Avant de commencer
Ce que tu sais déjà, en trois cases
| Chapitre du cours | Ce qu'il apporte à l'IWE |
|---|---|
| 1 La couche passive | passivité, seuil de 10,5 % de chrome, piqûres, corrosion galvanique, contaminations |
| 2 Les réseaux du fer | ferrite, austénite, martensites ; sites interstitiels ; magnétisme |
| 3 Le fer-chrome et la boucle γ | diagramme fer-chrome, effet du nickel, du carbone et de l'azote ; qui peut prendre la trempe |
| 4 Alphagènes, gammagènes, carburigènes | rôle de chaque élément d'alliage, stabilisation au titane et au niobium |
| 5 Creq, Nieq et diagrammes prédictifs | équivalents de Schaeffler, DeLong et Schneider ; carte des familles |
| 6 Désigner un inox | EN 10027-1 et -2, AISI, ancienne norme française, groupes ISO/TR 15608 |
- α (alpha) : la ferrite, cubique centrée (cc) ; δ (delta) : la ferrite de haute température, même structure ; γ (gamma) : l'austénite, cubique à faces centrées (cfc) ; α' et ε : deux martensites, quadratique centrée et hexagonale compacte (hc). Sur les cartes, on écrit aussi A (austénite), F (ferrite) et M (martensite).
- Creq, Nieq : chrome et nickel équivalents (chapitre 5) ; PREN (Pitting Resistance Equivalent Number) : indice de résistance aux piqûres (chapitre 1) ; Ms : température de début de transformation martensitique.
- EN : norme européenne ; AISI : American Iron and Steel Institute ; ISO/TR : rapport technique de l'ISO ; nm : nanomètre, un millionième de millimètre.
- Sauf mention contraire, toutes les teneurs sont en % massique.
Souder, c'est refondre et réchauffer un alliage. Pour prévoir ce que deviendra un inox, il faut savoir d'où vient sa résistance à la corrosion (et ce qui la détruit à l'atelier), quelle structure il a et pourquoi, et lire sans erreur sa désignation sur un certificat matière ou un mode opératoire de soudage. Les groupes ISO/TR 15608 décident même de l'étendue de validité d'une qualification : un mode opératoire qualifié sur un groupe 8.1 ne couvre pas un groupe 10.
La série en quatre cours
Déjà vu : fer-carbone, éléments d'addition et martensite (Métallurgie, cours 1 à 3). Voir aussi : les essais de traction et de dureté (Essais, cours 1 et 2).
Le plan du cours
- 1La couche passive
Quelques nanomètres d'oxyde de chrome, qui se referment seuls… presque toujours.
- 2Les réseaux du fer
Cubique centré, cubique à faces centrées, et les martensites : où se glisse le carbone.
- 3Le fer-chrome et la boucle γ
Le chrome referme l'île d'austénite, le nickel, le carbone et l'azote la font gonfler.
- 4Alphagènes, gammagènes, carburigènes
Le rôle de chaque élément d'alliage, et les stabilisants.
- 5Creq, Nieq et diagrammes prédictifs
Deux nombres pour prévoir une structure.
- 6Désigner un inox
X5CrNi18-10, 1.4301, 304 : trois noms pour un même acier.
La couche passive
Quelques nanomètres d'oxyde de chrome, qui se referment seuls… presque toujours
Un acier ordinaire rouille parce que sa rouille ne le protège pas : les oxydes de fer (FeO, Fe₃O₄, Fe₂O₃) forment des couches épaisses, poreuses, qui laissent passer l'oxygène et l'eau. La corrosion continue en dessous, jusqu'à percer la tôle.
Ajoutons du chrome. Le chrome a une très grande affinité pour l'oxygène : il s'oxyde avant le fer et forme un oxyde, Cr₂O₃, compact et sans pores. Avec un peu de chrome, cet oxyde reste en îlots dispersés dans la rouille. Avec au moins 10,5 % de chrome, il forme une pellicule continue, épaisse de quelques nanomètres seulement (environ 1 à 5 nm, soit dix mille fois moins qu'un cheveu). Cette pellicule est une barrière : l'acier est dit passif. C'est la définition d'un acier inoxydable selon l'EN 10088-1 : au moins 10,5 % de chrome et au plus 1,2 % de carbone.
Son grand atout : elle se reforme seule. Une rayure met le métal à nu ; si l'oxygène de l'air ou de l'eau est présent, le chrome exposé se réoxyde en quelques instants. C'est la repassivation.
Mais un inox n'est pas inoxydable partout ni toujours :
- les chlorures (eau de mer, sels de déneigement, produits de nettoyage) attaquent la pellicule en des points précis : une piqûre se creuse avant que la couche ne se referme ;
- des copeaux ou des particules d'acier ordinaire (meulage, brosse, outil) déposés sur l'inox rouillent et amorcent la corrosion ;
- au contact d'un autre métal, dans un liquide conducteur, un courant électrique circule : c'est la corrosion galvanique, qui attaque le moins noble des deux, d'autant plus vite que sa surface est petite.
Manipulation 1 : le bouclier de chrome
Trois situations, un même schéma en coupe. « La couche » : fais varier le chrome et regarde les oxydes se réorganiser, avec la perte de masse en atmosphère. « La rayure » : choisis une nuance et un milieu, puis lance la rayure : la couche se referme, ou une piqûre se creuse. « Lancer » anime la situation choisie. « Le couple » : deux métaux en contact dans l'eau salée ; règle le rapport des surfaces. Modèles pédagogiques, calés sur des ordres de grandeur publiés.
De la rouille à la couche passive
| Teneur en chrome | Ce qui se forme en surface | Comportement |
|---|---|---|
| 0 % | FeO, Fe₃O₄, Fe₂O₃ en couches épaisses et poreuses | la corrosion progresse sous la rouille |
| quelques % | îlots d'oxyde mixte FeCr₂O₄ (une spinelle) et de Cr₂O₃ dans les oxydes de fer | corrosion ralentie, mais pas arrêtée |
| ≥ 10,5 à 12 % | pellicule continue riche en chrome, 1 à 5 nm | passivité : la corrosion devient extrêmement lente |
La pellicule passive n'est pas du Cr₂O₃ pur : c'est un oxyde et hydroxyde mixte, enrichi en chrome par rapport au métal. Elle ne se forme et ne se répare qu'en présence d'un oxydant (oxygène de l'air ou dissous dans l'eau). Un recoin confiné, sans renouvellement d'oxygène, ne se repassive pas : c'est l'origine de la corrosion caverneuse (sous un joint, un dépôt, dans un recouvrement de tôles).
Les piqûres et l'indice PREN
Un ion chlorure Cl⁻ peut percer localement la pellicule. Au fond du trou, le métal se dissout ; les ions métalliques s'hydrolysent et rendent la solution acide, ce qui accélère la dissolution : la piqûre s'auto-entretient. Pour classer les nuances, on utilise l'indice de résistance aux piqûres :
Teneurs en % massique. Exemples : 304L ≈ 19,5 ; 316L ≈ 24,9 ; 2205 ≈ 35,5 ; 2507 ≈ 41,9
Le PREN n'a pas de signification physique en valeur absolue : il sert à comparer des nuances entre elles. En règle générale, une nuance de PREN inférieur à environ 35 ne convient pas à l'eau de mer, et l'on vise plus de 40 (super duplex, super austénitiques) pour les applications marines. D'autres critères existent : le potentiel de piqûration Epit, mesuré par un essai électrochimique, et la température critique de piqûration (CPT), au-dessus de laquelle la nuance pique dans un milieu donné.
Dans la manipulation 1, la sévérité du milieu est traduite par un PREN requis : PRENrequis ≈ 10 + 8·log10(cCl/10) + 0,25·(T − 20), avec cCl en mg/L de chlorures et T en °C. Ce modèle pédagogique retrouve les règles ci-dessus : environ 16 pour l'eau du robinet, 36 pour l'eau de mer à 20 °C, 41 à 40 °C.
La corrosion galvanique
Deux métaux différents en contact, dans un liquide conducteur (l'électrolyte), forment une pile. Le plus noble devient la cathode, où l'oxygène est réduit ; le moins noble devient l'anode, qui se dissout. La série galvanique en eau de mer classe les métaux (potentiels approximatifs, par rapport à l'électrode au calomel saturé) :
| Métal | Potentiel approximatif | Au contact d'un inox passif |
|---|---|---|
| Inox passif (316) | ≈ −0,05 V | cathode : protégé |
| Cuivre | ≈ −0,35 V | anode, attaque modérée |
| Acier au carbone | ≈ −0,6 V | anode, attaque nette |
| Alliages d'aluminium | ≈ −0,8 V | anode, attaque forte |
Le courant produit par toute la surface cathodique Ac se concentre sur la surface anodique Aa. La vitesse d'attaque de l'anode croît donc avec le rapport Ac/Aa :
Modèle pédagogique de la manipulation : v0 vitesse de corrosion de l'anode seule, ΔE écart de potentiel entre les deux métaux
Un rivet en acier au carbone dans une grande tôle d'inox est dévoré ; un rivet en inox dans une grande tôle d'acier ne change presque rien. Le même raisonnement vaut à l'intérieur d'un même métal : des hétérogénéités de composition (une zone appauvrie en chrome, une inclusion) jouent le rôle de petites anodes.
- Outils réservés à l'inox (brosses, disques, pinces), stockage séparé des aciers au carbone, protection contre les projections de meulage.
- Pas de marquage avec des produits chlorés ; rinçage après dégraissage.
- Après soudage, les teintes d'oxydation sont des zones où la couche passive est dégradée : on les élimine (cours 4, rochage).
- Pour un assemblage inox sur acier au carbone, on protège l'acier (peinture, revêtement) en débordant sur l'inox, pour ne pas laisser une petite surface d'acier face à une grande surface d'inox.
Les réseaux du fer
Cubique centré, cubique à faces centrées, et les martensites : où se glisse le carbone
Dans un métal, les atomes s'empilent comme des oranges sur un étal, selon un motif qui se répète : la maille. Le fer et ses alliages en connaissent deux à l'équilibre :
- la ferrite (α, ou δ à haute température) : cubique centrée (cc), un atome à chaque coin du cube et un au centre. Elle est ferromagnétique : un aimant la colle, au-dessous de sa température de Curie (770 °C pour le fer pur) ;
- l'austénite (γ) : cubique à faces centrées (cfc), un atome à chaque coin et un au centre de chaque face. Elle n'est pas magnétique.
Paradoxe : l'austénite est plus compacte (74 % du volume occupé par les atomes, contre 68 %), et pourtant elle offre le plus grand « trou » entre ses atomes, au centre du cube. Le carbone, petit atome qui se glisse entre les atomes de fer (on dit interstitiel), y tient bien mieux : l'austénite dissout jusqu'à 2,1 % de carbone, la ferrite à peine 0,02 %.
Hors d'équilibre apparaissent deux martensites :
- la martensite α' : une austénite trempée n'a pas le temps de rejeter son carbone ; le réseau devient cubique centré, mais le carbone piégé l'étire dans une direction : la maille devient quadratique centrée, d'autant plus étirée qu'il y a de carbone. C'est la martensite des aciers trempés et des inox martensitiques ;
- la martensite ε, hexagonale compacte : elle se forme quand on déforme à froid une austénite peu stable, par exemple en pliant un inox 301 ou 304.
Test d'atelier : un aimant colle à un ferritique, un martensitique ou un duplex (qui contient de la ferrite), pas à un austénitique… sauf là où il a été fortement déformé à froid, car il y a formé de la martensite α' magnétique (cours 2).
Manipulation 2 : le cristal à la loupe
Une maille de chaque structure, en perspective. Active « Sites interstitiels » pour voir le plus grand trou de la maille et le comparer à un atome de carbone. En martensite α', fais varier le carbone : la maille s'allonge (déformation exagérée cinq fois pour la rendre visible). « Tourner » fait pivoter la maille.
Les mailles en chiffres
| Structure | Atomes par maille | Voisins (coordinence) | Compacité | Paramètre du fer | Plus grand site |
|---|---|---|---|---|---|
| cc (ferrite) | 2 | 8 | π√3/8 ≈ 0,68 | a ≈ 0,287 nm | octaédrique aplati, r ≈ 0,019 nm ; tétraédrique r ≈ 0,036 nm |
| cfc (austénite) | 4 | 12 | π/(3√2) ≈ 0,74 | a ≈ 0,359 nm (à 912 °C) | octaédrique, r ≈ 0,053 nm |
| hc (martensite ε) | 6 (prisme) | 12 | ≈ 0,74 | a ≈ 0,254 nm ; c ≈ 0,41 nm | octaédrique |
Dans un réseau cc, les atomes se touchent le long de la grande diagonale du cube : 4R = a√3. Dans un réseau cfc, le long de la diagonale d'une face : 4R = a√2. Le site octaédrique de l'austénite, au centre du cube, a pour rayon r = a/2 − R ≈ 0,414·R : environ 0,053 nm. L'atome de carbone, de rayon environ 0,077 nm, y entre en écartant un peu ses voisins. Dans la ferrite, le plus grand site ne mesure que 0,036 nm : le carbone y déforme fortement le réseau, d'où sa très faible solubilité.
La martensite quadratique
Une trempe piège le carbone dans les sites octaédriques d'une seule orientation du réseau cc : la maille s'allonge selon cette direction (paramètre c) et se contracte un peu dans les deux autres (paramètre a).
Relation classique de Roberts (1953). À 0,1 % de carbone, c/a ≈ 1,005 : la martensite paraît presque cubique ; à 1 %, c/a ≈ 1,045
Plus le carbone est élevé, plus la maille est distordue et plus la martensite est dure : c'est pourquoi la dureté d'un inox martensitique dépend d'abord de son carbone (cours 2). La transformation se fait sans diffusion, par un cisaillement coordonné des atomes : elle ne dépend que de la température atteinte, pas du temps de maintien.
La structure fixe la soudabilité. Le cfc ne connaît pas de transition ductile-fragile : un austénitique reste tenace jusqu'aux températures cryogéniques. Le cc devient fragile à froid et voit ses grains grossir dans la zone affectée. La martensite α' est dure et sensible à l'hydrogène. Et le carbone, très soluble dans l'austénite de la zone affectée, se retrouve piégé ou rejeté au refroidissement : tout le cours 3 en découle.
Le fer-chrome et la boucle γ
Le chrome referme l'île d'austénite, le nickel, le carbone et l'azote la font gonfler
Le diagramme fer-chrome porte la teneur en chrome en abscisse et la température en ordonnée. Le fer pur passe par l'austénite entre 912 et 1 394 °C. Le chrome, alphagène, rétrécit ce domaine : il forme une petite boucle γ, comme une île collée à l'axe du fer. Au-delà d'environ 12 % de chrome, il n'y a plus d'austénite seule ; au-delà d'environ 13 %, plus d'austénite du tout. L'alliage reste ferritique de la solidification à l'ambiante.
Conséquence directe pour les familles d'inox :
- dans l'île (environ 12 % de chrome avec un peu de carbone) : l'acier devient austénitique à 1 000 °C ; trempé, il devient martensite. Ce sont les martensitiques (410, 420) ;
- hors de l'île (17 % de chrome, peu de carbone) : jamais d'austénite, donc ni trempe ni affinage du grain par traitement thermique. Ce sont les ferritiques (430, 439) ;
- avec du nickel, l'île gonfle : vers 18 % de chrome et 8 à 10 % de nickel, elle englobe tout le domaine utile, et l'austénite reste même stable à l'ambiante. Ce sont les austénitiques (304, 316). Entre les deux, une île qui couvre juste la moitié du chemin donne les duplex (2205), moitié ferrite, moitié austénite ;
- avec du carbone et de l'azote, très gammagènes, la bande où ferrite et austénite coexistent s'élargit beaucoup. Un 430 à 0,05 % de carbone s'austénitise donc en partie aux joints de grains vers 1 000 °C, ce qui lui donne de la martensite aux joints après un refroidissement rapide, en soudage notamment (cours 2).
Manipulation 3 : l'île qui gonfle
La partie haute du diagramme fer-chrome (de 750 à 1 400 °C) : boucle γ (austénite seule) et bande α + γ. Le nickel et ses semblables (« Ni + 0,5 Mn ») gonflent l'île ; le carbone et l'azote (« C + N ») élargissent surtout la bande α + γ. Choisis une nuance ou règle la composition : la verticale est l'alliage, le point sa température. « Chauffer puis tremper » austénitise à 1 050 °C puis trempe. Modèle simplifié d'après les coupes publiées.
Le binaire fer-chrome, partie haute
- Boucle γ entre 912 et 1 394 °C sur l'axe du fer, avec un minimum vers 830 à 850 °C autour de 7 % de chrome (selon les évaluations).
- Austénite seule jusqu'à environ 11 à 12 % de chrome ; bande α + γ jusqu'à environ 13 à 13,5 %.
- Au-delà, ferrite de la solidification à l'ambiante (la ferrite δ de haute température et la ferrite α de basse température se rejoignent). Plus bas apparaissent la phase σ et la lacune α + α' (cours 4).
Les coupes à nickel ou à carbone fixé
Un acier réel contient d'autres éléments : on trace alors des coupes du diagramme ternaire à teneur fixée en nickel, ou à teneur fixée en carbone + azote. Ordres de grandeur, avec 0,1 % de carbone : l'austénite seule s'étend jusqu'à environ 11 à 12 % de chrome sans nickel, environ 16 à 17 % avec 4 % de nickel, environ 22 % avec 8 % de nickel. Le carbone et l'azote élargissent surtout la bande α + γ : avec 0,13 % de C + N, de l'austénite apparaît encore vers 19 à 22 % de chrome, à haute température.
Le modèle de la manipulation 3 résume ces coupes. En notant Ni* = Ni + 0,5·Mn et (C + N) en % :
xγ : extension maximale de l'austénite seule ; xα : de la bande α + γ, en % de Cr + Mo (le terme en C + N ne compte qu'au-delà de 0,01 %) ; le titane et le niobium neutralisent le carbone et l'azote qu'ils fixent
Dans la bande α + γ, la règle du levier donne la fraction d'austénite : fγ = (xα(T) − x)/(xα(T) − xγ(T)), où x est la teneur en Cr + Mo de l'alliage et xα(T), xγ(T) les deux frontières lues à la température T.
Tremper, c'est transformer l'austénite
Seule l'austénite présente à la température de chauffage peut devenir martensite. Encore faut-il que sa température Ms soit au-dessus de l'ambiante. Pour les aciers fortement alliés, la formule de Pickering donne un ordre de grandeur :
Teneurs en %. Un 410 a un Ms bien au-dessus de l'ambiante : il prend la trempe. Un 304L a un Ms vers −100 °C : son austénite reste à l'ambiante. Établie sur des aciers riches en nickel, elle sous-estime Ms des martensitiques chargés en carbone (420) : pour eux, on lui préfère la formule d'Andrews (cours 2)
La zone affectée d'un ferritique est chauffée au-dessus de 1 000 °C : si sa verticale traverse la bande α + γ, il s'y forme de l'austénite aux joints, qui devient martensite au refroidissement rapide du soudage. D'où l'intérêt des nuances stabilisées (439, 441) dont le titane ou le niobium fixent le carbone : leur verticale sort de la boucle, la zone affectée reste entièrement ferritique.
Alphagènes, gammagènes, carburigènes
Deux équipes qui tirent la structure, et des voleurs de carbone
Chaque élément d'alliage joue dans une équipe :
- les alphagènes favorisent la ferrite et rétrécissent la boucle γ : chrome, molybdène, silicium, aluminium, titane, niobium, vanadium, tungstène ;
- les gammagènes favorisent l'austénite et agrandissent la boucle : nickel, carbone, azote, manganèse (et, plus faiblement, cuivre et cobalt).
Une troisième famille traverse les deux équipes : les carburigènes, qui forment des carbures avec le carbone. Par affinité croissante : manganèse, chrome, molybdène et tungstène, vanadium, niobium et titane. Le chrome est carburigène : en formant des carbures, il quitte la solution solide, et c'est autant de chrome en moins pour la couche passive. D'où l'astuce des aciers stabilisés : on ajoute du titane ou du niobium, plus avides de carbone que le chrome, qui forment des carbures MC et laissent le chrome en paix (cours 4, sensibilisation).
Chaque élément a aussi ses « talents » propres :
- soufre, phosphore, sélénium : meilleure usinabilité (mais mauvais pour la soudabilité, cours 3) ;
- silicium, aluminium : meilleure tenue à l'oxydation par les gaz chauds (nuances réfractaires) ;
- molybdène : meilleure tenue aux chlorures et aux acides réducteurs, et au fluage avec le bore ;
- manganèse : meilleure aptitude au formage à chaud, car il fixe le soufre en sulfures MnS, plus stables que les sulfures de chrome ;
- terres rares (scandium, yttrium, lanthanides) : meilleure aptitude au forgeage ;
- cuivre, aluminium associé au nickel : durcissement structural par de fins précipités (cours 2).
Manipulation 4 : la table des éléments
On part d'un ferritique 430 (16,5 % de chrome, 0,05 % de carbone et 0,04 % d'azote). Choisis un élément et dose-le : la boucle γ et la verticale de l'alliage se déplacent, et la carte d'identité de l'élément s'affiche. Même modèle que la manipulation 3, avec les coefficients de Schneider pour les alphagènes secondaires. Modèle pédagogique. « ▶ Doser » ajoute l'élément peu à peu.
| Élément | Alphagène | Gammagène | Carburigène | Autres effets |
|---|---|---|---|---|
| Cr | ✔ | ✔ | passivité, oxydation à chaud | |
| Mo | ✔ | ✔ | chlorures, acides réducteurs, fluage ; favorise σ | |
| Si | ✔ | oxydation à chaud, désoxydant, usinabilité | ||
| Al | ✔ | oxydation à chaud ; avec Ni, durcissement structural | ||
| Ti, Nb | ✔ | ✔ (très fort) | stabilisation : carbures MC, moins de grossissement de grain | |
| V, W | ✔ | ✔ | dureté à chaud, résistance à l'usure | |
| Ni | ✔ | ténacité, ductilité, austénite stable | ||
| Mn | ✔ | ✔ (faible) | fixe le soufre (MnS), formage à chaud | |
| C | ✔ (très fort) | dureté de la martensite ; carbures de chrome | ||
| N | ✔ (très fort) | résistance mécanique, piqûres (PREN) ; retarde σ | ||
| Cu | ✔ (faible) | durcissement structural, acide sulfurique |
La stabilisation, en masses
Pour fixer le carbone en carbure TiC, il faut un atome de titane par atome de carbone, soit en masse 47,9/12,0 ≈ 4 fois plus de titane que de carbone ; pour NbC, 92,9/12,0 ≈ 7,7 fois plus de niobium. Le titane fixe aussi l'azote (TiN). Les normes de produit imposent donc des minimums avec une marge, par exemple Ti ≥ 5 × C pour un 321 et Nb ≥ 10 × C pour un 347 (EN 10088). Le modèle de la manipulation retient le carbone et l'azote « libres » : (C + N) − Ti/4 − Nb/8.
Sur un certificat 3.1, repère d'abord le chrome et le nickel (la famille), puis le carbone (L ou pas), le molybdène (piqûres), l'azote (duplex, résistance), le titane ou le niobium (stabilisé). Le soufre, s'il dépasse 0,015 à 0,03 %, est un signal d'alerte pour la soudabilité.
Creq, Nieq et diagrammes prédictifs
Deux nombres pour prévoir une structure
Un inox contient une dizaine d'éléments ; impossible de tracer un diagramme à dix dimensions. L'astuce : remplacer le vrai alliage par un alliage fer-chrome-nickel fictif, qui aurait la même structure. On additionne tous les alphagènes, chacun pesé selon sa force par rapport au chrome : c'est le chrome équivalent Creq. On additionne de même les gammagènes par rapport au nickel : c'est le nickel équivalent Nieq.
Ces deux nombres placent l'acier sur une carte, la plus connue étant celle de Schaeffler (1949) : austénite en haut, ferrite à droite, martensite en bas à gauche, et des zones mixtes entre elles. Les familles d'inox s'y rangent naturellement : les austénitiques en haut, les duplex en diagonale dans le domaine austénite + ferrite, les ferritiques en bas à droite, les martensitiques à gauche.
Deux mises en garde : les coefficients sont empiriques, tirés d'essais, et chaque diagramme a les siens ; ils ne valent que pour les conditions de leur établissement. Schaeffler a tracé sa carte pour du métal fondu refroidi à la vitesse d'un cordon de soudure : sur une tôle laminée et traitée, elle donne une tendance, pas une prévision exacte.
Manipulation 5 : la balance
Premier schéma : une balance, avec à gauche les alphagènes et à droite les gammagènes, chacun en bloc proportionnel à son poids dans l'équivalent. Second schéma : la carte de Schaeffler (lignes de phases et d'iso-ferrite) avec les zones typiques des familles. Choisis une nuance, ajuste sa composition, change de jeu d'équivalents. « ▶ Ajouter du nickel » fait monter le nickel de 0 à 25 % : regarde la balance basculer et le point traverser la carte.
| Diagramme | Creq | Nieq | Domaine d'emploi |
|---|---|---|---|
| Schaeffler (1949) | Cr + Mo + 1,5·Si + 0,5·Nb | Ni + 30·C + 0,5·Mn | métal fondu de soudage ; carte A, F, M |
| DeLong (années 1950, révisé en 1973) | Cr + Mo + 1,5·Si + 0,5·Nb | Ni + 30·(C + N) + 0,5·Mn | métal fondu austénitique, azote compté ; ferrite en FN |
| WRC-1992 | Cr + Mo + 0,7·Nb | Ni + 35·C + 20·N + 0,25·Cu | austénitiques et duplex soudés ; ferrite en FN |
| Schneider (1960) | Cr + 2·Si + 1,5·Mo + 5·V + 5,5·Al + 1,75·Nb + 1,5·Ti + 0,75·W | Ni + Co + 0,5·Mn + 0,3·Cu + 25·N + 30·C | aciers moulés et nuances martensitiques ; nombreux éléments |
Exemple, 304L (C 0,02 ; Mn 1,5 ; Si 0,4 ; Cr 18,2 ; Ni 9,2 ; Mo 0,1 ; N 0,06) avec Schaeffler : Creq = 18,2 + 0,1 + 0,6 = 18,9 et Nieq = 9,2 + 0,6 + 0,75 = 10,55. Avec DeLong, l'azote ajoute 30 × 0,06 = 1,8 : Nieq = 12,35, le point monte et la ferrite prévue baisse.
Le rapport Creq/Nieq résume la balance : environ 1,4 à 1,8 pour un métal fondu austénitique avec un peu de ferrite, 2,5 à 4 pour un duplex, bien plus pour un ferritique. Il sert à prévoir la solidification (cours 3).
Ces diagrammes ont été inventés pour choisir les produits d'apport : prévoir la structure d'un métal fondu, surtout quand il mélange un inox et un acier au carbone. Le cours 3 les utilise pour placer les zones de danger de soudage et calculer la dilution.
Désigner un inox
X5CrNi18-10, 1.4301, 304 : trois noms pour un même acier
On peut classer les aciers par leur structure, leur composition ou leurs propriétés. Pour s'y retrouver parmi des centaines de nuances, il faut une normalisation. Trois systèmes cohabitent dans les ateliers :
- la désignation symbolique européenne (EN 10027-1). Pour un acier fortement allié (au moins un élément au-dessus de 5 %), elle décrit la composition : X, puis 100 fois le carbone, puis les symboles des éléments par teneurs décroissantes, puis leurs teneurs moyennes arrondies. X5CrNi18-10 : 0,05 % de carbone, 18 % de chrome, 10 % de nickel. Pour les aciers de construction, elle décrit l'emploi et les propriétés : S355J2 = acier de construction, limite d'élasticité minimale 355 MPa, 27 J à −20 °C ;
- la désignation numérique européenne (EN 10027-2) : un numéro unique 1.xxxx. Le 1 désigne l'acier, les deux chiffres suivants le groupe (40 à 49 pour les inox et réfractaires), les deux derniers l'ordre d'enregistrement. 1.4301 est le 304 ;
- la désignation américaine AISI : 3xx pour les austénitiques, 4xx pour les ferritiques et martensitiques, suffixe L pour le bas carbone (C ≤ 0,03 %).
On croise encore l'ancienne norme française : Z6CNUD15-4 (Z = fortement allié, 6 = 0,06 % de carbone, C, N, U, D = chrome, nickel, cuivre, molybdène, 15-4 = teneurs de chrome et de nickel). Et le soudeur utilise les groupes ISO/TR 15608, qui rangent les matériaux pour qualifier les modes opératoires.
Manipulation 6 : le décodeur de nuances
« Décoder » : choisis une désignation, chaque morceau est expliqué, avec le numéro EN, l'équivalent AISI et le groupe ISO/TR 15608. « Construire » : règle une composition, le décodeur fabrique le nom symbolique selon la règle générale, le groupe du numéro EN et le groupe ISO/TR 15608 (la famille est estimée avec le modèle de la manipulation 3). « ▶ Défiler les nuances » passe les désignations en revue.
Les groupes du numéro EN (inox et réfractaires)
| Numéro | Groupe | Exemples |
|---|---|---|
| 1.40xx | Ni < 2,5 %, sans Mo, Nb ni Ti | 1.4016 (430), 1.4006 (410), 1.4057 (431) |
| 1.41xx | Ni < 2,5 %, avec Mo, sans Nb ni Ti | 1.4125 (440C) |
| 1.43xx | Ni ≥ 2,5 %, sans Mo, Nb ni Ti | 1.4301 (304), 1.4307 (304L), 1.4362 (2304) |
| 1.44xx | Ni ≥ 2,5 %, avec Mo, sans Nb ni Ti | 1.4404 (316L), 1.4462 (2205), 1.4410 (2507) |
| 1.45xx | avec additions particulières (Ti, Nb, Cu…) | 1.4541 (321), 1.4550 (347), 1.4512 (409), 1.4542 (17-4PH) |
| 1.46xx à 1.49xx | nuances au nickel pour hautes températures et produits chimiques, réfractaires, nuances pour températures élevées | 1.4762 (446), 1.4845 (310S) |
Les groupes ISO/TR 15608 (inox)
| Groupe | Contenu | Sous-groupes |
|---|---|---|
| 7 | ferritiques, martensitiques ou durcis par précipitation, C ≤ 0,35 % et 10,5 % ≤ Cr ≤ 30 % | 7.1 ferritiques ; 7.2 martensitiques ; 7.3 durcis par précipitation |
| 8 | austénitiques, Ni ≤ 35 % | 8.1 Cr ≤ 19 % ; 8.2 Cr > 19 % ; 8.3 au manganèse, 4 % ≤ Mn ≤ 12 % |
| 10 | austéno-ferritiques (duplex) | 10.1 Cr ≤ 24 % ; 10.2 Cr > 24 % (édition 2017 : sous-groupe pour les duplex à Ni ≤ 4 %) |
Ces groupes servent à définir le domaine de validité d'une qualification de mode opératoire de soudage (série ISO 15614) ou d'un soudeur (ISO 9606-1).
Le cas des aciers de construction
Pour les aciers non alliés désignés par leur emploi : lettre d'emploi (S construction, P appareils à pression, L tubes de conduite, B béton, Y béton précontraint, R rails, D produits plats pour formage à froid, H haute résistance pour formage à froid, T emballage, M électrique), puis la limite d'élasticité minimale en MPa pour la plus petite épaisseur, puis des précisions. Pour les aciers de construction, la ténacité : J, K ou L pour 27, 40 ou 60 J, suivis de la température d'essai (R = 20 °C, 0 = 0 °C, 2 = −20 °C… 6 = −60 °C). Préfixes : G pour les pièces moulées, PM pour la métallurgie des poudres.
Un mode opératoire qualifié sur un 316L (groupe 8.1) couvre les autres nuances de ce groupe, selon les règles de la norme de qualification, mais pas un duplex (groupe 10) ni un ferritique (groupe 7.1). Identifier le bon groupe est donc la première étape d'une qualification : on la fait à partir de la composition réelle du certificat.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, de la couche passive au nom de la nuance
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les teneurs sont en % massique. Les exercices 1 et 2 se vérifient dans la manipulation 1, l'exercice 3 dans la manipulation 2, l'exercice 4 dans la manipulation 3, l'exercice 5 dans la manipulation 5, l'exercice 6 dans la manipulation 6, et le défi se rejoue dans les manipulations 5 et 6.
Exercice 1 : quelle nuance pour quelle eau ? N1 · chapitre 1
Analyses : 304L (Cr 18,2 ; Mo 0,1 ; N 0,06), 316L (Cr 17,2 ; Mo 2,1 ; N 0,05), 2205 (Cr 22,5 ; Mo 3,1 ; N 0,17), 2507 (Cr 25,0 ; Mo 3,8 ; N 0,27).
a) Calcule le PREN de chaque nuance.
b) Avec le modèle PRENrequis ≈ 10 + 8·log10(cCl/10) + 0,25·(T − 20), calcule le PREN requis pour l'eau du robinet (50 mg/L, 20 °C), l'eau saumâtre (2 000 mg/L, 20 °C), l'eau de mer (19 000 mg/L) à 20 °C puis à 40 °C.
c) Quelles nuances conviennent à chaque eau ? Vérifie dans la manipulation 1 (« La rayure »).
Voir la correction
a) PREN = Cr + 3,3·Mo + 16·N : 304L : 18,2 + 0,33 + 0,96 ≈ 19,5 ; 316L : 17,2 + 6,93 + 0,80 ≈ 24,9 ; 2205 : 22,5 + 10,23 + 2,72 ≈ 35,5 ; 2507 : 25,0 + 12,54 + 4,32 ≈ 41,9.
b) Robinet : 10 + 8 × log10(5) ≈ 15,6 ; saumâtre : 10 + 8 × log10(200) ≈ 28,4 ; mer à 20 °C : 10 + 8 × log10(1 900) ≈ 36,2 ; à 40 °C : 36,2 + 0,25 × 20 ≈ 41,2.
c) Eau du robinet : les quatre. Eau saumâtre : 2205 et 2507 seulement. Eau de mer à 20 °C : le 2507 ; le 2205 (35,5) est juste en dessous, conformément à la règle « PREN < 35 environ : inapte aux applications marines ». À 40 °C, le 2507 garde une marge très faible : on regarde alors les super austénitiques ou d'autres matériaux.
Exercice 2 : rivets et tôles N2 · chapitre 1
Une tôle d'inox de 2 m² est assemblée par des rivets dont la surface mouillée totale est 20 cm². Le milieu est de l'eau salée. Modèle : v/v0 ≈ 1 + (Ac/Aa)·ΔE/(0,3 V), inox passif ≈ −0,05 V, acier ≈ −0,6 V.
a) Rivets en acier au carbone : quel est le rapport Ac/Aa, et le facteur d'accélération de la corrosion des rivets ?
b) Même calcul pour l'assemblage inverse : tôle d'acier de 2 m², rivets en inox.
c) Que conseilles-tu ?
Voir la correction
a) 2 m² = 20 000 cm², donc Ac/Aa = 20 000/20 = 1 000 ; ΔE ≈ −0,05 − (−0,6) = 0,55 V ; v/v0 ≈ 1 + 1 000 × 0,55/0,3 ≈ 1 834. Les rivets sont dévorés.
b) Ac/Aa = 20/20 000 = 0,001 : v/v0 ≈ 1 + 0,001 × 1,83 ≈ 1,002. La tôle d'acier corrode comme si l'inox n'était pas là.
c) Toujours la petite pièce dans le métal le plus noble (rivets en inox), ou bien isoler électriquement les deux métaux, ou peindre l'ensemble en débordant sur l'inox. Jamais de petite surface d'acier face à une grande surface d'inox.
Exercice 3 : des trous dans les mailles N2 · chapitre 2
Paramètres : ferrite a = 0,2866 nm ; austénite a = 0,3591 nm (à 912 °C). Rayon de l'atome de carbone : 0,077 nm.
a) Calcule le rayon R de l'atome de fer dans chaque réseau.
b) Calcule le rayon du site octaédrique de l'austénite (r = a/2 − R) et du site tétraédrique de la ferrite (r = a·√5/4 − R).
c) Compare au carbone. Que dire de la solubilité ?
d) Calcule c/a d'une martensite à 0,2 % puis à 1 % de carbone. Vérifie dans la manipulation 2.
Voir la correction
a) cc : R = a·√3/4 = 0,2866 × 0,433 ≈ 0,124 nm ; cfc : R = a·√2/4 = 0,3591 × 0,354 ≈ 0,127 nm.
b) Austénite : r = 0,1796 − 0,1270 ≈ 0,053 nm ; ferrite : r = 0,2866 × 0,559 − 0,1241 ≈ 0,036 nm.
c) Le carbone est 1,5 fois trop gros pour le site de l'austénite, 2,1 fois pour celui de la ferrite : il distord beaucoup plus la ferrite, d'où une solubilité de 0,02 % au plus contre 2,1 % dans l'austénite.
d) c/a ≈ 1 + 0,045·%C : 1,009 à 0,2 % ; 1,045 à 1 %.
Exercice 4 : trempera, trempera pas N2 · chapitre 3
Modèle de la boucle : xγ ≈ 11,6 + 1,3·Ni* + 10·(C + N − 0,01) et xα ≈ 13,4 + 1,3·Ni* + 45·(C + N − 0,01), avec Ni* = Ni + 0,5·Mn.
a) 430 (Cr 16,5 ; Ni 0,3 ; Mn 0,5 ; C 0,05 ; N 0,04) : calcule xγ et xα. Où se trouve sa verticale ?
b) Dans la manipulation 3, relève la part d'austénite du 430 à 1 050 °C et la martensite après trempe.
c) 439 (Cr 17,5 ; Ti 0,35 ; C + N 0,03) : que devient la boucle ? Conclusion pour le soudage ?
d) Avec la formule de Pickering, calcule Ms d'un 410 (C 0,11 ; N 0,03 ; Mn 0,6 ; Ni 0,3 ; Cr 12,5) et d'un 304L (C 0,02 ; N 0,06 ; Mn 1,5 ; Ni 9,2 ; Cr 18,2 ; Mo 0,1).
Voir la correction
a) Ni* = 0,3 + 0,25 = 0,55 ; C + N − 0,01 = 0,08. xγ ≈ 11,6 + 0,72 + 0,8 ≈ 13,1 % ; xα ≈ 13,4 + 0,72 + 3,6 ≈ 17,7 %. À 16,5 %, la verticale traverse la bande α + γ.
b) Environ 24 % d'austénite à 1 050 °C (règle du levier dans la bande α + γ), qui devient martensite à la trempe : de la martensite aux joints de grains d'une zone affectée de soudure.
c) Le titane fixe le carbone et l'azote : C + N libres ≈ 0,03 − 0,35/4 < 0, ramenés au minimum du modèle (0,005). Alors xα ≈ 13,4 + 0,72 ≈ 14,1 % : la verticale à 17,5 % sort de la boucle. Le 439 reste entièrement ferritique : pas de martensite en zone affectée.
d) 410 : Ms ≈ 502 − 89 − 37 − 8 − 9 − 150 ≈ 209 °C : il prend la trempe. 304L : Ms ≈ 502 − 16 − 74 − 20 − 276 − 218 − 5 ≈ −107 °C : son austénite reste à l'ambiante.
Exercice 5 : trois balances pour un duplex N1 · chapitre 5
Duplex 2304 : C 0,02 ; Mn 1,5 ; Si 0,4 ; Cr 23,0 ; Ni 4,5 ; Mo 0,3 ; N 0,12.
a) Calcule Creq et Nieq de Schaeffler.
b) Même calcul avec DeLong, puis avec Schneider.
c) Dans la manipulation 5, relève la ferrite prévue sur la carte avec Schaeffler et avec DeLong. Commente.
Voir la correction
a) Creq = 23,0 + 0,3 + 1,5 × 0,4 = 23,9 ; Nieq = 4,5 + 30 × 0,02 + 0,5 × 1,5 = 5,85.
b) DeLong : Nieq = 5,85 + 30 × 0,12 = 9,45 (Creq inchangé, 23,9). Schneider : Creq = 23,0 + 2 × 0,4 + 1,5 × 0,3 = 24,25 ; Nieq = 4,5 + 0,75 + 25 × 0,12 + 30 × 0,02 = 8,85.
c) Schaeffler : le point (23,9 ; 5,85) tombe dans la zone A + M + F, comme si de la martensite pouvait se former. DeLong : A + F avec environ 37 % de ferrite (Schneider, à titre indicatif : environ 46 %). Sans l'azote, très gammagène, la carte se trompe de domaine pour une nuance azotée ; avec lui, on retrouve un duplex.
Exercice 6 : lire les noms N1 · chapitre 6
a) Décode X2CrNiMo17-12-2 et son numéro 1.4404.
b) Décode X6CrNiTi18-10 (1.4541). Pourquoi le titane n'a-t-il pas de chiffre ?
c) Décode Z6CNUD15-4 (ancienne norme française) et S355J2.
d) Donne le groupe ISO/TR 15608 de : 316L, 2205, 430, 410, 17-4PH, 310S (Cr 25 %).
Voir la correction
a) X : fortement allié ; 2 : 0,02 % de carbone ; Cr, Ni, Mo par teneurs décroissantes ; 17-12-2 : 17 % Cr, 12 % Ni, 2 % Mo. 1.4404 : 1 = acier, 44 = Ni ≥ 2,5 % avec Mo, sans Nb ni Ti ; c'est le 316L.
b) 0,06 % de carbone, 18 % Cr, 10 % Ni, avec du titane en petite quantité (de l'ordre de 0,4 à 0,7 %), d'où pas de chiffre ; groupe 45 (additions particulières) : c'est le 321, austénitique stabilisé.
c) Z6CNUD15-4 : Z = fortement allié, 0,06 % de carbone, chrome, nickel, cuivre, molybdène, 15 % Cr et 4 % Ni. S355J2 : acier de construction, limite d'élasticité minimale 355 MPa, 27 J à −20 °C.
d) 316L : 8.1 ; 2205 : 10.1 ; 430 : 7.1 ; 410 : 7.2 ; 17-4PH : 7.3 ; 310S : 8.2.
🏆 Défi : la nuance mystère N2 · chapitres 1, 5 et 6, à rejouer dans les manipulations 5 et 6
Un certificat porte l'analyse suivante, sans nom de nuance : C 0,020 ; Mn 1,5 ; Si 0,4 ; Cr 22,4 ; Ni 5,4 ; Mo 3,1 ; N 0,17.
a) Calcule Creq et Nieq avec Schaeffler, puis avec DeLong. Dans la manipulation 5 (nuance 2205, puis règle la composition), relève la structure et la ferrite prévues.
b) Quelle famille ? Construis son nom symbolique et le groupe de son numéro EN (manipulation 6, « Construire », + azote).
c) Quel groupe ISO/TR 15608 ? Quel équivalent courant ?
d) Calcule son PREN. Convient-il à l'eau de mer à 20 °C ?
Voir la correction
a) Schaeffler : Creq = 22,4 + 3,1 + 0,6 = 26,1 ; Nieq = 5,4 + 0,6 + 0,75 = 6,75 : A + F, ferrite ≈ 85 %. DeLong : Nieq = 6,75 + 5,1 = 11,85 : ferrite ≈ 32 %.
b) Un austéno-ferritique (duplex) : environ moitié ferrite, moitié austénite. Nom construit : X2CrNiMoN22-5-3 ; numéro du groupe 1.44xx (Ni ≥ 2,5 % avec Mo) : c'est le 1.4462.
c) Groupe 10.1 (duplex, Cr ≤ 24 %) ; équivalent courant : 2205 (UNS S32205).
d) PREN = 22,4 + 3,3 × 3,1 + 16 × 0,17 = 35,35 : un peu sous le seuil d'environ 36 du modèle pour l'eau de mer à 20 °C. Pour l'eau de mer, on préfère un super duplex (PREN > 40).
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 1
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Inoxydable
Une pellicule riche en chrome de 1 à 5 nm, qui se reforme seule en présence d'oxygène.
Les piqûres
Les chlorures percent la couche ; PREN > 40 environ pour l'eau de mer.
Le couple
Petite anode, grande cathode : attaque rapide. Outils réservés à l'inox.
Les réseaux
Le cfc a le plus grand site : il dissout le carbone ; il n'est pas magnétique.
La martensite
Trempe sans diffusion : le carbone piégé étire la maille et durcit l'acier.
La boucle γ
Dans l'île : trempe possible (martensitiques) ; hors de l'île : ferritiques.
Les équipes
Ti et Nb fixent le carbone : nuances stabilisées (Ti ≥ 5C, Nb ≥ 10C).
Les équivalents
Schaeffler ; DeLong ajoute 30N ; chaque diagramme a ses coefficients.
Les noms
Nom = composition ; numéro = identité ; AISI 3xx/4xx ; groupe ISO/TR 15608.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- α, δ, γ, α', ε
- Ferrite (cubique centrée) ; ferrite de haute température ; austénite (cubique à faces centrées) ; martensite quadratique centrée de trempe ; martensite hexagonale compacte formée par déformation.
- AISI
- American Iron and Steel Institute : désignation américaine, 3xx austénitiques, 4xx ferritiques et martensitiques, suffixe L pour C ≤ 0,03 %.
- Alphagène, gammagène
- Élément qui stabilise la ferrite ; élément qui stabilise l'austénite.
- Anode, cathode
- Dans une pile de corrosion : le métal qui se dissout (anode) ; celui où l'oxygène est réduit, protégé (cathode).
- Boucle γ
- Domaine fermé d'austénite du diagramme fer-chrome, jusqu'à environ 12 à 13 % de chrome.
- Carburigène
- Élément qui forme des carbures (Mn, Cr, Mo, W, V, Nb, Ti, par affinité croissante).
- cc, cfc, hc
- Cubique centré ; cubique à faces centrées ; hexagonal compact.
- Compacité, coordinence
- Fraction du volume occupée par les atomes ; nombre de plus proches voisins.
- Corrosion caverneuse
- Corrosion dans un recoin confiné (sous un joint, un dépôt) où l'oxygène ne se renouvelle pas.
- Corrosion galvanique
- Corrosion accélérée du moins noble de deux métaux en contact dans un électrolyte.
- Coupe (pseudo-binaire)
- Section d'un diagramme à trois constituants ou plus, à teneur fixée d'un élément.
- Creq, Nieq
- Chrome et nickel équivalents : sommes pondérées des alphagènes et des gammagènes ; coefficients propres à chaque diagramme (Schaeffler, DeLong, WRC-1992, Schneider).
- c/a
- Rapport des paramètres d'une maille quadratique ; mesure de la distorsion de la martensite.
- Désignation symbolique, numérique
- Nom de nuance (EN 10027-1) ; numéro unique 1.xxxx (EN 10027-2), dont les deux chiffres après le point donnent le groupe.
- Diagramme de constitution
- Carte de la structure d'un alliage en fonction de deux équivalents, pour une vitesse de refroidissement donnée ; pas un diagramme d'équilibre.
- Epit, CPT
- Potentiel de piqûration ; température critique de piqûration.
- Électrolyte
- Liquide conducteur où circulent des ions.
- EN 10088, EN 10027
- Normes européennes : liste et compositions des aciers inoxydables ; systèmes de désignation des aciers.
- Ferromagnétique, température de Curie
- Attiré par un aimant ; température au-dessus de laquelle ce comportement disparaît (770 °C pour le fer pur).
- ISO/TR 15608
- Rapport technique qui range les matériaux en groupes (7, 8, 10 pour les inox) pour la qualification des modes opératoires et des soudeurs.
- log10, √
- Logarithme décimal ; racine carrée.
- Maille
- Plus petit motif qui, répété, reproduit le cristal.
- Ms
- Température de début de transformation martensitique au refroidissement.
- Métastable
- Stable en pratique, mais pas à l'équilibre : l'austénite d'un 304 à l'ambiante.
- nm
- Nanomètre : 10⁻⁹ m, un millionième de millimètre.
- Normalisation
- Austénitisation suivie d'un refroidissement à l'air, qui affine le grain.
- Passivité, repassivation
- Protection par une pellicule d'oxyde très mince ; reformation spontanée de cette pellicule après une rayure.
- Piqûre
- Cavité de corrosion localisée, étroite et profonde, souvent amorcée par les chlorures.
- PREN
- Pitting Resistance Equivalent Number : %Cr + 3,3·%Mo + 16·%N ; sert à comparer les nuances face aux piqûres.
- Site interstitiel (octaédrique, tétraédrique)
- Vide entre les atomes du réseau, entouré de six ou de quatre atomes, où se logent C, N, H.
- Stabilisé
- Nuance dont le carbone est fixé par du titane ou du niobium.
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