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Aciers Cr-Mo résistant au fluage, série 2.12 : de la centrale à la soudure

Souder un Cr-Mo : les pièges du joint

Cours3 sur 5 : ce qui peut casser, quand, où, et pourquoi
Durée conseillée≈ 3 h avec les exercices
Prérequiscours 1 et 2 de la série (fluage, Larson-Miller, trempabilité, carbures, revenu) ; cycle thermique de soudage et t8/5 (Métallurgie, cours 3)
À la fin tu saisdessiner la zone affectée d'un Cr-Mo et prévoir ses duretés ; prévenir la fissuration à froid par l'hydrogène ; évaluer la fragilisation au revenu (step cooling, indices J et X) ; reconnaître et éviter la fissuration au réchauffage ; expliquer la fissuration de type IV et le coefficient de joint ; diagnostiquer une fissure

Les cours 1 et 2 ont décrit un acier qui tient trente ans à chaud. Le soudage le met à l'épreuve en quelques secondes : une bande de métal monte presque jusqu'à la fusion, une autre s'arrête juste sous Ac1, l'hydrogène s'invite, les contraintes résiduelles atteignent la limite d'élasticité, puis le traitement thermique et le service ajoutent leurs propres effets. Ce cours passe en revue les cinq pièges du joint Cr-Mo, chacun avec son moment, sa zone et son mécanisme : la trempe de la zone affectée, la fissuration à froid, la fragilisation au revenu, la fissuration au réchauffage et la fissuration de type IV. Il se termine par une enquête : à partir d'indices, reconnaître la fissure.

Le code couleur de la série

Orange : les actions (arc, chauffage, refroidissement, efforts).
Noir : la géométrie dessinée (chanfreins, éprouvettes, grains).
Bronze : les encadrés « métier » 🔥, tournés vers l'atelier et l'inspection.

Avant de commencer

Le cours 2 en trois cases

t8/5 → M, B, F
Les Cr-Mo sont trempants : un refroidissement rapide donne de la martensite (≈ 380 HV à 0,10 % C), le P91 trempe même à l'air.
P = T(20 + log t)/1 000
Le paramètre de Hollomon-Jaffe (T en K, t en h) résume un revenu ou un service : il règle l'évolution des carbures et la dureté.
R < Ac1
Le revenu se règle dans une fenêtre, sous Ac1 (≈ 805 °C pour un 2,25Cr-1Mo, ≈ 815 °C pour un P91) ; au-delà, martensite fraîche.
📘 Correspondance avec le planning et le référentiel. Ce cours poursuit le sujet 2.12 « Acier résistant au fluage » du planning de la formation :
Chapitre du coursCe qu'il apporte à l'IWE
1 La zone affectéezones de la ZAT, cycles thermiques, dureté avant et après traitement thermique
2 La fissuration à froidrôle de l'hydrogène, de la dureté et des contraintes ; préchauffage et postchauffage
3 La fragilisation au revenumécanisme, essai de step cooling, indices de composition, produits d'apport « R »
4 La fissuration au réchauffagemécanisme, nuances sensibles, indices, prévention
5 Le joint en fluagetypes de fissures de fluage, fissuration de type IV, coefficient de joint
6 L'enquêtereconnaître une fissure d'après son moment, sa zone et son aspect
Le référentiel de l'IIW (International Institute of Welding) demande à l'IWE (International Welding Engineer) d'expliquer en détail, pour chaque type de fissuration (à froid, à chaud, au réchauffage, arrachement lamellaire), les mécanismes, les facteurs d'influence et les moyens de prévention, d'expliquer les phénomènes de fragilisation, d'utiliser des essais comme le step cooling pour juger un acier de fluage et l'influence de la soudure sur sa durée de vie, et de reconnaître le type et la cause d'une fissure d'après le matériau rompu et son histoire. Les remèdes pratiques (produits d'apport, préchauffage, traitements thermiques) sont détaillés au cours 4.
📖 Les normes, sources et sigles de ce cours.
  • EN 1011-2 : recommandations pour le soudage des aciers ferritiques, avec les formules du temps de refroidissement t8/5 ; EN 10028-2 : tôles pour appareils à pression (essai de step cooling en annexe) ; ISO 2560, ISO 3580 : électrodes enrobées, avec les classes d'hydrogène diffusible H5, H10, H15 ; AWS A5.23 et la section II de l'ASME (American Society of Mechanical Engineers) : produits d'apport pour le soudage sous flux, avec le suffixe « R » ; API (American Petroleum Institute) et WRC (Welding Research Council) : recommandations pour les réacteurs en 2,25Cr-1Mo ; EN 13445-3 : calcul des appareils à pression non soumis à la flamme.
  • ZF : zone fondue ; ZAT : zone affectée thermiquement ; ZAT-GG, ZAT-GF, ZAT-IC, ZAT-SC : zones affectées à gros grains, à grains fins, intercritique, subcritique (en anglais CGHAZ, FGHAZ, ICHAZ, SCHAZ) ; MB, MA : métal de base, métal d'apport ; FAF : fissuration à froid ; TTAS : traitement thermique après soudage ; DHT : traitement de déshydrogénation (postchauffage) ; Q : énergie de soudage (kJ/mm) ; T0, Tp : température initiale de la pièce, préchauffage ; Tpic : température maximale atteinte en un point ; t8/5 : temps de refroidissement de 800 à 500 °C ; Ac1, Ac3 : températures de début et de fin de transformation en austénite au chauffage ; HV : dureté Vickers ; σ : contrainte (MPa) ; J, X, K, ΔG, PSR : indices de composition, définis aux chapitres 3 et 4 ; vTr54 : température de transition à 54 J en flexion par choc (Charpy V) ; ppm : partie par million en masse (1 ppm = 0,000 1 %).
Les modèles des manipulations sont pédagogiques : ils reproduisent les tendances et les ordres de grandeur publiés, ils ne remplacent ni un essai ni une qualification.
🔥 Pourquoi ce cours compte en soudage

Les Cr-Mo pardonnent peu. Un préchauffage oublié fissure un collecteur dans la nuit qui suit le soudage ; un produit d'apport trop chargé en impuretés rend fragile, vingt ans plus tard, un réacteur que l'on remet en pression par temps froid ; un traitement thermique qui chauffe trop vite ouvre des fissures au pied des cordons d'un acier au vanadium ; une zone affectée mal revenue casse en fluage au tiers de la durée prévue. Chaque piège a sa parade, et le coordinateur doit les connaître toutes pour écrire un mode opératoire, choisir un consommable ou interpréter une fissure.

La série en cinq cours

1 Chaleur, pression et fluageApplications, fluage, essai, Larson-Miller, choix et dimensionnement, surveillance en service.
2 La métallurgie des Cr-MoRôle du chrome, du molybdène et des micro-additions, carbures, désignations, nuances, traitements thermiques.
3 Souder un Cr-Mo : les piègesZone affectée, fissuration à froid, fragilisation au revenu, fissuration au réchauffage, type IV, diagnostic.
4 Souder un Cr-Mo : la pratiqueProduits d'apport, préchauffage, températures entre passes, cordons, hydrogène, TTAS.
5 Les assemblages hétérogènesDeux Cr-Mo différents, Cr-Mo et inoxydable austénitique, apports base nickel.

Le plan du cours

  1. 1La zone affectée

    Des bandes de quelques dixièmes de millimètre, chacune avec sa structure et ses risques.

  2. 2La fissuration à froid

    Hydrogène, dureté, contraintes : le tabouret à trois pieds.

  3. 3La fragilisation au revenu

    Des impuretés qui migrent vers les joints de grains pendant des années.

  4. 4La fissuration au réchauffage

    Des grains durcis et des joints affaiblis pendant le traitement thermique.

  5. 5Le joint en fluage

    Types I à IV, et la zone à grains fins qui casse la première.

  6. 6L'enquête

    Quand, où, comment : reconnaître la fissure.

1

La zone affectée d'un Cr-Mo

Des bandes de quelques dixièmes de millimètre, chacune avec son histoire thermique

🌈Image à retenirL'arc-en-ciel autour du cordon : chaque bande a vu une température maximale différente et en garde sa propre structure
👁 Niveau 1 : voir l'arc-en-ciel du cordon

Quand l'arc passe, le métal voisin du bain de fusion vit un cycle thermique éclair : il chauffe en une ou deux secondes, atteint une température maximale, la température de pic, puis refroidit en quelques secondes à quelques dizaines de secondes. Plus on s'éloigne du cordon, plus ce pic est bas. Comme les Cr-Mo sont trempants (cours 2), chaque bande garde la trace de son pic, comme les couleurs d'un arc-en-ciel rangées de l'intérieur vers l'extérieur :

  • la zone fondue (ZF) : le métal d'apport et un peu de métal de base, fondus puis solidifiés en grains allongés ; c'est aussi un Cr-Mo trempant ;
  • la ZAT à gros grains (ZAT-GG), chauffée entre 1 100 °C et la fusion : les carbures s'y dissolvent, les grains d'austénite grossissent, et le refroidissement rapide donne une martensite ou une bainite dure. C'est la bande la plus dure et la moins tenace, celle où naissent la fissuration à froid (chapitre 2) et la fissuration au réchauffage (chapitre 4) ;
  • la ZAT à grains fins (ZAT-GF), chauffée entre Ac3 et 1 100 °C : l'austénite se forme mais n'a pas le temps de grossir, et une partie des carbures ne se dissout pas. La structure trempée y est plus fine et un peu moins dure ;
  • la ZAT intercritique (ZAT-IC), chauffée entre Ac1 et Ac3 : seule une partie du métal devient austénite. Il en sort un mélange d'îlots fraîchement trempés et de métal de base sur-revenu ;
  • la ZAT subcritique (ZAT-SC), chauffée sous Ac1 : pas de transformation, mais un revenu de plus pour un métal déjà revenu, qui l'adoucit légèrement.

Le profil de dureté d'un joint brut de soudage montre donc des pics dans la zone fondue et la ZAT à gros grains, et parfois un léger creux en bordure de ZAT. Le traitement thermique après soudage (TTAS) revient les zones trempées : les pics s'effacent. Le creux, lui, reste. Dans un P91, il deviendra le maillon faible du joint en fluage (chapitre 5).

Manipulation 1 : l'arc-en-ciel de la zone affectée

Choisis la nuance, l'énergie de soudage Q et la température initiale T0 (préchauffage). À gauche, la coupe du joint avec ses bandes, à l'échelle ; à droite, le profil de dureté à travers la zone affectée, brut de soudage et après TTAS (10CrMo9-10 : 2 h à 700 °C ; P91 : 2 h à 760 °C). Modèle pédagogique : t8/5 de l'EN 1011-2, températures de pic de Rosenthal (pièce épaisse), duretés et revenu des modèles du cours 2.

🎓 Niveau 2 : maîtriser t8/5, températures de pic, zones, duretés

L'énergie de soudage. C'est l'énergie apportée à la pièce par millimètre de cordon :

Q = k · U · Iv

Q en kJ/mm ; U : tension d'arc (V) ; I : intensité (A) ; v : vitesse de soudage (mm/s) ; k : rendement thermique du procédé, sans unité (EN 1011-1 : 1 pour le soudage sous flux, 0,8 pour l'électrode enrobée et le MAG, 0,6 pour le TIG). Exemple : 30 V, 500 A, 10 mm/s sous flux donnent Q = 1 × 30 × 500/10 = 1 500 J/mm = 1,5 kJ/mm.

Le temps de refroidissement t8/5, de 800 à 500 °C, fixe la structure de la ZAT (cours 2). L'EN 1011-2 donne deux formules, pour un cordon déposé sur une pièce épaisse (écoulement de la chaleur en trois dimensions) ou mince (deux dimensions) :

t8/5 = (6 700 − 5T0)·Q·(1500 − T0 − 1800 − T0)  (3D)
t8/5 = (4 300 − 4,3T0)·10⁵·Q²d²·[1(500 − T0)² − 1(800 − T0)²]  (2D)

t8/5 en s ; Q en kJ/mm ; T0 en °C ; d : épaisseur en mm. On retient la plus grande des deux valeurs : la formule 2D l'emporte sous l'épaisseur de transition, environ 18 mm pour Q = 1,5 kJ/mm et T0 = 20 °C. Les formules complètes ajoutent un facteur de forme (1 pour un cordon sur tôle, plus petit dans un angle).

Exemple, Q = 1,5 kJ/mm sur pièce épaisse : à 20 °C, t8/5 = 6 600 × 1,5 × (1/480 − 1/780) ≈ 7,9 s ; préchauffé à 200 °C, t8/5 = 5 700 × 1,5 × (1/300 − 1/600) ≈ 14,3 s. Un 10CrMo9-10 passe de 382 à 358 HV environ dans sa ZAT à gros grains : le préchauffage adoucit un peu, il ne supprime pas la trempe. Un P91, lui, reste martensitique quoi qu'on fasse.

La température de pic. Pour une source qui se déplace sur une pièce épaisse, le modèle de Rosenthal donne, à la distance r de l'axe du cordon :

Tpic − T0 ≈ 0,234 · Qρc · r²

0,234 = 2/(π·e), où e ≈ 2,718 est la base des logarithmes népériens ; Q en J/m (1 kJ/mm = 10⁶ J/m) ; ρc : capacité thermique volumique de l'acier, ≈ 4,4·10⁶ J/(m³·K) ; r en m. La température de pic décroît comme 1/r² : chaque zone est une coque autour du cordon, d'autant plus large que Q est grand.

Exemple, Q = 1,5 kJ/mm à 20 °C : la limite de la ZAT-GG (1 100 °C) est à r = √(0,234 × 1,5·10⁶/(4,4·10⁶ × 1 080)) ≈ 8,6 mm de l'axe, la limite de fusion (≈ 1 500 °C) à 7,3 mm, Ac1 (≈ 805 °C pour un 10CrMo9-10) à 10,1 mm : toute la zone affectée tient sur 2,7 mm, dont 1,3 mm de gros grains. La largeur des bandes croît comme √Q.

ZoneTempérature de picBrut de soudageAprès TTASRisque principal
ZFfusionstructure de solidification trempée, durerevenuefissuration à froid (fissures transversales), à chaud, fragilisation
ZAT-GG1 100 °C à fusionmartensite ou bainite à gros grains, la plus durerevenue ; gros grains conservésfissuration à froid, au réchauffage
ZAT-GFAc3 à 1 100 °Cstructure trempée fine, carbures non dissousrevenue, parfois plus douce que le métal de basefluage de type IV
ZAT-ICAc1 à Ac3îlots trempés et métal sur-revenuzone adouciefluage de type IV
ZAT-SC≈ 600 °C à Ac1métal de base revenu une fois de pluslégèrement adouciefaible
⚠️ Piège : le TTAS ne remet pas le joint à neuf. Un revenu adoucit les structures trempées, mais il ne change ni la taille des grains ni l'état des carbures de la zone sur-revenue : les gros grains et la zone adoucie restent. Seul un traitement complet de normalisation et revenu après soudage efface la zone affectée, ce qui n'est possible que pour des pièces qui passent au four et avec un métal d'apport capable de supporter ce traitement.
💡 Le P91 ne se laisse pas adoucir par le préchauffage. Pour un 10CrMo9-10, préchauffer allonge t8/5 et laisse apparaître un peu de bainite. Pour un P91, dont la martensite se forme même à l'air en forte épaisseur, la dureté brute ne bouge pas : le préchauffage sert d'abord à l'hydrogène (chapitre 2), et seul le TTAS ramène la dureté vers 210 HV.
🔥 La filiation de dureté, juge de paix du mode opératoire

La qualification d'un mode opératoire de soudage (ISO 15614-1) comprend une filiation de dureté HV10 à travers le métal de base, la ZAT et la zone fondue. Pour un Cr-Mo, on la mesure après le TTAS prévu : elle vérifie que les pics sont effacés et que la zone adoucie reste acceptable. Une dureté encore élevée signale un revenu insuffisant ; une zone fondue anormalement douce peut signaler un revenu trop chaud, voire un passage au-delà d'Ac1 (cours 2).

2

La fissuration à froid

Hydrogène, dureté, contraintes : il faut les trois à la fois

🪑Image à retenirLe tabouret à trois pieds : hydrogène, structure dure, contraintes ; enlève un seul pied et la fissure ne tient plus debout
👁 Niveau 1 : voir le tabouret à trois pieds

La fissuration à froid (FAF), ou fissuration par l'hydrogène, apparaît quand le joint est revenu vers la température ambiante, en dessous de 150 °C environ, parfois plusieurs heures ou plusieurs jours après le soudage : on parle de fissuration différée. Elle naît surtout dans la ZAT à gros grains, sous le cordon ou à son pied, et, dans les métaux fondus alliés comme ceux des Cr-Mo, en travers de la zone fondue.

Elle a besoin de trois conditions à la fois, comme un tabouret a besoin de ses trois pieds :

  • de l'hydrogène : l'arc décompose l'humidité de l'enrobage, du flux, de l'air ou de la rouille, et le bain de fusion absorbe l'hydrogène, qui diffuse ensuite dans la ZAT. Atome minuscule, il circule dans l'acier, se loge dans les défauts et affaiblit la cohésion du métal là où il s'accumule ;
  • une structure dure : la martensite, et dans une moindre mesure la bainite, supportent très mal l'hydrogène. Or les Cr-Mo trempent (chapitre 1) ;
  • des contraintes : le retrait du cordon, gêné par la pièce, laisse des contraintes résiduelles qui peuvent atteindre la limite d'élasticité, d'autant plus que la pièce est épaisse et bridée.

Pour éviter la fissure, on enlève au moins un pied, et en pratique on en raccourcit plusieurs : produits d'apport à bas hydrogène bien étuvés, préchauffage et maintien entre passes (refroidissement plus lent, hydrogène qui s'échappe pendant le soudage), postchauffage de déshydrogénation (DHT, environ 260 °C pendant au moins une heure, avant de laisser refroidir), puis TTAS. Pour un 10CrMo9-10 ou un P91, préchauffage et températures entre passes se situent typiquement entre 200 et 300 °C (cours 4).

Manipulation 2 : l'hydrogène contre la montre

Règle la nuance, la classe d'hydrogène du produit d'apport, l'épaisseur, le préchauffage Tp et la durée du postchauffage à 260 °C (Q = 1,5 kJ/mm). La courbe violette suit l'hydrogène diffusible restant ; la ligne bleue est l'hydrogène critique que tolère la ZAT, compte tenu de sa dureté et du bridage. Si la courbe reste au-dessus quand la pièce est froide, la fissure peut apparaître. Modèle pédagogique (diffusion apparente de l'hydrogène, seuil fondé sur la dureté et le bridage).

🎓 Niveau 2 : maîtriser hydrogène diffusible, diffusion, seuil critique

L'hydrogène diffusible. On le mesure en ml d'hydrogène pour 100 g de métal déposé (ISO 3690). Les normes de produits d'apport (ISO 2560 pour les électrodes enrobées, ISO 3580 pour celles des Cr-Mo) indiquent une classe : H5, H10, H15, pour au plus 5, 10 ou 15 ml/100 g. Les électrodes basiques bien étuvées atteignent H5 ; une électrode qui a repris l'humidité de l'atelier peut dépasser H15.

La diffusion. L'hydrogène quitte la pièce par diffusion. Le temps caractéristique de dégazage d'une plaque d'épaisseur e est :

τ = e²π²·D(T)   avec   D = D0·exp(−Ea/RT)

D : coefficient de diffusion apparent, pièges compris (m²/s) ; dans ce cours, D0 = 5,7·10⁻⁶ m²/s et Ea = 30,6 kJ/mol, énergie d'activation ; R = 8,314 J/(mol·K), constante des gaz parfaits ; T en K. Après une durée t, il reste environ exp(−t/τ) de l'hydrogène initial.

Exemple, e = 30 mm : à 20 °C, D ≈ 2,0·10⁻¹¹ m²/s et τ ≈ 0,03²/(9,87 × 2,0·10⁻¹¹) ≈ 4,5·10⁶ s ≈ 1 260 h, près de deux mois ; à 260 °C, D ≈ 5,7·10⁻⁹ m²/s et τ ≈ 4,4 h, presque trois cents fois moins. C'est tout l'intérêt du postchauffage : ce qui prendrait des semaines à froid se fait en quelques heures à 260 °C. Et τ croît comme e² : doubler l'épaisseur quadruple le temps.

Le seuil critique. La manipulation compare l'hydrogène restant à un hydrogène critique qui baisse quand la dureté et la sévérité augmentent :

Hcrit = 8S · (350HV)⁴   avec   S = (0,75 + 0,0125·e)·(1 − 0,4·Tp − 20280)

Hcrit en ml/100 g ; HV : dureté de la ZAT à gros grains ; S : sévérité, sans unité, qui croît avec le bridage (l'épaisseur e, en mm) et baisse avec le préchauffage Tp (°C), qui réduit les contraintes et laisse partir une partie de l'hydrogène pendant le soudage. Modèle pédagogique, calé sur les tendances des méthodes normalisées.

Exemple, 10CrMo9-10 de 30 mm sans préchauffage : HV ≈ 382, S = 1,125, Hcrit = 8/1,125 × (350/382)⁴ ≈ 5,0 ml/100 g. Une électrode H10 fissure. Préchauffé à 200 °C : HV ≈ 358, S ≈ 0,84, Hcrit ≈ 8,7 : encore insuffisant avec H10. Un postchauffage de 2 h à 260 °C ramène l'hydrogène à 10 × exp(−2/4,4) ≈ 6,4 ml/100 g : sous le seuil.

⚠️ Piège : laisser refroidir avant le postchauffage. Le postchauffage doit s'enchaîner sur le soudage, sans que la pièce redescende sous le préchauffage. Si elle refroidit d'abord à l'ambiante, l'hydrogène a tout le temps d'amorcer des fissures avant d'être chassé. Et pour un P91, on laisse en général la pièce descendre vers 80 à 100 °C juste avant le TTAS, pour achever la transformation martensitique : une étape qui se règle avec soin (cours 4).
💡 Le contrôle différé. Puisque la fissure peut mettre des heures ou des jours à apparaître, les codes et les cahiers des charges imposent souvent un délai, de l'ordre de 24 à 48 h, entre la fin du soudage et le contrôle final des aciers sensibles. Un joint jugé sain le soir même peut être fissuré le lendemain.
🧠 Mnémotechnique : « H, dur, tiré » : il faut de l'Hydrogène, du métal dur et du métal tiré. Le préchauffage agit sur les trois, le postchauffage sur le premier, le TTAS sur les deux derniers.
🔥 L'étuve, premier outil anti-fissure

Les électrodes basiques et les flux des Cr-Mo s'étuvent selon les indications du fabricant (souvent entre 300 et 400 °C pour les électrodes), puis se conservent en étuve de maintien et en carquois chauffé. Une étuve dont la température n'est pas uniforme laisse des électrodes humides au fond. Un mode opératoire qui annonce H5 n'a de valeur que si l'atelier tient la chaîne de l'étuvage jusqu'au poste de soudage.

3

La fragilisation au revenu

Des impuretés qui migrent lentement vers les joints de grains

🧲Image à retenirL'aimant à limaille : vers 450 °C, les joints de grains attirent patiemment le phosphore, l'étain, l'antimoine et l'arsenic
👁 Niveau 1 : voir l'aimant des joints de grains

Un acier Cr-Mo contient toujours quelques dizaines à quelques centaines de ppm d'impuretés : phosphore (P), étain (Sn), antimoine (Sb), arsenic (As). Maintenu longtemps entre 370 et 590 °C environ, en service ou pendant un refroidissement lent, il voit ces atomes migrer peu à peu vers les joints des anciens grains d'austénite et s'y concentrer, comme de la limaille attirée par un aimant. Les joints perdent leur cohésion.

À chaud, l'acier reste ductile et rien ne se voit. Mais sa température de transition monte : à la température ambiante, lors d'un arrêt, d'un redémarrage ou d'une épreuve hydraulique, il peut casser de façon fragile, le long des joints de grains. Les réacteurs d'hydrotraitement des raffineries en 2,25Cr-1Mo, qui travaillent vers 400 à 480 °C pendant des dizaines d'années, sont le cas d'école.

Trois choses à retenir :

  • le manganèse et le silicium aggravent l'effet ; le molybdène le réduit, en retenant une partie du phosphore ;
  • le phénomène est réversible : un chauffage au-delà d'environ 600 °C redissout les ségrégations, et un refroidissement rapide à travers le domaine sensible évite qu'elles se reforment ;
  • on ne peut pas attendre vingt ans pour savoir si un acier est sensible : l'essai de step cooling (refroidissement par paliers) accélère la ségrégation en une dizaine de jours de four.

Manipulation 3 : le step cooling d'un 2,25Cr-1Mo

Choisis une composition ou règle Mn + Si, le phosphore et l'étain. À gauche, le cycle de step cooling et les indices J et X face à leurs limites ; à droite, la courbe de résilience Charpy avant et après le cycle, et le critère vTr54 + 2,5·ΔvTr54. Lance le cycle pour voir la courbe glisser. Modèle pédagogique : décalage de transition proportionnel à l'excès de J et de X, calé sur les ordres de grandeur publiés.

🎓 Niveau 2 : maîtriser step cooling, indices J et X, apports « R »

Le mécanisme. Les atomes d'impuretés se placent plus volontiers dans le désordre d'un joint de grains que dans le réseau régulier du grain : c'est la ségrégation intergranulaire d'équilibre. Plus la température baisse, plus la concentration d'équilibre au joint est élevée, mais plus la diffusion est lente. D'où un domaine sensible, avec une cinétique maximale vers 450 à 500 °C, et la réversibilité au-delà de 600 °C environ, où la ségrégation d'équilibre devient faible.

L'essai de step cooling, défini notamment en annexe de l'EN 10028-2 et dans les recommandations pour réacteurs, enchaîne des paliers de plus en plus longs à des températures de plus en plus basses, pour profiter à chaque étape du meilleur compromis entre ségrégation et diffusion :

Étape593 °C→ 538 °C→ 524 °C→ 496 °C→ 468 °C→ 316 °C
Refroidissement pour y arriver—5,6 °C/h5,6 °C/h5,6 °C/h2,8 °C/h28 °C/h
Palier1 h15 h24 h60 h100 hpuis air

Au total, près de 240 h de four, soit une dizaine de jours. On fait des essais Charpy V sur des éprouvettes ayant subi seulement le TTAS, et sur d'autres ayant subi le TTAS puis le step cooling. On compare les températures de transition à 54 J, notées vTr54, et leur écart ΔvTr54. Le critère classique (Erwin et Kerr, bulletin 275 du WRC, 1982) extrapole l'effet de décennies de service :

vTr54 + 2,5·ΔvTr54 ≤ 38 °C

vTr54 : transition après TTAS seul ; ΔvTr54 : décalage dû au step cooling ; le facteur 2,5 couvre l'écart entre l'essai accéléré et un service de plusieurs dizaines d'années. Les recommandations récentes pour les réacteurs d'hydrotraitement (API RP 934-A) sont plus sévères, de l'ordre de 10 °C.

Les indices de composition permettent de trier les coulées sans attendre dix jours :

J = (Mn + Si)·(P + Sn)·10⁴
X = 10P + 5Sb + 4Sn + As100

J, facteur de Watanabe : teneurs en % massique, pour le métal de base. X, facteur de Bruscato : teneurs en ppm, établi pour le métal fondu et employé aussi pour le métal de base. Exemple : Mn + Si = 0,6 %, P = 0,007 %, Sn = 0,003 % donnent J = 0,6 × 0,010 × 10⁴ = 60.

Les spécifications courantes demandent J ≤ 160, souvent J ≤ 120 et moins encore pour les réacteurs les plus exigeants, et X ≤ 15 ppm, souvent X ≤ 10 ppm. Les aciéristes y parviennent par une élaboration soignée (ferrailles triées, désoxydation sous vide au carbone, qui permet de réduire le silicium).

Les produits d'apport « R ». Pour le métal fondu, les spécifications américaines des fils et flux pour le soudage sous flux (AWS A5.23, reprise dans la section II, partie C, du code ASME) prévoient un suffixe optionnel « R » qui garantit : S ≤ 0,010 %, P ≤ 0,010 %, Cu ≤ 0,15 %, As ≤ 0,005 %, Sn ≤ 0,005 %, Sb ≤ 0,005 %.

⚠️ Piège : fragilisation au revenu n'est pas fissuration au réchauffage. Les deux noms se ressemblent, et l'on rencontre parfois « fragilisation au revenu (ou au réchauffage) ». Ce sont deux phénomènes distincts : la fragilisation au revenu est une perte de ténacité, sans fissure, acquise lentement en service vers 370 à 590 °C et révélée à froid ; la fissuration au réchauffage (chapitre 4) est une fissuration qui se produit pendant le TTAS, dans la ZAT à gros grains.
💡 La parade de l'exploitant. Un réacteur dont l'acier a pu se fragiliser n'est mis en pression qu'au-dessus d'une température minimale de mise en pression, fixée par l'exploitant d'après l'état de l'acier : à chaud, l'acier fragilisé reste ductile. Au démarrage, on chauffe d'abord, on pressurise ensuite ; à l'arrêt, on dépressurise avant de refroidir.
4

La fissuration au réchauffage

Pendant le TTAS, des grains durcis et des joints affaiblis

🧶Image à retenirLe pull qui craque aux coutures : les mailles sont devenues raides, alors ce sont les coutures qui cèdent quand on tire
👁 Niveau 1 : voir le pull qui craque aux coutures

Le TTAS doit détendre le joint : en chauffant vers 600 à 750 °C, l'acier flue un peu et les contraintes résiduelles se relâchent. Ce relâchement, c'est une petite déformation de fluage, de l'ordre de quelques dixièmes de pour cent, que la ZAT doit encaisser. Dans certains aciers, elle n'y arrive pas : des fissures intergranulaires s'ouvrent dans la ZAT à gros grains, souvent au pied des cordons, pendant la montée en température, entre 500 et 700 °C environ. C'est la fissuration au réchauffage, ou fissuration de relaxation.

Trois ingrédients se conjuguent :

  • le cycle de soudage a dissous les carbures de la ZAT-GG ; au réchauffage, des carbures très fins de vanadium, de molybdène, de niobium ou de titane reprécipitent à l'intérieur des grains, qui deviennent plus durs que leurs joints ;
  • les joints de grains sont affaiblis par les impuretés qui s'y concentrent (P, S, Sn, Sb, As, et même quelques ppm de Pb ou de Bi) et par une mince bande sans précipités ;
  • les gros grains offrent peu de joints : toute la déformation de relaxation se concentre sur eux, et des cavités s'y ouvrent puis se rejoignent.

Comme un pull dont les mailles auraient été raidies à l'amidon : quand on tire, ce sont les coutures qui lâchent. Les nuances les plus sensibles sont les aciers au vanadium : 14MoV6-3 (½Cr-½Mo-¼V), 2,25Cr-1Mo-0,25V (dit « 22V »), 7CrMoVTiB10-10 (T24). Le 10CrMo9-10 classique est peu sensible ; le 16Mo3 ne l'est pas.

Manipulation 4 : les coutures qui lâchent

Choisis une nuance, ajuste le molybdène, le vanadium et l'indice d'impuretés K, puis chauffe la pièce pour le TTAS. À gauche, la nuance sur la carte des indices ΔG et PSR (sensible si positifs) ; à droite, la ZAT à gros grains : précipités dans les grains, cavités et fissures aux joints. Modèle pédagogique illustrant les tendances publiées.

🎓 Niveau 2 : maîtriser indices, nuances sensibles, prévention

Deux indices de composition classent les aciers faiblement alliés ; une valeur positive signale une nuance sensible :

ΔG = Cr + 3,3·Mo + 8,1·V − 2
PSR = Cr + Cu + 2·Mo + 10·V + 7·Nb + 5·Ti − 2

Teneurs en % massique. ΔG : indice de Nakamura ; PSR (SR pour stress relief, détensionnement) : indice d'Ito et Nakanishi, établi pour Cr ≤ 1,5 %, Cu ≤ 1 %, Mo ≤ 2 % et V, Nb, Ti ≤ 0,15 %. Hors de ce domaine, notamment pour les aciers à 2,25 % de chrome, ces indices ne s'appliquent plus et l'on s'appuie sur l'expérience et sur des essais.

Exemples : 13CrMo4-5 (1 Cr ; 0,5 Mo ; 0,15 Cu) : ΔG = 1 + 1,65 − 2 = 0,65, PSR = 1 + 0,15 + 1 − 2 = 0,15 : légèrement sensible. 16Mo3 (0,1 Cr ; 0,3 Mo ; 0,15 Cu) : ΔG = −0,91, PSR = −1,15 : non sensible. Le vanadium pèse lourd : 0,1 % de vanadium ajoute 0,81 à ΔG et 1 à PSR.

Le métal fondu aussi. Le métal fondu des aciers 2,25Cr-1Mo-0,25V peut fissurer au réchauffage. Pour lui, un indice d'impuretés a été proposé (Chauvy et Pillot) :

K = Pb + Bi + 0,03·Sb < 1,5 ppm

Teneurs en ppm ; Pb : plomb, Bi : bismuth, Sb : antimoine. Quelques ppm de plomb ou de bismuth, éléments qui ségrègent fortement aux joints, suffisent à ruiner la ductilité de relaxation.

La prévention combine plusieurs leviers :

  • la composition : limiter V, Nb, Ti au strict nécessaire, et les impuretés (P, S, Sn, Sb, As, Pb, Bi) ;
  • la géométrie : éviter les concentrations de contraintes, adoucir les raccordements, meuler les pieds de cordon dans les zones critiques ;
  • la ZAT : affiner les gros grains par des passes de recuit bien placées et des cordons minces qui se recouvrent ;
  • le TTAS : maîtriser la vitesse de montée en température, éviter les écarts de température entre parties épaisses et minces ; pour les nuances les plus sensibles, un traitement intermédiaire de détensionnement, par exemple 1 h vers 680 °C, est parfois prévu en cours de fabrication.
⚠️ Piège : un indice négatif ne protège pas de tout. ΔG et PSR ne voient ni les impuretés, ni la taille des grains, ni la géométrie. Une nuance « non sensible » peut fissurer avec un pied de cordon très raide et une ZAT très grossière ; une nuance sensible peut être soudée sans défaut avec un mode opératoire adapté et qualifié.
💡 Où et quand chercher. La fissure de réchauffage est intergranulaire, souvent courte (quelques millimètres), localisée dans la ZAT à gros grains au pied des cordons ou dans les passes de reprise, et apparaît pendant le TTAS. On la cherche donc par contrôle de surface et par ultrasons après le TTAS, et pas seulement avant.
🔥 Les réacteurs en 2,25Cr-1Mo-0,25V

Les réacteurs d'hydrocraquage de dernière génération, en 2,25Cr-1Mo-0,25V, ont des parois de 200 à 300 mm soudées sous flux. Leur métal fondu au vanadium cumule les risques : fragilisation au revenu (chapitre 3), fissuration au réchauffage, et une résistance élevée qui rend la relaxation difficile. Le choix d'un flux et d'un fil de composition maîtrisée, un TTAS conduit avec rigueur et des contrôles après traitement font partie de la qualification.

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Le joint en fluage

Types I à IV, et la bande à grains fins qui casse la première

🔗Image à retenirLa chaîne et son maillon faible : la chaîne la plus solide casse là où un seul maillon a été recuit
👁 Niveau 1 : voir la chaîne et son maillon faible

En service à chaud, un joint soudé est une succession de bandes qui ne fluent pas toutes à la même vitesse : métal de base, ZAT à grains fins, ZAT à gros grains, zone fondue. Une tuyauterie soudée se comporte comme une chaîne : elle casse au maillon le plus faible. On classe les fissures de fluage des joints en quatre types, selon leur emplacement :

  • type I : dans la zone fondue, en long ou en travers ;
  • type II : née dans la zone fondue et prolongée dans la ZAT ;
  • type III : dans la ZAT à gros grains ;
  • type IV : dans la ZAT à grains fins et intercritique, à la bordure extérieure de la zone affectée, contre le métal de base.

Dans les aciers martensitiques P91 et P92, et à un moindre degré dans les 1Cr-½Mo et 2,25Cr-1Mo, c'est le type IV qui domine après de longues durées : la bande à grains fins et sur-revenue du chapitre 1 a une résistance au fluage nettement plus faible. Prise en sandwich entre des voisins plus résistants, elle subit un état de contraintes triaxial, se couvre de cavités puis se fissure, le plus souvent en rond autour du tube, d'abord à mi-épaisseur.

Le piège est sournois : dans un essai court à forte contrainte, l'éprouvette prélevée en travers du joint casse dans le métal de base, et le joint semble parfait. C'est aux faibles contraintes et aux longues durées, celles du service, que la rupture bascule dans la ZAT et que la durée de vie du joint chute.

Manipulation 5 : le maillon faible

Essai de fluage sur une éprouvette prélevée en travers du joint. Choisis la nuance, la température et la contrainte. À gauche, la durée de rupture du métal de base et celle du joint selon la contrainte ; à droite, l'éprouvette et le lieu de rupture. Lectures : coefficient de joint à 100 000 h. Modèle pédagogique : courbes maîtresses du cours 1, abattement du joint aux faibles contraintes.

🎓 Niveau 2 : maîtriser coefficient de joint, origine du type IV, parades

Le coefficient de joint en fluage (en anglais weld strength reduction factor, WSRF) compare, à même température et même durée, la résistance à la rupture par fluage du joint à celle du métal de base :

z = σr,joint(T, t)σr,MB(T, t)

σr : contrainte de rupture par fluage à la température T et à la durée t, par exemple 100 000 h. En l'absence de données propres au joint, l'EN 13445-3 retient z = 0,8 pour le dimensionnement en fluage ; les codes américains donnent des coefficients qui diminuent quand la température augmente.

Dans la manipulation, pour le P91 à 600 °C : σr,MB ≈ 94 MPa et σr,joint ≈ 75 MPa à 100 000 h, soit z ≈ 0,80. À 650 °C, z tombe vers 0,65 : plus il fait chaud, plus le type IV pèse.

Pourquoi la ZAT à grains fins est faible. Chauffée juste au-dessus d'Ac3 ou entre Ac1 et Ac3, elle n'a pas remis en solution les gros carbures M₂₃C₆ ; la martensite qui s'y forme est pauvre en carbone et en éléments dissous. Le TTAS la sur-revient : précipités grossis et mal répartis, sous-structure restaurée, grains fins qui favorisent le glissement aux joints. Résultat : une bande de 1 à 2 mm dont la résistance au fluage est bien inférieure à celle du métal de base, et où les cavités apparaissent d'abord à mi-épaisseur, là où la triaxialité est la plus forte.

Les parades.

  • Respecter les modes opératoires : énergie de soudage modérée et maîtrisée, TTAS dans la plage prescrite.
  • Placer les joints hors des zones les plus chargées, notamment en flexion ; soigner les supportages des tuyauteries, car les efforts axiaux additionnels accélèrent le type IV.
  • Pour un coefficient proche de 1, renormaliser et revenir la pièce après soudage, quand c'est possible, avec un métal d'apport de même composition que le métal de base.
  • Développer des aciers dont la ZAT résiste mieux, comme les aciers à 9 % de chrome enrichis en bore et appauvris en azote.
  • Surveiller : répliques en bordure de ZAT (cours 1), mais aussi ultrasons, car l'endommagement de type IV commence souvent sous la surface.
⚠️ Piège : l'essai court rassure à tort. Une éprouvette en travers du joint qui casse dans le métal de base après 2 000 h à forte contrainte ne prouve rien pour 100 000 h à la contrainte de service. Les coefficients de joint s'établissent sur des essais longs, à faible contrainte, extrapolés avec prudence.
🧠 Mnémotechnique : « I, II, III, IV, du centre vers le dehors » : I dans la zone fondue, II qui en sort, III dans les gros grains, IV au bord extérieur de la ZAT, contre le métal de base.
🔥 Le retour d'expérience des centrales

Dans les années 2000, des fissures de type IV ont été trouvées sur des collecteurs et des tuyauteries en P91 et en aciers voisins après quelques dizaines de milliers d'heures seulement, bien avant la durée de vie prévue pour le métal de base. Elles ont conduit à revoir les coefficients de joint des codes, à renforcer la surveillance des joints circonférentiels chargés et à développer les aciers modernes à 9 % de chrome au bore.

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L'enquête

Quand, où, comment : reconnaître la fissure

🔎Image à retenirLe détective : l'heure du crime, la scène, l'arme ; trois indices suffisent à confondre le coupable
👁 Niveau 1 : voir l'heure, la scène, l'arme

Devant une fissure, un bon enquêteur pose trois questions, dans cet ordre :

  • quand est-elle apparue ? Pendant le soudage, quelques heures après, pendant le TTAS, après des années de service, lors d'un arrêt à froid ;
  • où est-elle ? Au centre du cordon, dans la ZAT à gros grains sous le cordon ou à son pied, à la bordure extérieure de la ZAT, dans tout le métal ;
  • comment est-elle faite ? Orientation (en long, en travers, en rond autour du tube), trajet (entre les grains ou à travers eux), surfaces oxydées ou non, cavités autour.

Une fissure apparue pendant le soudage au centre d'un cordon étroit et profond, aux faces colorées par l'oxydation, est une fissure de solidification, ou fissuration à chaud. Une fissure apparue le lendemain dans la ZAT d'un acier trempant, aux faces brillantes, est une fissure à froid. Une fissure intergranulaire de la ZAT à gros grains découverte après le TTAS d'un acier au vanadium est une fissure de réchauffage. Une rupture fragile à froid d'un réacteur ancien relève de la fragilisation au revenu. Une fissure circonférentielle en bordure de ZAT, entourée de cavités, sur un P91 âgé, est une fissure de type IV.

Manipulation 6 : le détective des fissures

Choisis un cas, lis les indices (le moment sur la frise, l'emplacement sur la coupe, l'aspect dans la fiche), puis propose ton diagnostic. Le compteur garde ta première réponse pour chaque cas. Lance l'enquête pour voir la fissure apparaître au bon moment.

🎓 Niveau 2 : maîtriser le tableau de l'enquêteur
TypeQuandOùAspectCausesPrévention
À chaud (solidification)pendant le soudage, en fin de solidificationcentre de la ZF, en long ; cratèresinterdendritique, faces oxydéesS, P, cordon étroit et profond, forte dilutionrapport largeur/profondeur ≥ 1, intensité modérée, métal d'apport adapté
À froid (hydrogène)après refroidissement, sous 150 °C, parfois jusqu'à 48 hZAT-GG sous le cordon ou au pied ; en travers de la ZFinter- ou transgranulaire, faces brillanteshydrogène, structure dure, contraintesbas hydrogène, préchauffage, postchauffage, TTAS
Au réchauffagependant le TTAS (500 à 700 °C), parfois en serviceZAT-GG, pied de cordon ; ZF au vanadiumintergranulaire, cavités, faces oxydéesV, Nb, Ti, Mo ; impuretés ; gros grains ; contraintescomposition, géométrie, affinage de la ZAT, TTAS maîtrisé
Fragilisation au revenurupture à froid après des années vers 370 à 590 °Ctout le métal, surtout ZF et ZAT-GGrupture fragile intergranulaire, sans déformationP, Sn, Sb, As ; Mn et SiJ et X bas, apports « R », mise en pression à chaud
Type IV (fluage)en service, après des dizaines de milliers d'heuresbordure extérieure de la ZAT, en rond autour du tube, à mi-épaisseur d'abordintergranulaire, cavités alignéesZAT-GF et IC sur-revenues, efforts additionnelsmode opératoire, supportage, surveillance, renormalisation
Arrachement lamellaireau soudage ou peu aprèsmétal de base sous une soudure en T ou en croix, parallèle à la surfaceen gradins, le long d'inclusionsinclusions de sulfures, traction dans l'épaisseurtôles à striction garantie dans l'épaisseur (EN 10164), beurrage, conception

Lire une cassure. Une rupture intergranulaire suit les joints de grains : au microscope électronique, on voit les facettes des grains, comme du sucre en morceaux. Une rupture par clivage traverse les grains sur des plans cristallins, avec des « rivières » qui indiquent le sens de propagation. Une rupture ductile montre des cupules. Des faces oxydées ou colorées indiquent que la fissure était ouverte à chaud ; des faces brillantes, qu'elle s'est formée à froid. Des cavités alignées devant la fissure signent le fluage.

⚠️ Piège : un même endroit, plusieurs suspects. La ZAT à gros grains abrite à la fois la fissuration à froid, la fissuration au réchauffage et le type III. Seul le moment d'apparition (contrôles avant et après TTAS, historique de service) et l'aspect (faces oxydées ou non, cavités) permettent de trancher. D'où l'intérêt de tracer les contrôles : un défaut trouvé après TTAS sur une soudure contrôlée saine avant TTAS n'est pas une fissure à froid.
💡 La fissure à chaud des Cr-Mo. Elle n'est pas propre aux Cr-Mo, mais le soudage sous flux de fortes épaisseurs, avec ses cordons profonds, y expose. Des passes larges et peu épaisses, de l'ordre de 3,5 mm au plus, la préviennent ; elles améliorent aussi la ténacité, en revenant et affinant les passes précédentes (cours 4).
🔥 L'expertise d'une fissure

Avant toute réparation, l'expert rassemble l'historique : mode opératoire, relevés de préchauffage et de TTAS, rapports de contrôle, conditions de service. Il prélève si possible un échantillon traversant la fissure, fait une coupe métallographique et une observation de la cassure, mesure les duretés. Réparer une fissure de réchauffage comme une fissure à froid, ou l'inverse, c'est souvent la voir revenir.

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Exercices corrigés

Six exercices et un défi, de la zone affectée à l'expertise

🏋️Image à retenirLa salle de musculation : on ne progresse qu'en soulevant soi-même
👁 Mode d'emploi formule littérale, puis valeurs, puis unités

Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs viennent des modèles du cours et des manipulations 1 à 6 ; le défi se rejoue dans la manipulation 2. Rappels : T (K) = θ (°C) + 273,15 ; log : logarithme décimal ; ln : logarithme népérien ; 1 kJ/mm = 10⁶ J/m.

Exercice 1 : la zone affectée d'un 10CrMo9-10 N1 et N2 · chapitre 1

Soudage sous flux d'une tôle de 40 mm en 10CrMo9-10 : U = 30 V, I = 500 A, v = 10 mm/s, rendement k = 1. Utilise ρc = 4,4·10⁶ J/(m³·K) et la manipulation 1.

a) Calcule l'énergie de soudage Q.

b) Sans préchauffage (T0 = 20 °C), calcule t8/5 avec la formule 3D. La formule 2D donne 1,6 s : laquelle retenir ?

c) Calcule la distance à l'axe où la température de pic vaut 1 100 °C, puis lis la largeur de la ZAT et de sa partie à gros grains.

d) Quelle dureté brute dans la ZAT à gros grains ? Et après un TTAS de 2 h à 700 °C (calcule le paramètre P) ?

e) Reprends b) et d) avec un préchauffage à 200 °C. Conclusion ?

Voir la correction

a) Q = k·U·I/v = 1 × 30 × 500/10 = 1 500 J/mm = 1,5 kJ/mm.

b) t8/5 = (6 700 − 100) × 1,5 × (1/480 − 1/780) = 9 900 × 0,000 801 ≈ 7,9 s. On retient la plus grande valeur, 7,9 s : la tôle de 40 mm est plus épaisse que l'épaisseur de transition (≈ 18 mm), l'écoulement est tridimensionnel.

c) r = √(0,234 × 1,5·10⁶/(4,4·10⁶ × 1 080)) ≈ 8,6·10⁻³ m = 8,6 mm. La manipulation donne une ZAT de 2,7 mm, dont 1,3 mm de gros grains (la ligne de fusion est à 7,3 mm de l'axe).

d) t8/5 < 10 s : martensite, ≈ 382 HV. TTAS : P = 973,15 × (20 + log 2)/1 000 ≈ 19,76 ; la dureté tombe à ≈ 201 HV.

e) t8/5 = 5 700 × 1,5 × (1/300 − 1/600) ≈ 14,3 s : un peu de bainite, ≈ 358 HV ; la ZAT s'élargit à ≈ 3,7 mm. Le préchauffage adoucit à peine la ZAT : il reste au-dessus de 350 HV. Son rôle principal est ailleurs : laisser partir l'hydrogène et réduire les contraintes (chapitre 2).

Exercice 2 : la fissuration à froid en chiffres N2 · chapitre 2

10CrMo9-10 de 30 mm, Q = 1,5 kJ/mm, électrodes H10. Modèle du chapitre 2 : Hcrit = (8/S)·(350/HV)⁴ avec S = (0,75 + 0,0125·e)·(1 − 0,4·(Tp − 20)/280).

a) Sans préchauffage (HV ≈ 382), calcule S et Hcrit. Conclusion ?

b) Préchauffé à 200 °C (HV ≈ 358), même question.

c) Le temps caractéristique de dégazage à 260 °C vaut 4,4 h. Combien reste-t-il d'hydrogène après 2 h de postchauffage ?

d) Quelle durée minimale de postchauffage aurait suffi ?

e) À 20 °C, τ ≈ 1 260 h. Pourquoi la fissure peut-elle n'apparaître que le lendemain ?

Voir la correction

a) S = 0,75 + 0,375 = 1,125 ; Hcrit = 8/1,125 × (350/382)⁴ = 7,11 × 0,705 ≈ 5,0 ml/100 g. Avec H10, la ZAT fissure : préchauffage obligatoire.

b) S = 1,125 × (1 − 0,4 × 180/280) ≈ 0,84 ; Hcrit = 8/0,84 × (350/358)⁴ ≈ 8,7 ml/100 g. Encore sous 10 : risque, même préchauffé.

c) H = 10 × exp(−2/4,4) ≈ 6,4 ml/100 g, sous le seuil de 8,7 : le joint est sauf.

d) t = τ·ln(H0/Hcrit) = 4,4 × ln(10/8,7) ≈ 0,6 h. En pratique, on maintient au moins 1 h vers 260 °C, et davantage en forte épaisseur.

e) À 20 °C, l'hydrogène ne quitte la pièce qu'en quelques semaines (τ ≈ 53 jours) ; il a tout le temps de diffuser vers les zones dures et tendues et d'y faire progresser une fissure, pas à pas. D'où le contrôle différé.

Exercice 3 : trier les coulées N1 et N2 · chapitre 3

Tôle de 2,25Cr-1Mo : Mn = 0,50 %, Si = 0,10 %, P = 0,007 %, Sn = 0,003 %. Métal fondu courant : Mn = 1,0 %, Si = 0,4 %, P = 120 ppm, Sn = 60 ppm, Sb = 10 ppm, As = 100 ppm. Modèle de la manipulation 3 : ΔvTr54 = 0,35·(J − 50) + 3·(X − 8), en °C.

a) Calcule J pour la tôle. Est-il acceptable ?

b) Calcule J et X pour le métal fondu.

c) Après TTAS, le métal fondu a vTr54 = −40 °C. Calcule ΔvTr54 et le critère vTr54 + 2,5·ΔvTr54.

d) Un métal fondu « R » (Mn + Si = 1,0 %, P = 70, Sn = 30, Sb = 5, As = 40 ppm, vTr54 = −45 °C) fait-il mieux ?

Voir la correction

a) J = (0,50 + 0,10) × (0,007 + 0,003) × 10⁴ = 0,6 × 0,010 × 10⁴ = 60 : très bon, sous 120.

b) J = 1,4 × (0,012 + 0,006) × 10⁴ = 252 ; X = (10 × 120 + 5 × 10 + 4 × 60 + 100)/100 = 15,9 ppm : au-delà de 15.

c) ΔvTr54 = 0,35 × 202 + 3 × 7,9 ≈ 94 °C ; critère −40 + 2,5 × 94,4 ≈ 196 °C, très loin des 38 °C : non conforme.

d) J = 1,0 × 100 = 100, X = (700 + 25 + 120 + 40)/100 ≈ 8,9 ppm ; ΔvTr54 = 0,35 × 50 + 3 × 0,85 ≈ 20 °C ; critère ≈ −45 + 50 = 5 °C : conforme, même au critère sévère d'environ 10 °C. C'est tout l'intérêt des produits d'apport « R ».

Exercice 4 : sensible ou pas au réchauffage ? N1 · chapitre 4

a) Calcule ΔG et PSR pour le 13CrMo4-5 (1,0 Cr ; 0,5 Mo ; 0,15 Cu).

b) Même calcul pour le 14MoV6-3 (0,45 Cr ; 0,6 Mo ; 0,27 V ; 0,15 Cu). Les deux indices sont-ils applicables ?

c) On ajoute 0,10 % de vanadium au 13CrMo4-5. Que devient ΔG ?

d) Un métal fondu de 2,25Cr-1Mo-0,25V contient 0,8 ppm de plomb, 0,4 ppm de bismuth et 12 ppm d'antimoine. Est-il acceptable ?

Voir la correction

a) ΔG = 1,0 + 3,3 × 0,5 − 2 = 0,65 ; PSR = 1,0 + 0,15 + 2 × 0,5 − 2 = 0,15 : légèrement sensible.

b) ΔG = 0,45 + 1,98 + 8,1 × 0,27 − 2 ≈ 2,62 ; PSR = 0,45 + 0,15 + 1,2 + 2,7 − 2 = 2,5. Nuance nettement sensible ; mais V = 0,27 % dépasse la limite de 0,15 % de PSR, dont la valeur n'est qu'indicative.

c) ΔG = 0,65 + 8,1 × 0,10 ≈ 1,46 : le vanadium pèse lourd.

d) K = 0,8 + 0,4 + 0,03 × 12 = 1,56 ppm, au-dessus de 1,5 ppm : coulée de fil ou de flux à refuser pour ce métal fondu.

Exercice 5 : le coefficient de joint N2 · chapitre 5 · cours 1

Utilise la manipulation 5 (P91, joint en travers).

a) À 600 °C, lis σr à 100 000 h pour le métal de base et pour le joint. Calcule z.

b) À 600 °C sous 150 MPa, puis sous 120 MPa, où casse l'éprouvette et en combien de temps ?

c) Que devient z à 625 °C ? Et pour un P92 à 600 °C ?

d) Tuyauterie en P91 à 600 °C : Do = 400 mm, p = 15 MPa, f = σr/1,5 avec σr = 94 MPa. Compare l'épaisseur e = p·Do/(2f·z + p) avec z = 1 et z = 0,8.

Voir la correction

a) σr,MB ≈ 94 MPa, σr,joint ≈ 75 MPa : z = 75/94 ≈ 0,80.

b) 150 MPa : rupture dans le métal de base vers 2 231 h ; le joint paraît parfait. 120 MPa : rupture de type IV vers 9 384 h, contre 15 087 h pour le métal de base, soit 62 % de sa durée.

c) À 625 °C, z ≈ 0,73 : le type IV pèse davantage quand la température monte. Pour le P92 à 600 °C, z ≈ 0,83 (113 MPa pour le métal de base, 93 MPa pour le joint).

d) f = 94/1,5 ≈ 63 MPa. Avec z = 1 : e = 15 × 400/(2 × 63 + 15) ≈ 43 mm ; avec z = 0,8 : e = 6 000/(100,8 + 15) ≈ 52 mm. Le joint coûte environ 20 % d'épaisseur.

Exercice 6 : mener l'enquête N1 · chapitre 6

Pour chaque cas, nomme le type de fissuration et une parade.

a) Tubes de chaudière en T24 : fissures intergranulaires dans la ZAT à gros grains, trouvées après le TTAS sur des joints contrôlés sains avant.

b) Joint de 13CrMo4-5 de 50 mm soudé en hiver sans préchauffage : fissure sous cordon trouvée le lendemain, faces brillantes.

c) Collecteur en P91 après 70 000 h à 610 °C : fissure circonférentielle en bordure extérieure de la ZAT, cavités alignées.

d) Passe de racine sous flux étroite et profonde : fissure axiale visible dès le décrassage, faces oxydées.

e) Réacteur en 2,25Cr-1Mo de 1975, 20 ans vers 430 °C : la résilience mesurée à 20 °C sur un prélèvement s'est effondrée, cassures intergranulaires.

Voir la correction

a) Fissuration au réchauffage (acier au vanadium et au titane, apparition pendant le TTAS) : soigner les pieds de cordon, affiner la ZAT, maîtriser la montée en température.

b) Fissuration à froid (acier trempant, forte épaisseur, pas de préchauffage, apparition différée) : préchauffage, électrodes basiques étuvées, postchauffage.

c) Type IV (fluage, bordure de ZAT, cavités) : surveillance par répliques et ultrasons, contrôle des efforts de supportage, réparation et TTAS.

d) Fissuration à chaud de solidification (pendant le soudage, axe d'un cordon étroit et profond) : cordons plus larges que profonds, intensité réduite.

e) Fragilisation au revenu (service vers 430 °C, rupture intergranulaire à froid) : mise en pression au-dessus d'une température minimale ; un réchauffage au-delà de 600 °C suivi d'un refroidissement rapide restaure la ténacité.

Défi : souder un collecteur épais sans fissurer N2 · chapitre 2 · manipulation 2

Collecteur en 10CrMo9-10 de 60 mm, Q = 1,5 kJ/mm, électrodes H10. Les températures de préchauffage et entre passes sont limitées à 300 °C, et le postchauffage disponible ne dépasse pas 6 h à 260 °C.

a) Avec un préchauffage de 200 °C, quel est Hcrit ? Quelle durée de postchauffage faudrait-il ?

b) Propose un couple préchauffage-postchauffage qui convient avec H10, et vérifie-le dans la manipulation 2.

c) Quelle autre solution reste possible à 200 °C ?

Voir la correction

a) HV ≈ 358, S = 1,5 × (1 − 0,4 × 180/280) ≈ 1,11, Hcrit ≈ 6,5 ml/100 g. τ à 260 °C vaut 4 × 4,4 ≈ 17,7 h (τ croît comme e²) : t = 17,7 × ln(10/6,53) ≈ 7,5 h, au-delà des 6 h disponibles.

b) À 250 °C : HV ≈ 343, Hcrit ≈ 8,6 ; t = 17,7 × ln(10/8,6) ≈ 2,7 h. Avec 3 h de postchauffage, il reste 10 × exp(−3/17,7) ≈ 8,4 ml/100 g, sous le seuil : la manipulation affiche « pas de fissure à froid attendue ». À 300 °C, Hcrit ≈ 11,9 dépasse même 10, mais on travaille alors à la limite des températures entre passes et du confort des soudeurs.

c) Des électrodes H5 bien étuvées : 5 < 6,5, sans fissure attendue même sans postchauffage ; en pratique on garde un postchauffage pour la marge.

?

Quiz : 12 questions éclair

Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste

🎯Image à retenirLa cible : vise 10 sur 12 avant le cours 4
Score : 0 / 12
★

Fiche mémoire du cours 3

Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête

🧪Image à retenirLe fil de fer qui casse après un bain d'acide, puis retrouve sa souplesse en se reposant
🌈

L'arc-en-ciel

Tpic − T0 ≈ 0,234·Q/(ρc·r²)

ZF, gros grains (> 1 100 °C), grains fins, intercritique, subcritique : quelques millimètres en tout.

⏱️

Le refroidissement

t8/5 = (6 700 − 5T0)·Q·(1/(500 − T0) − 1/(800 − T0))

Le préchauffage l'allonge, mais un P91 reste martensitique : seul le TTAS l'adoucit.

🪑

Le tabouret

H + dur + tiré

Fissuration à froid : enlever un pied suffit. Préchauffage, bas hydrogène, postchauffage, TTAS.

⌛

Le dégazage

τ = e²/(π²·D(T))

À 260 °C, l'hydrogène part trois cents fois plus vite qu'à 20 °C ; τ croît comme e².

🧲

L'aimant

P, Sn, Sb, As → joints, 370 à 590 °C

Fragilisation au revenu : perte de ténacité à froid, réversible au-delà de 600 °C ; Mn et Si l'aggravent.

🪜

Le step cooling

vTr54 + 2,5·ΔvTr54 ≤ 38 °C

J = (Mn + Si)(P + Sn)·10⁴ ≤ 120 à 160 ; X ≤ 10 à 15 ppm ; apports « R ».

🧶

Le pull

ΔG = Cr + 3,3Mo + 8,1V − 2

Fissuration au réchauffage pendant le TTAS, ZAT à gros grains, aciers au vanadium ; K < 1,5 ppm pour le métal fondu 22V.

🔗

Le maillon faible

z = σr,joint/σr,MB ≈ 0,8

Type IV : bordure extérieure de la ZAT, faibles contraintes, longues durées ; I, II, III, IV du centre vers le dehors.

🔎

Le détective

quand · où · comment

Pendant le soudage, à froid, au TTAS, en service, à l'arrêt ; ZF, ZAT-GG, bordure de ZAT ; faces oxydées ou non, cavités.

🧪 Fun fact : le fil qui cassait après son bainEn 1875, le Britannique William H. Johnson publie dans les Proceedings of the Royal Society une observation née du décapage industriel des fils de fer et d'acier : un fil passé quelques minutes dans un acide dilué devient beaucoup plus fragile et casse là où il se pliait sans peine. Johnson remarque que seuls les acides qui dégagent de l'hydrogène au contact du fer produisent l'effet, et il en conclut que le coupable n'est pas l'acide, mais l'hydrogène qui a pénétré dans le métal. Plus étonnant encore : avec le temps, le fil retrouve peu à peu sa ténacité, à mesure que l'hydrogène s'en échappe. Johnson note aussi que les aciers les plus résistants sont les plus touchés. Un siècle et demi plus tard, le postchauffage des Cr-Mo ne fait qu'accélérer ce que ses fils faisaient en se reposant : chapitre 2.
A–Z

Glossaire

Les mots, symboles et sigles de ce cours

📖Image à retenirLe dictionnaire : un mot flou, un clic
Ac1, Ac3
Températures de début et de fin de transformation de l'acier en austénite au chauffage (≈ 805 et 890 °C pour un 10CrMo9-10 dans ce cours).
API, ASME, AWS, WRC
American Petroleum Institute, American Society of Mechanical Engineers, American Welding Society, Welding Research Council : organismes américains qui publient recommandations, codes et spécifications.
Apport « R »
Fil et flux dont le suffixe R garantit des teneurs maximales en S, P, Cu, As, Sn et Sb, pour limiter la fragilisation au revenu (AWS A5.23).
Arrachement lamellaire
Fissuration en gradins du métal de base sous une soudure, parallèle à la surface, le long d'inclusions de sulfures ; prévenue par des tôles à caractéristiques garanties dans l'épaisseur (EN 10164).
Austénite (anciens grains d')
Phase du fer stable à haute température ; ses anciens joints de grains restent visibles dans la structure transformée et concentrent les impuretés.
Bridage
Gêne au retrait du cordon imposée par la pièce et son environnement ; il augmente les contraintes résiduelles.
Cavité de fluage
Petit vide qui s'ouvre aux joints de grains sous contrainte à chaud ; les cavités alignées puis reliées forment une fissure.
Charpy V, KV, vTr54, ΔvTr54
Essai de flexion par choc sur éprouvette entaillée en V ; KV : énergie absorbée (J) ; vTr54 : température de transition à 54 J ; ΔvTr54 : son décalage après step cooling.
Clivage, intergranulaire, transgranulaire
Rupture à travers les grains selon des plans cristallins ; rupture qui suit les joints de grains ; rupture qui traverse les grains.
Coefficient de joint z (WSRF)
Rapport de la résistance au fluage du joint à celle du métal de base, à même température et même durée ; 0,8 par défaut dans l'EN 13445-3.
Contrôle différé
Contrôle final réalisé après un délai (souvent 24 à 48 h) pour laisser apparaître une éventuelle fissuration à froid.
D, τ
Coefficient de diffusion apparent de l'hydrogène (m²/s) ; temps caractéristique de dégazage d'une plaque, τ = e²/(π²D).
DHT, postchauffage
Traitement de déshydrogénation : maintien vers 260 °C pendant au moins une heure, enchaîné sur le soudage, pour chasser l'hydrogène.
e (constante)
Base des logarithmes népériens, ≈ 2,718 ; à ne pas confondre avec l'épaisseur e.
EN 1011-1, EN 1011-2
Recommandations pour le soudage à l'arc des matériaux métalliques : généralités (rendements thermiques), aciers ferritiques (t8/5, préchauffage).
Énergie de soudage Q
Énergie apportée par millimètre de cordon, Q = k·U·I/v, en kJ/mm.
Épaisseur de transition
Épaisseur sous laquelle l'écoulement de la chaleur devient bidimensionnel et la formule 2D de t8/5 l'emporte.
Étuvage
Séchage des électrodes ou des flux à haute température pour éliminer l'humidité, source d'hydrogène.
Filiation de dureté
Suite de mesures de dureté (HV10) traversant métal de base, ZAT et zone fondue, exigée à la qualification du mode opératoire.
Fissuration à chaud (de solidification)
Fissure qui s'ouvre en fin de solidification, au centre du cordon, favorisée par S, P et les cordons étroits et profonds.
Fissuration à froid (FAF)
Fissuration par l'hydrogène après refroidissement, dans une structure dure et sous contraintes ; souvent différée.
Fissuration au réchauffage
Fissuration intergranulaire de la ZAT à gros grains pendant le TTAS ou en service à chaud, liée à la relaxation des contraintes.
Fragilisation au revenu
Perte de ténacité due à la ségrégation de P, Sn, Sb, As aux joints de grains vers 370 à 590 °C ; réversible au-delà de 600 °C.
H5, H10, H15
Classes d'hydrogène diffusible d'un produit d'apport : au plus 5, 10 ou 15 ml pour 100 g de métal déposé.
Hcrit, S
Hydrogène critique toléré par la ZAT dans le modèle du cours ; sévérité liée au bridage et au préchauffage.
Hollomon-Jaffe (paramètre de)
P = T·(20 + log t)/1 000, T en K, t en h : il résume l'effet d'un revenu ou d'un TTAS.
HV, HV10
Dureté Vickers ; HV10 : mesurée sous une charge de 10 kgf.
Hydrogène diffusible
Hydrogène capable de diffuser dans le métal à la température ambiante, mesuré en ml/100 g de métal déposé (ISO 3690).
ISO 15614-1
Norme de qualification des modes opératoires de soudage à l'arc des aciers par épreuve.
ISO 2560, ISO 3580
Normes de classification des électrodes enrobées, pour aciers non alliés et à grains fins, et pour aciers résistant au fluage.
J (facteur de Watanabe)
J = (Mn + Si)·(P + Sn)·10⁴, teneurs en % : indice de sensibilité du métal de base à la fragilisation au revenu.
K
K = Pb + Bi + 0,03·Sb, en ppm : indice d'impuretés du métal fondu des 2,25Cr-1Mo-0,25V pour la fissuration au réchauffage, visé sous 1,5 ppm.
MB, MA, ZF
Métal de base, métal d'apport, zone fondue.
Martensite, bainite
Structures de trempe : la martensite, la plus dure, se forme au refroidissement rapide ; la bainite, un peu moins dure, à vitesse intermédiaire.
Mise en pression minimale (température de)
Température au-dessous de laquelle un réacteur susceptible de fragilisation ne doit pas être mis en pression.
ΔG, PSR
Indices de sensibilité à la fissuration au réchauffage : ΔG = Cr + 3,3Mo + 8,1V − 2 ; PSR = Cr + Cu + 2Mo + 10V + 7Nb + 5Ti − 2 ; sensible si positifs.
Pied de cordon
Ligne où la surface du cordon rejoint celle du métal de base ; lieu de concentration de contraintes.
ppm
Partie par million en masse : 1 ppm = 0,000 1 %.
R
Constante des gaz parfaits, 8,314 J/(mol·K).
Réplique
Empreinte de la surface polie d'une pièce en service, observée au microscope pour suivre les cavités de fluage.
ρc
Capacité thermique volumique de l'acier, ≈ 4,4·10⁶ J/(m³·K) : masse volumique ρ multipliée par la capacité thermique massique c.
Rosenthal (modèle de)
Solution analytique de la diffusion de la chaleur autour d'une source mobile, d'où l'on tire les températures de pic.
Ségrégation intergranulaire
Concentration d'atomes d'impuretés dans les joints de grains, qui en réduit la cohésion.
Step cooling
Refroidissement par paliers de 593 à 316 °C, environ 240 h, qui accélère la fragilisation au revenu pour l'évaluer.
Sur-revenu
Revenu excessif d'un métal déjà revenu : carbures grossis, dureté et résistance au fluage diminuées.
t8/5
Temps de refroidissement entre 800 et 500 °C, qui gouverne la structure de la ZAT.
T0, Tp, Tpic
Température initiale de la pièce ; température de préchauffage ; température maximale atteinte en un point pendant le soudage.
Triaxialité
État de contraintes dans les trois directions, qui gêne la déformation et favorise les cavités.
TTAS
Traitement thermique après soudage : revenu du joint qui adoucit les zones trempées et relâche les contraintes résiduelles.
Types I, II, III, IV
Classement des fissures de fluage des joints : zone fondue ; zone fondue prolongée dans la ZAT ; ZAT à gros grains ; ZAT à grains fins et intercritique.
X (facteur de Bruscato)
X = (10P + 5Sb + 4Sn + As)/100, teneurs en ppm : indice de sensibilité à la fragilisation au revenu, surtout du métal fondu.
ZAT, ZAT-GG, ZAT-GF, ZAT-IC, ZAT-SC
Zone affectée thermiquement ; ses zones à gros grains, à grains fins, intercritique, subcritique (en anglais CGHAZ, FGHAZ, ICHAZ, SCHAZ).
14MoV6-3, 2,25Cr-1Mo-0,25V (22V), T24
Aciers de fluage au vanadium, sensibles à la fissuration au réchauffage.
✓

Suis-je prêt pour la suite ?

Dix points à cocher de tête

🧭Image à retenirLa boussole : quand tout est coché, cap sur le cours 4

Coche seulement ce que tu sais faire sans regarder. Tes coches restent enregistrées dans ce navigateur.

▶ Prochain cours : souder un Cr-Mo, la pratique. Tu connais maintenant les pièges. Le cours 4 donne les parades de l'atelier : choix des produits d'apport (familles B1 à B9), préchauffage et températures entre passes, cordons minces et balayés, maîtrise de l'hydrogène, postchauffage, TTAS réglé par le paramètre de Hollomon-Jaffe, protection envers des aciers au chrome.