N 0,05≈ 625 °C
9Cr-1Mo-1WX11CrMoWVNb9-1-1E911 (P911)0,118,81,0W 1 ; V ; Nb ; N≈ 625 °C
9Cr-0,5Mo-2WX10CrWMoVNb9-2 (1.4901)T92/P920,108,80,5W 1,5 à 2 ; V ; Nb ; N ; B≈ 625 °C
12Cr-1Mo-VX20CrMoV11-1 (1.4922)—0,2011,51,0Ni 0,6 ; V 0,3≈ 585 °C

Note les deux exceptions de la famille : le X20CrMoV11-1, avec 0,20 % de carbone, beaucoup plus délicat à souder que le P91 ; et les T23 et T24, conçus pour être soudés sans traitement thermique en paroi mince, ce qui ne s'est pas toujours vérifié (cours 3). Les nuances micro-alliées n'ont pas toutes été acceptées d'emblée par les codes de construction : il faut toujours vérifier qu'une nuance est admise par le code applicable.

⚠️ Piège : le 4 n'est pas le 10. Dans 13CrMo4-5, le 4 donne 1 % de chrome (facteur 4) et le 5 donne 0,5 % de molybdène (facteur 10). Et dans une désignation en X, il n'y a plus de facteur : X10CrMoVNb9-1 contient 9 % de chrome et 1 % de molybdène.
💡 T, P, F. La lettre ASTM ne change pas la chimie : T22, P22 et F22 sont le même 2,25Cr-1Mo, en tube, en tuyau ou en pièce forgée. Pour les tôles, on parle de « grade 22 » (ASTM A387).
🧠 Mnémotechnique : « 4 pour les quatre grands, 10 pour le reste du métal ». Cr, Mn, Ni, Si (et Co, W) se divisent par 4 ; Mo, V, Nb, Ti, Cu, Al (et Be, Pb, Ta, Zr) par 10 ; N, P, S par 100 ; B par 1 000.
🔥 Le certificat d'abord

Avant de souder, le coordinateur vérifie la nuance réelle sur le certificat de contrôle (EN 10204, type 3.1), et sa chimie : teneurs en carbone, en Ni + Mn (pour le P91), en P, Sn, As et Sb (pour la fragilisation au revenu, cours 3). Le groupe de matériaux de l'ISO/TR 15608 (groupe 5 pour les Cr-Mo sans vanadium, groupe 6 pour les Cr-Mo-V, dont le P91) fixe ensuite le domaine de validité des qualifications.

5

La corrosion à chaud

Oxydation, soufre, hydrogène : ce que le chrome et le molybdène protègent

🧥Image à retenirL'imperméable : la couche d'oxyde riche en chrome ralentit l'attaque ; plus elle contient de chrome, plus l'averse glisse
👁 Niveau 1 : voir l'imperméable

À chaud, l'acier n'affronte pas seulement le fluage. Trois agresseurs chimiques l'attendent :

  • l'oxygène, de l'air, des fumées ou de la vapeur elle-même : une couche d'oxyde croît sur la paroi, la vapeur côté intérieur, les fumées côté extérieur. Trop épaisse, elle isole le tube, qui chauffe davantage et flue plus vite ; elle peut aussi s'écailler et boucher des tubes ou éroder la turbine. C'est l'une des raisons pour lesquelles chaque famille a sa température maximale d'emploi ;
  • le soufre, présent dans les pétroles bruts et certains combustibles : au-delà de 260 °C environ, il attaque l'acier en formant des sulfures de fer. Sur un acier au carbone, la perte peut atteindre quelques millimètres par an ; avec du chrome, elle tombe à quelques dixièmes de millimètre par an ;
  • l'hydrogène sous pression, dans les unités d'hydrotraitement et d'hydrocraquage : il diffuse dans l'acier et réagit avec le carbone des carbures pour former du méthane, une molécule trop grosse pour ressortir. Le méthane s'accumule aux joints de grains, crée des bulles et des fissures, et l'acier se décarbure : c'est l'attaque par l'hydrogène à chaud.

Dans les trois cas, le chrome est le premier rempart : il enrichit la couche d'oxyde ou de sulfure et la rend plus protectrice, comme un imperméable plus serré. Contre l'hydrogène, le chrome et le molybdène agissent autrement : ils forment des carbures très stables, dont l'hydrogène ne peut plus arracher le carbone.

Manipulation 5 : le soufre et le chrome

Pétrole brut à 0,6 % de soufre, sans hydrogène. Choisis l'acier, règle la température de paroi, la durée de service et la surépaisseur de corrosion prévue au calcul. Le graphique donne la vitesse de corrosion de chaque famille ; la coupe de paroi montre ce qui reste de la surépaisseur. Vitesses relevées sur les courbes de McConomy modifiées : ordres de grandeur, pas une prévision de site.

🎓 Niveau 2 : maîtriser unités, domaines, attaque par l'hydrogène

Les unités. Les raffineurs expriment souvent les vitesses de corrosion en mpy, millièmes de pouce par an : 1 mpy = 0,025 4 mm/an. Une perte de 30 mpy, soit 0,76 mm/an, consomme une surépaisseur de 3 mm en 4 ans.

durée de la surépaisseur = cvcorr

c : surépaisseur de corrosion (mm) ; vcorr : vitesse de corrosion (mm/an). À 350 °C : acier au carbone ≈ 0,76 mm/an, 3 mm durent 4 ans ; 9 % Cr ≈ 0,11 mm/an, 3 mm durent environ 28 ans.

Le domaine des courbes de McConomy modifiées. Elles ont été établies pour des pétroles bruts sans hydrogène, au-delà de 260 °C environ ; la vitesse croît avec la teneur en soufre et avec la température, puis plafonne vers 400 °C. En présence d'hydrogène et d'hydrogène sulfuré (hydrotraitement), d'autres courbes s'appliquent, avec des vitesses bien plus élevées, et le chrome n'y protège vraiment qu'à partir de 9 à 12 % ; les aciers inoxydables austénitiques y sont la règle.

L'attaque par l'hydrogène à chaud. La réaction en cause est :

C (des carbures) + 2 H₂ → CH₄ ↑ (aux joints de grains)

Le méthane, qui ne diffuse pas dans l'acier, s'accumule sous pression dans des cavités ; elles coalescent en fissures intergranulaires, et l'acier perd son carbone, donc sa résistance.

Les courbes de Nelson (pratique recommandée API RP 941 de l'American Petroleum Institute) délimitent, pour chaque famille d'aciers, le domaine sûr en fonction de la température et de la pression partielle d'hydrogène : plus l'acier contient de chrome et de molybdène, plus ce domaine s'étend vers les hautes températures. C'est ce qui a imposé les aciers 1,25Cr-0,5Mo, 2,25Cr-1Mo puis 2,25Cr-1Mo-V dans les réacteurs d'hydrocraquage. Une soudure non traitée, dont les carbures sont moins stables, est un point faible pour cette attaque : le traitement thermique après soudage y contribue aussi à la tenue à l'hydrogène.

L'oxydation par la vapeur. À 600 °C, la couche de magnétite (Fe₃O₄) d'un acier à 2,25 % de chrome croît bien plus vite que celle d'un acier à 9 % de chrome, elle-même plus épaisse que celle d'un acier à 12 % de chrome ou d'un austénitique. C'est l'oxydation, plus que le fluage, qui limite le P91 vers 600 à 625 °C de température de métal et qui a poussé vers les nuances à 12 % de chrome et les aciers austénitiques dans les surchauffeurs les plus chauds.

⚠️ Piège : deux « hydrogènes » différents. L'attaque par l'hydrogène à chaud (au-delà d'environ 200 °C, méthane, décarburation) n'a rien à voir avec la fissuration à froid des soudures par l'hydrogène diffusible (quelques heures après soudage, sous 200 °C, cours 3), ni avec la fissuration en milieu H₂S humide, à température ambiante. Mêmes atomes, mécanismes et remèdes différents.
💡 Le chrome est le levier. Pour la corrosion à chaud, passer de l'acier au carbone à 9 % de chrome divise la vitesse par sept environ, et passer à 12 % par vingt. Le molybdène, lui, compte surtout pour le fluage et pour l'hydrogène.
🔥 Le métal fondu doit suivre

Si le métal de base a été choisi pour sa tenue à l'oxydation, au soufre ou à l'hydrogène, le métal fondu doit avoir au moins la même teneur en chrome et en molybdène. Un apport moins allié deviendrait la tache de rouille du circuit : d'où la règle de choisir un produit d'apport de composition voisine du métal de base (cours 4).

6

Les traitements thermiques

Recuit, normalisation, trempe et revenu, sans jamais dépasser Ac1

🍞Image à retenirLa boulangerie : on pétrit la pâte (austénitisation), on la façonne en refroidissant, puis on la cuit doucement (revenu) ; trop chaud, le pain brûle
👁 Niveau 1 : voir la boulangerie

Le traitement thermique conditionne la taille de grain et les propriétés mécaniques. Quatre opérations, comme chez le boulanger :

  • le recuit (annealing) : austénitisation vers 840 à 910 °C, avec un maintien de l'ordre de 2,4 min par millimètre d'épaisseur (une heure par pouce), puis refroidissement lent, environ 30 °C/h jusque vers 540 °C, puis au four ou à l'air libre. On obtient ferrite et carbures : l'état le plus doux, pour usiner ou former ;
  • la normalisation (N) : même austénitisation, puis refroidissement continu à l'air calme ; à l'air pulsé ou à la vapeur pour les pièces épaisses. Les nuances alliées en sortent bainitiques ou martensitiques ;
  • la trempe (Q) : refroidissement à l'huile ou à l'eau, pour les fortes épaisseurs ou les hautes résistances ; attention aux tapures, ces fissures de trempe ;
  • le revenu (T) : maintien en température sous Ac1, puis refroidissement lent. La martensite garde sa structure fine en lattes mais perd son carbone, et donc sa maille déformée (quadratique) : le carbone précipite en carbures. La dureté baisse, la ténacité remonte.

Les nuances résistant au fluage sont presque toujours livrées normalisées et revenues (+NT), parfois trempées et revenues (+QT), le 16Mo3 simplement normalisé. Le temps et la température du revenu sont très importants : trop froid ou trop court, l'acier reste dur et fragile ; trop chaud, au-delà d'Ac1, il se ré-austénitise en partie et forme, au refroidissement, une martensite fraîche, non revenue.

Manipulation 6 : régler un revenu

Nuance normalisée, à revenir. Règle la température TR et la durée tR du revenu. Le graphique donne la dureté après revenu en fonction de la température, pour la durée choisie ; la bande verte est la plage de revenu de l'EN 10028-2, la ligne violette la température Ac1. À droite, le cycle thermique. Duretés et Ac1 : modèle pédagogique, valeurs indicatives.

🎓 Niveau 2 : maîtriser plages normalisées, paramètre, Ac1

Les températures de traitement des tôles pour appareils à pression (EN 10028-2, valeurs indicatives de la norme) :

Nuance (numéro)Austénitisation ou normalisationRevenu
P235GH, P265GH, P295GH, P355GH890 à 950 °C—
16Mo3 (1.5415)890 à 950 °C(590 à 650 °C)
13CrMo4-5 (1.7335)890 à 950 °C630 à 730 °C
13CrMoSi5-5 (1.7336)890 à 950 °C650 à 730 °C
10CrMo9-10 (1.7380), 12CrMo9-10 (1.7375)920 à 980 °C650 à 750 °C
X12CrMo5 (1.7362)920 à 970 °C680 à 750 °C
13CrMoV9-10 (1.7703)930 à 990 °C675 à 750 °C
12CrMoV12-10 (1.7767)930 à 1 000 °C675 à 750 °C
X10CrMoVNb9-1 (1.4903)1 040 à 1 100 °C730 à 780 °C

Plus l'acier est allié, plus il faut chauffer haut pour remettre en solution ses carbures (1 040 à 1 100 °C pour le P91, dont il faut dissoudre les M₂₃C₆ et une grande partie des carbonitrures de vanadium), et plus le revenu est chaud, car ses carbures résistent davantage à l'adoucissement.

Le paramètre de revenu. L'effet d'un revenu se résume par le paramètre de Hollomon-Jaffe P = T·(20 + log t)/1 000 (chapitre 3) : la dureté après revenu suit à peu près une courbe unique en fonction de P. Exemple pour le P91 : 760 °C pendant 2 h donnent P = 1 033 × 20,30/1 000 ≈ 20,97 ; 730 °C pendant 1 h, seulement P ≈ 20,06, un revenu nettement plus faible. La manipulation donne environ 210 HV dans le premier cas, près de 300 HV dans le second.

La limite Ac1. Au-delà d'Ac1, une partie de la structure redevient austénite ; au refroidissement, elle se transforme en martensite fraîche, dure et fragile, qu'aucun revenu ultérieur ne viendra adoucir si l'on ne recommence pas tout. Ac1 dépend de la nuance et de la composition : de l'ordre de 745 °C pour un 1Cr-0,5Mo, 775 °C pour un 1,25Cr-0,5Mo, 805 °C pour un 2,25Cr-1Mo et 800 à 830 °C pour un P91 (températures critiques inférieures indicatives, comme celles que tabule le code de tuyauteries B31.1 de l'ASME, l'American Society of Mechanical Engineers). Le nickel et le manganèse abaissent Ac1 : c'est pourquoi on limite Ni + Mn dans les P91 et surtout dans leurs produits d'apport, dont l'Ac1 peut tomber vers 770 °C si Ni + Mn atteint 1,5 %.

⚠️ Piège : « plus chaud, c'est plus sûr ». Monter le revenu d'un P91 de 760 à 800 °C ne l'adoucit pas davantage s'il franchit Ac1 : il durcit localement par martensite fraîche. Et un revenu trop chaud ou trop long sur-revient l'acier : ses carbures grossissent, sa résistance au fluage baisse. Le revenu se règle dans une fenêtre.
💡 Normalisation avant revenu. La normalisation fixe la taille de grain et la structure de départ ; le revenu ne fait que l'adoucir et la stabiliser. Un P91 mal normalisé (température trop basse, carbures non dissous) ne sera jamais rattrapé par un bon revenu.
🧠 Mnémotechnique : « N pour naître, R pour se reposer, jamais au-dessus d'Ac1 ». La normalisation donne naissance à la structure, le revenu la repose, et Ac1 est le plafond du four.
🔥 Le TTAS est un revenu

Le traitement thermique après soudage d'un Cr-Mo est un revenu de la zone affectée et du métal fondu : mêmes règles de fenêtre et de paramètre, avec en plus la relaxation des contraintes résiduelles. Pour un P91, il se fait typiquement vers 750 à 770 °C, au-dessus du minimum des codes et sous l'Ac1 du métal fondu (cours 4).

✎

Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de l'étiquette au four de revenu

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi formule littérale, puis valeurs, puis unités

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs viennent des modèles du cours et des manipulations 1 à 6 ; le défi se rejoue dans les manipulations 3 et 6. Rappel : T (K) = θ (°C) + 273,15 ; log : logarithme décimal.

Exercice 1 : lire des étiquettes N1 · chapitre 4

a) Donne la composition nominale indiquée par 13CrMo4-5 et 10CrMo9-10, et leur équivalent ASTM.

b) Que signifient le X et les chiffres de X10CrMoVNb9-1 ? Pourquoi le vanadium et le niobium n'ont-ils pas de teneur ?

c) Dans 7CrWVMoNb9-6, que vaut la teneur en tungstène ?

d) Décode P265GH et GP240GH.

e) Un certificat ancien indique « 10CD9-10 ». De quel acier s'agit-il ?

Voir la correction

a) 13CrMo4-5 : 0,13 % C ; Cr = 4/4 = 1 % ; Mo = 5/10 = 0,5 % : c'est le 1Cr-½Mo, T12/P12. 10CrMo9-10 : 0,10 % C ; Cr = 9/4 = 2,25 % ; Mo = 10/10 = 1 % : le 2¼Cr-1Mo, T22/P22.

b) X : acier fortement allié, au moins un élément atteint 5 % ; les teneurs sont alors écrites sans facteur : 0,10 % C, 9 % Cr, 1 % Mo. Le vanadium (≈ 0,2 %) et le niobium (≈ 0,08 %), présents en petites quantités caractéristiques, sont nommés sans teneur. C'est le P91.

c) Le 9 donne le chrome (9/4 = 2,25 %), le 6 le tungstène, avec le facteur 4 : W = 6/4 = 1,5 %. C'est le T23.

d) P265GH : acier pour appareils à pression (P), limite d'élasticité minimale 265 MPa, autres caractéristiques (G), haute température (H). GP240GH : la même logique pour une pièce moulée (G), 240 MPa (EN 10213).

e) L'ancienne désignation française du 2,25Cr-1Mo : C pour le chrome, D pour le molybdène, avec les mêmes facteurs. C'est l'actuel 10CrMo9-10.

Exercice 2 : prévoir la structure N1 et N2 · chapitre 1

Utilise les seuils de la manipulation 1 et, pour la martensite, HVM ≈ 884·C·(1 − 0,3·C²) + 294.

a) Calcule la dureté de la martensite d'un acier à 0,10 % de carbone, puis à 0,16 %.

b) Une tôle de 10CrMo9-10 de 25 mm est normalisée à l'air calme (t8/5 ≈ 12 s/mm). Quelle structure, quelle dureté ?

c) Même question pour 60 mm.

d) Un tuyau en P91 de 100 mm est normalisé à l'air calme. Quelle structure ?

e) Une passe de soudage sur 10CrMo9-10 froid se refroidit avec t8/5 ≈ 5 s ; avec préchauffage, ≈ 20 s. Simule-les par une trempe à l'eau de 10 puis de 40 mm. Conclusion ?

Voir la correction

a) 884 × 0,10 × (1 − 0,003) + 294 ≈ 382 HV ; 884 × 0,16 × (1 − 0,0077) + 294 ≈ 434 HV.

b) t8/5 ≈ 12 × 25 = 300 s, entre 40 et 400 s pour cette nuance : 100 % bainite, ≈ 289 HV (manipulation 1).

c) t8/5 ≈ 720 s : au-delà de 400 s, la ferrite apparaît : environ 26 % de ferrite et 74 % de bainite, ≈ 256 HV. Les fortes épaisseurs de 2,25Cr-1Mo sont souvent ferrito-bainitiques, d'où l'emploi d'air pulsé ou de la trempe.

d) t8/5 ≈ 1 200 s, bien en deçà du seuil d'environ 6 000 s du P91 : martensite, ≈ 382 HV. Le P91 est autotrempant.

e) 5 s : sous le seuil de 10 s, 100 % martensite, ≈ 382 HV. 20 s : moitié martensite, moitié bainite, ≈ 336 HV. Le préchauffage adoucit un peu la zone affectée, mais il sert surtout à faire partir l'hydrogène (cours 3) ; un revenu restera nécessaire.

Exercice 3 : le gravier qui grossit N2 · chapitre 2

P91 à 600 °C : μ ≈ 64 600 MPa, M = 3, b = 0,25 nm. MX : f = 0,2 %, r0 = 15 nm, k = 0,025 nm³/h. M₂₃C₆ : f = 2 %, r0 = 60 nm, k = 30 nm³/h.

a) Calcule λ et σOr pour les MX, puis pour les M₂₃C₆.

b) En combinant les deux familles par σ = √(σMX² + σM₂₃C₆²), quelle contrainte totale ?

c) Calcule les rayons après 10⁵ h, puis la nouvelle contrainte totale. Quelle perte relative ?

d) Même question pour un 9Cr-1Mo sans MX. Conclusion ?

Voir la correction

a) MX : λ = 15 × √(2π/0,006) ≈ 485 nm ; σ = 3 × 64 600 × 0,25/485 ≈ 100 MPa. M₂₃C₆ : λ = 60 × √(2π/0,06) ≈ 614 nm ; σ ≈ 79 MPa.

b) √(100² + 79²) ≈ 127 MPa.

c) MX : r = (15³ + 0,025 × 10⁵)1/3 = 5 8751/3 ≈ 18 nm, σ ≈ 83 MPa. M₂₃C₆ : r = (60³ + 30 × 10⁵)1/3 ≈ 148 nm, σ ≈ 32 MPa. Total √(83² + 32²) ≈ 89 MPa : −30 %.

d) Sans MX : de 79 à 32 MPa, −59 %. Les MX, presque stables, maintiennent l'essentiel du renfort : c'est l'idée du P91, deux fois et demie plus résistant au fluage que le 9Cr-1Mo à 600 °C. La manipulation 2 donne les mêmes valeurs.

Exercice 4 : le ballet en chiffres N1 et N2 · chapitre 3

a) Calcule le paramètre P d'un TTAS de 2 h à 690 °C. Dans quel domaine de carbures tombe le 2,25Cr-1Mo ?

b) Même question pour 30 ans de service à 540 °C (240 000 h).

c) Combien d'heures à 690 °C produiraient le même état de carbures que ces 30 ans ?

d) À quelle température un maintien de 1 h donnerait-il le même P ?

Voir la correction

a) P = 963,15 × (20 + log 2)/1 000 = 963,15 × 20,301/1 000 ≈ 19,55 : domaine 3, Fe₃C + Mo₂C.

b) P = 813,15 × (20 + log 240 000)/1 000 = 813,15 × 25,38/1 000 ≈ 20,64 : domaine 4, Fe₃C + Cr₇C₃ + Mo₂C. Le service a fait évoluer les carbures plus loin que le TTAS.

c) log t = 20 638/963,15 − 20 ≈ 1,43, soit t ≈ 27 h.

d) T = 1 000 × P/20 = 20 638/20 ≈ 1 032 K ≈ 759 °C.

Exercice 5 : le soufre et la surépaisseur N1 · chapitre 5

Tuyauterie de pétrole brut à 0,6 % de soufre, sans hydrogène, paroi à 350 °C, surépaisseur de corrosion 3 mm. Utilise la manipulation 5 (1 mpy = 0,025 4 mm/an).

a) Vitesse de corrosion de l'acier au carbone, en mpy et en mm/an. Combien de temps tient la surépaisseur ?

b) Même question pour un acier à 9 % de chrome.

c) Et pour un acier à 12 % de chrome ?

d) Pourquoi ces chiffres ne valent-ils plus dans un circuit d'hydrotraitement ?

Voir la correction

a) ≈ 30 mpy, soit 30 × 0,025 4 ≈ 0,76 mm/an ; 3/0,76 ≈ 3,9 ans.

b) ≈ 4,3 mpy, soit ≈ 0,11 mm/an ; 3/0,11 ≈ 28 ans : sept fois mieux.

c) ≈ 1,3 mpy, soit ≈ 0,032 mm/an ; la surépaisseur tient plus de 90 ans.

d) En présence d'hydrogène et d'hydrogène sulfuré, la corrosion est bien plus rapide et le chrome n'y protège vraiment qu'à partir de 9 à 12 % ; d'autres courbes s'appliquent. Et l'hydrogène sous pression ajoute le risque d'attaque par l'hydrogène à chaud, réglé par les courbes de Nelson.

Exercice 6 : régler le revenu d'un P91 N2 · chapitre 6

P91 normalisé (≈ 380 HV). Utilise la manipulation 6.

a) Calcule P pour un revenu de 2 h à 760 °C, et lis la dureté.

b) Même chose pour 1 h à 730 °C. Ce revenu est-il suffisant ?

c) Combien de temps faudrait-il à 730 °C pour obtenir le même P qu'en a) ?

d) Un four mal réglé monte à 830 °C. Que se passe-t-il ?

Voir la correction

a) P = 1 033,15 × (20 + 0,301)/1 000 ≈ 20,97 ; ≈ 210 HV, dans la plage de l'EN 10028-2 (730 à 780 °C) et sous la limite usuelle d'environ 250 HB.

b) P = 1 003,15 × 20/1 000 ≈ 20,06 ; ≈ 293 HV : trop dur, revenu insuffisant, bien que la température soit dans la plage.

c) log t = 20 974/1 003,15 − 20 ≈ 0,91, soit t ≈ 8 h.

d) 830 °C dépasse Ac1 (≈ 815 °C dans le modèle) : environ 18 % de la structure redevient austénite et se transforme au refroidissement en martensite fraîche, non revenue. La dureté moyenne (≈ 206 HV) masque ces îlots durs et fragiles : le traitement est à recommencer entièrement (normalisation et revenu).

Défi : le bon revenu pour un 2,25Cr-1Mo N2 · chapitres 3 et 6 · manipulations 3 et 6

Une spécification impose, pour un collecteur en 10CrMo9-10, un revenu au moins équivalent à 1 h à 720 °C. L'atelier propose 4 h à 680 °C.

a) Compare les deux paramètres P. La proposition convient-elle ?

b) Quelle durée faut-il à 680 °C ? Vérifie dans la manipulation 6 (10CrMo9-10, 680 °C) et lis la dureté.

c) Dans la manipulation 3, dans quel domaine de carbures se trouve ce revenu ?

Voir la correction

a) Exigence : P = 993,15 × 20/1 000 ≈ 19,86. Proposition : P = 953,15 × (20 + 0,602)/1 000 ≈ 19,64. Insuffisant : il manque 0,22, l'équivalent de plusieurs heures.

b) log t = 19 863/953,15 − 20 ≈ 0,84, soit t ≈ 6,9 h : on retient 7 h. La manipulation 6 donne alors P ≈ 19,87 et ≈ 177 HV, contre ≈ 186 HV pour 4 h.

c) P ≈ 19,9 : domaine 3, Fe₃C + Mo₂C, comme l'exigence. Le service à 540 °C fera ensuite évoluer les carbures vers le domaine 4.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12 avant le cours 3
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 2

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

🔁Image à retenirLe métal découvert deux fois : pris pour du chrome, rebaptisé vanadium
🛡️

L'équipe

Cr · Mo · V, Nb, N

Cr : bouclier contre l'oxydation ; Mo : ancre contre le fluage ; V, Nb, N : gravier fin ; C < 0,15 % pour souder.

🧊

Trempant

HVM ≈ 884C(1 − 0,3C²) + 294

Cr et Mo retardent la ferrite : bainite pour le P22, martensite à l'air pour le P91. Toujours revenir.

🪨

Le gravier

σOr ≈ Mμb/λ, λ ≈ r√(2π/3f)

Beaucoup de petits précipités valent mieux que peu de gros.

⏳

Le mûrissement

r³ − r0³ = k(T)·t

Les MX restent fins, les M₂₃C₆ grossissent ; la phase de Laves et la phase Z arrivent tard.

🩰

Le ballet

ε → Fe₃C → Mo₂C → Cr₇C₃ → M₂₃C₆ → M₆C

Ordre fixe ; le temps et la température règlent la vitesse.

🔢

Hollomon-Jaffe

P = T(20 + log t)/1 000

Même P, mêmes carbures ; trente ans à 540 °C valent une heure à 759 °C : le service continue le revenu.

🏷️

L'étiquette

10CrMo9-10 = 0,10 C · 2,25 Cr · 1 Mo

× 4 (Cr, Mn, Ni, Si, Co, W), × 10 (Mo, V, Nb…), × 100 (N, P, S), × 1 000 (B) ; X : sans facteur.

🧥

L'imperméable

C + 2H₂ → CH₄

Le chrome divise la sulfuration par 7 à 9 % Cr ; Cr et Mo stabilisent les carbures contre l'hydrogène.

🍞

La boulangerie

N + R, R < Ac1

Normaliser, puis revenir dans la plage (P91 : 730 à 780 °C) ; au-delà d'Ac1, martensite fraîche.

🔁 Fun fact : le métal découvert deux foisEn 1801, à l'École des mines de Mexico, le minéralogiste Andrés Manuel del Río étudie un minerai de plomb brun, aujourd'hui appelé vanadinite, et y découvre un élément nouveau. Il le nomme panchromium, puis erythronium, parce que ses sels deviennent rouges quand on les chauffe. En 1805, le chimiste français Hippolyte-Victor Collet-Descotils, soutenu par Alexander von Humboldt, conclut qu'il ne s'agit que de chrome impur : del Río retire sa découverte. En 1830, le Suédois Nils Gabriel Sefström retrouve l'élément dans un minerai de fer de la mine de Taberg et le baptise vanadium, d'après Vanadís, surnom de la déesse nordique Freyja, en raison des belles couleurs de ses composés. Peu après, Friedrich Wöhler montre que l'erythronium de del Río et le vanadium de Sefström ne font qu'un. Le métal qu'on avait confondu avec le chrome travaille aujourd'hui à ses côtés dans les carbonitrures du P91 : chapitre 2.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
Ac1, Ac3
Températures de début et de fin de transformation de l'acier en austénite au chauffage ; le revenu doit rester sous Ac1.
ASTM T, P, F, grade
Désignations américaines des aciers ferritiques alliés : T tubes (A213), P tuyaux (A335), F pièces forgées (A182), grade pour les tôles (A387) ; T22, P22, F22 désignent le même 2,25Cr-1Mo.
Austénite, austénitisation
Phase cubique à faces centrées du fer à haute température ; chauffer l'acier dans ce domaine pour remettre les carbures en solution avant normalisation ou trempe.
Bainite
Constituant formé entre la ferrite et la martensite, fait de lattes de ferrite et de carbures ; structure typique du 2,25Cr-1Mo normalisé.
Carbonitrure MX
Précipité de type VC, NbC, VN ou Nb(C,N), de quelques dizaines de nanomètres, très stable : M est le métal, X le carbone ou l'azote.
Carbure ε, cémentite Fe₃C (M₃C)
Carbures de fer : le premier, transitoire, au début du revenu ; la cémentite, constituant de la perlite.
Carburigène
Se dit d'un élément qui forme volontiers des carbures stables : Cr, Mo, W, Ta, V, Nb, Ti, par affinité croissante.
Courbes de McConomy modifiées
Courbes de vitesse de corrosion des aciers par les pétroles bruts soufrés sans hydrogène, en fonction de la température et de la teneur en chrome (1986).
Courbes de Nelson
Limites de température et de pression partielle d'hydrogène pour éviter l'attaque par l'hydrogène à chaud, selon l'acier (API RP 941).
Dislocation
Défaut linéaire du réseau cristallin dont le glissement porte la déformation plastique ; le fluage est son lent cheminement.
Durcissement secondaire
Durcissement par précipitation de carbures alliés fins (Mo₂C, VC) pendant le revenu.
EN 10027-1, EN 10027-2
Normes de désignation des aciers : symbolique (par la composition ou par l'emploi) et numérique (1.xxxx).
EN 10028-2, EN 10216-2
Normes de produits : tôles et tubes sans soudure en aciers pour service sous pression à température élevée.
Ferrite
Phase cubique centrée du fer à basse température, douce et ductile.
Hollomon-Jaffe (paramètre de)
P = T·(20 + log t)/1 000, T en K, t en h : il résume l'effet d'un revenu ou d'un maintien en température.
HTHA, attaque par l'hydrogène à chaud
Réaction de l'hydrogène sous pression avec le carbone de l'acier, formant du méthane aux joints de grains : fissures et décarburation.
HV, HB
Duretés Vickers et Brinell.
Laves (phase de)
Composé intermétallique Fe₂(Mo,W) qui précipite à long terme vers 550 à 650 °C et retire Mo et W de la solution solide.
Magnétite
Oxyde de fer Fe₃O₄ qui croît sur les parois en contact avec la vapeur.
M₂C, M₇C₃, M₂₃C₆, M₆C
Carbures alliés : Mo₂C fin, Cr₇C₃ intermédiaire, M₂₃C₆ (riche en Cr) aux joints, M₆C (riche en Mo) tardif et très stable.
Martensite (en lattes, revenue, fraîche)
Constituant de trempe, sursaturé en carbone et dur ; revenue, elle s'adoucit en précipitant des carbures ; fraîche, elle n'a pas été revenue.
μ (mu)
Module de cisaillement (≈ 64 600 MPa à 600 °C pour un acier ferritique).
mpy
Millième de pouce par an (mils per year) : 1 mpy = 0,025 4 mm/an.
Mûrissement d'Ostwald
Grossissement des précipités, les gros croissant aux dépens des petits : r³ − r0³ = k·t (théorie de Lifshitz, Slyozov et Wagner).
Normalisation (N), trempe (Q), revenu (T), recuit
Austénitisation puis refroidissement à l'air, à l'huile ou à l'eau, ou lent au four ; le revenu est un maintien sous Ac1 qui adoucit et stabilise.
Orowan (contournement d')
Franchissement de particules dures par une dislocation qui se courbe entre elles ; contrainte σOr ≈ M·μ·b/λ.
Perlite
Constituant lamellaire de ferrite et de cémentite, formé au refroidissement lent des aciers peu alliés.
Phase Z
Nitrure complexe Cr(V,Nb)N qui se forme à long terme en consommant les MX, surtout dans les aciers à 11-12 % de chrome.
Solution solide
Atomes d'un élément dispersés dans le réseau du fer ; les gros atomes (Mo, W) gênent les dislocations.
Sous-structure, restauration
Organisation des dislocations en lattes et sous-grains ; la restauration est son adoucissement progressif à chaud.
Sulfuration
Corrosion à chaud par le soufre, formant des sulfures de fer, au-delà de 260 °C environ.
Surépaisseur de corrosion
Épaisseur ajoutée au calcul pour être consommée par la corrosion pendant la durée de vie.
t8/5
Temps de refroidissement entre 800 et 500 °C, qui gouverne la structure obtenue.
Tapure
Fissure de trempe, due aux contraintes d'un refroidissement trop brutal.
Trempant (acier)
Acier qui prend facilement la trempe, parfois à l'air : le P91 est autotrempant.
Vecteur de Burgers b, facteur de Taylor M
Pas élémentaire de glissement d'une dislocation (≈ 0,25 nm dans le fer) ; facteur de passage du cisaillement d'un grain à la traction d'un polycristal (≈ 3).
+N, +NT, +QT
États de livraison : normalisé ; normalisé et revenu ; trempé et revenu.
ISO/TR 15608, EN 10204 3.1
Groupement des matériaux pour le soudage (groupe 5 : Cr-Mo sans vanadium, groupe 6 : Cr-Mo-V) ; certificat de contrôle du fabricant.
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧭Image à retenirLa boussole : quand tout est coché, cap sur le cours 3

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

▶ Prochain cours : souder un Cr-Mo, les pièges. Tu connais maintenant le métal. Le cours 3 le soumet au soudage : trempe et fissuration à froid par l'hydrogène, fragilisation au revenu (essai de step cooling et indices de composition), fissuration au réchauffage, zone affectée adoucie et fissuration de type IV, coefficient de joint en fluage. Autant de pièges qui s'expliquent par ce que tu viens d'apprendre.