Avant de commencer
Le fluage en trois cases
| Chapitre du cours | Ce qu'il apporte à l'IWE |
|---|---|
| 1 Chaud et sous pression | applications à haute température, rendement des installations, place des aciers au chrome-molybdène |
| 2 Le fluage en bref | phénomène et stades du fluage, loi de Norton, variables influentes, mécanismes, cartes d'Ashby |
| 3 L'essai de fluage | essai uniaxial en traction (ISO 204), grandeurs mesurées, données de résistance au fluage |
| 4 Larson-Miller | prévision de la durée de vie, équivalence temps-température, méthode isobare, limites de l'extrapolation |
| 5 Choisir, dimensionner | classement des aciers résistant au fluage, contrainte admissible et épaisseur d'une paroi |
| 6 Surveiller | suivi en service, répliques, prélèvements, durée de vie résiduelle |
- ISO 204 : essai de fluage uniaxial en traction des matériaux métalliques (elle a remplacé l'EN 10291) ; EN 10216-2 : tubes sans soudure pour service sous pression en aciers non alliés et alliés avec caractéristiques spécifiées à température élevée (son annexe donne les résistances au fluage) ; EN 10028-2 : tôles en aciers pour appareils à pression, avec caractéristiques à température élevée ; EN 12952-3 : chaudières à tubes d'eau, calcul ; EN 13480-3 : tuyauteries industrielles métalliques, calcul ; EN 13445-3 : récipients sous pression non soumis à la flamme, calcul ; ISO 3057 : examen non destructif par répliques métallographiques ; ASTM A213 et A335 : tubes (T) et tuyaux (P) en aciers ferritiques alliés, d'où les noms T22, P22, T91, P91…
- ECCC (European Creep Collaborative Committee) : comité européen qui rassemble et évalue les résultats d'essais de fluage ; les valeurs de l'EN 10216-2 en sont issues. Frost et Ashby, Deformation-Mechanism Maps (1982) : l'ouvrage de référence des cartes de mécanismes de déformation.
- T : température ; Tf : température de fusion ; σ (sigma) : contrainte ; ε (epsilon) : déformation ; ε̇ (epsilon point) : vitesse de déformation, dérivée de ε par rapport au temps ; tr : temps à rupture (noté tu dans l'ISO 204) ; η (êta) : rendement ; p : pression ; log : logarithme décimal (log 1 000 = 3) ; ln : logarithme népérien ; exp : fonction exponentielle ; ∝ : « proportionnel à ».
- ZAT : zone affectée thermiquement ; TTAS : traitement thermique après soudage ; CND : contrôle non destructif ; MT, PT, UT : magnétoscopie, ressuage, ultrasons ; USC : ultra-supercritique ; REP : réacteur à eau sous pression.
Un collecteur de surchauffeur en 10CrMo9-10, une tuyauterie de vapeur en P91, un réacteur d'hydrocraquage en 2,25Cr-1Mo-V : avant d'y déposer le premier cordon, le coordinateur en soudage doit savoir pourquoi ce métal a été choisi et quelle propriété la soudure doit préserver. Ici, ce n'est ni la limite d'élasticité ni la résilience seules, c'est la résistance au fluage sur 100 000 à 200 000 heures. Une soudure trop dure, mal revenue ou à zone affectée adoucie peut diviser cette durée de vie, et c'est souvent elle que les inspecteurs examinent en premier. Ce cours donne le vocabulaire et les outils de calcul ; les cours 3 à 5 les appliqueront au joint soudé.
La série en cinq cours
Le plan du cours
- 1Chaud et sous pression
Pourquoi l'énergie pousse la vapeur toujours plus haut, et ce que cela demande à l'acier.
- 2Le fluage en bref
Trois stades, une loi puissance, une activation thermique, quatre mécanismes.
- 3L'essai de fluage
Le banc, ses règles et ce qu'il mesure.
- 4Larson-Miller
Prévoir trente ans de service avec des essais d'un an, et savoir où s'arrêter.
- 5Choisir l'acier, dimensionner la paroi
Du classement des nuances à l'épaisseur d'un collecteur.
- 6Surveiller le fluage en service
Répliques, barquettes, mesures, vie restante et décision.
Chaud et sous pression
Pourquoi l'énergie réclame des aciers qui tiennent trente ans à 600 °C
Les aciers résistant au fluage travaillent là où l'on transforme de la chaleur en travail ou en produits : chaudières et centrales thermiques, fours et échangeurs de raffinerie et de pétrochimie, réacteurs chimiques, unités d'hydrocraquage (où l'on casse des hydrocarbures lourds sous hydrogène), et plus généralement les appareils à pression à parois épaisses. Partout, la même tendance : on cherche à augmenter la pression et la température.
Pourquoi ? Pense à un moulin à eau. L'eau qui tombe fait tourner la roue, et plus elle tombe de haut, plus la roue fournit de travail. Dans une centrale, c'est la chaleur qui « tombe » de la vapeur chaude vers l'eau froide du condenseur, et la turbine récupère au passage une partie de cette chute. La hauteur de la cascade, c'est l'écart de température entre la vapeur et le condenseur. Le condenseur est fixé par la rivière ou l'air ambiant, vers 20 à 40 °C ; pour gagner du rendement, il ne reste qu'à chauffer la vapeur plus fort.
Et la pression ? Pour fabriquer de la vapeur très chaude sans gaspiller, il faut que l'eau absorbe sa chaleur à haute température, donc qu'elle bouille tard : à 1 bar l'eau bout à 100 °C, à 100 bar vers 311 °C. Au-delà de 221 bar (le point critique de l'eau, à 374 °C), elle ne bout même plus : elle passe continûment du liquide à la vapeur. On parle alors de chaudière supercritique.
En un siècle, la vapeur des centrales est passée d'environ 13 bar et 275 °C à 280 bar et 600 °C. Chaque marche a exigé un nouvel acier : acier au carbone, puis au molybdène, puis au chrome-molybdène, puis à 9 et 12 % de chrome. Le chrome et le molybdène, alliés à quelques centièmes ou dixièmes de pour cent de vanadium, de niobium et d'azote, donnent à l'acier sa tenue mécanique à chaud et sa résistance à l'oxydation, au soufre et à l'hydrogène (cours 2). Vers 1960, les premières centrales supercritiques ont visé 600 à 650 °C avec des tuyauteries en acier inoxydable austénitique ; les difficultés rencontrées ont fait redescendre les conditions vers 540 °C pendant près de trente ans. Il a fallu attendre l'acier à 9 % de chrome modifié, le P91, pour repartir : sa première grande application ultra-supercritique, au Japon en 1988, fonctionnait à 31 MPa (310 bar) et 566 °C.
Manipulation 1 : un siècle de vapeur
Choisis une époque, ou règle la température de la vapeur Tch et celle du condenseur Tfr. Le graphique trace le rendement maximal de Carnot et l'estimation de Curzon et Ahlborn, plus proche des centrales réelles ; la bande colorée sous l'axe indique la famille d'acier qu'il faut pour les tubes les plus chauds. À droite, la chaleur à fournir et le CO₂ émis pour produire 1 kWh électrique avec du charbon. Repères historiques approximatifs, modèle pédagogique.
η : rendement (travail produit / chaleur reçue) ; Tch, Tfr en K. Vapeur à 600 °C (873 K), condenseur à 30 °C (303 K) : ηC = 1 − 303/873 ≈ 65 %.
Un moteur qui atteindrait le rendement de Carnot tournerait infiniment lentement et ne fournirait aucune puissance. Pour un moteur qui produit le maximum de puissance, Curzon et Ahlborn (1975), après Chambadal et Novikov (1957), ont proposé une estimation plus réaliste :
600 °C : ηCA ≈ 1 − √(303/873) ≈ 41 % ; 275 °C : ≈ 26 %. Les meilleures centrales au charbon actuelles annoncent environ 45 %.
Ce que coûte un point de rendement. Pour produire 1 kWh électrique, il faut brûler 1/η kWh de combustible. Le charbon bitumineux émet environ 94,6 tonnes de CO₂ par térajoule de chaleur (valeur par défaut des lignes directrices du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), soit 341 g de CO₂ par kWh thermique. D'où :
kWhé : kilowattheure électrique. ηCA = 25,6 % (1910) : ≈ 1 330 g/kWh ; 41,1 % (2005) : ≈ 830 g/kWh, soit 38 % de charbon et de CO₂ en moins.
Pourquoi la pression suit. L'eau de la chaudière reçoit sa chaleur en trois temps : réchauffage du liquide, ébullition, surchauffe de la vapeur. L'ébullition se fait à la température de saturation, qui monte avec la pression : 192 °C à 13 bar, 311 °C à 100 bar, 374 °C au point critique (220,6 bar). Plus on bout chaud, plus la température moyenne d'apport de chaleur est haute, et plus le rendement réel s'approche de celui de Carnot. Les centrales supercritiques (au-delà de 221 bar) suppriment le palier d'ébullition.
Ce que cela demande à l'acier. Dans la paroi d'un tube mince de diamètre D et d'épaisseur e, sous une pression intérieure p, la contrainte circonférentielle moyenne vaut :
p en MPa (1 bar = 0,1 MPa), D et e en mm, σ en MPa. Un tube Ø 51 × 8 mm à 280 bar : σ ≈ 28 × 51/16 ≈ 89 MPa, à 600 °C, pendant des dizaines d'années.
Doubler la pression double la contrainte ; monter de 50 °C peut diviser par deux ou trois ce que l'acier supporte. Les deux évolutions se cumulent : c'est tout le défi des aciers résistant au fluage, qui fait l'objet des chapitres suivants.
| Installation | Conditions typiques | Aciers typiques | Ce qui dimensionne |
|---|---|---|---|
| Chaudière et tuyauteries de vapeur d'une centrale récente | 250 à 300 bar, 540 à 620 °C | 10CrMo9-10 (T22), X10CrMoVNb9-1 (P91), X10CrWMoVNb9-2 (P92), austénitiques pour les surchauffeurs les plus chauds | fluage, oxydation par la vapeur |
| Réacteur d'hydrocraquage | hydrogène sous 100 à 200 bar, ≈ 400 à 450 °C | 2,25Cr-1Mo, 2,25Cr-1Mo-V, en parois souvent de plus de 200 mm | attaque par l'hydrogène à chaud, fragilisation au revenu, épaisseur |
| Circuit primaire d'un REP | 155 bar, ≈ 290 à 330 °C | 16MND5, 18MND5 (aciers faiblement alliés au manganèse, nickel, molybdène) | ténacité, fatigue, irradiation ; pas de fluage notable |
Les cuves et les générateurs de vapeur des REP français utilisent des aciers notés 16MND5 et 18MND5 dans l'ancienne désignation française : le nombre initial donne cent fois la teneur en carbone (0,16 %), les lettres les éléments d'alliage par teneurs décroissantes (M manganèse, N nickel, D molybdène), et le dernier nombre quatre fois la teneur du premier d'entre eux (5/4 ≈ 1,25 % de manganèse). Ce ne sont pas des aciers de fluage, puisque le circuit primaire reste vers 300 °C, mais ce sont des aciers épais, trempés et revenus, dont le soudage obéit aux mêmes précautions : préchauffage, hydrogène, traitement thermique (cours 3 et 4).
Le fluage en bref
Trois stades, une loi puissance, une activation thermique : l'essentiel pour l'ingénieur
Un glacier est de la glace, un solide. Pourtant il descend la vallée de quelques dizaines de mètres par an, sous son propre poids, sans casser. Il « coule » parce qu'il est proche de sa température de fusion. Un acier à 550 °C est dans la même situation, à son échelle : il est à 45 % de sa température de fusion absolue, et ses atomes bougent assez pour qu'il se déforme lentement sous une charge constante.
Classiquement, la courbe de fluage montre trois stades :
- I, primaire : la vitesse de déformation diminue ; le métal se durcit en se déformant (ses dislocations s'enchevêtrent) ;
- II, secondaire : la vitesse est presque constante et minimale ; le durcissement et l'adoucissement par diffusion (restauration) s'équilibrent ;
- III, tertiaire : la vitesse accélère ; des cavités s'ouvrent aux joints de grains, la section se réduit, jusqu'à la rupture.
La déformation dépend fortement du temps, de la température et de la contrainte, et aussi de la taille des grains. Quand la contrainte ou la température augmente, toute la courbe se redresse : la déformation est plus rapide, le stade secondaire plus court, la rupture plus précoce. C'est le faisceau de la manipulation 2.
Manipulation 2 : le faisceau de courbes
Acier 10CrMo9-10 (2,25Cr-1Mo). Choisis le mode : quatre contraintes à température fixée, ou quatre températures à contrainte fixée, puis règle les valeurs de base. Chaque courbe ε(t) va jusqu'à la rupture, marquée d'une croix ; les traits courts séparent les stades I, II et III. Durées calées sur les résistances moyennes de l'EN 10216-2 (chapitre 4) ; forme des courbes : modèle pédagogique.
La loi du stade secondaire. La vitesse de déformation plastique du stade secondaire s'écrit, sous sa forme normalisée :
ε̇p : vitesse de déformation plastique (s⁻¹) ; ε̇0 : constante du matériau (s⁻¹) ; σ : contrainte (MPa) ; μ : module de cisaillement (MPa), noté aussi G ; n : exposant de Norton (sans unité) ; Q : énergie d'activation (J/mol) ; R = 8,314 J/(mol·K) : constante des gaz parfaits ; T en K.
Diviser σ par μ, c'est mesurer la contrainte avec la « raideur » du métal, qui baisse quand il chauffe : pour un acier ferritique, μ = E/[2(1 + ν)] ≈ E/2,6 (E : module d'Young, ν ≈ 0,3 : coefficient de Poisson), soit environ 80 GPa à 20 °C et 66 GPa à 550 °C. Le facteur exponentiel est la loi d'Arrhenius : la fraction des sauts atomiques qui réussissent. Dans le cours Fluage 1, la même loi s'écrivait ε̇ = B·σn·exp(−Q/RT) : c'est la même, avec B = ε̇0/μn, si l'on néglige la variation de μ.
Ordres de grandeur. Pour le 10CrMo9-10 vers 550 °C et 70 MPa, les résistances moyennes de l'EN 10216-2 donnent un exposant apparent n ≈ 5 et une énergie d'activation apparente Q ≈ 390 kJ/mol (chapitre 4). Conséquences pratiques :
- +10 % de contrainte : vitesse × 1,1⁵ ≈ × 1,6 ;
- +10 °C : vitesse × 2 environ (exp(Q/R·ΔT/T²) ≈ 2,0 à 550 °C), donc durée de vie divisée par deux ;
- la vitesse minimale et la durée de vie varient en sens inverse : leur produit ε̇min·tr reste à peu près constant (relation de Monkman-Grant, ≈ 0,035 dans la manipulation).
| Mécanisme | Ce qui bouge | Exposant n | Effet de la taille de grain d | Domaine |
|---|---|---|---|---|
| Fluage-dislocations (loi puissance) | les dislocations glissent et montent par diffusion de lacunes au-dessus des obstacles | 3 à 8 | faible | contraintes moyennes : le cas des chaudières |
| Fluage-diffusion de Nabarro-Herring | les atomes diffusent à travers les grains, des faces comprimées vers les faces tendues | 1 | vitesse ∝ 1/d² | faibles contraintes, très hautes températures |
| Fluage-diffusion de Coble | la même chose le long des joints de grains | 1 | vitesse ∝ 1/d³ | faibles contraintes, grains fins |
| Glissement aux joints de grains | les grains coulissent les uns sur les autres ; il accompagne la diffusion | ≈ 2 | favorisé par les grains fins | hautes températures |
| Recristallisation dynamique | de nouveaux grains naissent pendant la déformation | — | — | fortes contraintes, très hautes températures (mise en forme à chaud) |
Les cartes d'Ashby. Frost et Ashby ont rassemblé ces mécanismes sur des cartes des mécanismes de déformation : en abscisse la température homologue T/Tf, en ordonnée la contrainte de cisaillement normalisée σs/μ (en échelle logarithmique), et dans chaque domaine le mécanisme le plus rapide, avec des lignes d'égale vitesse de déformation. Une autre présentation porte la vitesse en fonction de la contrainte, avec des lignes d'égale température. Pour un tube à 550 °C sous 70 MPa : T/Tf ≈ 823/1 811 ≈ 0,45 et σs ≈ σ/√3 ≈ 40 MPa, soit σs/μ ≈ 6 × 10⁻⁴ : on est dans le domaine du fluage-dislocations, en loi puissance. La carte dit aussi comment résister : monter la température de fusion, freiner les dislocations par des atomes en solution et des précipités fins et stables (le rôle du molybdène, du vanadium et du niobium, cours 2), et, contre la diffusion, éviter les grains trop fins.
Le fluage-diffusion est d'autant plus rapide que les grains sont fins : la vitesse de Coble varie comme 1/d³. Or la zone affectée d'une soudure contient, à côté de la zone à gros grains, une bande à grains très fins chauffée juste au-dessus de la température de transformation. Dans les aciers à 9 % de chrome, c'est souvent là que le joint casse en fluage, parfois à la moitié de la durée de vie du métal de base : c'est la fissuration de type IV, au programme du cours 3.
L'essai de fluage
Un poids, un four, un extensomètre… et des années de patience (ISO 204)
Une machine de fluage ressemble à une balance romaine. Une éprouvette, en général cylindrique, est vissée entre deux tiges dans un four à trois zones de chauffe, régulé par des thermocouples posés sur l'éprouvette. En haut, un levier porte un plateau de poids : un rapport de bras de 10 transforme 96 kg en près de 9,4 kN, de quoi tirer à 120 MPa une éprouvette de 10 mm de diamètre. La charge reste constante, l'éprouvette s'allonge, et un extensomètre sort les mouvements de l'éprouvette hors du four vers des capteurs de déplacement.
Le déroulement est codifié par l'ISO 204, qui a remplacé l'EN 10291 :
- on chauffe l'éprouvette à la température d'essai et on l'y maintient au moins une heure avant de la charger, pour que la température soit homogène ;
- on applique la charge sans choc, selon l'axe de l'éprouvette ;
- on maintient la température constante (à ±3 °C jusqu'à 600 °C) et la charge, ou plus rarement la contrainte, constante ;
- on mesure l'allongement : en continu avec l'extensomètre (essai ininterrompu), ou à chaque interruption, après déchargement et refroidissement, sur des repères de l'éprouvette (essai interrompu) ; dans l'essai de rupture par fluage, on ne note que le temps à rupture et l'allongement final.
Un essai de 10 000 h dure 14 mois, un essai de 100 000 h plus de 11 ans. Les laboratoires font donc tourner des dizaines, voire des centaines de machines en parallèle, certaines à plusieurs éprouvettes en série.
Manipulation 3 : le banc de fluage
Une éprouvette en 10CrMo9-10 de diamètre d0 = 10 mm est tirée par un poids au bout d'un levier de rapport 10. Choisis le type d'essai et le mode de chargement, règle la contrainte initiale Ro et la température T, puis lance l'essai : le temps défile en accéléré. Modèle pédagogique : loi de Norton couplée à un endommagement, durées calées sur l'EN 10216-2.
Les grandeurs de l'ISO 204. La norme définit ses grandeurs à partir de la longueur de référence de l'éprouvette, Lr, le plus souvent égale à la longueur initiale entre repères Lo, et de la section initiale So :
- Ro
- contrainte initiale (MPa) : force F divisée par So, Ro = F/So.
- tu
- temps de rupture par fluage (h), noté tr dans ce cours ; on le complète par la température et la contrainte : tu à 600 °C sous 100 MPa.
- Au
- allongement après rupture par fluage (%) : Au = (Lu − Lo)/Lo × 100, Lu étant la longueur entre repères après rupture.
- Zu
- coefficient de striction après rupture (%) : Zu = (So − Su)/So × 100, Su étant la plus petite section après rupture.
- tp1
- temps pour atteindre 1 % d'allongement plastique (h) ; plus généralement tpx pour x %.
- ε̇min
- vitesse minimale de fluage, pente du stade secondaire (h⁻¹ ou s⁻¹).
| Température spécifiée T | Écart permis entre la température mesurée corrigée et T | Variation maximale le long de l'éprouvette |
|---|---|---|
| T ≤ 600 °C | ±3 °C | 3 °C |
| 600 < T ≤ 800 °C | ±4 °C | 4 °C |
| 800 < T ≤ 1 000 °C | ±5 °C | 5 °C |
| 1 000 < T ≤ 1 100 °C | ±6 °C | 6 °C |
Pourquoi tant de rigueur ? Avec la règle des 10 à 15 °C, une erreur de 3 °C change déjà le temps à rupture d'environ 20 %.
Charge constante ou contrainte constante. À charge constante, la section diminue quand l'éprouvette s'allonge ; à volume constant, la contrainte vraie vaut σ = Ro·(1 + ε) : +10 % à 10 % d'allongement. Le stade tertiaire en est accéléré. Une machine à contrainte constante (bras de levier à came, ou asservissement) corrige la charge pour garder σ constante. L'ISO 204 admet les deux, mais leurs résultats diffèrent ; les données industrielles viennent presque toutes d'essais à charge constante.
Des essais aux données de calcul. En rassemblant de nombreux essais, on établit pour chaque nuance :
- la résistance à la rupture par fluage, notée couramment Ru/t/T : la contrainte qui provoque la rupture en un temps t à la température T, par exemple Ru/10⁵/550 ;
- la limite de fluage à 1 %, notée Rp1/t/T : la contrainte qui produit 1 % d'allongement plastique en un temps t ;
- autres notations courantes : σR, ou Rm/t/T dans certaines normes de produits.
| Nuance (EN 10216-2) | T | Ru à 10⁴ h | Ru à 10⁵ h | Ru à 2 × 10⁵ h |
|---|---|---|---|---|
| 10CrMo9-10 (2,25Cr-1Mo) | 550 °C | 111 MPa | 70 MPa | 57 MPa |
| 10CrMo9-10 | 600 °C | 60 MPa | 35 MPa | 28 MPa |
| X10CrMoVNb9-1 (P91) | 600 °C | 123 MPa | 94 MPa | 86 MPa |
Ces valeurs sont des moyennes évaluées par l'ECCC ; la dispersion autour de la moyenne est classiquement de ±20 % en contrainte, et une coulée particulière peut se trouver nettement en dessous. Le passage de 10⁵ à 2 × 10⁵ h ne retire « que » 8 à 20 % de résistance : la résistance au fluage décroît lentement avec le temps, mais elle décroît toujours.
Pour une soudure, on prélève des éprouvettes travers-joint : leur partie calibrée contient le métal de base, les deux zones affectées et la zone fondue. Tout l'intérêt est de voir où elles cassent. Si la rupture se place dans le métal de base, le joint est au moins aussi résistant ; si elle se place dans la zone affectée, la résistance du joint est inférieure, et les codes appliquent un coefficient de réduction (chapitre 5, cours 3).
Larson-Miller : prévoir trente ans avec des essais d'un an
Échanger du temps contre de la température, et savoir jusqu'où on peut extrapoler
Une chaudière est calculée pour 100 000 à 200 000 heures, soit 11 à 23 ans de marche continue. Personne ne peut attendre 23 ans avant de choisir un acier. L'astuce consiste à faire défiler le film plus vite : comme le fluage est piloté par la diffusion, et que la diffusion s'accélère très vite avec la température, un essai un peu plus chaud reproduit en quelques mois ce que le service fera en dizaines d'années.
En 1952, Larson et Miller ont proposé de résumer cette équivalence par un seul nombre, le paramètre de Larson-Miller :
T en kelvins, tr en heures, log : logarithme décimal ; C : constante du matériau, voisine de 20 pour les aciers faiblement alliés.
Pour une contrainte donnée, P est le même quelle que soit la température. Autrement dit, chaque contrainte correspond à une valeur de P, et l'on peut tracer une seule courbe maîtresse σ(P), propre au matériau : elle décroît, d'abord lentement, puis de plus en plus vite. Les essais accélérés, chauds et courts, et le service, plus froid et long, se placent sur la même courbe.
Exemple pour le 10CrMo9-10 avec C = 20 : un service de 100 000 h à 550 °C (823 K) correspond à P = 823 × (20 + 5) ≈ 20 580. À 625 °C (898 K), la même valeur de P est atteinte en log tr = 20 580/898,15 − 20 ≈ 2,91, soit environ 820 heures. Cinq semaines d'essai « valent » onze ans de service, à condition que rien ne change dans le métal entre les deux températures.
C'est là la limite. Pour que l'équivalence tienne, il faut que le mécanisme de fluage et l'état du métal soient les mêmes à la température d'essai et en service. Or, pendant des dizaines d'années, les carbures grossissent, de nouvelles phases apparaissent, et la courbe peut plonger plus vite que prévu. Les données européennes de l'acier P92, à 9 % de chrome et 1,5 à 2 % de tungstène, l'ont montré : en 1999, l'ECCC estimait sa résistance moyenne à 600 °C pour 100 000 h à 123 MPa ; en 2005, avec deux fois plus d'heures d'essai, l'estimation est tombée à 113 MPa. Celle du P91, réévaluée ensuite sur une base d'essais bien plus longs, a perdu jusqu'à une dizaine de pour cent selon la méthode d'ajustement.
Manipulation 4 : la courbe maîtresse
Douze essais accélérés simulés : trois contraintes à quatre températures, sur la nuance choisie. Règle la constante C : avec la bonne valeur, les quatre isothermes se rangent sur une seule courbe maîtresse, ajustée en direct. Fixe ensuite la condition de service σ et T : la courbe donne le temps à rupture prévu et le facteur d'extrapolation par rapport à l'essai le plus long. La vue « isothermes » retrace les courbes contrainte-temps. Essais simulés à partir des moyennes de l'EN 10216-2, avec une dispersion d'environ ±20 % en temps.
D'Arrhenius à Larson-Miller. Supposons qu'à contrainte fixée, le temps à rupture suive une loi d'activation : tr = t0·exp(Q/RT), où t0 est une constante de temps (h). En passant au logarithme décimal (ln x = 2,303·log x) :
avec C = −log t0. Le paramètre P n'est autre que l'énergie d'activation apparente divisée par 2,303·R, et cette énergie dépend de la contrainte.
Pour le 10CrMo9-10 à 70 MPa, P ≈ 20 600 K, d'où Q ≈ 2,303 × 8,314 × 20 600 ≈ 394 kJ/mol : c'est la valeur apparente annoncée au chapitre 2, nettement supérieure à l'énergie d'autodiffusion du fer α (≈ 250 kJ/mol), comme toujours pour un alliage renforcé.
Essai rompu en 3 000 h à 625 °C (898 K) : P = 898 × (20 + 3,48) ≈ 21 090 ; à 550 °C, log t2 = 21 090/823 − 20 ≈ 5,62, soit t2 ≈ 410 000 h (47 ans).
La constante C. On la choisit pour que les isothermes se superposent le mieux possible (manipulation 4). Larson et Miller proposaient C ≈ 20 pour de nombreux aciers ; certains aciers martensitiques à 9 % de chrome, comme le P91, s'ajustent mieux avec une constante plus élevée, vers 30. Une erreur sur C se paie cher : pour l'essai ci-dessus, prendre C = 30 au lieu de 20 annonce 3,4 millions d'heures au lieu de 410 000.
La méthode isobare. À contrainte fixée, l'équivalence se lit sur un autre graphique : log tr en fonction de la température. D'après Larson-Miller, log tr = P/T − C est une droite en fonction de 1/T. On réalise quelques essais accélérés à la contrainte de service, à des températures supérieures, et l'on prolonge la droite jusqu'à la gamme de température de service. C'est la méthode reine pour un métal déjà vieilli (chapitre 6).
Autres paramètres. D'autres combinaisons temps-température existent : Orr-Sherby-Dorn (1954), log tr − Q/(2,303·R·T), à énergie d'activation constante ; Manson-Haferd (1953), (T − Ta)/(log tr − log ta), où les isothermes convergent vers un point (Ta, ta). Les évaluations modernes de l'ECCC comparent plusieurs modèles et ne retiennent une extrapolation que si elle est physiquement réaliste.
Jusqu'où extrapoler ? La règle prudente, reprise dans les notes de l'EN 10216-2, est de ne pas extrapoler au-delà d'un facteur 3 en temps par rapport aux essais les plus longs : pour annoncer une valeur à 100 000 h, il faut des essais d'au moins 30 000 h. Dans la norme, les valeurs obtenues avec une extrapolation plus longue sont marquées d'un astérisque.
Pour un nouveau produit d'apport ou un mode opératoire de soudage destiné au fluage, on réalise souvent des essais de rupture travers-joint accélérés, à des températures supérieures à celle du service, et on les place sur la courbe maîtresse du métal de base. Un essai trop chaud peut cependant changer de mécanisme et masquer la faiblesse de la zone affectée qui apparaîtrait aux longues durées : c'est l'histoire de la fissuration de type IV (cours 3).
Choisir l'acier, dimensionner la paroi
Du classement des nuances à l'épaisseur d'un collecteur
Trace pour chaque nuance sa résistance moyenne à la rupture en 100 000 h en fonction de la température : tu obtiens un faisceau de courbes qui descendent, et chaque famille d'acier gagne environ 50 °C sur la précédente.
- Aciers au carbone-manganèse (P235GH, P265GH) : jusque vers 400 à 425 °C ; au-delà, leur cémentite peut se décomposer en graphite.
- Aciers au molybdène (16Mo3, 0,3 % Mo) : jusque vers 460 °C.
- Aciers au chrome-molybdène faiblement alliés (13CrMo4-5 à 1 % Cr, 10CrMo9-10 à 2,25 % Cr) : jusque vers 545 à 550 °C ; les nuances modernes T23 et T24, micro-alliées, montent un peu plus.
- Aciers martensitiques à 9-12 % de chrome (X20CrMoV11-1, P91, E911, P92) : jusque vers 585 à 625 °C.
- Aciers inoxydables austénitiques (X6CrNi18-10 et ses variantes au niobium, au molybdène, à l'azote) : de 600 à 680 °C environ.
- Alliages à base de nickel (alliage 617…) : au-delà de 650 à 700 °C.
Choisir une nuance plus résistante, c'est s'offrir un manteau plus mince pour la même pression. Une paroi plus mince pèse moins, coûte moins de soudure (moins de passes, moins de temps de traitement thermique), et surtout chauffe vite sans se fendre : lors d'un démarrage, l'écart de température entre la face chauffée et le cœur crée des contraintes thermiques d'autant plus fortes que la paroi est épaisse. C'est ainsi que le P91 a remplacé le 10CrMo9-10 dans les gros collecteurs et les tuyauteries de vapeur des centrales qui démarrent et s'arrêtent souvent.
La température maximale d'emploi n'est pas fixée que par le fluage : au-delà, l'acier s'oxyde trop vite dans la vapeur ou les fumées. Le chrome est le premier rempart contre cette oxydation, d'où son augmentation d'une famille à l'autre.
Manipulation 5 : la bonne nuance pour la bonne paroi
Choisis un composant (diamètre extérieur Do) et la base de calcul, règle la pression p et la température T. Pour chaque nuance, f = Ru/S (résistances moyennes de l'EN 10216-2) donne e = p·Do/(2f + p) ; les coupes montrent la plus mince et la plus épaisse des nuances utilisables. Coefficient de soudure égal à 1, vérification hors fluage omise, P92 estimé : exercice d'école, pas un calcul de code.
La contrainte nominale de calcul en fluage. Les codes européens d'appareils à pression (EN 12952-3 pour les chaudières, EN 13480-3 pour les tuyauteries, EN 13445-3 pour les récipients) fixent une contrainte nominale f à ne pas dépasser. Dans le domaine du fluage, elle découle de la résistance moyenne à la rupture pour la durée de calcul, divisée par un coefficient de sécurité :
S ≈ 1,5 en général ; l'EN 13445-3 admet 1,25 si la durée de vie est surveillée en service. La durée de calcul t vaut souvent 100 000 ou 200 000 h. Hors fluage, f découle de la limite d'élasticité à chaud et de la résistance à la traction, et c'est la plus petite valeur qui s'applique.
L'épaisseur d'un tube droit. La contrainte circonférentielle moyenne d'un tube de diamètre extérieur Do et d'épaisseur e vaut p·(Do − e)/(2e). En l'égalant à f·z, on obtient la formule des codes pour un tube droit sous pression intérieure :
p et f en MPa, Do et e en mm ; z : coefficient de soudure (de joint), égal à 1 pour un tube sans soudure longitudinale. On ajoute ensuite les surépaisseurs de corrosion et les tolérances de fabrication.
Exemple. Collecteur Ø 324 mm, 180 bar (18 MPa), 560 °C, 100 000 h, S = 1,5. Pour le 10CrMo9-10, Ru/10⁵/560 = 61 MPa, f ≈ 40,7 MPa et e = 18 × 324/(2 × 40,7 + 18) ≈ 58,7 mm. Pour le P91, Ru/10⁵/560 = 150 MPa, f = 100 MPa et e ≈ 26,8 mm : deux fois moins épais, deux fois plus léger.
| Nuance (EN 10216-2) | Famille | Ru/10⁵ à 500 °C | à 550 °C | à 600 °C | Emploi usuel jusqu'à |
|---|---|---|---|---|---|
| P265GH | C-Mn | 32 MPa | — | — | ≈ 425 °C |
| 16Mo3 | 0,3 % Mo | 102 MPa | 32 MPa | — | ≈ 460 °C |
| 13CrMo4-5 | 1Cr-0,5Mo | 145 MPa | 53 MPa | 20 MPa | ≈ 545 °C |
| 10CrMo9-10 | 2,25Cr-1Mo | 141 MPa | 70 MPa | 35 MPa | ≈ 545 °C |
| X20CrMoV11-1 | 12Cr-1Mo-V | 236 MPa | 128 MPa | 59 MPa | ≈ 585 °C |
| X10CrMoVNb9-1 (P91) | 9Cr-1Mo-V-Nb | 258 MPa* | 166 MPa | 94 MPa | ≈ 625 °C |
| X10CrWMoVNb9-2 (P92) | 9Cr-2W-V-Nb | — | — | 113 MPa (ECCC 2005) | ≈ 625 °C |
* extrapolation au-delà d'un facteur 3 en temps. Les températures d'emploi sont des ordres de grandeur : elles dépendent du milieu (vapeur, fumées), de la durée et du code.
Le coefficient de joint en fluage. Une soudure longitudinale ou circulaire peut fluer plus vite que le tube. L'EN 13445-3 applique par défaut un coefficient de réduction de 0,8 à la contrainte nominale en fluage des joints soudés, sauf si des essais de fluage sur joints montrent que leur résistance reste dans la bande du métal de base ; on vise alors un coefficient de joint de 100 %, ce qui pèse sur le choix du produit d'apport (cours 4).
Un collecteur de 59 mm demande, selon le chanfrein, deux à cinq fois plus de métal déposé qu'un collecteur de 27 mm, un préchauffage plus long et un traitement thermique après soudage plus long, car on compte souvent environ une heure par 25 mm d'épaisseur. Le P91 divise l'épaisseur, mais il impose une discipline thermique stricte : préchauffage, températures entre passes, revenu dans une fenêtre étroite (cours 3 et 4).
Surveiller le fluage en service
Répliques, barquettes, mesures : estimer la vie restante et décider
Une centrale calculée pour 200 000 h fonctionne souvent 30 à 50 ans. Ses températures réelles ne sont jamais exactement celles du calcul, et le métal réel n'est pas le métal moyen des normes. Les exploitants surveillent donc les composants qui fluent, en commençant par les plus chauds et les plus sollicités : collecteurs, coudes, tés, et surtout leurs soudures.
Au stade précoce, l'endommagement est microscopique :
- les répliques métallographiques (ISO 3057) : sur la pièce en place, on meule, on polit et on attaque chimiquement une petite zone, puis on y applique un film plastique ramolli au solvant. En séchant, le film prend l'empreinte de la surface, comme la pâte du dentiste ; on l'observe au microscope au laboratoire. On y voit la microstructure et les cavités débouchantes aux joints de grains ;
- les prélèvements en barquette : on découpe un petit copeau en forme de barque dans la paroi, ce qui oblige à réparer ensuite par soudage. Une coupe polie montre l'endommagement interne, et des éprouvettes miniatures permettent des essais de fluage isobares sur le métal vieilli.
Au stade avancé, les dommages deviennent mesurables à grande échelle : contrôle dimensionnel des pièces suspectes (un tube qui flue gonfle), recherche de fissures débouchantes par contrôle de surface (magnétoscopie, ressuage) et non débouchantes par contrôle volumique (ultrasons).
Sur une réplique, la cavitation suit une progression typique, décrite par Neubauer au début des années 1980 : cavités isolées, puis cavités orientées perpendiculairement à la contrainte principale, alignées en chapelets, puis microfissures quand les cavités d'une même facette se rejoignent, enfin macrofissures. Chaque stade appelle une décision.
Manipulation 6 : le carnet de santé d'un collecteur
Collecteur en 10CrMo9-10 sous σ = 70 MPa. Règle la température de service, la durée de service (8 000 h par an) et une éventuelle surchauffe accidentelle, comptée dans cette durée. La règle de Robinson donne la fraction de vie consommée D ; la réplique montre un état de cavitation compatible ; le bouton « barquette » simule trois essais isobares accélérés sur un prélèvement et prolonge leur droite jusqu'à la température de service. Correspondance entre D et classe de réplique indicative ; modèle pédagogique.
La règle de Robinson (1952), ou règle de la fraction de vie : chaque période ti passée sous la contrainte σi et à la température Ti consomme une fraction ti/tr,i de la vie, où tr,i est le temps à rupture dans ces conditions. On additionne :
Σ (sigma majuscule) : somme. Vie restante dans des conditions futures (σ, T) : treste = (1 − D)·tr(σ, T).
Exemple. Collecteur en 10CrMo9-10 à 70 MPa : tr ≈ 220 600 h à 540 °C et 38 700 h à 565 °C. Quinze ans de service (120 000 h), dont 2 000 h de surchauffe à 565 °C : D ≈ 118 000/220 600 + 2 000/38 700 ≈ 0,535 + 0,052 ≈ 0,59. Les 2 000 h de surchauffe, moins de 2 % du temps, ont coûté presque 10 % de ce qui a été consommé.
| Classe (Neubauer) | Ce que montre la réplique | Décision couramment associée |
|---|---|---|
| A | cavités isolées | poursuivre l'exploitation ; contrôle à l'intervalle normal |
| B | cavités orientées, en chapelets | poursuivre sous surveillance ; nouveau contrôle rapproché, de l'ordre de 1,5 à 3 ans |
| C | microfissures (cavités coalescées sur des facettes) | exploitation limitée ; réparation ou remplacement à planifier, en général dans l'année |
| D | macrofissures | réparation ou remplacement immédiat |
Délais indicatifs, couramment cités ; chaque exploitant et chaque code fixe les siens. Autre échelle courante, plus fine (lignes directrices allemandes VGB et nordiques Nordtest) : 0 (état neuf), 1 (vieilli sans cavité), 2a, 2b (cavités isolées, peu ou beaucoup), 3a, 3b (cavités orientées, puis en chapelets), 4 (microfissures), 5 (macrofissures).
La méthode isobare sur barquette. Le métal prélevé a déjà consommé sa fraction D. Si l'on admet la règle de Robinson, sa vie restante à n'importe quelle température vaut (1 − D)·tr(σ, T). On réalise donc trois ou quatre essais à la contrainte de service et à des températures supérieures de 60 à 100 °C, pour qu'ils durent quelques centaines à quelques milliers d'heures. On trace log t en fonction de 1/T, on ajuste une droite, et on la prolonge jusqu'à la température de service : on lit directement la vie restante, sans connaître ni l'historique ni les propriétés initiales du métal. Revers de la médaille : l'extrapolation porte sur un facteur 20 à 100 en temps, et la dispersion de trois essais suffit à changer le résultat de plusieurs dizaines de pour cent.
Prélever une barquette, c'est creuser la paroi d'un composant en service : il faut ensuite la réparer par soudage, avec un mode opératoire qualifié pour la nuance vieillie, son préchauffage et son traitement thermique. Le coordinateur en soudage est donc partie prenante de toute campagne d'expertise de durée de vie.
Exercices corrigés
Six exercices et un défi, de la chaudière au collecteur vieilli
Cherche chaque question sur papier avant d'ouvrir la correction. Les valeurs viennent des modèles du cours et des manipulations 1 à 6 ; le défi se rejoue dans la manipulation 6. Rappel : T (K) = θ (°C) + 273,15 ; 1 bar = 0,1 MPa ; 8 760 h par année calendaire, 8 000 h par année de service dans les exemples.
Exercice 1 : un siècle de rendement N1 · chapitre 1
Une centrale de 1910 produit sa vapeur à 275 °C, une centrale de 2005 à 600 °C ; leur condenseur est à 30 °C.
a) Calcule pour chacune le rendement de Carnot ηC et l'estimation de Curzon-Ahlborn ηCA.
b) Selon ηCA, de combien diminue la quantité de charbon brûlée par kWh électrique entre 1910 et 2005 ?
c) Calcule le CO₂ émis par kWh électrique dans les deux cas, avec 341 g de CO₂ par kWh thermique.
d) Pourquoi la pression des chaudières a-t-elle augmenté en même temps que la température ? Que se passe-t-il au-delà de 221 bar ?
Voir la correction
a) 1910 : Tch = 548,15 K, Tfr = 303,15 K. ηC = 1 − 303,15/548,15 = 1 − 0,553 ≈ 44,7 % ; ηCA = 1 − √0,553 = 1 − 0,744 ≈ 25,6 %. 2005 : Tch = 873,15 K ; ηC = 1 − 0,347 ≈ 65,3 % ; ηCA = 1 − √0,347 = 1 − 0,589 ≈ 41,1 %.
b) Chaleur par kWhé : 1/0,256 ≈ 3,91 kWh en 1910, 1/0,411 ≈ 2,43 kWh en 2005. Rapport 2,43/3,91 ≈ 0,62 : environ 38 % de charbon en moins.
c) mCO₂ = 341/η : ≈ 1 330 g/kWhé en 1910, ≈ 830 g/kWhé en 2005 (la manipulation 1 affiche les mêmes valeurs).
d) L'eau reçoit une grande partie de sa chaleur pendant l'ébullition, à la température de saturation, qui monte avec la pression (192 °C à 13 bar, 311 °C à 100 bar). Bouillir à haute pression relève la température moyenne d'apport de chaleur, donc le rendement réel. Au-delà du point critique (220,6 bar, 374 °C), il n'y a plus d'ébullition : l'eau passe continûment à l'état de vapeur ; la chaudière est dite supercritique.
Exercice 2 : la loi de Norton au travail N1 et N2 · chapitre 2
Un tube en 10CrMo9-10 flue au stade secondaire avec n = 5 et Q = 390 kJ/mol. Son module de cisaillement vaut μ = (210 000 − 70·θ)/2,6 MPa, θ en °C. Tf = 1 538 °C.
a) À 550 °C et 70 MPa, calcule la température homologue T/Tf et le rapport σ/μ.
b) Une surpression augmente la contrainte de 10 %. Par combien la vitesse de fluage est-elle multipliée ?
c) La température passe de 540 à 550 °C à contrainte constante. Calcule le facteur d'Arrhenius, l'effet de la baisse de μ, puis le facteur total.
d) Qu'en déduis-tu pour la durée de vie ?
Voir la correction
a) T/Tf = 823,15/1 811,15 ≈ 0,454 : au-delà de 0,4 Tf, le fluage est sensible. μ = (210 000 − 38 500)/2,6 ≈ 65 960 MPa, d'où σ/μ = 70/65 960 ≈ 1,06 × 10⁻³.
b) ε̇2/ε̇1 = (σ2/σ1)n = 1,1⁵ ≈ 1,61 : +61 % de vitesse pour +10 % de contrainte.
c) Arrhenius : exp[(Q/R)·(1/T1 − 1/T2)] = exp[(390 000/8,314) × (1/813,15 − 1/823,15)] = exp(46 908 × 1,494 × 10⁻⁵) = exp(0,701) ≈ 2,02. Module : μ(540) ≈ 66 231 MPa, μ(550) ≈ 65 962 MPa ; σ/μ augmente de 0,41 %, d'où 1,0041⁵ ≈ 1,02. Total : 2,02 × 1,02 ≈ 2,06.
d) Le produit ε̇min·tr étant à peu près constant (Monkman-Grant), la durée de vie est divisée par environ 2 pour 10 °C de plus : c'est la règle des 10 à 15 °C. La manipulation 2 en mode « T croissante » à 70 MPa et 550 °C donne bien un facteur 2,0.
Exercice 3 : préparer un essai de fluage N1 · chapitre 3
Éprouvette en 10CrMo9-10 de diamètre d0 = 10 mm, longueur entre repères Lo = 50 mm ; essai à 600 °C sous Ro = 120 MPa, sur une machine à levier de rapport 10 (g = 9,81 m/s²).
a) Calcule la force à appliquer et la masse à poser sur le plateau.
b) Quel écart de température l'ISO 204 permet-elle à 600 °C ? Et à 650 °C ?
c) Après rupture, Lu = 61,5 mm et le plus petit diamètre vaut du = 6,3 mm. Calcule Au et Zu.
d) L'essai est à charge constante. Quelle est la contrainte vraie quand l'allongement atteint 10 % ? Avec n = 5, de combien ce seul effet accélère-t-il le fluage ?
e) La manipulation 3 annonce 280 h pour cet essai. Combien de temps durerait-il sous 100 MPa ?
Voir la correction
a) So = π·d0²/4 = π × 100/4 ≈ 78,5 mm² ; F = Ro·So = 120 × 78,5 ≈ 9 425 N. Masse : m = F/(10·g) = 9 425/98,1 ≈ 96 kg.
b) ±3 °C jusqu'à 600 °C inclus ; ±4 °C entre 600 et 800 °C, donc à 650 °C.
c) Au = (61,5 − 50)/50 × 100 = 23 % ; Zu = [1 − (du/d0)²] × 100 = (1 − 0,397) × 100 ≈ 60 %.
d) À volume constant, σ = Ro·(1 + ε) = 120 × 1,10 = 132 MPa, et la vitesse est multipliée par 1,1⁵ ≈ 1,61 : c'est une des causes de l'accélération du stade tertiaire à charge constante.
e) Dans la manipulation 3, à 100 MPa et 600 °C : tu ≈ 718 h, un mois de machine ; sous 80 MPa, il faudrait environ 2 140 h, trois mois.
Exercice 4 : Larson-Miller dans les deux sens N2 · chapitre 4
Une éprouvette de 10CrMo9-10 rompt en 3 000 h à 625 °C. On prend C = 20.
a) Calcule le paramètre P.
b) Quelle durée de vie prévoir à 550 °C sous la même contrainte ?
c) Combien d'heures d'essai à 625 °C « valent » 100 000 h à 550 °C ?
d) Refais b) avec C = 30. Conclusion ?
e) Calcule l'énergie d'activation apparente correspondant à la valeur de P de a).
Voir la correction
a) P = T·(C + log tr) = 898,15 × (20 + log 3 000) = 898,15 × 23,477 ≈ 21 086 K.
b) log t = P/T − C = 21 086/823,15 − 20 = 5,616, d'où t ≈ 4,1 × 10⁵ h, environ 47 ans de marche continue.
c) P = 823,15 × (20 + 5) ≈ 20 579 K ; à 625 °C, log t = 20 579/898,15 − 20 = 2,912, soit t ≈ 817 h, cinq semaines.
d) P = 898,15 × 33,477 ≈ 30 068 K ; log t = 30 068/823,15 − 30 = 6,528, soit t ≈ 3,4 × 10⁶ h, huit fois plus. La constante C doit être déterminée sur les essais du matériau (manipulation 4) : une mauvaise valeur rend la prévision fantaisiste.
e) Q = 2,303·R·P = 2,303 × 8,314 × 21 086 ≈ 4,04 × 10⁵ J/mol ≈ 404 kJ/mol.
Exercice 5 : dimensionner un collecteur N2 · chapitre 5
Collecteur de surchauffeur sans soudure longitudinale (z = 1), diamètre extérieur Do = 324 mm, pression de calcul 180 bar, 560 °C, 100 000 h, S = 1,5. Résistances moyennes de l'EN 10216-2 à 560 °C pour 10⁵ h : 10CrMo9-10 : 61 MPa ; X20CrMoV11-1 : 111 MPa ; P91 : 150 MPa. Masse volumique : 7 850 kg/m³.
a) Calcule la contrainte nominale f et l'épaisseur e pour les trois nuances.
b) Calcule la masse par mètre du collecteur en 10CrMo9-10 et en P91.
c) Dans quel rapport la vitesse de montée en température admissible change-t-elle entre ces deux collecteurs ?
d) Le 10CrMo9-10 est-il un bon choix ici ? Vérifie avec la manipulation 5.
Voir la correction
a) p = 18 MPa ; e = p·Do/(2f + p) = 5 832/(2f + 18). 10CrMo9-10 : f = 61/1,5 ≈ 40,7 MPa, e = 5 832/99,3 ≈ 58,7 mm. X20CrMoV11-1 : f = 74 MPa, e = 5 832/166 ≈ 35,1 mm. P91 : f = 100 MPa, e = 5 832/218 ≈ 26,8 mm.
b) m = ρ·π·(Do − e)·e. 10CrMo9-10 : 7 850 × π × 0,2653 × 0,0587 ≈ 384 kg/m ; P91 : 7 850 × π × 0,2972 × 0,0268 ≈ 196 kg/m.
c) Vitesse admissible ∝ 1/e² : (58,7/26,8)² ≈ 4,8. Le collecteur en P91 peut monter en température près de cinq fois plus vite.
d) Non : outre son épaisseur, le 10CrMo9-10 travaillerait au-delà de son emploi usuel (≈ 545 °C), où l'oxydation et le vieillissement deviennent pénalisants ; la manipulation 5 le marque d'un ⚠ et propose le P91 ou le P92.
Exercice 6 : le carnet de santé N1 et N2 · chapitre 6
Collecteur en 10CrMo9-10 sous 70 MPa : le modèle donne tr ≈ 220 600 h à 540 °C et 38 700 h à 565 °C. Il a fonctionné 15 ans à 8 000 h par an, dont 2 000 h à 565 °C à la suite d'un déréglage.
a) Calcule la fraction de vie consommée D (règle de Robinson).
b) Quelle vie restante prévoir à 540 °C, en heures et en années de service ?
c) Quelle classe de réplique attendre, avec la correspondance de la manipulation 6, et quelle décision ?
d) Même questions si la surchauffe avait duré 10 000 h.
Voir la correction
a) 15 × 8 000 = 120 000 h, dont 118 000 h à 540 °C : D = 118 000/220 600 + 2 000/38 700 ≈ 0,535 + 0,052 ≈ 0,587.
b) treste = (1 − D)·tr(540 °C) ≈ 0,413 × 220 600 ≈ 91 100 h, soit environ 11,4 ans à 8 000 h par an.
c) 0,5 ≤ D < 0,7 : classe B, cavités orientées. Poursuivre l'exploitation sous surveillance, nouvelles répliques dans 1,5 à 3 ans environ.
d) D = 110 000/220 600 + 10 000/38 700 ≈ 0,499 + 0,258 ≈ 0,757 : classe C, microfissures probables ; vie restante ≈ 0,243 × 220 600 ≈ 53 500 h (6,7 ans), mais la décision est déjà de planifier une réparation ou un remplacement. Huit pour cent du temps passés en surchauffe représentent un tiers de la fraction de vie consommée.
Défi : la barquette contre Robinson N2 · chapitres 4 et 6 · manipulation 6
Le même collecteur a fonctionné 20 ans à 540 °C, dont 3 000 h à 570 °C après une avarie de brûleurs (tr à 570 °C ≈ 27 650 h). Règle la manipulation 6 sur 540 °C, 20 ans, +30 °C pendant 3 000 h.
a) Calcule D, la vie restante selon Robinson et la classe de réplique attendue.
b) On prélève une barquette. Trois essais à 70 MPa donnent 848 h à 600 °C, 183 h à 620 °C et 71 h à 640 °C. Trace log t en fonction de 1/T, prolonge la droite jusqu'à 540 °C : quelle vie restante obtiens-tu ? Compare à Robinson.
c) Quelle décision recommander à l'exploitant ?
Voir la correction
a) 160 000 h dont 157 000 h à 540 °C : D = 157 000/220 600 + 3 000/27 650 ≈ 0,712 + 0,108 ≈ 0,820. Vie restante ≈ 0,180 × 220 600 ≈ 39 600 h, environ 5 ans. Classe C : microfissures.
b) Points (1/T en K⁻¹ ; log t) : (1,1453 × 10⁻³ ; 2,928), (1,1196 × 10⁻³ ; 2,263), (1,0951 × 10⁻³ ; 1,851). La droite des moindres carrés a une pente d'environ 21 500 K. À 540 °C, 1/T = 1,2298 × 10⁻³ : log t ≈ 2,347 + 21 500 × (1,2298 − 1,1200) × 10⁻³ ≈ 4,71, soit t ≈ 51 000 h, 6,4 ans, environ 28 % de plus que Robinson. Avec les deux points extrêmes seulement, on trouverait environ 55 000 h : trois essais dispersés de ±20 % changent la prévision de plusieurs dizaines de pour cent. La manipulation 6, bouton « barquette », affiche la même droite et 51 000 h environ.
c) Les deux méthodes s'accordent sur quelques années seulement, et la réplique montrerait des microfissures : exploitation limitée, réparation ou remplacement du collecteur à planifier dans l'année, contrôles rapprochés (répliques, ultrasons) d'ici là, et surtout correction de la cause de la surchauffe. On retient la valeur la plus prudente, celle de Robinson.
Quiz : 12 questions éclair
Chaque réponse est expliquée, même quand tu as juste
Fiche mémoire du cours 1
Neuf cases, neuf images : à photographier, puis à redessiner de tête
La cascade
En kelvins. Chauffer plus fort la vapeur, c'est du rendement : de 13 bar et 275 °C à 280 bar et 600 °C en un siècle.
Le glacier
Déformation lente sous σ < Re ; stades I (ralentit), II (constant), III (accélère jusqu'à rupture).
Norton
n ≈ 5, Q ≈ 390 kJ/mol pour le 10CrMo9-10 : +10 % de σ, ×1,6 ; +10 °C, ×2.
La carte d'Ashby
Dislocations (n de 3 à 8) aux contraintes moyennes ; diffusion (n = 1, grains fins) aux faibles contraintes.
La balance romaine
Charge constante, au moins 1 h à température avant charge ; tu, Au, Zu, tp1, ε̇min.
L'avance rapide
K, heures, log ; C ≈ 20 (≈ 30 pour 9 % Cr) ; extrapoler au plus d'un facteur 3 en temps.
Le manteau
f = Ru/S, S ≈ 1,5 ; le P91 divise l'épaisseur par deux face au 10CrMo9-10, et la chauffe va 5 fois plus vite.
L'empreinte
Répliques (ISO 3057) : cavités isolées, orientées, microfissures, macrofissures ; barquettes et CND complètent.
Robinson
Vie restante (1 − D)·tr ; la méthode isobare sur barquette la mesure directement.
Glossaire
Les mots, symboles et sigles de ce cours
- 16MND5, 18MND5
- Aciers faiblement alliés au manganèse, au nickel et au molybdène des cuves et générateurs de vapeur des REP, en ancienne désignation française (M : Mn, N : Ni, D : Mo).
- Au, Zu
- Allongement après rupture par fluage et coefficient de striction après rupture, en % (ISO 204).
- A-USC
- Ultra-supercritique avancé : centrales visant environ 350 bar et 700 °C, avec des alliages à base de nickel.
- Arrhenius (loi d')
- Variation exponentielle d'une vitesse avec la température absolue, en exp(−Q/RT) : la fraction des sauts atomiques qui franchissent la barrière d'énergie Q.
- ASTM A213, A335
- Spécifications américaines des tubes (T) et tuyaux (P) en aciers ferritiques alliés : T22, P22, T91, P91, P92…
- Austénitique (acier)
- Acier, en général inoxydable au chrome-nickel, de structure cubique à faces centrées : plus résistant au fluage au-delà de 600 °C, mais plus dilatable et moins conducteur que les aciers ferritiques.
- Barquette
- Prélèvement en forme de barque découpé dans la paroi d'un composant en service, pour examen métallographique et essais ; il faut ensuite réparer par soudage.
- C (Larson-Miller)
- Constante du paramètre de Larson-Miller, voisine de 20 pour les aciers faiblement alliés, de 30 pour les aciers à 9 % de chrome ; elle vaut −log t0.
- Carte d'Ashby
- Carte des mécanismes de déformation (Frost et Ashby) : contrainte normalisée σs/μ en fonction de T/Tf, avec le mécanisme dominant et des lignes d'égale vitesse.
- Cavité
- Petit vide qui s'ouvre aux joints de grains pendant le fluage, surtout sur les joints perpendiculaires à la contrainte principale.
- Charge constante, contrainte constante
- Deux modes d'essai : force fixe (la contrainte vraie croît avec l'allongement) ou force corrigée pour garder la contrainte vraie fixe.
- CND (MT, PT, UT)
- Contrôles non destructifs : magnétoscopie, ressuage (fissures débouchantes), ultrasons (défauts internes).
- Coble, Nabarro-Herring
- Mécanismes de fluage-diffusion : les atomes migrent le long des joints de grains (Coble, vitesse en 1/d³) ou à travers les grains (Nabarro-Herring, en 1/d²) ; n = 1.
- Coefficient de joint z
- Coefficient appliqué à la contrainte nominale d'une paroi soudée ; en fluage, l'EN 13445-3 prend 0,8 par défaut, sauf essais de fluage sur joints.
- Coefficient de sécurité S
- Diviseur appliqué à la résistance moyenne au fluage pour obtenir la contrainte nominale f : ≈ 1,5, ou 1,25 avec surveillance de la durée de vie.
- Curzon-Ahlborn (rendement de)
- Estimation η ≈ 1 − √(Tfr/Tch) du rendement d'un moteur thermique à puissance maximale (aussi attribuée à Chambadal et Novikov).
- D (fraction de vie)
- Fraction de la durée de vie en fluage consommée, Σ ti/tr,i selon Robinson ; rupture prévue quand D = 1.
- ECCC
- European Creep Collaborative Committee : comité européen qui collecte et évalue les essais de fluage ; ses moyennes alimentent les normes de produits.
- ε, ε̇, ε̇min
- Déformation (sans unité ou %), vitesse de déformation (s⁻¹ ou h⁻¹), vitesse minimale de fluage (pente du stade secondaire).
- Essai interrompu, ininterrompu, de rupture
- Mesure de l'allongement à chaque arrêt sur repères, en continu à l'extensomètre, ou mesure du seul temps à rupture.
- Extensomètre
- Appareil qui mesure l'allongement de l'éprouvette en continu, par des tiges sortant du four ou sans contact.
- f (contrainte nominale)
- Contrainte de calcul d'une paroi sous pression, en MPa ; en fluage, Ru/t/T/S.
- Fluage
- Déformation plastique lente et continue sous contrainte constante inférieure à Re, à une température suffisante pour activer la diffusion (au-delà d'environ 0,4 Tf).
- Graphitisation
- Décomposition lente de la cémentite des aciers au carbone et au carbone-molybdène en graphite, au-delà de 425 à 470 °C environ : elle fragilise l'acier.
- Hollomon-Jaffe (paramètre de)
- T·(20 + log t)/1 000, de même forme que Larson-Miller : il caractérise l'effet d'un revenu de durée t à la température T.
- Hydrocraquage
- Procédé de raffinage qui casse les hydrocarbures lourds sous hydrogène, à haute pression et vers 400 à 450 °C, dans des réacteurs en 2,25Cr-1Mo(-V).
- Isobare (méthode)
- Extrapolation à contrainte constante : on trace log tr en fonction de 1/T pour des essais accélérés, et on prolonge jusqu'à la température de service.
- Larson-Miller (paramètre P)
- P = T·(C + log tr), T en K, tr en h ; une même contrainte correspond à un même P : courbe maîtresse σ(P).
- log, ln, exp
- Logarithme décimal (log 100 = 2), logarithme népérien (ln x = 2,303·log x), fonction exponentielle.
- Manson-Haferd, Orr-Sherby-Dorn
- Autres paramètres temps-température pour extrapoler le fluage.
- Martensitique à 9-12 % Cr (acier)
- Acier au chrome trempé et revenu (X20CrMoV11-1, P91, P92) : martensite revenue renforcée par des précipités fins ; l'acier ferritique le plus résistant au fluage.
- Microfissure, macrofissure
- Fissure à l'échelle d'une ou quelques facettes de grains (cavités coalescées), puis fissure visible à l'échelle de la pièce.
- Monkman-Grant (relation de)
- ε̇min·tr ≈ constante : la vitesse minimale et le temps à rupture varient en sens inverse.
- μ (mu), G
- Module de cisaillement (MPa), ≈ E/2,6 pour un acier ; il diminue quand la température augmente.
- n (exposant de Norton)
- Exposant de la contrainte dans la loi de Norton : 3 à 8 pour le fluage-dislocations, 1 pour le fluage-diffusion ; apparent, il peut dépasser 10 dans les alliages renforcés.
- Neubauer (classes de)
- Classement des répliques : A cavités isolées, B cavités orientées, C microfissures, D macrofissures. Autre échelle courante : 0 à 5 (VGB, Nordtest).
- Norton (loi de)
- Loi puissance de la vitesse de fluage secondaire : ε̇ = ε̇0·(σ/μ)n·exp(−Q/RT).
- Point critique
- Au-delà de 220,6 bar et 374 °C, l'eau ne présente plus de transition liquide-vapeur : pas d'ébullition.
- Q, R
- Énergie d'activation (J/mol), constante des gaz parfaits R = 8,314 J/(mol·K).
- Ro
- Contrainte initiale d'un essai de fluage : force divisée par la section initiale (ISO 204).
- Ru/t/T, Rp1/t/T
- Résistance à la rupture par fluage (contrainte qui fait rompre en un temps t à T) et limite de fluage à 1 % (contrainte qui donne 1 % d'allongement plastique en t). Autres notations : σR, Rm/t/T.
- Rendement de Carnot
- ηC = 1 − Tfr/Tch (K) : rendement maximal d'un moteur thermique entre deux sources.
- REP
- Réacteur à eau sous pression : circuit primaire vers 155 bar et 290 à 330 °C.
- Réplique métallographique
- Film plastique appliqué sur une zone polie et attaquée d'une pièce en place, qui en garde l'empreinte pour l'observation au microscope (ISO 3057).
- Robinson (règle de)
- Règle de la fraction de vie : D = Σ ti/tr,i, rupture quand D = 1.
- Stades I, II, III
- Fluage primaire (vitesse décroissante), secondaire (vitesse minimale presque constante), tertiaire (vitesse croissante jusqu'à rupture).
- Supercritique, USC
- Chaudière fonctionnant au-delà du point critique de l'eau ; ultra-supercritique (USC) : vers 580 à 620 °C.
- tr, tu, tp1
- Temps à rupture (tu dans l'ISO 204) ; temps pour 1 % d'allongement plastique.
- Tf, T/Tf
- Température de fusion ; température homologue, rapport des températures absolues.
- Tch, Tfr
- Températures absolues de la source chaude (vapeur) et de la source froide (condenseur).
- Type IV (fissuration de)
- Rupture en fluage dans la zone affectée à grains fins des soudures, surtout dans les aciers à 9-12 % Cr (cours 3).
- Viscoplastique
- Se dit d'un comportement où la déformation plastique dépend du temps et de la vitesse.
- ZAT
- Zone affectée thermiquement : métal de base chauffé par le soudage sans fondre.
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