Avant de commencer
Le cours 2 en trois cases
| Chapitre du cours | Ce qu'il apporte à l'IWE |
|---|---|
| 1 Quelles fontes se soudent | soudabilité par famille, groupes de l'ISO/TR 15608, normes de soudage des fontes, facteurs liés à la pièce |
| 2 Les zones de la soudure | zone fondue, zone partiellement fondue, zone affectée : structures et largeurs |
| 3 Dilution et métal d'apport | apports homogènes et hétérogènes, nickel et nickel-fer, limite de dilution |
| 4 Régime chaud, régime froid | deux stratégies de soudage, refroidissement et dureté de la zone affectée |
| 5 Préchauffer | effets, carbone équivalent de soudage, repères de température, préchauffage local et mesure |
| 6 Refroidir, marteler, traiter | refroidissement contrôlé, martelage, traitements thermiques après soudage |
- ISO/TR 15608 : groupes de matériaux pour le soudage (groupe 7 : fontes) ; EN 1011-8 (édition 2018) : recommandations pour le soudage des fontes ; ISO 15614-3 : qualification des modes opératoires de soudage des fontes non alliées et faiblement alliées ; ISO 1071 : produits d'apport pour le soudage des fontes ; ISO 13916 : mesure de la température de préchauffage.
- ZF : zone fondue ; ZPF : zone partiellement fondue ; ZAT : zone affectée thermiquement ; MB, MA : métal de base, métal d'apport ; D : dilution ; T0 : température de préchauffage ; Q : énergie de soudage, Q = k·U·I/v (k : rendement thermique du procédé, U : tension, I : intensité, v : vitesse de soudage, selon l'EN 1011-1) ; E : module d'élasticité ; t8/5 : durée de refroidissement de 800 à 500 °C ; CEs : carbone équivalent de soudage ; α′ : martensite ; HV : dureté Vickers ; TTAS : traitement thermique après soudage.
Les fontes sont rarement assemblées par soudage en construction neuve, mais elles sont réparées tous les jours : défauts de fonderie rechargés avant livraison, carters et bâtis fissurés, pièces d'usure, éléments de patrimoine. Une réparation ratée fissure souvent quelques heures après le soudage, ou casse en service le long de la zone affectée. Savoir ce qui se passe dans chaque zone et pourquoi, c'est pouvoir écrire un mode opératoire qui tient, et le défendre en qualification.
La série en quatre cours
Le plan du cours
- 1Quelles fontes se soudent ?
Une matière fragile qui doit encaisser un retrait : qui le peut, qui ne le peut pas.
- 2Les zones d'une soudure de fonte
Zone fondue, zone partiellement fondue, zone affectée : la trace de la température maximale.
- 3Dilution et métal d'apport
Fonte, acier ou nickel : ce que devient le carbone de la fonte dans le bain.
- 4Régime chaud, régime froid
Tout chauffer comme à la coulée, ou presque rien et à petites touches.
- 5Préchauffer
Pourquoi, combien, comment, et où mesurer.
- 6Refroidir, marteler, traiter
Finir la soudure sans la fissurer : refroidissement lent, martelage, traitement après soudage.
Quelles fontes se soudent ?
Une matière fragile qui doit encaisser un retrait : qui le peut, qui ne le peut pas
Plonge un glaçon dans l'eau tiède : il craque. Sa surface se dilate, son cœur froid la retient, et la glace, fragile, ne peut pas se déformer pour s'accommoder. Une soudure fait la même chose à une pièce : elle chauffe une petite zone, qui se dilate puis se rétracte en refroidissant, pendant que le reste de la pièce, froid, la retient. Le cordon et son voisinage se retrouvent étirés. Un acier s'étire de 20 % avant de rompre et encaisse ce retrait sans broncher ; une fonte GL ne s'étire que de quelques dixièmes de pour cent. Elle fissure.
Par rapport à un acier, la fonte cumule des atouts et des pièges :
- elle fond plus bas : il faut moins de chaleur pour la souder ;
- son liquide est très fluide : on soude surtout à plat ;
- son module d'élasticité est plus faible (pour les GL) : à déformation égale, elle se met moins en contrainte ;
- mais elle est peu ductile, voire pas du tout ;
- et elle est très sensible au refroidissement rapide : son carbone forme de la cémentite ou de la martensite, dures et fragiles (cours 1).
Le problème général du soudage des fontes tient donc en une phrase : garder le carbone à l'état de graphite, et ne pas tirer sur une matière qui ne s'étire pas. D'où trois règles : limiter la dilution, ralentir le refroidissement, éviter les contraintes de traction.
Qui se soude ? Les fontes les plus ductiles. Les GS ferritiques se soudent le mieux ; les GS perlitiques, GV et GL se soudent avec précautions ; parmi les malléables, les nuances à cœur blanc minces et décarburées se soudent bien, les autres mal ; les fontes blanches, les fontes alliées au chrome ou au silicium et les ADI ne se soudent pas pour l'assemblage. Les fontes austénitiques au nickel se soudent avec des apports au nickel.
Manipulation 1 : le barreau bridé
Un barreau tenu entre deux murs est chauffé localement par la soudure, puis refroidit. En dessous d'environ 650 °C, le métal ne se relâche plus : son retrait jusqu'à la température de préchauffage T0 impose une déformation ε = α·(650 − T0)·b, où b mesure le bridage (1 : murs parfaitement rigides). Le barreau fissure si ε dépasse ce que la matière peut encaisser, Rm/E + A (E : module d'élasticité ; A : allongement). ▶ Refroidir rejoue le retrait. Modèle pédagogique.
Le bilan de déformation. Une zone chauffée puis refroidie, retenue par une pièce froide, subit une déformation de traction proportionnelle à l'écart de température au-dessous duquel le métal ne se relâche plus :
α ≈ 12 × 10⁻⁶ K⁻¹ : coefficient de dilatation ; Tr ≈ 650 °C : température au-dessus de laquelle les contraintes se relâchent (valeur du modèle) ; T0 : préchauffage ; b : bridage, de 0 (pièce libre) à 1 (parfaitement bridée) ; E : module d'élasticité ; Rm/E : déformation élastique avant rupture ; A : allongement.
Sans préchauffage et pleinement bridée : ε ≈ 12 × 10⁻⁶ × 630 ≈ 0,76 %. Une EN-GJL-250 n'encaisse qu'environ 250/110 000 + 0,3 % ≈ 0,53 % : elle fissure. Préchauffée à 300 °C : ε ≈ 0,42 %, elle tient. Une GS ferritique, avec 15 % d'allongement, encaisse sans difficulté ; une fonte blanche, sans allongement, fissure même préchauffée à 300 °C.
Les groupes de matériaux. L'ISO/TR 15608 range les fontes dans le groupe 7, utilisé pour les qualifications de modes opératoires et de soudeurs :
| Groupe | Fontes |
|---|---|
| 71 | fontes à graphite lamellaire, à résistance ou dureté Brinell spécifiées |
| 72 | fontes à graphite sphéroïdal à propriétés mécaniques spécifiées : 72.1 ferritiques avec résilience spécifiée ; 72.2 ferritiques (résistance, limite d'élasticité et allongement, ou dureté) ; 72.3 EN-GJS-500-7 et EN-GJS-450-10 si la perlite atteint 20 % ; 72.4 perlitiques |
| 73 | fontes malléables |
| 74 | fontes ausferritiques (ADI) |
| 75 | fontes austénitiques |
| 76 | autres fontes (les fontes GV, par exemple) |
Les normes du soudage des fontes. L'EN 1011-8 donne les recommandations pour le soudage par fusion des pièces en fonte non alliée et faiblement alliée (EN 1561, EN 1562, EN 1563) : préchauffage et température entre passes, énergie, produits d'apport, traitement après soudage ; elle ne traite pas l'assemblage d'une fonte avec un autre métal. L'ISO 15614-3 qualifie les modes opératoires de soudage de production et de réparation de ces fontes (EN 1561 à EN 1564), et ses principes s'appliquent au soudage fonte-acier. L'ISO 1071 classe les produits d'apport (cours 4).
Les facteurs liés à la pièce. Une pièce ancienne ou ayant servi a pu absorber de l'huile dans ses porosités, contenir des inclusions de sable ou des retassures, porter une peau de fonderie oxydée, ou s'être graphitisée par corrosion (cours 2). Ces défauts donnent des soufflures et des manques de liaison.
| Cause de porosités | Remède |
|---|---|
| Air et humidité ambiants | préparation soignée, protection du bain |
| Humidité des enrobages ou des flux | étuvage des produits d'apport |
| Huile, graisse absorbées par la fonte | dégraissage, chauffage pour brûler les hydrocarbures |
| Rouille, oxydes, laitier, sable | meulage ou gougeage jusqu'au métal sain ; laisser le bain dégazer |
Avant de souder une pièce en fonte usagée, chauffe une petite zone au chalumeau : si elle « transpire » de l'huile ou fume, la pièce est imprégnée, il faut la dégraisser et la chauffer plus longtemps. Meule une facette : une cassure grise et un graphite visible rassurent ; une zone blanche, brillante et très dure annonce une fonte blanche ou trempée, à ne pas souder.
Les zones d'une soudure de fonte
Zone fondue, zone partiellement fondue, zone affectée : la trace de la température maximale
Autour d'un feu de camp, le sol garde la trace de la chaleur : braises au centre, cendre pâteuse au bord, terre cuite plus loin. Autour d'un cordon, chaque point de la fonte a atteint une température maximale qui dépend de sa distance au bain, et cette température décide de ce qu'il devient :
- la zone fondue (ZF) : métal d'apport mélangé à de la fonte fondue. Sa structure dépend du métal d'apport et de la dilution (chapitre 3) ;
- la zone partiellement fondue (ZPF) : chauffée entre le palier eutectique (vers 1 150 °C) et le liquidus de la fonte (vers 1 200 °C). Le liquide eutectique y apparaît autour du graphite, sans que la zone fonde entièrement. Le métal d'apport n'y arrive pas, et ce liquide refroidit très vite contre la pièce froide : il se solidifie en fonte blanche (lédéburite). C'est la zone la plus dure et la plus fragile ;
- la zone affectée thermiquement (ZAT) : chauffée dans le domaine de l'austénite sans fondre. Le graphite voisin se dissout en partie, l'austénite s'enrichit en carbone, et un refroidissement rapide la transforme en martensite dure. Plus loin, une bande intercritique ne s'austénitise qu'en partie ;
- le métal de base, chauffé sous la transformation, garde sa structure.
Un acier n'a pratiquement pas de zone partiellement fondue : son intervalle de solidification est étroit. La fonte, avec son eutectique et ses écarts entre solidus et liquidus, en a toujours une.
Manipulation 2 : la température maximale et les zones
Règle l'énergie de soudage Q, l'épaisseur t et le préchauffage T0. La courbe donne la température maximale atteinte à la distance y de la ligne de fusion (formule d'Adams, tôle soudée en pleine épaisseur) ; les seuils de la fonte découpent les zones, reportées en coupe sous le graphique. ▶ Souder fait monter l'énergie. Fonte non alliée à environ 2 % de silicium. Modèle pédagogique.
La température maximale. Pour une tôle soudée en pleine épaisseur, la formule d'Adams relie la température maximale Tp atteinte à une distance y de la ligne de fusion à l'énergie de soudage et à l'épaisseur :
Tp : température maximale (°C) ; T0 : préchauffage ; ρc ≈ 0,0044 J/(mm³·K) : capacité thermique volumique ; t : épaisseur (mm) ; y : distance à la ligne de fusion (mm) ; Q : énergie de soudage (J/mm), qui tient déjà compte du rendement thermique ; TL : température de la ligne de fusion, prise au liquidus de la fonte (≈ 1 200 °C) ; 4,13 = √(2πe).
En résolvant pour chaque seuil, on obtient la largeur de chaque zone. Avec Q = 1 kJ/mm, t = 10 mm et sans préchauffage : ZPF ≈ 0,21 mm, ZAT austénitisée jusqu'à ≈ 2,3 mm, bande intercritique jusqu'à ≈ 2,6 mm. Préchauffée à 300 °C, la pièce donne une ZPF de 0,36 mm et une ZAT de 4,7 mm : le préchauffage élargit les zones mais ralentit leur refroidissement, ce qui évite les constituants durs (chapitre 4).
| Zone | Température maximale | Ce qui s'y passe | Structure après refroidissement rapide |
|---|---|---|---|
| ZF | > liquidus | mélange de métal d'apport et de fonte fondue | selon l'apport : fonte blanche, martensite, ou austénite au nickel avec graphite |
| ZPF | ≈ 1 150 à 1 200 °C | liquide eutectique autour du graphite | lédéburite (fonte blanche) et martensite : dure, fragile |
| ZAT austénitisée | ≈ 810 à 1 150 °C | austénite, dissolution partielle du graphite | martensite riche en carbone, autour des particules de graphite |
| ZAT intercritique | ≈ 780 à 810 °C | austénitisation partielle | îlots de martensite dans la ferrite ou la perlite |
| MB | < 780 °C | pas de transformation | inchangée (revenu léger) |
Le carbone voyage peu, mais assez. Le carbone du graphite diffuse dans l'austénite sur une distance de l'ordre de √(D·t) : avec D ≈ 2 × 10⁻¹¹ m²/s vers 1 000 °C, environ 6 µm en 2 s, 14 µm en 10 s. Dans une GS, la martensite forme donc des auréoles autour des sphéroïdes ; dans une GL, des liserés le long des lamelles. Une GS perlitique, dont la matrice contient déjà du carbone, durcit davantage qu'une GS ferritique.
Sur une coupe attaquée d'une réparation sur fonte, la ZPF apparaît comme un liseré blanc brillant le long de la ligne de fusion, et la ZAT comme une bande sombre et fine. Une filiation de dureté (cours 2 de la série Essais) y trouve couramment 500 à 700 HV sans préchauffage : c'est la mesure qui juge le mode opératoire.
Dilution et métal d'apport
Fonte, acier ou nickel : ce que devient le carbone de la fonte dans le bain
Le bain de soudure est un mélange : du métal d'apport et une part de fonte fondue, la dilution. Or la fonte fondue apporte 3 à 4 % de carbone. Ce que devient ce carbone décide de la zone fondue :
- avec un apport en fonte (soudage homogène) : la zone fondue est de la fonte. Elle sort grise si l'on refroidit lentement et si l'apport est riche en silicium, blanche sinon. C'est le choix du régime chaud ;
- avec un apport en acier : l'acier absorbe le carbone de la fonte et devient un acier très chargé, qui trempe en martensite dure et se rétracte fortement : fissures assurées, sauf pour de petites réparations sans exigence ;
- avec un apport au nickel : le nickel ne forme pas de carbures et dissout peu de carbone ; l'excès ressort en graphite. La zone fondue est une austénite au nickel, ductile, tendre et usinable, qui accepte le retrait. Le nickel-fer, à environ 55 % de nickel, est plus résistant et se dilate moins, plus près de la fonte.
Mais le nickel se dilue lui aussi : trop de fonte fondue, et la teneur en nickel du bain baisse jusqu'à ce que l'austénite devienne instable. D'où la règle d'or du soudage hétérogène : petite électrode, faible intensité, faible dilution.
Manipulation 3 : la dilution qui décide de la zone fondue
Choisis le métal d'apport, puis règle la dilution D, part de fonte fondue dans la zone fondue (fonte de base : 3,4 % de carbone). À gauche, la coupe du cordon : en gris le métal d'apport déposé, en bleu-vert la fonte fondue. À droite, la dureté estimée de la zone fondue en fonction de la dilution. Pour l'apport en fonte, le régime choisi compte. ▶ Diluer fait monter la dilution de 5 à 60 %. Modèle pédagogique.
La règle des mélanges. La dilution se mesure sur une macrographie ; la composition de la zone fondue s'en déduit :
AMB, AMA : aires de la fonte fondue et du métal d'apport déposé sur la coupe ; X : teneur d'un élément (C, Ni…) dans la zone fondue (ZF), la fonte (MB) et l'apport (MA).
Exemples : avec un apport en acier à 0,08 % de carbone et 30 % de dilution, la zone fondue contient 0,08 + 0,30 × (3,4 − 0,08) ≈ 1,1 % de carbone : un acier à outils trempé, au-delà de 700 HV. Avec un nickel-fer à 55 % de nickel, la zone fondue garde 0,70 × 55 ≈ 38,5 % de nickel à 30 % de dilution, mais 27,5 % seulement à 50 %. Le modèle de la manipulation considère l'austénite au nickel stable au-dessus d'environ 32 % de nickel : la dilution d'un nickel-fer doit rester sous 1 − 32/55 ≈ 42 %. Un apport à 95 % de nickel tolère beaucoup plus.
| Famille d'apport | Zone fondue | Points forts | Limites |
|---|---|---|---|
| Fonte (baguette ou électrode riche en silicium) | fonte grise, si refroidissement lent | même couleur, même usinabilité, mêmes propriétés | régime chaud obligatoire ; sinon fonte blanche |
| Nickel (≈ 85 à 98 % Ni) | austénite au nickel + graphite | la plus tendre et la plus usinable ; tolère la dilution | résistance modérée ; sensible au soufre et au phosphore |
| Nickel-fer (≈ 45 à 60 % Ni) | austénite Ni-Fe + graphite | plus résistante, dilatation plus proche de la fonte, meilleure tolérance au phosphore ; adaptée aux GS | dilution à limiter |
| Nickel-cuivre | austénite Ni-Cu | couleur proche, bonne usinabilité | sensible à la fissuration à chaud si la dilution monte |
| Acier doux | acier très chargé en carbone | bon marché | martensite, retrait fort, fissures : réservé aux réparations sans exigence |
Soufre et phosphore. Avec le nickel, le soufre forme un eutectique nickel-sulfure qui fond vers 640 °C, et le phosphore un eutectique nickel-phosphore vers 870 °C : ces films liquides aux joints de grains provoquent la fissuration à chaud de la zone fondue. Les fontes riches en phosphore (fontes anciennes, fontes d'art) et les fortes dilutions y exposent ; le nickel-fer y résiste mieux que le nickel pur. Côté fonte, le phosphore forme aussi un eutectique phosphoreux fragile, qui refond facilement.
Pour une réparation à froid sur une GL mince à usiner : nickel. Pour une GS, une pièce épaisse ou une liaison fonte-acier : nickel-fer. Pour un bâti qui doit garder couleur et propriétés et peut être chauffé entier : fonte, en régime chaud. Pour une pièce ancienne riche en phosphore : nickel-fer et dilution minimale, voire soudobrasage (cours 4).
Régime chaud, régime froid
Tout chauffer comme à la coulée, ou presque rien et à petites touches
Un potier ne passe jamais une poterie de la flamme au froid : il la cuit entière dans son four et la laisse refroidir des heures. Une couturière, elle, ne tire jamais tout le tissu : elle avance à petits points. Ce sont les deux grandes façons de souder une fonte.
- Le régime chaud imite la fonderie. On chauffe toute la pièce vers 500 à 650 °C, on la soude avec un apport en fonte en gardant cette température, puis on la laisse refroidir très lentement, au four ou sous isolant. Rien ne refroidit vite : ni martensite dans la zone affectée, ni fonte blanche dans la zone partiellement fondue, et une zone fondue en fonte grise. Le joint a la couleur, l'usinabilité et les propriétés de la pièce. Le prix : un four ou un chauffage lourd, des déformations possibles, des heures de travail, et un soudeur exposé à une chaleur pénible.
- Le régime froid fait l'inverse : la pièce reste presque froide. On soude avec un apport au nickel ou au nickel-fer, de petit diamètre, à faible intensité, en cordons courts de quelques centimètres, espacés, martelés aussitôt, en attendant que la zone refroidisse avant le cordon suivant. La zone affectée trempe, mais elle reste très étroite ; la zone fondue, ductile, accepte le retrait. C'est la méthode de la réparation sur place, sans démonter ni déformer.
- Entre les deux, le régime demi-chaud préchauffe la zone ou la pièce vers 200 à 400 °C : la zone affectée s'adoucit, les contraintes baissent, sans les contraintes d'un vrai four.
Le régime chaud évite les zones dures ; le régime froid les accepte mais les confine.
Manipulation 4 : chaud ou froid, la dureté de la zone affectée
Choisis la fonte, puis règle l'énergie de soudage Q et le préchauffage T0. À gauche, le cycle thermique d'un point de la zone affectée (temps en échelle logarithmique) : la durée t8/5 de passage entre 800 et 500 °C décide de la martensite. À droite, la dureté de la zone affectée en fonction du préchauffage, avec un repère de 350 HV. Les boutons de régime chargent un réglage type. ▶ Préchauffer fait monter T0. Modèle pédagogique.
La durée de refroidissement. Pour une pièce épaisse, où la chaleur s'évacue dans les trois directions, la solution de Rosenthal donne :
t8/5 : durée de refroidissement de 800 à 500 °C (s) ; Q : énergie de soudage (J/mm) ; λ : conductivité thermique, ≈ 0,040 W/(mm·K) dans le modèle, soit 40 W/(m·K) ; T0 : préchauffage (°C). C'est la forme de la formule « 3D » de l'EN 1011-2 pour les aciers, avec la conductivité de la fonte.
Avec Q = 1 kJ/mm : Q/(2πλ) = 1 000/(2π × 0,040) ≈ 3 980 K·s, d'où t8/5 ≈ 3,2 s sans préchauffage, 11,9 s à 300 °C, 29,8 s à 400 °C. Le préchauffage agit beaucoup plus que l'énergie : près de 500 °C, la zone ne redescend presque plus sous 500 °C pendant le soudage, c'est le régime chaud.
Pourquoi la zone affectée trempe. Dans l'austénite de la zone affectée, le carbone vient du graphite voisin et de la perlite de la matrice. Riche en carbone et refroidie vite, elle se transforme en martensite, souvent avec de l'austénite résiduelle. Le modèle de la manipulation écrit la part de martensite fM = 1/[1 + (t8/5/tc)²], avec une durée caractéristique tc de 6 s pour une GS ferritique (peu de carbone disponible), 10 s pour une GL et 12 s pour une GS perlitique (matrice déjà chargée en carbone), puis la dureté HV = HVMB + fM·(HVα′ − HVMB), avec une martensite vers 600 à 700 HV. Ce ne sont pas des valeurs de norme : elles traduisent les tendances observées.
| Régime | Préchauffage | Apport | Exécution | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| Chaud | pièce entière, ≈ 500 à 650 °C, tenue pendant le soudage | fonte (baguette ou électrode riches en silicium) | chalumeau ou arc ; refroidissement au four ou sous isolant | joint homogène, gris, usinable ; pas de martensite |
| Demi-chaud | ≈ 200 à 400 °C, zone ou pièce | nickel-fer, nickel, parfois fonte | arc ; température entre passes au moins égale au préchauffage | zone affectée adoucie, contraintes réduites |
| Froid | aucun, ou léger chauffage pour sécher | nickel, nickel-fer, petit diamètre | cordons courts espacés, martelage, zone à peine tiède avant le cordon suivant | pièce non déformée ; zones dures mais étroites |
Pièce neuve en fonderie, défaut à reboucher avant usinage, exigence d'étanchéité ou de couleur : régime chaud, si la pièce entre dans un four. Carter fissuré sur une machine, bâti qu'on ne peut ni démonter ni déformer : régime froid au nickel-fer. Pièce épaisse en GS perlitique, très bridée : demi-chaud au nickel-fer. Dans tous les cas, le mode opératoire se qualifie (ISO 15614-3) et la dureté se contrôle.
Préchauffer
Pourquoi, combien, comment, et où mesurer
Une poêle en fonte, froide, posée sur une flamme vive, peut se fendre : son centre se dilate, son bord froid le retient. On la chauffe doucement, sur toute sa surface. Le préchauffage d'une pièce en fonte suit la même règle : lentement, partout, et sans relâcher. Il a quatre effets :
- il ralentit le refroidissement : moins de martensite dans la zone affectée, moins de fonte blanche dans la zone partiellement fondue (chapitres 2 et 4) ;
- il réduit les écarts de température entre la soudure et la pièce, donc le retrait imposé et les contraintes (chapitre 1) ;
- il dilate toute la pièce avec la soudure, qui se rétractent ensuite ensemble ;
- il sèche la pièce et brûle les huiles absorbées, sources de porosités.
Combien ? Cela dépend de la fonte, de sa composition, de son épaisseur, de son bridage, du procédé et du régime choisi. La composition s'évalue par un carbone équivalent de soudage CEs : plus il est élevé, plus la fonte trempe facilement.
Manipulation 5 : le carbone équivalent de soudage
Choisis une fonte type, puis modifie sa teneur en carbone, silicium, phosphore et chrome + molybdène (les autres éléments restent ceux de la fonte type). À gauche, la contribution de chaque élément au CEs ; à droite, la tendance du préchauffage du modèle, Tp ≈ 230·(CEs − 3), bornée de 20 à 450 °C. ▶ Enrichir en carbone fait monter le carbone. Tendance pédagogique, pas une valeur de norme.
Le carbone équivalent de soudage. Des guides de soudage des fontes proposent un indice de composition qui pèse l'effet de chaque élément sur la trempe de la zone soudée (teneurs en % massique) :
Le carbone domine, puis le silicium ; le chrome et le molybdène, formeurs de carbures, comptent pour un point de carbone par point de teneur ; le nickel et le cuivre, graphitisants, le réduisent un peu. Exemple d'une EN-GJL-250 (C 3,3 ; Si 2,0 ; Mn 0,6 ; P 0,06 ; S 0,09 ; Cr 0,1 ; Cu 0,3) : CEs ≈ 4,06.
Cet indice ne voit que la composition. Il ignore la forme du graphite, la matrice et la ductilité : une GS ferritique a un CEs élevé à cause de son carbone et de son silicium, mais elle tolère bien mieux le retrait qu'une GL (chapitre 1) et sa zone affectée trempe moins (chapitre 4). Le préchauffage se choisit donc avec le CEs, la famille, l'épaisseur, le bridage et le régime, puis il se qualifie.
| Situation | Repère courant de préchauffage |
|---|---|
| Régime froid, apport nickel ou nickel-fer, pièce peu bridée | aucun, ou léger chauffage pour sécher la pièce |
| GS ferritique, apport nickel-fer | de l'ambiante à ≈ 200 °C selon l'épaisseur et le bridage |
| GL ou GS perlitique, pièce épaisse ou bridée, apport nickel-fer | ≈ 200 à 400 °C (demi-chaud) |
| Apport en fonte, joint homogène | ≈ 500 à 650 °C, pièce entière (régime chaud) |
Ces fourchettes varient d'un guide à l'autre ; les recommandations de l'EN 1011-8 et le mode opératoire qualifié font foi.
Préchauffer sans fissurer. Un écart de température ΔT entre deux zones d'une pièce bridée crée une contrainte qui peut atteindre σ ≈ E·α·ΔT. Pour une GL (E ≈ 110 GPa, α ≈ 12 × 10⁻⁶ K⁻¹) et ΔT = 200 K : σ ≈ 110 000 × 12 × 10⁻⁶ × 200 ≈ 264 MPa, de l'ordre de sa résistance. Un chauffage trop rapide ou trop local peut donc casser la pièce avant même le premier cordon.
Le rayon fissuré d'une roue : chauffé seul, il se dilate contre la jante froide, puis se rétracte et se retrouve en traction ; en chauffant aussi la jante de part et d'autre, toute la roue se dilate et se rétracte avec lui.
Mesurer selon l'ISO 13916. Pour une épaisseur t jusqu'à 50 mm, la température se mesure à une distance de 4·t du bord du chanfrein, sans dépasser 50 mm ; au-delà de 50 mm d'épaisseur, à 75 mm au moins. On mesure de préférence sur la face opposée au chauffage, et, après avoir retiré la source de chaleur, on laisse la température s'égaliser environ 2 min par 25 mm d'épaisseur. Instruments : crayons thermosensibles (qui fondent à une température donnée), thermomètres de contact, thermocouples, pyromètres infrarouges (attention à l'émissivité de la surface).
Chalumeaux et rampes à gaz, nattes chauffantes électriques à résistances, induction, fours, voire four de fortune en briques réfractaires autour de la pièce. Pour les grandes pièces, on chauffe plusieurs zones à la fois et on protège la pièce par des couvertures isolantes pour éviter qu'elle ne se refroidisse pendant le soudage.
Refroidir, marteler, traiter
Finir la soudure sans la fissurer : refroidissement lent, martelage, traitement après soudage
La soudure est faite, mais la fonte n'est pas encore sauvée : beaucoup de réparations fissurent pendant le refroidissement, parfois des heures après. Trois gestes finissent le travail.
- Refroidir lentement. On borde la pièce de couvertures isolantes, on l'enterre dans du sable sec ou de la vermiculite, ou on la laisse refroidir dans le four éteint. Moins d'écart de température, moins de contraintes, moins de constituants durs.
- Marteler. Juste après chaque cordon court, tant qu'il est chaud, on le frappe à petits coups rapides avec un marteau à panne ronde ou un outil pneumatique. Le métal déposé s'étire et compense son retrait : au lieu de tirer sur la fonte, il se retrouve plutôt comprimé. On ne martèle que des dépôts ductiles (nickel, nickel-fer), jamais un dépôt en fonte, ni la fonte elle-même.
- Traiter après soudage si nécessaire : un détensionnement relâche les contraintes et revient la martensite ; une ferritisation adoucit la zone affectée et la matrice ; un recuit de graphitisation, plus chaud, décompose les carbures de la zone partiellement fondue.
Enfin, l'ordre de soudage compte : cordons courts, alternés d'une extrémité à l'autre ou en pas de pèlerin (chaque cordon déposé en reculant vers le précédent), pour ne jamais accumuler la chaleur ni le retrait au même endroit.
Manipulation 6 : le traitement après soudage
Règle la température de maintien et sa durée. À gauche, le cycle du traitement (montée à 100 °C/h, refroidissement au four à 55 °C/h jusqu'à 315 °C puis à l'air, vitesses de repère) et les domaines de température ; à droite, ce que le traitement change pour une soudure sur GS perlitique : contraintes relâchées, dureté de la zone affectée, ferritisation de la matrice, carbures de la zone partiellement fondue décomposés. ▶ Monter en température balaie le maintien de 450 à 950 °C. Modèle pédagogique.
Température et durée s'échangent. Le revenu de la martensite dépend de la température et de la durée de maintien à travers le paramètre de Hollomon et Jaffe :
T : température de maintien en kelvins ; t : durée en heures ; log : logarithme décimal ; 20 : constante courante pour les aciers, reprise ici. Deux traitements de même P donnent à peu près le même revenu.
À 600 °C pendant 1 h : P = 873 × 20 × 10⁻³ ≈ 17,5. Le même revenu demande environ 5 min à 650 °C, mais plus de 16 h à 550 °C : la température compte bien plus que la durée.
| Traitement | Domaine repère | Effet | Quand |
|---|---|---|---|
| Détensionnement | ≈ 600 à 650 °C | relâche les contraintes, revient la martensite ; matrice conservée | pièces bridées, épaisses, réparations importantes |
| Ferritisation (recuit sous-critique) | ≈ 700 à 760 °C | décompose la perlite en ferrite et graphite ; adoucit la zone affectée, rend la ductilité | GS ferritiques ; usinage ; mais une GS perlitique perd sa résistance |
| Recuit de graphitisation | ≈ 900 à 950 °C, puis refroidissement lent | décompose les carbures de la zone partiellement fondue et de la zone fondue en fonte | après soudage homogène, ou ZPF trop dure à usiner |
| Normalisation | ≈ 870 à 950 °C, puis refroidissement à l'air | redonne une matrice perlitique uniforme | GS ou GL perlitiques dont il faut garder la résistance |
Repères courants : un maintien de l'ordre de 1 h par 25 mm d'épaisseur, puis un refroidissement au four vers 55 °C/h jusqu'à environ 315 °C, et à l'air ensuite. Le détensionnement après soudage est un peu plus chaud que celui de fonderie (500 à 600 °C, cours 2) : il doit aussi revenir la martensite de la zone affectée. Montée et descente se font lentement, pour ne pas recréer les contraintes qu'on veut éliminer (σ ≈ E·α·ΔT, chapitre 5). Au-dessus du domaine intercritique, vers 780 à 810 °C pour une fonte à 2 % de silicium, la matrice redevient austénite : c'est le refroidissement qui décide alors de la structure, et un refroidissement trop rapide recrée de la martensite.
Après la réparation : examen visuel, ressuage ou magnétoscopie (pour les fontes ferritiques et perlitiques) pour chercher les fissures le long de la ligne de fusion, filiation de dureté sur l'éprouvette de qualification, et parfois épreuve d'étanchéité. Une fissure qui apparaît plusieurs heures après la fin du soudage signe un refroidissement trop rapide ou trop de bridage : on revoit le préchauffage, la séquence et le refroidissement.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, du retrait bridé au traitement après soudage
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs viennent des formules du cours et des modèles des manipulations ; le défi se rejoue dans la manipulation 4.
Exercice 1 : le barreau bridé N1 · chapitre 1
Modèle de la manipulation 1 : α = 12 × 10⁻⁶ K⁻¹, Tr = 650 °C, bridage b = 1.
a) Quelle déformation le retrait impose-t-il sans préchauffage (T0 = 20 °C) ?
b) Quelle déformation une EN-GJL-250 peut-elle encaisser (Rm = 250 MPa, E = 110 GPa, A = 0,3 %) ? Conclus.
c) Même question pour une EN-GJS-400-15 (Rm = 400 MPa, E = 169 GPa, A = 15 %).
d) À partir de quel préchauffage la GL tient-elle tout juste ? Et avec 300 °C ?
e) Une fonte blanche (Rm = 350 MPa, E = 170 GPa, A = 0) préchauffée à 300 °C tient-elle ?
Voir la correction
a) ε = α·(Tr − T0)·b = 12 × 10⁻⁶ × 630 × 1 ≈ 7,6 × 10⁻³, soit 0,76 %.
b) Rm/E + A = 250/110 000 + 0,003 ≈ 0,0023 + 0,003 = 0,53 %. La déformation imposée est 1,43 fois plus grande : la GL fissure.
c) 400/169 000 + 0,15 ≈ 15,2 % : vingt fois plus que nécessaire, la GS ferritique encaisse sans difficulté.
d) Limite : 650 − T0 = 0,00527/(12 × 10⁻⁶) ≈ 439 K, soit T0 ≈ 211 °C. À 300 °C : ε = 12 × 10⁻⁶ × 350 = 0,42 %, soit 80 % de la capacité : elle tient, avec une marge.
e) Capacité : 350/170 000 ≈ 0,21 % ; imposée : 0,42 %, deux fois trop : elle fissure. Il faudrait près de 480 °C dans ce modèle, et sa zone fondue resterait fragile : on ne soude pas une fonte blanche pour l'assembler.
Exercice 2 : la largeur des zones N2 · chapitre 2
Formule d'Adams, tôle de t = 10 mm, ρc = 0,0044 J/(mm³·K), TL = 1 200 °C ; seuils : 1 150 °C (ZPF), 810 °C (ZAT austénitisée), 780 °C (bande intercritique).
a) Avec Q = 1 kJ/mm et T0 = 20 °C, calcule la largeur de la ZPF et l'étendue de la ZAT austénitisée et de la bande intercritique.
b) Même calcul avec T0 = 300 °C.
c) Que deviennent les largeurs du a) avec Q = 0,5 kJ/mm ?
d) Le préchauffage élargit les zones. Pourquoi est-il quand même bénéfique ?
Voir la correction
On isole y : y = Q/(4,13·ρc·t) × [1/(T − T0) − 1/(TL − T0)], avec 1 000/(4,13 × 0,0044 × 10) ≈ 5 503 mm·K.
a) ZPF : 5 503 × (1/1 130 − 1/1 180) ≈ 0,21 mm ; ZAT : 5 503 × (1/790 − 1/1 180) ≈ 2,3 mm ; bande intercritique jusqu'à 5 503 × (1/760 − 1/1 180) ≈ 2,6 mm.
b) ZPF : 5 503 × (1/850 − 1/900) ≈ 0,36 mm ; ZAT : 5 503 × (1/510 − 1/900) ≈ 4,7 mm ; intercritique jusqu'à 5 503 × (1/480 − 1/900) ≈ 5,4 mm.
c) y est proportionnel à Q : tout est divisé par deux, ZPF ≈ 0,10 mm, ZAT ≈ 1,2 mm, intercritique ≈ 1,3 mm. C'est l'idée du régime froid.
d) Ce qui fragilise, ce n'est pas la largeur mais la structure : préchauffée, la zone refroidit beaucoup plus lentement, forme moins de martensite et de fonte blanche, et le retrait imposé est plus faible (exercice 1).
Exercice 3 : la dilution N2 · chapitre 3
Fonte de base à 3,4 % de carbone.
a) Sur une macrographie, la fonte fondue occupe 12 mm² et le métal d'apport déposé 28 mm². Quelle est la dilution ?
b) Avec un apport en acier à 0,08 % de carbone et cette dilution, quelle est la teneur en carbone de la zone fondue ? Conséquence ?
c) Avec un nickel-fer à 55 % de nickel, quelle teneur en nickel à cette dilution ? À 50 % ?
d) Quelle dilution maximale garde au moins 32 % de nickel (seuil du modèle) ?
e) Et avec un apport à 95 % de nickel, à 50 % de dilution ?
Voir la correction
a) D = AMB/(AMB + AMA) = 12/(12 + 28) = 0,30, soit 30 %.
b) CZF = 0,30 × 3,4 + 0,70 × 0,08 ≈ 1,08 % : un acier hypereutectoïde qui trempe en martensite très dure (plus de 700 HV) et se rétracte fortement. Fissures quasi certaines.
c) NiZF = 0,70 × 55 = 38,5 % ; à 50 % de dilution : 0,50 × 55 = 27,5 %, sous le seuil : l'austénite n'est plus stable, la zone fondue durcit.
d) (1 − D) × 55 ≥ 32 donne D ≤ 1 − 32/55 ≈ 42 %.
e) 0,50 × 95 = 47,5 % de nickel : bien au-dessus du seuil. Le nickel tolère plus de dilution que le nickel-fer.
Exercice 4 : la durée de refroidissement N2 · chapitre 4
Pièce épaisse, λ = 0,040 W/(mm·K).
a) Calcule t8/5 pour Q = 1 kJ/mm sans préchauffage (T0 = 20 °C).
b) Même calcul à T0 = 300 °C, puis à 400 °C.
c) Quel préchauffage donne t8/5 = 36 s avec Q = 1 kJ/mm ?
d) Sans préchauffage, que donne une énergie doublée ? Compare.
Voir la correction
a) Q/(2πλ) = 1 000/(2π × 0,040) ≈ 3 979 K·s ; t8/5 = 3 979 × (1/480 − 1/780) ≈ 3 979 × 8,01 × 10⁻⁴ ≈ 3,2 s.
b) À 300 °C : 3 979 × (1/200 − 1/500) = 3 979 × 0,003 ≈ 11,9 s ; à 400 °C : 3 979 × (1/100 − 1/400) ≈ 29,8 s.
c) 1/(500 − T0) − 1/(800 − T0) = 300/[(500 − T0)(800 − T0)], donc (500 − T0)(800 − T0) = 300 × 3 979/36 ≈ 33 160. Avec x = 500 − T0 : x² + 300·x − 33 160 = 0, x ≈ 86, d'où T0 ≈ 414 °C.
d) t8/5 est proportionnel à Q : 6,4 s. Doubler l'énergie fait moins que 300 °C de préchauffage, et elle élargit les zones et la dilution.
Exercice 5 : préparer le préchauffage N1 et N2 · chapitre 5
EN-GJL-250 : C 3,3 ; Si 2,0 ; Mn 0,6 ; P 0,06 ; S 0,09 ; Cr 0,1 ; Cu 0,3 (en %).
a) Calcule son CEs et la tendance de préchauffage du modèle de la manipulation 5.
b) Une fonte ancienne contient 0,8 % de phosphore. Combien le phosphore ajoute-t-il au CEs ?
c) On chauffe vite une zone de cette GL, bridée par le reste de la pièce, à 200 K au-dessus de ses voisines. Ordre de grandeur de la contrainte ? (E = 110 GPa, α = 12 × 10⁻⁶ K⁻¹)
d) Pièce de 30 mm d'épaisseur : où mesurer le préchauffage, et combien attendre après avoir retiré le chalumeau ? Et pour 10 mm ?
Voir la correction
a) CEs = 3,3 + 0,31 × 2,0 + 0,33 × 0,06 + 0,45 × 0,09 − 0,028 × 0,6 + 0,1 − 0,01 × 0,3 = 3,3 + 0,62 + 0,020 + 0,041 − 0,017 + 0,1 − 0,003 ≈ 4,06. Tendance du modèle : 230 × (4,06 − 3) ≈ 244 °C, à moduler selon le régime et le bridage.
b) 0,33 × 0,8 ≈ 0,26 : un quart de point de carbone équivalent. Ce phosphore forme aussi un eutectique fragile et favorise la fissuration à chaud d'un apport au nickel (chapitre 3).
c) σ ≈ E·α·ΔT = 110 000 × 12 × 10⁻⁶ × 200 ≈ 264 MPa : de l'ordre de sa résistance. Le chauffage lui-même peut casser la pièce : on chauffe lentement et large.
d) 4 × 30 = 120 mm, limité à 50 mm du bord du chanfrein ; attente 2 min × 30/25 = 2,4 min, soit environ 2 min 24 s. Pour 10 mm : à 40 mm du bord, attente d'environ 48 s.
Exercice 6 : choisir le traitement après soudage N2 · chapitre 6
a) Calcule le paramètre de Hollomon et Jaffe d'un maintien de 1 h à 600 °C.
b) Quelle durée à 650 °C donne le même revenu ? Et à 550 °C ?
c) Un corps de pompe en EN-GJS-700-2 a été réparé au nickel-fer. Faut-il le ferritiser vers 720 °C pour adoucir la zone affectée ?
d) Une réparation en fonte (régime chaud) présente une ZPF trop dure pour l'usinage. Quel traitement ?
Voir la correction
a) P = T·(20 + log t)·10⁻³ = 873 × (20 + 0) × 10⁻³ ≈ 17,46.
b) À 650 °C : 20 + log t = 17 460/923 ≈ 18,92, log t ≈ −1,08, t ≈ 0,083 h ≈ 5 min. À 550 °C : 17 460/823 ≈ 21,22, log t ≈ 1,22, t ≈ 16 h.
c) Non : la ferritisation transformerait la perlite de toute la pièce, qui perdrait sa résistance. On fait un détensionnement vers 600 à 650 °C, qui revient la martensite et relâche les contraintes ; une normalisation n'est envisageable que si la pièce entière peut être traitée.
d) Un recuit de graphitisation vers 900 à 950 °C, suivi d'un refroidissement lent : la cémentite de la ZPF se décompose en graphite, la zone s'adoucit.
🏆 Défi : le préchauffage minimal N2 · chapitres 4 et 5 · manipulation 4
GS perlitique. On vise une zone affectée d'au plus 350 HV, repère du modèle. Règle le préchauffage par pas de 10 °C.
a) Avec Q = 0,5 kJ/mm, quel est le préchauffage minimal ? Relève t8/5.
b) Même question avec Q = 1,5 kJ/mm.
c) Qu'ont en commun les deux réglages ?
d) Et pour une GL avec Q = 1 kJ/mm ?
e) Le régime froid, à 20 °C, laisse plus de 600 HV. Pourquoi fonctionne-t-il quand même en réparation ?
Voir la correction
a) T0 = 440 °C : 330 HV, t8/5 ≈ 27,6 s (à 430 °C : 354 HV).
b) T0 = 340 °C : 346 HV, t8/5 ≈ 24,3 s (à 330 °C : 358 HV).
c) Le même t8/5, environ 25 s : c'est la durée de refroidissement qui décide de la dureté, et on l'obtient par l'énergie ou par le préchauffage. Le préchauffage le fait sans élargir le bain ni la dilution.
d) T0 = 340 °C : 338 HV (à 330 °C : 353 HV). Dans le modèle, la GL trempe un peu moins que la GS perlitique : avec une énergie plus faible, le même préchauffage suffit.
e) Parce qu'il confine la dureté : avec une faible énergie, la ZAT ne fait qu'environ 1 mm, la zone fondue au nickel est ductile et accepte le retrait, et les cordons courts martelés limitent les contraintes. Le prix : une ligne de fusion dure à usiner et une réparation qui doit être qualifiée pour son service.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 3
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
Le glaçon
Le retrait bridé dépasse la ductilité d'une GL, pas celle d'une GS ferritique ; une fonte blanche ne se soude pas.
Les groupes
Groupe 7 de l'ISO/TR 15608 ; EN 1011-8 pour souder, ISO 15614-3 pour qualifier, ISO 1071 pour les apports.
Le feu de camp
La ZPF refond en fonte blanche, la ZAT trempe en martensite autour du graphite : c'est là que ça casse.
Adams
Q = 1 kJ/mm, 10 mm, à froid : ZPF 0,2 mm, ZAT 2,3 mm ; le préchauffage élargit mais adoucit.
Le sirop
Acier : 1 % de C, martensite ; nickel-fer à 55 % : D ≤ ≈ 40 % ; le nickel rend le carbone en graphite.
Chaud ou froid
Le chaud évite les zones dures ; le froid les confine : cordons courts, martelage, zone tiède entre cordons.
Le t8/5
3 s à froid, 30 s à 400 °C pour 1 kJ/mm : le préchauffage agit plus que l'énergie.
La poêle
Lentement, partout, longtemps ; mesure à 4·t du chanfrein, 50 mm au plus (ISO 13916).
Le marteau
600 détend, 720 ferritise, 900 graphitise ; on martèle le nickel chaud, jamais la fonte.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- A, Rm, E
- Allongement après rupture (%) ; résistance à la traction (MPa) ; module d'élasticité (GPa ou MPa).
- AMB, AMA
- Aires, sur une coupe, du métal de base fondu et du métal d'apport déposé ; elles donnent la dilution.
- ADI
- Fonte GS ausferritique (austempered ductile iron) ; sa structure est détruite par la soudure.
- α (dilatation), α′ (martensite)
- Coefficient de dilatation thermique (K⁻¹) ; martensite, structure de trempe dure et fragile.
- Austénite, ferrite, perlite
- Constituants de la matrice : solution solide cubique à faces centrées, stable à chaud (ou grâce au nickel) ; fer cubique centré, tendre ; lamelles de ferrite et de cémentite.
- Austénite résiduelle
- Austénite qui ne s'est pas transformée au refroidissement, fréquente dans les zones très riches en carbone.
- b (bridage)
- Part du retrait empêchée par la pièce, de 0 (pièce libre) à 1 (parfaitement bridée), dans le modèle de la manipulation 1.
- Beurrage
- Dépôt préalable d'une couche d'apport sur les bords du chanfrein, avant de remplir le joint (cours 4).
- CEs
- Carbone équivalent de soudage : indice de composition qui pèse l'effet de chaque élément sur la trempe de la zone soudée.
- Cémentite Fe₃C, lédéburite
- Carbure de fer dur et fragile ; eutectique austénite-cémentite, constituant de la fonte blanche.
- Crayon thermosensible
- Crayon qui fond à une température donnée ; on s'en sert pour vérifier le préchauffage.
- D, dilution
- Part du métal de base fondu dans la zone fondue.
- Demi-chaud
- Régime de soudage avec un préchauffage intermédiaire, vers 200 à 400 °C.
- Détensionnement
- Maintien vers 600 à 650 °C après soudage (500 à 600 °C pour un détensionnement de fonderie), qui relâche les contraintes résiduelles et revient la martensite.
- DMOS
- Descriptif de mode opératoire de soudage : la fiche qui fixe procédé, apport, préchauffage et paramètres.
- EN 1011-8, EN 1011-1, EN 1011-2
- Recommandations pour le soudage des fontes ; recommandations générales pour le soudage à l'arc ; soudage à l'arc des aciers ferritiques.
- Eutectique
- Mélange qui se solidifie à température constante, plus bas que ses constituants ; dans une fonte, vers 1 150 °C.
- Ferritisation
- Recuit sous-critique, vers 700 à 760 °C, qui transforme la perlite en ferrite et graphite.
- Fissuration à chaud
- Fissuration pendant la solidification, causée par des films liquides aux joints de grains (soufre, phosphore avec le nickel).
- fM, tc
- Part de martensite dans la zone affectée ; durée caractéristique de refroidissement de la fonte dans le modèle de la manipulation 4.
- GL, GS, GV
- Fontes à graphite lamellaire, sphéroïdal, vermiculaire.
- Graphitisation (recuit de)
- Recuit, vers 900 à 950 °C, qui décompose la cémentite en graphite.
- Groupe de matériaux
- Classe de l'ISO/TR 15608 qui regroupe les matériaux de comportement voisin au soudage ; les fontes forment le groupe 7.
- HV, HVMB, HVα′
- Dureté Vickers ; dureté du métal de base ; dureté de la martensite.
- Hollomon et Jaffe (paramètre de)
- P = T·(20 + log t)·10⁻³, qui combine température (K) et durée (h) d'un revenu.
- IIW, IWE
- International Institute of Welding ; International Welding Engineer, ingénieur international en soudage.
- Intercritique (domaine)
- Intervalle de températures où ferrite, austénite et graphite coexistent ; vers 780 à 810 °C pour une fonte à 2 % de silicium.
- ISO/TR 15608, ISO 15614-3, ISO 1071, ISO 13916
- Groupes de matériaux pour le soudage ; qualification des modes opératoires de soudage des fontes ; produits d'apport pour les fontes ; mesure des températures de préchauffage et entre passes.
- k, U, I, v
- Rendement thermique du procédé ; tension (V) ; intensité (A) ; vitesse de soudage (mm/s).
- λ, ρc
- Conductivité thermique (W/(mm·K)) ; capacité thermique volumique (J/(mm³·K)).
- Ligne de fusion
- Limite entre la zone fondue et le métal de base resté solide.
- Liquidus, solidus
- Température au-dessus de laquelle tout est liquide ; au-dessous de laquelle tout est solide.
- log
- Logarithme décimal.
- Martelage
- Frappe répétée d'un cordon encore chaud pour l'allonger et réduire ses contraintes de traction.
- MB, MA
- Métal de base ; métal d'apport.
- Nickel-fer
- Métal d'apport à environ 45 à 60 % de nickel, plus résistant que le nickel et de dilatation plus proche de la fonte.
- Normalisation
- Austénitisation puis refroidissement à l'air, qui donne une matrice perlitique fine.
- Pas de pèlerin
- Séquence où chaque cordon court est déposé en revenant vers le précédent, pour répartir chaleur et retrait.
- Préchauffage T0, température entre passes
- Température de la zone avant le soudage ; température de la zone soudée avant la passe suivante.
- Q
- Énergie de soudage : Q = k·U·I/v (J/mm ou kJ/mm), selon l'EN 1011-1.
- Régime chaud, régime froid
- Soudage avec la pièce entière préchauffée vers 500 à 650 °C et un apport en fonte ; soudage presque sans préchauffage, avec un apport au nickel, en cordons courts.
- Retrait
- Contraction du métal qui refroidit.
- Revenu
- Maintien sous la transformation qui adoucit la martensite.
- Soudabilité
- Aptitude d'un matériau à être soudé, avec un mode opératoire donné, en un assemblage qui remplit sa fonction.
- Soudage homogène, hétérogène
- Avec un apport de même nature que la pièce (fonte sur fonte) ; avec un apport différent (nickel, nickel-fer, acier).
- t, y
- Épaisseur de la pièce (mm) ; distance à la ligne de fusion (mm).
- t8/5
- Durée de refroidissement de 800 à 500 °C.
- Tp, TL, Tr
- Température maximale atteinte ; température de la ligne de fusion (liquidus de la fonte) ; température au-dessous de laquelle les contraintes ne se relâchent plus (modèle).
- TTAS
- Traitement thermique après soudage.
- XZF, XMB, XMA
- Teneur d'un élément dans la zone fondue, le métal de base, le métal d'apport.
- ZF, ZPF, ZAT
- Zone fondue ; zone partiellement fondue ; zone affectée thermiquement.
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